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CORRESPONDANCE
DBS
BEYS DE TUNIS
ET DES
CONSULS DE FRANGE
AVEC LA COUR
1577 — 1830
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
Le Marquis de Marigny, Surintendant de^ Beaux-Arts sous Louis XV,
et sa collection de statues. 1 vol. in-8avec 28iiéliogravures (Pans^ Quantin,
4880).
Recueil de fac-similés pour servir à l'histoire de la paléographie
moderne (avec la collaboration de M. Jean Kaulek). Un atlas grand
iQ-4° {Paris, Armand Colin, 4889).
Mouley-Ismadl, Empereur du Maroc, et la Princesse de Conti.
Brochure in-8 avec gravures hors texte (Paris, 489i),
Correspondance des Deys d'Alger avec la Cour de France (1579-
1830), avec introduction, éclaircissements et notes, 2 vol. grand in-8
(Pans, F. Alcan, 4889).
Ouvrage récompensé par V Académie des sciences morales et politiques.
Correspondance des Beys de Tunis et des Consuls de France avec
la Cour (1577-1830), avec introduction, éclaircissements et notes, 2 vol.
grand in-8 (Paris, F. Alcan, 4893). Tome I (1577-1700) et Tome II (1700-
1770). .y'.\ V - ,.
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Ouvifaq^ ept^iii^né^(ii'\V Académie des sciences morales et politiques.
jst puilUé^ifùj^ie^ àtiàpices du Ministre des Affaires étrangères
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Coulommiers. — Imp. P. Brodard. — 267-95,
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CORRESPONDANCE
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BEYS DE TUNIS
ET DES
CONSULS DE FRANCE
AVEC LA COUR
1577 — 1830
PUBLIÉE SODS LES AUSPICES DU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
AVEC UNE INTRODUCTION ET DES NOTES
PAR
EUGÈNE PLANTET
▲TTACBi AU MINISTÈRE DBS AFFAIRES ÉTRAMOÈRES
TOME TROISIÈME
(1770-1830)
PARIS
ANCIENNE LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE ET C*
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
108, BOULEVARD SAINT-GERMAIK, i08
1899
INTRODUCTION
Le traité du 13 septembre 1770 avait réconcilié la Régence
tunisienne avec la Cour de Versailles. Ali régnait depuis plus de
dix ans, et jusqu*aux derniers incidents provoqués par sa répu-
gnance à resrpecter le pavillon des Corses en vertu de notre con-
quête, il s'était toujours montré chaud partisan d'une amitié sin-
cère avec la France. Cette fâcheuse querelle de l'annexion de l'île
méditerranéenne à la Couronne venait d'être vidée, nous l'avons
vu, grâce à Tintervention armée du comte de Broves. Une fois
de plus, l'orgueil du Seigneur barbaresque avait été contraint
de s'abaisser devant « le plus puissant des Princes de chrétienté ».
Toutefois, plus habile encore que fataliste, Ali-Bey s'était empressé
de faire oublier ses torts. L'amitié de l'Empereur de France
n'était-elle pas, à ses yeux, plus nécessaire à son Gouvernement
que des dépouilles incertaines, ou quelques rançons arrachées par
la force brutale à d'innocents captifs? Que lui importaient, au
surplus, les sollicitudes intéressées d'un Kaznadar, et les criaille-
ries sans mesure d'une bande de corsaires à la vue des restric-
tions apportées à leur champ d^action? L'intérêt le mieux entendu
commandait au Prince tunisien tous les sacrifices pour rétablir
entre son pays et le nôtre d'activés relations d'affaires. C'est
pourquoi, pendant les douze ans qu'il allait passer encore à la
tête de la Régence, rien ne pourrait le détourner du soin de cul-
tiver Tamitié du Consul de France; ses efforts n'auraient qu'un
but : entretenir avec nos nationaux les rapports les plus profita-
bles, « sans aucun retour sur le passé ».
Barthélémy de Saizieu, que des lettres de noblesse viennent
II INTRODUCTION
de récompenser de ses bons services, a regagné son poste le
13 octobre 1771. A peine est-il arrivé, avec sa femme et sa suite,
qu'il est salué de trois cris de « Vive le Roi ! » et de six coups de
canon, contre l'usage. Le lendemain de son débarquement à La
Goulette, il est reçu par Ali-Bey « avec les honneurs réservés
aux Princes du pays ». Nous devons ajouter qu'il a les mains
pleines. IjÉtat des présents du Roi en 1771 prouve qu'à Ver-
sailles, comme au Bardo, Ton a le plus vif désir de rendre plus
intimes, ainsi que le dit Louis XV, les liaisons des Français et des
Tunisiens. « Nous nous intéresserons avec plaisir à la prospérité de
votre Régence, écrit encore Sa Majesté (l*** avril 1771), dans un lan-
gage à la fois très digne et très réservé, tant que vous chercherez
vous-même à favoriser les Français de préférence. » A quoi le Bey
de répondre que son principal souci sera de perpétuer la paix
« invariablement », en donnant chaque jour des preuves d'alta-
chement au très illustre Empereur de France. « Tout est réparé,
tout est oublié, répliquera Tabbé Terray, Secrétaire d'État de la
marine; il ne doit plus être question que d'amitié et de services
réciproques. »
Ali n'attendra pas longtemps pour demander « à ses meilleurs
amis » leurs bons offices. Il médite, en effet, les projets les plus
sages pour civiliser ses Ëtats, et, fort judicieusement, il s'est rendu
compte que tous ses efforts seront vains, s'il ne commence par
supprimer ces deux fléaux barbaresques : la course en mer et
l'esclavage. Son rêve est de diminuer le nombre de ses marins, de
développer chez ses sujets le goût de l'agriculture, de fertiliser
les terres improductives de la Régence. Dans ce but, il nourrit
l'espoir de conclure avec le Grand Maître de Malte, ennemi sécu-
laire des Puissances africaines, une trêve secrète, peut-être même
une paix durable. La médiation de la France, selon lui, lèverait
tous les obstacles ; le Cabinet de Versailles ne pourrait qu'encou-
rager une entente aussi féconde entre la Religion et le Croissant,
et l'on paraîtrait, s'il le faut, s'y résigner au Bardo.
Saizieu s'est vu dans la nécessité de transmettre à sa Cour de
telles ouvertures. Cet accord, à son avis, serait avantageux non
seulement pour Tunis mais aussi pour Malle, qui pourrait se
procurer abondamment et à bas prix, dans la Régence, les secours
que la Sicile lui refuse quelquefois ou lui vend fort cher. Toute-
fois, sans compromettre le prestige de « l'Empereur de France »,
le Consul a dû bercer le Bey dans ses illusions, et le préparer en
INTRODUCTION III
même temps à ne pas trop compter sur Tappui qull désire.
Les dépêches ministérielles lui prescriront bientôt, d'ailleurs, les
réserves qu'il convient de présenter à cet égard, « Sa Majesté ne
pouvant abuser de son ascendant sur TOrdre de Malte ». Peu
après, c^est un médecin que le Prince tunisien demande avec
instances à Versailles. De nouveaux présents d'Ali-Bey seront
remis à la Cour; les lettres les plus gracieuses seront portées au
Ministère par un officier du Divan. Saizieu, de son côté, ne cessera
d'obtenir les égards les plus marqués pour sa personne, les déci-
sions les plus favorables à ses protégés. La Compagnie d'Afrique
aura la faculté d'exporter des grains en Provence, malgré les
prohibitions de sortie qui frappent les denrées tunisiennes. En
vain la même faveur sera sollicitée par Tagent d'Angleterre.
Lorsque le Bey et sa famille iront visiter en détail l'arsenal de
Porto-Farina, le Consul de France sera du voyage, à la stupéfac-
tion de ses rivaux, et ne saura pas moins tirer parti que les Princes
qu'il accompagne de cette excursion tout intime. Point de
réjouissances au Bardo que notre représentant ne soit appelé à
partager. Aussi la colonie française célèbre-t-elle comme une fête
nationale les deux mariages du fils et du neveu d'Ali. Salves
d'artillerie, lampions, feux d'artifice, rien ne manque au Fondouk»
quand l'occasion se présente de manifester en faveur de la dynastie
régnante. Que des galères tunisiennes donnent à la marine mar-
chande le moindre sujet de plainte? Réparation immédiate nous
est accordée, les reïs coupables sont punis, les prises sont resti-
tuées à première demande. Que des vaisseaux du Roi fassent
escale à La Goulette? Il n'est sorte de bons traitements que
n'éprouvent les officiers de la part des autorités du port et du Bey
lui-même.
A cette époque, on voit débarquer tour à tour les chevaliers
d'Apchon, de Tressemanes, de Chabert, de Vertrieux, de SufTren,
de Coriolis d'Espinouse. Ce sont encore des capitaines tels que
Faucher, Bompar, Blotefier, Peynier, Marlelly et Narbonne-
Pellet. Tous sont admis à « faire leur révérence » devant le
magnitique Seigneur. Les uns viennent gracieusement s'infor-
mer de sa santé, au nom de leur Souverain; les autres lui font
connaître les faits divers de chrétienté. Tous sont charmés de
Taccueil qu'ils reçoivent, et ne remettent à la voile qu'après avoir
entendu les serments d'amitié les plus chaleureux. C'est que,
depuis la guerre de 1770, toute une escadre évolue dans la
IV INTRODUCTION
Méditerranée « pour la protection du commerce », et que ses
officiers ont Tordre de montrer fréquemment leur pavillon aux
Tunisiens, « afin de prouver à ceux-ci, sans affectation, qu'on
ne les perd pas de vue ». L^ancien système des croisières perma-
nentes vient d*ètre remis en vigueur. Il a fallu s'y résigner au
Ministère de la marine, malgré les dépenses qu'il entraîne. N*a t-il
pas, en effet, le double avantage de tenir en respect les quinze
galères de la Régence encore à la mer, et d'assurer une escorte
aux chargements des Echelles du Levant et de Barbarie?
Si le prestige de la France à Tunis s'est relevé si promptement,
à la fin du règne d'Ali-Bey, ce résultat n'est pas dû seulement à
Barthélémy de Saizieu, mais encore à deux personnages très
fréquemment cités dans les dépèches de ce Consul. Hamouda, fils
aîné du Bey, a été de bonne heure associé aux affaires. Comman-
dant supérieur des troupes, il a su conquérir sur tout son entou-
rage un ascendant qui lui garantit à l'avance la succession au
trône de son père. Mustapha-Khodja, qui fut son esclave, est
aujourd'hui son beau-frère et premier Ministre de la Régence.
C'est de lui qu'un Consul de France écrira, vingt-cinq ans plus
tard, qu' « on ne saurait compter ses bonnes actions ni citer une
seule injustice ».
À la fois redouté pour la fermeté de son caractère et vénéré
pour sa droiture par les fonctionnaires du Beylik, Mustapha par-
tage avec Hamouda tout le fardeau du pouvoir. Rien ne se fait
sans leur concours, le vieil Ali se reposant sur eux, en toute
confiance, des soucis du gouvernement. Or personne, au Bardo,
ne se déclare plus que ces Princes partisan de Talliance franco-
tunisienne. Une étroite amitié les unit à Saizieu, et cet agent,
comme on le pense, l'entretient et la ménage avec une vigilance
de tous les instants. Jusqu'à l'avènement d'Hamouda, les dépèches
officielles refléteront celte intimité enlre les deux Cours. Il ne
sera question que de services réciproques, de témoignages d'affec-
tion désintéressée. Boynes et Sarline, Secrétaires d'État de la
marine, échangeront avec les Seigneurs de Tunis les plus flat-
teuses assurances. En dépit même de l'étiquette, Leguay et Saint-
Didier, premiers commis du Ministère, recevront des chevaux
arabes, en même temps que des missives personnelles où les
Princes diront à quel point ils estiment « ceux qui s'approchent
tous les jours du Yizir de France ». C'est ainsi que les intérêts de
la nation française en Tunisie seront favorisés, garantis même,
INTRODUCTION V
dans une foule de circonstances qu'il serait, pour ainsi dire, impos-
sible d'énumérer.
Parmi les faits les plus saillants que • signalent les correspon-
dances, à Tépoque qui nous occupe, l'ambassade tunisienne de
Suleyman à la Cour de Versailles retient surtout Tattention.
Louis XY est mort, et le Bey de Tunis a regardé comme un devoir
de faire agréer son hommage par le nouvel Empereur de France.
Suleyman est général de cavalerie dans la Régence. Pour remplir
le rôle pompeux d*Envoyé extraordinaire, il est bien « un peu
neuf », comme le disent les dépèches, et d'une timidité qui ne
laisse pas d'inquiéter ceux qui le connaissent. La Cour n^aura
cependant qu'à se louer des manières de ce personnage, et trou-
vera du meilleur goût « la dignité flegmatique » de son attitude,
tant que durera son voyage. Parti de La Goulette, le 13 dé-
cembre 1776, avec une suite de six personnes, sur la frégate du
Roi U Aurore, il a trouvé à Toulon Tinterprète Ruffin, chargé de
raccompagner .pendant sa mission. Puis il a gagné Paris à petites
journées, » voyageant comme les Grands de France », sous la
garde d'un archer de la marine. Derrière les chaises de poste
ont suivi douze chevaux et deux lions destinés à Sa Majesté
Louis XVL
Nous avons déjà rapporté, dans un précédent volume, les détails
du cérémonial usité à la Cour de France pour les Envoyés bar-
baresques. Il parait superflu d'y revenir ici. Le Journal de
l'ambassade de Sulsyman-Agha^ Envoyé extraordinaire du Bey de
Tunis, rédigé au jour le jour par l'interprète du Roi Ruffin, a
d'ailleurs été conservé, et pourra faire un jour l'objet d'une publi-
cation spéciale. Qu'il suffise donc de mentionner la solennelle
audience où Suleyman-Âgha fut admis à présenter les compli-
ments de son Souverain, et les distractions raffinées dont Tambas-
sadeur africain fut constamment ébloui, sous l'égide de son
aimable interprète et cicérone. Ruffin reconduisit à Toulon
l'Envoyé d'Ali, l'embarqua sur une frégate et lui remit, au nom du
Roi, des présents considérables pour le Bey et son entourage.
Le 10 juin 1777, Suleyman et ses gens étaient de retour à Tunis.
Les frais de leur voyage et de leur entretien, cadeaux non compris,
n'avaient pas coûté au Trésor moins de 167,338 livres.
Un an après, Saizieu, dont la santé commençait à donner des
inquiétudes, rentrait en France en vertu d'un congé. Les instruc-
tions qu'il avait rédigées pour le Vice-Consul Devoize, datées du
VI INTRODUCTION
iS juillet 1778, font trop d'honneur à ses talents et à son caractère
pour demeurer dans Toubli. Tous les devoirs de sa charge y sont
résumés : rapports avec les indigènes et les Consuls étrangers,
gestion d'affaires commerciales, rédemption des esclaves, protec-
tion des négociants et des Capucins italiens, préséance de Tagent
français, tout est prévu et discuté avec une sagesse extrême, avec
la connaissance la plus approfondie des hommes et des choses
d*Âfrique; Il était recommandé avant tout, au gérant du poste,
d'entretenir avec un soin jaloux l'amitié des Princes, et d*ètre
assez vigilant pour que rien n'altér&t leurs préférences marquées
pour les Français. Nous verrons sous peu quels profits sut retirer
le jeune Devoize des conseils qui lui furent donnés au début de sa
carrière. C'est en suivant, en effet, scrupuleusement les directions
de son ancien chef qu*il devait parvenir un jour au rang des
plus habiles et des plus distingués Consuls que la France ait jamais
eus dans la capitale tunisienne.
Une dépêche du 8 mai 1779 montre dans quels sentiments le
départ de Saizieu laissait Ali et sa famille. La santé de plus en
plus chancelante de cet agent ayant obligé le Ministre à lui
accorder sa retraite, avec une pension de 9,000 livres, le Consul
de Tripoli, J. B. du Rocher, avait été désigné pour le poste de
Tunis; mais on craignit un instant de ne pouvoir obtenir l'agré-
ment du Bey. « Le zèle et le talent de M. de Saizieu, écrivit ce
Prince à Sartine, auxquels les deux Empires doivent Tamitié et la
bonne harmonie qui les unissent depuis si longtemps, excitent
en nous les plus vifs regrets. La profonde discrétion de ce Consul
dans toutes les négociations délicates, dont il a été le sage et
heureux intermédiaire pendant de longues années, nous inspire
l'éloignement le plus invincible à accorder notre confiance à tout
autre individu, et nous détermine à vous conjurer de vouloir bien
nous renvoyer encore le susdit Consul... Nous vous supplions, pour
le bonheur de la France et de notre Régence, de le rendre à nos
vœux... »
Le vieil Ali s'était résigné, toutefois, sans mauvaise humeur, au
remplacement de son ami. Toujours soucieux de plaire à la Cour
de Versailles, il avait tenu à honneur de régler sans plus longs
délais la dernière négociation qui restait alors en souffrance. Voici
quel était son objet. Près de cinquante esclaves corses avaient été
conduits et vendus à Tunis avant l'annexion de leur pays. Las
d'attendre leur liberté, ils avaient causé, parfois, quelques troubles
INTRODUCTION VII
dans la rille, assiégeant les comptoirs de leurs nouveaux compa-
triotes, les lassant d*importunes requêtes et les menaçant même
d'apostasier. Le Bey s'était engagé récemment à les affranchir
(Omar du 15 mars 1778). Mais il avait exigé des conditions oné-
reuses : 1,500 piastres par tète d'esclave, sans compter 6 0/0 de
commission d'usage au premiei^ Ministre, 3 0/0 pour le Divan, les
frais de change, d'entretien, de nolis, de rapatriement des insu-
laires dont il s'agit. Ce fut la première affaire dont le Vice-Consul
Devoize eut à s'occuper. Si l'on calcule toutes les dépenses de cette
nouvelle rédemption, sur le pied de 36 sols la piastre tunisienne,
cours de l'époque, on estime à 180,000 livres les sommes qu'il
eut à débourser pour le compte du Gouvernement. Sa gérance,
toutefois, ne dura qu'une année. Le 8 juillet 1779 arriva à La
Goulette le nouveau titulaire du posté, et l'agent intérimaire dut
s^effacef, pour n« plus faire parler de lui qu'à Tépoque révolu-
tionnaire.
Jean-Baptiste du Rocher, nous l'avons dit plus haut, venait de
Tripoli. Ses services antérieurs dans les Echelles du Levant, à
Alep, à Alexandrie, l'avaient mis depuis quinze ans au courant
des habitudes et des mœurs musulmanes; il y avait acquis toute
la souplesse nécessaire en pays de Capitulations. Les Instructions
du Roi, rédigées pour lui le 8 mars 1779, réglaient jusqu'au
cérémonial de son installation dans sa nouvelle résidence, et pré-
cisaient minutieusement l'importance et l'étendue des fonctions
qu'il allait remplir. Son titre de Consul général et de Chargé des
affaires de Sa Majesté près le Bey de Tunis avait été donné, pour
la première fois, à Saizieu (9 décembre 1776), lors du dernier
renouvellement des pouvoirs de cet officier. Par une disposition
sans précédent, il lui était prescrit de ne pas faire de cadeaux
d'arrivée. « Le sieur du Rocher pourra, à l'occasion et longtemps
après, faire à tous les Princes du Bardo des présents de peu de
valeur en sucre, café et confitures de France, mais il devra
s'abstenir de toute donative qui aurait l'air d'établir un usage ou
d'y satisfaire. Quelque demande qu'on lui fasse à titre de besoins
ou de présents relatifs à son arrivée à Tunis, il répondra que les
Consuls de France sont, à cet égard, distingués de ceux des autres
nations... le tout devant être dit avec modération mais fermeté. »
Comme il parlait avec aisance le turc et l'arabe, savait agréable-
ment converser des pays d'Orient, et s'exprimer au besoin dans
cet idiome bizarre, tiré des langues turque, italienne et franque,
VllI INTRODUCTION
en usage à la Cour du Bey, du Rocher se fit pardonner peu à peu
sa parcimonie, et parvint même à traiter avec succès toutes les
affaires courantes. Parmi celles-ci, la plus sérieuse, disons même
la plus délicate, concernait les privilèges de la Compagnie
d'Afrique.
On se souvient que cette association, fondée en 1741, avait fait
confirmer ses droits dans la Régence tunisienne par le traité de
1768. Un an après, en vertu de Tarticle II, elle installait une facto-
rerie à Bizerte, et passait des contrats avec les pêcheurs de corail
de nie Sainte-Marguerite et d'Ajaccio. Mais Ali-Bey s'était opposé
promptement au trafic des agents français, et les avait même
contraints d'évacuer leur nouveau comptoir. La guerre franco-
tunisienne était survenue; enfin le traité de 1770, ayant pro-
rogé tous les droits de la Compagnie d'Afrique, Tavait dispensée
de payer sa redevance de 4,500 piastres pendant six ans. Lorsque
celle-ci, rendue prudente par Texpérience d'un passé tout récent,
fut rentrée paisiblement en possession des deux places de
Bizerte et du Cap-Nègre, elle crut de son intérêt, pour le moment
du moins, de consacrer ses ressources à l'exportation des grains
plutôt qu'à la pêche du corail. Sur ce, les Mahonnais offrirent
au Bey, pour le privilège exclusif de cette pêche, 58,000 livres,
les Siciliens 81,000 livres annuellement. C'est pourquoi Saizieu,
tout dévoué aux intérêts de la Compagnie marseillaise, jugea bon
de décider le Ministre et gendre d'Ali à se charger lui-même de
la dite pêche, avec privilège exclusif, dans toute l'étendue des
côtes de la Tunisie. Puis, il parvint habilement à disposer ce con-
cessionnaire à la rétrocession de son monopole à la Compagnie
pendant dix années. Les choses en restèrent là, car les associés,
d'accord avec le Consul de France, ne purent se résoudre aux con-
ditions onéreuses qui leur étaient proposées, soit 20,000 piastres
de redevances (72,000 livres). Ils craignaient, avec raison, de voir
augmenter le chiffre de leur tribut au Dey d'Alger, car ils payaient
alors à ce dernier 36,910 livres pour les trois comptoirs de La
Calle, Bône et le Collo, indépendamment des 36,000 livres répar-
ties au Bey de Constantine et aux Cheiks du voisinage, en tout
72,910 livres. Tout en cherchant à conclure des conventions
nouvelles avec les Seigneurs tunisiens, à la faveur des circons-
tances, la Compagnie d'Afrique avait renoncé à s'entendre avec
Mustapha et préféré le statu quo^ c'est-à-dire l'abandon provisoire
de droits séculaires.
INTRODUCTION IX
Du Rocher comprit les dangers de pareils alermoiements.
Témoin des compétitions que suscitait chez nos rivaux Toctroi de
ces privilèges, il obtint des associés marseillais quelques sacri-
fices, et trouva « le bon quart d'heure » pour rappeler au Bardo
les termes de l'article VIII du traité de 1728 : « // ne sera accordé
aucun privilège à d'autres nations qui ne soit dans le moment com-
mun à la française, quoiqu'il ne soit pas spécifié dans le présent
traité ou les précédents, » Ses négociations aboutirent à la Con-
vention datée du 21 juin 1781 , et ratifiée, peu de jours après, par la
Compagnie d'Afrique. Celle-ci ne pouvait, en somme, que se
déclarer satisfaite. Tous ses droits étaient consacrés plus solen-
nellement que jamais, les limites de son monopole s'étendaient
aux rivages compris entre Tabarque et la Tripolitaine, ses deux
comptoirs lui étaient conservés, la protection de ses agents et de
ses bateaux de pèche était garantie. Elle avait la faculté de résilier
ses engagements ou de les renouveler après six ans d'exercice.
Enfin ses redevances étaient fixées à 13,500 piastres, chiffre bien
inférieur aux offres de ses concurrents.
A cette époque, Ali-Bey, fort caduc, n'avait plus guère que
quelques mois à vivre. Il avait eu la prudence de régler Tordre
de sa succession; aussi la transmission dupouvoirà son fils devait-
elle s'opérer sans contestation ni désordre. Le 26 mai 1782, il
s'éteignit en emportant, privilège assez rare dans les Etats barba-
resques, les regrets universels de son peuple et de sa famille.
Hamouda, d'une nature ardente et passionnée, arrivait au pou-
voir avec des facultés brillantes qu'avaient singulièrement déve-
loppées ses relations quotidiennes avec le premier Ministre. Tout
jeune encore, — du Rocher ne lui donne que vingt-trois ans, —
ombrageux de caractère, mais politique avisé, moins désintéressé
que ne l'était son père, mais plus instruit des besoins et des inté-
rêts véritables de son pays, il manifestera, dès ses débuts, des
sentiments élevés, une pénétration rare, un goût particulier pour
l'action et pour le progrès. Devant lui s'ouvre un avenir dont nul
Prince de sa dynastie n'a pu voir et ne verra la durée. Il va rester,
en effet, sur le trône jusqu'en 1814. Pendant celte longue période
de trente-cinq années, nous constaterons qu'en dépit des incidents
les plus fâcheux, des divergences de vues et des hostilités les plus
accusées, la France continuera d'exercer avec ou malgré lui son
action féconde, de transformer peu à peu l'esprit barbaresque, et
X INTRODUCTION
d'imposer en Tunisie le respect de tous les principes de la civilisa-
tion chrétienne.
Un des premiers soins d^Hamouda est de notifier à Louis XVI,
a comme étant particulièrement son grand ami », la date de son
avènement. « Le message est destiné, dit-il, à fortifier les liens de
Tamilié et à consolider les bases delà sincère entente. A sa récep-
tion, comme vous savez qu'il n'y a pas d'interruption dans cette
ancienne amitié et qu'elle est solidement confirmée comme aupa-
ravant, vous voudrez bien à toujours nous la témoigner, et elle
sera éternelle. »
Un Français, Bruno Jourdan, qui avait su inspirer toute con-
fiance au Prince défunt, conserve à la fois ses fonctions de médecin
du Bey et d'agent consulaire de l'Empire et de Toscane. Le voya-
geur Desfontaines, membre de l'Académie des sciences, explore,
en ce moment, le nord de l'Afrique pour compléter ses collections,
d'histoire naturelle; Hamouda l'invite à le suivre, pendant la
tournée d'inspection qu'il entreprend dans ses provinces, et le savant
revient charmé des égards qu'ont eus pour lui le nouveau Chef de
la Régence et tous les officiers de la colonne expéditionnaire.
Quant au représentant du Roi, ses requêtes sont généralement
bien accueillies au Bardo. C'est un jour la jouissance d'une voilure
à quatre roues, privilège refusé jusqu'ici à tous ses collègues, et
dont sou prédécesseur a seul eu le bénéfice; c'est un autre jour
l'usage, à titre gratuit, d'une maison de campagne à la Marsa,
pendant la saison d'été. Un corsaire tunisien est mis aux fers pour
avoir capturé un navire de Provence. Les déprédations commises,
trop fréquemment encore, le long des côtes de Corse, sont punies
d'emprisonnement et de dommages et intérêts. Aucune affaire de
service ne reste en souffrance. A vrai dire, le dernier traité de la
Compagnie d* Afrique a bien été l'objet de quelques modifications;
mais, sans qu'aucune exigence en ait aggravé les charges, il .a été
revêtu du sceau beylical.
Pcul-il en être autrement, tant qu'Hamouda permet à son beau-
frère de participer aux affaires? Malheureusement l'influence bien-
faisante de Mustapha, ce Ministre si fidèle à servir les intérêts de
la colonie française, va décliner de jour en jour. A mesure qu'ils
avancent en âge, les Souverains, qu'ils soient musulmans ou chré-
tiens, s'affranchissent assez volontiers des conseillers de la pre-
mière heure. Le successeur d'Ali-Bey, dédaigneux des plus sages
avis, subira les entraînements de son trop fougueux caractère.
INTRODUCTION XI
Tantôt aux prises avec d^inévilables dissensions dans sa famille, et
tantôt harcelé par les plus humiliantes provocations des Algériens,
qu*il soit contraint de tenir tète aux nombreuses conspirations
ourdies contre lui, de négocier la paix avec les Puissances mari*
times, ou de faire face à la guerre molle et prolongée de la Repu*
blique de Venise, il ne saura pas plus dissimuler son entêtement
que sa cupidité. Un jour, il croira voir dans les agitations de la
Révolution française des circonstances favorables pour enfreindre
les traités. Un peu plus tard, aux manifestations d'une rare géné-
rosité d*àme succéderont, de sa part, des procédés tout barba-
resques, et contre lesquels nos agents protesteront pendant des
années, sans parvenir à Témouvoir. C'est en 1785 qu'apparaît le
premier symptôme de ce changement d'humeur. En effet, cette
année-là, il se plaint que la Cour de France ne lui ait pas seule-
ment offert, pour son avènement, « un seul petit bouquet » en
signe d'amitié. « Les délais du Gouvernement, écrit alors du
Rocher, à suivre l'exemple des autres nations, lors de Tavènement
d'Hamouda, ont eu déjà Tinfluence la moins favorable sur les
affaires de la nation à Tunis, et il y a lieu d'y remédier sans plus
de relards. »
Le marquis de Castries, qui a remplacé le comte de Sartine au
Département de la marine, croit devoir déférer dans une certaine
mesure aux désirs du Bey. Dès les premiers jours de janvier 1786,
un bijou de 7,000 livres lui est destiné; un autre de 2,000 livres
est commandé pour Mustapua-Khodja. Mais si le Cabinet de Ver-
sailles attache toujours autant de prix aux bonnes grâces de ces
deux Princes, il paraît momenlanément moins soucieux des inté-
rêts du Consulat de France. Pendant plus de quatre ans, le poste
est géré par un simple Vice-Consul. En effet, du Rocher, quelque
peu éprouvé par le climat d'Afrique, a repassé la mer, à la fin de
décembre 1782. Il a confié les services du Fondouk au jeune
d'Esparron, son subordonné, et son absence se prolonge, d'une
manière inexplicable, jusqu'au mois de février 1787. A celte
époque, on retrouve ses traces au Maroc. Quant à son ancienne
résidence, un nouveau titulaire, l'Ëspine de Châteauneuf, vient
enfin d'y débarquer.
C'est un ancien aide de camp de son oncle Dumouriez. Il a déjà
exercé des fonctions consulaires à Smyrne, Coron et Tripoli de
Barbarie. « Ses sentiments et ses talents, d'après ses lettres de
crédit, ont été trop éprouvés pour craindre qu'il ne justifie pas la
XII INTRODUCTION
bonne opinion qu'il inspire » (8 décembre 1786). Au fond, c'est
un agent consciencieux, zélé, capable de bien réussir dans un
poste où la souplesse et la diplomatie sont moins indispensables
qu'à Tunis. Mais il apparaîtra que les bureaux de la Marine l'ont
choisi trop à la légère; sa mission sera sans profit, et finira mal.
Avec le Bey, peu de contestations, point de disputes. Chftteau-
neuf est assez vite en bonne posture au Bardo, où Ton sent qu'il
est sans défense. Mais le prestige de la France est infiniment
mieux soutenu, pour le moment, dans la rade de Carlhage qu'au
Consulat; les intérêts de « la nation » n'ont pas de meilleur appui
que les croisières permanentes. On se souvient que, depuis fort
longtemps, les officiers de la marine royale ont été invités, par
les différents Ministres de la marine, à relâcher à La Goulette aussi
souvent qu'il leur serait possible, pendant leurs voyages au Levant.
Nous avons signalé plus haut la visite de plusieurs d'entre eux.
Or ces démonstrations, dites de pure courtoisie, n'ont pas cessé
d'avoir lieu presque chaque année. Le chevalier de Fabry,
en 1778, est venu mouiller à Alger, à Tunis et à Tripoli, « pour
servir les intérêts des sujets de Sa Majesté ». Après lui Bompar,
Bargeton, Fontbelle, Martinenq, Montgrand, Ligondès, Missiessy,
Raousset-Seillons ont promené jusqu'ici, non sans avantages,
leurs frégates et le pavillon du Roi dans les eaux carthagi-
noises. Parfois, il leur est arrivé de réunir autour d'eux et
d'escorter jusqu'en Provence des convois de quarante à soixante
navires de commerce. Ces relâches, au gré des Consuls, n'étaient
jamais assez fréquentes. Aussi n'est-on pas surpris de voir Châ-
teauneuf les réclamer un mois après son arrivée. Précisément,
pendant l'année 1788, une imposante escadre, composée de vais-
seaux de ligne, de frégates et de corvettes appartenante la marine
royale, sillonne la Méditerranée. Son but est de protéger d'une
manière plus efficace la navigation marchande, exposée à soulTrir
davantage des corsaires, depuis que la Sublime Porte est en état
de guerre avec les Russes et les Allemands. Le marquis de Nieuil
la commande, et ses instructions lui prescrivent de faire escale
aux pays barbaresques. Nos lecteurs trouveront, sur le passage à
Tunis de cet officier général et de son état-major, des détails
intéressants dans la collection des dépèches. Bornons-nous simple-
ment à constater ici l'effet produit, auprès des Tunisiens, par le
spectacle de la flotte française. Les précautions les plus minu-
tieuses avaient été prises, pour que celle-ci ne causât point
INTRODUCTION XIII
d'alarmes au m très illustroet magnifique Seigneur ». Nous verrons
par une lettre du Bey à Gastries que, loin d'en avoir pris ombrage,
Hamouda parut, au contraire, flatté des témoignages de respect
et de déférence qui lui furent donnés.
Ce Prince a pourtant laissé voir, quelque temps après, à quel
point se sont modifiées ses dispositions à Tégard du Gouvernement
de Louis XYI. Que veut-il en somme? des présents, et « les chré-
tiens de France » ne lui en donnent guère. Il a rançonné la Hol-
lande, taxé la Suède, la Norvège, le Danemark, vendu la paix à
TEspagne, à Venise ; il s'est mis dans la tète de faire payer aussi
la France, et d'obtenir d'elle un tribut en nature, sinon en argent.
Sa marine ne comprend pas moins de quarante bâtiments ancrés
à Porto-Farina, sans compter ceux qui font campagne; il faut
bien les armer en guerre, aux frais de l'étranger, comme l'ont fait
ses prédécesseurs. Blessé dans son amour-propre, il manifestera
sa mauvaise humeur dans toutes les affaires. Audacieuses cam-
pagnes des reïs au préjudice du commerce, prises illégales de
navires corses, saisie d'un bâtiment tunisien par les galères du
Pape : autant de difficultés que le Consul cherchera vainement à
aplanir. A toutes ses réclamations, le Bey affectera d'en opposer
d'autres. Les dépèches de Châteauneuf diront dans quel embarras
il se trouve, et dans quel discrédit est tombé Mustapha-Khodja,
« sous la double influence du caractère du Prince et de la jalousie
des jeunes favoris )>. A la fin de décembre 1790, le Secrétaire
d'Etat de la marine notifiera atix Puissances africaines le change-
ment du pavillon de France (Loi du 31 octobre). Dans sa lettre au
Bey de Tunis, le comte de Fleurieu paraîtra ne point douter des
mesures que prendra ce Prince, pour assurer efficacement, en
son pays, la substitution des nouvelles couleurs aux anciennes.
« Cette innovation, dira-t-il, n'en fait d'ailleurs aucune dans les
traités par lesquels la France et la Régence sont si heureusement
liées, et dont Sa Majesté Impériale désire l'éternelle durée. » Quelle
réponse Hamouda fera-t-il à l'invitation? — « Considérant que
sous le règne de nos aïeux et de nos prédécesseurs, le pavillon de
France que vous désireriez changer est resté immuable, notre
Régence ne trouve aucune convenance à la modification proposée.
Elle la regarde comme une innovation qui s'écarte des conditions
du traité subsistant entre les deux Cours, et juge plus convenable
que l'étendard de France arboré à Tunis ne soit point changé, mais
maintenu dans l'état consacré par un usage immémorial... »
XIV INTRODUCTION
Comme on ne faitVien, au Bardo, qui soit de nature à déplaire
à Tombragcux et puissant Dey d'Alger, on se réglera, dans l'es-
pèce, sur les nouvelles venues de ce côté. Le nouveau pavillon, en
effet, est reconnu quatre mois plus tard, après Tarrivée des cour*
riers de la Jenina (29 avril 1791). « Ce n'est pas sans peine,
écrit Chàteauneuf, que le nouveau pavillon a été arboré sur la
maison consulaire, le Bey ayant appris par un second courrier
d'Alger qu'il y avait été apporté avec des présents. » Il manque
à cette lettre un aveu, c'est qu'en échange de l'autorisation du
Prince, le Consul s*est laissé extorquer la promesse d'un envoi
de munitions de guerre. Hamouda a poussé l'audace jusqu'à lui
remettre une note, sous forme de réquisition, des articles qu'il
faut choisir à l'arsenal de Toulon!
Ce n'est pas tout. Voilà que la colonie française de Tunis s'est
insurgée contre l'autorité du représentant du Roi. Le vent de
discorde qui souffle actuellement sur la métropole a-t-il déjà passé
la Méditerranée? Quelque réformateur est-il venu prêcher ici les
Droits de Vhomme^ l'indépendance des citoyens, la suppression des
abus? Toujours est-il que des nationaux se sont plaints d'avoir
journellement à souffrir « de certains usages et procédés vexaloires
introduits dans le Fondouk », des tarifs de la chancellerie, du
prix du pain et des galettes, des entraves apportées aux affaires
des marchands, des coutumes arbitraires qui régissent les arma-
teurs. Les plus mécontents n*ont pas craint de faire parvenir à
la Cour les a cahiers » de leurs doléances, et d'y joindre des
dénonciations calomnieuses contre le Consul. En toute justice, il
a fallu inviter Chàteauneuf à venir à Versailles pour plaider sa
cause, et c'est pourquoi le Ministre Fleurieu l'a mis d'office en
congé.
Mais alors la fantaisie du Potentat barbaresque va donner toute
sa mesure. C'est bien à la Cour de France qu'il en veut, non à
son agent. Il le montre en plaidant la cause de l'accusé; il veut
l'empêcher de partir, le gralifier d'une maison et d'un traitement
alimentaire. Il proteste, dans plusieurs lettres, « contre des rap-
ports calomnieux et dictés par l'animosilé à l'égard d'un officier
victime de la cabale de quelques-uns de ses compatriotes ». Sous
les yeux du Bey, Mustapha s'engage à prouver jusqu'à Tévidence
l'inconduite des négociants établis dans son pays, et toutes les
calomnies qu'ils se sont permises contre leur Consul. « A Dieu ne
plaise, écrit-il à Fleurieu, que sur la foi d'imposteurs et de gens si
INTRODUCTION XV
peu délicats vous coasommiez la perte d*un vieux serviteur de
TEtat, qui comple plus de vingt ans de services I »
Ainsi voyons-nous, au début de la Révolution française, les
affaires de Tunisie prendre une tournure des plus fâcheuses. En
dépit des efforts tentés pour le maintenir à son poste, Château-
neuf, empressé d'obéir au Ministre, a pu quitter Tunis (juin 1791),
après avoir confié les affaires de son service au Vice*Consul de
Villeneuve. Mais les relations officielles avec Hamouda-Bey restent
fort tendues ; les multiples griefs des nationaux nécessitent une
enquête sur place; Tenvoi d'un négociateur extraordinaire s'im-
pose, à bref délai, si le Gouvernement veut éviter une rupture
définitive et la guerre en Barbarie.
La période qui va s'ouvrir est la plus agitée, la plus fertile en
incidents diplomatiques que nous ayons à parcourir dans les
annales de la Régence. Elle comprend les dates extrêmes de 1792
à 1815. Une comédie se prépare sur le théâtre de Tunis, comédie
dont les acteurs ne joueront pas tous un beau rôle. Un régime de
suspicion, de vil espionnage; des enquêtes inavouables sur la
vie publique et privée du Consul général de France et de tous
ceux qui rapprochent; des dénonciations hypocrites et lâches;
tout Tapparat officiel mis au service de la jalousie et de la haine;
la loyauté vaincue ; Tintrigue triomphante au nom du civisme; puis
les destitutions brutales, les vengeances aveugles et cyniques, la
violation et le mépris de tous les droits; enfin les victimes à leur
tour vengées, réhabilitées; l'austère justicier convaincu de men-
songe et de concussion; le farouche accusateur jugé, condamné
lui-même : tel est le triste spectacle dont nous allons être témoins
sur cette petite scène, sans avoir le loisir de faire des rapproche-
ments trop faciles avec ce qui se passe, en même temps, dans la
mère-patrie.
Au début, deux personnages : le Bey, toujours désireux de ne
point déplaire à la France, mais toujours avide de présents;
généreux de caractère, — il vient d'en donner des preuves en s'éri-
geaut en défenseur de l'ancien Consul, — mais aussi entêté, fan-
tasque, autoritaire que par le passé, Hamouda, disons-nous, appa-
raîtra tel qu'il s'est montré jusqu'ici, et jouera fièrement son rôle
de chef d'État. Jacques Devoize, Consul général, fait grande
figure auprès de lui. Type accompli du diplomate accrédité en
pays barbaresque, il évoque le souvenir de ce J)enis Dusault, dont
XVI INTRODUCTION
nous avons rappelé les services dans le premier volume de cet
ouvrage. L'injuste oubli dans lequel est tombée la mémoire de
ces deux hommes n'est pas la moindre analogie qui vient à Tes-
prit, quand on envisage leur carrière. Pour Devoize, rien d'éton-
nant à ce qu'il captive Hamouda. Cet ancien officier de cavalerie,
que ses goûts et ses aptitudes ont poussé vers les Consulats, est
doué des qualités les plus séduisantes. La dignité de sa tenue, la
mesure de son langage, une conscience appliquée sans cesse à ses
devoirs comme à ses droits, la solidité de son jugement, par-dessus
tout une fermeté, une droiture de caractère à toute épreuve, une
allure fière, un peu hautaine, et jusqu'à ce degré mesuré d'arro-
gance qui ne messied point à son emploi, tout cela ne peut qu'ins-
pirer à la Cour du Bardo une haute considération. Descendant
d'une famille noble et très ancienne du Dauphiné, il rappellera par-
fois, en signant Devoize-Voiron, son pays natal. Si, pour le faire
inscrire au nombre des suspects, on incrimine un jour ses origines,
il faudra s'appuyer sur de vagues hypothèses pour motiver sa
disgrâce. Toute sa correspondance, d'un intérêt puissant, reflétera
sa soumission aux lois, son zèle pour le service, ses succès en
affaires ; tous ses actes témoigneront du patriotisme le plus pur et
le plus désintéressé.
Quel curieux contraste il présente avec le citoyen Herculais,
délégué de la Convention nationale dans les trois Régences
d'Afrique pour épurer le personnel des Consulats! Cet aventurier,
chose bizarre, est aussi du Dauphiné et sort, ainsi que Devoize,
des cadres de la cavalerie. Il a déjà tenté bien des métiers.
D'abord classé dans la marine royale, puis attaché comme secré-
taire à un diplomate espagnol en Algérie, il est, peihlant quel-
que temps, garde du corps de la Compagnie flamande de Sa
Majesté Catholique. On le retrouve à Batavia, au service de la
Compagnie hollandaise des Indes, puis en France, dans le Finis-
tère, où il est parvenu au grade de chef de brigade des armées de
la République. Non content de son sort, il a sollicité et obtenu
du Comité de salut public, grâce à l'appui de Cambacérès, cette
mission en Barbarie sur laquelle il compte pour s'enrichir, si c'est
possible, et tout au moins pour faire parler de lui. C'est le repré-
sentant des idées nouvelles, le patriote aveuglé par la rage de
tout démolir et la prétention de tout réformer. Point de scrupules,
encore moins de bonne foi dans cette âme vulgaire. Ses facultés
intellectuelles paraîtront au niveau de sa valeur morale. Chez
INTRODUCTION XVII
Herculais, la vaDité ira de pair avec la sottise; il suffira, au sur-
plus, de lire ses dépèches, pour voir dans quel esprit étroit et
brouillon ce fantoche comprend ses devoirs.
Dans un rapport au Roi du 14 octobre 1791, le comte Bertrand,
Ministre de la marine, avait signalé la crise que traversaient, à
cette époque, les relations franco-tunisiennes. « Votre Majesté,
disait-il, est suppliée d'autoriser Tenvoi d'un négociateur sage et
capable de bien discuter nos intérêts. J'ai jeté les yeux sur M. Devoize,
Vice-Consul à Scio, qui a géré autrefois le Consulat de Tunis par
intérim; on lui donnera Texpectative de cette place vacante, s'il
réussit dans son emploi... » Quelques jours après, cet agent avait
reçu ses instructions et ses lettres de créance, en qualité de Com-
missaire et de Chargé d'affaires de Sa Majesté. Sa mission avait
deux objets : 1° donner satisfaction au Chef de la Régence, en
discutant chacune de ses réclamations; 2'' rétablir Tharmonie et
l'union parmi les Français résidant auprès du Bey, en les récon-
ciliant également avec lui. Afin de faciliter ses premières négo-
ciations, une somme de 150,000 livres était mise à sa disposition;
3,000 livres étaient encore affectées à ses frais de voyage,
12,000 livres aux « modiques dons » qu*il aurait à offrir non pas
au nom du Roi, mais « en son nom personnel ». Le Ministre se
refusait à accorder « en aucun cas » les munitions de guerre
demandées au dernier Consul, « de pareils envois pouvant indis-
poser certaines Puissances en guerre avec Tunis ».
Le Commissaire du Roi s'était embarqué sous la conduite d'un
lieutenant de vaisseau, selon Tusage; il avait mis pied à terre à
La Goulette le 4 avril 1792. Sa première dépèche nous apprend
qu'il avait reçu du Bey « un accueil fort distingué ». Le Prince
s'était rappelé Tavoir connu quinze ans auparavant, et n'avait
point oublié non plus la haute bienveillance qu'Âli, son père,
accordait au Vice-Consul de la nation française. La joie de ce
retour avait été partagée par Mustapha, toujours Ministre. Le
concours d'un ami si fidèle et si haut placé demeurait encore
utile; mais il fallait compter dorénavant avec un nouveau venu,
le Sahib-Tape, autrement dit Garde des sceaux, qui venait d'être
assez heureux pour sauver la vie d'Hamouda, en désarmant son
assassin. Au Fondouk, tout rentrait dans Tordre. De Villeneuve,
« homme d'esprit et bien éduqué », assurait le service et s'appli-
quait à calmer les esprits. Les cabales qui avaient marqué le
départ de Chàteauneuf avaient cessé; les récriminations, plus ou
6
XVIII INTRODUCTION
moins fondées, dont négociants et armateurs avaient troublé la
colonie, semblaient avoir perdu » pour le moment du moins, Tocca-
sion de se faire entendre.
Aussi bien, quelques jours avaient suffi à Devoize pour accomplir
en grande partie sa tâche de négociateur. Sans dépasser ni même
atteindre ses crédits, il avait racheté des esclaves, réglé des
comptes de prises, transigé sur les contestations les plus litigieuses.
Les anciennes préventions du Bey étaient si bien dissipées, au bout
de deux mois, que le Prince écrivait deux longues lettres à la
Cour de France, exprimant,' à plusieurs reprises et « dans le véri-
table langage de Tamitié », ses sentiments d'estime pour le Chargé
d^afTaires du Hoi et son désir de maintenir plus fermement encore
l'observation des traités : « Votre Commissaire vous marquera qu'il
ne nous reste aucune trace des discussions qui ont eu lieu entre
les Français établis à Tunis. Nous avons enseveli dans un oubli
absolu leurs torts, par égard pour l'Empereur de France... Tous
les individus de cette nation qui naviguent sur nos côtes ou qui
demeurent dans nos États sont et seront toujours, par la même
considération, protégés et défendus... Déjà nous avons écouté favo-
rablement les propositions qui nous ont été faites en votre nom...
M. Devoize est un serviteur distingué par son mérite, son zèle et
ses talents ; sa conduite et son langage sont propres à resserrer
les nœuds de la bonne intelligence et de Tamitié qui régnent entre
les deux Gouvernements; nous sommes habitué à traiter avec lui,
et nous vous prions de le nommer définitivement votre Consul
auprès de nous... Puissent ces liens si salutaires se resserrer de
plus en plus par des procédés respectifs de loyauté et de générosité,
si propres à accroître les sentiments d'amitié qui unissent indisso-
lublement les Français et les Tunisiens! »
On venait de reconnaître, au Ministère de la marine, que les
imputations dirigées par la colonie française de Tunis contre
Châteauneuf étaient dénuées de fondement. Cet agent, toutefois,
pouvait-il regagner son poste, et reconquérir son prestige aux
yeux de ses protégés? La chose semblait périlleuse. Il fut donc
décidé (( pour le bien de la paix » qu'il renoncerait à sa charge,
et recevrait à titre de compensation celle de Résident à Genève.
D'un autre côté, Devoize, si bien en cour au Bardo, avait déjà
dépassé les espérances qu'avaient fait naître les débuts de sa car-
rière. Il reçut, en conséquence, ses provisions de Consul général
(24 juin 4792).
INTRODUCTION XIX
Parmi tous les changements dont la France sera le théâtre, à
répoque où nous arrivons, il faut signaler dans quelles mains
vont passer la direction et l'administration des affaires consu-
laires. Le brevet de Devoize, en effet, comptera parmi les derniers
contresignés dans les bureaux du Secrétaire d'État de la marine.
Un décret de la Convention nationale du 14 février 1793 rattachera
les Consulats au Ministère des Affaires étrangères ; de ce Départe-
ment devront désormais ressortir les intérêts commerciaux aussi
bien que politiques de la nation à Tétranger.
A Tunis, ces intérêts étaient alors si bien sauvegardés que,
pendant les premiers mois de son existence, le nouveau Gouver-
nement n'avait pas jugé nécessaire de se faire reconnaître par
Hamouda. Cette réserve ne laissait pas que d'embarrasser Devoize,
encore qu'il fût préparé à franchir quelques mauvais pas, car la
notification offlcielle du renversement de la royauté entraînait
forcément, auprès d'un Prince barbaresque, des lettres de créance,
un supplément aux traités, des cadeaux, etc. En attendant qu'il
fût autorisé à parler au nom de la République, il se voyait réduit
à préserver de toute atteinte les privilèges de ses compatriotes, et,
suivant ses expressions, à prévenir les suites de l'humeur d'un
despote que le mot seul de liberté jetait dans l'effroi. « J'ai fait
enlever seulement, écrivait-il, les armes royales ornant la porte
de la maison consulaire, et j'ai invité tout le monde à une cir-
conspection que j'ai la satisfaction de voir observer... » Le
31 mai 1793, il lui fut enfin prescrit de notifier officiellement au
Bey la nouvelle Constitution, et de lui remettre une dépèche du
Conseil exécutif de la République française, exactement rédigée
dans les mêmes termes que sous Tancien régime , mais visée
pour la première fois par le Ministre des relations extérieures.
Cette lettre se bornait à confirmer « le citoyen Devoize » dans ses
fonctions de Consul général et de Chargé d'affaires près du magni-
fique Seigneur. Elle fut suivie, peu de jours après, d'un envoi de
présents considérables, estimés 82,000 livres, pour Hamouda et
ses principaux officiers. En adressant au Consul un état détaillé
de ces a donatives », le Ministre Lebrun, sans autre explication,
demanda qu'ils fussent présentés « comme l'effet de la bienveil-
lance de la République, et non pas d'une obligation quelconque ».
Mais du moment que la France offrait au Bey des cadeaux, la
question du renouvellement des traités perdait, pour ainsi dire,
tout intérêt. Devoize s'en aperçut bien vite, en apprenant par
XX INTRODUCTION
Mustapha-Khodja qu'il n'y avait pas lieu pour le moment de rien
innover^ et qu*on se réservait de suivre à tous égards, au Bardo,
l'exemple du Dey d'Alger.
Flatté dans son amour-propre par les procédés généreux du
Directoire, Haniouda, toujours fantasque, va se complaire à
donner au Chargé d'affaires de France des preuves de son atta-
chement, voire même de ses préférences. Comme les vaisseaux
anglais sillonnent la Méditerranée, il a enjoint aux corsaires de
respecter les cargaisons de grains destinés à la Provence, bien
qu'embarqués sous pavillons ennemis de la Régence. Il est vrai
qu'en vertu d'une entente commune, la municipalité de Marseille
s'est engagée à payer une prime de 25 sequins (environ 200 francs)
par cent kafPis de blés (333 charges) de provenance tunisienne.
Pour encourager davantage ce genre d'exportation si nécessaire
alors aux armées d'Italie, Devoize a promis .aux reïs, à leur
retour à La Goulette, une gratification de 30 sequins. Voulons-
nous encore un exemple des bons procédés du Bey ? Une escadre de
la République étant venue mouiller dans la rade (mai 1793), pour y
attendre un convoi de navires et préserver sa traversée des croi-
sières de nos ennemis, le Prince a tenu à faire les honneurs de son
palais au citoyen Yence, chef de la division, et à tout son état-
major. Les rafraîchissements envoyés gratuitement, sur son
ordre, aux vaisseaux français sont évalués dans une dépèche con-
sulaire à 800 piastres.
En ce moment, le Comité de salut public sent combien il
importe de ménager les Puissances barbaresques, alors qu'elles
nous savent en guerre avec presque toute l'Europe. Il a jugé
opportun (c de donner à leurs Chefs de nouvelles preuves d'ami-
tié » et de leur manifester, par une délégation d'Envoyés extra-
ordinaires, son désir de maintenir « une harmonie parfaite et
durable » (Arrêté du 23 pluviôse an II). Dans les Instructions
remises au citoyen Lallement, désigné pour Tunis, on voit
qu'indépendamment de ses vues patriotiques, le Comité s'est fort
préoccupé de contrôler les principes du personnel consulaire :
(( Malgré des présomptions favorables, le Gouvernement révolu-
tionnaire doit juger l'ensemble de la conduite de ses agents, et
il doit être sur de leurs sentiments. et de leurs opinions, parce
que ce n'est qu'ainsi qu'il peut avoir une garantie de leurs
actions. Ceux surtout dont Texistence publique date d'une époque
éloignée doivent passer par le creuset d'un examen sévère. »
INTRODUCTION XXI
La mission de Lallement à Tunis n'a pas eu lieu^ cet agent
ayant préféré, au moment de partir, une délégation à Venise. Mais
elle a motivé la première lettre « en style républicain » que le
Ministre Deforgues ait cru devoir écrire au Bey de cette Régence.
Si les compliments y sont emphatiques, les termes consacrés jus-
qu'alors parle protocole, les formules du cérémonial, les expres-
sions de simple déférence ont fait place au tutoiement et à la
phraséologie. Peu après, une seconde dépèche du Ministère au
Seigneur africain (8 germinal an II) lui a fait part, sous une forme
plus sèche et plus choquante encore, du changement de pavillon
décrété par la Convention : « L* agent de la République auprès de
toi te communiquera la loi qui a été rendue à ce sujet, et te
remettra en même temps une planche coloriée qui t'indiquera la
forme du nouveau pavillon et la disposition des couleurs... » — « Tu
verras, dit Deforgues en adressant à Devoize, par le même cour-
rier, une copie de cette dépèche, que j'ai cru devoir m'astreindre
à la simplicité du style républicain, conformément à nos prin-
cipes et à la raison. Je sais que les Gouvernements barbaresques
ont un grand respect pour les usages, et il serait possible que la
modification apportée aux anciennes formes fût remarquée. Dans
ce cas, citoyen, il te sera aisé de faire sentir que le langage de la
République devant être celui de la raison et de Tégalité, elle a
dû le débarrasser de toute idée fausse et de toute phrase insi-
gnifiante; que ses sentiments en seront plus purs, son amitié plus
loyale et ses promesses plus sacrées. »
Choqué d'une telle inconvenance, Hamouda refusera de rece-
voir les lettres du Gouvernement français. « Je le trouvai, dit notre
agent, très effarouché de la suppression de ces titres aussi ridi-
cules que pompeux dont les ministres des Rois flattent Torgueil
des Princes musulmans. Je lui rappelai que notre Constitution,
que je lui avais lue et qu'il avait admirée, étant fondée sur la
raison, la République devait en adopter le langage pour être con-
séquente, et je lui lus tes propres expressions : que ses senti-
ments en seraient plus purs, son amitié plus loyale et ses pro-
messes plus sacrées. » — « A ces conditions, répondra le Bey, je
serai l'ami le plus chaud de la France ; mais il faudra me con-
vaincre en faisant droit à mes anciennes et justes réclama-
tions. »
Quelles sont ces réclamations? Nous les trouvons formulées
dans une dépèche d'Hamouda à Buchot, successeur de Deforgues
XXÏI INTRODUCTION
au Ministère des relations extérieures. Il reste encore en Sardaigne
trente-huit esclaves tunisiens capturés dans les eaux de Corse
avant la guerre, et dont raiïranchissement, demandé vainement
jusqu'ici par la Régence, pourrait, à la rigueur, être à la charge
de la France. Il s'agit aussi des munitions de guerre autrefois
promises par le Consul Châteauneuf. Longtemps Devoize a feint
de regarder cette dernière prétention comme abandonnée; mais
dans un moment d'humeur passagère, le Bey, fort habilement, a
jugé opportun de la ressusciter en faisant valoir ses services.
Rien ne serait plus aisé, à Paris, que d'éluder encore les exigences
du Prince en matière de munitions, comme le Ministre de
Louis XVI Ta fait en 1791. Mais quel souci peut avoir des précé-
dents, des traditions de la politique franco-tunisienne l'incapable
et naïf Buchot, cet ancien maître d'école à peine apte à remplir
les fonctions d'employé d'octroi qu'il sera trop heureux d'obtenir
un jour? Comment s'étonner de le voir résolu, sans hésitation et
sans entente préalable avec le Consul général, « à donner au Bey
des preuves de la générosité de la République devenue une
sorte d'obligation »? Il faudra trouver « un moyen d'échange »
pour les esclaves de Cagliari, et satisfaire les Tunisiens autant que
le permettront les besoins de nos arsenaux. « La raison, écrira
Buchot au Comité de salut public (13 messidor an II), a remporté
un triomphe honorable sur les préjugés orientaux. La lettre écrite
aux Princes de Barbarie, à l'occasion du changement de pavillon,
avait été rédigée dans ce style fier, simple et dépouillé de toutes
les formules fastueuses et ridicules qui convient à des républi-
cains... De ce qui s'est passé à Tunis, nous pouvons conclure que
les despotes d'Afrique valent encore mieux que les despotes
d'Europe! »
Cependant Hamouda devenait plus serviable à mesure que la
République faisait la paix avec TËspagne, la Hollande et les autres
États coalisés. Le Dey d'Alger ayant reconnu le nouveau pavillon
de France, le Bey de Tunis avait laissé Devoize l'arborer avec
pompe sur son hôtel consulaire (12 thermidor an II). « Trois
salves de vingt-deux boites » avaient salué nos trois couleurs.
Une députation de vingt-quatre officiers du Divan, avec sa
musique, était venue assister à cette inauguration; les Consuls de
Suède, de Danemark, de Venise avaient également témoigné» par
leur présence, l'intérêt qu'ils prenaient à la cérémonie. Peu après,
Devoize obtenait, dans une affaire de prise assez délicate, justice
INTRODUCTION XXIII
contre les Anglais. Il empêchait le Bey de reconnaître la Corse
comme possession anglaise, et de faire la paix avec les Etats-Unis. A
force de flnesse et de diplomatie, il négociait et signait, le 6 prairial
an III, un article additionnel au dernier traité^ limitant à la distance
d'une portée de canon des côtes françaises et tunisiennes l'immunité
de la navigation. A Tunis, comme à Alger, le prestige du nom
français ne subissait donc plus aucune atteinte de la crise révolu-
tionnaire. Tandis qu*à la Jenina, Hassan-Dey étonnait Valliëre par
les témoignages d'amitié les plus opportuns et les procédés les
plus généreux, Devoize trouvait au Bardo, chez Hamouda-Bey,
autant de sympathies respectueuses, quoique plus intéressées,
autant de facilités pour ravitailler la Provence et pour assurer les
convois. Dans ces deux États barbaresques, même attitude d*allié
des Souverains, mêmes qualités diplomatiques chez les deux
Consuls généraux de la République. A ces derniers, semble-t-il, on
eût alors souhaité de recevoir de la mère-patrie quelque encoura-
gement, sinon la juste récompense de leurs succès et de leur
zèle. Et cependant Fhistoire va nous montrer qu'en ce moment
précis, l'heure des plus amers déboires venait de sonner pour eux.
Us étaient sacrifiés d'avance, le jour où le Comité de salut public,
voulant déléguer en Afrique Tun de ses représentants, avait, à
la légère, agréé les offices du plus sectaire et du plus audacieux
intrigant de son entourage, nous avons nommé Herculais.
Que comptait faire dans les Régences cet Envoyé extraordi-
naire? Un mémoire adressé par lui au Comité nous l'apprend et
le représente comme ayant la prétention de jouer un rôle consi-
dérable. On n*est pas moins surpris de retendue de son pro-
gramme que de la suffisance avec laquelle il en fait Texposé.
Consolider Talliance avec les Seigneurs barbaresques; capter la
bienveillance de leurs ministres; dénoncer à la Convention tous
les Consuls suspects d*incapacité, d'incivisme ; faire des envois de
grains, d'huiles, de bestiaux, de cuirs, de savons, de salpêtres;
établir des salaisons; racheter des esclaves; forcer les Princes
africains à entrer dans la coalition armée du Nord ; publier les
victoires de la République; nuire de tout son pouvoir à ses
ennemis; augmenter les jalousies entre les Consuls étrangers;
faire courir sur les Corses devenus sujets britanniques : autant de
mots, de promesses vagues du vaniteux personnage. Le Comité
révolutionnaire, « ayant trouvé ses propositions utiles et ses
XXIV INTRODUCTION
vues sensées », lui a laissé le soin de rédiger lui-même Tarrèté
du 21 fructidor an II, qui lui confère présentement le litre
d' « Agent général et Envoyé particulier près les Puissances bar-
baresques et dans tout le Levant », et qui le maintient, pour
l'avenir, dans son emploi de chef de brigade des bataillons natio-
naux. L'arrêté enjoint aux Consuls, négociants, officiers de vais*
seaux, de' lui prêter secours et assistance, sll les en requiert, et
de se conformer scrupuleusement à tout ce qu*il exigera. La
mission d*Herculais doit rester secrète. Il correspondra donc
directement avec le Comité, non avec le Commissaire des rela-
tions extérieures. Ses appointements seront de 20,000 livres; six
mois seront payés d'avance pour ses frais dlnstallation, « bien
que sa mission soit ambulante ». On fera armer le Jacobin^ chébek
de quatorze canons, en parlementaire tunisien, les canons en cale,
et c*est sur ce navire que l'Envoyé apportera les présents destinés
aux Potentats de Tunis et d'Alger.
Au surplus, des Instructions ont été remises, un mois après
(24 vendémiaire an III), au Délégué conventionnel. En fort bons
termes, avec une impartialité et une sagesse qui ne laissent pas
que d'étonner, elles précisent à la fois le but de son voyage et
l'étendue de ses pouvoirs. Il faut les lire en entier pour considérer
à quel point les membres du Comité prennent au sérieux ce diplo-
mate improvisé. Celui-ci commencera sa tournée par la Régence
tunisienne, une Instruction spéciale et datée du même jour con-
cernant Alger et Tripoli. Il remettra au Bey, au nom de la Répu-
blique, le chébek le Jacobin, à la place des munitions de guerre
qui lui ont été promises; il pourra tranquilliser en même temps
le Prince sur le sort ultérieur de ses compatriotes restés captifs
en Sardaigne. Deux affaires bien définies doivent, en particulier,
fixer son attention et découler de son mandat. Les transports
d'argent étant difficiles et le numéraire de plus en plus rare, —
le change sur les assignats est déjà de 40 0/0, — il fera vendre à
Tunis les marchandises d'un important convoi que le chef d'es-
cadre Yence n'a pas osé faire sortir de la rade. Les négociants
auxquels elles appartiennent étant les uns émigrés, les autres
extrêmement désireux de s'en défaire, il y a là des ressources sur
placé dont il importe de tirer parti pour le service des approvi-
sionnements méridionaux. D'autre part, on compte, à Paris, sur
l'esprit d'équité et sur la vigilance de l'Envoyé extraordinaire
pour apprécier la conduite des agents du Consulat. En ce qui
INTRODUCTION XXV
concerne Devoize, « homme intelligent et actif », mais dont les
transactions récentes ont paru trop onéreuses, Herculais vérifiera
ses aptitudes et fera Texamen de sa comptabilité. Il étendra son
enquête au Vice-Consul de Villeneuve, « d'une très bonne réputa-
tion », disent les Instructions, mais dont il faut connaître les opi-
nions autant que le mérite. N'appartient-il pas, comme Devoize, à
la classe des ci-devant nobles? « En combinant toutes ses démar-
ches de manière qu'elles tendent à maintenir la bonne harmonie
entre la France et les Puissances d'Afrique, le citoyen Herculais,
dans toute circonstance, ne devra perdre de vue ni les intérêts
ni la dignité de la République. »
Le Commissaire national est arrivé à La Goulette avec Gayet,
son secrétaire, le 20 prairial an III. Il s'est aussitôt installé au Con-
sulat, et s'est fait présenter au Bey dans une audience d'étiquette;
l'accueil du Prince a paru froid, mais distingué et conforme aux
usages. Les lettres de créance du Comité de salut public (24 ven-
démiaire an III) sont, il est vrai, d'une courtoisie parfaite, en
dépit de la formule persistante du tutoiement. Après s'être fait
reconnaître officiellement au Fondouk, dans une assemblée géné-
rale de la colonie française, l'Envoyé a transmis ses premières
impressions à Paris dans deux dépêches : « J'ai vu avec satisfac-
tion, dit-il, que le Consul de la République possédait l'estime et
l'amitié du Prince et de son Ministre. » Sans doute il a déjà
fouillé les archives de la chancellerie, car il ajoute : « Les enga-
gements contractés dans l'Échelle pour faire droit aux réclamations
du Bey, et qu'il est essentiel d'acquitter, sont immenses ; ceux-ci
montent à 250,000 piastres à 32 sols... » Le tribut triennal de
Suède, beaucoup plus beau que de coutume et qu'il estime à un
demi-million, vient d'arriver malencontreusement pour obscurcir
Téclat de tout ce qu'il apporte, et ce n'est pas sans inquiétude
qu'il se dispose à présenter au Bey les cadeaux de la Convention.
Est-ce une simple coïncidence, ou le pressentiment d'avoir déjà
déplu? Il n'y a pas huit jours, en eflet, qu'il a débarqué, et sa
seconde audience est suivie d'un affront. Tous ses présents sont
refusés et renvoyés au Fondouk. Hamouda lui a déclaré, non
sans arrogance, qu'il eût agréé volontiers « ne fût-ce qu'une
fleur offerte en son nom personnel et comme une marque
d'amitié », mais que, pour les cadeaux de la République fran-
çaise, il entendait être traité sur le même pied que le Dey
d'Alger, « son égal ».
XXVI INTRODUCTION
Rendant compte à Paris de sa petite mésaventure, Herculais
va soutenir « qu'elle ne change rien aux aQaires, la République
étant au dessus des caprices de ces gens-ci ». Il dissimule même
son dépit en écrivant que le Bey est vicieux, détesté, s'enivre tous
les jours et n écoute que ses « mignons ». Le fait est que Mus-
tapha, « notre véritable ami chéri », est aujourd'hui bien délaissé.
C'est Mendrici, le médecin génois, c'est Youssuf, le Sahib-Tape,
qui jouissent en ce moment des bonnes grâces de leur souverain;
or ceux-là sont notoirement hostiles à la cause française. Le der-
nier surtout semble alors considéré comme l'ennemi le plus
acharné des chrétiens. D'abord esclave, puis mameluk, percé de
part en part de deux balles destinées au Bey, il a beau jeu pour
exploiter la reconnaissance de son maître. « Sa stupidité, dit
Devoize, le rendant incapable d'exercer un emploi sérieux, ou l'a
pourvu de celui qui consiste à apposer le sceau aux ordonnances
du Prince. » 11 a spolié tous les particuliers un peu aisés, mono-
polisé la moitié du commerce de la Régence, surchargé de
droits les produits pour dégoûter du pays les négociants euro-
péens.
L'Envoyé extraordinaire, hâtons-nous de le dire, a déjà trouvé
le moyen d'écarter ce drôle. Selon lui, l'intervention directe du
Grand Seigneur, qu'ont évitée soigneusement jusqu'ici tous nos
agents, paraît indiquée, pour donner au Prince « une leçon ». Il a
bien d'autres vues en tète, bien d'autres appréciations où la sottise
le dispute à l'ignorance. Qu'on en juge par quelques extraits! Sa
correspondance nous expose « la décadence du commerce à Tunis,
le peu d'utilité que la France en retire, malgré tout ce qu'on dit
dans les gazettes, les dépenses inutiles du Consulat, etc. » Il con-
viendrait d'interdire ici toute émigration, « Tintention du Gouver-
nement n'étant certainement pas d'y établir une colonie fran-
çaise ». En 1787, il y avait à Tunis six établissements, et c'était
sans doute un abus que favorisaient les Consuls pour s'associer à
leurs affaires. Aujourd'hui, Herculais compte quatorze négociants
ayant sous leur toit femme, enfants et domestiques. Tous ces
Français, à son avis, occasionnent des plaintes, des tracasseries
perpétuelles, et contraignent le Consul, dont le devoir est de les
protéger, à des condescendances onéreuses pour la métropole.
Il en conclut qu'il serait nécessaire de remettre en vigueur les
anciennes Ordonnances royales, interdisant aux nationaux le
mariage et le séjour de plus de dix années dans les Echelles.
INTRODUCTION XXVII
Apres avoir ainsi parlé des négociants, voici ce qu'il dit des
Consuls : « Ceux-ci, pour paraître utiles, exagèrent leur crédit
auprès des Seigneurs, les ressources du pays; ils dissimulent les
sacrifices ou les promesses qu'ils font aux dépens de TËtat, ne
peuvent résister aux chicanes, aux prétentions de ces gens-ci,
font fortune en peu d^années... Ils se retranchent dans leur Con-
sulat comme dans une place forte, en rendent les abords difficiles,
font tous les sacrifices que les Maures exigent, résistent juste ce
qu'il faut pour sauver les apparences ou pour se faire valoir
auprès du Gouvernement... Tous les Consuls d'Alger et de Tunis
ont suivi cette marche. Quelques-uns n'ont même obtenu leur
place qu*en se faisant demander par les Bcys ou par leurs
Ministres; d'autres font écrire en leur faveur, se font donner les
plus grands éloges; d'autres encore font au Gouvernement des
promesses exagérées ou chimériques... Il faut dans ces deux
Consulats, au lieu d'hommes déliés et trop habiles en affaires,
des gens fermes et probes. » L'Envoyé revient souvent sur la
facilité avec laquelle on accorde des passeports pour les Régences
africaines : « Le Bey, voyant une colonie si nombreuse de
Français dans ses Etats, en tire avantage pour se rendre difficile
dans toutes les affaires. » Un autre abus, dit-il encore au Comité
de salut public, l'offusque et lui parait facile à supprimer : il
s'agit du taux d'intérêt, alors de 1 1/2 0/0 par mois, que Devoize
a dû souscrire. « On a exagéré, d'ailleurs, les ressources de cette
Échelle; jamais elle ne mérita les sacrifices que le Gouvernement
a faits pour elle... »
Les perfides insinuations d'Herculais contre Devoize feront
bientôt place à des accusations plus passionnées, sinon plus
précises. Il a déjà soupçonné Meynières, le fournisseur des bijoux
destinés aux Cours barbaresques, d'avoir fait des spéculations sur
la hausse des métaux précieux; il a dénoncé Villeneuve, le Vice-
Consul, qui fréquente les émigrés, et qu'on a vu quitter la cocarde
tricolore pour passer tacitement sous la protection du Bey. Quant
au Consul, qu'il a juré de perdre, « il a beaucoup de choses à
dire au Comité sur sa conduite ». Cet agent n'est rien moins
qu'attaché au Gouvernement, il sert les royalistes et dirige ses
sarcasmes contre tous les patriotes. Des mesures « fermes et pru-
dentes » devront être prises, « si Ton ne veut pas voir la Répu-
blique perdre ici totalement son commerce et son crédit ».
Que pense-t-on à Paris des procédés du Bey, et des rapports
XXVIII INTRODUCTION
de l'Envoyé conventionnel dans la Régence? Les membres du
Comité, d*abord surpris du refus des présents, se sont un instant
demandé s*il ne conviendrait pas, à Tavenir, de se dispenser d'un
usage aussi humiliant. « Nous sommes de l'avis de ce Prince,
écrivent-ils à Herculais, qu'une fleur suffit comme marque
d'amitié, mais nous ajoutons qu'une piastre serait de trop comme
dette exigible. » Toutefois ils ont jugé bon de ménager Hamouda,
plutôt que de l'humilier, « persuadés qu'il n'y a ni gloire ni
intérêt à se brouiller avec les Barbaresques ». En vertu d'un
arrêté du 19 vendémiaire an lY, 20,000 boulets et 30 milliers de
poudre seront mis à la disposition du Prince, suivant son désir; la
moitié de ces munitions lui seront offertes gratis par la Répu-
blique, l'autre moitié sera payée en numéraire par l'agent du Bey
à Marseille. Cette fois les Conventionnels, en écrivant au Souve-
rain du Bardo, ne le tutoient plus (20 vendémiaire). Ils se sou-
viennent qu'il a permis d'exporter en Provence plus de cinquante
navires de grains, et le prient d'accepter leur don comme un gage
de gratitude. « Nous saisissons avec respect, lui disent-ils à la
veille de son expédition contre Tripoli, cette occasion de vous
donner un témoignage des sentiments qui nous animent, et de
l'intention où nous sommes de concourir, par une réciprocité de
bons ofRces, au maintien de la bonne intelligence et de l'harmonie
qui régnent depuis si longtemps entre la France et les Beys de
Tunis. »
Si les idées d'Herculais sur les Consulats du nord de l'Afrique
ont paru mériter d'être mises à l'étude, elles n'ont point distrait les
membres du Comité de salut public du désir d'être exactement
fixés sur la conduite de leurs agents. Le Commissaire national
vient d'être, en conséquence, invité à préciser les fautes du Consul
Devoize et à achever son enquête. Comme il n'a rien à répondre,
il renouvelle, dans ses dépêches, de vagues dissertations sur le
despotisme et sur l'indépendance des Consuls de France en Bar-
barie; il insiste, en particulier, sur le danger qu'il y a, pour la
République, à les laisser longtemps dans la même résidence.
Avec ce profond mépris des traditions de la politique coloniale
qui nous a déjà frappé, il préconise encore, pour diminuer leur
importance, l'intervention du Sultan dans les affaires tunisiennes.
Poursuivant ses insinuations à propos des dettes de Devoize, il
écrit à Delacroix, l'ancien membre du Comité de salut public,
chargé par le Directoire du Ministère des relations extérieures.
INTRODUCTION XXIX
qu'il est contraint de faire face à des engagements imprévus,
souscrits à la légère et sans autorisation.
Mais voilà plus de six mois que l'Envoyé vit aux dépens du
Consul et dans sa maison. A quoi bon ménager plus longtemps un
témoin des débauches de sa vie privée! Pourquoi subir, jusqu'à
la fin de sa mission, le gênant contrôle des fonds dont il est
comptable? Un soir, exaspéré par les éloges que lui fait de Devoize
le Ministre Mustapha, Herculais ne se contient plus. Il écrit à
Paris que « ce Consul ne sert plus les intérêts de la France »
(10 nivôse an IV); il est urgent de le rappeler, dit-il encore sans
autre explication, et de « l'obliger par ruse à quitter Tunis »,
où l'on peut craindre qu'il pactise dangereusement avec les
émigrés.
Trois jours après (13 nivôse), Devoize parait être informé du
coup dont il est menacé, car il écrit à Delacroix : « Je n'ai pas
tardé à m'apercevoir que la confiance que m'accordait le Comité de
salut public avait effarouché l'amour-propre du citoyen Herculais;
il ne m'a donné que trop de motifs d'être persuadé qu'égaré par ce
sentiment, qui Taura rendu injuste, il a cherché à altérer dans ses
rapports la bonne opinion que le Comité avait de mon zèle et de
mes services... Je ne saurais me persuader qu'une destitution, qui
me laisserait sans ressources et avec des dettes, puisse, sous le
Gouvernement le plus juste, devenir le prix des services et de la
conduite exempte de tout reproche d'un agent de la République
employé sous vos ordres. » Toute la lettre de Devoize est pleine
de dignité et de mesure. Mais il est déjà trop tard. Le Ministre a
fait un rapport au Directoire exécutif sur le Consulat de Tunis. On
n*a pu découvrir dans ses bureaux que des renseignements avan-
tageux sur Taccusé; toutefois, une dénonciation non signée contre
cet officier lui est parvenue. Sept nationaux expulsés de Tunis,
comme fauteurs de graves désordres, ont suspecté leur ancien
chef de fidélité à l'ancien régime. La correspondance d'Herculais a
confirmé cette opinion. C'en est assez pour que le Ministère juge
inutile d'en savoir davantage. Sur sa proposition, le Directoire a
décidé le rappel de Devoize et nommé à sa place le citoyen
Beaussier, alors dans le Levant (Arrêté du 23 nivôse an IV). Avis
de cette destitution a été aussitôt donné à Herculais.
Mais voilà que ce dernier, mis en possession de l'arme déloyale
qu'il a fait forger, n'ose pas s'en servir. Feignant toujours une
entente hypocrite avec celui qu'il n'a pu prendre encore en faute,
XXX INTRODUCTION
il continue de s'occuper, sous ses yeux, des affaires courantes,
confisque les biens des émigrés, paye une partie des dettes du
Consulat, règle, sur les instances réitérées du Bey, la vieille que-
relle des esclaves tunisiens de Cagliari. Entre eux point de conflits
d'attribution ni de pénibles téte-à-tètc. Leurs divergences de vues
n'apparaissent que dans les dépèches qu'ils adressent au Gouver-
nement, et, parmi ces dernières, il faut signaler celles qui concer-
nent la chapelle établie dans le Fondouk. Herculais a cru devoir
confisquer, au nom de la loi, cette chapelle et son mobilier,
convertir son local en une salle de fêtes, renvoyer les fidèles à
récurie du Consulat pour y dresser leurs autels. Les nationaux
ont protesté; Devoize a plaidé leur cause. « Le Commissaire, écrit-
il, entendait jusqu'alors la messe avec beaucoup de recueillement
dans le prie-Dieu consulaire. Comment ne pas concevoir que cette
chapelle est un de nos importants privilèges, consacré par les
traités, et que^ si Ton renonce volontairement à celui-là, bien
d'autres avantages nous seront bientôt contestés! Les négociants
sentent ici qu'une nation qui existerait sans culte, dans un pays
où la philosophie n'a pas pénétré et où cependant la tolérance
règne, y végéterait dans une condition au-dessous de celle des
Juifs... » Retrouvons maintenant le Rapport (ï Herculais sur
Véglise du Fondouk de France. Il suffit à démontrer dans quel
esprit son auteur s'applique à justifier ses actes, et quels arguments
misérables il invoque en plaisantant le Consul sur « sa chère
chapelle ».
Cependant le bruit se répand que Devoize est destitué. Ses amis
lui disent qu'on a même pris des précautions pour le faire embar-
quer de force. Quelles protestations indignées nous allons entendre,
lorsqu'il ira demander à l'Envoyé les motifs de sa disgrâce
(1^' germinal an IV)! « J'apprends par une voie sûre que, sur une
dénonciation de quelques négociants de cette Échelle, j'ai été des-
titué de ma place de Consul général. Il faut que les faits énoncés
soient bien graves pour qu'un Gouvernement juste se soit décidé à
ôterà un ancien officier et son état et son honneur... » Il le somme
de réunir devant lui tous les négociants, de provoquer leurs
plaintes, de le mettre à même d'y répondre. « Ce serait' un déni
de justice que de me refuser cette formalité. » Il tient à savoir qui
l'accuse, quels sont ses méfaits, u C'est l'affaire la plus importante
de ma vie que de connaître, après avoir servi ma patrie pendant
dix-neuf ans avec zèle et honneur, et le suffrage constant de mes
INTRODUCTION XXXI
supérieurs, comment j'ai pu être frappé, tout à coup, d*une desti-
tution qui me range dans la classe des mauvais citoyens. » Affolé
par cette demande d'explications loyales, Herculais s'enfuit. Subite-
ment, sans en rien dire, il disparaît du Fondouk, s'embarque pour
Alger, abuse jusqu'au bout sa victime par le plus grossier men-
songe. Voilà deux mois et plus qu'il détient en ses mains l'arrêté
du 23 nivôse, et, au moment de mettre à la voile (4 germinal), il
fait savoir à Devoize, dans un billet fort laconique, que « n'ayant
reçu aucune nouvelle officielle de sa destitution, il n'a pas trouvé
à propos de convoquer les négociants pour discuter sa con-
duite ».
L'infortuné Consul, que torture cette énigme, et qui s'est vu
reprocher seulement d'aller à la messe, ne pourra demeurer plus
longtemps indécis sur le sort qu'on lui réserve. Sans attendre que
le Ministre lui ait notifié son rappel, il lui écrira, en dénonçant
lui-même Herculais, son accusateur (6 germinal). Ce n'est pas la
faveur qui l'a mis dans ce poste; il y est parvenu par de longs et
utiles services, après avoir vieilli dans les grades subalternes
pendant quinze ans. « La destitution honteuse, dont l'injustice
arrachée à votre bonne foi par la méchanceté la plus noire m'af-
fecte plus profondément que la perte de mon emploi, a surpris
étrangement le Bey et ses Ministres, qui savent avec quelle cha-
leur j'ai servi les intérêts de la République. Ils ont été révoltés de
voir la calomnie partir d'un homme qui, pour me servir de leur
expression, mangeait le pain et le sel avec moi... Celui-ci a avili
son caractère par un esprit d'intrigue, par la vie la plus scanda-
leuse, les mœurs les plus corrompues, le mépris affecté de tous
les principes de morale et la fréquentation habituelle de ces lieux
où un particulier qui se respecte un peu n'ose se montrer. Voilà
ce qui a si fortement attaché Herculais au séjour de Tunis. »
Quelques jours se sont passés, et le premier courrier d'Alger a
transmis à Devoize une lettre d*Herculais lui notifiant l'arrêté qui
le frappe. Il doit remettre son service au premier Député de la
nation, et s'embarquer dans les trois jours. Retiré dans sa maison
de campagne, à Carthage, il se dispose à obéir et il annonce à
Delacroix qu'il a hâte de se justiGer^ « Après vingt ans de travaux,
d'une conduite sans reproche, après avoir surmonté les difficultés
de la place au milieu des orages de la Révolution et dépensé toutes
mes économies, je me trouve sans état, sans fortune, avec des
dettes... Le tableau de ma position est déchirant, citoyen Ministre.
XXXII INTRODUCTION
Mais je n'ai qu'une grâce à vous demander, c'est de me faire con-
naître comment j ai pu perdre la confiance du Gouvernement,
lorsque j'ai employé toute ma vie à la mériter. » Si le Ministère
continue à lui laisser ignorer la raison du sort qu'il subit, il ne
lui restera plus que « la dernière ressource du désespoir». L'En-
voyé s'est imaginé qu'avec l'appui du Bardo Devoize allait rester
dans la Régence, et grossir le parti déjà bruyant des émigrés.
Aveuglé par les pires suggestions de sa haine, il n'a pas craint
d'humilier Hamouda, et de lui faire demander, par le Dey d'Alger,
de chasser de ses Etats l'ancien Consul général. Sous cette suprême
injure celui-ci se révolte. Laissons-le parler encore, car ses cris
d'innocence traduisent toute la fierté de son âme meurtrie ; ils le
grandissent dans l'infortune. <c Dussé-je rester, dit-il, toute ma vie
la victime d'une calomnie atroce, condamné à toutes les suites du
malheur de ne pas pouvoir l'éclairer, je suis trop fier d'être Fran-
çais, trop attaché à ma patrie que j'ai servie avec honneur, pour
me couvrir de la honte et de l'ignominie de vivre parmi ses
ennemis. Comme l'agent d'Alger à Tunis a les moyens de faire
exécuter les ordres du tyran, je serai peut-être arraché demain de
ma maison, au milieu de l'estime publique, peut-être chargé de
chaînes comme un scélérat; une honteuse déportation sera le prix
de mes services. Et je suis Français ! mes cheveux se dressent,
l'indignation me sufibque!... »
Nous ne tarderons pas à revoir Devoize à Paris; pour le moment,
suivons Herculais jusqu'au bout dans l'accomplissement de son
œuvre de persécution et de haine. A Alger, le Consul Vallière,
ayant paru suspect à noire ombrageux personnage, a vu séques-
trer ses biens en attendant que sa destitution, réclamée d'urgence,
soit devenue fait accompli. Le chancelier Astoin-Sicive, encore
moins ménagé par l'Envoyé extraordinaire, a dû s'embarquer,
avec tous les émigrés. Herculais s'est également « débarrassé »
de Gayet, son secrétaire, « en raison de l'influence de ce dernier
dans les bureaux ». Ici, le but qu'il veut atteindre apparaît mieux
encore, si c'est possible, qu'à Tunis ; il consiste à « purger l'Echelle »
des Français jugés inutiles et des négociants soupçonnés d'être
hostiles à la République. Ses dépêches à Delacroix, pendant neuf
mois de séjour à Alger, ne sont que des réquisitoires contre ses
compatriotes; elles ne cessent de dénoncer des opérations usu-
raires, des malversations, des intrigues, des cabales ourdies contre
lui, inventées d'ailleurs habilement pour justifier chacun de ses
INTRODUCTION XXXIIl
procédés arbitraires. Nous passerons sous silence ses négociations
louclies avec les Juifs algériens, et les emprunts contractés auprès
d'eux (( pour solder des dettes criardes ». Cependant le Ministre
Ta invité à rentrer à Tunis. Le nouveau Consul, Beaussier, vient
d'y arriver; il faut qu'Herculais l'installe, achève de liquider les
dettes de la nation, et continue son voyage en se rendant à Tri-
poli, troisième et dernière étape de sa tournée d'inspection dans les
Régences barbaresques.
Déjà, dans son désir de plaire à tout le monde, Beaussier avait
rassemblé ses nationaux au Fondouk, prêché l'égalité et la con-
corde, et célébré la fête de la Liberté dans des discours sur la
morale civique, des chants patriotiques, des banquets fraternels.
Sur le théâtre tunisien, le rôle dont il était chargé ne lui sem-
blait point difficile. Il avait sous les yeux les Instructions pré-
cises du Directoire (ventôse an IV), sous la main des présents
pour dissiper tous les malentendus. Il lui suffirait sans doute,
lisons-nous dans ses premières lettres, d'appliquer le principe:
« Rien pour les individus, tout pour la chose publique. » Au bout
de quelques jours c'était une autre antienne; à son naïf enthou-
siasme succédait le découragement le plus profond, le plus lamen^
table. L'expulsion de Devoize et les agissements d'Herculais
l'avaient mis vis-à-vis du Bey dans la plus fâcheuse posture; en
moins de deux mois, sa situation était devenue à peu près inte-
nable, par suite du ressentiment d'Hamouda. « Il a fallu, lui avait
dit ce Prince, l'arrivée dans ce pays d'un homme qui s'est écarté
méchamment de l'ordre constant des choses pour compliquer toutes
les affaires. Si cette innovation de faire intervenir dans nos
démêlés le despotisme et le caprice du Dey d'Alger devait conti-
nuer, je renverserais de mon côté tous les établissements français
fondés dans ma Régence, en commençant par le Consulat... » Le
successeur de Devoize se plaignait, au début, de « ses réceptions
très froides, pour ne pas dire humiliantes » au palais beylical.
Mais après le retour d'Herculais à Tunis (28 brumaire an Y), ses
visites de courtoisie comptaient comme autant d'affronts. Hamouda,
plus intraitable que jamais, se faisait un jeu de refuser dédaigneu-
sement toutes les demandes de l'Envoyé.
Celui-ci, pourtant, s'est vanté d'avoir le dernier mot avec tous
ses contradicteurs. Son second séjour à Tunis ne sera pas plus
édifiant ni plus heureux que le premier. Il convoque tous les
nationaux au Consulat, les exhorte à l'obéissance, au respect des
XXXIV INTRODUCTION
lois, et leur fait un éloge pompeux de la Révolution. Pendant
quatre mois la colonie vit sous le régime de la terreur. Avec le
même mépris des droits les plus sacrés, Tagent du Directoire viole
le secret des dépèches, intercepte les correspondances privées»
brise les scellés des dépôts de chancellerie, menace d'expulsion
tous ceux qui ne pactisent pas avec lui. On le voit réclamer le
rappel des Consuls de Hollande et de Venise, Nyssen et Gorgo-
glione, accusés tous les deux d'être anti-français. Billon, Tancien
secrétaire de Devoize, de Villeneuve, le Vice-Consul, Bouzige,
le négociant qui a vendu les cargaisons de Vence, sont expulsés ;
un autre négociant, Famin, « à moitié Juif, à moitié Maure »,
subit le joug du tyran, alors que Villet, Caille, Guiraud, deux ou
trois autres, apparentés au Consul d'Angleterre, sont comblés de
ses faveurs. « L'écume de la nation » est appelée à l'enquête la
plus odieuse sur les représentants de Tancien régime. Les plus
faux témoignages, comme il sera prouvé un jour, viennent « salir
les registres de la Chancellerie ». Menaces, caresses, promesses,
festins splendides, auxquels sont invités les plus chauds amis de
Devoize, rien n'est négligé dans le but de monter toutes les têtes
contre ce dernier. Pendant ce temps, Beaussier n'est qu'un subor-
donné docile et craintif; le véritable Consul de France, c'est
Hadji-Ali, représentant du Dey d'Alger, c'est ce corsaire qui vient
caracoler jusque dans la cour de la résidence nationale, pour y
dicter ses volontés suprêmes. Que dire enfin de la correspondance
officielle d'Herculais avec le Ministre! Bien qu'elle soit plus rare
aujourd'hui, elle révèle le même état d'esprit déséquilibré, le
même délire de la persécution. Ses rapports, l'Envoyé l'avoue,
sont des plus tendus avec Bamouda, ses démarches demeurent
sans succès, son crédit est nul. Le Bey, « qu'il a fait trembler »,
n'attend plus que son départ pour « mener » le nouveau Consul.
Sous la gestion du citoyen Beaussier, dit-il encore avec tris-
tesse, les choses n'iront guère mieux qu'auparavant. Quant à
lui les contrariétés, « les intrigues de toute nature déployées
contre sa mission » l'ont abattu, paralysé. Il a tout à redouter
de « l'implacable vendetta » des Princes, « jusqu'au poison
mélangé au café qu'on est obligé de prendre dans les visites ».
Un jour, il écrira au Ministère qu'on veut attenter à ses jours.
Il annoncera, non sans dépit, que sa présence à Tunis n'est plus
nécessaire, qu'il se dispose à passer incessamment à Tripoli, et,
jusque chez ses partisans, chacun saluera son départ dans un
INTRODUCTION XXXV
sentiment unanime de soulagement et de mépris (4 floréal
anV).
On commençait alors à se préoccuper, aux Relations extérieures,
des nombreuses réclamations provoquées par Herculais. Décidé à
se défendre avec la dernière énergie, Devoize avait quitté sa
campagne de Carthage (28 messidor an IV), et s'était rendu à
Paris. Il avait mis sous les yeux du Ministre des attestations élo-
gieuses de nationaux et d'officiers de marine, des certificats de
civisme et de bonne conduite, les témoignages de gratitude des
Directeurs de la Compagnie d'Afrique. Tout un dossier, retrouvé
par nos soins dans les cartons des Archives nationales (AF', 74),
démontre avec quel souci de sa réputation et de son honneur il
avait opposé trente-deux pièces justificatives aux griefs de ses
ennemis. D'autre part, il était parvenu à Delacroix un chaleureux
plaidoyer, tout à l'honneur de ce Consul, et rédigé par les Majeurs
des établissements français à Tunis. Enfin le Bey lui-même avait
écrit au Directoire une lettre charmante en faveur du persécuté.
« Devoize est intelligent, capable, bon, voyant bien les alTaires;
il a dirigé celles-ci avec zèle et capacité ; il a été soigneux à main-
tenir l'harmonie entre nos deux empires... Nous ne l'avons
jamais trouvé répréhensible et sa déposition n'est que le fait de
haines toutes particulières... » L'examen des pièces du procès
ayant provoqué une enquête sur l'Inspecteur des Échelles barba-
resques, le Directoire fut saisi, le 18 pluviôse an Y, d'un premier
rapport sur sa mission. On y constata des faits graves, de nature
à justifier un projet de révocation. Cet officier, convaincu d'es-
croqueries commises en Espagne, et des mœurs les plus dépra-
vées, « n'avait point les connaissances, la capacité, l'habitude des
affaires, l'esprit conciliant et la prudence qui auraient pu rendre
sa présence en Barbarie utile à la Bépublique ». Il a eu entre les
mains, dit le rapporteur, des fonds considérables et des présents
dont l'emploi est mal connu; il a blessé les intérêts des négociants
et commis des fautes à Alger, notamment en implorant la protec-
tion du Dey contre le Bey de Tunis. Devoize a été de sa part l'objet
d'accusations graves, « qui ne sont que des assertions sans
preuves » ; des nationaux ont été renvoyés par lui sans motifs
plausibles. « Cette mission, lisons-nous encore, n'était rien moins
qu'indispensable, elle est inutile aujourd'hui, tous les postes consu-
laires d'Afrique étant remplis par des citoyens dignes de toute
confiance... Rien ne nécessite le maintien d'une inspection qui
XXXVI INTRODUCTION
dure depuis plus de deux ans, et qui n*a produit aucun résultat. »
Là-dessus, nouvel incident; c'est de Tunis même que le crédit
de notre personnage va recevoir le coup de grâce. En effet, las
de subir dans le silence un sort immérité, Beaussier s'est vengé.
Le courrier de Tunis a transmis à Paris Tacte de mariage du
citoyen Herculais avec Miss Gordon, fille de Tancien Consul
d'Angleterre à Tunis (13 nivôse an V). Ce mariage, écrit-on, a été
célébré récemment, « à la mode grecque ». Il a couvert de ridicule
l'Envoyé extraordinaire; toute la colonie tunisienne a poursuivi
de dédaigneux sarcasmes son épouse « anti-française, sèche, sans
dents et sans dot ». Dans un nouveau rapport au Directoire exé*
cutif (20 ventôse an Y), le Ministre a réclamé, cette fois, avec
énergie le rappel d'un officier si peu digne de ménagements. « Je
croyais, dit Delacroix, n'avoir plus à entretenir le Directoire de
cet individu. Mais il est retourné à Tunis, où aucun objet admi-
nistratif n'exigeait sa présence ; il y a pris femme et femme anglaise.
Mathilde Gordon n'a ni jeunesse, ni beauté, ni fortune; c'est de
la pure anglomanie. Les anciennes ordonnances ne défendent-
elles pas, au surplus, le mariage des Français dans les Echelles
sans Tautorisation du Gouvernement? » Et le Ministre d'ajouter,
sans s'en tenir au seul article du mariage : « Il est impossible de
concilier la conduite d'Herculais avec les reproches qu'il adresse
aux autres. » On a lieu de craindre aujourd'hui qu'il ne fasse
passer les fonds de la République à la famille de sa femme. « Ce
qui frappe, dans sa comptabilité, c'est non pas le désordre excessif
qui y règne d'un bout à l'autre, mais cette foule de dépenses
arbitraires, non autorisées, et qui ne sont appuyées d'aucune
pièce justificative. Achète-t-il des présents? Aucune facture d'achat
ne les accompagne. Rachète-t-il des esclaves? Fait-il des dépenses
pour eux? Aucun bordereau ne justifie ces articles. Enfin le
citoyen Herculais semble avoir oublié que, s'il n'avait aucun supé-
rieur en Barbarie, il en avait en France, qu'il devrait édifier tôt ou
tard. » Il a eu entre les mains, en dehors des présents, 650,000 francs
à Tunis, 525,000 francs à Alger. Il parait être en déficit de
104,500 francs; on l'obligera à rendre ses comptes. Les présents,
il les a envoyés à Livourne avec son ami Yillet, il faudra savoir
dans quel but. En attendant, il importe que sa révocation lui soit
signifiée le plus tôt possible. L'Arrêté du 20 ventôse lui prescrira,
en conséquence, de revenir à Paris, et des mesures seront prises
pour que les ordres du Gouvernement puissent atteindre l'intéressé
INTRODUCTION XXXVII
par les voies les plus rapides. Un mois après, le Bey de Tunis, à qui
Beaussier viendra communiquer ces ordres, se donnera la joie de
concourir à leur exécution. Huit cavaliers partiront à la poursuite
d'Herculais et le trouveront à Tripoli, le 22 floréal an V. Pour en
finir avec le tyran jacobin, nous n'aurons plus qu'à signaler ici
rintervention du Consul général de la République à Tripoli, les
protestations insolentes de TÂgent extraordinaire à la nouvelle de
sa disgrâce, sa dépèche du 6 messidor, où Tapologie de ses actes
apparaît plus audacieuse que ses récriminations, enfin les procès-
verbaux de la chancellerie tripolitaine, publiés dans ce volume,
sur le dernier épisode de cette mission fantaisiste, la plus
néfaste aux intérêts français qu'on ait rencontrée dans les annales
africaines.
te
Si quelqu'un pouvait réparer promptement les fautes commises,
et relever aux yeux d'Hamouda-Bey le prestige de la République,
c'était bien Devoize. L'enquête ministérielle avait réduit à néant
chacun des griefs articulés contre lui ; bien plus, elle avait prouvé
que, loin de s'enrichir, il s'était dépouillé d'un bien patrimonial
afin de mieux servir les intérêts de son pays. Ajoutons que l'ancien
Consul avait trouvé à Paris deux chauds défenseurs. Boulouvard,
chef du bureau des Consulats au Ministère des relations extérieures,
était arrivé à prouver, « en comptant sur ses doigts », que la
mission barbaresqiie coûtait environ trois millions à la Répu-
blique; Talleyrand, qu'on verra bientôt diriger les services de ce
Département et qui, par une étrange incohérence, sera un
jour le puissant avocat des Juifs algériens Bacri, s'était haute*
ment prononcé pour la réintégration des victimes d'Herculais
dans leur ancien poste. Un peu confus de ses erreurs, le Direc-
toire avait été appelé à délibérer sur cet acte de justice; il s'y
était prêté, du reste, d'assez bonne grâce, encore qu'il eût
imposé, dans cette circonstance, une réduction de 2,000 livres
d'appointements à celui qui brûlait de rentrer à Tunis, « ayant
moins à cœur les avantages de sa charge que la confiance de son
Gouvernement ».
Muni de nouvelles lettres de créance, Devoize a repassé la mer
{2 brumaire an VI) sur une frégate de l'État. Le voilà, trois jours
après son arrivée à La Goulette, réintégré dans ses fonctions avec
tout le cérémonial d'usage. Beaussier, son collègue, nommé à
Tripoli, lui a cédé, non sans plaisir, un fardeau reconnu trop lourd
pour ses épaules. Il n'est sorte de compliments et de démonstra-
XXXVIII INTRODUCTION
lions de joie qu'Hamouda-Bey n*ait prodigués à l'agent réhabi-
lité. Il semble même, à en juger par la dépèche du Prince au
Directoire en date du 23 brumaire, que le Consul n*aura qu'à
jouir paisiblement de son triomphe, et qu'à la Cour du Bardo
chacun va s'ingénier à lui faire oublier « ses désagréments ».
L'ère des difficultés, pourtant, n'est pas close, bien loin de là.
Dans l'entourage du Bey, Devoize a retrouvé deux hommes : le
Sahib-Tape Youssuf et Mustapha-Khodja. La faveur du premier
n'a fait que grandir, mais son hostilité contre les nationaux chré-
tiens n'a pas désarmé. « Or un Consul, écrit Devoize, ne peut se
vanter ici de nager entre deux eaux. Il faut qu'il se prononce et
qu'il opte entre Youssuf et Mustapha, beau-frère du Bey, Ministre
vertueux et dévoué depuis trente ans à la nation française, cher à.
tous les Tunisiens par son intégrité, son désintéressement, vénéré
pour ses mœurs simples et la pratique de toutes les vertus, enfin
dont on ne pourrait compter les bonnes actions ni citer une seule
injustice. Les titres si légitimes qu'il a acquis à la reconnaissance
des Français m'imposent le devoir de lui rester attaché pour
l'acquitter. » Ces rivalités d'influence s'accentueront de jour en
jour; en attendant leur dénouement, elles ne feront que ressortir
les qualités diplomatiques du Consul général de France, appelé
par sa destinée, suivant son expression même, à « marcher sur
des épines » jusqu'à la fin de sa carrière.
Le traité de Campo-Formio avait reconnu récemment la sou-
veraineté de la République sur les îles vénitiennes de Corfou,
Céphalonie, Zante, Saint-Maur, Cérigo et leurs dépendances. La
protection du Consulat s'étendait, en conséquence, sur les esclaves
de cette provenance, aussi bien que sur ceux de Venise « démo-
cratisée » et sur ceux de Malte, après la fameuse capitulation de
cette place. Devoize eut de bonne heure à s'occuper de la libéra-
tion de beaucoup de captifs, jetés pêle-mêle dans les bagnes de
Tunis. Sa correspondance indique qu'en moins de deux mois il
obtint, à titre gratuit, l'aOranchissement de quarante-quatre indi-
vidus, dont le Bey eût pu reclamer une rançon de trois centis
sequins par tête. Grâce à lui, tous les commerçants des pays
d'Italie réunis à la France ne payèrent plus que 3 0/0 de droits de
douane, au lieu de 5 0/0 qu'ils payaient auparavant. Aussi n*est-on
point surpris des éloges adressés par Talleyrand à son subordonné,
pour « le zèle et la chaleur si habilement déployés dans ces
circonstances difficiles d.
INTRODUCTION XXXIX
Le Consul travaillait encore au rapatriement des Maltais rendus
à la liberté, quand arriva la nouvelle de Texpédition d'Egypte.
Prévoyant les dangers d'une effervescence populaire, il s'empressa
de rassurer le Bey sur les dispositions du Directoire à son égard.
Des Instructions ministérielles lui parvinrent d'ailleurs dans ce
sens. « L'expédition d'Egypte, écrivait Talleyrand dans sa circu-
laire datée du 20 prairial an VI, a pour objet de punir les Beys
et les Mamelouks de leurs vexations et outrages, mais le Directoire
ne veut point s'emparer de l'Egypte pour la République. Il a ses
réparations à exiger. La Porte n'ayant pas la force suffisante pour
nous faire rendre justice, nous nous la rendrons nous-mêmes ; nous
occuperons l'Egypte pour les Turcs, et serons dans la même posi-
tion vis-à-vis d'eux qu'étaient les Beys. » Ce qui rendait, en effet,
périlleuse la situation des Français à Tunis, c'était moins le fana-
tisme provoqué par l'invasion d'un territoire musulman que les
excitations des négociants tunisiens lésés par elle, a Je prévois,
disait Devoize, de grands embarras pour moi, qui naîtront des
réclamations de six cents Tunisiens commerçant avec l'Egypte, et
que la campagne de Bonaparte alarme beaucoup. Ils murmurent;
quelques officiers turcs ont oser me menacer. » L'agent s'en était
plaint au Bey, qui avait pu imposer, cette fois, le silence aux
mécontents. « Ce Prince, ajoutait le Consul, désire protéger les
Français ; mais le pourra-t-il efficacement dans une ville où domi*
nent les corsaires, nos ennemis mortels? Notre sort dépend des
nouvelles qui arriveront de Constantinople. » Déjà, devant les
menaces proférées publiquement contre les chrétiens, il avait fallu
édicter des mesures sévères dans l'intérêt de leur sécurité {Ordon-
nance consulaire du i" vendémiaire an Vil), On avait vu débar-
quer à La Goulette un Chaouch de la Porte, chargé des injonctions
et des firmans du Grand Seigneur. Les bruits les plus alarmants
s'étaient répandus sur l'imminence d'une guerre avec la France.
Mamet-Brady, agent d'Alger, avait adroitement chauffé tous les
esprits, proférant contre nous sur la place publique, et jusque sous
les fenêtres du Fondouk, d'insolentes provocations. Le 2 frimaire,
un Capidji, porteur de nouveaux firmans, avait failli donner le signal
d'un pillage, sans doute aussi d'un massacre; les nationaux
avaient conçu, ce jour-là, de grandes inquiétudes, tant la popu-
lation semblait exaspérée. Cependant la rupture, impérieusement
demandée par le Sultan à Hamouda, n'eut lieu que cinq semaines
après. Malgré sa répugnance avouée à faire cause commune avec
XL INTRODUCTION
la coalition anglo-turque, ce Prince, influencé par son Garde des
sceaux, ne put refuser de suivre l'exemple venu d*Alger. Le 14 nivôse
an VII, ordre fut donné d^abattre le pavillon de la République,
de réunir tous les Français dans le Fondouk et de leur donner
des gardes; les scellés furent apposés sur les magasins des mar-
chands; on déclara de bonne prise équipages et navires actuelle-
ment dans la rade; enfin les reïs eurent la faculté de courir sur
nos bâtiments, de capturer nos équipages et d*amener leurs
dépouilles dans les ports de la Régence.
La correspondance officielle, à celte époque, est d'un grand inté-
rêt. Tout est à lire dans les dépèches, souvent chiffrées, du Con-
sul général; on trouve dans la plupart des détails touchants, des
yues profondes, des jugements quelquefois prophétiques, sug-
gérés par les incidents de sa longue captivité. Pendant les vingt
mois qu'il passe emprisonné dans sa demeure, Devoize donne,
en vérité, toute la mesure de son mérite. Il est assez habile pour
ravitailler Malte, à l'aide de bâtiments neutres; il peut renseigner
Talleyrand, grâce à des agents secrets, sur la campagne. d'E^pte
et les opérations des armées de Bonaparte, les croisières des
Anglais dans la Méditerranée, les véritables positions de Tennemi,
les événements de Tripoli, de Malte et de tout le Levant. Sans
argent — la métropole lui doit plus de 50,000 livres, tant en
appointements qu'en avances régulièrement approuvées — il
pourvoit chaque jour aux besoins des Français qu'on lui amène
avec femmes et enfants, et « qu'il ne peut ni ne doit repousser »,
bien qu*ils encombrent le Fondouk sans moyens de gagner leur
vie. Nous en avons fait le compte. Avec le Consul et son personnel,
cent quarante-trois nationaux sont détenus « dans un espace
offrant d'ordinaire un logement à peine commode à vingt-cinq
individus ». Devoize n'a pas moins souci de secourir les marins
et gens d'équipage que leur mauvaise étoile a conduits dans les
bagnes. En quatre mois seulement il en compte cent trente-six,
dont soixante ont été dépouillés « même de leur chemise », et
c'est grâce à ses expédients que les infortunés lui doivent de ne
pas mourir de faim. Vainement, dans sept lettres restées sans
réponse, mais rédigées dans un style aussi noble que les senti-
ments qui les inspirent, suppliera-t-il Hamouda d'avoir plus d'égards
pour ses prisonniers, ses esclaves, et de daigner dispenser tout au
moins les officiers des travaux publics. Plaidant jusqu'à la fin la
cause de ses protégés, il écrira une dernière fois au Potentat bar-
INTRODUCTION XLI
baresque, le 29 floréal an YIII : « Il y a plus de dix-huit mois que
les Français sont libres à Alger et à Tripoli. L* Empereur du Maroc
n^a même pas déclaré la guerre. Par quelle fatalité arrive-t-il que
Votre Excellence, dont je n'ai cessé de louer la sagesse et la jus-
tice, se soit distinguée des autres Souverains de la Barbarie par
une sévérité qui fait bien des malheureux, sans aucun avantage
pour Votre Excellence? Si nous avions commis quelque crime, il
serait plus qu'expié, par dix-neuf mois de prison. Notre expédition
en Egypte a été le motif de la guerre que vous avez déclarée à la
République; la cause a cessé, Teifet doit cesser aussi... Mettez
lin aux humiliations dont sont abreuvés les Français; rendez
aux prisonniers du Fondouk une liberté dont ils ne sauraient
abuser. »
Les dépêches de Talleyrand ne sont pas moins belles dans le
fond comme dans la forme. On y verra combien ce Ministre
apprécie la fermeté et le sang-froid de son Consul général, de
quelle estime il Thonore, en quels termes il Tencourage, participe
à ses angoisses, Texhorte à la patience et le prie de compter sur
la sollicitude du Gouvernement. La lettre du 17 messidor est une
des plus compatissantes qu'il ait écrites. En apprenant que la
Porte ottomane a demandé aux trois Régences de déporter les
Français à Constantinople, il est plus que jamais alarmé de leur
détention : « Vous sentez combien une pareille demande a pu
m^aCTecter pour eux, et à combien de maux elle les livrerait, si elle
était accordée... Je crains tout ce que peut produire sur Tesprit
des Barbaresques l'habitude des égards et des condescendances.
Malheureusement, je n'ai pas et le Gouvernement ne peut pas
mettre à ma disposition des moyens capables de vous éviter les
malheurs qui vous attendent... Votre pénible situation est sans
cesse présente à mon souvenir et à celui du Directoire; je le
seconde de tout mon zèle, dans le but de mettre un terme aux
rigueurs de votre sort. »
Deux mois se passaient encore, sans que le Bey daignât manifester
ses intentions aux prisonniers. Quel était donc le fond de sa pen-
sée? Devoize Tavait bien comprise, quand il dénonçait à Paris
(14 thermidor) « les calculs de la cupidité et de l'avarice » du Prince
Hamouda, retenant les Français entre quatre murs ou les livrant
aux travaux les plus rudes, « aRa que les souffrances inspirent à
ceux qui ont des facultés l'idée de se racheter ». Démasquant ces
vues perfides, il faisait savoir au Bardo qu'aucune rançon ne
XLIÏ INTRODUCTION
serait consentie, tant qu'il serait au Consulat. En même temps,
il soumettait à Talleyrand Fidée qu'une lettre énergique, adressée
par le Premier Consul au Bey, serait sûrement prise en considé-
ration. Cette lettre, Bonaparte Tavait déjà signée, le 5 mai 1800;
elle était en route. Les termes en étaient conciliants et mesurés.
Le Premier Consul y vantait la probité et les talents de son
Chargé d'affaires à Tunis, et déférait à ce dernier ses pouvoirs
pour négocier une suspension d'hostilités. Des Instructions
rédigées peu après (24 mai), et simultanément adressées à
Alger, à Tunis et à Tripoli, avaient notamment pour objet le réta-
blissement des relations politiques et commerciales, telles qu'elles
existaient avant la rupture, la délivrance de tous les nationaux
français et la restitution des Concessions d'Afrique, des prises et
biens sous séquestre. Le courrier du Ministère des relations
exlérieures n'arriva à destination qu'à la fin d'août. Assisté des
bons offices du Consul batave, Devoize obtint, le 27, un armistice
indéfini; tous les captifs furent relâchés le même jour indistincte-
ment, sans rançon, beaucoup d'entre eux rapatriés à Toulon, peu
de temps après. Quant au traité définitif, Hamouda, toujours
timoré, fit la sourde oreille. Les négociations semblaient, enfin,
devoir aboutir, au bout de cinq mois et demi, quand tout fut
remis en question par l'arrivée d'un nouveau Capidji du Grand
Seigneur.
Harcelés par les injonctions réitérées de la Porte ottomane,
entraînés surtout par le fanatisme insolent des Turcs à leur solde,
les « magnifiques Seigneurs » ne purent se dispenser de continuer
la guerre. Le 15 février, le Consul de Tunis, appelé à l'audience
du Bey, fut invité courtoisement à rentrer en France avec tous ses
compatriotes. « Ce fut avec une répugnance extrême, écrivit-il à
son arrivée à Marseille, que le Prince dut céder aux sollicitations
pressantes du Capidji, qu'il fit réembarquer assez brusquement...
Je ne quittai l'Échelle que le 22 ventôse (il mars)... L'intérim a
été confié au sieur Nyssen, Consul batave. »
Un an après, Devoize revenait à son poste, sur un navire de
l'Etat armé en parlementaire. Pressé d'en finir, cette fois, avec
les Princes barbaresques, Bonaparte l'avait chargé de remettre
une seconde lettre, brève, polie, mais d'une froideur très calculée,
à Hamouda (5 décembre 1801). De son côté Talleyrand s'était
entretenu avec lui, à plusieurs reprises, des modifications à
introduire dans la rédaction d'un nouveau traité. Jamais négocia-
INTRODUCTION XLin
tion plus délicate et plus urgente n^avait été entamée à Tunis. Il
ne suffisait pas, en effet, d'y relever le pavillon tricolore, et d'y
renouveler des serments tant de fois jurés. La mission empruntait
encore un intérêt particulier à la réorganisation du commerce
national de cette Échelle, totalement disparu dans Torage révolu-
tionnaire. Ce fut avec une joie marquée que les Tunisiens saluè-
rent le retour des Français chez eux, retour aussitôt consacré par
le traité du 23 février 1802. Le Bey, flatté d'avoir attiré l'atten-
tion de celui qu'on appelait en Afrique le Général Diable, souscrivit
à la plupart des demandes du Commissaire : tarif douanier, choix
des drogmans, juridiction consulaire, liberté des captifs, respect
des personnes et des biens en cas de rupture, confirmation du
traité de 1742, presque tout fut accordé sans opposition notable.
Nous n'avions pas encore la clause du traitement de la nation la
plus favorisée, mais nous avions mieux (article II), puisque la
Nation française, comme étant la plus distinguée et la plus utile
des autres nations établies à Tunis, devait être toujours la plus
favorisée.
Avec un Prince tel qu'Hamouda, « le loyal Devoize » n'était pas
au bout de ses peines. Très peu de jours après sa rentrée en fonc-
tions, il se retrouvait encore en présence d'assauts à subir, d'in-
trigues à déjouer, d'obstacles à vaincre sans cesse pour la défense
des intérêts confiés à sa garde. Lorsqu'il a relevé le mât du
pavillon national sans s'astreindre à aucun présent, alors que, la
veille, Danois et Américains ont payé 60,000 piastres fortes le
même avantage, le Bey Fa laissé faire, comptant se rattraper avec
des rançons d'esclaves. Aussi, que de ténacité, que de patience
chez notre représentant, pour arracher au Prince un à un, pour
ainsi dire, et sans frais ses captifs toscans, corses, génois, napoli-
tains, siciliens, sardes et romains! Avec quelle fierté légitime
il enregistre ses succès comme autant de services rendus à la
chrétienté tout entière! Ces affranchissements d'esclaves l'occu-
pent pendant des années. En 1802 soixante-trois Italiens et
Corses, en 1803 cent vingt Tabarquins lui sont délivrés sans
rançon. La même année, il conclut, pour le compte d'une société
charitable de Cagliari, le rachat de six cent trente individus au prix
de 100,000 piastres fortes. « Je ne saurais vous dire, écrit-il au
Ministre (22 avril 1803), la sensation favorable qu'a produite sur
le pays une négociation aussi intéressante pour l'humanité. Il n'y
avait qu'un agent de la République qui pût l'obtenir à des condi-
XLIV INTRODUCTION
tioDS aussi discrètes, ea inspirant an Bey qu'elle serait agréable
au Premier Consul. » En 1806, il rachète encore trente-neuf Génois,
seize Suisses, trois insulaires d'Elbe, trente-six Corses ou Cisal-
pins, soixante-treize Napolitains et cinq Romains, soit cent soixante-
douze personnes, à 1,100 piastres tunisiennes par tète, c'est-à-dire
avec un boni de 200 piastres par esclave sur le taux des rançons
d'Alger. Pendant les douze années qui nous séparent de la fin
du règne d'Hamouda, nul ne peut dire combien de fois il est fait
appel à ses bons offices, à son habile intervention près de la Cour
du Bardo. La Suède, la Prusse, la Russie, la Suisse, l'Espagne, le
royaume de Naples, la Sardaigne, la Sicile et les États pontificaux
s'adressent à lui tour à tour, mettent à profit ses conseils, tirent
parti de son influence, obtiennent du Bey gain de cause, grâce à
la généreuse ardeur de ses plaidoyers. Qu'il s'agisse d'interdire la
vente des prises anglaises dans la Régence, de réserver les droits
privilégiés de la pèche du corail, d'imposer le respect des pavillons
italiens et pontificaux; qu'il soit appelé à réclamer des saisies
illégales, des esclaves pris sur des bâtiments neutres, des droits
indûment perçus, on le trouve toujours sur la brèche, n'hésitant
pas à prendre, quand il le faut, le ton (Tinflexibilité. Ferme sans une
défaillance, courtois sans une platitude, il est jusqu'au bout fidèle
à la nouvelle consigne de Talleyrand, comme à cette ancienne
maxime de la monarchie française : Ne rien passer aux Barba-
resques.
Tant de démarches importunes ont cependant fini par lasser
le Bey. A force d'exiger du Prince des sacrifices dont son
avidité n'a calculé que trop la valeur, Devoizea vu son crédit bais-
ser peu à peu, ses représentations moins écoutées, ses discussions
d'affaires ajournées sous de vains prétextes . Ajoutons que les
guerres maritimes et continentales ont fâcheusement détourné
l'attention du Cabinet des Tuileries de ce qui se passe aux côtes
barbaresques. Le sage Mustapha est mort, et Hamouda, devenu
vieux, s'est laissé dominer de plus en plus par l'influence anglaise,
extrêmement active en raison des besoins de Malte; il a cru de
son intérêt de ménager plutôt des étrangers toujours prêts à lui
payer chèrement les moindres licences. Les Anglais insinuaient
alors, dans des brochures incendiaires, que l'Empire ottoman
deviendrait la conquête des Russes, des Autrichiens et des Français, .
et que, tôt ou tard, la France ferait passer ses armées en Afrique.
Dans une suprême tentative (Lettre du 8 décembre 1808), le Consul
INTRODUCTION XLV
général ne craindra pas de reprocher un jour au Prince sa par-
tialité. Récapitulant ses griefs, il protestera hautement « contre
tous les mensonges absurdes répandus par les Anglais contre lui
et ses nationaux » ; puis, après avoir épuisé « les termes les plus
énergiques » et désespéré de gagner le Bey « par la persuasion »,
il partira en congé, l'année suivante (15 septembre 1809), en lais-
sant la gérance du poste à son Yice-Consul.
Il y avait plus de quatre ans que Billon, abandonné sans guide
à ses propres moyens, faisait Pintérim, et gémissait sur la stérilité
de ses eCTorts, lorsque, le 4*' mai 1814, il apprit la chute de l'Em-
pire et l'avènement de Louis XVIII. La joie avec laquelle Hamouda
reçut cette nouvelle lui apparut de bon augure. Il sembla même au
Vice-Consul que, le drapeau blanc substitué au pavillon tricolore,
la France allait regagner aisément le terrain perdu, et que l'ins-
tant était propice pour monter lui-même en grade et s'ins-
taller au premier plan. Osa-t-il flatter le Bey, comme on l'en
accusa plus tard, en mettant sous ses yeux les documents secrets
de la Chancellerie et les minutes de la correspondance de Devoize
avec le Ministre pendant la Révolution? Â de coupables confidences
ajouta-t-il, aveuglé par l'envie, des propos calomnieux contre celui
dont il ambitionnait l'emploi? Fit-il encore au Sahib-Tape, ennemi
juré de son chef, l'aveu de ses convoitises? Il est bien difflcile de
préciser ses torts. Toujours est-il que le jour où Devoize, muni
de nouveaux pouvoirs, arriva à La Goulette avec sa famille
(12 août 1814) , un officier du Bey rejoignit sa frégate et lui
signifia la défense de débarquer. Ce fut en vain qu'il écrivit à
Hamouda, pour avoir l'explication de ce procédé insolite. Juste-
ment offensé par un dédain aussi inattendu, il demanda comment
le Prince « avait pu sacrifier à une vengeance personnelle les égards
et le respect dus au représentant du Roi ». Mais dans un billet
laconique du Secrétaire des commandements, Mariano Stinca, toute
discussion lui fut refusée. Le Bey avait jugé bon de le tenir à l'écart
« pour de sages motifs », et « parce qu'il était prouvé et reconnu
qu'ils ne pouvaient sympathiser ensemble ». Dans sa dépèche
du 5 septembre, le Consul expulsé rendait compte à Talleyrand
de rincident qui nous occupe. Il s'expliquait d'ailleurs, avec
beaucoup de perspicacité, l'intrigue ourdie en son absence, la tra-
hison de Billon, les vilenies du Consul batave, les rancunes du
Sahib-Tape, les manœuvres d'adversaires intéressés à sa disgrâce.
« Au fond, disait-il, le Bey veut détourner l'attention des brigan-
XLVï INTRODUCTION
dages exercés sitôt après mon départ ; il a peur des réclamations
très sérieuses que je pourrais appuyer. On lui a fait croire que la
marine française n'existe plus. En voyant tant d*arrogance et si
peu de moyens, on ne peut se défendre d'un mouvement d^indigna-
tion et de pitié. 6^000 Français débarqués au sud et au nord, près
de La Goulette, s'empareraient facilement de ce poste et iraient
attaquer le Bey dans son palais presque sans défense... Cette leçon
très facile à donner replacerait la France au rang qu'elle a toujours
occupé à Tunis. » C'est ainsi que, mortifié cruellement dans son
amour-propre, Devoize était revenu au pays natal, maudissant ses
nouveaux loisirs et méditant les moyens de délivrer son pays des
avanies barbaresques. Il allait être vengé quelques jours après,
et, pour la seconde fois, rentrer en scène à Tunis en triompha-
teur.
Hamouda-Bey, qu'un hasard providentiel a préservé avec toute
sa famille d'une conjuration de ses janissaires, en 1811, est mort
le IS septembre 1814. On a cru, pendant quelques mois, qu'il avait
succombé à une attaque d'apoplexie ; la vérité, c'est que son Secré-
taire Mariano Stinca, et son complice le Sahib-Tape, lui ont fait
boire un breuvage empoisonné d'un effet foudroyant. Sidi Othman,
frère du défunt, a été proclamé son successeur, bien que régulière-
ment le pouvoir eût dû passer aux mains de Sidi Mahmoud ou de
Sidi Ismaïl, fils de l'ancien Bey Mohammed. En efiTet, l'on se souvient
que rélévation d'Hamouda s'était jadis accomplie au détriment de
ces deux Princes. Trois mois après, Othman a été massacré par
l'ainé de ses cousins, le 21 décembre 1814, et celte révolution de
palais ne s'est pas arrêtée là. Mahmoud a fait encore assassiner les
proches parents de Tusurpateur et le Secrétaire des commande-
ments, Mariano Stinca, dénoncé par le Sahib-Tape. Ce dernier, à
son tour, a eu la tète tranchée. En voyant son cadavre, lit-on dans
les dépèches du temps, le peuple de Tunis a poussé des cris de joie
et a forcé les Juifs à le traîner par les pieds au travers des rues.
Au point de vue des intérêts français, ces tragiques événements
n'ont eu que d'heureux résultats. Le nouveau Bey, dont notre
Consul général a cultivé autrefois l'amitié et qui a reçu de lui, en
maintes circonstances, des gages de profonde estime, s'est pro-
noncé publiquement en sa faveur et lui a fait savoir qu'il souhai-
tait son prochain retour. Ce désir, nous le retrouvons dans une
lettre du 6 janvier 1815, où, notifiant à la Cour des Tuileries son
avènement, Mahmoud raconte avec sérénité la façon dont Hamouda
INTRODUCTION XLVII
« a accepté Finvitation de passer dans Tautre monde »; euphé-
misme bien oriental, suivi plus loin d*un étonnant récit du meurtre
d^Othman. « Le loyal Devoize, son ami », s'est donc rendu à
Toulon, et y a pris toutes ses dispositions pour revenir à son poste,
certain d'être accueilli, cette fois, avec la déférence qui lui est due.
Pendant qu'il attendait ses lettres de créance et les ordres du
Ministère, Napoléon a débarqué au golfe Jouan, le l""^ mars. Il a
fait son entrée triomphale à Paris, et les Cent Jours se sont passés
sans que le représentant de l'Empereur, confirmé dans ses fonc-
tions par le duc de Yicence, ait pu s'embarquer. C'est à Marseille
que Devoize apprendra le retour des Bourbons sur le trône. Nous
le verrons solliciter aussitôt de nouveaux passeports, « dans
l'ivresse de la joie », dans sa hâte de donner à Talleyrand, revenu
aux affaires, des preuves de son dévouement et de sa fidélité.
Le 17 août 1815, les forts de La Goulette saluaient la Fleur de
Lys et le Chargé d'affaires qu'elle amenait à son bord. Réception
solennelle des nouveaux arrivants, démonstrations amicales du
Bey, de sa famille, de tout le corps consulaire, fête nationale de la
Saint-Louis, rien ne manquait à ce retour, considéré par tous et
dans tous les partis sous les plus heureux présages. Des lettres
fort courtoises étaient échangées, peu après, entre Mahmoud,
Louis XYIII et les Ministres des deux Cours. Comme le pavillon
tricolore avait été hissé sur le Fondouk, au mois de juin dernier,
par l'agent intérimaire, Devoize avait pour premier soin de substi-
tuer le drapeau blanc au lieu et place des trois couleurs. Remar-
quons, en passant, qu'il remplissait cette formalité sans cérémo-
nial, « le pavillon du Roi n'ayant jamais dû cesser d'être arboré ».
Ces dernières années de sa vie publique n'étaient, d'ailleurs,
marquées par aucun incident notable. Toujours aussi attentif au
soulagement des esclaves, aussi empressé à saisir toutes les occa-
sions de rendre des chrétiens à la liberté, il travaillait sans cesse
à quelque affranchissement, défendant sans distinction, comme
ceux de ses nationaux, les intérêts des Corses, Sardes, Romains,
Toscans, etc. Il contribuait aussi, dans une large mesure, au
succès des négociations humanitaires de Lord Exmouth, tout
en suivant « les mouvements de la politique tortueuse des Anglais
dans ces contrées ». Mahmoud ayant consenti à ne plus regarder
les chrétiens capturés que comme des prisonniers de guerre,
pourvu qu'on lui payât des rançons d'esclaves, il reprochait au
XLVïll INTRODUCTION
Bey de jouer sur les mots, déclarait illusoires les traités obtenus
par TAngleterre en 1816, s'indignait de voir nos rivaux « vendant
toujours des bâtiments et des munitions aux Barbaresques, pour
qu'ils fassent encore des esclaves sous le nom de prisonniers ». Il
écrivait à Talleyrand (22 mars 1816) : « Les Anglais font grand
bruit du plan d'une croisade destinée à Tabolilion de l'esclavage
des blancs; ils se placent à la tète, mais ce n'est que pour paraître
conséquents, et uniquement dirigés par ces maximes philanthro-
piques sous lesquelles ils ont cru déguiser le vrai but qui leur a
fait provoquer l'abolition de la traite des noirs. On sait que l'inté-
rêt de son commerce et de sa navigation est la base de toutes les
combinaisons du Gouvernement anglais. » Dans la correspondance
offîcielle de l'époque, on voit combien l'expérience de la poli-
tique africaine avait rendu Devoize plus méfiant et plus circons-,
pect. Tant d'offenses faites à sa loyauté scrupuleuse, tant d'infidé-
lités dans les promesses des magnifiques Seigneurs étaient venues
lui démontrer l'insuffisance de sa diplomatie, et fortifier ses ten-
dances à préconiser l'emploi de la force impitoyable. Pour lui les
vaisseaux seuls devaient être, à l'avenir, d'utiles négociateurs
dans les Régences. « Surtout qu'on ne fasse pas d'acte de généro-
sité, répétait-il souvent. Les procédés généreux sont reçus comme
des ménagements, des hommages dictés par la crainte. Les hom-
mages depuis si longtemps rendus à ces Potentats, joints aux
tributs annuels des États du nord, ont porté à son comble leur
arrogance. Au lieu de s'avouer qu'ils n'existent que par la jalousie
et les discussions des grandes Puissances, ils se persuadent qu'ils
sont en état de leur résister, même de les braver. Il n'y a point de
leçons dans le passé pour les Barbaresques; ils braveront jusqu'au
bout, dans leur foi punique, l'opinion de toute l'Europe. »
Incité par les suggestions de son Consul général, Talleyrand
paraissait alors vivement préoccupé de la question anti-esclava-
giste. L'impulsion extraordinaire donnée à la course en mer pen-
dant ces dernières années, les forces et l'habileté des marins
barbaresques dans leurs expéditions méditerranéennes, notam-
ment aux côtes de Sardaigne, avaient récemment encore attiré
son attention. On venait d'apprendre que la flotte tunisienne avait
pu débarquer ses corsaires à l'ile Saint-Antioche et que, parmi les
habitants assiégés, cent soixante personnes avaient été emmenées
à la fois en esclavage (octobre 181 S). Toutes les plaintes
adressées au Ministère des Affaires étrangères s'accordaient pour
INTRODUCTION XLIX
désigner les corsaires de Tunis comme les plus entreprenants, les
plus redoutables. Enfin, d'après un État de la marine du Bey
Mahmoud, relevé en 1815, on constatait avec quelle inquiétante
rapidité elle s'était accrue. Dans ce document figuraient cent deux
navires, quatre-vingt-quatre chaloupes, trois gabares, trois cor-
vettes, trois bombardiëres et cinq chékeks, en tout deux cents
bâtiments. Talleyrand songeait-il alors à prendre Tinitiative de
certaines mesures rigoureuses? On est tenté de le croire, sur-
tout si Ton se réfère à ses vues originales, précédemment citées,
sur le Protectorat de la France en Egypte. Ce qui est certain,
c'est qu'à Vienne il avait conféré fréquemment avec Sidney Smith,
et donné son appui le plus chaleureux aux projets philanthropiques
soumis alors au Congrès. Quand il abandonna au duc de Richelieu
le portefeuille des Affaires étrangères, la répression barbaresque
faisait Tobjet de notes et de propositions contradictoires entre
les grandes Puissances européennes. C'est, sans doute, la raison
pour laquelle nous voyons le Prince de Bénévent faire patienter
Devoize, dans Fune de ses dernières dépèches : « A Tunis, lui
écrivait-il, on doit savoir que l'opinion de toute TEurope est con-
traire à la guerre perpétuelle faite aux Etats italiens, à Tescla-
vage. Si les Régences ne sont pas tout à fait dépourvues de pru-
dence, elles doivent rechercher la paix, seul moyen de conjurer
Torage... »
L'Europe, en effet, lassée du joug des Princes barbaresques, se
concertait sur les moyens de s'y soustraire à Tavenir. Au com-
mencement du siècle, Montlosier avait supplié Bonaparte « d'effa-
cer cette honte des nations civilisées » (Lettre du 8 thermidor
an IX) : « L'honneur commande ce parti, la politique le conseille,
la Révolution le prescrit. Laissez-moi organiser Texécution du
plus grand projet qui puisse être imaginé pour la gloire du Pre-
mier Consul. » Du fond de sa chartreuse des Archives diploma-
tiques, comme il aimait à désigner son poste, d*Hauterive avait
compulsé, depuis, tous les Mémoires sur l'esclavage et sur la pira-
terie, afin de décider l'Empereur à résoudre la question d'Afrique.
Parmi ceux-ci le plus intéressant, rédigé par Saizieu en 1797,
alors qu^il était en retraite, n'était rien moins qu'un Projet
dC envahissement et de colonisation de la Barbarie. L'ancien Consul
général s'étendait longuement sur la difficulté d'acquérir Tlle de
Tabarquc, achat qu^avait tenté Choiseul, et sur la nécessité de la
conquérir. « La France peut-elle subjuguer les États de Barbarie?
d
L INTRODUCTION
La négative serait un blasphème... Il sufRt de former un établisse-
ment militaire à couvert de tout besoin. La Goulette l'offre et
commande la plus belle rade de l'univers. Elle ne résisterait pas
trois jours à 10,000 hommes qui Tattaqueraient par ses ruines de
terre. Semblables aux décorations théâtrales, toutes ces places,
vues de loin, n'effraient que l'imagination; vues des coulisses,
c'est-à-dire du côté de terre, ce ne sont plus que des masures
noires et entr*ouvertes, que le canon ferait écrouler. Je m'en suis
convaincu sur les lieux. J'ai longtemps souffert pour ma nation des
outrages qui nous autorisaient alors et nous justifient aujourd'hui
du désir de surprendre et d'asservir ces peuples malheureux.
Notre vengeance se convertirait en bienfaits en les rendant libres,
honnêtes et heureux. » Dans un autre Mémoire de 1809, Devoize
avait attiré, lui aussi, l'attention de Napoléon sur la nécessité
d'une expédition tunisienne en commençant par occuper Ta-
barque.
La voix autorisée de Chateaubriand s'était fait entendre à son
tour : « J'ai vu les ruines de Carthage, disait à la Chambre des
Pairs, le 9 avril 1816, l'auteur de ï Itinéraire de Paris à Jérusalem;
j'ai rencontré parmi ces ruines les successeurs de ces malheureux
chrétiens pour la délivrance desquels Saint Louis sacrifia sa vie.
Le nombre de ces victimes augmente tous les jours. Avant la
Révolution, les corsaires barbaresques étaient contenus par la
surveillance de l'Ordre de Malte ; nos vaisseaux régnaient sur la
Méditerranée, et le pavillon de Philippe-Auguste faisait encore
trembler les Infidèles. Profitant de nos discordes, ils ont osé insulter
nos rivages. Ils viennent d'enlever la population d'une lie entière;
hommes, femmes, enfants, vieillards, tout a été plongé dans la
plus affreuse servitude. N'est-ce pas aux Français, nés pour les
entreprises généreuses, d'accomplir enfin l'œuvre commencée
par leurs aïeux? C'est en France que fut prèchée la première
Croisade; c'est en France qu'il faut lever l'étendard de la dernière,
sans sortir toutefois du caractère des temps et sans employer des
moyens qui ne sont plus dans nos mœurs. »
Ces moyens, Sidney Smith, fondateur de la Société des Anti-
pirates, venait d'en proposer l'étude aux Plénipotentiaires du
Congrès de Vienne. Dans un Mémoire sur la nécessité et les moyens
de faire cesser les pirateries des États barbaresques, il leur faisait
connaître toute l'étendue du mal causé par les corsaires, et récla-
mait contre eux une manifestation des Puissances coalisées.
INTRODUCTION Ll
Les Etats intéressés au succès de l'entreprise étaient invités à
fournir leur contingent de forces maritimes pour surveiller, pour-
suivre et capturer les pirates dans la Méditerranée. Ajoutons-le
en passant, sans atténuer en rien le mérite de la généreuse initia-
tive de Tamiral anglais, nous avons retrouvé tout ce système de
Ligue internationale dans un mémoire en date du 10 novembre 1789,
perdu dans les cartons des Affaires étrangères {Mémoires et Docu-
ments^ Afrique^ t. F, f 19ô)j et proposé à Texamen des Ministres
de Louis XVI par un officier de marine, commandant de la croi-
sière française du sud, M. de Buissy. Il est intéressant d*en
retenir au moins la date et la provenance.
Afin d'entretenir le mouvement anti-esclavagiste et de gagner
à sa cause toutes les sommités de l'Europe, Sidney Smith fondait
encore la Société des chevaliers libérateurs des esclaves blancs^ dans
laquelle il enrôlait les chevaliers de Saint Louis et des autres
ordres impériaux et royaux de la chrétienté. En prévision des dif-
ficultés que devait rencontrer son projet d'armement général des
grandes Puissances, il conseillait encore de reconstituer l'Ordre
de Malte sous une nouvelle forme, afin de coloniser certains points
de la Barbarie avec des milices volontaires, disons plutôt des che-
valiers armés. Idée fort ingénieuse, quoique peu pratique, au point
où en était la civilisation de ce côté de la mer Méditerranée, et que
devait reprendre avec peu de succès, cinquante-trois ans après,
le Cardinal Lavigerie.
Par Tarticle additionnel du traité du 20 novembre 1815, la
France s'était engagée à réunir ses efforts à ceux des autres Gou-
vernements, pour assurer l'abolition complète de la traite des
nègres. On convint, par le même article, que les représentants
des grandes Puissances se concerteraient sur le choix des mesures
les plus propres à abolir l'esclavage. L'année suivante. Chateau-
briand, membre influent de la société des Anti-pirates, faisait
voter à la Chambre des Pairs une Adresse à Louis XVIII, après
le discours dont nous avons rappelé tout à l'heure les vibrants
échos. Il obtenait du Roi qu'on rouvrit les négociations avec les
Cours européennes, pour déterminer les Régences à respecter les
pavillons chrétiens et à mettre un terme au commerce des captifs.
Le 28 août 1816, des Conférences s'ouvrirent à Londres, entre les
Ministres de France, de Russie, d'Autriche, de Prusse et d'Angle-
terre. La question de la piraterie devint bientôt le principal objet
des délibérations des hommes d'État; on arrêta les bases d'un
LU INTRODUCTION
plan qui devait conduire à la fois à l'abolition de la traite des blancs
et des noirs. Ce plan, uniquement inspiré d'après les vues du
Cabinet de Londres, consistait à former une association de forces
navales, dont les divers contingents seraient mis sous la direc-
tion d'un Commandant en chef anglais. Cependant le marquis
d'Osmond, notre Plénipotentiaire, avait jugé qu'un tel projet lui
paraissait offrir de graves inconvénients, soit qu'il fournît à
l'Angleterre de nouveaux moyens d'assurer sa domination mari-
time, soit qu'il blessât la dignité de la France, reléguée au second
rang dans l'association. Les Conférences, suspendues pendant
plus d'un an, furent reprises en janvier 1818. La Russie insista
sur la nécessité d'une expédition navale des Puissances coalisées.
L'Autriche et la Prusse se rangèrent à cet avis; le Cabinet de
Londres fit entendre qu'il verrait avec plaisir adopter son projet
de Ligue.
Peu après, la discussion était reprise au Congrès d'Âix-la-Cha-
pelle. On reparla du plan élaboré aux Conférences de Londres, et
l'on invoqua l'opinion du baron de Humbold, qui, dans la Diète de
Francfort, en décembre 1817, avait réclamé un engagement géné-
ral de l'Europe contre les agressions des Barbaresques. Le duc de
Richelieu, au nom de la France, proposa une alliance dé fensive de
toutes les Puissances, et soumit à l'assemblée une nouvelle combi-
naison d'armée navale coalisée. Les États qui devaient y prendre
part étaient l'Angleterre, la France, la Prusse, la Russie, l'Autriche,
l'Espagne, le Portugal, Naples, la Toscane, la Sardaigne, les États
pontificaux, les villes hanséaliques, le Hanovre, le Danemark, la
Suède et les Pays-Bas. Mais on ne put tomber d'accord sur les
moyens d'exécution, le choix et les pouvoirs du commandement,
la formation des contingents, la durée même de la Ligue. Metter-
nich, Ministre d'Autriche, vit des inconvénients à une expédition
militaire. Capo d'Istria, au nom de l'Empereur de Russie, déclara
que faire la police dans la Méditerranée n'était pas un résultat
proportionné aux désirs du Congrès. Enfin Lord Casllereagh ne
put dissimuler que l'existence des pirates lui paraissait plus utile
que nuisible à son pays.
Ces divergences de vues sauvèrent les Barbaresques. Les Pléni-
potentiaires du Congrès d'Aix-la-Chapelle convinrent simplement
d'adresser aux Régences « des paroles sérieuses, les avertissant
que l'effet infaillible de leur persévérance dans un système hostile
au commerce pacifique serait une Ligue générale des Puissances
INTRODUCTION LUI
de rEurope, sur les résultats de laquelle les États barbaresques
feraient bien de réfléchir à temps, et qui pourrait les atteindre
jusque dans leur existence » {Protocole du 20 novembre 1818). Les
Ministres de France et d'Angleterre furent invités, en consé-
quence, < comme représentant les deux Cours dont Tautorité
devait avoir le plus de poids auprès des Seigneurs africains », à
faire au nom de toutes la notification dont il s'agit. En vertu des
Instructions de leur Gouvernement (8 juillet 1819), les contre-
amiraux Jurien de la Gravière et Freemantle, commandants des
forces navales de leur pays dans la Méditerranée, devaient se
rejoindre à Mahon ; ils naviguaient vers Alger, dans les premiers
jours de septembre, pour y remplir coujointement leur mission.
Nous avons dit ailleurs, dans notre ouvrage sur les Correspon-
dances des Deys d'Alger avec la Cour de France^ quel accueil
attendait ces officiers généraux près du Dey Hussein. Pour être
moins arrogante, l'attitude du Bey Mahmoud fut tout aussi maus-
sade que celle de son voisin ; mêmes promesses évasives, mêmes
désaveux de mauvaise foi. Les Commissaires, descendus à La Gou«
lelte en revenant d'Alger, présentèrent au Bardo,le 27 septembre,
une Notification écrite dans les mêmes termes énergiques et dans
la même forme courtoise qu'à la Jenina. Après avoir hésité
quelques jours à les recevoir, le Prince daigna leur laisser un
semblant de satisfaction. Repoussant le blâme de pir-aterie infligé
à sa Régence, il revendiqua le droit d'avoir une marine et de faire
la guerre, se refusa à prendre aucun engagement quant à ses
corsaires, mais ne fit point difficulté de reconnaître les pavillons
amis comme étant choses inviolables et sacrées. Le Dey d'Alger
avait souhaité aux Délégués du Congrès, avec une ironie toute
barbaresque, « un bon voyage » ; timidement fidèle au mot d'ordre
donné, le Souverain de Tunis termina par cette boutade la réponse
exigée de lui : « Si vous voulez mépriser la justice et venir nous
inquiéter sans aucun motif, il y a un Dieu Tout-Puissant qui veille
sur nous! » Comme les deux amiraux avaient reçu l'ordre de ne
pas insister d'une façon compromettante, ils se retirèrent, et c'est
ainsi que la faiblesse des moyens employés dans cette démonstra-
tion navale rendit, plus que jamais, le Bey Mahmoud indiff'érent
aux conseils comme aux menaces des agents européens. Devoize
avait-il raison de dire récemment encore : l'argument diploma-
tique le mieux compris des Barbaresques, c'est le canon, ultima
ratio regumf
LIV INTRODUCTION
Le 4 novembre 1819, le Chargé d'affaires de France quittait
Tunis avec toute sa famille. L'heure de la retraite allait sonner
pour lui, et les soucis de sa santé, usée par trente années de séjour
en Afrique, Tavaient décidé à prendre un repos définitif. Le suc-
cesseur de Devoize à Tunis ne prit possession de son poste qu'au
milieu de janvier 1824. Guys arrivait d'Alep, où ses aptitudes
consulaires avaient depuis longtemps attiré Tattention du baron
Pasquier, alors qu'il dirigeait les Affaires étrangères. Cepen-
dant ses Instructions, rédigées par Chateaubriand, ne lui furent
adressées qu'à la fin de Tannée 1823. Elles étaient fort impor-
tantes, et Ton ne saurait négliger d'en faire l'analyse, pour appré-
cier tout l'intérêt qu'attachait le nouveau Ministre « à recouvrer
notre prépondérance en Tunisie et à Taccroitre le plus possible )>.
Guys aura pour mission de reprendre crédit sur l'esprit du Bey, de
lui inculquer les raisons qui doivent l'attacher au Gouvernement
français « comme à celui dont la protection est la plus bienveil-
lante et la plus désintéressée ». Il devra procurer au commerce de
rÉchelle « une plus grande consistance », et ce but il pourra
l'atteindre « en mettant fin à la méfiance et à l'aigreur des discus-
sions sans cesse renouvelées par des griefs respectifs ». Pendant
cinq ans, le Yice-Consul Malivoire avait géré le Consulat tant bien
que mal, sans avoir pu rétablir les affaires « sur un pied stable et
satisfaisant ». Des modifications avaient été apportées aux tarifs de
douane, des créances réciproques restaient à recouvrer depuis la
dernière guerre de 1801 ; bref la conclusion d'un traité paraissait
être le seul moyen de rendre à nos relations avec le Bey <c l'acti-
vité et la discrétion convenables ». Dans un supplément d'Instruc-
tiens. Chateaubriand, décidé à réprimer par la force, en cas de
besoin, la malveillance du Bey Mahmoud, invitait son agent à ne
point accepter d'audience avant d'avoir satisfaction. En cas de
refus, celui-ci devait se retirer avec tous ses nationaux sur le vais-
seau de Sa Majesté; le commandant avait des ordres pour €< agir
immédiatement». Débarqué le 16 janvier, Guys obtint, le 30, un
traité préliminaire, conforme en presque tous les points aux vues
du Gouvernement : clause du traitement de la nation la plus favo-
risée, indépendamment de tous les privilèges antérieurement
stipulés, tarifs douaniers, juridiction consulaire et tribunal mixte,
reconnaissance des Capitulations et des anciens traités, etc.,
« aucun privilège ne pouvant être accordé à d'autres nations qui
ne soit également commun à la nation française », en dehors
INTRODUCTION LV
même de toute stipulation. Tout se passa le mieux du monde.
Malheureusement, deux mois après, le Bey Mahmoud vint à
mourir (28 mars 1824). Il fallut recommencer avec son fils et
successeur, non sans difficultés, toutes les négociations.
Mahmoud avait régné dix ans ; le Gouvernement d^Hossein allait
avoir à peu près la même durée. Prince faible, de goûts fastueux,
d'une prodigalité presque inconsciente, il était, au dire du Consul,
enclin à faire le bien et facile à influencer. Guys mit pourtant
huit mois à vaincre ses résistances, puisqu'on lui fit attendre
jusqu'au 15 novembre les sceaux du nouveau traité. Au nombre
des discussions qu'il eut encore à trancher, pendant les quatre
années de son séjour en Tunisie, il en est deux qu'il nous faut
signaler. La première est relative à la protection française des
sujets et du pavillon romains, protection que le Bey voulut bien
reconnaître par une Déclaration du 14 mars 1826. Notre représen-
tant fut moins heureux dans les interminables démêlés concernant
la pèche du corail.
Cette question, longtemps négligée, faisait alors l'objet de rap-
ports historiques au bureau des Archives des Affaires étrangères*
Les Concessions d'Afrique avaient passé, en effet, par des phases
diverses. Parmi les Conventions qui les avaient régies, la dernière
en date, celle de 1790, avait reconnu à la Compagnie royale le
privilège de pocher dans les mers de Tunis « depuis Tlle de
Tabarque jusqu'aux confins de Tripoli ». Elle pouvait être renou-
velée au bout de trois ans d'exercice, aux mêmes conditions, c'est-
à-dire au prix de 13,500 piastres de redevances. Bien que la
Révolution de 1789 eût fort ébranlé son crédit, la Compagnie
s'était soutenue, cependant, pendant les quatre années suivantes.
Supprimée par décret du Comité de salut public (19 pluviôse
an II), elle était gérée, depuis lors, pour le compte de l'État, sous
le nom d'Agence d'Afrique. En fait la pêche était devenue libre.
On avait même vu pêcher ensemble, dans les eaux de Bizerte, plus
de douze cents Corses, Italiens et Provençaux. Cette liberté impli-
quait l'abandon des privilèges exclusifs dont la France avait joui
depuis deux siècles, et c'est pourquoi Devoize, après le traité
de 1802, avait proposé au Gouvernement de renouveler la Conven-
tion de 1790. Ne pouvant obtenir du Bey le relèvement du comptoir
du Cap-Nègre, encore moins une taxation modérée de redevances,
il s'indignait de retrouver dans les réponses dilatoires d'Hamouda
l'influence anglaise. Dans la crainte de voir nos ennemis accaparer
LVI INTRODUCTION
le monopole des Concessions dans les deux Régences, à un prix
bien supérieur aux anciennes redevances françaises, le Yice-Consul
Billon avait fini par obtenir un arrangement provisoire ; Hamouda,
« dans un bon quart d'heure », s'était engagé à vendre aux Fran-
çais et aux Napolitains exclusivement des passeports de pèche, en
nombre illimité, au prix de six piastres et demie par bateau.
En 1814, le Gouvernement de Naples, s'étant détaché de la France,
avait passé avec le Bey des conventions particulières au profit de
ses corailleurs ; peu à peu des pécheurs génois, toscans, siciliens
et autres étaient venus augmenter la concurrence. En vain le duc
de Richelieu, Ministre d'alors, démontrait que ces privilèges ne pou-
vaient pas être mis aux enchères; en vain le baron de Damas, son
successeur, revenant à son tour sur la question des Concessions,
insistait pour que Ton considérât cette propriété comme française,
« antérieurement acquise à rétablissement des Régences », et non
pas comme « une ferme révocable ». Guys se heurtait aux mêmes
exigences, aux mêmes hésitations de la part du Bey Hossein.
AfiTaire d'argent, spéculation maladroitement dissimulée, suivant
la commune loi de l'offre et de la demande. Le Consul de France
voulait traiter à 13,500 piastres tunisiennes, le Consul de Sardaigne
à 30,000, une Compagnie anglaise à 50,000; celle-ci l'emporta
(décembre 1824). Les protestations des Consuls de France, de
Naples et de Sardaigne furent regardées comme lettres mortes.
Il est vrai qu'au bout d'une année, la Compagnie fermière, littéra-
lement écrasée sous le poids de ses engagements, résilia son bail.
Guys rouvrit des négociations, demandant que tous les pêcheurs
fussent munis d'une patente française ; il eût sans doute vaincu les
tergiversations intéressées du Bey, si le blocus d'Alger n'était
venu, en 1827, suspendre tous pourpalers. Le slatu quo dura
jusqu'au 24 octobre 1832. Ce jour-là seulement les droits exclusifs
de pêche sur le littoral tunisien furent reconnus à la France,
moyennant l'ancienne redevance de la Compagnie d'Afrique
(13,500 piastres). Deux mois après, l'habile négociateur de ce
traité mourait à son poste; c'était le successeur de Guys, Mathieu
de Lesseps.
La famille des Lesseps servait déjà la France de père en fils
dans la diplomatie. On trouvera ces honorables traditions préci-
sées dans les notices que nous avons cru devoir insérer en leur
lieu et place. Celui qui, le 14 décembre 1827, arrivait à Tunis en
qualité de Consul général et de Chargé d'affaires de Charles X —
INTRODUCTION LVII
nous avons nommé Mathieu — avait déjà cinquante-trois ans. Fils
d*un Consul général à Lisbonne, il avait gagné tous ses grades à
Tanger, Tripoli, Alexandrie, Cadix, Livourne, les lies Ioniennes,
Alep et Philadelphie. Trois de ses enfants suivaient alors la même
carrière : l'un Théodore, attaché au Ministère; l'autre, Jules, Vice-
Consul à Lattaquié; le troisième, Ferdinand, Vice-Consul à Tunis,
devait un jour illustrer le nom de sa famille et mériter celui de
Grand Français. Quant au choix que venait de faire le baron de
Damas, il était heureux, à une époque où tout était à craindre, en
Barbarie, du fanatisme populaire. Les historiens nous sauront gré
d'avoir publié presque in extenso la plupart des dépêches du
successeur de Devoize. Us seront mieux à même d'en apprécier
la valeur littéraire; ils y découvriront plus aisément les qualités
professionnelles et les constatations politiques qui s'en dégagent.
De la mission de Lesseps, nous ferons ressortir ici deux faits
caractéristiques : l'action civilisatrice exercée sans cesse, grâce à
son prestige, sur le Gouvernement du Bey Hossein, et le concours,
ignoré jusqu'ici, qu'il apporta au Commandant en chef de l'expé-
dition d'Alger.
A peine installé à Tunis, il va prouver à quel point il connaît
(c l'esprit numide ». Son premier soin est de se ménager au Bardo
des intelligences; or la modicité des présents misa sa disposition
lui suggère ces justes critiques : « Lésiner sur les donatives, c'est
méconnaître un usage aussi sacré que le droit d'hospitalité dont
il fait partie... L'absence de cette formalité est un manque de poli-
tesse ; ce qui serait chez nous déshonorant est ici un titre d'hon-
neur. Ce qui fait le succès de certains Consuls, en Orient, ce n'est
pas tant de connaître la langue que d'observer certaines coutumes,
parties essentielles des mœurs orientales, observance qui seule
les identifie avec le peuple, et qui modifie et adoucit la nuance
ineffaçable qu'a marquée la différence des cultes. Ils entendent
les gens s'écrier : Il connaît nos usages, il a mangé et bu avec
nous longtemps, il fait et accueille des présents; c*est un des
nôtres. »
Une de ses impressions les plus frappantes est sans contredit le
spectacle de l'apathie, du désordre, de la prodigalité dont il est
témoin. Hossein-Bey lui apparaît plongé lamentablement dans la
mollesse et les plaisirs, paresseux, imprévoyant, aveuglé par son
entourage, vendant ses récoltes deux ans d'avance, faisant même
de la fausse monnaie. « Ces Princes, dit-il au Ministre, le comte
LVIII INTRODUCTION
de Laferronnays, sont de grands et ignorants enfants; tout ce qui
est nouveau leur parait beau; ils veulent tout ce dont ils entendent
parler qui puisse piquer leur curiosité, sans calculer ni ce que
Tobjet désiré peut leur coûter, ni s'il peut avoir pour eux un but
d'utilité réelle. Ils veulent avoir tout et ne se servent de rien.
Après avoir admiré avec enthousiasme les objets de nos arts les
plus précieux qui leur sont donnés en présents par les Princes
de l'Europe, ils en font les joujoux fragiles des enfants et des
esclaves du harem. »
Le désordre au Bardo est tel que le Chargé d'affaires, ayant
demandé à voir l'original de la Convention de 1824, « le Bach-
Mamelouk lui a souri d'étonnement, en promettant de le chercher
dans une chambre où il y a de vieux papiers ». Le Prince, dit
encore Lesseps, laisse traîner ses correspondances; les enfants,
les esclaves, les domestiques s'en emparent. « Je réclame même
les lettres que j'adresse au Bey, pour qu'elles ne s'égarent pas! »
Ce n'est pas que personnellement le Consul général ait à se
plaindre d'Hossein. Au contraire, ce Seigneur le comble d'atten-
tions, apprécie ses conseils, s'abandonne & ses directions avec une
confiance qui va croissant de jour en jour. Touché des soins qu'il
prend de lui démontrer les dangers de son imprévoyance, il Fin-
vite, lui et sa famille, à venir faire un séjour à sa campagne de
la Marsa. Dans cette intimité, il lui communique son courrier, le
consulte sur des mesures de police, des questions budgétaires, des
affaires d'Ëtat. Là s'élaborent des programmes financiers, et les
soirées se passent à commenter le Code Napoléon; c'est à croire,
en vérité, que le Bey n'a jamais vu d'ami plus désintéressé, ni plus
dévoué à sa cause. Loin défaire un mystère de ses dispositions, il
les manifeste fréquemment en audience publique et devant le
corps consulaire. Dans une affaire intéressant la Toscane, Lesseps
ayant prêté ses bons offices à son collègue, le Bey s'écriera :
« Homme sage et raisonnable, tout est fini, tout est oublié, tout
est accordé, non à vous. Consul de France, qui en cette qualité
n'avez rien à démêler avec la Toscane, mais à mon ami particu-
lier. Puis-je jamais ne pas acquiescer au moindre de vos désirs!
Ceux-ci ne sont-ils pas dirigés vers mon intérêt et vers celui de
la justice! » Et ce n'est pas seulement à la Toscane que l'influence
française, en ce moment, est profitable; c'est à la Prusse, à
l'Espagne, & Venise, aux États pontificaux. Rien de plus touchant
que les démonstrations amicales dont sera l'objet Ducrest de Ville^
INTRODUCTION LIX
neuve, commandant la division navale de Tunis et Tripoli pendant
le blocus d'Alger (janvier 1828). Hussein protestera devant toute
sa Cour « de son attachement respectueux et reconnaissant à
TËmpereur de France », ne voulant rien négliger pour que les
liens qui unissent leurs sujets « deviennent encore mille fois plus
forts, leurs intérêts se trouvant d'accord pour ne plus faire des deux
peuples quun seul ». Secoué de son apathie, fier de tenir sou pou-
voir non des changeants caprices de son Divan, comme les Deys
d* Alger, mais des droits les plus légitimes de l'hérédité, il reprendra
parfois confiance en lui-même, à un tel point que ses accès de fer-
meté surprendront ceux qui le connaissent. Le Dey d'Alger lui
ayant reproché sa partialité peu musulmane à l'égard de la France,
il saura répondre « qu'outre que les traités l'y obligent, il y est
porté par inclination, cette nation étant sa plus puissante et sa
plus sincère amie ». Dans un échange de vues relatives à la guerre
franco-algérienne, il dira à son entourage : « Je m'expose à de
grands dangers, mais je suis sur que la France ne me fera pas de
mal, et je veux lui démontrer par des faits pour qui sont mes
vœux... Si le Grand Seigneur, en déclarant la guerre à la France,
m'envoyait cent firmans afin de m'obliger à prendre parti contre
elle, et si cent messagers émettaient cent proclamations, je n'obéi-
rais point aux premiers, je n'écouterais pas les seconds, je saisi-
rais les dernières. J'ai déjà pris toutes les dispositions pour
empêcher qu'aucune nouvelle pouvant indisposer mon peuple né
circule, et pour détruire l'effet de bruits malveillants. Mes senti-
ments sont inaltérables, et je répéterai ce que j'ai déjà dit publi-^
quement : que je me jette entièrement dans les bras de la France,
et que je ne désire rien autant que le châtiment exemplaire de
son injuste agresseur, le Dey d'Alger. » Ainsi les sympathies des
Tunisiens étaient tout acquises à la France; peuple et Souverain
faisaient les mêmes vœux pour le châtiment de l'ennemi hérédi-
taire de la Régence et pour le triomphe de nos armes.
Sachant combien il importe d'être exactement renseigné à Paris
sur tout ce qui se passe en Algérie, Lesseps a devancé les ordres
de son Ministre. Il est entré en communication avec le comte
d'Attili de la Tour, Consul général de Sardaigne à Alger, par
l'entremise du comte Filippi, représentant de la même Puissance
à Tunis. Tous renseignements de nature à intéresser le service
de Sa Majesté, armements maritimes et moyens de défense du
Dey Hussein, dispositions des habitants, attitude de la milice,^
LX INTRODUCTION
bien d^autresavis utiles sont transmis de cette manière au Gouver-
nement du Roi par les soins du Chargé d'affaires.
Cependant si le concours prêté par d'Attili demeure jusqu'à la
fin plein de zèle et de loyauté, les services de Filippi lui ont bientôt
paru sujets à caution. Peu satisfait des confidences suspectes autant
qu'intéressées de ce dernier, il y» se multiplier pour faire face
aux nécessités de son service d'informations. Organisation de
courriers par terre, négociations avec le Bey de Constantine et
les Caïds de cette province, correspondances directes avec le
Commandant en chef de l'expédition, tout est prévu et disposé,
sans que le comte de Bourmont juge utile de donner des ordres à
son précieux auxiliaire. Avec un zèle infatigable, il seconde la mis-
sion des officiers d'État-major envoyés en Tunisie, par le Ministre
de la guerre, pour recueillir des renseignements topographiques
ou stratégiques {Rapports de Gérardin et d'Aubignosc). Grâce à la
secrète complicité d'Hossein-Bey, des approvisionnements de toute
sorte sont fournis aux navires de l'escadre française ; les menées
ténébreuses de l'Oukil d'Alger, agent officiel du Dey à Tunis,
demeurent sans effets. C'est encore sous les yeux de Lesseps que
Marcescheau, son Vice-Consul, rédige pour le Ministère un Projet
d'expédition immédiate contre B6n^\ c'est sur son ordre que Baim-
bert, agent du poste de Tabarque, transmet les résultats d'une
minutieuse enquête faite auprès des corsaires algériens les plus
influents; c'est par les soins de son fils, Ferdinand, que se répan-
dent en Kabylie des proclamations dans la langue arabe. Un
moment le fanatisme s'est réveillé dans le parti des janissaires.
Le Bey a pris peur; on a même agité, au conseil secret du Bardo,
la question de l'envoi d'un officier à Paris pour implorer du Roi
son assistance, et lui représenter la légitimité des droits de la
dynastie régnante (mars 1830). Ici encore Lesseps jouera excel-
lemment son r6le de protecteur. 11 déjouera les complots tramés
contre les Européens, et, ramenant le Prince au juste sentiment
de sa sécurité, lui rendra l'espoir que la France, maîtresse d'Alger,
sera dans l'avenir le plus ferme soutien de son existence
politique.
Douze jours après la reddition d'Alger (18 juillet 1830), le
Prince de Polignac écrivait à Tunis : « Sa Majesté n'a pas eu
seulement en vue de tirer une juste vengeance des outrages
commis par le Dey, mais encore de faire disparaître à jamais des
Régences barbaresques les institutions qui les ont rendues, pen-
INTRODUCTION LXI
dant plusieurs siècles, le fléau des peuples riverains de la Médi-
terranée. Le Roi a promis à l'Europe d'obtenir par les armes
rabolitioD complète et définitive de Tesclavage des chrétiens, celle
de la piraterie et celle des tributs ou redevances que les Puis-
sances chrétiennes payaient aux Gouvernements africains. » Alger
vaincue, il s'agit aujourd'hui de faire admettre par les maîtres
de Tunis et de Tripoli « des changements devenus indispensables
d'après Tétat actuel de la civilisation »; il faut leur faire adopter,
d'une manière définitive, le droit des gens et les principes d'éco-
nomie politique; il importe de prévenir le retour de leurs pira-
teries, (c en achevant de leur faire perdre l'esprit aventureux et
intéressé qui les poussait aux spéculations criminelles, et les
empêchait d'adopter un genre de vie plus profitable à leurs pays ».
Un projet de traité, préparé à Paris, accompagnait les Instruc-
tions du Ministre de Charles X. Il comportait :
i" La renonciation entière et à jamais au droit de faire la course
en temps de guerre.
2^ L'abolition à jamais de l'esclavage des chrétiens et l'affran-
chissement de tous ceux qui pouvaient être encore dans la
Régence. Le sort des prisonniers de guerre devait être, à l'avenir,
conforme aux usages des nations européennes. « C'est un vœu»
disait Polignac, hautement exprimé par toutes les Puissances, et
la France se glorifiera toujours d'avoir fait servir le triomphe de
ses armes à le satisfaire. »
S*" Le respect des personnes et des propriétés faisait l'objet de
l'article III.
4^ L'article lY stipulait la suppression totale « des tributs, pré-
sents, dons et redevances quelconques que les Gouvernements ou
leurs agents payaient au Bey »; cet article accordait en même
temps, à toutes les Puissances, le droit d'avoir des agents consu-
laires et commerciaux sur tous les points de la Régence.
5"* Le Bey restituait à la France le privilège exclusif de la pèche
du corail, « tel qu'elle l'avait possédé avant la guerre de 1799 ». La
jouissance de ces droits ne comportait plus de redevances (Art. V).
G'^ La liberté absolue du commerce, à l^exclusion des accapare-
ments et des monopoles, était garantie par l'article YI. « En
s'abstenant de réclamer pour elle-même de nouveaux avantages
de commerce dans la Régence tunisienne, la France montrait, par
cet article, qu'elle agissait vraiment dans un but européen, et
qu'elle était moins guidée par son intérêt particulier que par le
LXII INTRODUCTION
sealiment du bien de tous les peuples. » Lesseps devait faire sentir
à Hossein que la suppression des monopoles et des accaparements,
« mesure équivalente à un traité de commerce tout entier », était
plus avantageuse à ses sujets qu'aux chrétiens. L'exemple de la
France et des Etats les plus florissants de l'Europe était là pour
lui démontrer qu'en augmentant la prospérité individuelle, « il
prendrait la voie la plus honorable et la plus certaine d'accroître
ses revenus ». Le traité conservait simplement aux Français le
droit de participer à tous avantages, faveurs, facilités et privilèges
quelconques accordés à d'autres nations; il confirmait aussi les
clauses de tous traités antérieurs, clauses nous mettant hors de
pair et nous reconnaissant comme « enfants du pays » (Articles VI
et VII).
Enfin, par un article secret, la France demandait la cession à
perpétuité d'un emplacement à Carthage, « pour ériger un monu-
ment à la mémoire de Louis IX, à l'endroit où ce Prince était
mort ». Polignac accordait au Bey un délai de huit jours pour
souscrire à ces conditions, bien décidé à les imposer, au besoin,
de force, et à « utiliser » l'escadre victorieuse de Duperré.
Le 3 août 1830, arriva sur la Bëllone le comte de la Roche-
foucauld, porteur des Instructions et du projet dont il s'agit. Le 8,
Lesseps, accompagné de l'Envoyé du Roi, du personnel consu-
laire et de quinze officiers de marine, fut reçu au Bardo, en
audience solennelle. Hossein signa, séance tenante, le traité qu'on
lui proposait. Pour être moins glorieux que celui de Bourmont,
puisque tout s'était passé sans les honneurs de la guerre, ce
succès, pouvons-nous dire, intéressait au même degré toutes les
Puissances de l'Europe. Aussi fut-il apprécié comme un service
inestimable rendu à leur propre cause, et comme la conséquence
toute naturelle de nos victoires. Le Bey Tavait fort bien compris,
de la domination française à Alger découlait, selon ses désirs, un
Protectorat de fait, sollicité gracieusement par Mohammed-Bey
dès 1758, exercé en partie depuis des années et conquis, cette fois,
par la force des choses, sur sa Régence et sur sa dynastie. Nos
droits acquis si laborieusement, des instruments diplomatiques
rédigés cinquante ans plus tard pourraient en régler Texercice, en
délimiter l'étendue, mais cette dernière consécration ne les modi-
fierait guère. En effet, la mission deux fois séculaire de la France
était accomplie. Ce Protectorat bienfaisant, la plupart des traités
l'avaient en quelque sorte réservé, et, le 8 août 1830, il était plus que
INTRODUCTION LXIII
jamais dans le cœur des Tunisiens. Nous n*en voulons pour preuve
que cette exclamation, sortie de toutes les bouches sur le passage
du Consul général et de son cortège : Vive le Roi de France dont
la sollicitude veille sur les peuples opprimés!
Nous voici arrivé au terme de cette étude. L*Ârrêté minis-
tériel du 8 décembre 1891 interdisant toute investigation dans les
Archives du Ministère des Affaires étrangères, au sujet des docu-
ments postérieurs à 1830, il n'a pas été possible de compléter,
jusqu'au traité de Protectorat, la série déjà respectable — 36S0 do-
cuments officiels — des dépèches et papiers d'Ëtat relatifs à la
Tunisie. Qu'il nous soit permis d'espérer que l'un de nos succes-
seurs pourra combler cette lacune. D'ailleurs, aux historiens
désireux de connaître les origines de la crise qui motiva Finter-
yention de 1881, se recommande excellemment l'ouvrage du baron
d'Estoumelles sur La Politique française en Tunisie; c'est le
dernier anneau de cette longue chaîne servant à rattacher le présent
au passé.
Quant à nous, dont la tâche était de mettre en lumière le rôle
politique des anciens Consuls de France à Tunis, depuis leur
installation en 1577, jusqu'à l'année 1830, nous ne saurions con-
sidérer notre devoir comme accompli sans rendre à ces agents si
méconnus, à ces serviteurs si dévoués de la mère-patrie un dernier
hommage. Dans la période afférente à ce troisième volume, on les
a vus, comme autrefois, aux prises avec les naufrages, la peste, le
despotisme et l'avidité barbaresques, la pénurie des ressources,
Tesclavage des captifs, la piraterie des corsaires, les cabales des
mécontents, les intrigues des nations rivales, l'hypocrisie des uns
et la mauvaise foi des autres. Pour atteindre leur but, il leur a
fallu passer encore douze traités avec la Régence, ce qui porte à
quarante-six le nombre de ceux qui précédèrent la Déclaration
de 1881. Si nous jetons un coup d'œil rapide en arrière, pour
apprécier comme il convient les mérites de leurs travaux, nous ne
savons, en vérité, ce qui surprendra davantage, ou la faiblesse
des moyens mis à leur disposition, ou les exigences d'un poste
qualifié, par tous les Ministres, comme l'un des plus épineux et
des plus chargés de la carrière.
Le premier devoir d'un Consul de France est de garder intactes
ses prérogatives, notamment la préséance (Traité de 1685). Dans
LXIV INTRODUCTION
les audiences du Bardo, vêtu de l'uniforme de drap bleu de Roi,
aux boutons timbrés de la fieur de lys, en culotte de drap écarlate
et Tépée de nacre aux côtés, il marche invariablement en tète
du corps consulaire, et s'assoit à la place d'honneur. Il jouit de
distinctions absolument uniques, entre autres de Tusage d'une
voiture à quatre roues; depuis 1770, une maison de campagne du
Bey, à la Marsa, est à sa disposition, marque de considération
également exceptionnelle. La plupart des Instructions de la Cour
de France prescrivent, en tout ce qui concerne le cérémonial, « uo
règlement sur le pied le plus fort ». Le pavillon du Roi a droit à
vingt et un coups de canon, le Commandant d'un navire à neuf
coups. Un Consul de France, à son arrivée, doit exiger le même
salut qu'un Commandant. Il est, comme lui, dispensé du baise-
main, depuis une époque que nous ne pouvons préciser, mais qui
remonte au moins à 1770. Dans la suite Beaussier seul, en 4796,
sera contraint de se soumettre à « cette étiquette humiliante ».
Après le souci de sa dignité vient celui des privilèges reconnus à
sa nation. L'innovation la plus futile en apparence ne peut blesser
le fameux article VIII du traité de 1728 : « Les privilèges de la
nation française seront plus grands que ceux des autres nations^
ainsi quil est porté par les traités. Il ne sera accordé aucun pri'
vilège à d'autres natiotis qui ne soit dans le moment commun à la
française^ etc. » Le représentant de Sa Majesté doit prétendre,
écrit Laferronnays en 1828, au plus petit avantage concédé à ses
collègues, « aussi bien à titre gratuit qu'à charge de réciprocité ».
Or Dieu sait si les Anglais — pour ne citer que les plus iatrigants
— guettent, à ce point de vue, l'occasion de le mystifier!
Une préoccupation non moins constante, c'est la surveillance
attentive de la course et de l'esclavage. Le ton d'inflexibilité est de
rigueur, toutes les fois qu'un dommage est causé à des marins,
qu'une réparation peut être exigée, qu'un captif doit être affranchi
ou qu'un châtiment s'impose. Les dépêches consulaires nous disent,
jusqu'à la fin, combien il est difficile d'extirper ce fléau de la pira-
terie chez les Barbaresques. En 1798, alors que les Tunisiens pillent
les bagages de Joseph Bonaparte, ravagent l'île sarde de Saint-
Pierre, et font d'un seul coup près de mille esclaves, Devoize signale
les obstacles qui s'opposent à la découverte des malfaiteurs : « La
fuite des équipages ne laisse parfois aucun témoin de l'infraction
des corsaires; en outre les Régences, ayant eu le soin d'adopter un
pavillon uniforme, ont trouvé le secret de s'assurer le fruit des
INTRODUCTION LXV
prises illégitimes et de dérouter les Consuls dans leurs réclama-
lions ». N'oublions pas qu'à celte époque le Bey a soixante navires,
qu'il en compte deux cents en 1815, et qu'il perçoit toujours
10 0/0 sur les prises de chacun de ses sujels.
Rappelons-nous aussi quelles discussions engendre la question
des rançons d^esclaves, quelles répugnances il faut vaincre pour
obtenir des affranchissements gratuits ou à prix réduits! La basse
cupidité des magnifiques Seigneurs provoquera parfois d'intermi-
nables querelles. C'est que, loin de s'abaisser jusqu'à leur payer
tribut, comme tant d'autres nations chrétiennes, la France tendra
de plus en plus à s'affranchir vis-à-vis d'eux des présents d'usage.
Ses agents en offriront dans des circonstances solennelles, mais
le moins possible; encore auront-ils soin d'en exclure avec rigueur
les armes et munitions de guerre, constamment exigées des Puis-
sances étrangères. Ce seront invariablement des tabatières, des
montres à répétition, des horloges à carillon, des pistolets et fusils
de grand luxe, des étoffes, des porcelaines et des cristaux. Les
présents de Saizieu, en 1771, lors de son retour à Tunis, valent
environ 20,000 livres. Ceux de Devoize, en 1793, sont estimés
82,000 livres. Herculais se voit refuser ceux qu'il apporte en 1795;
Beaussier ne les fait agréer qu'en complétant l'assortiment, ce qui
représente une somme de 50,000 livres. Les cadeaux de Devoize
en 1800 valent 10,000 francs, ceux de Billon en 1810 48,000 francs;
Guys en donne pour 65,000 francs après son traité de 1824, mais
Lesseps a tellement honte de la médiocrité de ceux qu^on lui
envoie qu'il ose à peine les offrir en son nom, lors de son
arrivée en 1827.
Yeut-on savoir maintenant ce que coûte aux autres Puissances
la paix ou le neutralité des Princes tunisiens? Cette comparaison
parait nécessaire ; elle s'impose même, à notre avis, pour pouvoir
apprécier tout le prix du traité franco-tunisien de 1830. Huit États :
la Hollande, le Danemark, la Suède, la Norvège, l'Espagne, le
Portugal, les Etats-Unis et Naples sont tenus de donner des
cadeaux consulaires et un tribut triennal. Ce tribut, pour certains,
doit être d'une valeur de 75,000 à 100,000 piastres fortes; il con-
siste soit en argent, soit en munitions de guerre. L'Angleterre, le
Hanovre, la Sardaigne, la Toscane, Venise, Raguse et les Villes
hanséatiques ne payent pas de tribut, mais offrent des présents à
l'avènement des Princes, aux mutations de Consuls, à la signature
des traités de paix. Ce dernier cas nous explique comment les
LXVI INTRODUCTION
Barbaresques cntretienDent leur Trésor, en se bornant à changer
(l*ennemis. Telle est leur loi suprême : ou la guerre, ou Timpôt.
L'Autriche, la Prusse et la Hussie, profitant du voisinage de la
Turquie, ne donnent rien, mais le Gouvernement pontifical, accusé
de ne rien offrir, a constamment recours aux bons offices du
Chargé d'afTaires de France. En 1823, le Bey ose lui réclamer une
redevance annuelle de 5,000 francs. — La Hollande donne des
présents pour 10,000 piastres en 1783; elle paye en munitions de
guerre d*une valeur de 10,000 sequins le droit de pavillon, en
1786; son traité de paix de 1815 lui coûte 300,000 francs. Après
avoir déclaré, en 1819, ne plus vouloir payer de redevances, elle
est encore obligée d'acquitter des arrérages, soit une somme de
50,000 piastres. — Le Danemark paye 23,000 francs pour le droit
de pavillon en 1784; deux ans après, il apporte vingt-quatre
canons, cinq cents barils de poudre, quinze caisses de boulets,
deux cents planches, etc. Son tribut est évalué 100,000 piastres
en 1792, 60,000 piastres en 1802; il est encore apporté régulière-
ment en 1822. — La Suède fournit en 1784 quarante-quatre
canons, six mille boulets, cinquante barils de poudre, des mats,
vergues, planches et cordages, des étoffes et des bijoux estimés
75,000 piastres. En 1795 elle en apporte, affirme Herculais, pour
500,000 francs; en 1814 elle sollicite en vain la faculté de payer
ses redevances en argent, plutôt qu*en munitions de guerre. Ses
apports, en 1827, se composent encore de cent vingt-huit pièces
de canon et de bois de construction d*une valeur considérable.
— L'Espagne envoie des cadeaux pour 30,000 piastres en 1784 ;
le Bey les ayant refusés comme insuffisants, elle les complète en
1786. Son traité de 1791 lui coûte 250,000 piastres, sans compter
50,000 piastres de présents, dont deux bâtiments de guerre. Elle
paye encore 80,000 piastres en 1802. — Le Portugal n'a pas pour
moins de 4,000 piastres, en 1813, une simple trêve de trois ans;
son traité de 1816 lui est plus chèrement vendu. — Pour les États-
Unis, nous relevons qu'en 1799, date de fondation de leur Consulat
de Tunis, ils s'engagent à donner, en échange de la paix,
93,000 dollars, dont 25,000 en munitions de guerre. En 1802, ils
payent 60,000 piastres pour la reconnaissance du droit de pavillon;
la paix avec Alger, à la même époque, leur coûte la somme fan-
tastique de 897,000 piastres. — Naples offre au Bey 150,000 piastres
pour Tadmission de son Consul général en 1813; Tannée suivante,
une trêve d'un an lui revient à 50,000 piastres, et la paix n'est
INTRODUCTION LXVII
conclue qu'en 1816. Le tribut de 5,000 piastres est quelquefois
payé d'avance, comme en 1819, alors qu'on veut nous évincer
des Concessions de la pêche. — La Sardaigne et les Deux Siciles
échangent aussi leur traité avec des présents, surtout avec des
munitions, en 1816; — la Toscane n'obtient pas le sien, en 1822,
à moins de 25,000 piastres. — Venise donne des cadeaux montant
jusqu'à 40,000 sequins. Elle a beau bombarder Sousse, Sfax,
La Goulette et Bizerte, en 1784 et 1785, cette République ne se
soumet pas moins à payer son traité de 1792, et à verser au Bey
80,000 sequins, sans compter les présents d'usage pour l'admis-
sion de son Consul. — Quant à l'Angleterre, c'est probablement
la nation qui dépense le plus à Tunis, « non pas tant pour ses
intérêts, au dire de Devoize, que dans la vue de nuire aux nôtres ».
En disant ces mots, ce Consul les fait suivre de réflexions qui ne
sauraient surprendre, et, sans donner des chiGfres, il montre nos
ennemis « caressant les Barbaresques avec la plus lâche com-
plaisance » et f< versant l'or à pleines mains ». Saizieu affirme,
pendant sa gestion, que le présent consulaire est fixé, pour cette
Puissance, à. 500 livres sterling. Le même présent sera de 600 livres
sterling à Alger, même après les traités conclus par Lord Ëxmouth
en 1816. Les Anglais distribuent fort mystérieusement munitions
et bijoux de prix, en de nombreuses circonstances, notamment
en 1807, en 1809 et 1811 ils; font mille bassesses pour obtenir
Tabarque; par leurs soins se répand à Tunis, pendant tout l'Em-
pire, un journal imprimé à Londres, V Ambigu, et rempli de
fausses nouvelles de nature à donner le change sur la politique
française. Ils finiront par offrir à Hamouda-Bey leur protectorat,
en s'engageant à le mettre à l'abri de toute agression française. Ce
complaisant concours, pourtant, sera dédaigné.
Le Prince n'en a-t-il pas déjà fait l'expérience, c'est du côté
d'Alger, et non du nôtre, que le danger pourrait venir pour son
trône et pour son pays. Ici c'est lui qui paye tribut, c'est au puis-
sant despote du palais de la Jenina que le Bey doit adresser,
chaque année, deux chargements d'huile, redevance dont l'origine
remonte à l'invasion de 1756. Aussi le verra-t-on, comme ses pré-
décesseurs, s'efforcer de secouer le joug de son orgueilleux voisin
et de s'afiranchir d'une humiliante vassalité. Les Consuls parle-
ront souvent de cette lutte opiniâtre entre les deux Régences, des
vexations, des avanies de toute sorte des Algériens, et notamment
de cette guerre prolongée de 1806 à 1820 où réapparaîtront, à leur
LXVIII INTRODUCTION
date précise, les blocus de La Goulelte et de Sousse, les sièges
du Kef et de Constantine, les batailles sanglantes de la fron-
tière, les succès et les revers alternatifs des adversaires. Leurs
dépèches compléteront Tintéressant récit de ces campagnes, que
nous a laissé Rousseau dans ses Annales tunisiennes. Elles feront
ressortir aussi cette grande loi historique qu'a démontrée Gram-
mont dans son Histoire d'Alger : Jusqu^à Farrivée des Turcs, les
maîtres de Tunis ont pris FAlgérie pour objectif; quand les Turcs
sont venus s'installer à Alger, ils ont toujours considéré Tunis
comme une annexe obligée de leur pays.
Pour revenir aux Consuls et Chargés d^affaires de France, nous
avons énuméré les rares occasions dans lesquelles ils offrent des
présents au nom de la Cour de France, « comme un témoignage
cC amitié et non comme l'effet <fune obligation quelconque ». En
dehors de ces « donatives » toutes de convenance et toujours arbi-
traires, comme le dit Saizieu, adressées à Tunis par le Gourverne-
ment et à ses frais, il faut compter encore bien des débours, soit
à la charge de la colonie française, soit à celle du Consulat. Le
Tableau des dépenses de service de 1777 nous renseigne, à cet
égard, de la manière la plus précise. Ainsi voit-on figurer dans
l'état dont il s'agit des étrennes pour chacune des visites au Bardo,
des cadeaux aux officiers tunisiens « sur leur demande », la four-
niture de pains et de biscuits à la française, que le Bey et sa
famille n ont l'habitude de demander au boulanger du Consulat
tous les jours, pendant toute l'année ». Le compte s*élève & plus
de 6,500 piastres (9,750 livres). Les frais des deux Beïrams
s'élèvent ordinairement à 44 piastres. Au Ramadan qui précède
la première de ces fêtes, il faut, comme tous les Consuls étran-
gers, envoyer aux grands officiers des provisions de café, de
sucre et de confitures. C'est une simple politesse « de règle et
d'usage ». Dans l'état des dépenses extraordinaires de Chftteauneuf
pour fournitures de chasse, rafraîchissements, fruits, liqueurs,
pharmacie, etc., off'erts au Bey et au premier Ministre en 1787,
on relève un total de 1 ,680 livres.
Il y a bien d'autres chapitres imprévus dans les budgets des
agents de France : les relâches des bâtiments de l'Ëtat à La Gou-
lelte, l'hospitalité donnée aux officiers de marine, aux Envoyés
extraordinaires, les secours de six sols par jour aux esclaves français
indigents, etc. Aussi comment s'étonner de voir tous les Consuls
gémir les uns après les autres en présence du dilemme : ou se
INTRODUCTION LXIX
couvrir de dettes, ou déplaire au Potentat! Ils devront s'ingénier,
emprunter aux Juifs à 12 et 18 0/0 pour faire honneur à leurs
affaires. Depuis 1767, ils touchent 9,500 livres; ils ont droit à
11,000 livres en 1779, à 12,000 livres en 1786, à 18,000 livres
en 1815, à 20,000 en 182i, chiffre bien inférieur encore au traite-
nient de leurs collègues d'Angleterre et de Sardaigne. « Tandis que
les commerçants français s'enrichissent tous à Tunis, dit Saizieu
en 1773, lui seul emprunte chaque année, ses dépenses néces-
saires excédant ses appointements. » Celles-ci s'élèvent, en effet,
à 16,778 livres et le laissent, au bout de Tannée, en déficit de plus
de 7,000 livres. Rien d'étonnant à ce qu'il se dise « accablé de mala-
dies, de famille, de besoins, et dépouillé de tous ses revenus ». En
août 1793, Devoize se plaindra de voir, par la défaveur du change,
son traitement réduit de 40 0/0; à la fin de la même année, il tou-
chera 2,200 livres au lieu de 12,000. En Tan IV, c'est-à-dire au
moment de sa révocation, le Gouvernement lui devra plus de
50,000 livres tant en appointements qu'en avances. Enfin, réhabi-
lité, il écrira au citoyen Boulouvard, en nivôse an YI : « J'ai
trouvé la place encombrée d'affaires les plus désagréables; il me
sera impossible de jouir longtemps du triomphe que je tiens de la
justice du Directoire. La place n'est pas tenablc, vu la cherté exces-
sive de tout, et on l'a réduite à 10,000 livres. Je ne me flatterais
pas, avec l'économie la plus sévère, de joindre les deux bouts de
Tannée à moins de 15,000 livres, et des gratifications proportion-
nées aux dépenses occasionnées par les relâches des bâtiments de
guerre. Je suis dans l'obligation d'entretenir une voiture. On n'a
pas calculé avec justice la position des deux places en me réduisant,
pour faire à mon collègue de Tripoli un traitement égal au mien.
Il n'y a aucune représentation dans ce poste, aucune relâche de
bâtiments de guerre; les vivres y sont à grand marché; point de
Nation. Et par une fatalité qui semble me poursuivre, le citoyen
Beaussier attend ici sa commision, sans aucune dépense, se trou-
vant à Taise chez moi. » Cela n'empêchera pas Devoize de repré-
senter fort dignement son pays, et de donner des bals, des festins,
des feux d'artifice aux grands jours de fête. Le chancelier Âdanson,
au bout de quarante-trois ans de services, se verra privé de trai-
tement depuis plusieurs années, sans pouvoir compter sur une
pension de retraite. A son tour Beaussier se plaindra d'être aban-
donné sans moyens, d'être « nourri de privations, en proie aux
dégoûts » ; Guys n'obtiendra qu'à grand'peine 2,000 livres d'aug-
LXX INTRODUCTION
mentaiion; enfin Lesseps, après lui, réclamera vainement Tassi-
milation complète avec son collègue d'Alger (24,000 livres).
Parmi toutes les responsabilités qu'assument, à Tunis, les agents
de la Cour de France, il en est une, et non la moindre, dont il
importe de dire quelques mots. Il s'agit du commerce et de la
prospérité des négociants nationaux. Nous avons parlé plus haut
des intérêts de la Compagnie d'Afrique et de ces Concessions dont
Tancien régime voulait conserver l'héritage « à quelque prix que
ce fût ». L'Ëchelle, déjà très prospère au milieu du xviu* siècle,
comprend cinq établissements français et treize négociants, sans
compter leur famille, en 1760. Les importations s'élèvent alors à
400,000 francs, les exportations à 150,000. Plus de deux cents bâti-
ments de Provence la fréquentent en 1774. Deux ans après,
Saizieu signale trois nouveaux établissements, soit huit en tout.
Leurs importations atteignent alors 970,000 francs, leurs exporta-
tions 850,000. C'est Tépoque du passage à Tunis du baron de
Tott, inspecteur général du commerce français au Levant et en
Barbarie. A propos de la mission de ce réfugié hongrois, retenons
seulement ces deux traces de son passage : les règlements de
police et de comptabilité imposés à la colonie, et l'Ordonnance du
3 mars 1781 sur les Consulats, la résidence, le commerce et la
navigation des sujets de Sa Majesté. Plusieurs de ces règlements
seront bientôt reconnus peu prati(jues, en raison d'une fausse assi-
milation des postes africains aux Echelles levantines; quant à l'Or-
donnance de 1781, elle provoquera les plus vives réclamations
de la part des nationaux. Se référant à celle de 1685, elle exigera
des résidents, plus impérieusement que jamais, non seulement
une permission du Roi, mais un cautionnement par-devant notaire
de 60,000 livres pour Alger, Constanline, Smyrne, etc., et de
30,000 livres pour Tunis et moindres Echelles. En Tannée 178S,
« la Nation » se compose de quarante personnes; en 1787, il n'y
a plus que six établissements, mais leurs importations montent
à 5,200,000 livres et leurs exportations à 4,600,000; le trafic
étranger est de moitié moindre. A la veille de la Révolution,
en 1792, les importations conservent largement la même valeur,
5,800,000 livres; on est surpris de constater alors le chiffre de
7,700,000 pour l'exportation, qui prouve de quels secours étaient
les blés de la Régence, en ces temps de disette, pour les provinces
méridionales et pour les armées de la République. Le cabotage
emploie 79 navires, les frets montent à 185,000 livres, ce qui
INTRODUCTION LXXI
maintient une supériorité marquée sur tous nos rivaux. On
compte quatorze maisons françaises, dont la plupart non caution-
nées, contrairement aux Ordonnances, en 1795. Après la guerre
franco-tunisienne en 1802, il n'y a plus à Tunis que trente et un
Français, dix-neuf Françaises et quarante-cinq enfants, soit
quatre-vingt-quinze personnes; nous en avons donné la liste
nominative. Dix ans après, nous relevons encore sept établisse-
ments cautionnés, et nous connaissons même les noms des cent
quarante-trois Français, agents consulaires, négociants, facteurs,
artisans ou domestiques domiciliés à Tunis, qui composent la
Nation en 1814. Les états de commerce fixent les importations,
pour 1816, à 1,100,000 francs, les exportations à 800,000 francs;
il faut tripler ces deux chiffres en 1822. Nous sommes en baisse
assez notable en 1827, avec huit maisons cautionnées, mais,
en 1830, les importations sont encore de 3,000,000; la concur-
rence étrangère n'a d'influence fâcheuse que sur les exportations.
On remarquera, dans les documents qui vont suivre, les prix-cou-
rants des principaux articles d'entrée à Tunis. Dans cette Echelle
appelée par Devoize « le grenier des pays méridionaux », le plus
grand trafic sera toujours celui du blé, en dépit des accaparements
des officiers et du Bey lui-même. Les Français n'auront à payer
régulièrement que dix-sept piastres environ de droits d'ancrage,
et 3 0/0 de droits de douane. Mais combien de fois verrons-nous
les représentants de la France élever la voix pour obtenir des
permis d'extraction, et protester contre l'application arbitraire des
tarifs de douane stipulés dans les traités!
Protéger efficacement le commerce national, c'est un devoir
auquel aucun Consul, supposé qu'il soit tenté de s'y dérober
quelquefois, ne saurait faillir, sans s'exposer à des embarras quo-
tidiens. N'habite-t-il pas sous le même toit que les plus notables
négociants de la colonie? N'est-il pas sans cesse obligé de vivre
auprès d'eux, d'écouter leurs réclamations, de s'intéresser au
succès de leurs entreprises? Il faut autant d'autorité, d'ascendant,
de diplomatie pour avoir la paix au Fondouk que pour garder les
faveurs du Bardo, et l'on conçoit tous les tracas que peuvent
donner, dans cette vie commune, « une nation toujours tapageuse
et difficile à gouverner », des gens enfin dont il faut, au dire de
Lesseps, « défendre les droiis comme leur protecteur et réprimer
les excès comme leur magistrat avec une égale fermeté ». Nous
entendrons souvent parler de ce Fondouk, des mesquines rivalités
LXXII INTRODUCTION
d'inlérèt qui s'y donnent carrière, des dépenses d'entretien mises
à la charge de ses habitants, sans compter le loyer annuel de
6,000 piastres réparti suivant Timportance des locaux occupés par
eux. En 1784 et 1818, au moment où la peste fera de si cruels
ravages dans la capitale tunisienne, ou pendant les hostilités de
1801, alors que le Bey condamnera pendant vingt mois les Fran-
çais à la réclusion, on verra tant de monde entassé dans cette
résidence qu'elle aura tout l'aspect de quelque phalanstère ou de
quelque ancien comptoir de la Ligue hanséatique.
Il reste à parler enfin d'un établissement situé à quelques pas
du Fondouk, et placé comme lui, de par les traités, sous la dépen-
dance immédiate des Consuls de France. Dans Tin Iroduc tien du
tome II, nous avons dit les origines, le but et les tendances de la
Mission des religieux italiens; nous avons même été amené à
blâmer la conduite de ses Préfets, dans plusieurs circonstances où
leurs services étaient rien moins que charitables, ^impartialité,
cependant, nous fait un devoir de le reconnaître, pendant la période
comprise entre 1770 et 1830, les documents officiels ne décèle-
ront presque plus ces sentiments hostiles à la nation française,
ces agissements dangereux pour tous les chrétiens de Tunis, qu'il
a fallu reprocher si longtemps aux missionnaires Capucins. Que le
choix de leurs Préfets laisse encore à désirer, depuis les dernières
années du xvm^ siècle, cela ne fait aucun doute; mais du moins
les verrons-nous dorénavant fidèles à leurs devoirs, aussi bien que
soumis à l'autorité de qui les protège. Ils seront de toutes les
fêtes, de toules les réunions du Consulat général de France; leurs
noms figureront sur toules les listes de nos nationaux. Voici ce
qu'en dira Saizieu en 1775 : « Le Consul leur accorde ses bons
offices auprès du Bey, les contient, les protège dans leur rési-
dence, et les fait jouir des droits, privilèges et franchises qui leur
sont communs avec sa nation... Ces exemptions, cette protection
constante que Sa Majesté leur accorde sont plus ou moins méri-
tées par ces religieux, dans le zèle et rattachement qu'ils doivent
à la nation française. Leur Préfet dessert la chapelle paroissiale
du Consulat, y récite des prières pour le Gouvernement... Il reçoit
six cents francs pour un pareil service, et dîne souvent chez le
Consul, qu'il est forcé d'accompagner dans les visites du Beyrani.
Leur liaison dépend ensuite de la confiance plus ou moins grande
que ces religieux peuvent inspirer, et communément relâchés ou
trop zélés dans leur ministère, ils ajoutent beaucoup aux peines
INTRODUCTION LXXIIl
du Consul, et n'ont d'autre utilité pour lui que celle qu'il retire-
rait d'un chapelain permanent, choisi dans sa nation, et dont la
langue et les mœurs l'attacheraient plus étroitement à elle, comme
à sa place et à ses devoirs. »
En 1777, un conflit assez grave s'élève entre les missionnaires
et les esclaves. Saizieu Tapaise, et demande à Sartine de faire
adresser par la Propagande quelques représentations à ces reli-
gieux. « La Mission, dit Devoize en 1808, a de grands besoins.
Elle ne subsiste que par la charité des chrétiens. Le Préfet
m'entretient souvent de l'impossibilité où il est de se maintenir,
faute de ressources suffisantes, et je suis obligé de venir souvent
à son aide. » C'est grâce au dévouement de ce Chargé d'affaires
qu'un jour les Capucins éviteront d*ètre expulsés, faute de paye-
ment de leur loyer. C'est encore à lui qu'ils devront, en 1804, la
réouverture de la chapelle paroissiale, fermée au temps du sectaire
Herculais. Plus tard le Consul g'énéral Deval obtiendra pour eux
la jouissance de l'ancien hôpital des Trinitaires (1833); l'un de ses
successeurs, Lagau, fera élever leur Préfecture au rang do Vica-
riat apostolique (1843), puis, Tannée suivante, le titulaire du Vica-
riat à la dignité épiscopale.
Malgré tant de témoignages d'intérêt des agents de France, la
Mission italienne, constamment endettée, ne pouvait pas assuré-
ment faire face à toutes les nécessités du culte catholique en
Tunisie. Dès 1839, un prêtre français, envoyé d'Alger, venait
desservir la paroisse Saint-Louis de Carlhage, avec une subven-
tion de 6,000 francs du Gouvernement. Dépouillé par la Révolu-
tion de 1848 de son traitement de chapelain, il avait dû aban-
donner ses fondations charitables pour aller mourir de misère
dans un hôpital de Paris. Mais, en 1875, l'Archevêque d'Alger,
comprenant la haute portée de cette œuvre éminemment religieuse
et bienfaisante, la reprenait pour son compte et pour son pays.
Instauranda Carthago, disait-il à ses confidents; et il installait à
Saint-Louis, cette année-là, deux de ses missionnaires d'Afrique.
Lorsque, par la fatalité d'événements prévus par lui, la Régence
tunisienne fut placée définitivement sous le Protectorat de France,
au mois de mai 1881, il ne manquait plus à M^' Lavigerie qu'un
bref du Pape, conféré un mois après (28 juin), pour remplacer
comme administrateur du Vicariat apostolique l'Évêque italien
démissionnaire et pensionné par lui jusqu'à sa mort. Bientôt,
sous l'impulsion féconde du Prélat français, surgissaient avec une
LXXIV INTRODUCTION
rapidité prodigieuse des fondations scolaires, paroissiales, hospi-
talières, dans les localités importantes de la Tunisie. En 4884,
cette province africaine était érigée en diocèse, sous le titre
d'Archevêché de Carthage momentanément réuni à celui d'Alger,
et « sur ces ruines puniques », en terre française^ gr&ce à Tarlicle
additionnel du traité de 1830, Téminent Cardinal venait recevoir
son investiture, avant qu'il y dormit son dernier sommeil. C'était
la restauration de l'antique Église métropolitaine de Carthage, la
sanction tardive du vœu de Saint Louis.
Comme il était arrivé à son heure, ce Primat d'Afrique, pro-
moteur sans égal du rayonnement de l'influence française, incom-
parable pionnier de la civilisation chrétienne en Barbarie! Quelle
main providentielle avait alors conduit ses pas en Tunisie? Quel
souffle ardent de patriotisme avait passé sur cet apôtre infatigable,
pour en faire, suivant l'expression d'un Consul général accrédité
près du Bardo, c le plus actif et le plus puissant auxiliaire du Gou-
vernement »? On ne louera jamais assez celui qui, sur ce terrain
si péniblement défriché, consacrait nos succès en devenant, en
quelques mois, c la première puissance morale du pays ». Quant
aux patients ouvriers qui avaient préparé les voies, et souCTert l'un
après l'autre, pendant trois cents ans, pour afl'ranchir ce petit
peuple de la barbarie musulmane, leurs noms doivent être éga-
lement gravés au livre d'or des annales de la patrie. Des souvenirs
de leur passé que de leçons ne peut-on pas tirer! Dans ces vail-
lantes existences, que d'exemples à suivre ! Ah ! les faciles conquêtes
ne suffisent pas pour bien mériter de l'humanité. Nous avons
assisté, de nos jours, au partage de ces immenses régions, barbares
encore, du sol africain. Les grandes Puissances de TEurope sont
venues planter là leur pavillon national, tracer des sphères
d'influence, délimiter des royaumes, et n'ont eu, pour la plupart,
ni longues luttes à soutenir ni durs sacrifices à faire. Il faut
pourtant qu'elles s'y attendent, les combats de la chrétienté contre
l'islamisme et la barbarie, commencés aux Croisades, continués
jusqu'à nos jours, dureront peut-être des siècles. Y mettre un
terme sera la difficulté suprême; on en jugera par l'évolution
lente des deux Régences de Tunis et d'Alger. L'histoire a gardé la
trace des infructueux essais de Protectorat tunisien tentés par
Charles-Quint en 1535, et par don Juan d'Autriche en 1573; elle
a prouvé combien les résultats des armadas d'Espagne, des
démonstrations navales et des bombardements des autres nations
INTRODUCTION LXXV
chrétiennes, étaient éphémères. Sans doute la France a dû, parfois,
venger par les armes son pavillon outragé, son commerce ruiné,
ses fils captifs, ses nationaux exploités sans merci. Mais c'est
grâce aux labeurs pacifiques et quotidiens, à Tinfluence morale des
Saizieu, des Devoize, des Lesseps, que pas à pas les Tunisiens
ont fini par reconnaître les vrais chemins du Progrès. A l'école de
la patience, ces hommes ont supporté les avanies, subi les insultes,
ruiné leur fortune, soufiert mille déboires et mille injustices; ils
n^espérèrent même pas voir triompher leur cause. La probité de
leur conscience et la loyauté de leur caractère, leur esprit d'équité,
leur désintéressement et leur amour du bien n'en ont pas moins
fait aimer le nom de la France, comme celui de « la protectrice
des peuples opprimés ». Certes il importe de s'en souvenir, la
politique avisée de la métropole inspirait leur zèle; il dépendait,
toutefois, de leur action sage et prudente de transformer complè-
tement un pays non civilisé, d'y substituer la prospérité à la
tyrannie, et de donner à l'Europe le spectacle envié d'une telle
métamorphose. N'hésitons donc pas à conclure que si les souhaits
du magnifique Seigneur Hossein-Bey sont accomplis, si les liens
des Français et des Tunisiens aujourd'hui sont tels qu' « ils ne
font plus des deux peuples quun seul », c'est moins l'heureux effet
de quarante-sept traités que le prix des travaux de soixante-dix
Consuls de France oubliés, disparus sans récompense et sans lau-
riers, mais au champ d'honneur.
LISTE DES BEYS DE TUNIS
(1771 à 1830)
Ali 12 février 1759—26 mai 1782.
Hamouda 26 mai 1782— 15 septembre 1814.
Othman 15 septembre 1814 — 21 novembre 1814.
Mahmoud 21 novembre 1814—28 mars 1824.
Hossein 28 mars 1824—20 mai 1835.
LISTE COMPLÉMENTAIRE
(1830 à 1882)
Mustapha 20 mai 1835—10 octobre 1837.
Ahmed 10 octobre 1837—30 mai 1855.
Mahmed 30 mai 1855—21 septembre 1859.
Mohammed-es-Sadok. . . 21 septembre 1859 — 29 octobre 1882.
Ali 29 octobre 1882.
LISTE DES CONSULS DE FRANCE A TUNIS
(1771 II 1830)
Élienne-Lazare-Barthélemy de Saizieu, Consul,
29 novembre 1762-9 décembre 1776.
— Consul général,
9 décembre 1776-28 janvier 1779.
Jacques Devoize, Vice-Consul gérant,
30juin 1778-8 juillet 1779.
Jean-Baptiste du Rocher, Consul général,
28 janvier 1779-3 septembre 1786.
Antoine d'Esparron, Vice-Consul gérant,
28 décembre 1782-4 février 1787.
Pierre-Basile-François de TEspine de Ch&teauneuf, Consul général,
3 septembre 1786-24 juin 1792.
Guy de Villeneuve, Vice-Consul gérant,
lOjuin 1791-4 avril 1792.
Jacques Devoize, Commissaire du Roi et Chargé d'affaires,
24 octobre 1791-24 juin 1792.
— Consul général et Chargé d'affaires,
24 juinl792-(23 nivôse an IV) 11 janvier 1796.
Bonaventure Beaussier, Consul général et Chargé d'affaires,
(7 pluviôse an IV) 28 janvier 1796-(22 thermidor an V) 9 août 1797.
Louis Guiraud, Député gérant,
(23 germinal an IV) 12 avril 1796-(9 thermidor an IV) 27 juillet 1796.
Jacques Devoize, Consul général et Chargé d'affaires,
(22 thermidor an V) 9 août 1797.
Provisions renouvelées. (15 floréal an VIII) 5 mai 1800.
— — 20 mai 1814.
— — 20 décembre 1814.
— — 30 mai 1815.
François-Joseph Billon, Vice-Consul gérant,
15 septembre 1809-12 septembre 1814.
Joseph-Charles Astoin-Sielve, Vice-Consul gérant,
12 septembre 1814-17 août 1815.
LXXVIII LISTE DES CONSULS DE FRANGE A TUNIS
Charles-Étienne Malivoire, Vice-Consul gérant^
4 novembre 1819-16 janvier 1824.
Hyacinthe-Constantin Guys, Consul général et Chargé d'affaires,
5 décembre 1821-8 août 1827.
Mathieu de Lesseps» Consul général et Chargé d'affaires^
8 août 1827-28 décembre 1832.
LISTE COMPLËMENTAIRE
(1830 à 1882)
Alexandre Deval, Consul gérant^
28 décembre 1832-29 mai 1836.
Louis-Frédéric Schwebel, Consul général et Chargé d'affaires,
15 mai 1836-8 juillet 1839.
Charles de Lagau, Consul général gérant^
20 octobre 1838-8 juillet 1839.
— Consul général et Chargé d'affaires,
8 juillet 1839-14 avril 1848.
Pacifique-Henri Delaporte, Vice-Consul gérant,
19 novembre 1844-17 juin 1845.
20 décembre 1845-6 juillet 1846.
5 novembre 1846-21 août 1847.
Alphonse Rousseau, Drogman gérant,
19 mai 1848-26 juin 1848.
Armand-Jean-Baptiste-Louis Marcescheau, Consul général et Chargé
d'affaires,
14 avril 1848-22 mars 1849.
Charles-Constant, baron de Théis, Consul général et Chargé
d'affaires,
22 mars 1849-7 avril 1852.
Ferdinand Laplace, Élève-Consul gérant, 1" avril-25 octobre 1852.
Léon Béclard, Consul général et Chargé d'affaires,
3 juillet 1852-29 novembre 1854.
Pierre-Eugène Poujade, Consul général et Chargé d'affaires^
29 novembre 1854-13 juin 1855.
LISTE DBS CONSULS DR FRANGE Â TUNIS LXXIX
Alphonse Rousseau, Drogman gérant ^
28 décembre 1834-30 juin 1855.
Léon Roches, Consul général et Chargé d'affaires^
13 juin 1855-7 octobre 1863.
Alphonse Rousseau, Consul gérant^
14 mars 1858-4 novembre 1858.
14 mai 1861-7 novenjbre 1861.
Gustave du Chesne de Bellecourt, Consul général et Chargé
(Taffaires,
7 octobre 1863-9 mars 1867.
Pierre -Jules Moulin, Élève-Consul gérant,
30 juillet 1863-16 novembre 1863.
Charles de Beau val, Consul général gérant y
16 novembre 1863-5 janvier 1865.
Pierre-Jules Moulin, Èlève-Consul gérant,
30 juin 1865-30 novembre 1865.
Adolphe-François, vicomte de Botmiliau, Consul général et Chargé
dCaffaireSj
9 mars 1867-14 juin 1873.
Bernard des Essards, Gérant ,
4 juin 1870-9 février 1871.
Charles- Antoine-Marie , vicomte de Vallat , Consul général et
Chargé (V affaires ,
14 juin 1873-17 décembre 1874.
Sigismond-Antoine-Édouard-Robert , baron de Billing , Consul
général gérant,
26 mai 1874-26 décembre 1875.
Théodore-Justin-Dominique Roustan, Consul général et Chargé
d'affaires,
17 décembre 1874-18 février 1882.
Eugène-Auguste Cassas, Élève-Consul gérant,
1" octobre 1877-18 novembre 1877.
André Lequeux, Elève-Consul gérant,
25 septembre 1879-18 novembre 1879.
— Consul gérant,
30 août 1881-30 septembre 1881.
Pierre-Paul Cambon, Ministre Résident,
18 février 1882.
LISTE DES ENVOYÉS DE FRANCE A TUNIS
(4771 à 1830)
D'Apchon mi
De la Croix de Mayrargues 1771
De Coriolis d'Espinouse 1772
De Lyle-Callian 1772
De Blotefier 1773
De Suffren 1773
De Martelly-Chautard 1773
De Peynier 1774
De Bompar . 1775
De Faucher 1775
De Narbonne-Pellet 1775
De Chaumartin 1775
De Forbin 1776
De Coriolis d'Espinouse 1776
De Boaneval 1777
De Tott 1777
De Fabry 1778
De Bompar 1778
De Bompar 1779
De BargctoD 1779
Dethy 1779
Do Vialis de Fontbelle 1780
De la Porte d'Yssertieux 1780
D'Arnaud 1783
De Montgrand 1783
De Raousset-Seillons 1786
DeNieuil 1788
De Brueys 1790
Gavoly 1792
Rondeau 1793
LISTE DES ENVOYÉS DE FRANCE A TUNIS LXXXI
Maistral 1793
Gay 1793
Charbonnier 1793
Vence 1793
Pléville-le-Pelley 1793
Herculais i794
Cassai 1797
Martin 1797
De Villeneuve 1797
Regnault 1798
De Leissègues 1802
Boulin 1808
Pinel 1814
De Garat 1814
Dubois-Thainville 1815
De Kerveguen 1815
De Reverseaux 1818
Pevron 1818
Jurien de la Gravière 1819
Denis 1821
Drouault 1824
Fouque 1825
Maillard de Liscourt 1825
Arnous de Saulsayes 1826
Fouque 1827
Fauré 1827
D Oysonville 1827
Hamelin 1827
Ducrest de Villeneuve 1827
Deloffre 1828
Fouque 1828
De Potigny 1828
Du Petit-Thouars 1829
De la Rouvraye 1829
Gérardin 1830
D'Aubignosc 1830
De la Rochefoucauld 1830
LXXXIÏ LISTE DES ENVOYÉS DE TUNIS EN FRANCE
LISTE COMPLÉMENTAIRE
(1830 à 1882)
Gallois 1837
Lalande »
Dubreuil 1838
Lalande »
Ducampe de Rosamcl 18i0
Delcomlc i841
Chevalier 1843
Duc de Monlpensicr 1845
Medillac »
Prince de Joinvillc 1846
Baudin 1848
Reynaud 1850
Larocque de Chanfray »
B*^" de la Susse 1832
Vallot 1853
Guillois 1857
Dubreuil »
Thibaut 1859
De Saillard 1861
Lebasteur 18C3
Conrad 1882
LISTE DES ENVOYÉS DE TUNIS EN FRANCE
(1771 à 1830)
Ibrahim-ElTendi ". 1771
Ali-Chaouch 1772
Suleyman-Agha 1777
Mohammed-Khodja 1796
LISTE DES ENVOYÉS DE TUNIS EN FRANCE LXXXIII
Mustapha-Âgha 1797
Mustapha Arnaout 1802
Mahmoud-Kiaya 1825
LISTE COMPLÉMENTAIRE
(1831 à 1881)
Mohamed ben Ayed 1831
Taïeb-Bey 1836
Mustapha-Kaznadar 1839
Raffo (Giuseppe) »
_ 1840
_ 1841
_ 1842
_ 1845
Mohamed ben Ayed 1846
Ahmed-Bey »
Raffo (Giuseppe) 1847
Salah-Chiboub (en Algérie) »
Réchid (en Algérie) »
Raffo (Giuseppe) 1850
Hassuna Natali 1851
Réchid 1853
Khereddin 1854
Mahmoud Azeiz 1855
Lamin-Bey 1855
Mamoun-Bey v »
Raffo (Giuseppe) »
Hassen Elmagroun 1856
Ismaïl Essouni 1858
Mohammed-es-Sadok-Bey (en Algérie) 1861
Taïeb-Bey (en Algérie) 1865
Raffo (Félix) 1872
Hussein (en Algérie) 1873
Mustapha ben Ismaïl 1878
_ 1881
I
LISTE DES TRAITÉS ENTRE LA FRANCE ET TUNIS
(1771 à 1830)
Renouvellement des anciens traités 3 juin 1774.
Affranchissement des esclaves corses 15 mars 1778.
Compagnie d'Afrique et pèche du corail 24 juin 1781.
— — 8 octobre 1782.
— — juin 1790.
Supplément aux anciens traités. (6 prairial an III) 25 mai 179S.
Ratification du précédent. . (28 thermidor an III) 15 août 1795.
Convention d'armistice ... (9 fruclidor an VIII) 27 août 1800.
Paix, commerce et renouvellement des traités. 23 février 1802.
Ratification du précédent 7 mai 1802.
Traité préliminaire de paix et commerce. . . . 30 janvier 1824.
Paix, commerce et renouvellement des traités. 15 novembre 1824.
Ratification du précédent 31 juillet 182S.
Déclaration relative aux Ëtats romains 14 mars 1826.
Abolition de la course, de Tcsclavage et des
tributs, commerce, navigation, renouvellement
des anciens traités 8 août 1830.
Concession de Carthage 8 août 1830.
LISTE COMPLÉMENTAIRE
(1830 à 1883)
Pêche du corail 24 octobre 1832.
Convention télégraphique 24 octobre 1859.
— pour la construction de Tbôtel consulaire. 30 déc. 1859.
Règlement de créances françaises 5 février 1861.
Convention télégraphique 19 avril 1861.
Traité dit du Bardo (Protectorat) 12 mai 1881.
Convention de Kasr-Saïd (Protectorat) 30 octobre 1882.
Convention de La Marsa, réglant les rapports
respectifs des deux pays 8 juin 1883.
CORRESPONDANCE
DES BEYS ET DES CONSULS
DE TUNfS
AVEC LA COUR DE FRANGE
l'abbé terra y > a ALI, BEY DE TUNIS *.
1. — Versailles^ i 4 janvier 177 i, — « Très illi^stre et magnifique
Seigneur,
L'Empereur, mon maître, ayant jugé à propos de recevoir la démis-
sion du duc de PrasLin, a bien voulu me choisir en même temps dans
le nombre des Ministres qui composent son Cpnseil suprême pour
me confier le département de la Marine. Sa Majesté Impériale m'a
ordonné de vous en faire part, en vous renouvelant en cette occasion
les assurances de son amitié et de sa haute bienveillance. Les inten-
tions de Sa Majesté Impériale ne pouvaient être plus favorables pour
conserver la paix et la meilleure intelligence avec vous; je m'empres-
serai toujours d'en resserrer les liens, bien persuadé que j'y trouverai
toujours de votre part les mêmes dispositions et le même intérêt. Rien
ne me sera plus agréable, dans le cours de mon ministère, que d'avoir
à vous donner de fréquents témoignages de mon inclination à vous
servir auprès de Sa Majesté Impériale, ainsi que de l'attachement sin-
cère avec lequel je suis plus que personne, très illustre et magnifique
Seigneur, votre très sincère et parfait ami. »
(Sceau) (Affaires étrangères, C" de Tunis.)
\. Secrétaire d'État de la Marine. Voy. tome II, p. 733.
2. Ali était monté sur le trône le 12 février 1159, succédant à son frère Mohammed,
mort subitement et dont les deux (Us, IsmaXl et Mahmoud, n'étaient pas encore en
âge de régner. On a vu précédemment que les premières années du règne d'Ali-Bey
avaient été prospères et paciflques, puis que ses bonnes dispositions & l'égard de la
France s'étaient modi liées en 1169 au point de nécessiter une expédition contre
Tunis. Un traité solennel venait d'être signé le 13 septembre 1110, pleine satisfac-
tion ayant été donnée au c*** de Broves, Knvoyé du Roi de France.
1
2 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [17Td]
l'abbé TBRRAY a de SAIZIEU ^
2. — Versailles^ i i mars / 7 7 / . — En récompense de ses services, le
Roi a accordé au Consul de France à Tunis une pension annuelle de
3,000 livres, payable par les Trésoriers généraux de la Marine, et le
brevet de Chevalier de Tordre de Saint-Michel *.
[Affaires étrangères. Levant et Barbarie, 177i, f. i$4.)
LOUIS XV A ALI, BEY DE TUNIS.
3. — Versailles, /" avril 1771. — « Illustre et magnifique Sei-
gneur,
Ibrahim Effendi ^, que vous avez envoyé par devers nous, a été
admis en notre auguste présence, où il a été accueilli de notre part
avec bonté et faveur.
Il nous a remis les lettres dont vous Taviez chargé et nous a expli-
qué vos sentiments. Ils nous ont été aussi agréables que les assurances
empressées que vous nous donnez de votre affection à notre service, el
de la résolution efficace où vous êtes d'observer fidèlement nos der-
niers traités et conventions.
Ils vous ont rendu notre ancienne amitié sans aucun retour sur le
passé. C'est en Tentière confiance que nous avons prise dans les dis-
positions où vous êtes d*entretenir les liens et la meilleure intelligence
entre la couronne de France et le royaume de Tunis, que nous n'avons
voulu laisser aucun doute sur la bienveillance particulière dont nous
espérons avec l'aide de Dieu d'avoir toujours à vous donner des mar-
ques. Votre envoyé a reçu par nos ordres un traitement distingué par
considération pour vous, et s'est conduit à notre satisfaction. Nous
nous intéresserons avec plaisir à la prospérité de votre gouvernement,
tant que vous chercherez vous-même à favoriser les Français de pré-
férence. Et la présente n'étant à autre fin, nous prions Dieu qu'il vous
ait, illustre et magnifique Seigneur, en sa sainte et digne garde. »
(Affaires étrangères, Levant et Barbarie, 4771 y f, 170,)
i. Étienne-Lazare-Barthélemy de Saizieu» ancien secrétaire du duc de Praslin,
avait été nommé le 29 novembre 1762 Consul à Tunis, en remplacement de
M. de Salauze, admis à la retraite. Voy. tome II, p. 588 et suiv.
2. Versailles, 6 avril ^77^. — Lettres de noblesse accordées au sieur de Saizieu,
en récompense de ses services à Tunis. (Affaires étrangères. Levant et Barbarie,
4771, f, M36.)
3. Ibrahim Eiïendi était secrétaire du Divan; Ali-Bey Tavait envoyé en France
avec plusieurs officiers pour traiter des préliminaires de paix. Un historien tuni-
sien, Hadji Hamouda ben Abd-el-Aziz, dit que « le Roi de France les accueillit
avec bienveillance et distinction, et qu'après avoir rempli le but de sa mission,
Tambassade retourna à Tunis, comblée des marques de la muniflcence du monarque
chrétien ». Voy.. tome II, p. 731, n. 1.
[1771] AVEC LA COUR DE FRANCE 3
l'abbé TERRâY a ALI, BEY DE TUNIS.
4. — Versailles^ i^^ avril 1771 . — « Très illustre et très magnifique
Seigneur,
J'ai attendu qu'Ibrahim Effendi, votre Envoyé, eût terminé sa com-
mission auprès de l'Empereur mon maître pour mon prédécesseur.
Mon premier soin a été de faciliter à cet envoyé tout ce que vous pou-
viez désirer de plus favorable, et de lui ménager un accès gracieux
auprès du trône. Ses propres relations vous auront fait connaître
qu'il n'a reçu en France que des marques d'amitié et d'honneur, et
qu'aussitôt que vous avez porté à Sa Majesté Impériale des satisfactions
telles qu'elle a pu prendre une entière confiance en vos sentiments,
elle n'a plus senti pour vous que les mouvements dé son ancienne
bienveillance. Sa Majesté Impériale a daigné vous en assurer elle-même
par une lettre qu'elle m'a commandé de vous envoyer ci-joint et qui
est pour vous un sûr garant de ses dispositions et de celles de ses
Ministres. J'ai eu avec Ibrahim Effendi une explication sur quelques
affaires dont il vous a rendu compte; et c'est pour ne plus laisser de
traces des griefs précédents que Sa Majesté Impériale a bien voulu ne
plus insister sur les dédommagements qu'elle avait prétendus. Sa
Majesté Impériale ne s'est déterminée à aplanir toutes les difficultés
qui pouvaient encore subsister, que sur ce que je me suis rendu res-
ponsable de votre attachement et de la ferme résolution où vous êtes
d'exécuter fidèlement tout ce qui était porté dans les traités précé-
dents et dans les dernières conventions. Vous y êtes engagé par l'in-
térêt qui doit vous tenir constamment attaché à la couronne de France
et que Sa Majesté Impériale a toujours voulu vous rappeler. Ses liai-
sons intimes avec la Porte Ottomane lui ont toujours fait désirer que les
autres Puissances mahométanes adoptassent les mêmes principes, et
vous l'avez éprouvé dans le temps même où Sa Majesté Impériale a
été forcée d'en user autrement avec vous. Enfin tout est réparé et
oublié, et je ne pouvais avoir une plus grande joie que d'en être l'heu-
reux instrument. Il ne doit plus être question que d'amitié et de ser-
vices réciproques. J'ai fait prendre les plus grands soins de votre Envoyé
pendant son voyage et son séjour, après qu'il a eu son audience de
Sa Majesté Impériale. J'ai été bien aise de le retenir pour lui faire voir
tout ce qui est digne de la curiosité des étrangers dans la capitale et
les maisons royales *. J'ai demandé à Sa Majesté Impériale qu'il fût
1. État des présents achetés et remis d'ordre du Ministre de la Manne aux
Envoyés de Tunis et leur suite : une chaîne d'or et la médaille d'usage, 2,381 liv. ;
4 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1771]
ramené à Tunis sur Tun de ses vaisseaux, et elle Ta accordé avec bonté
pour vous donner encore ce témoignage de considération personnelle *.
Je n ai rien négligé pour que tout pût se ressentir de Tépoque où la
bonne intelligence a été rétablie sur les fondements les plus solides.
J'espère que, de votre part, vous y reconnaîtrez tout ce que vous devez
en retour pour distinguer la France de toute autre Puissance, et que
je n aurai qu*à m'applaudir de vous en avoir ouvert tous les moyens
pour que nous en retirions tous les avantages qui en doivent résulter.
Llntention de Sa Majesté Impériale a toujours été de renvoyer le
sieur de Saizieu auprès de vous, et il suivra de près votre envoyé.
Il n'a pu partir en môme temps parce que ce Consul est incommodé et
que je lai chargé de veiller à quelques commissions qui vous regar-
dent. Je suis bien aise qu'il vous porte à son retour de nouveaux
témoignages de bonté de Sa Majesté Impériale, et son départ sera pro-
chain. Je lui remettrai des instructions plus détaillées, qui ne pour-
raient entrer dans cette dépêche. Je vous prie de les attendre et d\
prendre une entière créance; c'est par lui que tout sera terminé, de
manière & augmenter, s'il est possible, les liens qui doivent nous unir
désormais. Sa Majesté Impériale a récompensé et décoré le sieur de
Saizieu d'un ordre de chevalerie.
Je regarde comme l'époque la plus agréable pour moi au commen-
cement de mon ministère de vous avoir donné des preuves si peu équi-
voques des maximes que j'ai adoptées, et de la haute considération el
de l'attachement véritable avec lesquels je suis, très illustre et magni-
fique Seigneur, votre très parfait et sincère ami. »
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, 1774, f, iS7.)
ALI, BET DE TUNIS, A L*ABBÉ TRRRAY.
5. — Tunis^ iO avnl 1771, — « Au plus élevé entre les Seigneurs
qui professent la religion du Messie, l'arbitre des affaires qui arrivent
entre les nations chrétiennes, qui se fait suivre par le cortège de la
deux montres d*or h répétition, 960 liv.; quatre montres d*or simples, 61â liv.
trois chaînes d'or, 498 liv.; deux boites d'or, 819 liv.; un collier de perles fines:
396 liv.; un écrin garni de 42 bagues, 276 liv.; épingles de télé, 30 liv.; deux pen,
dules sur or moulu, 432 liv.; trois paires de flambeaux argentés, 93 liv.; un por-
tefeuiUe garni en argent, 42 liv.: 39 aunes de divers draps, 107 liv.; 10 aunes de-
velours, 26i liv.; six pièces de toile de Hollande, 303 liv.; deux fusils et une paire
de pistolets, 318 liv.; une malle et un nécessaire, 64 liv.; longues vues et lunettes,
39 liv.; trois porte-montre, 15 liv.; trois chaînes et deux clefs en or, 63 liv.:
étrennes aux domestiques des Envoyés, 720 liv. Total : 9,033 liv., 12 sous, 6 deniers.
1. Dépenses relatives à l'Envoyé de Tunis faites par le sieur de Saizieu, Consul
de France audit lieu, du 31 janvier au 31 mai 1771 : 90,701 livres. (Affaires étran-
gères, C'** de Tunis»)
.•"•W!..W'
[1771] AVEC LA COUR DE FRANCE S
grandeur et de la considération, Tillustre Vizir actuel de l'Empereur de
France, notre illustre ami — dont la fin soit heureuse I — salut.
Après vous avoir fait parvenir les témoignages les plus sincères de la
constante amitié qui nous unit et nous être informé de Tétat de votre
santé, le devoir de notre cordialité envers vous nous impose de vous
accuser la réception de la lettre que vous nous avez écrite *, par laquelle
vous nous faites part du choix qu'a fait de votre personne le puissant
Empereur de France, notre ami, pour son Ministre, en vous confiant en
même temps le département des affaires de sa Marine. Cette nouvelle
nous a fait le plus grand plaisir; nous vous en faisons notre sincère
compliment et nous vous souhaitons dans ce poste éminent la réussite
la plus entière dans toutes vos entreprises. Cet événement ne peut que
contribuer k rendre plus durables la paix et la concorde qui régnent
entre nous; nous pouvons assurer de notre part que tant que nous
vivrons nous ne cesserons de travailler au maintien des maximes qui
pourront consolider la bonne intelligence et la plus constante union,
espérant que dorénavant, bien loin de vous laisser entraîner à aucun
rapport équivoque et peu réfléchi de gens mal intentionnés, vous rem-
plirez k notre égard les devoirs qu'exigent la concorde et l'équité la
plus invariable.
Nous vous prions de nous donner de temps en temps de vos nou-
velles en signe d'amitié; au surplus quelques affaires pour lesquelles
vous ayez à vous adresser k nous, grandes ou petites, soyez persuadé
que nous nous ferons un plaisir de les faciliter et de les terminer,
notre objet étant de vous donner des preuves de notre attachement en
tout ce qui peut concourir k votre satisfaction, surtout en ce qui peut
tendre à faire oublier notre ancienne mésintelligence et k resserrer de
plus en plus les liens de la paix et k la perpétuer invariablement. Nous
avons été instruit en son temps des honneurs et des distinctions mar-
qués prodigués à nos Envoyés, nous en avons été pénétré de recon-
naissance, recevez-en ici nos remerciements. Puisse votre prospérité
Hre aussi constante que la durée de vos jours! »
{Sceau) (Affaires étrangères, C" de Tunis.)
DE BOYNES ' A ALI, BEY DE TUNIS.
6. — Versailles, 14 avril illi , — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
\. Pierre«ÉlienneFrançois Bourgeois de Boynes, ancien Maître des requêtes, Pro-
cureur général près la Chambre royale. Intendant & Besançon, Président du Par-
lement de Franche-Comté, fut Secrétaire d'État de Ja marine du 8 avril 1771 au
10 juillet 1774.
6 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1771
L*Empereur, mon maître, ayant jugé à propos de décharger le
Ministre de ses finances du soin des affaires maritimes, que sa Majesté
Impériale avait remis par intérim entre ses mains, à la retraite du duc
de Praslin, j*ai reçu ordre de Sa Majesté Impériale de vous informer
amiablement de sa part qu'elle a daigné me choisir parmi les membres
de son conseil pour me nommer Secrétaire d*£tat au département de
la marine. Ce changement ne devant servir qu*à resserrer de plus en
plus les liens bien établis, lamitié et la bonne intelligence, je vous rap-
prends avec d'autant plus de plaisir qu'en exécutant les commande-
ments suprêmes de Sa Ms^esté Impériale, je n'ai à vous annoncer que
les dispositions les plus favorables aux avantages d'une paix aussi
sincère qu'inaltérable.
Je désire personnellement de pouvoir vous convaincre par mes ser-
vices du prix que je mets à votre bienveillance et de mon attention à
vous donner en tout temps des marques de l'attachement avec lequel
je suis plus parfaitement que personne, très illustre et magnifique
Seigneur, votre très sincère et parfait ami. »
[Affaires étrangères, C* de Tunis.)
LE Ca**^ DE BOMPAR * A DB BOYNES.
7. — Toulofiy 16 avril 177 i. — « Ce n'est pas sans peine que nous
sommes parvenus hier matin à faire embarquer sur la frégate ISAia-
lante les Envoyés de la Régence de Tunis; ces gens-là se trouvaient
fort bien ici et je crois qu'ils n'auraient pas été fâchés d'y rester encore
quelque temps. Enfin VAialante a mis sous voile aujourd'hui, et tout
me fait espérer que dans deux fois vingt-quatre heures M. d'Apchon *
pourra être débarrassé de tous ces Barbaresques. »
{Affaires étrangères, C*'' de Tunis.)
LE CH^'' D'APCBON A DE BOYNES.
8. — En rade de 7 unis, 18 avril 1771, — Compte rendu de sa
visite à la rade de Tunis et des deux audiences qu'il a eues du Bey. Il
se loue infiniment de M. Lions, Yice-Consul.
{Marine, B* 116, f. 1%%,)
1. Voy. p. 36, et la lettre du Ministre à M. de Bompar, choisi pour reconduire à
Tunis l'Envoyé du Bey, 13 mars 1171 {Marine, B* SU, f. 58).
2. Le ch*' d'Apchon, enseigne de vaisseau en 1750, attaché au port de Rocheforl
en 1759, lieutenant de vaisseau en 1760, capitaine en 1767, en mission à Alger en
1776. — Voy. l'instruction eu Ministre à M. le cb*' d'Apchon, commandant VAlalanle,
25 mars 1771, — le Mémoire du Roi pour iui servir d'instruction, 21 mars 1771,— la
ettre du Ministre au même, 25 mars 1771 {Marine^ B* S96, f. 6S, 6S et iS7).
[1771] AVEC LA COUR DE FRANCE 7
LIONS * A DE BOYNES.
9. — Tunis, 2 mai 177 i . — Il a reçu des mains de M. le chevalier
d'ApchoD, commandant LAtalante, qui a mouillé à La Goulette le
19 avril et qui a ramené les Envoyés de Tunis, les dépêches et les ins-
tructions de M. de Saizieu. Le Bey, très satisfait des lettres de la Cour,
a fait saluer la frégate de 21 coups de canon et son commandant de 9.
M. le chevalier d'Apchon a été fort bien accueilli dans ses deux
audiences et a reçu à son départ le même salut qu'à Tarrivéc.
[Marine, B*^ lie, /". ^îi.)
ALI, BEY DE TUNIS, A DE BOYNES.
10. — Tunis, 5 juin 1771 . — « A notre cher et illustre ami de
Boynes, Vizir du plus glorieux des Princes qui professent la religion du
Messie, l'arbitre des affaires de la république chrétienne, le centre de
Thonneur et de la majesté, notre sincère allié l'Empereur de France,
— dont la fin soit heureuse! — salut.
Après vous avoir offert des vœux dont la source est dans mon amitié
la plus sincère et la haute considération que j'ai pour vous, et après
m'étre informé comme il convient de l'état de votre santé, je m'em-
presse de vous informer que j'ai reçu la lettre que votre amitié vous a
porté à m'écrire pour me faire part du choix qu'a fait de vous l'Empe-
reur de France pour être son Vizir et vous confier en même temps
l'administration de sa marine avec toutes les affaires qui y sont rela-
tives *.
Cette nouvelle m'a fait d'autant plus de plaisir que, comptant sur
votre amitié et sur votre équité, je me persuade que les traités de paix
et d'alliance qui unissent nos deux nations acquerront plus de solidité
par les attentions réciproques à en maintenir les conditions. Le but de
ma lettre étant de vous renouveler les témoignages de mon amitié et
vous demander la continuation de la vôtre, j'espère que, quand vous
en aurez pris lecture, vous serez persuadé de la sincérité de mes sen-
timents pour vous, et que cela vous engagera, lorsque l'occasion s'en
présentera, de me donner des nouvelles de votre santé; puisse-t-elle
être toijy ours parfaite et puisse votre prospérité croître de jour en jour!
[Sceau) Votre sincère ami. »
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
1. Joseph Lions, ancien chancelier à fiizerte, Vice-Consul à Tunis depuis le
28 mai 4170.
2. Voy. p. 6.
8 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i77i;
DE BOYNeS A DE SAiZIEU.
11. — Versailles^ i 6 septembre 1771 . — 11 retournera à Tunis avec
son nouveau Chancelier, le sieur de Calabre *, sur la frégate commandée
par M. de La Croix de Mayrargues '. L^Échelle de Tunis supportera les
frais des présents que remettra cet officier au Bey et à ses Ministres ^
[Affaires étrangères^ Levant et Barlntrie^ 117 l^f. 488.)
DE BOYNES A ALI, BET DE TUNIS.
12. — Versailles, 23 septembre 1771 , — « Très illustre et magni-
fique Seigneur,
Le sieur de Saizieu, que l'Empereur mon maître a bien voulu ren-
voyer de préférence auprès de vous, parce qu'il vous est agréable par
son ancien attachement et qu'il a mérité en tout temps la confiance
des ministères de Sa Majesté Impériale,-^ ayant été obligé de prolonger
son séjour en France pour rétablir sa santé qui était entièrenoent
dérangée, va être chargé de nouveau des fonctions qu'il n'avait quittées
qu'à regret.
Je viens d'expédier les derniers ordres de Sa Majesté In^périale pour
faire repasser ce Consul à Tunis sur les frégates qui doivent continuer
à veiller à la sûreté de la navigation en Levant, et je n'ai pas voulu ie
laisser partir sans vous le recommander encore plus expressément,
ainsi que les affaires qui vont reprendre leur cours entre ses mains. Le
sieur de Saizieu doit vous présenter, conformément aux gracieuses
intentions de Sa Majesté Impériale, plusieurs objets assortis de curiosité
et d'agrément en signe d'amitié et d'attention. Je me flatte que vous
4. Son brevet est du T' juillet 1171; il succédait à Vallièrc, admis & la retraite.
2. Voy. la lettre du Ministre à M. de La Croix de Mayrargues, capitaine de
Im Chimère, sur laquelle doivent s'embarquer M. de Saizieu et sa femme.
23 septembre mi {Marine, B' S9e,f. i77).
3. Etat des présents du Roi pour le Bey de Tunis et sa famille, présentés d'ordre
du Ministre par le sieur de Saizieu, 18 et 21 octobre 1771 :
Pour le Bey : un grand vase et son aiguière d'argent, deux paires de flambeaux
et girandoles de même, quatre pendules, une montre enrichie de diamants, une
montre en or, quatre boites en or de diverses formes et grandeurs, deux étuis,
deux flacons, deux paires de ciseaux, rasoirs, portefeuilles et tablettes, le loui
garni d'or; un fusil et une paire de pistolets damasquinés, deux fusils en argent,
trois paires de pistolets et un poignard garnis en pierres de couleurs, six cafetans
complets en élofTe d'or, deux pièces de drap des Gobelins, une pièce à fleurs de
Louviers, douze pièces de toile de Hollande, deux globes, deux atlas, cent livre.'i
de confitures sèches et sucreries.
Pour les deux gendres du Dey : une paire de lampes économiques d'argent, une
cafetière et sa boite de même, deux boites d'or grandes et deux petites, deux
montres d'or, deux pendules, un étui d'or, un flacon, un portefeuille, tablettes et
rasoirs, six pièces de toile, un atlas, cinquante livres de confitures sèches. {Affaires
ctrangèreSy Mém. el Doc. Afrique, t, IX, /*. tiS.)
[1771J AVEC LA COUR DE FRANCE 9
les recevrez avec plaisir. Je compte qu'à cette époque où la paix a été
si bien cimentée, il ne sera plus question entre nous que des procédés
et des liaisons réciproques de la meilleure intelligence, et que les rela-
tions du sieur de Saizieu justifieront en tous points ce que nous avons
lieu d'en attendre. Sa Majesté Impériale m'a permis de vous renouveler
les témoignages de son auguste bienveillance. Je me repose pour les
intérêts de la nation française sur les sentiments qui doivent vous
porter à la protéger et favoriser, et je commence bien volontiers une
carrière où j'espère n'avoir jamais à vous donner que des preuves de
mes dispositions sincères pour votre service et de rattachement réel
avec lequel je suis, plus que personne au monde, très illustre et
magnifique Seigneur,
Votre très parfait et sincère ami. »
(Affaires étrangères^ Levant et Barbarie^ f. Si 8,) .
LA CROIX DR MAYRARGUES A DE BOYNES.
13. — A bord de « La Chimère » en radn de Tunis^ i S octobre i 77i ,
— Il rend compte de sa navigation et de Taudieuce qu'il a eue du Bey.
Il a été très satisfait de sa réception. Le 14 courant il a fait mettre à
terre M. de Saizieu, sa famille et toute sa suite, et les a fait saluer de
trois cris de vive le Roi! et de onze coups de canon. M, de Saizieu fut
aussi salué par le fort de La Goulette de six coups de canon, contre
l'usage, le Bey ayant bien voulu y déroger en sa faveur.
{Alariney B* ii6, f, i8!.)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
14. — lunis, i 9 octobre / 77/ . — Il est arrivé à Tunis le 13 courant
à bord d'une des frégates commandées par M. de Mayrargues. A son
débarquement, il a été reçu avec les honneurs réservés aux Princes du
pays. Le Bey a témoigné sa joie et sa reconnaissance pour les présents
que le Roi lui a envoyés. Le Consul n'a pu voir le Bey en particulier
ni se rendre compte de la sincérité de ses démonstrations, mais il
l'observera d'assez près pour qu'il ne puisse nous surprendre; il croit
qu'il serait bon que les armements du Roi à destination du Levant
mouillassent à leur retour dans la rade de La Goulette, pour montrer
sans affectation au chef de la Régence qu'on ne le perd pas de vue.
(Affaires étrangères, Levant et Barbarie^ i770^ f. 459.)
15. — Paris, 2i octobre 177 1 , — Circulaire aux Consuls d'Alger, de
Tunis et de Tripoli sur le commerce que les Barbaresques viennent
faire à Marseille.
(Marine, Bf 1i6, f. .57.)
10 COURESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1T7:i]
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
16. — l'unis, 28 octobre 177 L — M. de Mayrargues est parti le
20 courant. De Saizieu a installé le sieur de Calabre ' dans son poste de
Chancelier, et a autorisé le sieur Laudon * à le mettre au courant de ses
fonctions. Le Bey s'étant rendu dans une de ses maisons de campagne
après le départ des frégates, le Consul n'a pu reprendre les affaires qui
lui restent à terminer avec ce Prince. La nation française à Tunis, pour
lui donner un témoignage de son attachement et de sa gratitude, a
délibéré de lui servir une pension de 3,000 livres jusqu'au jour où il
cessera de remplir les fonctions de Consul de France.
{Affaires étrangères ^ Levant et Barbarie ^ Y 77/, /*. 465.)
LE DUC d'aiguillon ' A DB SAIZIEU.
17. — Fontainebleau^ iO novembre i771. — Le Roi a annexé la
rédaction de la Gazette de France au département des Affaires étran-
gères, et a chargé M. d'Aiguillon de s'occuper des moyens de la rendre
plus intéressante. Pour cela on a décidé d'y employer le secours des
lumières des Consuls dans les Échelles du Levant et de Barbarie.
Ceux-ci devront entretenir une correspondance directe à cet effet avec
le Département et lui adresser des bulletins périodiques relatant tous
les faits intéressants, de quelque ordre qu*ils soient, dont ils auront
connaissance.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie^ 1771 , f. 575.)
DE BOYNES A DE SAIZIEU.
18. — Versailles, 9 décembre i77i. — Approbation de l'arrange-
ment fait par la nation française à Tunis, pour le payement des
6,000 livres que lui a avancées la Chambre de Marseille, afin de lui
permettre d'offrir des présents aux Puissances de la Régence.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, 177 i, f, $47.)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
19. — Tunis, 9 janvier i 77^. — La frégate La Flèche, commandée
par le ch«' de la Grange *, a relâché le 2 courant au cap Carthage et
1. Voy. p. 8.
2. Jean Tropez Laudon, appelé par erreur Landon au tome II du présent ouvrage,
Chancelier du Consulat et agent de la C" d'Afrique à Tunis, obtint une retraite de
1,200 liv. en 1*380. — Voy. sa correspondance a vecla Chambre de commerce de Mar-
seille (S. A A, 538 de V Inventaire).
3. Emmanuel-Armand de Vignerod du Plessis-Richelieu, duc d'Aiguillon, gou-
verneur de Bretagne, Secrétaire d'Étal des AfTaires étrangères du 6 juin 1771 au
21 juillet 1774.
4. Prosper-Amau ri-Louis de la Grange, cb''' de Malle, u homme du plus grand
mérite » au témoignage de M. de Faucher. Nous n'avons pu trouver ses états de
[1772] AVEC LA COUR DE FRANCE 11
vient de repartir. D'après les ordres de la Cour et par raison d'éco-
nomie, cette frégate n'a pas exigé de cérémonial; il n'y a eu par suite
aucun salut échangé.
{Affaires étrangères, C"» de Tunis.)
DE SAIZIBU A DE BOYNES.
20. — luniSy i 6 janvier i 77.?. — Il ne tardera pas k terminer, grâce
aux bonnes dispositions du Bey, les affaires contentieuses restées en
litige, car il obtient chaque jour, de ce Prince, les égards les plus mar-
qués pour sa personne et les décisions les plus favorables & la nation ^
La Compagnie d'Afrique est autorisée à exporter des grains malgré
la prohibition de la sortie des denrées pour tous les marchands et
pays chrétiens sans exception. Les Anglais ont demandé la même
faveur, mais le Bey Ta refusée '.
(Affaires étrangères, C'** de Tunis,)
service. Il faisait alors partie comme capitaine de vaisseau de la croisière du ch*^
d'Âpchon, pour la protection du commerce dans la Méditerranée. On y comptait en
outre le ch"^ de Tressemanes, commandant V Engageante, MM. de Chabert, com-
mandant La Mignonne, et de Vertrieux, commandant la Pléyade.
i. Voy. la lettre des Cheiks de la ville de Sousse à de Saizieu, 23 janvier 1172
{Affaires étrangères, C*"' de Tunis).
2. Il convient de rappeler que la Compagnie d'Afrique, fondée en 1741, avait fait
connrmer ses privilèges d'exploitation par le traité du 14 mars 1768. En consé-
quence, elle avait installé un comptoir & Bizerte et y avait envoyé, en 1769, un
directeur, Joseph-Victor Garcin, à 800 1., un chancelier, Joseph Lions, & 500 1., un
garde-magasin à 40U I., un chirurgien à 250 1., trois boulangers, un barillat, un
cuisinier et un domestique. Deux conventions avaient été passées entre la Compagnie
et les pécheurs de corail de IMle Ste-Marguerite et d*Ajaccio. Mais le Bey de Tunis
s'était opposé, peu après, à toute exploitation des agents français à Bizerte, et
ceux-ci s'étaient vus contraints d'évacuer leur nouveau comptoir (11 juin). La
guerre franco-tunisienne était survenue, puis le traité du 13 septembre 1770 avait
prorogé tous les droits de la Compagnie d'Afrique, l'avait dispensée de payer ses
redevances pendant six ans, et l'avait autorisée à s'établir & Portefarine ou dans
tout autre poste convenant à son commerce. L'agent Garcin avait été envoyé à La
Galite; mais le Dey d'Alger l'avait expulsé à son tour, en revendiquant des droits
sur cette petite lie. Dès lors, la Compagnie avait pris le parti de se borner à res-
taurer les places de Bizerte et du Cap-Nègre, et d'exploiter plutôt ses privilèges
d'exportation de blés que l'ancienne pèche du corail. Ses actionnaires avaient
perdu plus de moitié du capital social quand, en 1766, Barthélémy Martin avait été
nommé directeur principal, et ce dernier avait en quatre ans réparé ses pertes, en
laissant en outre un bénéflce de près de 140,000 1. (Le capital s'élevait en 1770
à 1,339,698 1.) Les dividendes étaient rétablis de 40 à 60 1., soit à 6 p. 100 des
actions, et des jetons de présence étaient créés (Délib. des 3 nov. et 7 déc. 1773).
Enfin des lettres de noblesse étaient conférées par le Roi k Barthélémy Martin,
pour services rendus au commerce, en janvier 1774. — Voy. Conventions entre la
Compagnie royale d'Afrique et les pécheurs de corail margaritains et corses {Affaires
étrangères. Compagnies d'Afrique); — Journal des opérations du comptoir de Bizerte,
par Garcin {Affaires étrangères, C'** de Tunis); — Inventaire général des effets, usten-
siles, denrées et marchandises existant au comptoir de la C à Bizerte, 31 déc. 1768
{Chambre du commerce de Marseille) ; — Lettres de noblesse de Barthélémy Martin
[Archives départementales des Bouches-du-Rhône, B, 133, f. 210).
12 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1772]
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
21. — Tunis, 28 janvier 1772. — Le chef des armements de Tunis',
que la défection et la révolte de ses équipages retiennent à la Ganée, a
eu recours au Consul de Saizieu, qui a obtenu du Bey des ordres aussi
favorables qu'il les demandait. Ce service nous acquitte des obligations
que nous avons envers ce rets, à raison des bons procédés quHl a eus
envers nos bâtiments, et nous attache encore davantage un homme dont
le crédit et Tinfluence sont d'un grand poids dans les décisions du Divan.
{Affaires étrangères, C" de Tunis.)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
22. — Tunhy 29 janvier i 772. — Le Bey voudrait affaiblir chez ses
sujets le goût de la course sur mer, diminuer le nombre des soldats
qu'elle emploie et enrichir son pays en fertilisant les terres sans cul-
ture qui bordent la mer.
Dans ce but, il a imaginé de faire avec le grand Maître de Malte une
trêve secrète de quelques années et, s'il est possible, une paix réelle.
Pour ne pas encourir de blâme il désire non seulement la devoir à la
médiation du Roi, mais paraître ne s'y résigner qu avec répugnance
lorsque nous l'exigerons de lui. Tel est le service que le Bey nous
demande et que nous ne pouvons lui refuser sans lui déplaire et le
réduire à s'adresser à l'Empereur ou aux Anglais pour l'obtenir. Une
telle paix serait avantageuse pour Malte, qui pourrait se procurer
abondamment et à bas prix à Tunis les secours que la Sicile lui refuse
quelquefois et lui vend toujours fort cher. C'est là un avantage décisif
pour elle, qui ne peut jamais diminuer les nôtres en Barbarie, car
l'ordre aura toujours pour ennemis les Algériens.
La proposition du Bey ne présente donc que des avantages pour
Malte et pour nous ; de Saizieu l'a pourtant reçue avec indifférence et
n'a pas dissimulé à ce Prince les obstacles qu'elle devait rencontrer à
Malte. Il lui a promis néanmoins l'appui et les bons offices du Ministre,
qui voudra bien la proposer de telle façon que le Bey ne puisse nous en
attribuer l'insuccès.
{Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
23. — 7'unw, 12 mars 1772. — La frégate du Roi La Pléyade, sous
le commandement de M. de Yertrieux *, a relâché le il à la rade de La
1. Ali-rels.
2. Louis-Armand de la Poype de Vertrieux, fils d^un Président & mortier au
[1772] AVEC LA COUR DE FRANCE 13
Goule tte. Elle va partir pour Toulon après s'être pourvue des vivres
dont elle a besoin.
(Affaires étrangères, C** de Tunis.)
DE BOYNISS A DE SAIZIEU.
24. — Versailles, 23 mars 1772. — On approuve qu'il ait offert son
entremise pour assurer Texpédition que le Bey de Tunis veut faire h la
Cour de Toscane. Le Ministre a appris avec un vif plaisir qu'il n'y avait
plus aucune inimitié entre les Français dans les différents ports de
Tunisie.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, 1772, f, 403.)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
25. — Tunis, 15 mai 1 772. — Le Bey étant revenu au Bardo le 13 de
ce mois, le Consul est allé le voir le môme jour et lui a exposé les diffi-
cultés qui s'opposent à son projet de paix avec Malte. Il lui a fait com-
prendre que le Roi ne pouvait abuser de son ascendant sur l'Ordre pour
la contraindre à la paix avec Tunis, et qu'il ne devait attendre de Sa
Majesté que sa médiation et ses bons offices, ce dont le Consul de
Saizieu lui a donné l'assurance.
{Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
26. — Tunis, 30 mai 1772. — Deux chebeks du Bey et une tartane
au service du Roi sous les ordres de M. le marquis de Coriolis * ont
relâché hier à La Goulette. Le mauvais temps n'a pas encore permis à
de Saizieu de communiquer avec cet officier.
{Affaires étrangères, C*" de Tunis.)
hE BOYNES A DE SAIZIEU.
27. — Versailles, 1""^ juin 1772. — Le Bey ayant demandé l'assis-
tance du Consul de France pour mener à bonne fin ses négociations de
traité avec l'Ordre de Malte, le Ministre l'autorise à continuer ses bons
offices auprès du Chef de la Régence.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, 477S, f. !i25.)
Parlement de Grenoble, garde de la marine en 1738, sous-lieutenant d'artillerie de
marine sur le chebek Le Rusé en 1755, lieutenant en 1757, capitaine en 1767, chef
d'escadre honoraire et retraité en 1781 (7 années d'embarquement en temps de
paix et 12 campagnes).
1. Charles Régis, marquis de Coriolis d'Espinouse, chevalier de Malte, garde de
la marine en 1741, enseigne de vaisseau en 1746, lieutenant en 1756, capitaine de
frégate en 1764, capitaine de vaisseau en 1771, en mission à Tunis en 1776, briga-
dier des armées du Roi en 1778, chef d'escadre en 1782. — Ne pas le confondre
avec le marquis de Coriotis-Puymichel, enseigne de vaisseau en 1757, capitaine en
1178, brigadier des armées navales en 1781.
U CORRESPONDANCE DES BETS ET DES CONSULS [i'ni]
DB SAIZIEU A DE BOYNES.
28. — Tunis j 5 juin i 77^. — L'escadre danoise sous les ordres de
M. de Hoogland a mouillé hier dans la baie, venant dWiger. Le Chan-
celier du Consulat de Danemark, resté à Tunis malgré la rupture, ayant
pris viS'à-vis du Bey rengagement formel que M. de Hoogland appor-
terait un présent de la même valeur que celui qu*a reçu le Dey d'Alger,
ce Prince a permis d'arborer la flamme danoise sur la maison consu-
laire et a fait dire à M. de Hoogland qu'il pouvait y venir loger en
toute sécurité. Ce contre-amiral a débarqué aujourd'hui, suivi de
M. Sevenson, ancien Consul de sa nation, et d'un cortège brillant et
nombreux. Son pavillon d'amiral a été salué de 25 coups de canon et
sa personne de 17. De Saizieu est allé le voir, mais M. de Hoogland ne
pourra rendre sa visite qu'après son audience au Bardo, que le Bey
affecte de vouloir lui faire attendre.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
DE SAIZIEU A DE B0T19ES.
29. — lunisy i 8 juin i 772, — Le Bey, s'étant absenté du Bardo à
l'arrivée de M. Hoogland à Tunis, n'a pu lui donner audience que le
9 de ce mois, après en avoir réglé les conditions et le cérémonial avec
le Consul, qui a vainement demandé les honneurs rendus à M. de Liste-
nois^ M. de Hoogland s'est rendu au Bardo sans officier ni escorte du
Bey, qui n'a mis d'autre différence au traitement entre lui et les officiers
qui l'accompagnaient que de l'exempter du baisement de mains. Le
Bey a exigé que le Consulat de Tunis fût donné au sieur Hameken ', et
M. Hoogland a dû y consentir. Ce Prince n'a reçu des Danois qu un
diamant en bague de la valeur de 2,000 sequins vénitiens que le Consul
Sevenson lui a remis en secret, mais sans préjudice des présents publics
qui seront fournis en munitions de guerre. Le Danemark n'a obtenu
à ces conditions onéreuses qu'une paix fragile et précaire.
{Affaires étrangères^ C*** de Tunis,)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
30. — Tunw, 30 juin i772, — Il annonce l'envoi du présent des-
tiné par le Bey au Roi. On n'a pu réunir que huit chevaux dont six
sont destinés aux écuries de Sa Majesté et deux au Ministre. Ce pré-
sent, tel qu'il est, est fait au-dessus de ceux que le Bey a faits au Sultan
1. Voy. le Journal du séjour du Prince de Listenois dans la rade de Tunis, lome U,
p. 634.
2. Voy. tome II, p. 431 et suiv.
^772] AVEC LA COUR DE FRANCE 18
et le seul qu'il ait jamais voulu envoyer à un Prince chrétien. Il a payé
lui-même le fret du bâtiment qui le porte, et Tofficier qui accompagne
ce présent a ordre de se charger des frais du transport jusqu'à
Paris.
Cet officier est en outre chargé de conduire à Paris un neuvième
cheval et plusieurs effets que le gendre du Bey envoie à M. Leguay *.
Ce Prince demande que le Ministre veuille bien lui envoyer un bon
médecin français; il offre de dédommager ce médecin des sacrifices
qu'il fera en quittant Paris. Il peut devenir avantageux pour nous que
le médecin de ce Prince soit français et qu'il prenne sur lui l'ascendant
et le crédit que d'autres médecins étrangers ont souvent obtenus. Ce
motif seul fait désirer au Consul le succès de cette démarche.
{Affaires étrangères, C" de Tunis.)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
31. — Tunis, 9 juillet 1772, — Le Bey vient de faire embarquer
deux lions qu'il envoie au Roi sur la tartane La Triomphante^ chargée de
marchandises pour le compte d'un marchand de ce pays. Il a ordonné
à ce dernier de les recevoir à bord et de les consigner à Marseille.
[Affaires étrangères, C*'* de Tunis,)
DE BOYNES A DE SAIZIEU.
32. — Versailles, iO août i772, — Le Ministre l'engage à protéger
toutes les opérations de la Compagnie d'Afrique, et en particulier celles
qui concernent la pêche du corail dans les eaux tunisiennes.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, 4772, f. 316.)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
33. — Tunis, i 2 août i 772, — Le gendre et Ministre du Bey vou-
lant visiter Portefarine a invité le Consul k l'y accompagner. De Saizieu
n'a pas osé s'y refuser, d'autant plus que cette tournée, qui durera à
peu près quinze jours, le mettra h portée de connaître les forces et
Tarsenalde Portefarine et de traiter à loisir avec le gendre du Bey les
affaires qu'il terminera à son retour. De ce nombre sont celles de la
Compagnie d'Afrique qu'il réduira pour le moment à la sortie des
1. Attaché au Secrétariat d*Ëtat de la marine, puis au bureau des Consulats, qu'il
dirigea longtemps avec le titre de Premier commis de la marine. 11 eut pour suc-
cesseur son neveu, M. de Saint- Didier, en 1782. La Chambre de commerce de
Marseille lui allouait chaque année une gratifîcation de 12,000 liv. pour le récom-
penser de ses soins comme Inspecteur du commerce maritime. — Voy. sur l'orga-
nisation des bureaux de la marine V Administration centrale de la marine et des
colonies, par H. de Fontaine de Resbecq (Paris, 1886).
16 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [1772]
grains, réservant les questions de la pèche et du comptoir de Cap-
Nègre jusqu'à ce qu'il connaisse les intentions du Ministre à cet égard'.
{Affaires itrangèrts^ C'** de Tunis.)
DE BOYNES A DE SAiZIEU.
34. — Versailles, 24 août i 772. — Le Bey a fait demander à la Cour
renvoi d'un médecin pour résider à Tunis, mais il est difficile de
trouver un candidat pour cet emploi. On fera tout ce qu'il est possible
pour en avoir.
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, i772f f. i9S.)
DE SAIZIEU A DE BOYMES.
35. — Tunis, 28 août i 772. — La fête du Roi, exigeant le retour
du Consul k Tunis, lui a servi de prétexte pour quitter Portefarine où
il a laissé le gendre du Bey occupé des fortifications de cette ville.
D'après le plan qu'il en a vu, cette ville, où sont concentrés les arse-
naux et les armements du Bey, sera imprenable par mer, parce que la
nature plus que l'art encore a fourni les moyens de la fortifier. Il sera
attentif à surveiller les progrès des travaux et à en rendre compte au
Ministre.
{Affaires étrangêi*es, C*** de Tunis,)
ALI, BEY DE TUNIS, A LOUIS XV.
36. — Tunis, ... octobre i 772. — «A notre haut et sincère ami, le plus
grand et le plus puissant des Princes chrétiens, l'Empereur de France
— dont la fin soit glorieuse! —
Après nous être informé de l'état de votre santé et vous avoir pré-
senté les vœux que notre attachement sincère nous fait offrir tous les
jours au ciel pour votre prospérité, nous vous écrivons cette lettre
d'amitié dans le but de resserrer de plus en plus les nœuds de la
bonne intelligence qui règne entre nous, et de donner plus de force et
de solidité aux traités de paix qui nous unissent déjà depuis si long-
temps. Pour vous témoigner notre bonne volonté à cet égard nous
expédions vers vous Ali-Chaouch, un de nos officiers, lequel avec notre
lettre d'amitié vous présentera de notre part quelques chevaux pro-
pres à être montés avec quelques autres objets écrits dans une liste à
part ci-jointe ". Nous espérons que vous voudrez bien recevoir avec
1. Voy. la note 2, p. 4i.
2. Liste des présents envoyés au puissant Empereur de France : six chevaux, une
selle brodée, six ceinturons en or, six bonnets brodés en or, dix couveKures
pluchées, deux gaines de poignard, deux cimeterres, six paires de mules brodées,
six paires de brodequins brodés, six portefeuilles brodés, trois peaux de tigre,
deux peaux de lion, un tigre, un lion.
[1772] AVEC LA COUR DE FRANCE .17
bonté ces présents en signe d'amitié et comme une preuve de Tenvie
que nous avons que rien ne soit plus capable à l'avenir de rompre la
bonne union qui subsiste entre nous. Dieu vous conserve de longues
années! »
(Sceau) (Affaires étrangères^ C"* de Tunis,)
ALI, BEY DE TUNIS, A DE BOYNES.
37. — l'unis, ... octobre f77J2, — « Au plus éclairé des Ministres des
Princes qui professent la religion du Messie, notre sincère ami de
Boynes, Vizir de l'Empereur de France.
Après vous avoir ofiFertles saints les plus sincères, et demandé des nou-
velles de votre santé que nous désirons être conforme aux vœux que
nous formons pour votre conservation, nous vous exposerons le sujet
de cette lettre, qui est pour vous prier premièrement de nous conser-
ver votre amitié et de nous donner de temps en temps des nou-
velles agréables de votre part. Nous espérons en second lieu que vous
vous prêterez autant que nous à entretenir l'harmonie et la bonne
intelligence cimentées par les traités de paix qui subsistent entre nos
deux nations, et que vous voudrez bien rendre compte à l'Empereur
votre maître et notre ami des favorables dispositions où nous sommes
à cet égard. Nous avons conféré ici avec le Consul de France sur
l'affaire de Malte. Il doit vous en rendre un compte détaillé et vous
pouvez ajouter pleine et entière foi aux réponses que nous lui avons
faites sur cet objet et dont il vous fera part. Nous espérons que vous
voudrez bien donner à cette affaire la tournure la plus favorable en la
terminant ; nous vous prions aussi d'accéder à la demande que vous
fait le dit Consul d'un médecin habile et instruit dont nous avons
besoin pour notre service; nous désirons qu'il soit tel que nous puis-
sions lui remettre avec confiance le soin de notre santé, et nous vous
prions de nous l'envoyer le plus tôt qu'il sera possible. Nous avons cru
devoir vous donner des témoignages réels de notre amitié par l'envoi
de quelques présents détaillés dans une liste particulière que vous
trouverez ci-jointe *; ils vous seront remis par Ali-Chaouch, un de nos
officiers, pour lequel nous avons de la considération. Vous voudrez
bien agréer ces présents pour l'amour de nous et des sentiments que
nous vous avons avoués. »
(Sceau) (Affaires étrangères, C'*' de Tunis.)
i. Liste des présents envoyés à notre sincère ami de Boynes, Vizir de l'Empereur
de France : deux chevaux, deux ceinturons en or, deux bonnets en or, deux
gaines en argent, pour poignards, un cimeterre, cinq couvertures pluchées, deux
paires de mules brodées, deux paires de brodequins brodés, deux portefeuilles
brodés.
18 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [1772]
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
38. — Tunis, 14 octobre 1772, — M. de Coriolis a relâché avant-
hier à La Goulette avec les deux chebeks du Roi qu'il a sous ses ordres ^
De Saizieu Ta entretenu des affaires de TËchelle. Ce commandant a
jugé qu'il n'était pas nécessaire de voir le Bey et s'est borné à lui
faire connaître, par un de ses officiers, quelques nouvelles du Levant.
{Affaires étrangères, C'* de Tunis.)
DE LYLE-CALLIAN * A DE BOYNES.
39. — Toulon^ 18 novembre 1772. — « Le 14 novembre à quatre
heures du soir j'ai mouillé à la baie de Tunis. Ce n'est que le 16 que
4 M. de Saizieu, Consul en cette Régence, est venu à mon bord. Il m'a dit
que le Bey de Tunis avait grande envie de voir quelque commandant
des bâtiments du Roi pour lui parler du remboursement des mar-
chandises prises par les Russes sur un de nos bâtiments marchands et
qu'il ne lui parlait jamais de cette affaire sans aigreur; que pour
gagner du temps il avait renvoyé à mon passage à Tunis à faire prendre
audience, mais qu'il ne convenait plus de renvoyer et qu'il fallait que
je visse le Bey. En conséquence, quoique cette commission ne fût pas
agréable, je me déterminai à aller à Tunis le lendemain matin. J'y fus
suivi de M. de Demandolz ' et de six autres officiers, le sieur de Saizieu
m'ayant prié de ne pas en amener davantage, n'ayant pas plus de lits.
Sur le soir, le Bey me fit dire qu'il me donnerait audience le lendemain
matin. Le 18, à neuf heures du matin, nous montâmes dans des char-
rettes couvertes pour nous rendre au Bardo ; c^est ainsi qu'on nomme
le palais où se tient le Bey à une lieue de Tunis. Lorsque nous y arri-
vâmes le Bey rendait la justice^ et on nous fit entrer dans le cabinet de
son secrétaire pour attendre le moment de l'audience.
M. de Saizieu profita de ce moment pour aller parler au gendre du
Bey, qui est son principal Ministre, et il obtint de lui qu'il engagerait
le Bey à ne point parler de cette prise, et qu'après l'audience du Bey
il aurait une conférence avec moi à ce sujet. Je fus fort aise de n avoir
pas à parler de cette affaire avec le Bey pour n'essuyer pas son humeur.
1. Voy. les « Instructions relaliyes à la réception à faire à Ali-Ghaouch, officier du
Bey de Tunis, qui vient en France sans caractère officiel mais qui a droit à cer-
tains égards », 11 septembre 1772, — et l'État de ses frais de voyage à Marseille, ci :
14,000 livres (Inventaire de ta Chambre de commerce de Marseitte, AA, 90 et 91).
2. Joseph-Ignace de Lyle-Callian, garde de la marine en 1732, lieutenant de vais-
seau en 1755, capitaine en 1770, chef d'escadre en 1778. — Voy. la correspondance
de M. De Lyle-Callian, commandant L'Atalante, avec le Secrétaire d'État de /a
marine (Marine, B* //9).
3. M. de Demandolz de la Palu, enseigne de vaisseau en 1755, lieutenant en l'âô.
décédé en 1785.
[1772J AVEC LA COUR DE FRANCE 19
Sur les onze heures, on vint nous avertir pour aller à Taudience. Le
Bey nous reçut fumant sa pipe ; il me toucha la main et aux deux plus
anciens officiers qui étaient avec moi, le Consul lui baisa la main, et
nous nous assîmes à côté du Bey. Je lui dis que je n'avais pas voulu
passer dans sa rade sans lui faire la révérence et m'informer par moi-
même de Tétat de sa santé, pour en rendre compte à l'Empereur de
France mon maître qui s'y intéresse beaucoup. J'entendais ce que me
disait le Bey qui me parlait en italien, et le Consul lui rendait dans
cette langue ce que je lui disais.
Le Bey s'informa beaucoup de l'état où j'avais laissé les affaires dans
le Levant. Je les lui présentai sous le coup d'œil le plus avantageux
que je pus pour le Grand Seigneur et je fîs beaucoup valoir les secours
en grains qu'il avait fournis à la Porte, dont je lui dis qu'il était fait
ample mention dans tout le Levant, et que, sans ces secours, on y
serait mort de faim. Effectivement, il leur a envoyé près de cinq cents
bâtiments chargés de grains.
Le Bey me demanda ensuite si les frégates qu'on armait à Toulon
passeraient à Tunis en allant dans le Levant; j'ai répondu que je
l'ignorais. Il m'a prié, si je les rencontrais, de les y faire passer attendu
qu'elles escorteraient des bâtiments chargés de grains qu'il voulait
envoyer à Constantinople. Je lui ai dit que je ne manquerais pas de
le recommander au commandant de ces frégates si je le rencontrais...
Le Bey fut toujours de fort bonne humeur et me fit, à ce que l'on
m'a dit, la plus grande politesse qui fût de prendre du café en môme
temps qu'il m'en fit donner.
Au sortir de cette audience, on me conduisit sous prétexte de me la
faire voir à une nouvelle salle que le Bey a fait construire. J'y trouvai
le gendre du Bey qui me parla du remboursement du montant des
marchandises prises par les Russes sur un de nos bâtiments ; que la
prétention du Bey était juste et clairement fondée sur les traités. Je
lui répondis que tout ce que je pouvais faire était, en arrivant en
France, d'en écrire à notre Ministre puisque le Bey souhaitait que je le
fisse. Il s'est contenté de celte réponse et m'a présenté gracieusement
de son tabac qui ne sentait que la rose. Le 21, je suis revenu à mon
bord et, le 27, je profitai d'un petit vent du sud pour appareiller. «
{Marine^ B* 1 /7, /*. 40.)
DE SAIZIBU A DK BOYNES.
40. — Funis^ 21 novembre i 772. — Les frégates du Roi LAialanie
et La Flèche sous le commandement de M. de Callian ont relâché le 15
20 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1772]
de ce mois à La Goulette. Ce commandant étant dans la nécessité de
renouveler ses vivres, de Saizieu ne jugea pas qu'il pût se dispenser
de recevoir du Bey une audience et les honneurs d'usage. Cette audience
a été d'autant plus agréable que chacun s'est abstenu d'y parler des
affaires de prise et des réclamations auxquelles elles peuvent donner
lieu.
(Affaires étrangères, C" de Tunis.)
LOUIS XV A ALI, BEY DR TUNIS.
41. — Versailles^ 30 novembre 1772. — c Illustre et magnifique
Seigneur,
Ali-Chaouch * s'est rendu k notre Cour, pour exécuter auprès de nous
la commission dont vous l'avez chargé. Nous lui avons donné une
audience favorable. Il nous a remis la lettre que vous nous avez écrite
et présenté les chevaux, armes et autres objets que vous nous aviez
destinés. Nous les avons reçus avec plaisir et nous sommes bien aise
de vous remercier de cette attention de votre part. Rien ne pouvait
nous être plus agréable que cette nouvelle marque de vos dispositions,
de votre amitié et de votre attachement pour notre personne. Ces sen-
timents vous répondent de l'intérêt sincère que nous prenons à tout ce
qui vous regarde, du désir que nous avons de rendre les liaisons des
Français et des Tunisiens toujours plus intimes, de notre bienveillance
particulière et de notre considération pour vous.
Nous vous en confirmons bien volontiers l'assurance et nous prions
Dieu qu'il vous ait, illustre et magnifique Seigneur, en sa sainte et digne
garde. »
[Affaires étrangères ^ Levant et Barbarie, 4773, f. 546.)
DE BOYNES A ALI, BEY DE TUNIS.
42. — Versailles^ 30 novembre 1772, — « Très illustre et magni-
fique Seigneur,
Ali-Chaouch m'a remis à son arrivée la lettre que vous m'avez fait
l'honneur de m'écrire et les présents que vous avez bien voulu me
destiner. J'ai reçu avec beaucoup de reconnaissance cette marque de
votre amitié, et j'y ai été aussi sensible qu'à la bonté avec laquelle
l'Empereur mon maître m'a permis d'en accepter le témoignage.
Je vous prie d'en agréer tous mes remerciements. Ils sont aussi sin-
cères que le véritable désir que j'ai de m'employer pour votre service
en tout ce qui pourra vous faire connaître l'intérêt réel que j'y prends.
i. Voy. p. 17.
[1772] AVEC LA COUR DE FRANCE 2t
Ces sentiments sont cpnformes aux intentions de TEmpereur mon
maître et à la confiance où est Sa Majesté Impériale que vos disposi-
tions, égales à ses vues, rendront toujours plus intimes les liaisons res-
pectives des Français et des Tunisiens. Je serai flatté d'en être Theu-
reux instrument, comme j'y suis porté par inclination, et vous me
trouverez disposé en tout temps à vous assurer les effets des bonnes
grâces et de la prédilection de Sa Majesté Impériale. J'espère que, de
votre part, vous voudrez bien m'en procurer tous les moyens, avec les
mômes principes et les mêmes soins, pour faciliter les différentes
affaires et objets qui peuvent y contribuer efficacement et avec un
avantage réciproque.
J*ai présenté à Sa Majesté Impériale Ali-Ghaouch, qui en a reçu
l'accueil le plus gracieux. Cet officier ayant bien rempli sa commission
y a éprouvé toute la faveur dont elle était susceptible et a déjà dtï
vous en rendre compte. Il a trouvé ensuite pendant le séjour qu'il a
fait à Paris, et par les ordres qui y ont été donnés, les meilleurs trai-
tements et tous les agréments qu'il m'a été possible de lui procurer par
considération pour vous. Je lui dois la justice qu'il s'est bien et très
honnêtement conduit en tout point, et j'espère que vous serez satis-
fait de ses relations et de celles que j'ai adressées plus en détail au
sieur de Saizieu auquel vous pouvez vous en rapporter sans réserve.
Ce Consul, digne de votre bienveillance, a mon entière confiance et
vous est personnellement attaché.
Je me réfère aux explications qu'il a été chargé de vous donner
pour l'affaire de Malte où nous n'avons rien négligé. A l'égard du
médecin que vous avez envie d'attirer auprès de vous, je m'en suis
occupé comme si c'était pour moi-même; et j'espère que je ne tarderai
pas de vous en envoyer un. Il n'a pas dépendu de moi de trouver plus
tôt celui qui peut vous convenir et d'accélérer son départ comme je
l'aurais voulu; vous savez qu'on n'engage pas aisément ceux qui sont
bien établis à s'expatrier,
Ali-Chaouch sera ramené à Marseille avec les mômes attentions, et
je lui remets cette lettre en vous envoyant dans le même paquet la
réponse de Sa Majesté Impériale. Je n'ai plus à ajouter aux expres-
sions qu'elle contient, dans une occasion aussi favorable, que celles de
rattachement et du zèle sur lesquels je vous prie de compter partout
où je pourrai vous convaincre par mes services que je suis plus que
personne au monde, très illustre et magnifique Seigneur,
Votre très parfait et sincère ami. »
{Archives de la Régence de Tunis, Palais Dar^l-Bey, 177S à fSOt, 9.)
2Î CORRESPONDANCB DES BEYS ET DBS CONSULS [1773;
DE BOYEIES A DB SAIZIEU.
43. __ Versaillesy 7 décembre 1772. — Le Ministre lui fait savoir
que Mme Dubarry, qui s'est intéressée à l'Envoyé de Tunis Ali-Chaouch.
lui envoie une médaille d'or à Tefflgie du Roi.
{Affaires étrangèreSy Levant et Barbarie, 117%, f. 559.)
DB SAIZIEU A DE BOYNES.
44. — Tunis, i*^ janvier 1773. — Le Consul représente au Ministre
que tandis que les commerçants français s'enrichissent à Tunis, lui seul
s'y endette chaque année , ses dépenses nécessaires excédant ses
appointements. Les premières en effet s'élèvent par an à 16,778 livres
tandis que ses appointements ne sont que de 9,500 livres S d'où il res-
sort un déficit annuel de 7,278 livres pour les seules dépenses de maison,
indépendamment de son entretien, de celui de sa famille et des visite}»
des armements du Roi.
{Affaires étrangères, C**» de Tunis.)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
45. — Tunw, J2 janvier 1773. — « Le commerce des Français à Tunis
augmente chaque année en proportion de la consommation croissante
et de tout genre que fait la nation. Celle des draps s'est accrue d'une
manière aussi rapide que surprenante; elle monte cette année à
cent vingt ballots, au lieu de dix à peine à laquelle elle s'élevait autre-
fois. Cette branche de son commerce a aujourd'hui la préférence sur la
concurrence étrangère, qui ne nuit d'ailleurs plus aux Français dans
aucune partie de leur marché.
L'exportation des denrées du Royaume, que le Bey n'a pas voulu per-
mettre en prétendant auparavant vendre les siennes à des prix excessifs,
ne pouvait se faire jusqu'ici par nos négociants qu'en contrebande et à
leurs risques et périls, mais elle vient de cesser complètement par la
disgrâce du gouverneur de Sousse qui la favorisait. Cette disgrâce a
intimidé les gouverneurs des autres villes maritimes, de sorte qu'on ne
peut plus embarquer aucune denrée sans l'ordre formel du Bey. Ce
Prince a cependant promis à de Saizieu la préférence sur les Anglais dans
les ventes qu'il autorise, bien que ces étrangersrenchérissent à l'infini. '
{Affaires étrangères, C**» de Tunis.)
1. Son train de maison comprenait un secrétaire à 600 1., un cuisinier à 400 !..
une gouvernante à 400 1., deux domestiques à 500 1., une femme de chambre à 200 b
deux marmitons et deux Mores pour l'écurie à 200 I. 11 dépensait en outre 100 mii-
leroles de vin de Uble à 24 1., soit 2,400 I., et comptait ses frais de table pour six
maîtres et huit domestiques, taxés comme à Tauberge nationale à 1 piastre i/2 les
uns, 1 piastre les autres, pour 33 I., soit 12,078 1. et au total 16,178 1.
[1773] AVEC LA COUR DE FRANCE 23
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
46. — Tunis, iô janvier 4 775. — Le Bey est fort satisfait du trai-
tement que son Envoyé, Ali-Chaouch, vient d'éprouver à la Cour. De
Saizieu a excité plus vivement la reconnaissance de son gendre, dont
les dispositions et les soins sont préférables pour la nation ; il lui a
communiqué tout ce que le Ministre a ordonné par rapport au choix
d'un médecin que sa mauvaise santé réclame. On ne saurait trop
ménager Tamitié de ce Ministre qui nous est fort attaché et dont Tappui
préserve la nation des avanies auxquelles les chrétiens sont générale-
ment exposés en Barbarie. Le Consul attend avec impatience Toccasion
de revenir sur les propositions qu*iladéjà faites au Bey, conformément
aux vues de la Compagnie d'Afrique ^ Ce Prince lui refuse le rétablisse-
ment du Cap-Nègre, parce que les frais que nécessiterait la protection
de ce comptoir contre les nations maures qui Tavoisinent constituerait
pour lui une charge que la Compagnie ne propose pas de payer. Sai-
zieu s'est borné à assurer à la Compagnie l'exercice de son privilège de
la pèche dans toutes les mers du Royaume.
(Affaires étrangères, C*^ de Tunis.)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
47. — Tunis, 17 février 1775, — Le bâtiment qui ramenait Ali-
Chaouch à Tunis ayant par méprise doublé le Cap-Bon n'a pu revenir à
La Goulette et remettre au Consul les lettres du Ministre que quinze
jours après l'arrivée d'Ali-Chaouch, qui l'avait quitté et avait pris la voie
de terre & La Galipie. Le retour imprévu de cet officier qu'on supposait
encore en France a surpris agréablement le Bey et son gendre, qui ont
entendu avec plus d'intérêt et de plaisir la relation de son voyage. Le
gendre du Bey a été flatté du témoignagne public que le Ministre a
donné de ses égards pour lui. 11 a fait hommage au Bey du tapis et de
la montre qu'Ali-Chaouch lui a remis, et a chargé de Saizieu d'en faire
ses plus vifs remerciements. Il a été également dépouillé par le jeune
Bey, son beau-frère, des armes que M. Leguay * lui envoyait et qui lui
ont fait naître l'envie d'en avoir de plus riches et d'aussi bonnes pour
son usage. Le Consul estime que dans les circonstances présentes ce
nouveau présent est indispensable.
(Affaires étrangères, (?•» de Tunis,)
DÉLIBÉRATION DE LA NATION FRANÇAISE A TUNIS.
48. — Tunis, 25 février 1775. — « La nation assemblée autorise
le sieur François Barry, député en exercice, à disposer d'une somme de
1. Voy. la note 2, p. tl.
2. Voy. la note 1, p. 15.
24 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1773]
3,000 piastres pour offrir une pièce de vaisselle d*argent au Consul de
Saizieu, à Toccasion de Theureuse délivrance de sa femme. La nation
s'empresse de saisir cette circonstance pour donner à son Consul une
marque de reconnaissance pour ses services; elle tient à lui montrer
quels sentiments Taniment à son égard, ainsi q\ïk satisfaire à une poli-
tesse d'usage dans les Échelles du Levant... »
{Archives de la Résidence française à TuniSy Reg. des délib. de la Sation,
n« i, XXVI, p. 34,)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
49. — T'unis, 3 mai 1773, — Les frégates du Roi sous les ordres
de M. de Blotefier ' ont relâché le 30 avril à La Goulette où elles atten-
dent un vent favorable pour aller à Malte et rafraîchissent leurs pro-
visions.
M. de Blotefier a reçu les honneurs qu'on rend aux officiers com-
mandants des vaisseaux du Roi, mais sa santé ne lui ayant pas permis
de débarquer pour voir le Bey il lui a fait faire des excuses et sa
visite parM.lecommandeur de Suffren*. De Saizieu a présenté cet officier
sans cérémonial à ce Prince pour éviter les longueurs et la dépense
d'une audience publique.
(Affaires étrangères, C**» de Tunis.)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
50. — Tunisy 20 mai 1773. — La barque du Roi L* Éclair sous les
ordres de M. de Martelly' a relâché à La Goulette d'où cet officier
compte appareiller aujourd'hui. Le Bey, qui avait témoigné le désir
!.. Joseph-François de Blotefier, né à Compiègne en 1115, garde de la marine eo
1732, garde du pavillon en 1734, enseigne de vaisseau en 1741, lieutenant en 175i,
capitaine en 1757. On ne retrouve plus ses services à partir de 1759, date à laquelle
il fut fait prisonnier comme capitaine du Modeste, de Tescadre commandée par
M. de la Clue. Il avait épousé Henriette-Françoise de la Croix de Mayrargues.
2. Pierre-André, bailli de SufTren, de Saint-Tropez, troisième fils de Paul de Suf-
fren, chevalier, seigneur de Saint-Tropez, Richebois et La Mâle, marquis de Saint-
Cannat, et de Marie Iliéronyme de Bruni de SulTren, de La Tour d'Aiguës. Né à
Saint-Cannat en 1729, garde de la marine en 1743, ch*' de Malte en 1748, enseigne
de vaisseau en 1748, lieutenant en 1756, capitaine de frégate en 1767, commandeur
de Malle en 1771, capitaine de vaisseau en 1772, chef d'escadre en 1782, bailli de
rOrdre de Malte en 1782, lieutenant-général en 1783, vice-amiral en 1784, décédé à
Paris en 1788. Les États de Provence firent frapper une médaille k son effigie,
en 1784, avec cette inscription : Le Cap protégé, Trinquemalé pris, Goudelour délivré.
Plnde défendue, six combats glorieux. — Yoy. la correspondance du ch*'deSu(rren.
commandant la frégate La Mignonne, relative à sa croisière en Levant et en Bar-
barie en 1773-1774, * et le Journal manuscrit de SufTren dans Tlnde en 17S4
(Marine, B* iU et 197),
3. De Martel ly-Chau tard, enseigne de vaisseau, puis major de la marine, était
lieutenant d'artillerie en 1766 et commandait, .en 1770, une des galiotes alors
employées au bombardement de Tunis. Il était capitaine d'artillerie commandant
VÊclair en 1775 et La Pléyade en 1778. — Voy. sa correspondance avec le Ministère
de la marine (Marine, B^ iiS etsuiv.).
[1773] AVEC LA COUR DE FRANCE 25
d'obtenir des passeports du Grand Maître de Malte pour son armement
de Portefarine, s'est désisté de cette prétention, et se borne, aujourd'hui
à faire demander au Grand Maître des ordres pour que ses comman-
dants n'attaquent pas ses pavillons.
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis,)
DB BOYNES A DE SAIZSEU.
51. — Versailles^ 14 juin 1773. — Le Ministre le félicite de
l'accroissement du commerce des Français à Tunis, et l'entretient de
la nouvelle demande que fait le Bey d'un bon médecin français.
{Affaires étrangères y Levant et Barbarie^ 1773, /*. SiO.)
DE BOYNES A DE SAIZIEU.
52. — Versailles, 21 juin 1773, — On l'exhorte à demander répa-
ration des insultes qu'un capitaine français a éprouvées de la part de
trois galères de Tunis.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie y i773. f, 38 f,)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
53. — Tunis, 22 juin 1773. — Le Bey a reçu M. de Martelly,
commandant la barque L Éclair, en audience publique, lui a fait rendre
les honneurs et a autorisé le départ de tous les bâtiments de la
nation qui ont voulu profiter de son escorte pour le Levant.
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis,)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
54. — Tunis, 5 juillet i 773. — Le Consul rend compte au Ministre
de la nécessité de réparer le Fondouk '.
C'est le seul logement de la nation à Tunis; il assure la personne et
les biens des Français, et il a toujours conservé pour eux et les gens
du pays le droit d'asile et la plus haute considération. Ses privilèges
sont nombreux, exclusifs, et leur titre ne tient qu'à lui, les Puissances
du pays les respectent et les Algériens seuls ont osé les violer. La
sûreté de la nation et sa résidence dépendent donc de la conservation
du Fondouk, qui n'ayant pas été entretenu pendant la dernière guerre
a besoin non seulement de réparations mais encore d'agrandissement,
étant devenu complètement insuffisant pour le logement des nationaux.
(Affaires étrangèi*es. G'** de Tunis,)
DE BOYNES A DB SAIZIEU.
56. — Ve7*sailles, 16 août 1773. — On lui recommande le sieur
Mallet de la Brossière, médecin de la marine, qui s'est déterminé bipasser
i. Résidence consulaire. Voy. ce mot aux tables des tomes I et II.
26 CORRESPONDANCE DES BËYS ET DBS CONSULS [1773]
à Tunis pour y soigner le Bey et son gendre. Il pourra faire réparer,
mais avec toute l'économie possible, les logements du Fondouk.
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie^ i77S, f. 4S4.)
DE BOYNRS A MALLET DE LA BROSSIÈRB ^
56. — Compiègne, 16 août 1773. — « Sur le compte qui m'a été
rendu du dessein où vous êtes de passer à Tunis pour y traiter le Bey
et son gendre, je me suis fait un plaisir de vous faciliter ce voyage, en
vous procurant le quartier de vos appointements de médecin de la
marine au port de Brest et 2,000 livres de gratification.
En arrivant à Tunis vous vous rendrez chez le sieur Saizieu, Consul
de France; il vous présentera au Bey et à son gendre. Je ne suis pas en
peine que vous ne cherchiez à leur rendre vos soins utiles, et c'est votre
intérêt. Vous n'aurez qu'à vous conformer aux avis que vous donnera
le sieur de Saizieu, et je suis persuadé que ce Consul ne négligera rien
pour vous faire retirer de ce voyage k Tunis tous les avantages que vous
vous promettez. Je compte également qu'il n'aura qu'à se louer de la
conduite que vous tiendrez dans ce pays; elle doit être très mesurée. »
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, 1773, f, 4S4,)
DE SAIZIEU A DE BOYNBS.
67. — Tunis, 22 septembre 1773. — 11 a annoncé au Bey la pro-
chaine arrivée du sieur de la Brossière, choisi pour résider auprès de
lui en qualité de médecin. Ce Prince, qui s'est pourvu d'un médecin
italien, n'en aura pas moins pour lui la préférence et les égards que ses
lumières et la protection du Ministre lui assurent. De Saizieu a disposé le
gendre du Bey à rendre son traitement aussi honorable qu'avantageux,
et M. de la Brossière n'aura pas à regretter d'avoir quitté la France s'il
parvient à guérir ou à soulager le Bey.
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis,)
DE SAIZIEU A DE BOYNBS.
58. — Versailles, /" novembre 1773. — Le Ministre l'autorise à
accepter le présent de la pièce d'argenterie que les marchands français
à Tunis ont l'intention de lui offrir en témoignage des bons offices
qu'il n'a cessé de leur rendre dans l'exercice de ses fonctions.
[Affaires étrangères, Levant et Barbarie, 4773, f. 650.)
i. Mallet de la Brossière, médecin de la marine & Brest, reçut pour le décidera
se rendre à Tunis une indemnité de 1/200 1. pour frais de voyage et une gratifi-
catioB exceptionnelle de 2,000 liv. Son traitement avait été fixé par le Bey à 6,0001.
Il arriva au mois de novembre 1113, mais ne sut pas se rendre agréable à ce
Prince, manqua d'égards vis-à-vis du Consul de France, et demanda son congé au
bout de six mois. — Voy. Précis concernant la mission à Tunis du sieur Mallet de la
Brossière, par de Saizieu {Affaires étrangères, C" de Tunis).
[4774] AVEC LA COUR DE FRANCE 27
DE SAIZIEU A DE BOTNES.
59. — 7 unis, 5 novembre i 773. — Il a fait entreprendre les tra-
vaux de réparations du Fondouk, en veillant à ce qu'on procède avec
une stricte économie. Les projets d'agrandissement seront remis au
temps où Taccroissement progressif du commerce de la nation les aura
rendus indispensables. Le manque des récoltes en Europe et Tabon-
dance des grains et denrées dans le Royaume de Tunis y ont amené
une foule de bâtiments et d'étrangers, qui en moins de quatre ans
ont rendu TËchelle la plus riche et la plus commerçante du Levant.
(Affaires étrangères, O*^ de Tunis.)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
60. — Tunis, i 2 décembre 1773, — Il a remis au gendre du Bey
les pistolets que le Ministre lui a permis de présenter en son nom.
Ce Prince s'en est montré très satisfait, et il lui a renouvelé ses protes-
tations d'amitié et de dévouement.
(Affav*es étrangères, C*'' de Tunis.)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
61. — Tunis, i2 décembre 1773. — }i. deGueudreville*, Inspecteur
du commerce de Marseille, lui a témoigné le désir d'être renseigné sur
les affaires du Consulat. Il ne manquera pas de lui donner satisfaction.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
DE BOYNES A DE SAIZIKU.
62. — Versailles f 24 janvier 1774. — Le Ministre le félicite de la
part qui revient à sa personne et à son zèle au sujet de l'accroissement
prodigieux du commerce de l'Échelle de Tunis '.
(Affaires étrangères, Levant et Barbarie, 4774, f, 5$.)
DÉLIBÉRATION DE LA NATION FRANÇAISE A TUNIS.
63. — Tunis, 29 janvier 1774. — La nation fixe le traitement du
chirurgien qui remplacera le sieur Joseph Dufour^à 1,200 piastres
ainsi réparties : 300 piastres sur les deniers de la caisse nationale,
100 piastres fournies par chacune des huit maisons établies sur cette
Ëchelle, et 100 piastres fournies par le Consul.
(Archives de la Résidence française à Tunis, Reg. des délib. de la Nation, n*» ;?.
XXVII, p. 35.)
1. François-Etienne Bourgeois de Guendreville, intendant de la marine à Toulon,
du 18 février 17*72 au 9 novembre 1776. Il devint plus tard Inspecteur du commerce
du Levant et Président de la Compagnie royale d'Afrique.
2. Liste des bâtiments français entrés dans le royaume de Tunis en 1774 : 201,
sortis du dit royaume : 118. — Voy. plus loin TÉlat commercial de rÉchelle de
Tunis de 1760 à 1776, par de Saizieu.
3. Voy. tome II, p. 640.
iS CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1T74;
DE BOYRES A DE SAIZIEU.
64. — Tunis, 4 mars i 774. — La frégate de guerre anglaise Baven
est venue exprès de Mahon pour ramener au Bey seize Babaresques
esclaves à Naples qui s*étaient sauvés sur des vaisseaux de sa nation.
Le chevalier Âfflick, capitaine de cette frégate, a donné à sa mission
toute la publicité nécessaire pour conserver le mérite à son pays. Le
Bey, sensible à cette attention sans précédent en Barbarie, en a témoigné
toute sa reconnaissance dans Taudience qu*il a donnée à cet officier,
et il lui a fait rendre les plus grands honneurs.
M. de Martelly ayant paru dans la rade à cette époque, de Saizieu
s*est rendu à son bord pour lui proposer de tirer parti de sa relâche à
La Goulette où la frégate anglaise se trouvait encore et de demander
les mômes honneurs. Le Bey les a aussitôt accordés et a désiré voir
M. de Martelly, à qui il a témoigné les meilleures dispositions. M. de
Martelly est ensuite retourné à son bord où le Bey s^est empressé de
lui procurer les rafraîchissements dont il avait besoin.
{Affaires étrangères, O** de Tunis.)
DE SAIZIEU A DE BOYNES.
66. — lunis, iO avril 1774, — Le Bey est indisposé et a permis
au sieur Mallet de la Brossière de le voir en qualité de médeciD,
quoique en concurrence avec les Italiens qui sont auprès de lui et qui
prétendent diriger son traitement. Le gendre du Bey semble prendre
confiance en lui. Ce qui le prouve, c'est qu^il lui a fait obtenir
6,000 livres d*appoinlements, une maison, un drogman et des chevaux
pour ses voyages au Bardo.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
MÉMOIRE DU ROI POUR SERVIR D'INSTRUCTION A DE PEYNIRR ^
66. — Versailles, 4 mai 1 774. — « Le sieur de Peynier devra montrer
le pavillon du Roi à Alger puis ^ Tunis. Arrivé dans ce dernier port, il
s'entendra avec le Consul de Saizieu pour complimenter le Bey et lui
donner des marques de bienveillance capables de faciliter le succès des
affaires des Français dans son pays. Il réglera avec le Consul ce qui
regarde les saints, Taudience qu'il demandera au Bey et le discours
qu'il tiendra à ce Prince. Un séjour de quatre ou cinq jours suffira dans
chacune des rades dWlger et de Tunis. »
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, i774, f. 5.W.)
1. Capitaine de vaisseau, commandant la frégate La Flore. II fut placé peu après
sous les ordres du bailli de SufTren, et commanda l'escadre de 7 navires destinés
à rester dans l'Inde en 1783. — Son frère Louis de Peynier est plus connu. 11 eut
à la même époque une brillante carrière dans l'intendance des colonies, notam-
ment à La Martinique.
ri7741 AVEC LA COUR DE FRANCE 29
DE BOYNES A DE SAIZIEU.
87. — Vei^ailleSy 4 mai 1774. — On Tinforme de la mission du
sieur de Peynier, capitaine de vaisseau, à Tunis, en Tinvitant à assister
cet ofÛcier de tout son pouvoir.
{Affaires élrangét*es, Levant et BarbaHe, 1774, f, 343.)
LOUIS IVI A ALI, BëY DE TUNIS.
68. — Versaillesy 42 mai 1774, — « Illustre et magnifique
Seigneur,
Dieu vient d'appeler à lui notre très honoré Seigneur et aïeul
Louis XV, Empereur de France, de glorieuse mémoire. Il nous serait
impossible de vous exprimer la douleur et Taffliction oîi nous a jeté un
coup aussi affreux qu'inattendu.
Ce Prince a succombé avant-hier, à la suite d'une maladie cruelle;
la Providence nous a enlevé, et à ses peuples, le meilleur des pères et le
meilleur des Empereurs, et les étrangers perdent un ami de Thuma-
nité, un allié fidèle et sincère.
Nous connaissons trop les sentiments qu'il vous avait inspirés pour
n'être pas assuré que vous donnerez des regrets à la mémoire de cet
auguste monarque. Le droit de notre naissance et les lois fondamen-
tales de l'Empire de France nous ont appelé au trône de nos ancêtres,
et nous avons pris les rênes de l'Empire français au milieu des accla-
mations de nos peuples qui nous ont donné les marques les plus vraies
de leur respect et de leur amour pour notre personne sacrée. Dieu, qui
lit dans tous les cœurs, est témoin que nous n'avons d'autre désir que
de marcher sur les traces de notre auguste aïeul; la droiture et la jus-
tice seront toujours le fondement et le lien de l'attachement de nos
sujets comme de l'amitié des nations étrangères.
Nous confirmons d'autant plus volontiers les traités qui existent
entre la France et la Régence de Tunis que nous sommes convaincu que
vous en remplirez fidèlement les conditions et que vous rendrez à notre
couronne impériale et à no^ sujets tout ce qui peut affirmer de plus en
plus la paix, l'amitié et la correspondance la mieux établie. C'est dans
cette confiance que nous avons voulu vous assurer nous-même de notre
affection et de notre haute bienveillance.
Nous envoyons nos pleins pouvoirs au sieur de Saizieu, que nous
confirmons dans sa place de Consul et de Chargé de nos affaires
auprès de vous. Nous lui donnons ordre de vous présenter cette lettre,
et nous vous requérons d'ajouter entière foi et créance & tout ce qu'il
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30 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1774]
vous dira en notre nom. Sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait,
illustre et magnifique Seigneur, en sa sainte et digne garde, n
{Affaires étrangères^ C**» de Tunis.)
DE BOYNES A ALI, BEY DE TUNIS.
69. — Versailles, 12 mai 1774, — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
C'est du sein de la douleur la plus profonde et des larmes de tous
les Français, que je vous apprends la mort de l'Empereur de France
Louis XV, mon très honoré seigneur et mattre, et Tavènement à la cou-
ronne de son auguste petit-fils Louis, Dauphin de France, qui a pris les
rênes du gouvernement selon les droits de sa naissance et à la satis-
faction entière de ses sujets; ses qualités personnelles et ses hautes
vertus sont les présages les plus heureux. Je désire n'être jamais
auprès de Sa Majesté Impériale que l'interprète de votre attachement
envers la France et l'organe de la bienveillance de Sa Majesté Impériale
dont je vous remets la lettre comme le signe et le sceau d'une bonne
correspondance dont il ne tiendra qu'à vous de rendre les liens
durables et les effets heureux.
Je suis cordialement et plus parfaitement que possible, très illustre
et magnifique Seigneur,
Votre très parfait et sincère ami. »
(Affaires étrangères, Levant et Barbarie, 1774, f, 279.)
DE SAIZICU A DE BOYNES.
70. — Tunis, 30 mai 1774. — Le Bey a pris peu de temps et sans
succès les bains chauds et les eaux minérales de Hammam-Lif ^ d'où
il est allé à sa maison du cap Garthage sans rentrer à Tunis. Le Consul,
auquel il permet d'occuper une maison auprès de la sienne, a reçu de
ce Prince des marques d'attention et d'amitié ; grâce à cette bienveil-
lance, dont notre agent est seul bénéficiaire, aucune affaire n'est en
souffrance.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
ALI, BEY DE TUNIS, A LOUIS XVI.
71. — Tunis ^... mai 1 774. — « Le plus honoré, le plus magnifique,
le plus grand des Empereurs chrétiens qui marche accompagné de la
puissance et de la majesté, mon très sincère, très illustre et très haut
ami l'Empereur Louis, — dont Dieu veuille diriger les pas et couronner
As)Sf> entreprises par les succès les plus heureux ! — Après vous avoir pré-
1. Station thermale et de bains de mer, à i5 kil. de Tunis.
1^774] AVEC LA COUR DE FRANCE 31
sente des hommages et des respects en témoignage de la grande amitié
que j'ai pour votre illustre personne, avec les vœux que je forme pour
votre conservation, je vous informerai que j'ai reçu par les mains de
votre Consul la lettre que votre haute amitié envers moi vous a porté à
m'écrire pour me faire part de Tafûigeante nouvelle du décès de l'Em-
pereur votre grand- père et pour m'annoncer en même temps votre avè-
nement au trône impérial de France; en qualité d'allié et d'ami de votre
couronne je ne puis trop vous exprimer la joie que je ressens de cette
bonne nouvelle qui me présage les suites les plus heureuses pour
Tunion et la bonne intelligence qui règne déjà entre nous. Dieu con-
serve vos jours pendant un règne le plus long et le plus heureux. Mon
très honoré et haut ami, je suis dans la ferme persuasion qu'à
l'exemple de l'Empereur votre aïeul de glorieuse mémoire, vous vous
montrerez religieux observateur des conditions des traités de paix et
d'amitié qui subsistent entre nos deux nations, et que vous ne permet-
trez aucune démarche capable d'interrompre cette bonne harmonie
mutuelle si avantageuse aux intérêts et à la tranquillité de nos sujets
respectifs; étant dans la résolution de suivre de mon côté les mêmes
principes, je me flatte de la continuation de votre haute amitié. Votre
honorable Consul qui réside auprès de moi est chargé de vous faire
parvenir cette lettre d'amitié que je finis par la prière que je vous fais
de me maintenir dans l'honneur de votre souvenir. Que Dieu vous
donne une longue vie et la comble de prospérités ! »
(Sceau) (Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
ALI. BEY DE TUNIS, A DE BOYNES.
72. — TuniSy... mai 1774. — « Le plus distingué entre les Seigneurs
qui professent la religion du Messie, le plus éclairé des Ministres qui
conduisent les affaires des chrétiens, très illustre, très honoré et très
sincère ami le Vizir de l'Empereur de France — que Dieu le conduise et
le dirige dans toutes ses entreprises! — Après vous avoir présenté des
saints en témoignage de la haute considération que j'ai pour votre
noble personne, je vous ferai savoir que j'ai reçu votre lettre pleine
d'amitié, qui me fait part d'un côté de la nouvelle affligeante du
décès de notre bon et haut ami l'Empereur de France, et qui me notifie
d'autre part l'avènement au trône impérial de son petit-fils, que vous
me marquez avoir toutes les belles qualités les plus propres à lui
concilier les cœurs dans le degré d'élévation où l'a placé le droit de
sa naissance. Cet événement m'a rempli de joie et je forme au ciel
en sa faveur les vœux les plus sincères pour qu'il plaise à la divine
32 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1774'
Providence lui donner un esprit de conseil dans Tadministration des
affaires de son empire et lui accorder un règne long et heureux qui
procure aux peuples qu'il a k gouverner toute la tranquillité et les
agréments qu'ils peuvent désirer; ses amis et ses alJiés jouiront de ces
avantages avec l'espoir fondé qu'ils ont que l'Empereur votre maître
sera fidèle et religieux observateur de la foi des traités qu'il a avec eux ;
je me flatte en mon particulier que rien ne sera capable d'altérer Thar-
monie et la bonne intelligence qui subsistent entre sa nation et la
mienne; je serai très attentif à saisir tous les moyens qui pourront me
maintenir dans sa haute amitié I Au reste, illustre et sincère ami, je
désire que vous jouissiez auprès de votre Empereur de toute la consi-
dération que vous méritez et que toutes les affaires que vous entre-
prendrez sous ses auspices vous réussissent au gré de vos désirs et à
sa plus grande satisfaction. Veuillez me donner de temps en temps de
vos nouvelles et n'oubliez pas votre ami. Vivez et prospérez. Adieu. »
{Sceau) (Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
RENOUVELLEMENT DES TRAITÉS.
73. — Le BardOf 3 juin 1774. — « En présence d'Ali-Paçha, Bey,
Seigneur souverain de la ville de Tunis la bien gardée, et Hamouda-
Pacha, notre fils aimé, ainsi soit-il.
La France ayant eu le malheur de perdre, après un long et glorieux
règne, le puissant et bien-aimé Empereur Louis XV du nom, qui sera
à jamais regretté et d'heureuse mémoire pour ses amis et fidèles sujets,
partageant, en cette première qualité, la douleur de son auguste suc-
cesseur et l'empressement qu'il nous montre de resserrer et maintenir
la paix et l'union qui régnent depuis si longtemps entre ses États et
les nôtres, animé du même désir et de la plus entière confiance, nous
agréons la confirmation des traités que le chevalier de Saizieu a Tordre
et le pouvoir de l'Empereur, son maître, de faire avec nous, et renou-
velant et confirmant tous les susdits traités pour nous et nos succes-
seurs Beys dans ce royaume, de la manière la plus authentique et
la plus conforme aux intentions du puissant et glorieux Empereur
Louis XVI, dont nous avons reconnu les dispositions et les pleins pou-
voirs, expédiés sous le sceau impérial de Versailles, le iâ mai 1774,
en faveur et au nom du dit sieur chevalier de Saizieu, chargé de ses
affaires auprès de nous et Consul de France en notre royaume, nous
avons, avec le susdit Consul et notre cher fils, souscrit et ratifié, ainsi
que nous confirmons et renouvelons tous et chacun de nos dits traités,
leur adjoint et supplément avec la France, en vertu de la présente
[1774] AVEC LA COUR DE FRANCE 33
déclaration donnée sous le sceau de Dieu, en notre palais du Bardo,
le âl de la lune de Rebi-el-eouel, Tan de Thégire 1188, ce qui revient
au 3 du mois de juin 1774. »
{Sceau (fAlij Bey de Tunis.) de Saizieu.
{Affaires élrangêres^ Salle des Traités.)
DE SAIZIEU A DE BOYIfES.
74. — Twnw, 6 juin 1774. — Le Consul, ayant appris la nouvelle
de la mort du Roi Louis XY et Tavènement de son petit-fils Louis XYI,
s'est empressé de faire connaître ces événements au Bey et à son
gendre dans une audience particulière, puis dans une audience publique
et nationale qu'il a fait demander et à laquelle il s'est rendu avec tous
les Français en deuil. Le Bey s'est réellement attendri à la traduction
des lettres du Roi et du Ministre, et il a témoigné ses sentiments et ses
regrets dans les termes les plus capables de rassurer les sujets de Sa
Majesté.
De concert avec le gendre du Bey, de Saizieu a obtenu de ce Prince
le renouvellement des traités. Le Consul a fait annoncer dans tous les
ports du royaume Tavènement de Louis XVI et a appelé à Tunis tous
les capitaines français qui se trouvent à La Goulette, qu'il a invités à la
fête nationale donnée pour le célébrer; les personnes les plus distin-
guées de la Cour du Bey et du pays y ont pris part.
{Affaires étrangères, C* de Tunis.)
DE BOYNES A DE SAIZIEU.
76. — Versailles^ i i juillet i 7 74. — Le Bey de Tunis a écrit à
Sa Majesté pour la complimenter sur son avènement au trône. La Cour
en a été satisfaite, et le Consul a l'ordre d'en aviser ce Prince.
(Affaires étrangères j Levant et Barbarie , 4774, f. 494.)
LE B<»n TURGOT ' A ALI, BEY DE TUNIS.
76. — Versailles, 25 juillet i774. — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
L'Empereur, mon maître, en faisant de nouvelles dispositions dans
le département des Ministres qui composent son conseil suprême,
a daigné me confier le gouvernement des affaires de la mer dont
M. François de Boy nés était chargé.
4. Anne-Robert-Jacques Turgot, baron de TAuIne, ancien Maître des requêtes,
puis Intendant de la généralité de Limoges. Sa nomination au^inistère de la
Bfarlne est du 20 juillet 1774. 11 fut appelé un mois plus tard aux fonctions de
Contrôleur général des finances.
3
34 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1774]
Sa Majesté Impériale m*a commandé de vous le faire savoir, et
comme ce changement n'en doit apporter aucun à la correspondance
que je continuerai de tenir avec vous, je m'applaudis qu'elle soit établie
sur les fondements solides d'un intérêt et d'une amitié réciproques
entre vous et les Français. Je me repose sur les assurances qui ont été
données de votre part à mon prédécesseur, pour l'exacte observation
des traités d'où dépendent les droits de la bannière et de la nation
françaises, inséparables de la tranquillité et des avantages des pays
que vous gouvernez. Mes dispositions sont droites et sincères; les
ordres supérieurs que j'ai reçus au pied du trône me font un devoir
de suivre avec le plus grand soin les affaires qui intéressent, k Tunis,
les sujets de Sa Majesté Impériale.
J'ai trop grande opinion de vous pour croire que vous sortirez jamais
des voies de la vérité et de la justice, et je vous prie d'être bien assuré
que je ne désire que de cimenter de plus en plus l'harmonie et la bonne
intelligence qui subsistent heureusement. Sa Majesté Impériale a bien
voulu m'autoriser à vous renouveler en son auguste nom les témoi-
gnages de sa bienveillance, et s'il m'est permis d'y ajouter les vœux
que je fais pour la prospérité de votre gouvernement, je me flatte que
vous verrez aussi avec plaisir l'offre de mes services comme l'expres-
sion amiable des sentiments distingués avec lesquels je suis plus
cordialement que personne au monde,
Très illustre et magnifique Seigneur,
Votre très parfait et sincère ami. »
{Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
DE SAIZIEU AU B«» TDKGOT.
77. — Tunis, 2 août i 774. — La frégate du roi La Flore, sous le
commandement de M. Peynier *, a mouillé à La Goulette le 24 juillet. Le
Consul s'est rendu à bord le 25 pour saluer cet offîcier et il lui a fait
rendre les honneurs du pavillon. Le Bey s'est empressé d'accorder à
M. Peynier une audience publique; celui-ci s'y est rendu avec son état-
major et tous les nationaux en habit de deuil. Le Prince a dit des
choses très obligeantes et montré Tintérét qu'il prenait à l'avènement
du Roi. M. Peynier, n'ayant rien de particulier à traiter avec le Bey, en a
pris congé dans la même audience et est parti le 30, emmenant avec
lui nos bâtiments de l'Ëchelle destinés au Levant.
(Affaires étrangères, C"» de Tunis.)
1. Voy. la note 1, p. 28.
[1774] AVEC LA COUR DE FRANCE 36
LE C^ DE SARTINE * A ALI, BEY DE TUNIS.
78. — Compiègne, 25 août 1774. — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
L'Empereur, mon maître, vient de me charger du gouvernement
des affaires de la mer, à la place de M. le baron Turgot que Sa Majesté
Impériale a revêtu d'une autre dignité. Elle m'a si fortement recom-
mandé l'honneur et la liberté de son pavillon, qu'en vous notifiant un
événement qui doit me mettre en relations avec vous, je dois aussi
vous faire connaître mes véritables sentiments. Ils se rapportent essen-
tiellement h la dignité de la couronne et à la sûreté des sujets de l'em-
pire autant qu'au bien de la paix et au maintien de la bonne intelligence.
Je connais assez les qualités et les dispositions qui vous distinguent
pour m'assurer que nos intérêts respectifs deviendront plus indisso-
lubles sous votre gouvernement et la tranquillité plus durable et hors
d'atteinte. C'est ce que Je désire le plus et rien ne me sera plus agréable
que de pouvoir vous donner, au milieu d'une satisfaction entière et réci-
proque, des marques de ma haute considération pour votre personne.
Permettez-moi de vous présenter l'offre de mes services comme
l'expression amiable des sentiments distingués avec lesquels je suis
plus cordialement que personne au monde,
Très illustre et magnifique Seigneur,
Votre très parfait et sincère ami. »
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
LE C^ DE SARTINE A DE SAIZIEU.
79. — Versailles, 26 septembre 1774, — 11 ne devra pas manquer
de demander réparation au Bey, au sujet de l'insulte qu'un capitaine
français vient d'éprouver en mer de la part d'un reïs tunisien.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, 4774, /*. 610,)
ALI, BBY DE TUNIS, AU C^ DE SARTINE.
80. — Tunis,,., septembre 1774. — « Au plus illustre des Seigneurs
qui professent la religion du Messie, directeur des affaires des chré-
tiens, mon respectable et honorable et haut ami le comte de Sartine,
Vizir du magnifique et puissant Empereur de France, salut.
Après vous avoir exposé les sentiments de l'amitié, de l'estime et de
la considération qui m'attachent sincèrement à vous et m'étre informé
de l'état de votre santé à laquelle je m'intéresse infiniment, mon amitié
1. Antoine-Raymond-Jean-Gualberl-Gabriel, comte de Sartine, d*abord Conseiller
an Châtelet, puis Lieutenant criminel et Lieutenant général de la police. 11 fut
chargé du Secrétariat d'État de la Marine le 24 août 1174.
36 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DBS CONSULS [1774j
pour vous exige de moi que je vous fasse part de la joie complète que
m'a causée la lecture de la lettre qui m'a été remise de votre part. J'y ai
vu que mon haut et puissant ami l'Empereur de France, ayant reconnu
dans vous une prudence et une habilité peu communes dans les affaires,
vous en avait confié l'administration ainsi que celles de la marine et
vous avait élevé au poste distingué et important de son vizir et de son
conseiller intime. Cet heureux événement me présage et à tous les amis
l'avenir le plus agréable par l'espérance que nous concevons des avan-
tages réciproques que nous retirerons de la sagesse de votre administra-
tion. Je vous en fais bien volontiers mon compliment et je souhaite
que toutes vos entreprises réussissent au gré et k la satisfaction de
l'Empereur votre maître et que vous jouissiez longtemps de ses faveurs.
J'espère que j'en ressentirai les effets salutaires par les soins et l'atten-
tion que vous apporterez à maintenir et cimenter l'union et la bonne
intelligence qui régnent entre nos deux nations ; je ne négligerai rien
de mon côté de tout ce qui pourra concourir à fortifier la paix qui
nous unit et qui tendra à rendre indissolubles les liens de l'amitié qui
en est la base. Que Dieu vous conserve longues années en prospérité! »
(Sceau) {Affaires étrangères^ C*'* de Tunis.)
LE Ç^ DB 8ARTINE A DE SAIZIEU.
81. — Fontainebleau^ /7 octobre 1774, — Il a appris avec plaisir
que M. de Peynier avait reçu un excellent accueil du Bey de Tunis. Il
en a soumis les détails à Sa Majesté. « Sensible aux démonstrations
d'attachement que le Bey a données publiquement dans cette occasion
pour son auguste personne, Sa Majesté m'a ordonné de vous charger
de lui témoigner toute la satisfaction qu'elle en a ressentie. Elle a
reconnu avec plaisir, aux égards marqués que ce Prince a eus pour
M. de Peynier, que ses dispositions pour les Français étaient d'autant
plus sincères qu'elles avaient paru excitées parles seules circonstances
qui ont accompagné la mission de cet officier, sans que l'absence de
Sidi Mustapha ait rien diminué des sentiments qu'il devait lui faire
paraître ainsi qu'à la nation. »
{Affaires étrangèresy levant et Barbarie, 1774, f. 689.)
DE SAIZIEU AU C^*^ DE SARTINE.
82. — Tunis^ 19 novembre 1 774. — Le gendre et Ministre du Bey,
à qui nous sommes déjà redevables de si nombreux et importants ser-
vices, vient de nous donner une nouvelle preuve de son affection pour
nous, en employant son crédit au rachat des gens de l'équipage du
patron Guasco, que le .Consul n'avait pu obtenir à aucune condition.
[1775] AVEC LA COUR DE FRANCE 37
Ce rachat a été eflFectué au prix total de 19,771 fr. 08, au lieu de
celui de 21,000 francs qui avait été fixé à Tépoque de cette prise.
{Affaires étrangères^ C*'* de Tunis,)
DE SAIZIEU AU G^° DE SARTINE.
83. — Tunis j i2 décembre i774, — Le Consul a reçu un placet des
esclaves corses amenés et vendus avant l'annexion. Leur nombre
se réduit aujourd'hui à 49. Quelques-uns d'entre eux ont acquis le
prix de leur rançon, d'autres Tobtiendraient de leurs familles et des
œuvres pies d'Espagne et de Rome, si le Gouvernement actuel de Tunis
paraissait plus disposé à en traiter.
{Affaires étrangères^ C*'* de Tunis.)
LE C^ DE SARTINE A DE SAIZIEU.
84. — Venailles^ 6 mars 4775. — On l'avise des ordres donnés
au chevalier de Bompar, capitaine de vaisseau *, pour protéger par
une croisière les bâtiments des marchands français '.
*
(Affaires étrangères. Levant et Barbai*iey 177 6 y f. i47,)
MÉMOIRE DU ROI POUR SERVIR D'INSTRUCTION AU CH*' DE BOMPAR.
85. — Versailles, 6 mars i77ô. — Ordres semblables à ceux qui
ont été donnés à M. de Peynier le 4 mai 1774, au sujet de la visite de
courtoisie que M. de Bompar doit faire au Bey de Tunis.
(Affaires étrangères, Levant et Barbarie^ 477$, f. 1à^,)
DE SAIZIEU AU C^« DE SARTINE.
86. — Tunis, 28 mars 1775, — La frégate du roi L Aurore, com-
mandée par M. de Bompar, a mouillé le 15 au cap Carthage.
Ce commandant a été reçu en audience publique au Bardo. Le Bey Ta
fort bien accueilli et lui a confirmé les meilleures dispositions à l'égard
de tous les Français, ajoutant qu'il désirait envoyer un Ambassadeur
à Versailles pour complimenter le nouveau Roi.
(Affaires étrangères, C"» de Tunis,)
LOUIS XVI A ALI, BEY DE TUNIS.
87. — Versailles, 6 juillet 1775. — « Illustre et magnifique Sei-
gneur,
i. Le ch*'' de Bompar, né à Grasse en 1728, garde de la marine en 1746, enseigne
de vaisseau en 1754, sous-aide-major en 1756, aide-major en 1757, lieutenant en
1764, ch*' de Saint-Louis en 1770, capitaine de vaisseau en 1772, commandant la
frégate L'Aurore de 1714 à 1775, puis de 1778 à 1779, brigadier des armées du Roi
en 1782, retraité comme chef d'escadre en 1785, mort à Marseille en 1804 (52 ans
de services et 13 campagnes).
2. L'État des armements de la Régence de Tunis en 1775 apprend qu'elle avait
en mer 15 galiotes armées en course; il y en avait 6 le long des côtes de Sfaz.
38 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [177S]
Nous vous informons avec plaisir que Mme la comtesse d'Artois S
notre chère et bien aimée belle-sœur, vient d'accoucher heureusement
d'un Prince que nous avons nommé Duc d'Ângouléme '. Après avoir
remercié TÊtre Tout-Puissant de cette faveur, nous n'avons rien de
plus pressé que d'en faire part aux Princes nos amis et nos alliés.
Nous comptons trop sur les sentiments qui vous lient & notre per-
sonne, pour ne pas être assuré que vous apprendrez avec satisfaction
un événement qui nous remplit de joie. Vous devez être bien persuadé
que nous prendrons toujours beaucoup de part à tout ce qui vous
arrivera d'heureux.
Nous faisons des vœux pour votre prospérité, et nous prions Dieu,
illustre et magnifique Seigneur, qu'il vous ait en sa sainte et digne
garde. »
(Affaires étrangères^ Levant et Barbarie, 4775, f. 52$.)
LE C^^ DE SARTINB A DE SAIZIEU.
88. — Versailles, Si juillet 1775. — On lui communique uo
mémoire du sieur Mallet de la Brossière, médecin de la marine ', conte-
nant des plaintes amères sur l'inexécution des conditions qui l'avaient
déterminé & aller soigner le Bey de Tunis.
(Affaires étrangèi^s. Levant et Barbarie, 4775, f. 49S,)
DE SAIZIEU AU C^ DE SARTINE.
89. — Tunis, 5 août i77ô. — Trois galères de Malte, avisées par
quelque marchand chrétien fréquentant Tunis, vinrent dans la nuit du
12 juillet incendier dans la rade de La Goulette deux bâtiments du
Bey désarmés, en massacrèrent les gardiens et sortirent de cette rade
avant le jour. Cette entreprise a failli motiver un soulèvement général
contre les chrétiens, auxquels on l'attribuait. Le Bey et ses Ministres
parurent d'abord partager le ressentiment et l'indignation du peuple,
qui ne fut apaisé que par le châtiment des officiers chargés de garder
la rade \
(Affaires étrangères, C'* de Tunis.)
DE SAINT-DIDIER ' A AU, BEY DE TUNIS.
90. — Versailles, 9 août 1 775. — « Très illustre et magnifique Sei-
gneur,
1. Marie-Thérèse de Savoie.
2. 11 épousa, en 1790, la fille de Louis XVI, Marie-Thérèse-Charlotte, sa cousine.
3. Voy. la note 1, p. 26.
4. Voy. sur cet incident les Annales tunisiennes, de Rousseau, p. 187.
5. Jean-Charles-Nicolas-Amé Cardin de Saint-Didier, né à Sisteron en 1740, élevé
comme enfant de langue aux frais du Roi, entra au secrétariat d'Étal de la marioe
en 1756. Il travailla longtemps sous les ordres de son oncle, M. Leguay, premier
[4775] AVEC LA COUR DE FRANCE 39
Je suis très fâché que les soins de M. de la Brossière n'aient pas
rétabli entièrement votre santé si précieuse au pays de Tunis que vous
gouvernez avec tant d*habileté et de sagesse, à la nation française
qui n'oubliera jamais les services que vous lui avez rendus, et à vos
amis, dans le nombre desquels je vous prie de me placer. Personne
n^a une plus haute estime pour vos brillantes qualités et ne vous est
plus sincèrement attaché que moi. Je suis Ûatté que cette occasion
me mette à portée de vous peindre mes sentiments. Jusques ici,
M. de Saizieu en a été l'interprète . Je sais combien vous aimez ce
Consul; vous lui en donnez tous les jours des marques; vous ne devez
pas douter du plaisir qu'elles me font par le tendre attachement et
Famitié particulière qui me lient depuis ma plus tendre jeunesse à ce
Consul.
J'espère que vous ferez toujours ressentir de l'attachement que vous
avez pour la France nos négociants établis dans le royaume de Tunis
et nos navigateurs qui y relâchent. En resserrant de plus en plus les
liens d'amitié entre les deux nations, vous ne pourrez qu'ajouter à
votre gloire et à votre réputation.
Je vous prie d'accepter une marque d'amitié que M. de Saizieu vous
présentera de ma part, et de faire agréer mes vœux et mes hommages
au Bey votre souverain. Je n'oublierai jamais les bontés qu'il m'a
témoignées en 1766 '. Je fais les vœux les plus ardents au Ciel pour
votre entier rétablissement. Puissiez-vous vivre de longues années
pour le bonheur des Tunisiens!
J'ai l'honneur d'être avec la considération la plus distinguée, très
illustre et magnifique Seigneur,
Votre parfait let sincère ami et serviteur. »
{Archives du gouvemetnent tunisien. Palais Dar-el-Bey, 1773-1 SOI, 10,)
ALI, BEY DE TUNIS, A LOUIS XVI.
91. — Tunis,,, septembre 1775. — « A notre sincère et véritable et
grand ami l'Empereur de France, revêtu de la plus sublime majesté et
commis du bureau des Consulats, auquel il succéda en mars 1782, après avoir élé
pendant quelque temps Consul général de France & Naples. Il remplit deux mis-
sions en Levant pour y réformer les abus de la caravane, et fit partie, comme com-
missaire-ordonnateur, de l'escadre du Prince de BaufTremont-Listenois, en mission
à Tunis en 1766. Il fut mis à la retraite en 1793. La Chambre de commerce de
Marseille lui allouait une pension annuelle de 8,000 liv.,et ses appointements s'éle-
vaient à 20,000 1., sans compter 3,000 1. pour frais de bureau. Ses attributions
comprenaient toute la correspondance politique et consulaire du département de
la marine en pays étrangers. Il avait épousé en 1777 M"* de l'Isle, fille d'un pre-
mier commis du département des finances.
1. Pendant le séjour de l'escadre du Prince de Listenois à Tunis. Voy. tome 11,
p. 634.
>0 COHRESPONDANCB DES BËYS ET DES CONSULS [1173]
le la plus haute grandeur, possesseur de Vaulorité, de la gloire et de
'bODueur, je fais les vœux les plus ardents pour son bonheur, et forme
>our tout ce qui peut l'intéresser les souhaits les plus favorables que
puisse inspirer la sincère amitié.
J'ai reçu la lettre pleine de bonté dont i) a plu k Votre Majesté de
s'honorer, et j'ai marqué an nombre des jours heureux pour moi celui
)b cette faveur m'est parvenue : m'annoncer la naissance du fils de votre
illustre frère est, de la part de Votre Majesté, une marque de bienveil-
ance et d'amitié & laquelle j'ai été de la dernière sensibilité et qui est
Lrès propre k augmenter les sentiments de respect et d'attachement
lue j'ai voués ft votre personne sacrée. J'ai pris la part la plus vive a
la joie qu'a causée à Votre Majesté cet heureux événement. Je souhaite
que votre règne soit marqué par une longue suite d'événements glo-
rieux qui en faisant le bonheur public feront le vôtre particulier. Animé
lu désir d'assurer Votre H^esté des dispositions où je suis d'exécuter
Sdèlement les traités qui sont entre la couronne de France et cette
Régence, et de resserrer de plus en plus les liens de l'amitié réciproque,
l'ai osé lui adresser cette lettre respectueuse; je me flatte que Votre
M^esté la recevra avec bonté et daignera me donner de temps en
:emps des marques de son souvenir précieux. »
{A/fairet itrangirta, C" de Tunis.)
DE SAIZIBU AD C** DE SARTINE.
92. — /"«ni», X6 septembre 1 775. — La naissance du duc d'Angou-
éme a été notifiée par le Consul, dans une audience publique, au Bey
jui en a témoigné sa satisfaction. A cette occasion de Saizieu a donné
me féLe & la nation française dans la maison consulaire.
[Sceau) (Affairai ilrangères, C" de Tuni*.)
93. — Tunit, 28 septembre /775. — Mémoire du Consul de Saiuen
mr le gouvernement, les productions et le commerce de la Régence
le Tunis.
[Affaire* étrangères. Mim. et Doc. Afrique, t. IV, f US.)
LE C'* DB 5ARTINE A DE SAIZIBL'.
94. — Versailles, 23 octobre / 775. — Le Ministre lui fait part de la
nissiOQ du sieur de Faucher à Tunis. Il lui recommande d'éluder la
proposition que fait le Bey de celte Régence d'envoyer un de ses sujets
;n France pour féliciter le Roi sur son avènement au trûne.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, i7H, f. et t.)
[4775] AVEC LA COUR DE FRANCE 41
MÉMOIRE DU ROI POUR SERVIR D'INSTRUCTION
A DE FAUCHER * ET DE NARBONRE-PELLET *.
95. — Versailles, 23 octobre i775. — Ces officiers, chargés d*aller
croiser dans les mers de Barbarie et du Levant, devront faire escale à
Alger, puis à Tunis, et s'entendre avec les Consuls pour aller saluer les
chefs de ces Régences et pour les assurer des dispositions amicales de
la Cour de France.
{Affaires éirangires^ Levant et Barbarie, /775, f. 67â et 6S3.)
ALI, BEY DE TUNIS, A LOUIS XVI.
96. — Le Bardo, octobre 1775. — « A notre sincère, véritable et
grand ami l'Empereur de France, revêtu de la plus sublime majesté et
de la plus haute grandeur, possesseur de Tautorité et de la gloire. Je
fais les vœux les plus ardents pour son bonheur et forme pour tout
ce qui peut l'intéresser les souhaits les plus favorables que puisse
inspirer la sincère amitié.
Dans le temps que je mets toute mon attention à exécuter avec la
plus scrupuleuse exactitude les traités qui sont entre la couronne de
France et cette Régence et que je ne néglige rien de ce qui peut con-
courir à entretenir la bonne harmonie qui règne entre les deux
royaumes, dans cet instant-là même, où me reposant sur la pureté de
mes intentions, sur la droiture de mes actions et sur la foi des
traités, je crois jouir de la plus grande tranquillité, elle vient d'être
troublée par un événement qui a rempli mon àme de la plus cruelle
amertume; ma douleur est si grande que j'ai cru devoir la déposer
dans le sein de Votre Majesté.
Votre Majesté est instruite que le principal port de cette Régence
nommé La Goulette est ouvert à toutes les Puissances amies et alliées,
que de jour et de nuit leurs vaisseaux entrent et sortent librement
sans être assujettis à la moindre gêne. Quatre vaisseaux de cette
Régence, armés par ordre de la Sublime Porte et pour son service,
après avoir rempli la commission dont ils avaient été chargés, sont
rentrés dans le port de La Goulette et ont mouillé au milieu de cin-
1. Louis-François de Faucher, garde de la marine en 1734. sous-lieu tenanl d'ar-
tillerie en 1741, lieutenant en 1751, capitaine de vaisseau en 1757, colonel d'artil-
lerie en 1762, brigadier des armées navales en 1771, commandant la brigade de
Toulon en 1773, commandant la frégate L'Engageante en 1775, chef d'escadre en 1776,
retraité comme lieutenant général en 1776. (52 ans de services et 20 campagnes.)
Nous l'avons déjà rencontré à Tunis, en 1770, alors qu'il commandait Le Sagitlaire,
de l'escadre de M. de Broves.
2. De Narbonne-Pellet, lieutenant de vaisseau en 1759, garde du dépôt des plans,
cartes et journaux de la marine en 1762, capitaine de vaisseau en 1771, comman-
dant la frégate La Flore en 1775, mort en mer le 5 décembre 1775.
42 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [iT75'
quante à soixante vaisseaux marchands qui étaient à Tancre dans le
môme port. A peine arrivés, les troupes qui étaient dessus débarquèrent,
et Ton commença à décharger les munitions de guerre et de bouche.
J'envoyai quatre officiers à bord de chaque vaisseau pour présider à
cette opération ; dans le temps que les quatre vaisseaux étaient dans
la plus parfaite sécurité et croyaient jouir de la même sécurité dont
jouissent les vaisseaux européens mouillés à La Goulette, quelques
galiotes, parties de Ttle de Malte, entrèrent de nuit dans le port, pas-
sèrent au milieu des cinquante à soixante vaisseaux qui y étaient
mouillés, vaisseaux dont le plus grand nombre étaient français, et pro-
fitant des ténèbres de la nuit brûlèrent deux des quatre vaisseaux
tunisiens, et massacrèrent les quatre officiers que j*avais envoyés.
Dès que Ton aperçut du fort de La Goule tte la flamme des vaisseaux
incendiés. Ton disposa les batteries et Ton voulut faire feu sur l'ennemi,
mais les officiers du fort ayant observé qu'il y avait en face des baitertes
une quinzaine de vaisseaux français qui seraient exposés au feu du
canon et qui courraient le risque d'être coulés h, fond, ils n*osèrent
tirer et restèrent immobiles, sans savoir de quelle manière ils devaient
se conduire dans une si triste conjoncture. La crainte d'encourir mon
indignation, celle de faire un tort considérable aux négociants proprié-
taires de ces vaisseaux et plus encore le respect qu'ils devaient au
pavillon de Votre Majesté les retint et les empêcha de tirer vengeance
de leurs ennemis.
Si l'on fait réflexion qu'il a été impossible aux corsaires maltais de
pouvoir distinguer dans les ténèbres de la nuit les vaisseaux tunisiens
qui étaient à Tancre au milieu de soixante vaisseaux européens, on ne
doutera point qu'ils n'aient eu un guide qui a dirigé leur marche. Les
Maltais sont nos ennemis, ils nous font tout le mal qu'ils peuvent, ils
prennent nos bâtiments ou les coulent à fond, et mettent & la chaîne
ceux qui les montent; mais jamais ils ne brûlent nos bâtiments, surtout
quand ils sont mouillés au milieu d'autres vaisseaux européens, parce
que vous savez bien sur qui retomberait le dommage qui serait causé
aux vaisseaux marchands. Il est évident que les Maltais ont tué les
officiers qui étaient sur les vaisseaux incendiés afin que les guides qui
ont dirigé leur marche ne fussent pas découverts.
Mon dessein était de faire les recherches les plus sévères pour décou-
vrir ces guides et les punir de leur trahison, mais les représentations
de quelques-uns de mes amis et particulièrement celles du Consul de
France m'en ont détourné. Ce Consul craint que, la plupart des vais-
seaux qui étaient alors dans le port étant français, les coupables dans
\ino] AVEC LA COUR DE FRANCE 43
la recherche qui aurait lieu ne se trouvassent être français. Il a fait ses
efforts pour éloigner cette recherche et il m*a conseillé de m'adresser
à Votre Majesté. J'ai cru devoir déférer à la prière de ce Consul.
Puisque la tranquillité et la sûreté sont bannies du port de La Gou*
lette, je dois prendre les précautions les plus grandes pour les y rap-
peler; je ferai visiter les bâtiments qui y entreront de jour et de nuit
ou qui en sortiront, enân je n'oublierai rien de ce qui pourra con-
courir à rétablir la sûreté ; mais ces précautions porteront un dom-
mage considérable à plus de cinquante négociants et entraîneront la
ruine du commerce. Elles seront cause que Ton portera des plaintes
continuelles ô, Votre Majesté et qu'on Timportunera par des lettres et
des requêtes. Je ne puis me résoudre à faire une démarche qui puisse
le moins du monde occasionner de la peine et des embarras à Votre
Majesté. C'est pour éviter cet inconvénient que j'ai pris le parti de
représenter à Votre Majesté les choses comme elles se sont passées, et
de remettre k ses hautes lumières et k sa justice éclatante à décider
cette importante affaire. Je connais trop l'équité de Votre Majesté pour
m'imaginer qu'elle approuve ce qui s'est passé, et je m'en remets abso-
lument à son jugement tel qu'il sera. Du reste je me comporterai
comme par le passé, le port de La Goulette sera libre comme il l'a tou-
jours été, et je ne souffrirai point qu'aucun vaisseau soit inquiété, ni
que l'on cause le moindre dommage à personne. J'attendrai la réponse
de Votre Majesté : je me flatte qu'elle voudra bien avoir égard à mes
justes représentations et qu'elle daignera se ressouvenir de moi.
J'adresse mes vœux les plus ardents au Tout-Puissant pour qu'il
éloigne tout ce qui pourrait altérer la bonne intelligence et qu'il affer-
misse tout ce qui peut concourir k la paix et à la tranquillité. »
(Sceau) * (Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
LOUIS XVI A AU, BEY DE TUNIS.
97. — Fontainebleau^ i i novembre 1775. — u Illustre et magnifique
Seigneur,
Le comte de Sartine, notre Ministre, nous a présenté la lettre que vous
nous avez écrite pour nous informer de l'entreprise que quelques cor-
saires maltais ont exécutée dans la rade de La Goulette. Nous sommes
très fâché de ne pouvoir dans cette occasion vous donner des marques
efficaces de notre protection et de notre amitié, mais l'affaire pour
laquelle vous réclamez notre assistance est trop étrangère aux droits
de notre couronne pour que nous puissions vous procurer les répara-
tions que vous sollicitez. Nous laissons au comte de Sartine le soin de
44 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [i775]
vous informer des motifs qui s'opposent au désir que nous avons de
vous rendre service. L'assurance que vous nous donnez des sentiments
qui vous animent pour notre personne et des égards que vous avez
pour nos si^jets et notre pavillon impérial n'a pu que nous être ag^able,
et vous pouvez compter sur notre haute bienveillance. Sur ce nous
prions Dieu qu'il vous ait, illustre et magnifique Seigneur, sous sa
sainte et digne garde. »
{Affaires étrangères^ Levant et Barbarie^ 1775, f. 728.)
LE CS^ DE SARTINE A ALI, BEY DE TUNIS.
98. — Fontainebleau^ i 1 novembre i77ô. — « Très illustre et magni-
fique Seigneur,
J'ai remis dans les mains augustes de l'Empereur mon maître la
lettre que vous m'avez adressée pour Sa Majesté Impériale, et elle a
bien voulu y répondre, elle-même, sur ce que j'ai cru devoir l'assurer
du sincère désir où vous étiez de lui complaire et des égards que
vous aviez pour ses sujets et sa bannière impériale; vous pouvez
compter que Sa Msgesté Impériale s'intéressera à votre gouvernement,
tant que vous suivrez des principes conformes à l'amitié et à la jus-
tice. Je désire moi-même n'être jamais auprès de Sa Majesté Impériale
que l'interprète de votre bonne conduite envers la France, et auprès
de vous l'organe de la bienveillance de Sa Majesté Impériale, dont
je chercherai toigours à vous assurer les marques. C'est tout ce qu'il
m'est permis de vous ajouter sur cet objet par respect pour les nobles
caractères de Sa Majesté Impériale dont je vous remets la lettre comme
le signe et le sceau d'une bonne correspondance dont il ne tient qu à
vous de rendre les liens durables et les effets heureux.
Quant k l'affaire des corsaires maltais, la France doit être vis-
à-vis du Grand Maître comme elle serait vis-à-vis de vous si ce
Souverain ou tel autre Prince demandait à l'Empereur de lui procurer
de semblables dédommagements de votre part; je suis fâché que
la démarche que vous désirez ne soit pas praticable sous aucun
jour. Les Français n'ont eu aucune connaissance de l'expéditioD
que les Maltais ont faite dans la rade de La Goulette au moyen des
intelligences que nous ignorons. Nous ne pouvons prendre aucune
part aux suites d'un événement dont les Français ne doivent et ne
peuvent répondre en quoi que ce puisse être. Il semblerait qu'il n'au-
rait tenu qu'à eux de les prévenir, s'il était en leur pouvoir de les
réparer, et rien ne peut être moins présumé. Les Maltais ont tenté une
X expédition sur vos côtes Vous ne pouvez vous en prendre qu*à Malte ;
[1775] AVEC LA COUR DE FRANCE 46
c'est un Ëtat souverain auquel Sa Majesté Impériale ne peut donner
aucun ordre et qui dispose de ses forces et de ses armements, indépen-
damment de Tinfluence d'aucune Puissance, comme il est en plein droit
de le faire. Le Grand Maître a, comme il le doit, pour Sa Majesté Impé-
riale et pour sa couronne le plus grand respect, mais Sa Majesté Impé-
riale ne peut rien prendre sur elle de contraire à la souveraineté indé-
pendante et reconnue de ce Prince et de son ordre, et je ne vous
dissimulerai pas qu'elle aurait pu être surprise qu'une raison aussi
frappante n'ait pas arrêté votre proposition. Malte se gouverne et fait la
guerre sans que Sa Majesté Impériale y entre que pour ce qui est de
ses droits, et elle ne peut se compromettre à faire demander aux Mal-
tais ce qu*ils ne manqueraient pas de refuser pour un fait qui ne
dépend pas de l'étendue de sa puissance.
J*ai une trop haute idée de votre sagesse et de vos lumières pour ne
pas être persuadé que vous sentirez la force des motifs qui s'opposent
au désir que j'aurais de vous rendre mes offices utiles. Vous éprouverez
toujours ma bonne volonté lorsque les circonstances me permettront
de vous en donner des marques.
Je vous recommande toujours le Résident que Sa Majesté Impériale
entretient auprès de vous.
Je ne doute point que vous ne donniez la plus grande attention pour
tout ce qu'il vous représentera pour le service de Sa Majesté Impériale
et Fintérôt de ses sujets. Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une
bonne santé. J'aurais le plus grand plaisir de vous faire connaître en
toute occasion combien je suis, cordialement et plus entièrement que
personne,
Votre très parfait et sincère ami. »
(Archives du Gouvernement tunisien, Palais Dar-el-Bey, 1773-1 80 f, 44,)
DB SAIZIEU AU &" DE SARTIMB.
99. — Tunis, iô novembre i775. — Il a recherché les moyens
d'obtenir dans la Régence un établissement analogue à ceux que la
Compagnie d'Afrique possède en Algérie '.
Sidi Mustapha pense qu'aucune considération ne pourra engager le
Bey à mettre entre nos mains la sortie et l'entrepôt des productions de
son royaume, mais que si les circonstances nous permettaient de fonder
un nouvel établissement, ce serait à l'île de Tabarque ' qu'il faudrait
songer de préférence.
(Affaires étrangères, C'* de Tunis,)
1. Voy. sur les Concessions d'Afrique en Algérie : Le Bastion de France, La Calle,
Bône, Le Collo, la Correspondance des Deys d'Alger avec la Cour de France, 1. 1 et II.
2. Voy. t. 11, p. 562.
46 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [iT76;
DE SAIZIEU AU C^^ DE SARTINB.
100. — Tunis, i " décembre 1775. — La frégate du Roi VEngageanit,
sous les ordres de M. de Faucher, a mouillé dans la rade le 17 novembre.
Le Consul s*est aussitôt rendu à bord, et il a concerté avec ce com-
mandant l'exécution des ordres dont il était porteur. Le Bey lui a fait
rendre les honneurs et lui a déclaré dans une audience publique qu'il
désirait par-dessus tout mériter la bienveillance du Roi de France.
{Affairée étrangères, C*'* de Ttinis.)
DE SAIZIEU AU C^^ DE SARTINB.
101. — Tunis, 42 décembre 4775, — La frégate du Roi La Flore
sous les ordres de M. de Ghaumartin, successeur de M. de Narbonne-
Pellet qui en avait le commandement*, a mouillé à LaGoulette par un
temps qui n'a pas permis au Consul de se rendre à bord. Elle a dû
remettre à la voile pour les Échelles du Levant.
{Affaires étrangères, C** de Tunis.)
DE SAIZIEU AU G** DE SARTINB.
102. — Tunis, 20 décembre 4775, — Le Bey a reçu d'Alger un avis
l'informant que de concert avec l'Espagne la France devait surprendre
le royaume de Tunis au printemps prochain et y opérer la révolution
que ces deux Puissances projetaient d'amener dans toute la Barbarie.
Ce Prince a fait mander aussiUH le Consul, qui l'a calmé à grand'peine
et sans pouvoir le convaincre du mensonge intéressé des Algériens.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
LE C^^ DE SARTINB A ALI, BEY DE TUNIS.
108. — Versailles, 27 janvier 4 776. — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
Je viens de recevoir la relation de ce qui s'est passé entre vous et le
sieur de Saizieu, au sujet des soupçons que vous lui avez témoignés.
Je ne saurais vous dissimuler toute ma peine et mon étonnement, et
je ne puis concevoir qu'il y ait eu des gens assez osés pour donner à
l'Empereur mon maître des vues et des projets qui ne sauraient se
concilier avec la droiture de ses intentions et les preuves de justice
qu'il a données à l'univers depuis qu'il est monté sur le trône de
France. Mais ce qui a augmenté encore plus ma surprise, c'est de voir
que vous ayez prêté l'oreille à des insinuations fausses, qui n'auraient
pu que vous compromettre si mon amitié pour vous ne m'avait déter-
1. Voy. la note 2, p. 41.
[1776] AVEC LA COUR DE FRANCE 47
miné à cacher à mon mattre des détails qui lui auraient laissé des
impressions fâcheuses sur la faiblesse avec laquelle vous avez écouté
des avis qui ne peuvent partir que d'une main ennemie et dont Tobjet
ne peut être que de vous entraîner dans des embarras fâcheux pour
votre sûreté et votre royaume. Ces gens malintentionnés, quels qu'ils
soient, devraient faire plus d'attention à ce qu'ils ont à appréhender de
la puissance de Sa Majesté, s'ils étaient aussi osés que de pousser k
bout sa bonté et sa patience. Si Sa Majesté Impériale savait qu'on a
osé tramer un complot aussi noir, elle n'hésiterait pas à en vouloir
connaître les auteurs, et rien ne pourrait les soustraire au châtiment
qu'ils méritent pour avoir voulu jeter quelques soupçons sur les senti-
ments de bienveillance que Sa Majesté Impériale vous accorde et dont
elle veut bien honorer vos sujets et votre pays.
Si des liaisons incompatibles avec la dignité de l'auguste prédé-
cesseur de mon maître, si des conseils perfides avaient fait élever sur
vos Ëtats un orage que votre sagesse a su en écarter, il n'en reste plus
aucun souvenir aux Français, et le jour de la signature de la paix a
été un jour de réconciliation et qui a resserré à jamais les liens qui
doivent unir l'Empire de France et votre royaume.
Mon maître ne marche que dans des voies droites et grandes :
l'honneur, la vertu, la justice dirigent ses démarches, et il est bien
éloigné d'avoir conçu l'idée de faire occuper votre royaume par ses
armées, dans le temps que fidèle aux traités vous ne lui avez donné
aucun sujet de plainte et qu'il vous regarde comme un allié attaché à
sa couronne. Pouvait-il vous donner des preuves plus convaincantes de
son amitié que celles que vous venez d'éprouver de sa part! Sur le
désir que vous lui avez montré de lui envoyer un Ambassadeur pour le
féliciter de son avènement au trône. Sa Majesté a bien voulu l'agréer
et destiner une de ses frégates qui ira le prendre à la fin de mars pour
le conduire dans les terres de sa domination, et le mettre à l'abri des
risques qu'il pourrait courir s'il rencontrait des bâtiments ennemis
des Tunisiens.
Jamais les peuples de l'Afrique n'ont ressenti des marques plus effi-
caces de la protection de Sa Majesté Impériale, et c'est dans ce
moment que Ton suppose à l'Empereur des desseins contraires aux
traités qui existent heureusement entre la France et Tunis. Lie sieur
de Saizieu ne pouvait que les démentir hautement comme étant dénués
de toute vraisemblance. Il n'en a jamais pu être question dans les con-
seils de Sa Majesté Impériale. Ses forces ne seront jamais employées
que contre ses ennemis et ^eux qui tent^aient de provoquer sa ven-
48 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1776]
geance. Ses amis et ses alliés doivent se reposer sur sa fidélité à main-
tenir les traités.
Le sieur de Saizieu ne m*a point laissé ignorer que les explications
qu'il vous avait données avaient fait sur votre esprit TimpressioD
qu*elles devaient y produire, et je suis convaincu que vous vous
tiendrez en garde contre des avis qui ne pourraient que mettre un
refroidissement entre les Français et les Tunisiens et qui obligeraient
Sa Majesté Impériale, s'ils étaient sus d'elle, à prendre des mesures effi-
caces afin de ne pas laisser impunis des outrages qui toucheraient de
trop près son honneur. Les auteurs de pareils complots ne poorraienl
échapper à sa vengeance.
Plaise à Dieu de détourner tout dessein qui pourrait vous enlever
l'amitié et les bontés de cet auguste monarque qui vous aime et qui se
fera un plaisir de montrer à votre Envoyé tout le cas qu'il fait de
vousl
J'espère que vous me mettrez à portée de vous rendre service dans
toutes les occasions, et je les saisirai avec empressement.
Je mettrai dans l'oubli le plus profond tout ce qui s'est passé; je
n'en écrirai pas même au Résident de Sa Majesté Impériale à Alger '
pour en porter des plaintes au Dey. Il vaut mieux le laisser ense-
velir dans le silence, bien persuadé que vous n'ajouterez plus de foi à
tout ce qui pourrait être contraire à l'amitié qui unit les Français et
les Tunisiens.
Je n'ai étendu cette lettre que pour avoir avec vous une explication
confidentielle que les circonstances rendaient nécessaire, et dont j'ai
été d'autant plus aise qu'elle est particulière et secrète entre vous et
moi et qu'elle doit vous faire connaître les véritables sentiments que
j'ai pour vous.
Vous pouvez dans toutes les occasions vous ouvrir avec le sieur de
Saizieu. Je vous prie de l'accueillir toujours avec amitié, parce que je
crois qu'il vous est réellement attaché et qu'il ne fera rien que sur des
ordres précis de ma part. Je me flatte que, de la vôtre, vous chercherez
à seconder mes bonnes intentions.
Je serai toujours empressé d'adoucir les affaires au lieu de les aigrir
et de rendre mon ministère l'époque de la meilleure intelligence, dès
que vous m'en rendrez les moyens praticables, sans que la dignité de
mon maître et les véritables intérêts de sa couronne puissent en
souffrir. Je ne saurais mieux vous faire connaître mes sentiments per-
1. Robert-Louis Langoisseur de la Vallée (1773-1182).
[i776] AVEC LA COUR DE FRANCE 49
sonnels pour votre service, rattachement et la haute considération
avec lesquels je suis plus parfaitement que personne, très illustre et
magnifique Seigneur,
Votre parfait et sincère ami. »
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie y /77tf, f, 4S.)
DE SAIZIEU AU C^ DE SARTINE.
104. — Tunisy 23 février i 776. — La dernière lettre du Ministre au
Bey de Tunis a enfin détruit chez ce Prince et son gendre les soupçons
qu'Alger leur avait inspirés contre nous. Ils sont actuellement disposés
Tun et l'autre à recourir au Roi si l'Espagne ou Alger continuent à
les menacer.
(Affaires étrangères, C'"* de Tunis,)
DE SAIZIEU AU C^^ DE SARTINE.
105. — TuniSf 2 avril 1776. — Le Consul envoie l'état des pré-
sents qu'il a offerts par ordre du Ministre au gendre du Bey de Tunis *.
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
LE C^ DE SARTIME A ALI, BEY DE TUNIS.
106. — Versailles, 29 avril 1776. — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
J'ai appris avec plaisir que j'avais pu réussir à vous convaincre des
véritables sentiments de Sa Majesté. Vous devez compter sur les
mêmes sentiments de ma part, tant que vous ferez observer avec une
scrupuleuse attention les traités qui unissent les Français et les Tuni-
siens et que vous chercherez à donner des preuves de votre attache-
ment à la couronne impériale de France.
Vous devez éloigner de votre personne tout ce qui pourrait vous
inspirer de la méfiance sur nos dispositions. Les vues du conseil
impérial de Sa Majesté sont, droites et grandes. La justice en est la
base. Rien ne pourra altérer la bonne harmonie qui règne entre nous,
si de votre côté vos démarches répondent aux assurances que vous
m'avez données. Je me ferai toujours un plaisir de vous faire ressentir
les effets de la bienveillance de Sa Majesté Impériale.
Vous aurez agréable de me faire prévenir quelque temps à l'avance
du départ de votre Envoyé que Sa Majesté Impériale veut bien agréer,
1. Un sopha à la turque couvert d*éto(Tes d'or de Lyon et les coussins de même
galonnés d'or, un bassin et son aiguière d'argent, huit pièces de draps de couleur,
un portefeuille brodé, un service à thé en porcelaine, une caisse de confitures
sèches, une caisse de confitures liquides, une caisse de dragées, deux caisses de
prunes, 150 livres de chocolat, un baril de café, un baril de sucre en poudre,
i02 livres de sucre royal en pains, iOO livres de bougies, une barrique de bière Je
Hollande, soit au total : 8,508 liv., 01.
4
50 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS T^*^"*]
et dont le voyage a été différé, pour que je puisse donner dans nos
ports les ordres nécessaires pour l'y recevoir.
Donnez-moi des nouvelles de votre santé. Vous savez avec quel
intérêt je vous les demande. La mienne est bonne. Soyez bien assuré
que personne n'est plus cordialement que moi, très illustre et magni-
fique Seigneur,
Votre très sincère ami. »
{Affaires^élrangères, Levant et Barbarie^ 177€, f. ti6.]
ALI, BEY DE TUNIS, AU C^ DE SARTINE.
107. — Tunis ^...juillet / 776. — Après vous avoir présenté les vœux
les plus sincères que puisse dicter Tamitié la plus pure, j'ai rhonneur
de vous informer que j'ai reçu par le canal de votre Consul la lettre
dont vous m'avez honoré et que je l'ai lue avec la plus grande atten-
tion. Mon dessein, en faisant part à votre Consul de l'article connu de
nous deux et qui faisait l'objet de votre dernière lettre, a été de vous
donner une preuve de ma sincérité et de ma droiture. Mon empresse-
ment à vous instruire de ces bruits aussitôt qu'ils parvinrent à ma
connaissance ne provenait point de ce que j'eusse conçu le moindre
doute sur vos démarches, mais je crus qu'il était de mon devoir de ne
pas vous laisser ignorer ces choses, parce que ce qui était léger dans
son principe pouvait devenir grave par la suite si je différais à vous
le faire savoir. Je voulais en même temps que vous reconnussiez que
souvent ceux qui passent pour être amis des deux côtés inventent de
pareilles faussetés et cherchent à semer le trouble.
Si je n'avais pas eu la confiance la plus grande dans les sentiments de
l'Empereur de France et dans les vôtres, je me serais tu et j'aurais gardé
le secret. J'aurais cherché à approfondir par d'autres moyens la vérité
de ces bruits, je me serais bien donné de garde d'en faire part à votre
Consul et j'aurais tenu une conduite toute différente. Je me flatte que
vous rendrez justice à la pureté de mes intentions sur ce point. Grâces
à Dieu je ne me reproche rien, et je n'ai fait aucune démarche qui ait
pu indisposer l'Empereur de France et me priver de ses bonnes grâces.
De mon côté je n'ai qu'à me louer des bons procédés de la France, et
vous savez qu'il ne s'est rien passé de votre part qui ait pu changer
les dispositions où je suis avec elle; ainsi vous devez être bien per-
suadé que des bruits faux et inventés par des calomniateurs n'ont pas
été capables de me troubler ni de m'inquiéter et que je n'y ai ajouté
aucune foi; c'est parce que je ne les ai pas crus véritables que j'ai osé
en faire part à votre Consul et à vous.
[1776J AVEC LA COUR DE FRANCE 81
Les choses étant ainsi, mon sentiment est que dans les affaires qui
surviennent entre nous, petites ou grandes, yéritables ou fausses, nous
devons en conférer tout de suite ensemble sans avoir recours h des
informations étrangères. J'ai fait telle chose, vous avez fait telle chose,
mon dessein est tel, le vôtre est tel, qu'en pensez-vous et quel est
votre sentiment? Par de semblables propos on se consulte réciproque-
ment et personne ne s'ingère dans nos affaires. Personne ne doit être
instruit des choses que je traite avec TËmpereur de France et ses
Ministres; c'est l'unique moyen de couper racine aux faux bruits, à
l'intrigue et à la calomnie; c'est là ma façon de penser à ce sujet et je
ne doute point que la vôtre n'y soit conforme. Ainsi désormais dès que
j'entendrai dire quelque chose de dehors, soit en bien, soit en mal, je
n'y ajouterai aucune foi, mais je m'empresserai de vous en instruire
sur-le-champ et je croirai avoir rempli un devoir que m'impose l'amitié.
Nous n'ajouterons de part et d'autre aucune foi à ces bruits vagues qui
courront, mais nous nous en ferons part réciproquement; de cette
façon-là la vérité se découvrira, et ceux qui auront inventé ces faux
bruits seront couverts de honte, ce qui se sera passé et nos lettres
seront oubliés. Je suis enchanté de ce que vous avez jugé à propos
de ne pas importuner l'Empereur de France des mensonges et des
calomnies dont je vous avais entretenu; je connaissais, en vous en
faisant part, vos hautes lumières et la prudence dont vous êtes doué.
Je fais des vœux pour votre bonheur et pour la durée d'un Minis-
tère qui fait le bonheur de tous ceux qui ont à traiter avec vous.
Votre Consul vous a informé avec fondement que j'étais dans le
dessein d'envoyer un Ambassadeur, c'est une loi de l'amitié de nommer
un Envoyé porteur de quelques présents pour féliciter l'Empereur de
France sur son glorieux avènement à la couronne, mais des affaires
très pressées qui me sont survenues m'ont fait différer cette mission.
Dès que j'aurai terminé ces affaires, je m'occuperai de cet objet
important pour moi; vous n'ignorez point les dispositions où je suis
de vous être utile et de vous donner des preuves de mon zèle pour
votre personne.
Je fais des vœux auprès du Tout-Puissant pour qu'il éloigne de nous
toute semence de division et pour qu'il conserve et augmente la bonne
harmonie. »
{Sceau) {Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
DE SAIZIEU AU C^ DE SARTINE.
108. — Tiinis, 7 juillet 1776. — Le Bey est complètement revenu
des préventions que les avis d'Alger lui avaient inspirées. Il voulait
52 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1776;
hâter le départ de son Envoyé en France et faire présenter immédiate
ment ses hommages au Roi, quelque opinion qu'on pût en concevoir
à Alger, mais le Consul Ta engagé à remettre k Tautomne le projet de
cette ambassade. On s'occupe de réunir des chevaux destinés au Roi.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
LE C^« DE SARTIIfE A DE SAIZIED.
109. — Versailles^ 22 juillet i 776, — Le Consul est chargé déporter
de vives plaintes au Bey contre un rets tunisien nommé Hassen.
{Aff'aires étrangères. Levant et Barbarie, 4776, f, 4i7.)
DE SAIZIEU AU G**' DE SARTINE.
110. — Tunis, 20 août 1 776. — La frégate du Roi L'Eclair^ sous les
ordres du comte de Forbin *, est arrivée à Tunis. Le Consul a demandé
audience pour cet oficier, qui est venu présenter ses compliments au
Bey et qui Ta prié d^accorder à. de Saizieu un congé nécessaire pour
rétablir sa santé.
Le Bey a fort bien accueilli M. de Forbin, mais il n'a pas voulu con-
sentir au départ du Consul.
{Affaires étrangères, C**» de Tunis.)
LE C^ DE SARTINE A DE SAIZIEU.
111. — Versailles, 26 août 1776. — Plaintes relatives à un corsaire
de Tunis qui a exigé qu'un capitaine français, de La Ciotat, lui remît
divers instruments de navigation.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, 1776, /". 490.)
m
LE C*° DE SARTINE A DE SAIZIEU.
112. — Versailles, 9 septembre 1776. — Il lui annonce Tenvoi d'une
frégate à Tunis, pour aller prendre TEnvoyé du Bey et Tamener en
France.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, 4776, f. 5i3.)
DE SAIZIEU AU C^*" DE SAHTINE.
113. — Tunis, i 3 septembre 17 76. — Le Consul fait appel à la géné-
rosité du Ministre en faveur des esclaves corses qui, las d'attendre leur
liberté, le menacent d'apostasier.
{Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
LE C^*' DE SARTINE A DE SAIZIEU.
114. — Versailles, 30 septembre 1 7 76. — Le Ministre le prévient de
l arrivée prochaine à Tunis de la frégate du roi L'Aurore, commandée
i. Charles-Gaspard- Hyacinthe, comte de Forbin, surnommé le marquis de Pont-
à-Mousson, garde de la marine en 1156, lieutenant de vaisseau en 1165, capitaine
faisant partie de l'escadre du bailli de SufTren aux Indes en 1781, démissionnaire
en 1184.
[1776] AVEC LA COUR DE FRANCE 53
par le chevalier de Coriolis d'Espinouse *, qui doit y prendre l'Envoyé du
Bey et Tamener en France.
{Affaires étè'angères. Levant et Barbarie, i776y f. 578,)
MÉMOIRE DU ROI POUR SERVIR D'INSTRUCTION
AU CH®'* DE CORIOLIS D'ESPINOUSB, CAPITAINE DE VAISSEAU
COMMANDANT « L*AURORR ».
115. — Versailles^ 30 septembre i 776. — « Sa Majesté ayant jugé
à propos de faire connaître ses intentions au chevalier de Coriolis
d'Espinouse sur sa destination, elle lui prescrit de descendre à Tunis
dès que le sieur d'Apchon ' aura fait route pour les mers du Levant.
Le Bey de Tunis ayant désiré de faire passer en France un Envoyé
extraordinaire pour féliciter Louis XVI sur son avènement au trône et Sa
Majesté ayant agréé cette mission, elle a décidé de faire embarquer cet
Envoyé, ses officiers, ses domestiques et les présents du Bey sur la
frégate L'Aurore. Sa Majesté a ordonné au sieur de Saizieu de convenir
avec ce Prince de Tépoque de cette ambassade, et elle a été fixée pour
le départ de Tunis du 10 au 20 novembre.
A son arrivée à Tunis le chevalier d'Espinouse concertera avec le
sieur de Saizieu tous les arrangements nécessaires pour le passage de
TEnvové et de sa suite; il se rendra à Toulon sans relâcher dans aucun
port à moins d'y être forcé. Il lui est expressément recommandé
d'avoir pour l'Envoyé et ses officiers tous les égards qu'ils méritent.
C'est un objet auquel il devra donner la plus grande attention '... »
. (Affaires étrangères. Levant et Barbarie, i776, f. 577.)
DE SAINT-DIDIER ^ A MUSTAPHA- KHODJ A >.
116. — Versailles^ 30 septembre 1776. — « Très illustre et magni-
fique Seigneur,
J'ai vu avec plaisir que M. le comte de Sartine avait déterminé Sa
Majesté Impériale à agréer l'ambassade que votre souverain veut lui
envoyer pour le féliciter sur son auguste avènement au trône. Notre
ami de Saizieu vous dira toutes les mesures qui ont été concertées pour
assurer et faciliter en France le passage de l'Envoyé. Comme Sa Majesté
Impériale m'a chargé de lui faire les honneurs à Paris et à Versailles,
il reconnaîtra aux attentions que j'aurai pour lui le désir que j'ai de
1. Voy. la note 1, p. 43.
2. Voy. la note 2, p. 6.
3. Voy. la lettre du Ministre au chevalier de Coriolis d'Espinouse, 3 février 1777.
sur les éloges donnés & la manière dont il a rempli sa mission [Affaires étran-
gères. Levant et Barbarie, 4777, f. SS).
4. Voy. la note 5, p. 38.
5. Ministre du Bey de Tunis.
54 CORRESPONDANCE DES BEY8 ET DES CONSULS [1776]
vous faire connaître combien m'est cher tout ce qui vient de votre part
Cette mission d'éclat ne peut que resserrer de plus en plus les liens qui
unissent les Français et les Tunisiens.
Je ne suis pas sans inquiétude sur la santé de notre ami de Saizieu.
Si les remèdes qu'il fait ne le guérissent pas entièrement, il faudra
qu'il vienne prendre l'air natal. Je sais que vous aurez de la peine à
vous séparer de lui, mais il n'y a point de sacrifices qui coûtent à
l'amitié pour un objet intéressant.
Ménagez votre santé, elle m'est aussi chère que la mienne. Adminis-
trez longtemps les affaires de Tunis pour le bonheur des Tunisiens et
des Français qui résident dans ce pays. Tels sont les vœux que je
forme pour vous. J'ai été pénétré des bontés que vous m'avez témoi-
gnées au nom du Bey. Je vous prie de lui témoigner mon respecL
J'ai l'honneur d'être avec le plus sincère attachement, très illustre
et magnifique Seigneur,
Votre parfait et sincère ami. »
{Affaires itrangèresy Levant et Barbarie^ 1776, f. €81,)
DB SAIZIBU AU C*^ DB SARTINE.
117. — Tunw, / / octobre 1776. — Les mariages du fils aîné du Bey
et de son neveu se sont célébrés ensemble avec une égale magnificence;
le âls du Bey a été désigné pour lui succéder et a reçu les hommages
des grands du Royaume qui ont abandonné son neveu '.
Le Consul a donné des fêtes, dans le Fondouk, à l'occasion de ces
mariages; le Bey l'en a remercié et lui a renouvelé toutes ses protes-
tations d'amitié et de dévouement.
(Affaires étrangères^ C?** de Tunis,)
LB C^<> DE SARTINB A DE SAIZIBU.
118. — Fontainebleau, 2i octobre i776, — Le Ministre Tentretient
des diiTlcultés que présente un rachat général d'esclaves, sollicité par
l'Archevêque de Paris '. « Je sais tout l'inconvénient qu'il y aurait à
s'écarter des maximes qui ont dirigé jusqu'ici ces actes de charité,
aussi, si je tentais de délivrer ceux qui se trouvent actuellement à
Tunis, j'y suivrais des voies détournées pour ne pas exciter par une
i. Voy. État des dépenses du Consul de France à Voccasion du mariage du fils aîné
du Bey^ célébré le 5 octobre 1716, pour graisses et lampions de IMllumination du
Fondouk, location de tapisseries, salves d'artillerie et artifices de France, etc. :
907 p. 12.
2. Christophe de Beaumont. — Voy. d'autre part une lettre de M. de Sartine,
du 24 février 1777, sur les difficultés éprouvées, par les Pères de la Rédemption,
pour recueillir les aumônes destinées au rachat des captifs de Barbarie, leurs
démarches étant traversées par les manœuvres des faux quêteurs {Marine, B* 44/).
[1776] AVEC LA COUR DB FRANCE 55
démarche d*éclat ceux qui abandonnent leur patrie et passent au ser-
vice des Puissances étrangères à se croire assurés de l'impunité lors-
qu'ils auraient atteint les Ëtats de Barbarie. Je conçois bien que, s'ils
avaient Tespoir d'y trouver la fin des peines qu'ils se sont attirées par
leur inconduite, nous serions exposés à les y voir accourir de toutes
parts. Je ferai connaître à M. l'Archevêque de Paris les difficultés qui
m'empêchent d'entrer dans ses vues à cette occasion.
Quant aux Corses dont les sollicitations deviennent pressantes et
sont d'ailleurs mieux fondées, je suis très disposé à y avoir égard,
mais je n'ai pas bien compris comment vous espérez surmonter les
obstacles que leur rachat doit rencontrer, dès qu'ils sont occupés pour
la plupart au service personnel du Bey.
Je ne pourrai vous dire mon sentiment sur cet objet que lorsqu'il
me sera mieux connu, et je vous prie de vouloir bien m'envoyer un
état du nombre de ces esclaves et du prix auquel vous espérez obtenir
leur affranchissement. »
{Affaires étrangères^ Levant et Barbarie, i77$, f, €i3,)
DB SAIZIEU AU C'^ DE SARTINE.
119. — Tunisj 17 novembre i 776. — La frégate du roi L'Aurore^
commandée par M. le chevalier d'Espinouse V et la barque L Éclair^ sous
les ordres de M. le comte de Forbin *, ont mouillé ensemble au cap Car-
thage hier matin '. Le Consul en a averti le Bey, qui lui a donné ses
ordres pour le salut. Il concertera avec M. le chevalier d'Espinouse les
détails de sa mission à. Tunis et le conduira à l'audience du Bardo,
ainsi qu'il en est convenu. Le départ de l'Ambassadeur aura lieu dans
les premiers jours de décembre.
(Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
DE SAIZIEU AU C^ DE SARTINE.
120. — Twnif, 3 décembre i 776. — Il propose de négocier de suite
la rédemption générale des Corses esclaves à Tunis; elle pourrait être
entreprise dans les circonstances présentes avec de grandes chances
de succès.
(Affaires étrangères, C'* de Tunis.)
1. Yoy. la note 1, p. 13.
2. Yoy. la note 1, p. 52.
3. Voy. État des rafraîchissements envoyés par le Bey de Tunis à bord de ta fré'
gâte du roi L'Aurore, 17 nov. 1176 : 4 quintaux de riz, 8 jarres de beurre, 10 bœufs,
20 moutons, S quintaux d'huile, 5 charges de chameau de bois à brûler, 5 charges
de charbon, 50 livres de café, 50 livres de sucre, 100 bougies, 200 poules, 100 pigeons,
10 charges de grenades, 5 charges de coings, 800 œufs, 8 charges d'herbages.
{Affaires étrangères, C"" de Tunis.)
Suivant l'usage, un ofHcier du Bey accompagnait ce présent à bord, était salué
de 5 coups de canon et recevait un présent de 100 piastres du Ck>n8ul. Quant aux
rafraîchissements, ils étaient répartis parmi les équipages.
86 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1776;
DE SAIZIEU AU C^ DE SARTINE.
121. — Tunis, i2 décembre 1776. — Le Consul rend compte des
incidents qui ont contrarié et retardé le départ de TAmbassadeur de
Tunis. Sidi Mustapha avait fixé le choix du Bey sur Suleyman-Agha et
tout était en mouvement pour le départ de cet officier, lorsqu'une
maladie du Ministre suspendit ces préparatifs.
De Saizieu a fait réunir et embarquer le 11 courant tout ce qui se
trouvait prêt pour composer le présent du Bey au Roi. Suleyman-Agha
est le seul officier auquel on pouvait confier avec décence cette mis-
sion; il doit se rendre demain k bord du bâtiment du chevalier d'Espi-
ûouse, et Sidi Mustapha a annoncé son intention de Ty accompagner.
{Affaires étrangèrtSy C** de Tunis.)
DE SAIZIEU AU C^ DE SARTINE.
122. — lunis^ i 2 décembre i 776, — Le chevalier d'Espinouse s'esl
rendu à Taudience du Bey, qui Ta accueilli de la manière la plus flat-
teuse. Ce Prince a désigné comme Ambassadeur Suleyman-Agha, qui
s'embarquera demain, si le temps le permet, avec les présents du fiey
pour le Roi de France *.
ALI, BEY DE TUNIS, A LOUIS XVI.
123. — Tunis, 12 décembre 1776. — « Au très auguste, très grand,
très formidable Empereur de France, le plus glorieux des Princes chré-
tiens et le plus respectable des monarques qui professent la religion
du Messie, — que sa fin ne soit que le commencement d'une vie encore
plus heureuse ! — Salut.
Après avoir présenté à Votre Majesté Impériale l'expression respec-
tueuse de notre entier dévouement pour votre personne sacrée, nous
osons vous représenter que le vif intérêt que nous prenons au bonheur
des Français, dont Tépoque glorieuse est votre avènement au tr<!^ne de
vos ancêtres , nous avait inspiré depuis longtemps le désir de vous
faire parvenir, par l'organe d'un Envoyé extraordinaire, notre sincère
1. État des présents du Bey de Tunis pour le Roi : trois esclaves corses; un
déserteur français; six chevaux; une selle brodée en or et garnie en argent; dix
couvertures de laine; six mouchoirs en soie et argent; six fontes en soie et argent:
douze paires de babouches brodées en or et argent; deux sabres en argent; quatre
yatagans en argent; six portefeuilles brodés en or et argent; deux lions.
Pour le comte de Sartine : deux chevaux; cinq couvertures; deux tayoUes;
deux fontes; deux paires de babouches; deux paires de babouches pour femme; un
sabre; deux yatagans; deux portefeuilles; deux caisses d*eau de fleur d'oranger:
une caisse d'eau de rose.
État des Tunisiens qui passent en France : Suleyman-Agha, général des spahis.
Envoyé extraordinire, Nahman chérif, Ramadan Arnahout, Kaît Osman, trois domes-
tiques.
[17761 AVEC LA COUR DE FRANCE 57
congratulation ; des affaires survenues dans ce long intervalle vis-à-vis
de la Porte ottomane ne nous ont pas permis de remplir ce premier
devoir de Tamilié. Nous saisissons avec le plus grand empressement le
premier instant que nous pouvons consacrer à ce précieux sentiment,
et nous avons choisi Suleyman-Âgha, général de notre cavalerie et un
de nos officiers les plus émérites, pour remplir dans votre Cour impé-
riale les fonctions de notre Envoyé. Nous osons espérer que Votre
Majesté Impériale daignera Thonorer d'un regard favorable, prêter
une oreille propice au langage plein de vénération et de respect qu'il
lui tiendra de notre part, et agréer avec bonté quelques esclaves et
quelques chevaux choisis qu'il est chargé de présenter à Votre Majesté
Impériale comme la preuve du désir que nous aurons toujours de
mériter votre haute bienveillance. Nous faisons les vœux les plus
ardents pour la prospérité de votre empire et pour la prolongation de
vos jours précieux, dans la certitude où nous sommes que la bonne
harmonie et la sincère amitié qui nous unissent sont à jamais indis-
solubles, sous de si heureux auspices. »
(Sceau) (Alfa\re8 étrangères, C*** de Tunis.)
AU, BEY DE TUNIS, AU C^ DE SARTINE.
124. — Tunis, 12 décembre i776. — « L'honneur et la gloire des
grands de la religion du Messie, le conciliateur et le médiateur des
affaires les plus importantes, le possesseur de la prudence, de la jus-
tice et de toutes les vertus, le Vizir de l'Empereur de France, notre ami
le comte de Sartine, recevez les vœux que forme pour vous l'amitié la
plus pure et la plus sincère. Inspiré par les sentiments que je vous ai
voués depuis longtemps, je cherchais l'occasion de m'entretenir avec
vous, de m'informer de l'état de votre santé et de vous donner des
preuves de mon attachement. J'avais en même temps le plus grand
désir de faire passer jusques au trône de l'auguste Empereur de France,
notre grand ami, les vœux que j'avais formés k son glorieux avènement
à la co.uronne, et je voulais à cette occasion offrir quelques bagatelles
à l'usage de Sa Majesté Impériale. Des affaires sans nombre qui se
sont succédé les unes aux autres m'ont empêché jusques à présent de
remplir un devoir aussi cher à mon cœur. Je m'en acquitte aujour-
d'hui. Suleyman-Agha, général de ma cavalerie et que j'ai élevé moi-
même, est chargé de complimenter en mon nom l'Empereur de France
sur son glorieux avènement au trône. Il présentera en même temps à
Sa Majesté Impériale, en vertu de l'amitié qui nous unit, quelques che-
vaux de selle et quelques bagatelles à son usage que j'ai pris la liberté
88 CORRBSPONDANCB DES BEYS BT DES CONSULS [1776]
de lui envoyer. Je me flatte qu'à ma considération vous voudrez bien
honorer de vos bontés le dit Suleyman-Agha, le guider dans ses démar-
ches, et faire parvenir les présents dont il est porteur à leur desti*
nation.
Le même Suleyman-Agha a ordre de vous présenter en mon nom deux
chevaux et quelques bagatelles. Vous voudrez bien les recevoir comme
une faible marque de mon amitié; puisse-t-elle être éternelle! »
(Sceau) (Affaires étrangères, C de Tunis.)
MDSTAPHA-KHODJA AU C** DE SARTINE.
125. — Tunis, 12 décembre 1776, — « Très illustre et magnifique
Vizir de TËmpereur de France,
Veuillez recevoir les vœux que je forme pour tout ce qui peut contri-
buer à votre bonheur et à votre prospérité. Suleyman-Agha, capitaine
de la cavalerie et qui a été élevé sous les yeux et par les soins de mon
maître le Bey de Tunis, ayant été chargé d^une commission auprès de
rEmpereur de France, j*ai profité de cette occasion pour lui remettre
une lettre pour vous : elle contient les expressions fidèles de la sincère
amitié que je vous ai vouée sans avoir le bonheur de vous connaître
personnellement, amitié qui est parvenue au plus haut degré.
Je me flatte qu'à ma considération vous voudrez bien honorer le dit
Suleyman-Agha de vos bontés; il est aimé et considéré de mon maitre
le Bey de Tunis et un de ses favoris : je vous supplie de vouloir bien le
guider dans les démarches qu'il aura à faire et le favoriser de vos
conseils, qui lui seront d'autant plus nécessaires qu'il est naturelle-
ment timide et honteux et qu'il est un peu neuf pour une pareille
commission; vous êtes trop indulgent pour ne pas excuser son peu
d'expérience. Il a ordre de vous présenter en mon nom deux jeunes
chevaux de race, les plus beaux et les mieux choisis que j'aie pu trouver;
je désire que vous ayez du plaisir en les montant; j'ai joint quelques
bagatelles à votre usage dont la note est jointe à ma lettre ; je me flatte
que vous voudrez bien agréer le tout comme un faible témoignage des
sentiments de l'amitié que je vous ai vouée. Je fais des vœux au ciel
pour que rien n'altère cette amitié qui m'est si précieuse.
Je ne m'imagine pas que l'Empereur de France puisse avoir con-
naissance des trois bouteilles d'essence de rose que j'ai l'honneur de
vous envoyer, mais si une pareille bagatelle pouvait faire plaisir à
Sa Majesté Impériale, je vous en enverrais sur-le-champ. Si même il
était possible que l'Empereur de France en eût quelque envie, vous
pourriez donner à Sa Majesté Impériale deux bouteilles des trois que
[1777] AVEC LA COUR DE FRANCE 59
j'aî eu Thonneur de vous envoyer, je les remplacerais sur-le-champ
par d'autres bouteilles que je vous ferais passer. »
{ Affaires étrangère», C"* de Tunis.)
126. — État commercial de V Échelle de Tunis de 1760 à 1776,
Années. Maisons. Français. Importation». Exportations.
390,320 fr. 137,017 fr.
46,416... 126,645
1760. . . .
o . . .
. . 13
1761....
9 . . .
.. 11
1762....
O. . .
.. 11
1763....
0 . . .
.. 13
1764. . . .
5...
.. 12
1765....
D . . .
,. 11
1766....
6. . . .
,. 11
1767....
6. . .
.. n
1768....
6. . .
. . 15
1769....
6. . .
.. 15
1770....
6. . . .
. 15
1771....
6. . . .
. 14
1772....
6. . . .
. 12
1773....
6. . . .
. 14
1774....
o. . . .
. 15
1775....
o. . . .
. 15
1776....
o . . . .
. 13
137,671... 137,293
346,475... 287,812
318,453... 349,310
529,929... 385,180
559,379... 536,269
646,487... 431,175
:... 829,295... 533,828
974,994. . . 540,083
748,536... 446,648
792,635... 877,917
943,316... 909,214
14 1,079,567. . . 1,385,570
675,385... 738,203
823,204... 841,618
971,483... 857,320
(Affaires étrangère», C* de Tuni»,)
DB SAINT-DIDIER A SULBYHAN-AGHA, ENVOYÉ DE TUNIS.
127. — Versailles j 3 février 1777. — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
J'ai appris avec le plus grand plaisir votre heureuse arrivée à Toulon.
J'espère que vous aurez terminé votre quarantaine et que ma lettre
vous trouvera au moment de votre départ pour Paris. Je ne saurais
trop vous exprimer l'empressement que j'ai de vous voir et le désir
que j ai de faire connaissance avec vous. Les ordres que j'ai reçus à
cet égard du Vizir me laissent la liberté de suivre mon inclination, en
marquant à l'ami de Sidi Mustapha combien j'estime et j'aime ce
Ministre. M. Rufûn * est chargé de tout ce qui a rapport à votre voyage.
i. Thomas-François-Joseph Ruffln, né à Salonique en 1742, jeune de langue en
1758, drogman et Vice-Consul en Crimée en 1167, Consul général dans ce poste après
le départ du baron de Totl en 1769, prisonnier des Russes à Yassy et détenu à Saint-
Pétersbourg pendant une année, premier drogman à Constantinople en 1771, Secré-
laire-interprëte du Roi à Paris en 1774, Secrétaire-interprète à la Bibliothèque royale
en 1775, professeur de turc et de persan au Collège de France en 1778, commis
principal, puis sous-chef du bureau des Consulats de 1779 à 1794, premier Secrétaire-
interprète à Constantinople en 1795, Chargé d'affaires en 1798, pendant trois ans
60 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1777]
C'est un homme de mérite et qui a la plus grande envie de vous être
agréable. J'étais fâché à Tidée que vous teniez à venir à petites jour-
nées, avec les chevaux, les lions et les autres présents. Ce projet n*est
pas praticable et il serait peu décent pour le caractère dont vous êtes
revêtu. Vous ne pouvez voyager que comme les grands de France voya-
gent. Les animaux viendront après à petites journées sous Tescorte
d'un archer de la Marine. C'est un usage dont on ne peut pas se départir
et qui est relatif aux honneurs que l'on veut rendre à votre personne
et à votre État. D'ailleurs Tempressement de voir le Vizir et d'être
présenté aux pieds de Sa Majesté Impériale est un motif qui vous déci-
dera à vous reposer sur M. RufHn de tout ce qui regarde votre voyage.
Je voudrais vous savoir déjà à Paris, par Timpatience que j'ai de vous
donner des preuves de la cordialité de mes sentiments. Tout est pr^^t
pour vous y recevoir. J'ai prévu à tout, et j'espère avoir le plaisir de
vous y embrasser dans quinze jours. Je suis parfaitement, illustre et
magnifique Seigneur, votre sincère et parfait ami. »
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie.)
DE SAIZIEU AU C^° DE SARTINR.
128. — Ttims, i4 février 1777. — Il remercie le Roi qui Ta nommé
Consul général à Tunis * et qui lui a donné M. Devoize comme Vice-
Consul '. Il a expliqué au Bey et à son gendre la distinction qui ressort
enfermé aux Sept-Tours, confirmé comme Chargé d'affaires à Goostantinopie
en 1802, sous-commissaire des relations commerciales à Saint-Pétersbourg en <802,
décédé en 1810. 11 avait reçu des. lettres de noblesse en 1788. — Son père, Pierre-
Jean-Marie Ruffin, avait été aussi Secrétaire-interprète du Roi à Constantinople.
1. M. de Saizieu ayant demandé un congé pour rétablir sa santé, la Cour choisit
un Vice-Consul, M. Devoize, pour gérer le poste en son absence; par provisions du
même jour, 9 décembre 1776, elle confirma de Saizieu comme titulaire du Consulat,
mais en élevant son grade et en érigeant son Échelle en Consulat général.
2. Jacques-Philippe Devoiie, descendant d'une famille noble et très ancienne du
Dauphiné, appelé parfois Dcvoize-Voiron , d'après son lieu de naissance, avait
d'abord suivi la carrière militaire, et il était capitaine de cavalerie en 1774. Voici
ses état9 de service dans la carrière consulaire : Vice-Consul à Tunis, le 9 déc. 1716,
Chargé d'afi'aires par intérim en 1778, Vice-Consul à Lataquié en 1781, gérant du
Consulat de Tripoli de Syrie en 1782, Vice-Consul à Scio en 1786, ch**' de Saint-Louis
en 1791, Commissaire du Roi à Tunis en 1791, puis Consul général en cette ville le
24 juin 1792, révoqué par le Directoire le 23 nivôse an IV (11 janvier 1796), réintégré
dans son poste le 22 thermidor an V (10 août 1797), confirmé comme Consul général
le 20 mai 1814 et le 29 mai 1815, Chargé d'affaires de Sardaigne à Tunis de l'an il
à 1816. 11 quitta son poste en 1819 et eut pour successeur Constantin Guys en 18^1.
11 se retira dans son pays natal, à Voiron (Isère), où il mourut le 9 nov. 1832.
Son fils, Antoine Devoize, suivit également la carrière consulaire. Il fut attaché au
Ministère des Afiaires étrangères le 1" janvier 1821, élève Vice-Consul le 21 aoât
1825, Vice-Consul à Smyrne le 12 avril 1829, à Patras le 15 mai 1833, Consul h
Patras le 20 août 1833, à Syra le 14 sept. 1836, à Damas le 21 sept. 1842, Consul
général à Montevideo le 1*' oct. 1846, Chargé d'affaires au même poste le 4 déc. 184C,
Consul général et Chargé d'affaires à Tanger le 7 avril 1852, Ministre plénipoten-
tiaire en retraite le 16 juin 1855.
[1777] AVEC LA COUR DE FRANCE 61
pour les Princes de Barbarie du relèvement du grade et des fonctions
des officiers résidant dans leur pays.
{Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
DE SAIZIEU AU C^ DE SARTINE.
129. — Tunis, 2 mars i777. — Le Bey a chargé Suleyman-Agha de
notifier au Roi et au Ministre la reconnaissance de son fils Hamouda-
Pacha comme héritier du trône de Tunisie *. Cette démarche n'entraîne
pour nous ni les cérémonies ni les présents d^usage en Barbarie.
(A/faif*es étrangères, C*'* de Tunis,)
LE Ç}^ DE SARTINE A DE SAIZIEU.
130. — Versailles, i 7 mars 1777. — L'Envoyé de Tunis, Suleyman-
Agha, est arrivé à Toulon puis à Paris sans accident, sous la conduite
de M. Ruffin, Secrétaire-interprète *. Le voyage s'est effectué à petites
journées, sous la garde d'un archer '. Le Roi a accueilli avec bonté
l'Envoyé du Bey. On la retenu à Versailles pendant cinq jours, et il a pu
en profiter pour faire ses visites officielles et pour admirer les curio-
sités du château et de ses dépendances. Puis on Ta conduit à Paris, où
il a vu les spectacles et les monuments publics. Le Ministre, jusqu'à
présent, n'a qu'à se louer de ses manières et de son caractère « sérieux
et flegmatique ». Il n'a donc qu'à souhaiter de voir cet Envoyé ter-
miner sa mission comme il Ta commencée.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, 1777, f. ii3,)
131. — Versailles, 14 avril 1777, — Mémoire du Roi pour servir
d'instruction au baron de Tott, brigadier des armées du Roi, inspec-
teur général des établissements français en Levant et en Barbarie ^
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, 1777, /*. m.)
\, Hamouda-Pacha avait été appelé de bonne heure à participer aux alTaires, avec
le titre de Bey du camp, au détriment des neveux de son père, liéritiers directs de
Mohammed -Bey.
2. Voy. la note 1, p. 59.
3. Voy. État des dépenses faites par Desbois, archer de la Marine au port de Toulon,
pour la nourriture de cinq Maures, douze chevaux et deux lions, et de six palefre-
niers qui ont conduit les dits chevaux de Toulon à Paris, s^élevant à 3,756 1. 12 s.
4. François, baron de Tott, capitaine de cavalerie réformé, fils d'Antoine-André
de Tott, brigadier des armées du Uoi, ch" de St-Louis, Consul de S. M. en Crimée
de 1767 à 1769, attaché jusqu'en 1776 à l'ambassade de France à Constantinople,
sous les ordres de M. de Saint-Priest, fut nommé inspecteur général des établisse-
ments français en Levant et en Barbarie le 16 déc. 1776. M. de Uayneval raccom-
pagna comme secrétaire dans sa mission de 1777-1778, ainsi que M. Venture, inter-
prète du Roi. Voici les différentes Échelles que visita l'inspection générale : Tunis,
Malte, Alexandrie, Jaffa, Acre, Seyde, Tripoli, Lattaquié, Alep, Alexandrette, Chypre,
Rhodes, Salonique, Syra et Naples. l\ devint maréchal des camps et armées du Roi
en 1785. Son frère aîné, le comte de Tott, capitaine du régiment de Berchini
donna sa démission en 1758. — Voy. Etat des dépenses relatives à l'inspection de
62 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1777]
LE G^ DE SARTINB A ALI, BBY DE TONIS.
132. — VersailleSj 14 avril 1777. — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
M. le Baron de Tott, Brigadier des armées de Sa Majesté Impériale,
qui a été longtemps employé à Gonstantinople, a été chargé par l'Em-
pereur mon maître de se rendre dans tous les ports de la domination
du Grand Seigneur et dans ceux des Souverains de Barbarie où les
Français ont leurs établissements, pour inspecter tout ce qui a rapport
à leur administration et veiller de concert avec le Consul de Sa Majesté
au bon ordre qui doit y régner. Sa Majesté Impériale lui a prescrit, en
même temps, de faire dans tous les parages de la Méditerranée des
observations astronomiques et hydrographiques pour rectifier les cartes
de cette mer. J*espère que cet officier, qui vous sera présenté par le
chargé d'affaires de Sa Majesté Impériale, éprouvera de votre part
toutes les facilités, les secours et la protection qu*il pourra désirer. Je
vous prie de donner vos ordres pour qu'il ait l'entière liberté d'établir
& terre les instruments et d'y faire ses observations en toute sûreté.
Je ne doute pas que vous ne vous y prêtiez avec plaisir, et je puis vous
assurer que les dispositions que vous ferez k cet égard seront très
agréables à Sa Majesté Impériale.
J'ai recommandé au baron de Tott de vous faire mes compliments,
de vous donner de mes nouvelles et de me rapporter des vôtres, parce
que personne ne s'intéresse plus que moi à votre santé.
Permettez -moi en même temps de vous présenter l'offre de mes
services, comme l'expression aimable des sentiments distingués avec
lesquels je suis plus cordialement que personne au monde, très illustre
et magnifique Seigneur,
Votre très parfait et sincère ami. »
{Affaires élrangères^ Levant el Barbarie^ f, 480,)
ALI, BEY DE TUNIS, AU G^ DE SARTINE.
133. — Tunis, 20 avril 1777. — « ... Il est arrivé depuis quelque
temps dans le port de cette ville un vaisseau français chargé de mar-
chandises pour le compte de quelques négociants musulmans. L'on ne
veut pas permettre de décharger les marchandises qui sont sur ce
vaisseau, qu'au préalable l'on n'ait payé deux réaux par cent réaux : je
n'ai pu rien comprendre à l'établissement de ce nouveau droit : jamais
M. de Tott, montant au total à 8,100 liv., — sa correspondance oflicielle relatiTC
à sa mission {Affaires étrangères, carton intitulé : Mission de Tott en Levant et en
Barbarie, f 777),— et Rapport du baron de Tott sur sa mission {Chambre de commerce
de MarseiMe, S. HH. iO de l'inventaire).
[1777] AVEC LA COUR DE FRANCE 63
les Français ne l'avaient exigé ; il n'en est fait aucune mention dans les
traités de paix qui subsistent entre la France et cette Régence : rien
ne peut égaler mon élonnement à Tégard d'une pareille innovation.
Si vous percevez sans aucune raison de nos négociants dans nos pro-
pres pays un droit sur les marchandises qu'ils importent, nous sommes
fondés de notre côté à établir aussi dans vos ports un homme de con-
fiance qui percevra un pareil droit sur les marchandises que vous trans-
porterez de notre pays dans le vôtre *. Un pareil établissement détrui-
rait le commerce dans vos ports et dans les miens; j'espère que vous
vous désisterez d'une prétention aussi nuisible et aussi mal fondée, et
que vous sentirez les inconvénients d'une innovation aussi dangereuse.
Je me flatte qu'à la réception de ma lettre vous abolirez ce droit, tel
motif qu'ait eu son établissement, et que vous voudrez bien vous con-
former, pour ce qui regarde le négoce, à tous les articles qui se trou-
vent dans les traités qui sont entre nous : c'est le seul moyen d'assurer
et de faciliter le commerce et la liberté de la navigation; j'ai trop de
confiance dans vos hautes lumières, pour n'être pas persuadé que
toutes vos démarches et toutes vos opérations concourront au plus
grand avantage des sujets des deux États. Le repos, la sûreté est le
moyen le plus puissant de conserver et d'augmenter l'union et l'har-
monie qui régnent entre nous. Je fais des vœux au ciel pour qu'il
détourne tout ce qui pourrait en altérer la durée. »
{Sceau) {Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
LOUIS XVI A ALI, BEY DE TUNIS.
134. — Versailles^ Si 8 avril y 777. — « Illustre et magnifique Sei-
gneur,
Suleyman-Agha, votre Envoyé auprès de nous, s'est rendu à notre
Cour Impériale, pour exécuter la commission dont vous l'avez chargé.
Nous lui avons donné une audience favorable. Il nous a remis la lettre
que vous nous avez écrite ', et présenté les esclaves, les chevaux, les
lions et les autres effets que vous nous aviez destinés'. Nous les avons
reçus avec plaisir et nous sommes bien aise de vous remercier de cette
attention. Rien ne pouvait nous être plus agréable que cette nouvelle
marque de vos dispositions, de votre amitié et de votre attachement
pour notre personne. Ces sentiments vous répondent de l'intérêt sin-
i. Voy. sur les diiïérents droils imposés au commerce du Levant et de Barbarie
VInvenlaire des Archives de la Chambre de commerce de Marseille, par 0. Teissier,
p. 370.
2. Voy. p. 56.
3. Voy. la note 1, p. 56.
64 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1777]
cère que nous prenons à ce qui vous regarde, du désir que nous avoDS
de rendre les liaisons des Français et des Tunisiens toujours plus
intimes, de notre bienveillance particulière et de notre considératioo
pour vous : nous vous en confirmons bien volontiers Tassurance.
Nous avons appris les arrangements que vous avez faits pour assurer
au Prince Hamouda, votre fils, la succession du Royaume de Tunis ^
Nous vous en faisons notre compliment et nous prendrons toujours
part à ce qui vous arrivera d'heureux & vous et k votre famille.
Nous prions Dieu qu*il vous ait, illustre et magnifique Seigneur,
en sa sainte et digne garde. »
(Affaires étrangères y Levant et Barbarie, f, 2t3.)
LE C^° DR SARTINE A ALI, BBY DE TUNIS.
135. — Versailles^ 28 avril 1777. — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
Suleyman-Agha, votre Envoyé auprès de TEmpereur mon maître,
m'a remis & son arrivée la lettre que vous m'avez fait Thonneur de
m'écrire '. J'ai lu avec beaucoup de reconnaissance les témoignages
d'amitié qui y sont exprimés. Rien n'est plus sincère que le véritable
désir que j'ai de m'employer pour votre service en tout ce qui pourra
vous faire connaître l'intérêt réel que j'y prends. Ces sentiments sont
conformes aux intentions de TEmpereur et k la confiance où est Sa
Majesté Impériale que vos dispositions égales à ses vues rendront tou-
jours plus intimes les liaisons des Français et des Tunisiens. Je serai
flatté d'en être l'beureux instrument comme j'y suis porté par inclina-
tion, et vous me trouverez disposé en tous temps à vous assurer les effets
des bonnes grâces de Sa Majesté Impériale. J'espère que, de votre pari,
vous voudrez bien m'en procurer tous les moyens avec les mêmes prin-
cipes et le? mêmes soins pour faciliter les diff'érentes affaires et objets
qui peuvent y contribuer efficacement et avec un avantage réciproque.
J'ai présenté à Sa Majesté Impériale Suleyman-Agha, qui en a reçu
l'accueil le plus gracieux. Cet Envoyé, ayant bien rempli sa mission, y a
éprouvé toute la faveur dont il était susceptible et a déjà dû vous en
rendre compte. Il a trouvé ensuite à Paris et par les ordres qui y ont
été donnés les meilleurs traitements et tous les agréments qu'il m'aété
possible de lui procurer par considération pour vous. Je lui dois la jus-
tice qu'il s'est bien et très honnêtement conduit en tous points, et j'es-
père que vous serez satisfait de ses relations.
1. Voy. la note 1, p. 61.
2. Voy. p. rn.
[1777] AVEC LA COUR DE FRANCE 63
Suleyman-Âghasera ramené avec les mêmes attentions à Toulon, où il
s'embarquera sur Tune des frégates de Sa Majesté Impériale, dont le
capitaine a ordre exprès de le conduire k Tunis. Je lui ai remis la
réponse de Sa Majesté Impériale. Je n'ai plus k ajouter aux expressions
qu'elle contient dans une occasion aussi favorable que celles de ratta-
chement et du zèle sur lesquels je vous prie de compter partout où je
pourrai vous convaincre par mes services que je suis plus que personne
au monde, très illustre et magnifique Seigneur,
Votre très parfait et très sincère ami. »
(Affaires étrangères y Levant et Barbarie, f 777, f, $ii.)
MÉMOIRE DU ROI POUR SERVIR D'INSTRUCTION AU SIEUR DE BONNEVAL *.
136. — Versailles^ i2 mai i777. — Cet officier est expressément
chargé de ramener à Tunis l'Envoyé du Bey et les gens de sa suite. Sa
Majesté recommande au sieur de Bonneval d'avoir pour Suleyman-Agha
tous les égards qu'il mérite. A l'arrivée de L'Alcmène en rade de Tunis,
le Consul de Saizieu se rendra à bord, s'entendra avec le commandant
de la frégate sur les saints « qui doivent être réglés sur le pied le plus
fort ». M. de Bonneval se fera présenter au Bey et l'assurera de la haute
bienveillance de Sa Majesté. Il devra témoigner à ce Prince et à son fils
« rintérét que la Cour de France porte au royaume de Tunis et son
désir de maintenir la bonne harmonie qui règne entre les deux pays ».
Il est particulièrement enjoint à M. de Bonneval de témoigner au Consul
une grande considération et de ne pas manquer de le saluer, suivant
Tusage, de neuf coups de canon.
{Affaires étrangèt^es, Levant et Barbarie, i777, f. S44,)
LE C^ DE SARTINB A DE SAIZIEU.
137. — Versailles^ i.2 mai 1777. — « L'Envoyé de Tunis, ayant
terminé sa commission, s'est mis en route pour aller s'embarquer à
Toulon '. Sa Majesté a bien voulu qu'il fût ramené sur la frégate Z'A/c-
mène^ commandée par M. de Bonneval, lieutenant de vaisseau. Les
ordres de cet officier, à qui Suleyman-Agha et les gens de sa suite ont élé
bien recommandés, se bornent à donner au Bey et à son fils, dans les
audiences où vous le présenterez à ces Princes, les assurances gêné-
1 . Philippe de Roux, comte de Bonneval, enseigne de vaisseau en 1765, sous-aide-
major à Toulon en 1168, lieutenant en 1770, aide-major en 1776, commandant L\4/c-
mène en 1777, capitaine de vaisseau en 1782, major général des troupes de la marine
en 1783. Il reçut un coup de sabre à la têle pendant Témeute de Toulon de 1789.
2. Voy. le Passeport du Roi pour le .sieur Ruf/in, pour conduire de Paris à Toulon
TEnvoyé de Tunis Suleyman-Agha et sa suite, T' avril 1777. [Affaires étrangères,
Levant et Barbarie, f 777, /. 22S.)
5
66 CORRESPONDANCB DES BBYS ET DES CONSULS [i""^*^:
raies des bonnes dispositions du Roi en leur faveur. Sa Majesté a fait
connaître ses sentiments pour le Bey de la manière la plus flatteuse, et
son Envoyé a été comblé de marques d'amitié et d'honneur. Nous
devons présumer que le Bey en témoignera la plus grande sensî-
bilité.
Je vous envoie la note des présents destinés au Bey, à sa famille et à
Sidi Mustapha. Ils ont été consignés à l'Envoyé pour les remettre à
Sidi Mustapha après vous en avoir prévenu. Ce Ministre se chargera
delà distribution comme vous avez paru le désirer, et vous lui présen-
terez les objets que vous croirez devoir lui offrir *.... »
(Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f, S49.)
DE SAINT-DIDIER A SCLEYMAN-AGHA, ENVOYÉ DE TUNIS.
138. — Versailles, 12 mai 1111 , — « Illustre et magnifique Seigneur,
mon sincère et véritable ami,
Le jour de votre départ a été pour moi un jour de chagrin et de
tristesse. La douce habitude de vous voir que j'avais contractée et
Tamitié que vous m'aviez inspirée ont d(l me donner les plus grands
regrets. J'espère que vous aurez fait un voyage agréable et que vous
serez rendu à Toulon en bonne santé. L'intérêt que je prends à ce qui
vous regarde m'en fait attendre lanouvelie avec la plus vive impatience.
M. RufOn vous consignera les présents destinés au Bey, à sa famille et â
i. État des présents du Roi remis à V Envoyé de Tunis :
Pour le Bey de Tunis : un carrosse dil « désobligeante • avec ses coussins galonnés
et ses harnais, une bassine et son aiguière en argent doré, une grande soucoupe
te/., douze porte-tasses tV/.,un aspersoir tV/., douze tasses de porcelaine, six boîtes d*or.
une montre garnie de diamants, quatre montres h répétition, six étuis garnis d*or.
six couteaux, six paires de ciseaux, des tablettes, des lunettes garnies d*or et
d'argent, un fusil, une paire de pistolets montés en or, deux paires de pistolets
montés en argent, onze pendules, cinq pièces de toile peinte, douze demi-piètres
de toile ordinaire, quatre pièces d'étoffes d'or, quatre demi-pièces de drap, quatre
pièces de galons d'or.
Pour Sidi Hamouda- Pacha, fils aine du Bey : un poignard monté en or, une
paire de pistolets de même, un fusil monté en argent, deux boites d'or, deux
montres à répétition de même, deux pendules.
Pour Sidi .Mustapha-Khodja, gendre et Ministre du Bey : une bassine et son
aiguière d'argent, une montre garnie en diamants.
Présents offerts par le Ministre : un sabre monté en or, quatre boites d'or, deux
pendules, deux pièces de drap d'or, deux pièces de galons d'or, deux pièces de drap,
douze demi-pièces de toile, une pièce de toile peinte. [
Présents offerts par M, de Saint-Didier : une poignée d'agate travaillée et garnie
d'or, un fusil monté en argent, une paire de pistolets montés de même, une paire
d'étriers dorés, un étui de rasoirs garni en argent, deux baignoires avec leur
cylindre, divers articles de quincaillerie assortis.
« Le Bey s'est chargé de répartir lui-même dans sa famille les différents objets
du présent de S. M. qui ne seront point à son usage personnel, et n'a permis dVn
rien distraire en faveur de quelques personnes de sa Cour qui croyaient pouvoir y
participer. • {Affaires étrangères, C^'* de Tunis.)
1^777] AVEC LA COUR DE FRANCE 67
Sidi Mustapha. Vous voudrez bien les remettre à ce Ministre, qui en
fera lui-même la distribution après en avoir prévenu M. de Saizieu. Je
vous souhaite une heureuse traversée et je vous prie de me conserver
toujours une place dans votre cœur. J'espère que vous voudrez bien
vous charger de mes compliments pour Kaït Osman, Nahman et Ra-
madan.
Je vous renouvelle les assurances du tendre attachement avec
lequel je suis, plus que personne, illustre et magnifique Seigneur,
Votre parfait et sincère ami. »
(Affairées étrangères, Levant et Barbarie, f. 247.)
LE C* DE SARTINB A ALI, BEY DE TUNIS.
139. — Versailles, le i 9 mai 1777. — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire * pour
m^engager à demander la suppression du droit de 2 p. 0/0 qui a été
récemment imposé sur toutes les marchandises que le Pavillon français
apporterait k Tunis *. J'ai rendu compte à l'Empereur mon maître du
désir que vous aviez d'en voir cesser la perception dans vos Etats, parce
que vous la croyez nuisible au commerce de vos sujets. Sa Majesté
Impériale est trop éloignée du dessein de contrarier en quoi que ce soit
leurs intérêts, pour ne pas se prêter aux représentations que vous
avez cru devoir m'adresser au sujet de ce droit, et elle va bientôt y
prendre des mesures différentes, mais qui puissent également assurer
l'exécution des arrangements qu'elle a voulu adopter pour le lien et
l'avantage du commerce français en Levant et en Barbarie. J'espère
que vous serez sensible à cette condescendance de la part de Sa Majesté
Impériale et que vous y reconnaîtrez la droiture qui accompagne toutes
ses démarches. »
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, /*. 26S,)
SULEYMAN- AGHA AUC ^^ DE SARTINE.
140. — Toulon, à bord de « L'Alcmène », ^" juin 4 777, — « Très
illustre et magnifique Vizir,
Je touche au terme de ma mission, et j'éprouve plus que jamais les
heureux effets de votre bienfaisance; il n'appartenait qu'à un si grand
cœur que le vôtre de donner à ce sentiment une aussi vaste étendue,
et c'est à lui seul qu'il appartient d'apprécier toute celle de ma grati-
tude. Elle durera plus que moi-même. Je m'efforcerai de la perpétuer
1. Voy. p.
2. Voy. p. 63.
68 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1*777]
à Tunis par la relation que j'y ferai de toutes les bontés dont j'ai été
comblé en France. Daignez, très illustre et magniQque Vizir, être per-
suadé de toute la reconnaissance du Bey mon maître et des Tunisiens.
Ils partageront mes sentiments et les vœux que je forme sans cesse pour
la prospérité de votre Ministère et pour la conservation de TEmpereur
le plus chéri et le plus digne de Télre. Agréez ces tendres adieux et
ces souhaits sincères de votre respectueux ami *. »
(Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
LE G^« DE SARTINE A DE SAIZIBU.
141. — Versailles^ 2 juin 1777 . — On demande des informations au
Consul sur les désordres causés par quelques esclaves corses dans la
paroisse de Saint-Antoine, à Tunis '.
(Affaires étrangères^ Levant et Barbarie, 4777, f, 289,)
LE C^« DE SARTINE A DR SAIZIRU.
142. — Versaillei^ i 6 juin i777. — « L'Envoyé du Bey est parti de
Toulon le 3 de ce mois, et je présume qu'il arrivera avant cette réponse.
Si j'avais pu prévoir que le dérangement de votre santé ne vous
permit pas d'attendre Monsieur le baron de Tott' sans risquCvS, je vous
aurais laissé revenir sur la frégate VAlcmme. Sa Majesté consent que
vous profitiez du premier bâtiment de guerre, ou, à défaut, d'un bâti-
ment marchand pour vous rendre en France. Je vous recommande
expressément de laisser sur votre Échelle avant votre départ, si vous
vous décidez à reffectuer, des mémoires circonstanciés qui servent
efficacement à guider M. le baron de Tott dans la réduction du nou-
veau plan d'administration qu'il est chargé d'y proposer. La partie des
1. Pan's^ S août ^777. — Compte général des dépenses faites à Toccasion de Tar-
rivée et du séjour en France de Suleyman-Agha. Envoyé de Tunis, dressé par ie sieur
Ruffin, interprèle du Roi. Ce compte s'élève à 152, 99 i 1. il s. 8 d. (Affaires étran-
gères, C"* de Tunis,)
2. Le Préfet apostolique, le P. Sébastien de Cortone, avait béni, le 6 octobre 1773.
la première pierre d*une chapelle dédiée à saint Antoine, sur le terrain du cime-
tière des esclaves chrétiens à Tunis. L'édiilce coûta 3,461 piastres. Les esclaves,
principalement corses, revendiquèrent sur le cimetière et par suite sur la chapelle
un droit de patronage remontant & plus d'un siècle, et s'opposèrent à Texercicc du
culte et À la détention des clefs par les missionnaires capucins. La Sacrée Coogrê-
gation résolut le litige par un décret du 21 avril 1777 donnant raison à la Mission
et reconnaissant pleinement sa juridiction sur la chapelle et sur le cimetière de
Saint-Antoine. De là l'irritation des esclaves, les troubles qu'ils causèrent, cette
année-là, sur l'emplacement contesté, et les revendications qu'ils crurent même
devoir porter devant Ali-Bey. Le conflit ne prit Hn que par l'intervention du Consul
de Saizieu, et par suite d'une convention passée entre les missionnaires et les
esclaves le 26 mai 1778. — Voy. Mémoire pour servir à Vhistoire de la Mission des
Capucins dans la Régence de Tunis, déjà ci lé, p. 6S.
3. Voy. la note 4, p. 61.
[i777J AVEC LA COUR DE FRANCE 69
fonds mérite principalement beaucoup d'attention, et je vous saurais
gré de donner pour cet objet des renseignements exacts et précis sur
lesquels il puisse compter. C'est à vous de juger si le Vice-Consul ' se
sera formé aux affaires dans ce court intervalle de manière à ce qu'on
puisse se reposer sur lui du soin de les conduire. Il vaudrait mieux
déroger pour cette fois à Tordonnance et remettre en des mains mieux
exercées des fonctions délicates et qui demandent une connaissance
approfondie des mœurs du pays et du caractère des personnes en
place. Je n'ai qu'à vous remercier de l'accueil que vous lui avez pré-
paré auprès du Bey et de son gendre...
Je désire que vos instructions le mettent bientôt en état de rendre
des services utiles, mais il faut vous borner au compte qu'il vous en
doit. Mon intention est que les Vice-Consuls ne soient chargés de la
correspondance que dans Tabsence des Consuls. Il m'a paru que cet
arrangement était convenable à tous égards pour maintenir la subor-
dination. »
[Affaires étrangères, levant et Barbarie, 4777, f, 308.)
DR SAIZIEU AU C^® DE SARTINE.
143. — Tunis^ 26 juin 1777 . — La frégate du Roi VAlcmène, sous
les ordres de M. de Bonneval ', a mouillé k La Goule tte le 10 courant,
ramenant Suleyman-Agha. Le même jour elle a reçu et rendu le salut
de 21 coups de canon. Le lendemain le gendre et Ministre du Bey est
allé à bord, accompagné du Consul de Saizieu, politesse flatteuse à
laquelle M. de Bonneval a répondu par la réception distinguée qu'il a
faite à ce Prince et aux grands de sa suite.
Suleyman-Agha a débarqué avec Sidi Mustapha; il a été fort bien reçu
par le Bey qui s*est montré très satisfait de la relation de son voyage,
ainsi que des présents que cet Envoyé lui a rapportés*. Le carrosse qui
en fait partie lui a produit le plus grand effet et attire chaque jour une
foule de curieux qui vont l'admirer chez le Bey. Suleyman-Agha ne tarit
point d'éloges sur la manière dont il a été traité en France et pendant
son séjour sur la frégate du Roi.
M. de Bonneval a reçu des honneurs personnels et hors d'usage à son
débarquement et à ses audiences. Il a été traité avec le môme céré-
monial que le Prince de Listenois en 1766. Cet officier a plu infiniment
au Bey, à son fils et à son gendre, qui lui ont fait présent de deux che-
1. Devoize. Voy. la noie 2, p. 60.
2. Voy. la note i , p. 65.
3. Voy. la note 1, p. 66.
70 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1777;
vaux et ont prié le Consul de témoigner au Ministre leur désir de lui
procurer un avancement, à raison de la manière dont il a rempli sa
mission*.
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
SULBYMAII-A6UA AU C^ DE SARTINE.
144. — Tunis, 26 juin 1777. — Il informe le Ministre de son arrivée
à Tunis, le remercie de tout ce qu'il a daigné faire pour lui pendaal
son séjour à Paris, se loue fort des bons traitements de M. de Bonneval
et proteste de son désir de se rendre utile à ]a France.
{Affaires étrangèi*es, C*" de TunLt.)
DE SAIZIEU AU C^ DE SABTIIVE.
145. — 7unw, 26 Juin 1777. — A raison des difficultés survenues
à Taudience du Bey pour y placer le sieur Devoize, le Consul demande
au Ministre de déterminer la place que doit occuper le Yice-Consul dans
les cérémonies publiques auxquelles sont appelés les Consuls étran-
gers ".
(Affaires étrangères^ C^* de Tunis.)
DE SAIZIEU AU G** DE SARTINE.
146. — Tunis, 26 juin i777 . — Le Consul a entretenu Sidi Mus-
tapha du désir qu'a la Compagnie d'Afrique de rétablir son comptoir
de Bizerte '. Ce Prince est persuadé que le Bey, prévenu contre la Com-
pagnie, ayant des griefs contre elle et un intérêt réel à Téloigner de
ses États, ne voudra plus Ty recevoir; de Saizieu ne refusera pourtant
ni son appui ni ses soins pour le succès de cette négociation.
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
DE SAIZIEU AU C^® DE SARTINE.
147. — 7um5, 26 juin 1777. — Il a annoncé au Bey la suppression
dans ses Ëtats du droit de Consulat que le Roi avait mis sur les mar-
chandises chargées à Marseille pour le compte des marchands de
Tunis *.
(Affaires étrangères, C*[ de Tunis.)
1. Voy. Etat des dépenses faites à l'occasion de l'arrivée et du séjour à La GoMU
de la frégate du Hoi UAlcmène, commandée par M. de Bonneval, 10 juin illl [Afaim
étrangères, C" de Tunis).
3. Voy. plus loin la réponse du 8 septembre 1777.
3. Voy. à ce sujet la correspondance du Consul avec la Compagnie d'Afriqi
(Archives départementales des Bouches^du-Rhône, Intendance de Provence, c 93).
4. L'arrêt du 9 décembre 1776 avait réduit toutes les impositions établies sur le
commerce du Levant et de Barbarie au droit unique de 5 0/0, sous la dénomina-
tion de droit de Consulat.
le
[1777] AVEC LA COUR DR FRANGE 71
ALI, BEY DE TUNIS, AU C*^ DE SARTINE.
148. — Tunis^ 26 juin 1777 , — « Au plus glorieux des Seigneurs
chrétiens, le plus excellent des grands qui professent la religion du
Messie, l'arbitre des différends qui surviennent en Europe, le très
magnifique et très illustre Yizir de France, notre ancien et grand ami
le comte de Sarline.
Après vous avoir présenté les saints les plus sincères et les plus
vives expressions de Tamitié, nous nous empressons de vous notifier
rheureuse arrivée à Tunis de notre fils Suleyman-Agha, revenu de son
ambassade à la Cour de France, comblé d'honneurs et de bienfaits.
Rien ne peut égaler sa reconnaissance ; et vous devez être assuré qu'il
n*aura jamais rien de plus à cœur que de tâcher de mériter par son
zèle pour votre service les bontés que vous lui avez prodiguées. Vous
connaissez mes sentiments pour vous et mes dispositions pour votre
nation. Si les uns et les autres étaient susceptibles d'accroissement ils
en auraient pris infiniment d'après les nouvelles preuves d'amitié que
vous nous avez données en cette occasion. Nous nous bornerons à vous
supplier de nous continuer votre précieuse correspondance, dont nous
serons toujours jaloux, et de nous offrir souvent des moyens de recon-
naître tout ce que vous avez fait pour nous. Agréez, en attendant, les
vœux que nous formons pour votre prospérité personnelle et pour
celle de l'Empire confié à votre sagesse. Veuille le ciel écarter tout
accident qui pourrait troubler la bonne harmonie qui règne entre les
puissances! Puissiez-vous à cet effet occuper pendant de longues
années la place éminente que vous remplissez avec tant de succès et
de gloire! »
{Sceau) {Affaires étrangères^ C'"* de Tunis,)
DE SAIZIBU AU C^° DE SARTINE.
149. — Tunis^ 25 juillet 1777, — Le sieur Arnoux ayant fait fail-
lite, le Consul a fait cesser les poursuites de ses créanciers; il a de
plus obtenu du Bey un ordre qui exempte la nation de toute solidarité
pour ce cas particulier et tout autre semblable qui pourrait se produire
à l'avenir *.
(Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
LE C^'' DE SARTINE A DE SAIZIEU.
160. — Versailles, 25 août 1777, — Le Ministre le félicite des résul-
tats heureux de la visite de M. de Bonneval au Bey de Tunis. Les
\. Voy. Ordre du Bey de Tunis adressé au Consul général de Francef\e 1" juillet 1717
(Affaires étrangères, C*"* de Tunis).
72 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1777]
bonnes dispositions que ce Prince témoigne à la Cour font espérer
que la colonie française continuera à sentir les effets de sa bienveil-
lance. On lui recommande spécialement les intérêts de la Compagnie
d'Afrique, qui voudrait rétablir son comptoir de Bizerte.
(Affaires étrangères^ Levant et Barbane, /777, f. 429.)
DE SAIZIEU AU C^^ DK SARTINE.
161. — Tunis, 27 août i 777 . — Un différend est survenu entre le
Préfet de la Mission * et les esclaves chrétiens au sujet du casuel d'un
cimetière. Les torts étant réciproques, le Consul a ménagé un accom-
modement qui satisfait les deux partis.
c Les Préfets de la Mission de Tunis ont été souvent inquiétés par
les esclaves corses, toujours accusés par tous les autres d'abuser de leur
ministère et d'appliquer à leur usage ou d'emporter avec eux en Europe
le produit du casuel de la Mission et notamment celui du cimetière
Saint-Antoine, dont la propriété incertaine a souvent été contestée
à Tunis par les chrétiens esclaves ou libres, et les religieux de celle
Mission. Mais c'est à ceux-ci du moins à. en avoir la disposition, et ce
serait sans doute à la Cour de Rome à réprimer Tusage ou l'abus que
les esclaves et les mauvais chrétiens ont fait quelquefois de ce cime-
tière.
Rien ne serait plus onéreux à la Mission ni plus capable de ramener
le Bey aux mesures qu'il avait prises, à la sollicitation de ses esclaves,
d'en renvoyer les religieux de Tunis, parce que dans tous les différends
qu'ils ont ensemble on ne saurait sévir contre les esclaves sans s'expo-
ser à. ce qu'ils s'adressent au Prince et toujours avec scandale et succès.
J'ai donc préféré ménager entre eux et ces religieux un accommode-
ment, au moyen duquel la Mission sera tranquille et le Préfet tout
aussi assuré du casuel de ce cimetière, dont les clefs et le produit se-
ront déposés à l'avenir dans une caisse à la garde du Préfet et du
Majordome esclave de la Mission*. Cet arrangement, auquel les esclaves
m'ont promis de souscrire, remplira vos intentions ainsi que les vues
religieuses de la Congrégation de la Propagande, mais il ne sera
utile et durable qu'autant qu'elle voudra bien contenir les religieux
hospitaliers qui prétendent aux fonctions de Missionnaires, et fomen-
tent parmi eux et les esclaves des troubles que ni la piété ni l'aulorité
ne peuvent apaiser ni punir ici *.
1. Voy. la noie 2, p. 68.
2. Voy. sur l'organisalion des bagnes d'esclaves, t. I, p. 362.
3. Voy. sur la Mis-ion de Tunis rintroduclion du t 11, p. iiv et suiv.
[1777] AVEC LA COUR DE FRANCE 73
Le Préfet actuel de la Mission ' mérite cependant la confîance et la
considération du public de Tunis, et ne permettra jamais les abus de
droit et de confiance qui en ont privé ses prédécesseurs, mais il n'a
pas la prudence ni la dextérité que sa place exige pour diriger des
liommes grossiers et violents, prévenus et souvent provoqués par ses
démarches et que l'intérêt ni les devoirs de la religion ne sauraient
ramener à la soumission et au respect dus à ses ministres. »
{Affaires étrangères, C*»» de Tunis,)
LE C^<^ DIS SARTINE A DE SAIZIBU.
152. — Versailles^ 8 septembre 1777. — Il s'est élevé une discussion
de préséance entre le Vice-Consul de France à Tunis, le sieur Devoize-
Voiron ', et les officiers de la frégate LAlcmène^ commandée par le
chevalier de Bonneval, sur le rang à prendre à Taudience du Bey.
Le Vice-Consul prétendait se placer à côté du Consul, avant les offi-
ciers de la frégate. Il a été décidé que les officiers de marine auraient
le pas sur le Vice-Consul dans ces sortes d'audiences, sauf dans le cas
où le Consul serait officiellement remplacé par son suppléant. Quant
aux cérémonies publiques, auxquelles sont admis les Consuls étrangers,
le Yice-Consul ne devra pas davantage prendre rang avant eux, « parce
qu'il n'est pas reconnu par les étrangers et qu'il n'a pas de fonctions
à remplir par lui-même, tant que le Consul est à sa place ».
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, 4777, f, 457,)
DE SAIZIEU AU Ç>^ DE SARTINE.
163. — 7 unis, i*^ novembre 1777 , — Le chevalier de Bonneval, com-
mandant la frégate VAlcmène, a jeté l'ancre aujourd'hui à La Goulette.
Le Consul profitera des fêtes du Beyram pour dispenser M. de Bonneval
de voir le Bey, auquel il transmettra les compliments de cet officier '.
(Affaires étrangères, C" de Tunis.)
LE C^ DE SARTINE A DE SAIZIEU.
154. — Vetsailles, 10 novembre 1777, — « Je ne puis que vous
savoir gré des mesures que vous avez prises pour apaiser les discus-
sions qui s'étaient élevées entre le Préfet apostolique de la Mission de
Tunis et les esclaves chrétiens détenus dans ce royaume. Je désire
qu'ils s'y conforment de part et d'autre, de manière qu'ils puissent
jouir de la tranquillité que vous leur avez procurée... »
(Affaires étrangères, Levant et Barbarie, 1777, f, 58i.)
r Le P. Sébastien de Cortone.
2. Voy. la note 2, p. 60.
3. Voy. Etat des dépenses faites à Voccasion de Varrivée de la fi^gate du Roi
L'Alcmène, commandée par le chV de Bonneval, 1" novembre 1777, ci : 111 piastres 46.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
^
74 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [ITT']
LE G^^* DE SARTINE A DE SAIZIEU.
156. — Versailles^ 2 décembre 1777 . — Le Ministre le biàme d'avoir
fait ravance des dépenses de son Ëchelle. Cette avance ne doit être
supportée régulièrement que parles négociants composant le corps de
la nation française à Tunis.
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, 1771, /. 604.)
TABLEAU DES DÉPENSES DE SERVICE DU CONSULAT DE FRANCE
A TUNIS EN 1777.
156. — 1° Entretien du pavillon du Roi
sur la maison consulaire.
Salaires au domestique chargé de balayer la
galerie, mettre le pavillon, allumer les fanaux, pia»tm
goudron du màt et raccommodage du pavillon. . Ai 46
i" Service de la paroisse Saint-Louis.
Au Préfet de la Mission pour les panégyriques
de saint Roch et de saint Louis à la chapelle piastres,
consulaire 14 26
Appointements du chapelain desservant la
chapelle 100 »
Salaires du sacristain pour Tannée 60 »
Entretien du linge, des cierges et des orne-
ments de la chapelle pendant Tannée 14 »
Ëtrennes d'usage au chapelain 2â
210 26 210 26
3° Frais de voyages.
Ëtrennes au portier du Bey chargé de ses
ordres 4 26
Id. au portier de Sidi Mustapha pour ses
commissions 8 52
Id. au courrier de la Marsa 4 26
Id. au courrier de Sidi Mustapha 4 26
Courriers payés aux janissaires et aux
drogmans pour le service du Roi 164 44
Nourriture des chevaux de service 914 39
Salaires des Mores employés à Técurie 294 »
Pour leur nourriture à raison de 6 p. 1/8
par semaine 293 »
Entretien des harnais et loyer des écuries.. . 220 »
1,907 13 1,907J3
A reporter 2,159 8o
[1777]
AVEC LA COUR DE FRANCE
Report
4® Donatives et présents d'usage aux officiers
du Bardo et de la ville.
Présent d'usage au Kaznadar, composé de
50 livres de café et 50 livres de sucre pour le pinsires.
premier Beyram 50 »
Id. au Bachikateb 50 »
Id. au chef des portiers du Bardo 25 »
Droit du Divan au Beyram 29 20
Id. au capitaine du port 5 '>
Ëtrennes d'usage aux visites du Bardo, au
Dolely, au Kiaya des Janissaires et aux Mores
de service 15 »
Pour trois charrettes servant aux nationaux
pour accompagner le Consul dans ses visites
au Bardo 7 39
Ëtrennes d'usage à l'esclave du Kaznadar et
à celui du Bachikateb 9 »
Id. aux esclaves du Bey 33 »
Id. chez le Prince Hamouda, son fils 27 »
Id. chez Sidi Mustapha Khodja, son gendre. 47 13
Id. au Kiaya de Porlefarine, 13 damejeannes
de vin et 30 bouteilles de liqueurs, sur sa
demande 85 »
Id. au grand Douanier, 5 damejeannes de
vin 25 »
Id. & Ali-reïs, commandant la marine,
7 damejeannes de vin 35 »
Id. à l'intendant du Bey, 3 damejeannes de
vin,' 2 bouteilles de Chypres et 2 bouteilles
de Madère 24 »
Id. au Commandant des troupes 6 39
Id. au Commandant des zouaves, sur sa
demande, un coffret en argent 36 »
Id. aux gens de Sidi Mustapha à l'occasion
de la mort de la Princesse, sa femme 18 »
Envoyé au Bey une caisse contenant un
quintal de chocolat, une caisse de prunes et
une corbeille de figues de Provence 159 »
A Sidi Mustapha, 25 livres de chocolat 30 »
A reporter 722 1 1
75
Piastres.
2,159 85
2J59 85
76 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1777]
Piaslrea. PU&lre».
Report 722 i! 2,159 85
A Ismall Kiaya, gendre du Bey, à son départ
pour le camp, une caisse de vin de Bordeaux. 6i 39
Dépensé pour le Bey en fruits et confitures
lors de son départ pour le cap Carthage 27 13
A Sidi Mustapha, une barrique de bière de
Hollande 36 26
Au même, 25 livres de chocolat et 12 bofte^i
de confitures 48 »
Envoyé au Bey à Toccasion du Ramadan,
deux caisses de prunes de Brignoles, une à Sidi
Hamouda, son fils, et 12 bottes de confitures. 95 »
A Sidi Mustapha, un quintal de châtaignes
de France 10 »
Au Bey, 45 melons d*hiver, sur sa demande,
et une poule pintade 18 »
Biscuits et pains français que le Bey et sa
famille ont pris l'habitude de demander au
boulanger du Consulat tous les jours, pendant
toute Tannée, et une corbeille de biscuits de
la Reine par semaine 150 13
Poudre de chasse au prince Hamouda, son fils. 22 13
1,190 15 1,190 15
5« Dépenses extraordinaires de la nation.
Aux gens de Suleyman-Agha à son arrivée
à Tunis 27 »
Aux gens qui ont apporté et déballé les
caisses des présents du Roi 31 26
A Isack-Bey, de la famille du Bey de Tunis. 36 26
Au Khodja, pour les écritures turques con-
cernant le service du Consulat 30 »
Pour la pension nationale accordée par la Cour
au Consul et payée par la caisse de la nation 2,414 13
2,538 65 2,538 65
6'^ Entretien et réparations de la maison consulaire
dite Fondouk.
Réparations à la cour du Fondouk 42 26
Id. aux carreaux et carrelages de Tintérieur. 25 »
Loyer du magasin servant de prison 50 »
117 26 117 i6
A reporter 6,005 91
[1778] AVEC LA COUR DE FRANCE 77
Piastres.
Report 6,005 91
7® Entretien des citernes du Fondouk.
Au drogman, pour l'approvisionnement de
l'eau qu'il fait porter à la maison consulaire
clans le cours de Tannée 144 »
8® Appointements et salaires des agents
de la 7iation.
Gages de Tannée au drogman et aux deux piastres.
janissaires turcs du Consul, 100 piastres chacun. 300 »
Id. au pourvoyeur 22*26
Id. à Técrivain more, pour les traductions
de pièces arabes pendant Tannée 36 »
358 26 358 26
Total des dépenses de Tannée 6,508 17
(Affaires étrangères, C*"* de Tunis,)
LE C**' DE SARTINB A DE SAIZIEU.
157. — Versailles, 9 mars 1778, — LeBey doit se montrer reconnais-
sant des égards dont la Chambre du commerce de Marseille a entouré le
pinque tunisien commandé par le reïs Mustapha ben Abdalla, après le
naufrage qu*il a essuyé sur les côtes de Provence.
A Tarrivée de ce pinque à Tunis, il devra rembourser les dépenses
que cet accident a occasionnées et qui ont été supportées par Tlnten-
dance.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, i069,f. 441,)
OMAR DU BBÏ DE TUNIS
PORTANT AFFRANCHISSEMENT DBS CORSBS ESCLAVES DANS SON ROYAUME.
158. — Le Bardo, iâ mars 1778.-^ « Celui qui règne sous Tombre
de Dieu, par Tamour de sa justice, le petit-fîls d'Hossein-ben-Ali, à qui
louanges sont dues, Ali-Pacha, Bey et Seigneur du Royaume de Tunis.
Les marques d'égard et d'amitié que nous recevons en toute occasion
de M. le comte de Sartine, Ministre de Tauguste Empereur de France,
ne nous permettant plus de nous refuser au désir qu'il a de faire
éprouver sa bienfaisance et sa protection aux matelots corses qui se
trouvent esclaves dans notre Royaume, nous avons bien voulu, par un
juste retour de nos dispositions et à sa seule considération, mettre les
dits esclaves à rançon, et nous rendant, à cet efifet, aux instances
réitérées que le chevalier de Saizieu nous en a faites de sa part, nous
78 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [iT78]
accordons au dit Consul le rachat de tous les esclaves corses quis^
trouvent actuellement en notre Royaume, moyennant la somme de
1,500 piastres Tun, lesquelles nous seront payées pour tous en lettre
de change sur Marseille, à raison de 36 sous chaque piastre, dont ie
dit Consul de France recevra et nous garantira la valeur. Le dit Consul
restera chargé des droits et frais d'usage dans notre Royaume dans les
rançons d'esclaves chrétiens, et de notre part il lui sera remis sur sa
première réquisition, ou de tel autre le représentant, tous les esclaves
qu'il fera apparaître être nés en Corse et pris sous pavillon de Gênes,
sans réserve d'anesm, ni distinction d'âge et de sexe, nonobstant le
besoin que nous pourrions avoir de leurs services, dont nous voulons
bien nous priver par les considérations que nous en exposons à nos
sujets, de qui nous prendrons d'autorité nos esclaves corses, si mieux
ils n'aiment en traiter et les remettre eux-mêmes au dH Consul, ou tout
autre autorisé de sa part à les recevoir d'eux, en leur payant au plus
pour chacun le prix convenu avec nous et porté dans notre présente
déclaration, donnée à cet effet ^ »
{Affaivea étrangères. Salle des traités,)
{Sceau)
DE SAIZIEU AU C^"^ DE SARTINE.
169. — 7unw, 16 mars 1778. — Il rend compte du succès de la
négociation relative à la rédemption des sujets corses esclaves à Tunis,
grâce à l'entremise de Mustapha-Khodja. La rançon des esclaves du
Bey est fixée à 1,500 piastres; quant aux esclaves des particuliers, le
prix de leur rachat fera l'objet d'une négociation spéciale entre les
Pères de la Rédemption et le gendre du Bey.
{Affairée étrangère», C'** de Tunis,)
MUSTAPUA-KHODM AU C^* DE SARTINE.
160. — Tunis, 16 mars 1778, — « Dans l'impatience où je suis de
recevoir de vos lettres qui m'apprennent que vous jouissez d'une santé
parfaite, je prends la liberté de vous écrire celle-ci, dans l'espérance
que vous voudrez bien m'honorer d'une réponse. Le Consul de France
a fait plusieurs démarches pour solliciter la liberté des esclaves de
rtlede Corse qui sont ici; plusieurs raisons ont fait différer jusqu*à ce
1. Voy. Etat, prix et montant des dépenses relatives au rachat général des Corses
esclaves à Tunis, 15 mars 1778 :
Pour la rançon de 24 esclaves du Bey à 1,500 piastres par tète, 36,000 p.; pour
celle de 13 autres esclaves au même prix de 1,500 p., 19,500 p.; comroissioQ de
3 0/0, 1,665 p.; droits payés de particuliers au Divan, 1,200 p.; noiis du capitaîDe
suédois, 4,275 p.; vivres fournis au bâtiment, 800 p.; nourriture des esclaves
rachetés, 103 p.; change d'un an sur 27,000 p.; 6 0/0 accordé au gendre du Bey,
1,620 p.; soit au total : 65,163 piastres ou 117,293 livres.
[1778] AVEC LA COUR DE FRANGE 79
jour le moment de leur délivrance. La première, c'est qu'il est de
notoriété publique qu'ils ont été pris sous le pavillon génois et non
pas sous le pavillon de la France. La seconde est que tous les travaux
publics sont réservés aux seuls esclaves, et qu'il y en a une petite
quantité dans ce pays. Les intérêts du Royaume et de l'Empereur de
France, vos affaires, celles de mon maître me sont également chères,
et je désirerais contenter tout le monde : jugez de mon embarras et de
la détresse où je suis. Cependant le Consul de France et moi avons
trouvé un instant favorable pour solliciter auprès de mon maître la
liberté des dits esclaves, et, à votre considération, il leur a permis de
partir. Cette affaire n'était pas si intéressante qu'elle exigeât la présence
du Consul, et je l'aurais terminée de même pendant son absence; je
suis cependant enchanté qu'elle ait eu le succès qu'il désirait tandis
qu'il était encore ici. Je suis persuadé que mon zèle à vous servir vous
convaincra de l'envie que j'ai de vous être utile, et je vous prie de me
mettre à l'épreuve en me chargeant ici de toutes vos affaires. J'ai donné
quelques commissions au Consul ; lorsqu'il aura reçu le prix des esclaves,
je vous prie de le conduire à ce sujet et de décider s'il sera à propos
qu'il m'envoie ces commissions sur le change, ou bien s'il ne convien-
dra pas mieux qu'il me les porte lui-même à son retour dans ce pays-
ci. Je fais des vœux pour que l'amitié qui unit l'Empereur de France
et mon maître augmente de jour en jour et que rien ne puisse en altérer
le cours; vous connaissez la sincérité de mes sentiments pour vous et
les vœux que je forme pour votre bonheur. »
{Sceau) {Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
LE C^^ DE SARTINE A DE SAIZIEU.
161. — Versailles^ 30 mars 1778, — Sur la répugnance que le Bey
de Tunis et son gendre témoignent pour les propositions de la Compa-
gnie d'Afrique, c'est-à-dire pour le rétablissement de l'ancien comptoir
de Bizerte ou du Cap-Nègre. Il y aura lieu d'insister toutefois pour
arriver à. une entente et satisfaire la Compagnie.
(Affaires étrangères^ Levant et Barbarie, ioeo, f. 172 v.)
DE SAIZtBU AU C^ DE SARTINE.
162. — Tunis, i 2 avril 1778, — N'ayant pas reçu d'ordres précis du
Ministre relativement au projet de pêche de la Compagnie d'Afrique,
il a dû suspendre la négociation entamée à ce sujet avec le gendre du
Bey, et se trouve fort embarrassé pour justifier des retards qui mena-
cent de la compromettre.
{Affaires étrangères, C*?» de Tunis.)
80 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1778'
LE G^c DE SARTINE A DE SAIZIBU.
163. — Versailles, 20 avril 1778. — U. de Tott, inspecteur da
commerce des Échelles ', chargé d'examiner les états de dépenses et de
recettes de la Nation, arrivera bientôt à Tunis; M. de Saizieu lui donnera
tous les renseignements dont il aura besoin. Cet Envoyé est également
chargé de prendre, de concert avec le Consul, tous les moyens pour
procurer à la Compagnie d'Afrique la pèche du corail dans les mers
de la dépendance de Tunis, aux conditions les plus avantageuses.
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, 4060 ^ f. SS7.)
MUSTAPHA-KOODJA AU B"*" DE TOTT.
164. — Tunis, 28 juin 1 778. — « Mon très cher et sincère Beizadé,
j'ai l'honneur de vous écrire pour vous conûrmer ce que je vous ai
déjà dit au sujet de la pèche du corail*. Si dans cette pêche il est ques-
tion de toutes nos côtes, en y comprenant Tabarque, il sera compté
annuellement 20,000 piastres de Tunis, et 10,000 seulement si on veut
en excepter Tabarque. Là-dessus vous m'avez répondu que la décision
de cette affaire dépendant du Ministre de l'Empereur de France, qui eo
avait été ci-devant informé, vous étiez obligé d'attendre les ordres
ultérieurs qu'il lui plairait de donner sur ce sujet, avant de rien ter-
miner. Vous pouvez l'assurer d'avance de mon entier consentement â
tout ce qu'il trouvera juste et convenable d'ordonner, persuadé qu'il
n'y aura rien dans sa décision qui ne me soit favorable. C'est aussi
d'après cette certitude et à votre considération, mon très honoré Beizadé,
que vous êtes libre dès cette année et sans perte de temps d'expé-
dier des bateaux pour commencer à faire la pèche du corail, à laquelle
1. Voy. ]a noie 4, p. 61.
2. Ali-Bey ne voulait plus entendre parler de la Compagnie royale d'Afrique. Les
Mahonnais ofTraient alors au Prince un tribut de 58,000 liv., les Siciliens de 81,000 liv.
Aussi M. de Saizieu, très dévoué aux intérêts de la Compagnie marseillaise, avait-il
décide Mustapha, gendre et Ministre d'Ali, à se charger lui-même de la pèche du
corail, avec privilège exclusif, dans toute l'étendue des côtes de la Tunisie. Puis il
avait habilement disposé le nouveau concessionnaire à la rétrocession du dit pri-
vilège à la Compagnie pendant dix années. Mais celle-ci n'avait pu se résoudre aux
conditions onéreuses qui lui étaient proposées, soit 20,000 piastres (72,000 liv.) de
redevances annuelles pour le monopole de la pêche depuis Tabarque jusques et y
compris toute la côte est de la Régence, ou 10,000 piastres (36,000 liv.) depuis Bizerte
et la même étendue & l'est, bille avait craint de voir augmenter le chiffre de ses
redevances en Algérie, car elle payait alors 36,910 liv. à Alger, pour ses trois comp-
toirs de LaCalle,Bône et Le CoUo, indépendamment des 30,000 liv. réparties au Bey
de Constantine, aux cheiks et aux tribus, en tout 72,910 livres. Tout en cherchant à
conclure un nouveau traité avec la Régence, à la faveur des circonstances, elle
avait renoncé à s'entendre avec Mustapha et préféré le statu quo, c'est-à-dire
l'abandon provisoire de droits séculaires. — Yoy. Omar du Bey de Tunis accordant
la pèche du corail à Sidi Mustapha- Khodja, 22 septembre 1777 [Affaires étran-
gères, C"* de Tunis).
1
[1778] AVEC LA COUR DE FRANCE 81
personne n'apportera ni trouble ni empêchement, car je vais faire
expédier les ordres les plus forts dans tous les ports de la côte pour
que les pécheurs soient encore mieux accueillis et protégés qu'ils ne
Font été par le passé. Vous pouvez vous régler 16,-dessus. «
{Sceau) {Affaires étrangères, C** de Tunis.)
LE C*^ DE SARTINE A DE SAIZIEU.
166. — Versailles^ 6 juillet 1778, — Le prix total du rachat des Corses
esclaves à Tunis, qu'il a obtenu du Bey à. raison de 1,500 piastres par
tête, est de 99,900 piastres. Le Consul devra prévenir le Bey que Tin-
tention du Roi est de faire repasser dans leurs pays tous les Corses libres
qui se trouvent à Tunis et qui s'y conduisent mal.
{Affaires étrangères, «• 1060^ f. 382.)
LE B<>» DE TOTT AU C»® DE SARTINE.
166. — A bord de « V Atalante », iO juillet / 778. — Il est arrivé à
Tunis le 20 juin i, et n'a eu qu'à se louer de l'économie qui préside à. la
direction de cette Échelle. « M. de Saizieu, qui n'attendait que mon arrivée
pour revenir en France, m'a présenté au Bardo. Depuis il a parlé fré-
quemment à Sidi Mustapha de l'affaire de la Compagnie d'Afrique. Elle
est des plus délicates et il sera fort difficile d'arriver à une prompte
solution. 9
{Affaires étrangères, C*"* de Tunis.)
DEVOIZE * AU C'^' DE SARTINE.
167. — Tunis, 10 juillet 1778. — M. de Saizieu s'est embarqué
le 30 juin dernier pour rentrer en France.
Un corsaire tunisien s'est emparé d'un bâtiment corse chargé de blé
venant du Levant. M. de Saizieu avait demandé la restitution de la
prise ainsi qu'une indemnité. Devoize sollicite les ordres nécessaires
pour poursuivre cette négociation avec le gendre du Bey.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
MÉMOIRE POUR SERVIR D'INSTRUCTION AU CH<^' DE FABRY,
CHEF d'escadre DES ARMÉES NAVALES '.
168. — Paris, 12 juillet 1778. — « Le chevalier de Fabry se portera
successivement avec son escadre sur Tunis, Tripoli de Barbarie, etc.. Il
1 . Voy. État des dépenses faites à l'occasion de l'arrivée et du séjour à la rade de La
Goulette de la frégate du Roi L* Atalante, commandée par M. le baron de Durfort, ayant
mouilié le 20 juin 1778 jusqu'au 30 du dit mois. Ces dépenses s'élèvent à 172 piastres.
{Affaires étrangères, C" de Tunis.)
2. Voy. la note 2, p. 60.
3. Voy. la note 1, p. 86.
6
82 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1778J
montrera le pavillon du Roi et mouillera dans les ports où il pensera
que la présence de Tescadre pendant deux ou trois jours puisse élre
utile aux sujets de Sa Majesté et donner plus de considération à ceux
d'entre eux qui y font le commerce... »
(Marine, B^ 672, f. 87.)
DE SAIZIEU AU C^^' DE SARTINE.
169. — Lazaret de Toulon^ iô juillet 1778, — De Saizieu rend
compte au Ministre de son départ de Tunis.
« J*ai laissé les affaires du Consulat entre les mains du Vice-Consul
Devoize, auquel j'ai donné toutes les instructions qui lui seront néces-
saires.
Accablé de maladies, de famille et de besoins, j'arrive en France
dépouillé de tout revenu et sans raison d'en obtenir aucun dans mon
absence de TËchelle, si je ne mettais pas toute ma confiance dans vos
bontés.
L'inspection de M. le baron de Tott étant terminée à Tunis, j'ai
annoncé au Bey le voyage que je ne pouvais plus retarder de faire en
France, et ce Prince a agréé que le Vice-Consul demeurât chargé des
affaires du Roi auprès de lui, en me promettant sa faveur et son indal-
gence pour lui. Je crois pouvoir annoncer que M. Devoize remplira
avec zèle et un entier succès les instructions que je lui ai données. »
{Affaires étrangères ^ C" de Tunis,)
170. — Tunis, iô juillet 1778, — Instructions du Consul général
de France à Tunis au Vice-Consul Devoize *.
1. « Sa Majesté ayant bien voulu permettre au sieur de Saizieu de passer eo
France par congé, ce Consul avant de s'embarquer remet au sieur Devoize, Vice-
Consul, les alTaires de Sa Majesté et du Consulat, ensemble les instructions qu'il est
chargé de lui donner, pour ne lui laisser ni incertitude ni embarras et le mettre en
état de bien remplir les fonctions que POrdonnance du U décembre 1776 lui attribue.
Ses devoirs et ses pouvoirs, sur cette dernière partie du service qui va lui être
confié, sont réunis et déterminés dans les diftérentes ordonnances de Sa Majesté
qui concernent la résidence et la navigation de ses sujets en pays étrangers. Elles
sont à peu près toutes enregistrées à la Chancellerie du Consulat de Tunis. Le
sieur Vice-Consul a eu le temps de s*en instruire, et pourra y recourir dans les
cas particuliers où il n'aurait pas eu occasion d'en reconnaître l'esprit et l'usage
envers les Français qui résident ou naviguent à Tunis. Ce n'est qu'envers eux
i|u'elles sont de rigueur pour l'officier du Roi à qui l'exécution en est commise.
Mais il doit en suspendre l'usage ou le modérer, lorsque les dispositions ou l'io-
lérét des Puissances du pays peuvent contrarier TetTet qu'il se propose, ou celui
plus fâcheux de compromettre les droits et l'autorité de Sa Majesté.
Ce danger est plus réel et plus fréquent en Barbarie que dans le reste du
Levant. 11 se renouvelle toujours avec beaucoup de dommage et peu de déccDce
pour les nations faibles qui y sont établies, et celles qu'on y ménage le plus ne
sont pas dispensées d'accorder des délais et des tempéraments qui n'ont pas d'im-
portance, ou dont on revient aisément à Tunis. Le sieur Vice-Consul doit y pro-
téger les Français, favoriser leur commerce et leur conserver la tranquillité et la
[1778] AVEC LA COUR DE FRANCE 83
considération dont ils jouissent dans ce moment; mais il ne doit jamais engager
pour eux ni avec eux des affaires sérieuses avec le gouvernement de Tunis, quelque
changement quMl éprouvât dans la conduite ou les prétentions de ceux dont il
aurait à se plaindre; il pourrait seulement, après des représentations solides et
décentes, annoncer au Bey le compte qu'il s'empresserait de rendre à la Cour, pour
être autorisé & s'expliquer avec ce Prince et ses Ministres dans le sens et les
termes que le Ministre du Roi voudrait bien lui prescrire. Rien ne saurait justi-
fier le sieur Devoize d'avoir mis par trop de précipitation et de zèle, Sa Majesté
n'étant pas dans le cas d'abandonner son officier ou ses droits & Tunis, si d'autres
intérêts nelui permettaient pas de les y soutenir par les moyens quMl aurait rendus
indispensables.
Le sieur Vice-Consul n'en saurait avoir l'idée dans aucune circonstance; moins
encore il peut en courir le risque dans l'état actuel des affaires du Roi & Tunis.
Le sieur de Saizieu ne lui en laisse aucune & traiter ou & reprendre avec le Bey
qui puisse changer les dispositions de ce Prince, ni avoir une influence fâcheuse
sur les autres objets de son service qu'il doit remplir auprès de lui.
11 n'éprouvera aucun retardement ni de nouveaux obstacles pour effectuer la
rédemption des esclaves Corses, d'abord que la Cour l'aura autorisé à faire usage
des renseignements et du titre que le sieur de Saizieu lui a remis, pour consommer
celte rédemption à laquelle le gendre et Ministre du Bey est personnellement
engagé, et pour tout ce qui pourra encore concerner la prise du bâtiment de
Booifacio que le sieur de Saizieu a réclamé et vient d'obtenir du Bey.
Ce Consul lui a d'ailleurs ménagé, dans l'amilié et le crédit de ce Prince, l'appui
et les conseils qui pourront lui devenir nécessaires dans le cours de son service, et
pour les cas de discussions qu'il a fallu supposer ou prévoir pour y fixer son opi-
nion et sa conduite. Mais il faut absolument que le sieur Vice-Consul s'attache à
gagner la confiance 6» ce Ministre et h mériter les bons offices de sa part, dont il
a souvent éprouvé que 1» Ministre de Sa Majesté veut bien lui tenir compte.
Le sieur Devoize verra le Bey et le Prince Hamouda sou fils le plus souvent qu'il
pourra, sans craindre de leur être à charge, et les disposera par ses soins et ses
attentions & lui demander de préférence ce dont ils peuvent avoir besoin de sa part,
tel que les biscuits et le pain français que le sieur de Saizieu leur a toujours fournis.
Ce Consul charge en outre le sieur Latidon d'approvisionner Sidi Mustapha des
différentes choses qu'il recevait de lui, et dont il faut éviter qu'il soit pourvu par
les Consuls étrangers qui ne manqueront pas de s'offrir pour le remplacer dans ce soin.
Les affaires de ce Prince, ses dispositions et l'habitude pouvant aussi lui rendre
ceux du sieur Laudon plus nécessaires, dans l'absence du sieur de Saizieu, le sieur
Vice-Consul aura l'attention de lui envoyer tous les samedis ce Chancelier, et
n'empêchera dans aucun cas que le sieur Laudon ne le voie et ne le serve avec le
secret et la prudence qui lui ont mérité son amitié.
Cet officier est personnellement chargé d'entretenir celle d« ce Prince pour le
sieur de Saizieu, dont il remplira à cet égard les instructions particulières soit
d'ici ou de France avec le zèle et l'exactitude que le sieur de Saizieu lui connaît.
Il lui remet les clefs de son cabinet et la charge de tout ce qui ne peut servir
dans son absence au sieur Devoize, qui lui en laissera constamment la disposition
et la liberté d'y remplir ses instructions. L'un et l'autre pourront aussi être sup-
pléés au Bardo par le drogman Mustapha, qui traite depuis longtemps et avec
succès les affaires minimes et contentieuses auprès du Bey; mais dans toutes
celles de quelque conséquence, le sieur Devoize doit y réfléchir et les aller discuter
lui-même avec le Bey, après en avoir prévenu son Ministre. C'est toujours par où
il faudra les commencer, et ce sera toujours par le canal et les moyens de ce Prince
qu'il les terminera promptement et avec le succès dont elles seront susceptibles.
Le sieur Vice-Consul peut avec confiance instruire ce Ministre du Bey de toutes
celles qui surviendront; il réclamera ses bons offices, et s'il les lui promet il peut
se dispenser d'y faire concourir ceux des autres grands-officiers du Gouvernement.
11 n'y a dans ce nombre que le Kiaya Ismaïl que le sieur Devoize doive distin-
guer dans les procédés, et le satisfaire dans les demandes qui pourraient exiger de
sa part de petites dépenses ou de plus grands ménagements. Il ne saurait trop,
cependant, s'éloigner et se méfier de lui, ni se précautionner contre les mauvais
84 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1778J
offices qu'il cherchera à lui rendre auprès du Bey, dont il est gendre, mais le
danger pour nous ne serait que dans le cas où son crédit prévaudrait sur celui de
son beau-frère, ou que les dispositions de ce Prince changeraient à notre égard.
Les autres offîciers du Bey peuvent en avoir de plus ou moins favorables à la
nation, sans conséquence pour elle. Ils n'exigent ni complaisances ni dépenses de
la part du sieur Vice-Consul, qui cependant doit vivre honnêtement avec tous, et
marquer plus d'attention et d'amitié auDoletyet au Grand Douanier, avec lesquels
les étrangers ont plus souvent & faire pour les objets de résidence et de commerce
qui intéressent leur nation dans ce Royaume.
Le sieur Vice-Consul connaît le degré de confiance et d'égards qu'il peut mon-
trer à chacun des Consuls étrangers qui y résident; ses liaisons avec tous le
mettent & portée de les voir et de s'instruire de leurs propres affaires, en leur
cachant tant qu'il pourra les siennes.
Il ne parait pas qu'il ait droit sur eux à la préséance que Sa Majesté exige pour
son Consul; il est certain qu'ils ne l'accorderont pas. Le sieur DeYoize doit
éluder les occasions de la prétendre et de les réunir contre lui. Il vaut mieux bien
vivre avec eux, les fréquenter, les honorer, mais ne jamais les consulter ni en
dépendre pour les affaires et toujours s'en méfier.
Le sieur Vice-Consul sera aussi honnête et réservé avec les religieux des deux
Ordres établis à Tunis. La Mission étant sous la protection immédiate de Sa
Majesté, il doit en surveiller le chef, et lui rendre d'ailleurs les meilleurs offices
lorsqu'il les méritera.
Cet établissement de piété jouit, ainsi que ceux du commerce français, des droits
et des franchises déterminés dans les traités du Roi avec le Bey de Tunis. Il faut
en maintenir les avantages et la prérogative à la nation ainsi qu'à ces religieux,
mais empêcher qu'on n'en abuse, et notamment pour la franchise des liqueurs et du
vin. Les complaisances ou les négligences du sieur Vice-Consul en ce point lui
feraient perdre l'accès et Testime du Bey, rendraient son rôle difficile et fâcheux
auprès de ce Prince, et compromettraient les droits des Français sur le pays qu'on
y voit avec peine et jalousie distingués des autres Européens par leurs privilèges.
Les négociants, commis et artisans français, qui composent leur nation à Tunis,
sont la plupart jeunes, quelques-uns légers et avantageux, vices de caractère que
la résidence et les affaires corrigent bientôt en Barbarie ; mais tous sont de bonnes
mœurs, et n'ont pas de liaisons suspectes ni de défauts qui exigent qu'aucun d'entre
eux soit noté ni plus contenu dans ce moment sur TËchelle. Le sieur Vice-Consul
peut leur accorder à tous la liberté el la confiance dont ils n'ont pas mésusé pen-
dant la résidence du sieur de Saizieu à Tunis, et s'il survenait parmi eux des
incidents ou de nouveaux membres capables de les égarer et d'exposer la nation
aux entreprises et au mépris des gens du pays, le sieur Vice-Consul doit aussilôl
les dénoncer au Ministre, exposer fidèlement ses craintes et leur tort, et ne
jamais oublier qu'il répond au Roi de tout le mal que les sujets de Sa Majesté
peuvent faire ou s'attirer dans ce Royaume, comme des avantages qu*il négligera
de leur procurer, en ayant. le moyen par sa place et son crédit auprès du Bey. Il
ne faut cependant pas qu'il expose ses droits et ses démarches pour l'avantage et
sur rinspiration d'aucun particulier; il ne doit agir et se montrer, en matière de
commerce, qu'en réunion et pour l'intérêt de tous, sans prévention ni partialité, et
n'en distinguer aucun, lorsqu'il peut prétendre et se promettre d'être obéi et res-
pecté de tous.
Il s'attachera sur toute chose à conserver l'union et la considération des Français
entre eux et sur le pays, et à maintenir l'observation des règles qui sont établies
pour lui et pour eux sur l'Échelle; mais le cas advenant qu'il fallût par conve-
nance, ou forcé par des circonstances locales et pressantes, s'écarter des unes et
des autres, le sieur Vice-Consul rendra compte de sa conduite et des motifs qui
la justifieront auprès du Ministre, dont les ordres peuvent seuls autoriser les
changements qu'il sera permis de faire à cet égard, comme aux usages du pays.
Il joindra aux renseignements précis et exacts que le sieur de Saizieu lui en a
fait prendre, ceux qu'il a vus s'y observer depuis les nouveaux arrangements que
Sa Majesté a ordonnés dans l'administration des Échelles du Levant et de Barbarie.
Le sieur Vice-Consul fournira en conséquence à la dépense que pourront lui
[1778] AVEC LA COUR DE FRANCE 85
DE SAIZIEUAU G^® DE SARTINE.
171. — Lazaret de loulon^ iô juillet 1778. — Il est parti le 30 juin,
avec M. le baron de Tott, qui va rendre compte à la Cour de sa visite
de TEchelle.
m Cet Inspecteur m'a paru satisfait de mon département et de mes
faibles soins. Je les ai employés pour lui avec la confiance et le zèle que
rien ne peut affaiblir ni démentir dans mon cœur, je me suis conformé
à ses ordres, soumis à ses décisions, et je me suis réservé, en secondant
les règlements qu'il a publiés, de vous représenter les inconvénients
qui pourront tôt ou tard en résulter pour Tunis, où le service diffère
de celui de Levant en raison du besoin que le Roi peut avoir de
s'a*ssurer ou se servir des Princes qui y régnent. M. le baron de Tott,
en voulant assimiler la Barbarie aux Échelles du Levant, n'a éprouvé
ni contradiction ni obstacle dans tout ce qu'il a ordonné à Tunis. Le
Bey et son gendre Tout accueilli avec distinction et lui ont accordé
tous les égards et honneurs qui pouvaient le distinguer en public et le
flatter personnellement. »
[Affaires étrangères, C'* de Tunis,)
172. — Paris, Juillet 1778. — Ëtat des dépenses proposées par M. le
baron de Tott et approuvées au Conseil du Roi, pour le Consulat de Tunis :
Appointements du Consul 9,500 livres.
— du Vice-Consul 1,500 —
— du Chancelier 300 —
Pavillon, compris Tentretien du màt et toutes les
dépenses y relatives 250 —
Entretien de la chapelle 600 —
Loyer de la prison 75 —
Au Drogman 350 —
Au Janissaire du Consul 300 —
Au second Janissaire 250 —
En remplacement des dépenses extraordinaires, pré-
sents d'usage et autres frais 2,000 —
Total 15,125 livres.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
occasionner les vaisseaux du Roi dans leur mission ou leur relâche à Tunis, et à
celle de Tentretien et du renvoi des déserteurs et matelots disgraciés qui pourraient
survenir dans son département. Il tiendra également un état détaillé de toutes les
dépenses politiques et secrètes de son service auprès du Bey, et il mettra ces
diiTérents objets sous les yeux du Ministre pour en obtenir son approbation et le
remboursement. • (Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
86 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1778]
MUSTAPHA-KHODJA AU C^*' DE SARTINE.
173. — lunis^ 22 juillet 1778, — « Après vous avoir présenté les
expressions les plus fortes et les plus sincères de notre attachement,
nous avons l'honneur de vous faire savoir que, tandis que nous nous
occupions des moyens d'avoir de vos nouvelles, empressement dicté
par les sentiments qui nous unissent, nous en avons saisi ToccasioD
dans la nécessité où nous sommes de vous rendre compte d'un accident
survenu il y a peu de jours.
Un de nos capitaines corsaires ayant rencontré, il y a quelque temps,
un vaisseau dont le subrécargue était génois et l'équipage napolîtaÎD,
il Ta pris et conduit dans notre rade. Après de plus exactes informa-
tions, cette prise ayant été reconnue pour un vaisseau corse, nous nous
sommes empressé de la faire rendre et de remettre à votre Vice-Consul
tous les effets qui avaient été déprédés et le fond pour le blé qui
se trouvait embarqué dans le dit vaisseau ; on a indemnisé toutes les
pertes : il n'est rien resté à réclamer. Votre Vice-Consul n'aura pas
manqué de vous donner les détails de cette affaire. Le susdit capitaine
a été bien réprimandé et sévèrement puni. Cette lettre amicale n'a point
d'autre objet que de vous faire connaître le cas que nous faisons de
tout ce qui vous appartient ; nous espérons que vous nous honorerez
toujours de votre souvenir et de votre correspondance. Puissiez-vous
jouir d'un éternel bonheur! »
{Sceau) {Affaires étrangères, C*" de Tunis.)
DEVOIZE AU C*^' DE SARTINE.
174. — Tunis^ i i août 1778, — Il a signifié au Bey la rupture de
la France et de l'Angleterre. « Le Prince a reçu cette ouverture avec
toutes les marques de l'intérêt qu'il prend depuis longtemps à ce qui
regarde la nation française, et m'a chargé de vous témoigner particu-
lièrement qu'il partage d'avance les succès que doit nous promettre
cette guerre. Sa Majesté éprouvera dans cette circonstance tout ce
qu'elle a le droit d'attendre de son amitié. »
{Affaires élrangères, C^ de Tunis,)
DEVOIZE AU C^ DE SARTINE.
175. — Tunis^ 3 i août 1778, — Le 30 août, quatre vaisseaux du Roi,
Le Destin^ Le Lion^ Le Hardi et La Victoire^ sous les ordres du chevalier
de Fabry S ont mouillé à La Goulette, où ils ont été salués de 21 coups
1. Louis de Fabry, commandeur de Malte, né en i715, garde de la marine en 1734,
enseigne de vaisseau en 1742, aide-major du port de Toulon en 1749, lieutenant de
vaisseau en 1757, capitaine en 1757, migor de la marine à Toulon en 1758, mijor
[1778] AVEC LA COUR DB FRANCE 87
de canon. Le Bey, auprès duquel le chevalier de Fabry s*est fait excuser
de ne point aller le voir, a fait faire à ce commandant ses offres de
service. L'apparition de ces quatre vaisseaux qui amenaient une prise
anglaise a produit le meilleur effet.
[Affaires étrangères, C*'* de Tunis,)
LE en" DE FABRY AU C'« DE SARTINB.
176. — Tunis ^ 2 septembre 1778. — Il est arrivé le 30 août dans
cette rade avec quatre vaisseaux de Tescadre et un bâtiment anglais
à trois mâts, dix canons montés et soixante-quatre hommes d'équipage
dont ils se sont emparés... Sîdi Mustapha, gendre du Bey, veut acheter
ce bâtiment; une négociation est entamée à ce sujet, et le Vice-Consul
de Tunis la terminera en informant le Ministre du résultat de ses
démarches.
(Marine, B*, i39, f, 104.)
DEVOIZB AU C'® DE SARTINE.
177. — Tunis, 4 septembre 1778. — M. le cho»* de Fabry, informé
des progrès de la peste à Gonstantinople, d*où provient la prise
anglaise qu'il a amenée à La Goulette, et craignant d'introduire le fléau
en France, a décidé de faire vendre cette prise à Tunis au lieu de
l'envoyer à Toulon *.
(Affaires étrangères^ C"* de Tunis.)
LE B®» DE TOTT AU C^® DE SARTINB.
178. — Paris, 14 septembre 1778. — Il lui envoie son travail sur
la Compagnie d'Afrique *.
« Quant à ce qui concerne la nation française à Tunis, elle y gémit
sous des abus d'autorité auxquels le règlement général pourvoira, mais
il parait instant de préserver les négociants de cette Échelle du danger
de ne pas habiter dans le Fondouk. Ils pourront s'y réunir facilement
lorsqu'on supprimera une auberge qui, sous prétexte de loger les capi-
taines, ne sert qu'à les retenir à terre plus qu'ils ne doivent y séjourner,
en même temps qu'ils sont rançonnés dans, cette auberge, qui n'est
réellement qu'une taverne protégée. Il paraît également convenable
général à Toulon en 1775, chef d'escadre en 1776, directeur général du port de
Toulon en 1779, lieutenant général des armées navales en 1782. — Voy. sa corres-
pondance ofncielle relative à celte campagne (Marine, fî*, 139).
1. Voy. Etat des dépenses faites à Voccasion de l'arrivée et du séjour de V escadre du
Roi composée de quatre vaisseaux sous tes ordres de M. le chevalier de Fabry, ayant
mouillé à la rade de La Goulette le 30 août 1778, et ayant appareillé le 5 septembre
suivant. Le total de cet état s'élève à 514 piastres. (Affaires étrangères, C'** de Tunis,)
2. Voy. Mémoire sur la Compagnie d^ Afrique à Tunis, par le baron de Tott, 14 sep-
tembre 1778 {Affaires étrangères, C" de Tunis.)
88 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1778]
de supprimer Tordonnance consulaire qui prescrit aux négociants de
rentrer au cri de la nuit. Ces petites vexations de collège n'excitent
que le désordre et n'établissent pas Tautorité utile... »
(Affaires étrangères ^ €^^ de Tunis.)
LE C^^' DE SARTINE A OEVOIZE.
179. — Versailles j 2 S septembre 1778. — Le Ministre le félicite de
la part qu'il a prise, conjointement avec M. de Saizieu, au succès de la
négociation entamée pour la restitution d'un bâtiment corse pris par uo
corsaire tunisien. Il approuve la manière dont il a notifié au Bey notre
rupture avec les Anglais.
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, 1060, f. 569.)
DÉLIBÉRATION DE LA NATION FRANÇAISE A TUNIS.
180. — Tunis^ 42 octobre 1778. — La nation française, mécontente
du boulanger du Foudouk, qui lui fournit de mauvais pain et n'en est
pas moins obéré de dettes, décide de faire dresser l'inventaire des
effets et ustensiles qui se trouvent dans la boulangerie et dont la vente
servira à désintéresser les créanciers chrétiens et indigènes du conces-
sionnaire actuel, le sieur Garbonel. Elle nomme à sa place les négociants
Jacques Mathieu et Jean Nègre.
Signé : Devoize, Chaix^ Auvelly, Mouriéy Turc^ Séries, Billon, dAudi-
bert'C aille f député enexercice, Pouverin, chirurgien, et Laudon^ chancelier.
(Archives de la Résidence française à Tunis, Registre des délibérations de la
Nation, n" », f. 4î,)
LE C^"" DE SARTINE A DEVOIZE.
181. — Marly, 12 octobre 1778. — Sur la proposition du baron
de Tott, le Roi a décidé de supprimer l'auberge du Fondouk, afin qu'il
y ait assez de logements pour y rassembler toute la nation. « Vous
aurez soin de la convoquer pour la concilier sur tous les détails des
dispositions qu'entraîne un pareil arrangement. Le logement consu-
laire et tous les appartements nécessaires doivent être réservés au
Consul; Sa Majesté a décidé en outre que les nationaux payeraient
ainsi que le Consul le loyer de leurs appartements au gouvernemenl
tunisien, à qui le Fondouk appartient, et qu'ils feraient les répa-
rations qui pourraient les concerner chacun en particulier.
Sa Majesté a cru devoir supprimer en même temps l'ordonnance du
Consul qui défendait aux négociants de rentrer après le cri de la
nuit. Si l'auberge supprimée du Fondouk est nécessaire pour les capi-
taines de navires, M. le baron de Tott pense qu'elle doit être établie
[1778] AVEC LA COUR DE FRANCE 89
hors de la porte de la ville, afin qu'ils puissent profiter du vent de nuit
pour retourner à leur bord. Vous pourrez donc autoriser ce change-
ment. »
{Affaires étrangèreSy Levant et Barbarie^ i078y f, 596.)
DBTOIZE AU C^ DE SARTINE.
182. — Titnis, i4 octobre i 778. — L'amiral vénitien Émo >, ayant
SOUS ses ordres un vaisseau, une frégate et un chebek, a mouillé à La
Goulette où son pavillon a été salué de ai coups de canon. Ayant
débarqué le lendemain de son arrivée, il a reçu un salut personnel de
il coups, le Bey lui a accordé une audience privée le jour même,
pour la remise des présents V
(Aff'aireê étrangères^ C*** de Tunis.)
IB C^'' DB SARTINB A DEVOIZE.
183. — Versailles, 2 novembre 1778. — Le Ministre le félicite de sa
conduite lors de larrivée à Tunis de la frégate commandée par le che-
vaHer de Fabry. Les honneurs et les égards dont le Bey a fait entourer
ce dernier ne laissent rien à désirer.
(Aff'aires étrangères^ Levant et Barbarie , 1060^ f. 639.)
DEVOIZE AU C}^ DE SARTINE.
184. — Tunis, 24 novembre i 778. — Une compagnie génoise solli-
cite vivement le privilège de la pèche du corail. Le Bey attend une
réponse définitive aux propositions faites, à ce sujet, au baron de Tott';
il ne prendra aucune décision ferme avant le printemps.
Ismall, second gendre du Bey, est en fuite ^. Il s'est embarqué sur un
bâtiment vénitien pour Livourne, emportant le produit du tribut qu'il
venait de percevoir. Cette disparition ne peut qu'affirmer à notre avan-
tage le crédit de Mustapha-Khoci^a.
{Aff'aires étrangèt^es, C*'* de Tunis.)
i. Voy. tome II, p. 660, n. 1.
2. Présents de Vamiral Émo au Bey :
Un très grand miroir en trois glaces, avec ses ornements, douze de moyenne
grandeur, trois fauteuils de damas cramoisi, bordé en or avec des crépines, deux
petites caisses contenant diverses quincailleries, trois lustres de cristal.
3. La négociation de la pèche du corail dans les mers de Tunis, qui avait été
conGée au b*" de Tott, s'était bornée à l'arrangement suivant : M. de Tott, qui,
d'ailleurs, n'avait passé que dix jours dans la Régence, avait obtenu de Mustapha-
Khodja la permission pour la Compagnie de faire des essais de pêche sur les côtes
de Tabarque et de Bizerte, pour la mettre en état de se décider sur la rétrocession
de privilège oiTerte par ce Ministre. — Voy. la note 2, p. 80.
4. Jaloux de Tautorilé et de l'influence exercées par Mustapha-Rhodja, premier
gendre d'Ali-Bey, Ismaïl ne cessait d*ourdir toutes sortes d'intrigues pour remplacer
son rival aux affaires .
90 CORRESPONDANCE DBS BEYS BT DES CONSULS [1778]
LE C^« DE SARTINE A DEVOIZE.
185. — Versailles, 30 novembre 1778. — Instruction sur la manière
dont il doit procéder à la vente à Sidi Mustapha de la prise anglaise
que M. le chevalier de Fabry a laissée à Tunis. On ne peut comprendre
dans cette vente la somme d'argent soi-disant cachée dans une partie
de ce bâtiment, dont on lui a recommandé de faire la recherche avec les
plus grandes précautions, et qu*il devra faire repasser en France par
la voie la plus sûre.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, 4069, f. 69i.)
DEVOIZE AU C^® DE SARTINE.
186. — Tunis, i 0 décembre 1778. — « J'ai convoqué la nation et j'ai
fait connaître aux négociants qui la composent que Sa Majesté a décidé,
sur la proposition du baron de Tott, que Tauberge établie dans le
Fondouk serait supprimée afin qu'il y eût assez de logements pour y
loger la nation et qu'elle doit se concilier entre elle pour tout ce qui
concerne cet arrangement, afin que chacun paye au prorata le loyer de
ses appartements au Divan, à qui le Fondouk appartient. La nation a
donc délibéré sur ce sujet le 10 de ce mois, et a décidé que tous les
négociants seraient logés au Fondouk par suite de la suppression de
l'auberge, à l'exception du sieur Moriès, qui continuera sa résidence
dans la maison du Consul anglais, son beau-père.
Quant au Consul, il conservera à son usage un seul magasin, loué au
sieur Barry un sequin vénitien par mois, la cave, l'écurie et la prison
du Fondouk.
La nation a délibéré en outre sur la communauté des citernes des
négociants entre eux. La caisse nationale continuera à, payer les frais
d'entretien.
La police de Tunis a donné lieu à l'ordonnance du Consul qui défend
aux négociants de sortir de la ville après le cri de la nuit, c'est-à-dire à
sept heures et demie en hiver. C'est de rigueur même pour les sujets du
Bey. Ce Prince me recommanda d'y veiller avec attention, les négociants
les plus raisonnables reconnaissant la nécessité de s'y soumettre. U a
été démontré au baron de Tott qu'il était indispensable de laisser
exister une auberge française sur l'Echelle. Cet inspecteur a sans
doute oublié que la position de Tunis et de La Goulette ne peut per-
mettre aux capitaines de profiter du vent de la nuit pour retourner à
leur bord. L'auberge s'établira hors du Fondouk, puisque vous avez
bien voulu autoriser ce changement, mais elle ne pourra avoir lieu hors
des portes de Tunis. »
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
[1778] AVEC LA COUR DE FRANCE 91
DÉLIBÉRATION DE LA NATION FRANÇAISE A TUNIS.
187. — T'unis, iO décembre 1778, — La nation manifeste sa joie de
ce que le Roi a bien voulu prendre les moyens nécessaires pour réunir
dans le Fondouk ceux des nationaux qui en étaient jusqu'alors séparés.
Elle afifecte aux sieurs Mourié, Billon et Auvelly le local de Tauberge
supprimée par Sa Majesté ainsi que les logements précédemment
occupés par les sieurs Lions et Séries, qui se disposent à se retirer
du commerce et h venir en France.
{Archives de la Résidence française à Tunis, Registre des délibérations de la
Nation, n" S, p. 4Î.)
LE CH®*" DE BOMPAR * AU C'* DE SARTINK.
188. — A bord de « L' Aurore », i4 décembre i 778. — 11 rend compte
de sa croisière devant Tunis, de la prise d'un bâtiment anglais à la
portée du fort de cette rade et de Taudience du Bey qui lui a adjugé
cette prise *.
ce A deux reprises différentes, les députés de la nation lui adressè-
rent une supplique tendant à ce qu'il se mtt à la poursuite d'un chebek
mahonnais qui, sortant de Tunis, avait pris la route du cap Bon pour
s'emparer sans doute de deux tartanes et autres bâtiments qui étaient
annoncés de Marseille.
M. de Bompar répondit aux députés de la nation que ce qu'ils lui
demandaient était directement opposé à sa mission et que, d'ailleurs,
leurs craintes à l'endroit de ce chebek lui paraissaient mal fondées.
Le 7 décembre il reçut par l'entreprise de M. Devoize une nouvelle
supplique de messieurs de la nation, à laquelle étaient jointes deux
lettres de Monastir qui leur apprenaient qu'un pinque minorquin avait
4. Voy. la note 1, p. 87.
2. ÛonnoDS au hasard un exemple des dépenses occasionnées par la relâche
d'un biliment du Roi à La Goulette : Etat des dépenses faites à l'occasion deVarrivée
et du séjour de la frégate du Roi « V Aurore », commandée par M. le chevalier de
Bompar, ayant mouillé à La Goulette du 20 novembre 1178 au 3 janvier 1779 :
Voyage du Vice-Consul et de la nation à La Goulette, 23 p. 26; second voyage, 14 p. ;
présent d'usage & bord de la frégate, 13 p. 26; présent d'usage au patron du canot,
i3 p. 26; à Tagha du château qui a présenté le café au chevalier de Bompar, 4 p. 26;
charrettes et montures le jour de l'audience, 12 p.; trois voyages du Vice-Consul à
bord, 7 p.; à deux renégats envoyés par le Bey pour visiter les bâtiments vénitiens,
7 p.; voyages des janissaires qui ont porté des lettres du Vice-Consul au comman-
dant, 6 p.; au kiaya du Bey quia fait apporter Tordre du salut, 4 p. 26; au courrier
expédié à la Galipie, 6 p.; quatrième voyage du Vice-Consul à bord, 6 p.; au capi-
taine du port qui a logé le Vice-Consul et ses nationaux à La Goulette, 4 p. 26;
étrennes d'usage dans le séjour des bâtiments du Roi à l'agha de La Goulette, 9 p.;
au commandant de Carthage, 9 p.; aux chaouchs de la marine, 9 p.; au gardien de
la marine et au pilote du lac, 2 p. ; au drogman, 13 p. ; au janissaire du Fondouk,
4 p.; pour la table du Vice-Consul du 20 novembre au 3 janvier, à 20 1. par jour,
680 p. au change de 30 sols la piastre, suivant le règlement du baron de Tott.
1
9i CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1779]
mouillé le 1" décembre aux Conoillières, qu*il s'était emparé d'abord
d'une tartane française qui venait d*y jeter Tancre, puis qu*il avait
amariné un brigantin qui passait à portée de lui; enfin qu'il paraissait
avoir établi sa croisière dans ce parage afin d'arrêter tous les bâtiments
qui allaient à la côte ou en revenaient.
Il appareilla le même jour 8 décembre, et quelques jours plus lard
reprenait au corsaire minorquin le brigantin La Sainte-Barbe et la
tartane VHeureux Jérôme dont le corsaire s'était emparé le 4 aux
Connillières. Cette fructueuse manœuvre accomplie, M. le chevalier de
Bompar revint à Tunis et mouilla le il décembre à 4 heures du matin
à La Goule tte. »
Aussitôt, il adressait à M. Devoize une relation de ce qui s'était passé,
« J'écrivis le 12 à M. Devoize qu'étant déterminé à soutenir moi-
même les droits du pavillon du Roi, je le priais de m'obtenir du Bev
une audience particulière.
Il se présenta en effet devant ce prince le 14, à 9 heures du matin,
lui donna lecture des lettres écrites de Monastir et lui fit observer que
dans toute autre occasion il aurait infiniment respecté ses côtes et la
vue de ses forts, mais que le corsaire anglais s'étant emparé de ces
deux bâtiments dans un parage qu'il devait respecter, il s'était cm en
droit de les reprendre partout oCi il pourrait les rencontrer.
Le Bey approuva sa conduite et Tinvita à se rendre aux Connillières
pour s'emparer du corsaire s'il y était encore.
M. de Bompar remercia le Prince et lui répondit que le passage des
Connillières était dangereux dans cette saison pour une frégate; qu'il
n'y avait pas de fond, ce qui mettait le corsaire en sûreté contre toute
surprise, mais qu'il ferait cependant tous ses efforts pour éloigner ce
bditiment des côtes tunisiennes. »
(Marine, B*, 139, f, t5.)
LE eu*'* DE BOMPAR AD C** DE SARTINE.
189. — A bord de « V Aurore », 8 janvier 1779. — Compte rendu
de ses diverses opérations devant Tunis.
{Marine, 0S iSO, /*. 45.)
190. — Versailles f 28 janvier 1779. — Provisions de Consul général
à Tunis en faveur de Jean-Baptiste du Rocher, actuellement Consul à
Tripoli de Barbarie, en place de M. de Saizieu, admis à la retraite *.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. 497.)
1. Jean-Raptiste du Rocher, jeune de langue à Constanlinople en 1760, interprète
&AIepen 1165, chancelier à Alexandrie en 1770, Consul à Tripoli de Barbarie en 1716,
Consul général à Tunis en 1770, au Maroc en 1786, décédé en congé en 1797. — Voy.
sa correspondance avec la Chambre de commerce de Marseille, S. AA, 509 et suir.
de l'inventaire.
[1779] AVEC LA COUR DE FRANCE 93
LE C** DE SARTINE A DfiVOlZE.
191. — Versailles, 15 février 1779. — En ce qui concerne le rachat
général des Corses qui se trouvent encore à Tunis, il devra suivre de
point en point les instructions que M. du Hocher est chargé de lui
donner. En attendant de rectifier le plan d*après lequel Sidi Mustapha
et le baron de Tott ont traité de la pèche du corail pour la Compagnie
d'Afrique, il veillera à ce que le Bey ne prenne d'engagement sur cet
objet avec aucune autre nation...
Sa Majesté approuve qu'il n'ait pas fait saluer le pavillon du Roi par
les forts de La Goulette, lors de la relâche de la barque L'Eclair, Il devra
toujours en être ainsi, lorsque le même armement aura déjà reçu le
salut pendant sa croisière, ou qu'il sera censé être sous les ordres d'un
officier supérieur à qui le salut aura été déjà accordé pendant la cam-
pagne.
La Chambre de commerce remboursera à Devoize toutes ses avances.
Le Ministre termine en lui recommandant de maintenir la maison
consulaire dans l'état où M. de Saizieu l'a laissée, de conserver au
sieur Joseph Lions le logement qu'il occupe et de veiller à Tobserva*
tion de tous les règlements.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. 88.)
LE C*' DE SARTINE A DEVOIZE.
192. — Versailles, 26 février 1779, — On lui envoie un brevet de
médecin du Roi pour le sieur Bruno Jourdan, médecin français appelé
alunis par le Bey de cette Régence ^
(Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. iiS.)
LE G''* DE SARTINE A DEVOIZE.
193. — Versailles, 26 février 1779. — Sa Majesté a approuvé le
traité que le Bey a souscrit pour la rançon des Corses esclaves à Tunis,
mais elle désire que les souverains d'Alger et de Tunis se chargent
eux-mêmes de rapatrier les Corses qu'elle affranchit, afln de les sous-
traire au danger d'être arrêtés sous son pavillon dans leur traversée.
A cet effet, M. Devoize prendra avec le Bey de Tunis tels mesures
1. Brevet de médecin du Boi, 22 février 1719 : « Le Roi voulant traiter Tavorable-
meot, en considération des liaisons de paix et d'amitié qui existent entre Sa Majesté
et le Bey de Tunis, le sieur Bruno Jourdan, médecin de la Faculté d'Aix, qui réside
avec son agrément auprès de ce Prince pour y avoir soin de sa santé, elle lui
accorde le titre de médecin de Sa Majesté près le Bey de Tunis, & condition qu'il
n'aura lieu que pendant le temps qu'il y restera, son intention étant que ce signe
soit supprimé au retour du sieur Jourdan en France... • {Affaires étrangères, C'** de
Tunis.)
94 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1779]
et engagements qu'il jugera à propos, et se concertera avec les deux
Généraux des ordres de la Rédemption.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. 413,)
LK G'* DE SABTINE A DE SAIZIEO.
194. — Versailles^ 26 février 4779, — Les frais de son retour en
France lui seront remboursés par la Chambre de commerce de Mar-
seille, qui lui payera en outre les arrérages de ses appointements de
Consul en le faisant bénéficier de l'augmentation accordée am Consolai
de Tunis en 1778 ».
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. iii.)
LE G" DE SARTINE A HK SAIZIBU.
195. — Versailles, 26 février i779. — Sa Majesté lui accorde sa
retraite et une pension de 6,000 francs, moitié sur la Chambre de
commerce de Marseille, moitié sur le Trésor royal, sans préjudice de
celle de 3,000 francs qu'il a obtenue du feu Roi sur la Marine à lepoque
de la paix avec Tunis.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, /l / fO.)
LOUIS XVI A ALI, BET DE TUNIS.
196. — V&'sailles, 8 mars 1 779, — « Illustre et magnifique Seigneur,
Nous avons appris avec peine Tétat fâcheux de la santé du sieur de
Saizieu; sa situation nous a engagé k lui accorder sa retraite et des
marques de faveur honorables. C'était un officier plein de zèle pour
notre service et pour notre personne. Dans cette circonstance, nous
nous sommes déterminé à envoyer devers vous pour le remplacer le
sieur du Rocher en qualité de notre Consul et chargé de nos affaires
et pour résider avec ces titres dans votre cour. Nous lui avons adressé
à cet efifet nos instructions avec ordre de vous assurer de notre haute
bienveillance. Nous Tavons chargé en même temps de vous remettre
cette lettre pour l'accréditer auprès de vous. Vous pouvez ajouter
entière foi et créance à tout ce qu'il vous dira en notre nom, soit pource
qui regarde notre service, soit pour tous les objets relatifs aux intérêts
de la nation française dans votre pays. Nous vous le recommandons
expressément. Sur ce, nous prions Dieu, illustre et magnifique Sei-
gneur, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. »
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f, 150.)
LE G*' DE SARTINE A ALI, BEY DE TUNIS.
197. — Versailles f 8 mars i779, — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
4. Voy. p. 85.
[1779] AVEC LA COUR DE FRANCE 95
La mauvaise santé de M. de Saizieu ne lui permettant plus de conti-
nuer sa résidence et son service k Tunis, c'est k regret que je me suis
décidé à mettre sous les yeux de l'Empereur mon maître les justes
et pressantes représentations que cet ofQcier m'a faites pour être
déchargé des fonctions qu'il a si bien et si longtemps remplies auprès
de vous. Je lui en ai obtenu la plus juste récompense de Sa Majesté
Impériale; et heureux et distingué dans sa patrie par les gr&ces qu'il
a su mériter, il n'aura désormais à regretter que de n'avoir pu conti-
nuer un service dans le cours duquel il a eu le bonheur de vous inté-
resser assez à sa situation pour me faire espérer que vous céderez aux
motifs qui l'ont forcé à demander sa retraite.
J'ai proposé à Sa Majesté Impériale de le faire remplacer par un
officier déjà instruit, en qui je pusse mettre ma confiance et me pro-
mettre qu'il se rendrait digne de la vôtre. Sa Majesté Impériale a
nommé à cet effet M. du Rocher, Consul général de France à Tripoli de
Barbarie, dont les sentiments et les talents longtemps éprouvés me
sont trop bien connus pour craindre qu'il ne justifie pas mon choix
ainsi que les bontés que je vous demande pour lui. Il a su mériter
celle du Pacha de Tripoli de Barbarie, et Sa Majesté Impériale, en le
chargeant de préférence de ses affaires auprès de vous et du consulat
général de France dans votre République, a voulu vous montrer toute
la distinction qu'elle vous accorde et son désir d'entretenir la bonne
correspondance qui est établie entre ses sujets et les vôtres. M. du
Rocher a les connaissances et les qualités les plus propres pour rem-
plir à votre satisfaction les intentions de l'Empereur mon maître, et
vous le reconnaîtrez bientôt dans l'usage qu'il fera des pouvoirs que
Sa Majesté Impériale lui a confiés en l'accréditant auprès de vous par
une propre lettre de sa main impériale dont elle a voulu vous honorer.
Je l'adresse à M. du Rocher à Tripoli, d'où il se rendra en droiture à
votre cour pour vous la remettre et y demeurera chargé de toutes les
affaires de l'Empereur mon maître ainsi que des intérêts relatifs à son
pavillon et à ses sujets dans toute l'étendue de vos Ëtats. Vos dispo-
sitions et votre attention à maintenir les traités et à conserver aux
Consuls de l'Empereur les droits de leurs places rendent superflue la
demande que je vous ferais d'en assurer la pleine et libre jouissance
à M. du Rocher, mais je vous demande vos bontés pour tout ce qui
peut intéresser son service, alin d'en avoir de lui les relations qui
pourront le mieux concourir au désir que j'ai de vous conserver et à
votre illustre famille l'auguste bienveillance de Sa Majesté Impériale
et à moi l'heureuse liberté de vous donner des marques de sa satis-
96 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1119]
faction dans les occasions que vous me fournirez de tous être utile
auprès d*elle et de vous montrer par mes soins la considération
distinguée avec laquelle je suis très véritablement, très illustre et
magnifique Seigneur, votre très parfait et sincère ami. »
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. 4 Si.}
MÉMOIRE DU ROI POUR SERVIR D'INSTRUCTION AU SIEUR DU ROCHER.
CONSUL GÉNÉRAL ET CHARGÉ DES AFFAIRES DE SA MAJESTÉ PRÉS LE BEY DE TUHIS *.
198. — Versailles, 8 mars 1779. ^ « Sa Majesté ayant nommé le
sieur du Rocher son Consul à Tunis, et Tayant chargé de ses affaires
auprès du Bey, elle lui fait connaître ses intentions sur Timportance et
retendue des fonctions qu'il a à remplir.
La guerre où le Roi se trouve engagé ne permettant pas au sieur
du Rocher de venir recevoir ses instructions en France, il se rendra en
droiture de Tripoli de Barbarie k Tunis, sans parler de ce motif, qnll
convient de dissimuler...
Les circonstances actuelles ne laissant à la disposition de Sa
Majesté aucun de ses bâtiments pour faire conduire le sieur du Rocher
k Tunis, selon Tusage ancien, cet officier profitera de la première
occasion d'un bâtiment neutre pour se rendre à son déparlement; à
son arrivée à la rade de La Goulette, il en donnera avis au sieur De-
voize, Vice-Consul à Tunis et chargé dans Tintérieur des affaires de Sa
Majesté, qui ira avec la nation le recevoir à bord. Il s'arrêtera un
instant au château de La Goulette en débarquant, pour recevoir et
rendre les politesses usitées du commandant du château et lui recom-
mander les intérêts et la tranquillité des bâtiments français qui sont à
ce mouillage.
Le sieur du Rocher pourra recevoir en entrant â Tunis les visites
des Consuls étrangers, mais il n'en pourra rendre aucune qu'il n^ait
vu auparavant le Bey et le Prince son fils. Il leur fera à cet effet
demander audience à l'un et à l'autre par le Vice-Consul, et en atten-
dant qu'il l'ait obtenue, il ira de grand matin, accompagné seulement
du sieur Laudon, chancelier *, faire une visite d'amitié à Sidi Mustapha-
Khodja, gendre et Ministre de ce Prince. Le sieur Laudon, qui, d'après
le rapport du sieur de Saizieu, a l'accès le plus intime auprès de ce
Ministre et même sa confiance, l'introduira dans son hôtel et arran-
gera avec lui tous les détails de l'audience que le Bey et son fils doivent
lui donner.
Le sieur du Rocher demandera à s'y rendre avec la voilure que le
1. Voy. la note i, p. 92.
2. Voy. la note 2, p. 10.
[1779] AVEC LA COUR DE FRANCE 97
sieur de Saizieu a laissée à Tunis et dont il convient ie se servir dans
cette occasion, pour en conserver le droit au Consul de France à
l'exclusion des autres. Le sieur du Rocher, en obtenant cette distinc-
tion, n'en abusera pas dans Tusage et s'entendra sur cet objet avec le
sieur de Saizieu...
Malgré la visite particulière que le sieur du Rocher aura faite au
gendre et Ministre du Bey, le sieur du Rocher le reverra suivi de son
cortège après Taudience du Bey et du Prince son fils; il s'abstiendra de
toute autre visite au Bardo ou palais du Prince, où il devra se borner
à faire sa cour au Bey et à son fils, et à inspirer de l'amitié et de la
confiance à son gendre avec lequel il aura à traiter toutes les affaires,
et s'en laissera diriger pour les liaisons qu'il pourra former chez le
Bey. Il pourra voir une fois le Kaznadar, beau-frère du Bey, et jamais
ses neveux. 11 témoignera d'ailleurs de l'amitié aux amis de Sidi
Mustapha, qui sont le Kiaya de Portefarine, Sidi Mamet Beutar, Sidi
Mamet Masseren et quelques autres qu'il verra plus souvent chez
lui. Le sieur du Rocher doit sentir que ce plan de conduite politique
doit être subordonné aux circonstances imprévues, comme la mort du
Bey et autres événements qui apporteraient des changements dans le
gouvernement de Tunis, et dans ce cas Sa Majesté lui laisse la liberté
d'agir au mieux de son service...
Mais, dans l'état présent, le sieur du Rocher pourra à l'occasion et
longtemps après son arrivée leur faire à tous des présents de peu de
valeur en sucre, café et confitures de France, mais il doit s'abstenir
de toute donation qui aurait l'air d'établir un usage ou d'y satisfaire;
et quelque demande qu'on lui fasse à titre de besoins ou de présents
relatifs à son arrivée à Tunis, il répondra que les Consuls de France
sont k cet égard distingués de ceux des autres nations, que son prédé-
cesseur n'a rien donné k son installation aux officiers du Bey ni à ceux
du Divan... Le tout doit être dit avec modération mais fermeté...
Après avoir fait sa visite à Sidi Mustapha-Khodja, le sieur du Rocher
rendra k Tunis avec le même cortège celles qu'il aura reçues des
Consuls étrangers. Il s'abstiendra de voir le Consul d'Angleterre, k
moins que celui-ci ne le prévienne, et il agira avec les autres honnê-
tement, mais avec réserve, parce qu'ils sont peu considérés du Bey,
sans crédit dans sa cour, et que jaloux des Français ils cherchent k
obtenir les mômes prérogatives ou k les en faire déchoir...
Le sieur du Rocher n'aura dans les affaires ni chez le Bey aucun
concurrent qui doive l'inquiéter, mais il sera surveillé et souvent trahi,
s'il ne met la plus grande discrétion dans ses propos et ses démarches...
7
98 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS (1T79]
Il emploiera les officiers et les agents du Consulat avec confiance
dans les affaires de peu d'importance; il discutera lui-même les autres,
ce qui lui sera d'autant plus facile qu'il sait le turc, l'arabe et la langue
vulgaire que l'on parle communément à la cour du Bey.
Le sieur Lions, négociant français à Tunis, a obtenu sur la demande
du sieur de Saizieu, mais pour des services qu'il lui avait rendus, la
permission de résider pour toujours dans cette ville. Sa Majesté veul
qu'on lui conserve le logement qu'il a dans le Fondouk...
Le sieur du Rocher fera exécuter pour les autres logements du
Fondouk la délibération nationale qui a été prise ', et il empêchera seu-
lement que dans aucun cas on ne touche à la propriété de la maisoo
consulaire, à laquelle Sa Majesté n'entend pas qu'il soit rien retranché.
Le sieur du Rocher doit en jouir, avec toutes ses dépendances, telle
que le sieur de Saizieu l'a occupée.
Le sieur du Rocher ne négligera rien pour maintenir le bon ordre
parmi les Français établis dans les lieux dépendant de son Consulat:...
il leur rendra ainsi qu'aux gens de mer la plus prompte justice... Enfin
il évitera de s'engager avec le Bey et les Ministres dans des explications
et des démarches compromettantes pour lui ou pour la nation... »
(Affaires étrangères, Levant et Barbarie^ f. 146.)
DE SAINT-DIDIBR A MUSTAPUA-KHODJA.
199. — Versailles^ 8 ma7^s J779, — Il lui exprime les regrets qu'il
éprouve de la retraite de M. de Saizieu et lui fait l'éloge du nouveau
Consul.
Au sujet de la rédemption des Corses, M. de Sartine adressera les
ordres nécessaires à l'officier de Sa Majesté Impériale à Tunis. 11
s'occupera également, avant la saison de la pèche, de l'affaire de la
Compagnie d'Afrique.
{Affaires étrangères, Levant et Baritarie, f, /5j5.)
LE C^^ DE SARTINE A DEVOIZB.
200. — Versailles^ 8 mars i 779, — Il restera à Tunis en qualité de
Vice-Consul avec 1,500 livres d'appointements qui lui seront payés â
raison de 30 sols la piastre.
(Affaires étrangères^ Levant et Barbarie, f. f 5.Î.)
LE C^ DE SARTINE A DU ROCHER.
201. — Versailles^ 8mars 1779. — Sur la proposition de M. le baron de
Toit*, Sa Majesté a réglé son traitement de Consul à 11,000 livres, celui
1. Voy. p. 91.
2. Voy. p. 61.
[4779] AVEC LA COUR DE FRANCE 99
du sieur Devoize, Vice-Consul, à 1,500 livres, et celui du sieur Laudoo,
Chancelier, à 300 livres. Les appointements des officiers du Roi à Tunis
seront payés à raison de 30 sols la piastre. On a été satisfait jusqu'ici
de Devoize, mais il a, paraît-il, un caractère difficile, et Topinion qu'il
a de lui-même semble excessive. Quant au chancelier Laudon, c'est
un agent considéré dont on a toujours apprécié le zèle ainsi que les
services.
{Affaires étrangères ^ Levant et Barbarie ^ f, 143,)
202. — Versailles^ i ô mars 1779, — Circulaire à tous les Consuls
généraux du Levant et do Barbarie relative à Tuniforme des Consuls,
Vice-Consuls *, etc.
{Affables étrangères. Levant et Barbarie^ f. 199.)
DEVOIZE AU C^"^ DE SARTINE.
203. — Tunis^ 28 mars i779. — Une discussion s'est élevée entre
les négociants français et le grand douanier qui voulait leur faire payer
un droit supérieur à 3 p. 0/0 pour des marchandises apportées par un
bâtiment vénitien. Le Bey a décidé qu'il ne serait perçu qu'un droit
de 3 p. 0/0 sur les marchandises embarquées en France, sans distinc-
tion de pavillon.
{Affaires étrangères, C'* de Tunis.)
DEVOIZE AU C^"" DE SARTINE.
204. — Tunis^ iO avril i 779, — Quatre corsaires anglais croisent
sur les côtes du royaume de Tunis, au grand préjudice du commerce
français. Ils se sont emparés de deux bâtiments français, et quoique
un de ces corsaires ait échoué, la navigation n'en est pas moins inter-
rompue, les capitaines français n'osant pas quitter le port. Quelques
vaisseaux du Roi, de la construction la plus légère, relâchant à La Gou-
leite, protégeraient utilement le commerce de la nation.
(Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
LE C*° DE SARTINE A DEVOIZE.
205. — Marly, 3 mai i 779. — On est satisfait de la relâche que le
chevalier de Bompar ' a faite à Tunis, et de l'empressement avec lequel
1. > Le Roi a fixé runiforme de ses Consuls généraux, Consuls et Vice-Consuls en
Levant et en Barbarie par les art. 5 et 6 de son ordonnance du 9 décembre 1776,
applicable également aux autres ofliciers en pays de chrétienté. Il est permis de
porter d'ordinaire par raison d'économie un petit uniforme : habit de drap bleu
de roi avec parements et collet de même couleur, veste et culotte de drap rouge
écariate, doublure en serge écarlate, manches en bottes, boutonnières jusqu'à la
taille, trois sur chacune des poch«s et des manches, boutons de cuivre doré,
timbrés aux armes du Roi, galon de neuf lignes de largeur sur le collet de Thabit,
autre galon de dix-huit lignes, etc. •
2. Voy. la note i, p. 87.
100 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES CONSULS [i"^l
M. Devoize lui a procuré les approvisionnements dont sa mission et
son convoi avaient besoin ^
(Affairée étrangères, Levant et Barbarie, f. i79,)
ALI, BEY DE TUNIS, AU C** DE SARTINE.
206. — Tunis j 8 mai 1779. — « Nous avons reçu avec le plus grand
plaisir la lettre que Votre Excellence nous a fait Thonneur de nous
écrire; mais nous avons appris avec douleur que M. de Saizieu, — à. qui
le Ciel donne une prompte convalescence! — dans Tim possibilité de
continuer son service auprès de nous, à cause de ses infirmités longues
et sérieuses, avait obtenu sa retraite et l'agrément de TEmpereur pour
fixer son séjour dans son pays natal. Son zèle et son talent, auxquels
les deux Empires doivent l'amitié et la bonne harmonie qui les unissent
depuis longtemps, excitent en nous les plus vifs regrets; mais surtout
la profonde discrétion de ce Consul dans toutes les négociations déli-
cates dont il a été le sage et heureux intermédiaire pendant de longues
années nous inspire Téloignement le plus invincible à accorder notre
confiance à tout autre individu, et nous détermine à vous conjurer de
vouloir bien nous renvoyer encore le susdit Consul, qui sous ce litre
aurait toujours l'avantage de trouver en nous les mêmes sentiments
qu'il nous a inspirés. Nous vous supplions, pour le bonheur de la
France et de notre Régence, de le rendre à nos vœux; et dans le cas
où il croirait devoir s'y refuser, nous vous saurions bon gré de redou-
bler vos instances auprès de lui. Si cependant vous jugiez ses excuses
légitimes et son retour physiquement impossible, nous serions moins
inconsolable de la perte de M. de Saizieu, si vous daigniez nommer à
sa place M. Devoize-Yoiron, qui se trouve déjà établi auprès de nous
et dont la gestion par intérim nous est fort agréable. Nous présumons
que ce sujet connu et éprouvé mérite la préférence sur tout autre
officier qui nous est encore étranger; et cette insinuation que nous
faisons h Votre Excellence en faveur de M. Devoize- Voiron et à son insu
ne prend sa source que dans la connaissance que nous avons des
talents et de la bonne conduite de cet officier et dans la confiance qu'il
a su nous inspirer dans le cours de son administration.
Quant à l'affaire des esclaves corses, il nous suffira de vous assurer
ici qu'elle se termine à votre gré. Nous vous rendrons compte dans la
suite des détails de la chose, à mesure qu'elle aura lieu.
Au surplus, nous faisons des vœux pour la perpétuité de la bonne
1. Voy. État des dépenses faites à Voccasion de V arrivée et séjour de la frégate
du Roi • L'Aurore », commandée par M. de Bompar, ayant mouiUé & La Goulette
du 10 au 45 avril 1719 : 354 p. 21.
[1779] AVEC LA COUR DE FRANCE 101
harmonie qui règne entre nos deux Empires et pour votre prospérité
personnelle ; nous vous prions de nous donner souvent de vos nouvelles
et de nous faire savoir en toute occasion vos intentions. Soyez éternel-
lement heureux I »
(Sceau) {Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
MUSTAPHA-KHODJA A DK SAINT-DIDIER.
207. — Tunis, 8 mai i 779, — « La lettre que vous nous avez fait
l'honneur de nous écrire nous est parvenue dans le temps le plus
fortuné et nous a causé la plus grande satisfaction, en nous rassurant
sur votre santé. Daigne le ciel la conserver toujours inaltérable, ainsi
que voire bonheur I Nous n'avons pu apprendre sans la plus vive dou-
leur le délabrement de la santé de notre ami M. de Saizieu et sa
retraite, qui en a été la suite funeste. Le très haut, très puissant et très
illustre Pacha, notre seigneur et maître, à qui nous avons rendu compte
des raisons légitimes qui ont nécessité la démission volontaire de
M. de Saizieu, nous en a témoigné le plus grand chagrin, en nous
rappelant tous ses services et les obligations infinies que les deux cours
doivent avoir à son activité et à sa profonde sagacité dans les affaires;
mais son plus grand regret porte surtout sur la circonspection et la
discrétion de ce Consul, qui, dépositaire de nos secrets respectifs pen-
dant le long cours de sa résidence à Tunis, n'en a jamais rien laissé
pressentir ou deviner aux autres. Le Prince nous a assuré qu'il lui
serait impossible de placer mieux sa confiance et, conséquemment, de
raccorder à personne autre que M. de Saizieu, et qu'il exigerait de
Tamitié du Vizir le retour de ce Consul auprès de lui, ou au moins des
efforts pour l'engager à venir ici reprendre des fonctions qu'il a remplies
avec autant de succès et de distinction; et c'est de la part de ce Prince
que nous vous supplions, dans le cas où M. de Saizieu ne pourrait pas
absolument se rendre à nos vœux et à vos instances, de travailler à
faire nommer à sa place M. Devoize-Yoiron, qui est déjà résident à
Tunis et y gère les affaires à la satisfaction des deux cours. Ce sujet,
dont nous connaissons les talents et la conduite, paraîtrait préférable
à tout autre, puisqu'il a déjà notre confiance. Nous serions bien
fâchés que vous crussiez que M. Devoize-Voiron eût fait la moindre
démarche pour solliciter ce Consulat : il ignore celle que nous fai-
sons en sa faveur; mais nous y avons tous été déterminés par sa
modestie et par les autres qualités que nous avons reconnues en lui.
Quant à l'affaire des esclaves corses , elle se termine à votre
satisfaction et nous vous en donnerons les détails par la suite. Pour
la pèche du corail, nous avons cru devoir attendre des circonstances
•102 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1779]
plus favorables que celles de la présente guerre pour en décider.
Au surplus, nous souhaitons que votre prospérité soit toujours la
môme et que vous veuillez bien nous continuer Thonneur de votre
correspondance, qui nous sera toujours fort agréable. »
(Sceau) [A/fairea étrangères, C**» de Tunis.)
LE C^ DR SARTINE A DE SAIZIEU.
208. — Marly, 17 mai 1779. — La Chambre de commerce de
Marseille va recevoir les ordres nécessaires pour le rachat des Corses
esclaves à Tunis. Les commissaires des Ordres de la Rédemption, qui
se disposent à partir pour Marseille, s*entendront avec lui pour tout ce
qui concerne le règlement de cette affaire ^
{Affaires étrangèi^Sy Levant et Barbarie, f. 194,)
DEVOIZB AU C^ DE SARTINE.
209. — Tuni$^ 23 mai 1779. — La frégate La Gracieuse^ commandée
par M. de Bargeton ', a relâché le 18 de ce mois à La Goulette, escortant
un convoi, et est partie le 21 avec la frégate La Pléiade^ sous les ordres
du chevalier de Forbin ', qui s'est montré dans la rade sans mouiller.
Le pavillon du Roi a été salué de 21 coups de canon *.
(Affaires étrangères ^ C'** de Tunis.)
LE C^ DB SARTINE A DEVOIZE.
210. — Versailles, 24 mai 1779. — On soupçonne un corsaire
tunisien d'être Tauleur du pillage d'une polacre commandée par le
capitaine Joseph-Dominique-Martin de Saint-Tropez. Devoize deman-
dera au Bey la punition de ce reYs et la restitution des effets pillés.
(Affaires étrangh^es, Levant et Barbarie y f. S07 o*.)
LE CU^^" DE BOMPAR AU C^^ DB SARTINE.
211. — A bord de « V Aurore », l^^juin 1 779. — Journal de ses opé-
rations devant Tunis et de ses entretiens avec M. Devoize, Vice-Consul.
(MatHne, B* i60, f. 5i.)
1. Voy. État des dépenses relatives au rachat de 35 esclaves corses qui s*eni-
harquenl sur un bâtiment suédois à destination d'Alger et Toulon, dressé par
Trope?. I^udon, chancelier, ci : 65,163 piastres à 36 sols chaque, ou 111,293 livres.
[Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
2. Charles-Emmanuel de Bargeton, né àUzès en 1732, garde de la marine en tliS,
enseigne de vaisseau en 1155, lieutenant en 1762, capitaine en 1775, retraité comme
brigadier des armées navales en 1785.
3. Voy. la note 1, p. 52.
4. Voy. Etat des dépenses faites par le Consul à Voccasion de la frégate du Roi
« La Gracieuse », commandée par M. de Bargeton, de relâche à La Goulette du 18 «a
21 mai 1779 : 191 p. 42.
[1779] AVEC LA COUR DE FRANCE 103
«
DEVOIZE AU C^*" DE SARTINE.
212. — rtmis^ 8 juin i 779. — Malgré les oflFres des Génois pour
obtenir du Bey la pèche du corail sur les côtes du royaume, ce Prince
a refusé de traiter avec eux.
Pour n'avoir plus à craindre de voir cette pêche passer dans des
mains étrangères, le sieur Devoize a poussé Sidi Mustapha à en écrire
au Ministre de façon à se mettre dans l'impossibilité de se rétracter.
Le Bey nous a accordé, pour y établir une auberge k Tusage des
capitaines marchands, une maison qui lui appartient, k proximité du
Fondouk; le portier du Consulat sera chargé d'en ouvrir et fermer les
portes.
(Affairée étrangères, C*** de Tunis.)
DEVOIZE AU C^ DE SAKTINB.
213. — Tunisj iO juin i 779. — Les Corses précédemment esclaves
à Tunis ont été embarqués sur un bâtiment suédois frété par le Bey,
et un ofiicier de ce Prince les accompagnera à Toulon. Ce bMiment
passera à Alger pour y prendre les esclaves que le Consul aura à
envoyer en France. Il est fâcheux que Ton n'ait pu également embar-
quer les Corses libres ou tout au moins les familles des esclaves rachetés.
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis,)
MUSTAPHA-KHODJA AU C^« DE SARTINE.
214. — Ttinw, i2 juin i779. — « Très illustre, très magnifique
Vizir de l'Empereur de France, notre grand ami le comte de Sartine,
veuillez recevoir les vœux que me dicte pour vous l'amitié la plus pure.
J'ai l'honneur de vous informer que j'ai envoyé vers vous Ali-Agha,
Chaouch Zadé, avec les esclaves de Corse; je ne doute point qu'à son
heureuse arrivée vous ne daigniez jeter sur lui un regard de bonté.
J'ai demandé k votre Vékil ou Chargé de vos affaires la somme à
laquelle se sont montées toutes les dépenses faites à l'occasion de ces
esclaves, en y comprenant celle de leur rançon, et je l'ai mise sous vos
yeux dans la note ci-jointe ^
Piastres.
Pour la rançon des dits esclaves 55.500
Fret du bâtiment 4.275
Dépenses nécessaires 4.080
Pour leur nourriture 1.308
65.163
1. Voy. la note 1, p. 102.
104 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i t <9;
Je recevrai toujours avec satisfaction de vos nouvelles ; elles m ap-
prendront Tétat de votre santé, à laquelle je m'intéresse vivement, et
elles seront pour moi le garant d*une amitié qui m'est bien précieuse.
Votre serviteur et ami. »
{Sceau) (A/faire» étrangères, C*** de Ttmis.)
DBVOIZE AU C^ DE SARTINE.
216. — 7unw, i2 juillet i779. — La frégate du Roi La StUtane,
commandée par M. Dethy \ a relÀché le 24 juin à La Goulette. Elle en
est repartie le 11, escortant un bâtiment chargé à Tunis pour Marseille.
{Affaires étrangères, (?■* de Tunis.)
LE C^ DE SARTINE A DEVOIZE.
216. — Versailles^ i 3 juillet 1779. — Sa Majesté a appris avec
satisfaction rembarquement des esclaves corses à bord d*un bàtimeni
suédois. On lui demande ce que coûteraient l'embarquement et le pas-
sage en Corse des familles de ces esclaves. On félicite le Vice-€k>DSuJ
de sa gestion des affaires pendant le temps qu'il en a été chargé.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie^ f. 39 € &is.)
DU ROCHER AU C^ DE SARTINE.
217. — Tunis, 27 juillet 1779. — Il informe le Ministre qu'il est
arrivé à. Tunis le 8 de ce mois.
(Affaires étrangères^ C* de Tunis.)
LE C'^ DE SARTINE A DU ROCHER.
218. — Versailles, 9 août 1 779. — On a appris l'arrivée à Marseille
des esclaves corses rachetés en Barbarie. La mission du Tunisien Ali-
Chaouch, chargé de les accompagner, est terminée; on le défrayera de
toutes les dépenses de son séjour à Marseille.
(Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. 457.)
DU ROCHER AU C^ DE SARTINE.
219. — Tunis, 29 août 1779. — Pour éviter d'être pris par les cor-
saires mahonais, il a dû s'embarquer le 30 juin sur un petit bâtiment
maure qui est arrivé k Sfax le 4 juillet. De là il a continué son voyage
par terre et est entré à Tunis le 8. Le Bey lui a fait un bon accueil mais
lui a refusé l'usage de la voiture laissée par M. de Saizieu.
{Affaires étrangères, C*"» de Tunis.)
1. Voy. la correspondance entre MM. Delhy et Devoize.2U26 et 27 juin 1179, —
et ÏEtat des frais occasionnés par la relâche de la frégate du Roi « La Sultane *
commandée par le ch" Dethy à La Goulette, ci : 274 p. 70 {Affaires étrangèresr
C"« de Tunis).
[1779] AVEC LA COUR DE FRANCE 105
LE C^^ DE SARTINB A DU ROCHER.
220. — Versailles^ ii octobre 1779, — Un bâtiment tunisien
ayant relâché près Bonifacio et cette aventure ayant entraîné certains
frais, du Rocher en réclamera le montant au Bey de Tunis, en le priant
de prescrire aux corsaires de n'aborder que dans les ports de la Corse
où la France a des établissements.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie.)
DU ROCHER AU G^ DE SARTINE.
221. — Tunis^ 16 novembre 1779. — Un corsaire anglais de Mahon
a relâché à Bizerte, où il doit être rejoint par deux autres corsaires. Ils
établiront leur croisière d'hiver le long des côtes, dans le but d'inter-
cepter nos bâtiments et d'inquiéter les convois. Quelque léger arme-
ment pourrait seul les détruire en allant les chercher dans les petits
fonds de la côte où ces corsaires peuvent se réfugier.
{Affaires étrangères, €*•* de Tunis.)
DE SAINT-DIDIER A MUSTAPHA-KHODJA.
222. — Versailles^ 22 novembre 1779, — « Très illustre et magni-
fique Seigneur,
M. du Rocher se loue beaucoup de l'accueil qu'il a éprouvé à son
arrivée à Tunis et il ne nous laisse rien à désirer. Nous avons reconnu
dans cette occasion intéressante combien nous devions compter sur la
constance de votre affection pour la nation française. M. le comte de
Sartine en a été extrêmement satisfait. Il me charge de vous le témoi-
gner.
Une seule circonstance a troublé la joie que M. du Rocher ressentait
de ces démonstrations flatteuses; c'est celle du refus que le Bey lui a
fait essuyer au sujet de la voiture de M. de Saizieu. La défense de s'en
servir lui a paru un désagrément personnel; mais, quelque affecté qu'il
fût de la différence que l'on mettait sur ce point entre lui et son pré-
décesseur, il n'a pas voulu informer le Vizir d'une aussi pelite diffi-
culté. Il s'est borné à m*en prévenir, dans la confiance que l'amitié qu'il
vous suppose pour moi vous rendrait plus sensible que toute autre
considération aux raisons qui l'engagent à désirer de jouir de* cette
commodité à l'exemple de M. de Saizieu. Je sais que le Bey, en annon-
çant la décision qui l'en prive, déclare qu'il ne s'y est prêté poUr M. de
Saizieu qu'à cause de ses indispositions, et qu'il craindrait de voir
élever par les autres Consuls des Puissances étrangères la même pré-
tention, s'il satisfaisait k cet égard M. du Rocher, qui est d'une bonne
106 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [i779j
santé. Ces motifs ne peuvent être balancés par les suites que peut avoir
dans Topinion publique à Tunis, pour le nouveau Consul, le retranche-
ment d'une facilité qui avait été accordée à Tancien. C'est en quelque
sorte annoncer qu'on fait moins de cas de lui que de son prédécesseur,
et il paraît craindre qu'on ne Tait envisagé ainsi, ce qui peut affaiblir
aux yeux des étrangers, et même des sujets du Bey, la considératioD
qui est si nécessaire au maintien de nos liaisons réciproques. J'ai été
bien aise de vous faire cette observation pour que vous sachiez que le
Consul est excusable de se plaindre de cette difficulté; sans cela, je
ne crois pas qu'il l'eût remarquée, parce que nous ne regardons paseo
France l'usage de la voiture comme une distinction uniquement
réservée à la souveraineté ou aux grands du pays et que tout le monde
y est libre d'en avoir. Vous pouvez d'ailleurs demander à. Suleyman-
Âgha comment il a été traité pendant son ambassade, et il vous dira que
non seulement il a eu constamment un carrosse à sa disposition, mais
qu'il est monté dans ceux du Vizir et du Sultan, lorsqu'il est venu à sa
Cour. Cette comparaison achèvera sans doute de vous décider it conti-
nuer à M. du Rocher l'agrément de la voiture comme à M. de Saizieu.
Vous êtes trop judicieux pour ne pas sentir qu'il convient que ce
Consul ait à Tunis les mêmes avantages et commodités que Sidi Abmed
et celui qui l'a précédé ont trouvés en France, et que l'on ne pourrait
guère se dispenser de changer le cérémonial usité à cet égard pour les
Envoyés de la Régence, si l'on affectait de diminuer ainsi la représen-
tation du Chargé des affaires du Roi auprès du Bey. Il me suffît de tous
avoir exposé ces différentes réflexions pour que je ne sois pas en peine
des démarches qui vous seront inspirées par les hautes lumières dont
vous êtes doué pour terminer cette légère discussion, de manière que
M. du Rocher ait lieu d'être satisfait. Je vous prie de ne jamais douter de
l'amitié fidèle et distinguée avec laquelle je suis bien sincèrement, etc. »
(Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. €9€.)
DU ROCHER AU C^<^ DE SARTINE.
223. — Tunis, J24 décembre 1779, — 11 demande au Ministre si son
intention est de faire des présents à Sidi Mustapha-Khodja, à l'occa-
sion de son mariage avec la fille du Bey, ainsi qu'au second fils et au
neveu de ce Prince lors de leur prochain mariage.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
LE C^ DE SARTINB A ALI, BEY DE TUNIS.
224. — Versailles^ ... décembre 1 7 79. — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
[1779] AVEC LA COUR DE FRANCE 107
J'ai rendu compte à TEmpereur mon maître de vos réclamations au
sujet des bâtiments qu'une de ses frégates a repris sur vos côtes, où
ils avaient été irrégulièrement enlevés.
Avec les mômes dispositions de soutenir ses droits et de respecter
ceux des autres souverains, Sa Majesté Impériale n'a pu méconnaître
la justice de vos plaintes quant à la manière et aux lieux où ces
reprises ont été faites; et, quoique les officiers de sa frégate et du Con-
sulat aient prétendu que c'était par votre ordre et avec votre aveu
qu'on les avait reprises et amenées en France, Sa Majesté n'a pas
hésité, sur vos représentations, à faire surseoir au jugement de son
Conseil qui doit en légitimer la propriété à ceux qui la réclament de
sa justice. De sorte que ce sera sur votre réponse qu'elle en fera pro-
noncer Tattribution, ou en nature, ou des sommes qui en seront pro-
venues si le dépérissement instant des objets qui composent les car-
gaisons de ces bâtiments exige, dans l'intervalle, qu'on en ordonne la
vente.
Mais, d'une ou d'autre manière, ces bâtiments ou leurs produits
seront conservés à leurs premiers propriétaires et chargeurs, et Sa
Majesté se promet de votre justice de les leur faire restituer avec votre
aveu, parce qu'ils n'ont pu être légitimement pris par un corsaire
ennemi caché dans vos ports, dont vous avez blâmé et dont il importe
de punir l'attentat et la conduite. C'est contre le droit des gens et cer-
tainement à votre insu et désaveu que ce corsaire s'était emparé d'un
de vos mouillages pour y attendre ou y surprendre les bâtiments fran-
çais qui venaient y chercher un asile et des secours, et ceux de ce
nombre qu'il a enlevés sur vos côtes doivent nous être restitués à
votre réclamation. L'officier de Sa Majesté Impériale qui réside auprès
de vous en a l'état et vous le produira, ainsi que le témoignage du caïd
de Monastir, qui, plus voisin et mieux informé de la manœuvre de ce
corsaire, n'a pu s'empêcher de vous le dénoncer et de publier les
regrets que vous aviez montrés de ne pouvoir le punir. Ce serait, au
contraire, l'approuver et le protéger, que de vous prévaloir des dispo-
sitions amicales de Sa Majesté Impériale pour lui faire restituer des
prises aussi indécemment faites, ou négliger de lui arracher celles
qu'il a eu l'audace de s'approprier dans la même position et avec
autant d'irrégularité.
C'est sur quoi l'Empereur mon maître me charge essentiellement
d'insister auprès de vous, pour détruire l'exemple et tous les vestiges
d'un genre de piraterie inconnu jusqu'ici, que vous ne sauriez tolérer
dans vos Ëtats ni Sa Majesté Impériale souffrir contre ses sujets nulle
J
108 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1780]
part. Elle me charge de vous assurer que vos droits et vos mers seront
toujours respectés par ses armements, et que les vôtres jouiront cons-
tamment, dans l'étendue déterminée par les traités, de la même pro-
tection et franchise sur les côtes de son vaste empire, où vos eniiemi>
ne se peuvent vanter de les avoir inquiétés impunément. Sa Majesté
Impériale ne peut croire que vous vouliez, en aucune manière, favo-
riser les croisières des siens, et s'attend à éprouver, dans le moment
qu'ils ont Taudace de Tannoncer par leur conduite, que vous donnerez
un témoignage public et décisif de la justice et de la protection que
vous devez à ses sujets. C'est dans cette confiance qu'elle met à votre
disposition les deux bâtiments ou leur valeur et qu'elle me charge de
vous assurer de son auguste bienveillance. C'est aussi d'après vos dis-
positions que je puis me promettre de vous en conserver les précieux
avantages, en faisant valoir ses ordres et vos droits dans tout ce qui
pourra de sa part favoriser vos intérêts ou vos sujets, ainsi que le
désir que j'aurai toujours de vous donner des marques de la considéra-
tion parfaite avec laquelle j'ai l'honneur d'être, etc. »
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis,)
LE C^^ DE SARTINE A DU ROCHER.
225. — Venantes^ ... décembre i 779. — M. le chevalier de Bompar,
commandant la frégate du roi L'Aurore^ a cru pouvoir reprendre sur
les côtes de la Tunisie deux prises faites par des corsaires contraire-
ment au droit des gens. Le Bey en réclame la restitution. Les reprises
sont en effet irréguliëres, et on ne doit pas les conserver, mais c'est à
leurs premiers propriétaires et chargeurs que cette restitution doit être
faite. Voilà dans quel sens il est très important de répondre aux récla-
mations du Bey.
DU ROCHER AU C^ DE SARTINE.
226. — Tunis, 23 janvier 17 SO, — Un corsaire anglais de Mahon est
en vue de La Goulette avec six bâtiments français dont il s'est emparé.
Cet événement, qui augmente le découragement de nos négociants,
rend de plus en plus nécessaire la présence d'un léger armement du
Roi, capable d'en imposer à ces corsaires et de leur faire prendre le
large.
[Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
LE G^ DE SARTINE A DU ROCHER.
227. — Versailles, 7 mars i 780, — Sa Majesté a accordé sa retraite
au chancelier Tropez Laudon. Les fonctions de chancelier seront désor-
mais remplies par un drogman qui résidera auprès du Consul, aux
£1780] AVEC LA COUR DE FRANCE 109
a.ppointemeQts de 2,000 1. C'est le sieur Ycnture ' qui a été désigné
pour Tunis. Le Consul lui donnera la table et le logement.
{Affaires étrangères^ Levant et Barbarie,)
228. — Versailles, 8 mars 17 80. — Circulaire aux Consuls de Bar-
l>arie pour leur dire que le Roi leur défend de percevoir dans aucune
circonstance le moindre droit, sous quelque prétexte que ce puisse
être, sur les fonds qui seront destinés au rachat des esclaves.
(Affaire étrangères^ Levant et Barbarie, f. 180.)
INSTRUCTION DONNÉE A DE VIALIS DE FONTBBLLE ',
COMMANDANT LA FRÉGATE « LE MONTRÉAL ».
229. — Versailles^ 4 mai 1780. — « M. Vialis de Fontbelle, capi-
taine de vaisseau, commandant la frégate Le Montréal, mettra sous
voile dès que le vent le permettra et fera route pour croiser dans les
environs du golfe de Tunis...
Ces différents parages, d'après les nouvelles reçues de Tunis, étant
beaucoup fréquentés parles corsaires de Mahon, M. de Vialis fera en
sorte de capturer ou d*éloigner les dits corsaires. Il aura en même
temps la plus grande attention de ne commettre aucun acte d'hostilité
sur les territoires des Puissances neutres de Barbarie et de respecter
Vasile que les corsaires ennemis auront pu trouver dans les ports et
les forteresses des dites Puissances. Il protégera les bâtiments de la
Compagnie d'Afrique... »
{Manne, B. 476, f, 370.)
DU ROCUER AU C**' DE SARTINE.
230. — Tunis, 20 mai 1780. — Ali-Bey a rendu la prise génoise
indûment faite par un corsaire tunisien dans les eaux de la Corse, mais
cette restitution n'a pas été obtenue sans difllcultés.
Le Prince a continué au sieur du Rocher le privilège de la voiture
qu'il avait accordé précédemment à M. de Saizieu.
{Affaires étrangères, C'* de Tunis.)
i. Jean-Michel Venlure de Paradis, attaché à l'anibassade de France à Cons-
tantinople en nSl, Secrétaire- interprète à Seyde de 176 i à 1768, au Caire de 1768
à 1776, attaché à la mission du baron de Tott en 1777-1778, drog m an-chancelier à
Tunis en 1780, appelé à Paris en 1786 pour y occuper une des deux places de Secré-
taire-interprète du Roi, chargé d'une mission près du Dey d'Alger en 1788, nommé
aux mêmes fonctions à Constanlinople en 1792, Consul général à Smyrne en 1793,
puis attaché comme interprète à l'armée de Bonaparte pendant l'expédition d'Egypte,
mort au siège de Saint-Jean d'Acre en 1798.
2. De Vialis de Fontbelle, troisième (Ils de Michel de Vialis de Fontbelle, ingé-
nieur à Toulon, fut garde de la marine en 1748, enseigne de vaisseau en 17o4,
lieutenant d'infanterie de marine en 1754, lieutenant de vaisseau en 1762, chef de
brigade des gardes de la marine en 17G4, capitaine de vaisseau en 1777, mort en
mer à bord du Montréal en août 1780. — Ses deux frères servirent également
avec honneur dans la marine.
140^ CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1780
DU ROCHEB AU C*^ DE SARTINE.
231. — Ttinw, i 4 juillet i 780. — Le Bey, irrité contre les chrétien?
qui se permettent de vendre publiquement du vin aux Maures nialgré
ses ordres, a, sur la demande du sieur du Rocher, décidé Tex pulsion
des Corses, qui ont été embarqués avec leurs familles sur divers bàti>
ments.
(Affaires étrangères^ C* de Tunis.)
DE SAIRT-DIDIER A MUSTAPHA-RHODJA.
232. — Versailles, 44 août il 80. — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
Vous aurez sans doute attribué aux occupations du service que la
circonstance actuelle a dû mulUplier et au dérangement de ma santé
le silence que j'ai gardé quelque Itmps avec vous, et je me flatte
que vous avez rendu assez de justice aux sentiments d*amilié que Je
vous ai voués pour me plaindre de rimpossibililé où j'ai été de vous
en renouveler plus tût l'assurance . C'est avec le plus vif empres-
sement, très illustre et magnifique Seigneur, que je cons^tf^re aujour-
d'hui les prémices de ma santé et de mon loisir à la reconnaissance que
je vous dois de tous les bons offices que vous ne cessez d*accorder à
M. du Rocher et nommément de lagrémentdont il a été mis en posses-
sion par votre puissante entremise d'aller en voiture comme son pré-
décesseur. Je me plais à penser qu'en vous entremettant auprès du
Pacha-Bey, votre maître, pour obtenir en faveur de ce Consul la conti-
nuation d'une distinction qui tenait à sa considération personnelle à
Tunis, vous avez eu en partie pour objet ma recommandation particu-
lière, et je ne saurais vous exprimer tout ce que je trouve de flatteur et
d'obligeant pour moi dans cette attention, qui excite toute ma grati-
tude.
Si ce précieux sentiment pouvait être égalé par quelque autre, ce
serait seulement par la joie que j'ai ressentie en apprenant le mariage
honorable que vous êtes sur le point de conclure. Le choix que le
Pacha-Bey fait de votre personne pour son gendre est une preuve
évidente de la confiance la plus étendue et la mieux méritée.
Le très illustre et très magnifique Vizir, à qui j'ai notifié celle
agréable nouvelle, m*a chargé de vous en faire son compliment. D'après
son autorisation, je prends la liberté de vous envoyer comme marque
démon attachement et comme le gage des vœux sincères que je ne
me lasserai jamais de former pour votre bonheur un vase de fleurs qui
exhaleront le parfum le plus exquis si vous voulez vous en servir
rnSO] AVEC LA COUR DE FRANCE Hl
comme d'une cassolette Ml a été destiné pour cet usage, et je serais bien
flatté si le dessin et le travail de ce faible témoignage de mon souvenir
étaient assez heureux pour rencontrer votre goût et celui de la Prin-
cesse et pour vous prouver le désir que j'ai de justifier Testime dont
vous m'avez honoré.
PermettezHnoî, très illustre et magnifique Seigneur, de vous en
demander la continuation et de recommander de nouveau à vos bontés
le chargé des affaires de Sa Majesté Impériale près la cour de Tunis. Je
ne doute pas que vous n'employiez tout crédit auprès du Pacha-Bey
^ assurer leur tranquillité et la prospérité de leur commerce; et je vous
prie d'être persuadé que, de mon côté, je ne perdrai aucune occasion
de faire valoir auprès du Vizir les services que vous rendrez à notre
nation. Puisse notre correspondance contribuer toujours à resserrer
les liens de l'amitié qui unissent nos souverains et k augmenter de
plus en plus les avantages du commerce de leurs sujets respectifs. »
(Sceau) (Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. 441,)
ISMAIL, KIAYA DE TUNIS *, AU C**' DE SARTINE.
233. — TuniSy 2 septembre 1780, — « Excellence,
Je m'étais proposé à mon heureuse arrivée ici d'écrire cette lettre
respectueuse à Votre Excellence pour lui témoigner les remerciements
les plus vifs que je lui dois, mais ayant appris que M. Devoize devait
passer, peu de temps après, à votre Cour, j'ai eu le plaisir de la consi-
gner à cet officier, lequel, connaissant particulièrement depuis long-
temps la sincérité de mes sentiments à votre égard, me fait espérer
qu'il suppléera à ces expressions qui me manquent et que je dois aux
mérites distingués de Votre Excellence.
Je ne dois pas laisser ignorer à Votre Excellence la manière dont
j'ai été accueilli et traité, dans toutes les villes où j'ai passé pendant le
cours de mes voyages, par les Consuls de l'Empereur de France; ils
m'ont offert tous avec empressement leurs services et d'une manière à
ne me rien laisser désirer par leur attachement le plus distingué, et
particulièrement M. le chevalier de Bertellet à Livourne ^ Aussi je n'ai
i. Fourni par M. Meynier, bijoutier du Roi.
2. Premier gendre du Bey, qui s'était enfui à Livourne par suite de dissentiments
avec Mustapha, avait ensuite passé à Smyrne et venait de rentrer en grâce auprès
de son beau-père.
3. Louis-Antoine de Bertellet, né à Nimes, Consul à Livourne de 1157 à 1794. Son
frère Jean-Pierre de Bertellet l'avait précédé à Livourne de 1733 à 1757, et était
passé à Carthagène, 1758-1784. — Signalons la correspondance volumineuse de ces
deux agents (près de 1800 lettres) avec la Chambre de commerce de Marseille,
S. AA 539 et suiv. de Tinventaire.
m CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1780]
rien eu de plus empressé à mon arriyée ici que d'en rendre témoignage
au Bey mon maître, qui est bien persuadé, tout comme moi, que c'est
Votre Excellence qui a eu la bonté d'envoyer ces ordres à ces Consuls
à mon occasion. Me trouvant donc infiniment flatté de toutes ces atten-
tions que je ne crois point avoir méritées de la part de Votre Excellence*
je la prie d'agréer les sentiments les plus sincères de ma vive recon-
naissance, et d'être assuré du désir que j'aurai toujours de cullÎTer
particulièrement cette amitié parfaite qui réunit respectivement
l'Empereur de France avec le Bey mon maître, en contribuant toujours
et en faisant tous mes efforts pour favoriser les intérêts de Sa Majesté
Impériale qui pourront avoir quelque rapport aux diverses parties du
ministère qui m'a été confié et surtout à la nouvelle dignité que, par
une suite de bontés qu'il a pour moi, mon susdit maître vient de me
donner en qualité de son douanier général. Cette charge me flatte
d'autant plus qu'elle me fournira de plus fréquentes occasions de
prouver k la nation française l'attachement que j'ai pour elle et de la
favoriser et servir dans tous les objets qui intéressent son commerce
et sa résidence en cette Echelle.
Il ne me reste rien autre à désirer que de convaincre Votre Excel-
lence de l'envie que j'ai de me conformer à tout ce qu'elle pourrait
désirer de ma part dans ce pays, et de l'empressement que j'aurai de
pouvoir mériter sa bienveillance et de lui donner des preuves
de la considération la plus distinguée avec laquelle j'ai Thonneur
d'être, etc. »
(Sceau) (Affaires étrangères, C*" de Tttnis.)
DU ROCHER AU C*^ DE SARTINE.
234. — Tunis, 22 septembre 1780. — La frégate La Séneuse, sous
les ordres de M. de Missiessy *, a relâché le 30 août à La Galipie, avec uo
convoi. Ce commandant a écrit au sieur du Rocher pour qu'il prévienne
les bâtiments qui voudraient profiter de son escorte de se trouver sur
son passage au retour; mais la présence de nombreux corsaires rend
cet arrangement trop dangereux pour les bâtiments de l'Ëchelle.
Les négociants prient le Ministre de vouloir bien ordonner que leur
commerce soit protégé d'une manière plus efficace.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
1. Claude-Laurent de Burgues de Missiessy, né & Toulon en 1135, garde de la
marine en 1751, enseigne de vaisseau en 1755, sous-lieulenant d'artillerie en 1756,
lieutenant de vaisseau en 1764, capitaine de bombardiers en 1773, capilaioe de
vaisseau en 1777, retiré du service en 1786 avec le grade de brigadier des armées
navales, décédé en 1818.
[1780J AVEC LA COUR DE PRANOE H3
DU ROCHER AU G^« DE SARTINE.
235. — Tunisy 22 septembre 1 780. — Plainte a été portée au Bey
au sujet des débarquements effectués en Corse par ses corsaires et qui
menacent d'y compromettre la santé publique.
Ismaïl-Bey, fils de Yonnès-Bey, petit-fils d'Ali-Bey et prétendant au
trône de la Régence de Tunis, est mort à Alger.
Un bateau corse arrêté à Tabarque et conduit à Tunis sous prétexte
qu'il était génois a été relâché sur la demande du sieur du Hocher.
{Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
LE M>* DE GASTRIBS ^ A ALI, BEY DE TUNIS.
236. — Marly, 16 octobre 4 780. — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
L'Empereur mon maître, ayant jugé à propos d'accorder à M. le
comte de Sartine sa retraite, a daigné me confier le département de
la Marine, où aboutissent tous les intérêts et les correspondances de son
Empire dans les pays qui sont soumis à Votre Gouvernement. Sa
Majesté Impériale m*a commandé de vous faire savoir ce changement,
et je me hâte de vous le notifier. J*espère que je réussirai aussi bien
que les Ministres qui m'ont précédé à conserver la bonne intelligence
qui subsiste si heureusement entre les peuples de Votre Régence et la
nation française. Cette confiance est fondée sur les dispositions con-
stantes que vous avez montrées pour le maintien de nos traités. Elles
vous assurent des miennes, qui sont droites et sincères. Vous me verrez
toujours empressé de concourir à cimenter les liens qui unissent d'une
manière si avantageuse les sujets respectifs, et c'est une véritable satis-
faction pour moi que de pouvoir, en vous donnant cette assurance for-
melle, vous offrir mon amitié et vous demander la vôtre. Je saisirai
toutes les occasions où je pourrai vous prouver combien je m'intéresse
à la prospérité de votre gouvernement, afin que vous ne doutiez
jamais des sentiments que m'inspirent vos vertus et qu'il n'est per-
sonne qui soit plus cordialement et plus parfaitement que moi, etc. »
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. 534.)
DE SAINT-DIDIER A MUSTAPHA-KHODJA.
237. — Versailles, 16 octobre 1780, — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
4. Charles -Eugène -Gabriel de La Croix, marquis de Castries, ancien gouverneur
de Flandre et du Hainaut, était lieutenant général des armées du Roi quand il fut
nommé, le 46 octobre 1780, au département de la marine. Il occupa ce poste
jusqu'en 1187.
8
114 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [IT8O;
M. le comte de Sarline ayant désiré le repos que ses travaux pénibles
lui avaient rendu indispensable, Sa Majesté Impériale a bien touIu lui
accorder une honorable retraite, et elle a fait choix pour le remplacer
de Tun des grands de la Cour et des officiers généraux les plus distin-
gués de ses armées, M. le marquis de Castries, à qui elle a conflé le
département de la Marine. Je m'empresse de vous informer de ce chan-
gement, qu'il annonce lui-môme au Bey votre maitre que Dieu conserve.
Mon premier soin a été d'entretenir M. le marquis de Castries des
dispositions favorables que vous avez toujours montrées pour la nation
française et de la constance avec laquelle vous avez contribué en ce
qui dépend de votre ministère à cimenter les liens qui unissent la
Régence à la France. Il espère que vous continuerez k faire usage de
votre crédit auprès du Bey. C'est dans cette confiance que ce Seigneur
me charge de vous assurer de sa bienveillance et du désir qu'il a de
vous faire ressentir de la protection de Sa Majesté. La conduite franche
et loyale que j'ai tenue jusqu'ici à votre égard vous assure du dessein
que j'ai de vous ménager ses bonnes grâces, parce que je suis persuadé
que vous ne varierez point dans vos sentiments pour les Français. Je
profite avec plaisir de cette occasion pour vous demander la continua-
tion de votre amitié et vous renouveler les assurances de sincère atta-
chement avec lequel je suis pour la vie, etc. »
{Affaires étranghres^ Levant et Barbarie, /*. 5SS.)
DU ROCHER AU M'* DE CASTRIES.
238. — lunis, 21 novembre 1780. — La frégate Le Montréal com-
mandée par M. de la Porte d'Yssertieux \ ainsi que deux corvettes sous
ses ordres *, sont arrivées à La Goulette le 15 courant, avec mission d>s-
corter les bâtiments marchands à destination de Marseille.
{Affaires étrangères, C* de Tunis.)
DU ROCHER AU M'« DB CASTRIES.
239. — Tunis, 21 novembre 1780. — Le crédit de Sidi Ismall-Kîaya
s'était tellement accru depuis son retour par l'inQuence de sa femme,
fille ainée du Bey, que Sidi Mustapha-Kho^ja avait jugé prudent de
s'éloigner. Il avait sollicité la permission de faire le pèlerinage de La
1. On a vu plus haut que le commandant du Montréal était mort en mer au mois
d'août 1780. Nous n'avons pu retrouver aucune trace de Tofficier qui lui succéda.
2. La Badine et La Sémillante y commandées par MM. Devenet et Durant d*Ubraye,
lieutenants de vaisseau. — Voy. sur la relâche de ces navires à La Goulette Tins truc-
tion remise à M. Durand d'Ubraye, le lettre de M. de la Porte d'Yssartieux au comte
de Sartine, 25 décembre nSO, et la lettre de M. Durand d'Ubraye au marquis de
Castries, 14 mai 1181 {Marine, B*, i79, f. 253 et 490, f. 25 et il).
[1781] AVEC LA COUR DE FRANCE H5
Mecque, mais un présent secret de plus de 100,000 piastres, que ce
dernier a fait à la femme du Bey, Ta rétabli dans son ancienne faveur,
et il n'est plus question que de son mariage avec la deuxième fille du
Bey, union depuis longtemps projetée.
Du Rocher attendra cette occasion pour annoncer la renonciation de
la Compagnie d'Afrique au privilège de la pêche du corail. Le sieur
Granet ' sollicite la permission de traiter de cette pêche pour son propre
compte.
{Affaires étrangères^ €'•* de Tunis,)
DE SAINT-DIDIER A ISBIAIL-RIAYA.
240. — Versaillesy 4 février 178i . — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
Son Excellence le Vizir de l'Empereur mon mattre a reçu et m'a
remis la lettre que vous lui aviez écrite le 2 septembre dernier '. Vous
apprécierez le plaisir que j'ai d'y répondre, si vous voulez bien vous
rappeler les sentiments d'estime et d'amitié que vous sûtes m'inspirer
en 1766, lorsque, chargé des intérêts de l'escadre de Sa Majesté Impé-
riale aux ordres de M. le Prince de Listenois, j'eus le bonheur de les
traiter directement avec vous '. C'est une époque qui me sera toujours
précieuse et qui me donne le plus grand empressement pour toutes les
commissions qui peuvent m'en' retracer le souvenir. Son Excellence le
Vizir a appris avec la plus grande satisfaction votre heureuse arrivée à
Tunis et la nouvelle marque de confiance que le Pacha-Bey vient de
TOUS donner en vous nommant son grand Douanier. Elle ne doute
point que vous ne saisissiez les fréquentes occasions que cette dignité
vous offrira de témoigner votre attachement à la nation française; et
il a été bien agréable pour le Vizir de savoir de vous-même les heu-
reuses dispositions que vous vous proposez de faire éclater en faveur
des sijgets de Sa Majesté Impériale et en retour des égards que vous
avez éprouvés de leur part dans le cours de vos voyages.
Ce témoignage favorable en général à tous les officiers de l'Empereur
mon maître qui ont pu vous accueillir à votre passage dans leurs
départements respectifs fait honneur à leur zèle et à leurs sentiments ;
et la justice distinguée que vous rendez à M. le chevalier de Ber-
thelet ne peut qu'sgouter à la bonne opinion que Sa Majesté Impériale
1. Honoré Granet, agent de la Chambre de commerce et de la Compagnie d'Afrique
à Toulon depuis 1774. Ne pas le confondre avec Louis Granet, chancelier du comp-
toir de la Compagnie à Bône en 1790.
2. Voy. p. 111.
3. Voy. tome II, p. 634.
H6 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [1781]
a conçue depuis longtemps de la sagesse et de Tintelligence de ce
Consul.
Je suis très persuadé, très illustre et magnifique Seigneur, que les
mêmes relations avantageuses que vous avez bien voulu faire au Pacha*
Bey contribueront à le convaincre de plus en plus de la sincérité qui
caractérise notre nation et de la sincérité des liens qui unissent les
Français et les Tunisiens. Je ne puis que me référer avec confiance aux
moyens que votre amitié vous suggérera pour faire valoir aux yeux de
ce Prince tout ce dont vous avez été vous-même le témoin et l'objet. Je
me bornerai ici à vous rendre au nom du Vizir l'expression de sa bien-
veillance pour vous et de son empressement à cultiver celle de i^Em-
pereur en faveur du Pacha-Bey de la Régence de Tunis. Permettez-
moi, très illustre et magnifique Seigneur, d'y joindre l'assurance de
mon zèle à augmenter en tout ce qui dépendra de moi les dispositions
favorables du Vizir, et à vous témoigner personnellement le sincère et
inviolable attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc. »
(Affaires étrangère», Levant et Barbarie^t f. 94,)
LE M** DS CASTRIES A DEVOIZE.
241. — Versailles j 4 février 1781 , — On lui annonce sa nomination
au Vice-Consulat de Lataquié. Il aura pour successeur à Tunis le sieur
d'Esparron, actuellement Vice-Consul à Tripoli de Barbarie *.
{Affaire» étrangères. Levant et Barbarie, f. 84.)
LE M** DE CASTRIES A DU ROCHER.
242. — Versailles, 1 1 février 1781 . — On a donné en France à un
Maure tous les secours nécessaires pour qu'il puisse retourner dans
son pays. Ce Maure est négociant à Tunis, associé de Suleyman-Agba,
neveu du Bey de cette Régence.
Le Consul ne manquera pas de faire valoir aux yeux de ce dernier
l'accueil que ses sujets reçoivent en France en toutes occasions.
(Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. 10S.)
DU ROCHER AU M** DE CASTRIES.
243. — Funis, 13 février 1781. — Le mariage de Sidi Mustapha-
Khodja avec la plus jeune fille du Bey a été retardé par la répugnance
de cette Princesse à accepter cette union. Le sieur du Rocher a jugé à
propos d'attendre la conclusion de ce mariage pour remettre le pré-
1. Antoine, (Ils d'Alexandre d'Esparron, lieutenant général de ramirauté d*Ai*
gues-Morles. Vice-Consul à Tripoli de 1777 à 1780, à Tunis de 1781 à 1786, aux
Dardanelles de 1786 à 1793, juge de paix & Aigues-Mortes en 1807. — Voy. sa cor-
respondance avec la Chambre de commerce de Marseille, S.AA 509-537 de Tinven-
taire.
[1784] AVEC LA COUR DE FRANCE H7
sent que M. de Saint-Didier a été autorisé à offrir en son nom à ce
Ministre.
Le Bey, qui devient fort caduc, rend encore la justice, mais quant
aux affaires importantes du royaume il s'en rapporte entièrement à
Sidi Mustapha-Khodja.
Les négociants français n'ont qu'à se louer de Sidi Ismaïl-Kiaya,
depuis qu'il est chargé de la douane.
Sidi Hamouda-Pacha, héritier présomptif du trône, est âgé de vingt-
deux ans, doué d'un tempérament vigoureux et d'un caractère sérieux.
Adonné aux plaisirs, il parait avoir un goût très prononcé pour le
faste.
{Affaires étrangères, (?** de Tunis.)
ALI, BEY DE TUNIS, AU M^> DE CASTRIES.
244. — Twm's, i6 février i78i . — « A l'élite des Seigneurs chré-
tiens, le plus puissant et le plus vertueux des Ministres qui professent
la religion du Messie, notre grand ami le marquis de Castries, Vizir de
Tauguste Empereur de France — que le Ciel le comble de ses faveurs I —
Salut.
Nous avons reçu avec la plus vive satisfaction la notification amicale
que vous nous avez faite de votre avènement au Yizirat. La renommée
nous avait déjà instruit de vos talents, de votre valeur et de vos vertus,
et nous n'avons pu que nous féliciter du choix que Sa Majesté Impé>
riale a fait de votre illustre personne pour lui confier le département
de la Marine. Agréez-en notre compliment très sincère et nos vœux les
plus empressés pour la gloire de votre ministère. Nous voyons, dans
les heureuses dispositions que vous nous avez communiquées, les pro-
nostics les plus infaillibles de la félicité commune des Français et de
leurs amis. Vous ne devez pas douter de notre empressement personnel
à coopérer à cet ouvrage salutaire et à faire tout ce qui dépendra de
nous pour resserrer de plus en plus les liens qui vous unissent à la
Régence de Tunis. Soyez également persuadé de nos sentiments d'es-
time et d'amitié pour vous et continuez-nous votre correspondance. »
[Sceau) {Affaires étrangères ^ C* de Tunis,)
245. — Versailles^ 3 niars i 78i . — Ordonnance du Roi concernant
les Consulats, la résidence, le commerce et la navigation des sujets du
Roi dans les Ëchelles du Levant et de Barbarie '.
{Marine, B\ 45S.)
1. Cette ordonnance est fort importante, et nous avons le regret de ne pouvoir la
reproduire in extenso, en raison de son développement. Il est indispensable de la
us CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1781]
246. — Versailles^ 3 mars 4 7 Si . — Ordonnance du Roi pour réta-
blissement à Marseille d*un dépôt des actes passés par ses sujets aui
Échelles du Levant ou sur les côtes de Barbarie.
{Affaires étrangères. Levant et Bar^rie, f. 447 r*.)
247. — Versailles, 7 mars 1784 . — Circulaire aux Consuls de Bar-
barie sur la comptabilité de leurs Echelles.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. 164.)
DU ROCHER AU W* DE CASTRIES.
248. — TuniSy 5 avril 4 784 , — L'Ordonnance du 3 mars 1781, con-
cernant les Consulats, la résidence, le commerce et la navigation des
sujets du Roi dans les Echelles du Levant et de Barbarie, a excité les
réclamations les plus vives de la Chambre de commerce de Marseille
et des négociants des Echelles. Dans le nombre de ces représentations,
deux méritent Tattention la plus sérieuse : elles portent sur les cau-
tionnements imposés aux nationaux et sur la liberté de commerce
accordée aux étrangers. Se référant à TOrdonnance du 21 octobre 1685,
elle exige des résidents une permission de Sa Majesté, un cautionnement
par-devant notaire de 60,000 liv. pour Alger, Constantine, Smyrne, etc.,
et de 30,000 liv. pour Tunis et moindres Echelles. On voit dans uoe
nouvelle requête des négociants que TOrdonnance du 3 mars les
réduira à quitter cette Echelle parce que cette Ordonnance, en parais-
sant mettre les Juifs et les gens du pays dans la même condition que
les Français, assure en réalité aux premiers la supériorité, à cause de
leur économie.
{Marine, B? 44 S.)
LE M*'' DE CASTRIES A DU ROCHKR.
249. — Versailles^ 8 avril 4 784 , — Il devra faire exécuter rOrdon-
nance de 1685 qui oblige les capitaines marchands à, remettre aux
consulter pour tout ce qui concerne les devoirs et droits des Consuls. Voici les
titres des chapitres : Des Consuls. — Des Vice-Consuls. — Des élèves Vice-Consuls.
— Uniforme des Consuls, Vice-Consuls et élèves Vice-Consuls. — Appointements.
— Retraites. — Agents des Consuls. — Secrétaires- interprètes de Sa M^eslé poor
les langues orientales. — Drogmans employés en Levant et en Barbarie. — ÉlèTes-
drogmans. — Chanceliers. — Dépôts en chancellerie. — Curés, chapelains, mission-
naires et religieux sous la protection de la France. — Protection accordée sui
étrangers. — Cérémonies publiques. — Résidence et commerce des Français. -
Passeports, cerliflcats ou permissions. — Résidence dans les Échelles où il n'y a
ni Consul ni Vice-Consul. — Immeubles. — Fermes du pays. — Bâtimeots du
pays. — Police dans les Échelles. — Assemblées nationales. — Députés de la
nation. — Recettes et Dépenses dans les Échelles du Levant et de Barbarie. —
Commerce. — Décès des Français. — Navigation des sujets du Roi dans les Échelles.
— Relâche des bâtiments dans les Échelles. — Saluts. — Précautions i prendre
en cas de peste. — Visites. — Audiences. — Service. — Police sur les b&timeots
marchands pendant les relâches.
[1784] AVEC LA COUR DE FRANCE 119
chanceliers des Échelles Tétai de leur chargement de sortie et à leur
payer 10 francs pour Tenregistrement et Texpédition du manifeste que
ces capitaines sont tenus de rapporter en Europe.
{Affaires étrangères^ Levant et Barbarie, f. Hb.)
250. — Marlijy 6 mai 4 784 . — Instruction relative à l'Ordonnance
concernant les Consulats, la résidence, le commerce et la naviga-
tion des sujets du Roi dans les Échelles du Levant et de Barbarie,
rendue le 3 mars 1781 *.
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. 283.)
LE M'* DE CASTRIES A DU ROCHER.
251. — Marly, 4 8 mai 4 781, — Le sieur Yenture, drogman de
Tunis, vient d'être nommé Secrétaire-interprète du Roi pour les langues
orientales; on lui accorde une pension de 500 livres sur la caisse de
la Chambre de commerce de Marseille '. Les appointements du Consul
général à Tunis seront portés de 11 à 12,000 livres.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f 369,)
DU ROCHER AU M''* DE CASTRIES.
252. — Tunis, 28 mai 4 784 . — La frégate La Boudeuse, sous les
ordres de M. de Martinenq ^, est partie de Bône le 12 courant, escor-
tant un convoi pour la France, composé de 9 bâtiments. Un corsaire
ennemi s'est emparé de deux des bâtiments de ce convoi.
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis,)
TRAITÉ DE 1781.
253. — Le Bardo, 24 juin 4 784. — « Traité pour le privilège de
la pèche du corail, conclu entre la Compagnie Royale d'Afrique et
Son Excellence le très illustre et très magnifique Ali-Pacha, Bey de
Tunis, par la médiation de Mustapha-Khodja, son iils bien-aimé.
I
La Compagnie Royale d'Afrique jouira du privilège exclusif de la
pêche du corail dans toutes les mers du royaume de Tunis, depuis
Tabarka comprise jusqu'aux confins de Tripoli, en payant annuelle-
ment à ce gouvernement 13,500 piastres de Tunis; elle ne sera tenue
en sus à aucune autre espèce de présent ni de donative.
1. Yoy. les Extraits des procès-verbaux d'assemblées de la nation française à Tunis,
relalÎTement aux ordonnances du roi du 3 mars 1181 (Affaires françaises, C^* de Tunis),
2. Voy. la noie 1, p. 109.
3. François-Joseph-Jules de Martinenq de Gineste, né à Toulon en 1739, garde
de la marine en 1755, brigadier en 1757, enseigne de vaisseau en 1761, lieutenant
en 1765, capitaine en 1779, retiré du service en 1786, avec le grade de brigadier
des armées navales, décédé à Carthagëne en 1794. — Voy. la correspondance de
M. de Martinenq avec le Consul du l^ocher,il9i'il%2 (Affaires étrangères, C*^ de Tunis).
120 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i781J
II
La Compagnie Royale d'Afrique s'engage à garder pendant six
années consécutives le privilège exclusif de la pèche du corail, après
lequel terme elle sera la maîtresse d'y renoncer, si elle n'en retire pa^
les avantages qu'elle se promet; et les parties contractantes, dans le
cas de cette résiliation, n'auront aucune espèce de dédommagement à
se demander réciproquement pour cause de perte ou de profit relatifs
à cette concession; et si la Compagnie Royale d'Afrique est bien aise de
garder le privilège après les susdites six années révolues, il sera fait
un nouveau traité pour six autres années.
III
Et comme il est nécessaire pour l'exploitation de la pèche du corail
que la Compagnie Royale d'Afrique ait des établissements en deçà d
en delà du Cap Bon, le Gouvernement de Tunis lui permet d'établir
des comptoirs dans les deux endroits de la côte qui lui paraîtront les
plus commodes, et d'y faire résider ses agents, en payant toutefois ie
loyer des maisons et magasins.
IV
Les agents de la Compagnie Royale d'Afrique jouiront dans les lieui
de leurs établissements, avec toute la tranquillité et sûreté qui leur est
nécessaire, des mêmes privilèges accordés au Consul de l'Empereur de
France résidant à Tunis, et ils pourront faire dans leurs maisons l'exer-
cice libre de la religion chrétienne, sans que personne puisse les
inquiéter à ce sujet; mais il ne leur sera pas permis de sonner les clo-
ches, ni de chanter de façon à être entendus des passants.
V
S'il arrive quelque procès ou discussion entre un musulman et les
agents préposés par la Compagnie Royale d'Afrique ou quelques autres
personnes attachées à leur service, l'affaire sera, par l'entremise du
Consul de France, portée au tribunal du Pacha de Tunis, où elle sera
jugée définitivement; et pour cet objet il sera expédié des ordres à
tous les gouverneurs et caïds de ce royaume, afin qu'ils n'en préten-
dent point cause d'ignorance.
VI
Le Gouvernement de Tunis s'oblige à accorder la plus ampl^
protection aux bateaux et aux matelots destinés à la pêche du
corail; et dans le cas où ces bateaux, soit par le gros temps, soit
par un manque de provisions, seraient forcés d'entrer dans quelque
port de ce royaume, il leur sera accordé tous les secours dont ils
ti781] AVEC LA COUR DE FRANGE 121
pourront avoir besoin, et il ne leur sera demandé aucun droit d'an-
crage.
VII
Il ne sera exigé aucun droit de douane pour les coraux qui seront
déposés dans les magasins des agents de la Compagnie Royale
d^Airique, soit k Tentrée, soit k la sortie; et de même tous les agrès et
ustensiles nécessaires pour les bateaux, ainsi que le vin et autres pro-
visions de bouche, soit qu'elles viennent de France, soit qu'elles soient
achetées dans les marchés de ce royaume, seront exemptes de tout
droit de douane et autres droits.
VIII
Les bateaux et matelots destinés à la pèche du corail ne seront
jamais détenus dans les ports pour raison d'armement de corsaire ou
sous tout autre prétexte; et si quelque corsaire, soit en mer, soit dans
les ports de ce royaume, venait à occasionner du trouble ou du dom-
mage aux susdits bateaux, il sera sévèrement puni, eu égard aux
preuves du fait; et lorsque les susdits bateaux entreront dans quelque
port de ce royaume, il leur sera libre d'acheter de leur argent les pro-
visions qui leur seront nécessaires, sans que personne ait à les
inquiéter, ni sur ce sujet, ni pour le droit d'ancrage.
IX
Si la Régence d'Alger venait à prendre quelque ombrage relative-
ment à la conclusion du traité de ce privilège. Son Excellence le très
magnifique Pacha de Tunis s'engage à interposer ses bons oilices pour
rétablir la bonne harmonie qui règne entre la dite Régence d'Alger et
la Compagnie Royale d'Afrique, dans le cas, toutefois, où elle voudrait
accepter sa médiation.
X
Les articles de ce présent traité pour le privilège exclusif de la pèche
du corail ont été accordés à la sollicitation du Consul de l'Empereur de
France résidant à Tunis, soussigné, pour le bien et la convenance des
deux parties contractantes, et il a été décidé qu'ils resteront en sus-
pens jusqu'à la réponse de la Compagnie Royale d'Afrique; si elle les
accepte, toutefois avec l'autorisation du Roi de France, ils seront mis
en exécution selon leur forme et teneur, et la susdite Compagnie sera
la maîtresse de commencera l'heure et au moment qu'elle voudra; et
dans le cas contraire le présent traité remis au Consul de France sera
considéré comme non avenu. »
Du Rocher.
(Sceau) {Agraires étrangères^ C*» de Tunis.)
122 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 11781]
DU ROCHER AU M'" DB CASTRIES.
254. — Tunis, 25 juin 17Si , — Il a profilé du prochain départ
de Sidi Mustapha-Khodja, qui va faire un pèlerinage à La Mecque,
pour renouer la négociation relative au privilège de la pêche du corail
dans les mers de Tunis. Il a fait réduire la redevance annuelle de
20,000 piastres, proposée à M. de Saizieu et à M. de Tott, au chiffre
de 13,500 piastres. Le traité est entre ses mains, signé du Bey et de
son fils aine, sous la réserve de Tapprobation du Ministre et de Tac-
ceptation de la Compagnie d'Afrique ^
(Affaires étrangères^ C" de Tunis.)
LE M*« DB CASTRIBS A DU ROCHER.
265. — Versailles^ 29 juillet i78i. — On a obtenu et on envoie
aux déserteurs qui s'étaient rendus à Tunis leurs brevets de grâce.
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. 56t.)
LE M'* DB CASTRIBS A DU ROCHER.
256. — Versailles, 5 août l7Si . — Le Ministre le félicite du zèle
qu'il a montré pour le renouvellement des propositions de la Compa>
gnie d'Afrique pour la pèche du corail. On s'en réfère entièrement à ce
que la Compagnie lui écrira à ce sujet.
Instructions sur la conduite qu'il aura à tenir en cas de mort du Bey
actuel.
[Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. 574.)
DU ROCHER AU M'» DB CASTRIES.
257. — Tunis, 24 septembre 1781. — Le Bey de Tunis vient
d'essuyer une avanie de la part de celui de Constantine. Ce dernier
a envoyé son neveu avec une escorte de 300 ou 400 hommes pour
réclamer les sujets algériens établis dans la Régence depuis un temps
immémorial, et en outre le tribut qu'ils auraient dû lui payer depuis
leur émigration, tribut évalué k 40,000 sequîns. Cette affaire a causé de
grands soucis au Bey; il ne lui en coûtera qu'une somme d'argent dont
on ignore le chiffre ».
{Affaires étrangèt^s, O*^ de Tunis.)
LOUIS XVI A ALI, BEY DE TUNIS.
258.— Versailles, 22 octobre 1781. — « Illustre et magnifique
Seigneur,
1. Voy. la note 2, p. 80.
2. L'affaire ne s'arrangea qu'en juin 1784, au prix de 25,000 sequins. Voy ioal
ce qui s'est passé à ce sujet dans les Annales tunisiennes, ûe Rousseau, p. 216.
[1782] AVEC LA COUR DE FRANCE 123
L'Être suprême a mis le comble à mes souhaits et aux vœux de la
France par la naissance d'un Prince • dont la Reine ma très chère épouse
et compagne vient d'être heureusement délivrée. Je m'empresse de
vous notifier ce grand événement qui assure le bonheur de mes peuples
en perpétuant la race impériale. Je compte trop sur vos sentiments
pour ne pas être assuré que vous apprendrez avec plaisir une nouvelle
aussi heureuse pour mon illustre famille que pour mes sujets.
Je fais des vœux pour votre prospérité, et je prie Dieu, illustre et
magnifique Seigneur, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. »
(Affables étrangères^ Levant et Barbarie^ /*. 744.)
INSTRUCTION DU BOI A DE HARTINENQ, COMMANDANT LA FRÉGATE
« LA BOUDEUSE » *.
259. — Toulon^ 18 février 4 782. — « M. de Martinenq, capitaine
de vaisseau, commandant la frégate du Roi La Boudeuse^ mettra
SOUS voile dès que le vent le permettra pour se rendre à Tunis où il
mouillera.
Il se concertera avec le Consul de la nation et les principaux négo-
ciants pour savoir le nombre de bâtiments de commerce qui ont fini
leur chargement soit à Tunis soit dans les autres ports du dit royaume,
et se rendra successivement dans les diflFérents ports indiqués pour y
prendre sous son escorte les dits bâtiments et les conduire à. Tunis où
sera le rendez-vous général.
Le convoi ainsi rassemblé à Tunis, M. de Martinenq distribuera à
chaque bâtiment les ordres et signaux nécessaires pour la sûreté de la
navigation et fera son retour à Marseille avec le dit convoi... M. de
Martinenq trouvera ci-joint le mémoire des négociants de Marseille
qui font le commerce de Tunis indiquant les ports où se trouvent les
bâtiments. »
(Manne, B* 203, f. iU.)
260. — Versailles^ 24 mars i782. — Circulaire aux Consuls du
Levant et de Barbarie pour demander des détails sur la navigation et
le commerce de France en Levant et en Barbarie.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f, 121.)
DU ROCHER AU M" DE CASTRIES.
261. — Tunis, iô avril 1782. — Mustapha-Khodja est arrivé au
Caire, de retour de La Mecque. Il a envoyé au Bey un de ses officiers
pour lui annoncer qu'il pressera son retour. Son absence a prouvé
1. Loais-Joseph, premier flls de Louis XVI, qui mourut le 4 juin 1789.
2. Yoy. la note 3, p. 119.
124 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i78i]
combien il est utile à ce gouvernement, et son retour est attendu avec
impatience. L*état de santé du Bey est toujours précaire. Son fils aine
Hamouda-Pacha, rais en éveil par Témotion qu'a causée la dernière
maladie de ce Prince, se tient en mesure de maintenir le bon ordre.
(Affaires étrangères^ C** de Tunis,)
DU ROCHER AU M^" DE CASTRIES.
262. — Tunii^ 16 avnl 17 S2, — Les corsaires algériens se rendent
coupables de toutes sortes de vexations envers les bâtiments mar-
chands de toutes nations dans la rade de La Goulette, et le Bey n ose
interposer son autorité pour les faire cesser.
Un capitaine de prise algérienne s'étant rendu à bord de la frégate
La Boudeuse a demandé avec insolence qu*on lui remit une lunette. Sur
le refus du commandant, M. Martinenq, il s'emporta en injures et en
menaces, prétendant qu'il s'en ferait donner une par force. Le Bey, à
qui le Consul a porté plainte contre ce reïs, s'est contenté de Tadmo
nester, mais n*a pas osé le châtier.
{Affaires étrangères^ C'* de Tunis.)
DE MARTINENQ AU H'» DE CASTRIES.
263. — Toulon^ 19 mai 1 782, — « J'ai l'honneur de vous rendre
compte de mon arrivée à Toulon depuis le 16 du mois après avoir
conduit à Marseille un convoi de 20 bâtiments pris à. Tunis et d une
petite altercation que j'avais eue à bord avec un nommé Hadji Maha-
moud Calamata, fugitif de la Régence de Tunis passé au service d'Alger
comme capitaine de prise. Ce dit capitaine s'est transporté le 6 avril à
mon bord et me demanda avec hauteur et insolence une lunette sembla-
ble à celle dont il tenait un tuyau à la main; lui ayant dit que je n'en
avais pas, il s'emporta en termes indécents... Je le fis rembarquer
dans son canot et il se rendit aussitôt à bord d'un bâtiment marchand
français et s'empara avec violence de la lunette du capitaine...
J'envoyai aussitôt un de mes officiers avec ordre de la lui enlever; au
moment où il allait être atteint, il la jeta dans la mer... Les gens de
mon canot la reprirent. Le Bey de Tunis, à qui j'en ai fait porter de
vives plaintes par le Consul, s'est contenté de faire venir au Bardo ce
Reïs et de lui tenir les propos les plus durs. Ce Prince, qui respecte
tout ce qui appartient à Alger, n'a point osé infliger à ce capitaine de
prise la punition qu'un délit semblable paraît exiger. J'ai écrit de con-
cert avec le Consul de Tunis à celui d'Alger pour qu'il en demande
satisfaction... »
(Marine, B* «03, f. liO ©.)
[1782] AVEC LA COUR DE FRANCE 128
LE W* DE GASTRIES A DU ROCHER.
204. — VersailleSj 26 mai i7S2, — Un congé de six mois est
accordé au Consul du Rocher sur sa demande.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. i33,)
DU ROCHER AU M^' DE CASTRIES.
265. — Tunis, 27 mai i 782. — Le Bey de Tunis est mort le 26 cou-
rant. Cet événement n'a amené aucun des troubles qu'on craignait, et
Sîdi Hamouda, son fils aine et son successeur, est entré paisiblement
en possession du pouvoir '.
{Affaires étrangères ^ C*'* de Tunis.)
DU ROCHER AU M*" DE GASTRIES.
266. — Tunis^ 20 juin 1782. — Mustapha-Khodja, revenu de La
Mecque à Tunis, a été reçu avec empressement par Hamouda-Pacha et
toute sa cour. Il a été rétabli dans tous ses emplois, et il y a lieu de
croire qu'il jouira du même crédit sous ce règne que sous le précédent.
Du Rocher est allé rendre visite à Mustapha-Khodja, qui Ta très bien
accueilli. Il se propose de reprendre avec ce Ministre les négociations
relatives au privilège de la pèche du corail.
{Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
HAMOUDA, BEY DE TUNIS, A LOUIS XVI.
267. — Tunis, 7 juillet i782. — « A Télu des Rois de la nation
chrétienne, la crème des meilleurs souverains nazaréens, le frein de
tous ceux qui professent la religion chrétienne, l'Empereur de France,
dont les actes sont des bienfaits pour Thumanité, est adressé ce
message destiné à fortifier les liens de Tamitié et k consolider les bases
de la sincère entente.
Le dimanche 14 du mois de Djemazi-el-akher 1196 (26 mai 1782)
mon père Ali-Pacha, précédent Yali de FOdjak de Tunis et le modèle
de la bonne voie, étant passé, par la grâce de Dieu, dans le Paradis
à répoque fixée par sa destinée. Sa Majesté le Padischah des sept climats
et le souverain de la terre et de la mer, — que Dieu éternise son Kha-
lifatl — mettant le comble aux faveurs dont il nous avait comblé, nous
a confirmé dans les titres de Mirimivan et de Miriliva, et nous nous
sommes assis avec joie sur le trône.
Cette heureuse nouvelle ayant été notifiée à tous nos amis, comme
vous êtes particulièrement un grand ami pour nous et cette nouvelle
i. Le Bey défunt reçut de magnifiques funéraiUes et laissa d'unanimes regrets.
On a yu précédemment qu*il avait eu la prudence de régler sa succession ; aussi
la transmission du pouvoir s*opéra-trelle sans aucune contestation.
126 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [178i;
devant vous élre extrêmement agréable, sans aucun doute, nous voas
adressons cette lettre de sincère amitié.
A sa réception, après vous être félicité, comme vous savez bien qu'il
n'y a pas d'interruption dans notre ancienne amitié et qu'elle est soli*
deme»! confirmée comme auparavant, vous voudrez bien à toujours
nous témoigneriMiice sincère amitié, et notre amitié sera perpétuelle!
Salut à celui qui suit la we droite! »
{Sceau)
(A/fwres étrangères, C^ de Tunis.)
LE M^* DE CASTRIES A DU IWnFT
268. — Versailles, 14 juillet 17 82, — Le Consul éititera de faire des
présents au nouveau Bey. On s'en rapporte à lui pour 1^ succès final
de Taffaire du privilège de la pêche du corail pour la Compagnie
Royale d'Afrique. Il serait essentiel pour elle de n'entrer en Jotis-
sance qu'à la paix parce qu'elle pourrait prendre alors avec plus de
sûreté les mesures nécessaires à l'exploitation de cette pêche.
{Affaires étrangères^ Levant et Barbarie, f. 3i7,)
LE M'" DE CASTRIES A DU ROGHEB.
269. — Versailles, 26 août 1782. — En attendant la réponse de
Sa Majesté à la dépêche que le Bey lui a envoyée pour lui faire part
de son avènement \ le Consul le félicitera au nom du Roi et de son
Ministre.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. 387.)
DC ROCHER AU M'« DE CASTRIES.
270. — T'unis, 15 septembre 1 782. — Le nouveau Bey a soulevé des
difficultés inattendues, au sujet de la signature du traité pour le privi-
lège de la pêche du corail en faveur de la Compagnie d'Afrique. Da
Rocher espère cependant les surmonter, à l'aide des bons offices de
Mustapha-Khodja.
{A ff^aires étrangères, C'"* de Tunis.)
LE GH«i' DE LIGONDÈS * AU W* DE CASTRIES.
271. — Toulon, 26 septembre 1 782. — Il rend compte du voyage
d'escorte de 77 navires de commerce dans les Échelles du Levant et de
Barbarie, notamment de Tunis, escorte dont il avait été chargé par le
chevalier de Fabry.
{Marine, Jî* f03, f. 105.)
i. Voyez p. 125.
2. Voy. pour cet officier, alors occupé spécialement aux affaires d'Alger, Co^rp^
pondance des Deys d* Alger avec la Cour de France, t. Il, p. 368 et suiv. — Ne pas le
confondre avec Gaspard comte de Ligondès, capitaine de vaisseau, mort à Brest
en 1719 des suites de blessures reçues dans un combat contre une frégate anglais
alors qu41 commandait Le Triton,
[1782] AVEC LA COUR DE FRANCE 127
TRAITÉ DE 1782.
272. — Le Bardo^ Sociobre i782, — «Tfaitépaurleprfvîlège exclusif
de la pèche du corail, conclu entre la Compagnie Royale d'Afrique et
Son Excellence le très illustre et très magnifîque Hamouda-Pacha,
Beglierbey de TOdjak de Tunis, par Tentremise de Mustapha-Khodja,
son fils bien-aimé.
I
Semblable àFarticle I du traité de 1781. Il contient en plus ce qui
suit :
Sur les 13,500 piastres de redevenances, 6,750 seront comptées six
mois après le jour où commencera la pêche, et le restant à la (in de
Tannée. En conséquence la Compagnie Royale d'Afrique, après avoir
payé en deux fois, après l'expiration de chaque semestre, la somme
ci-dessus spécifiée de 13,500 piastres, monnaie de Tunis, ne sera tenue
en sus à aucune autre espèce de présent ni de donative, sous quelque
prétexte que ce soit.
II
Semblable à larticle II du traité de 1781.
III
Semblable à l'article III du traité de 1781.
IV
Semblable à l'article IV du traité de 1781.
V
Semblable à l'article V du traité de 1781. -
VI
Le Gouvernement de Tunis s'oblige à accorder la plus ample pro-
tection aux bateaux et aux matelots destinés à la pêche du corail et à
empêcher tout pêcheur étranger de venir pêcher du corail dans les
mers concédées exclusivement en vertu de ce traité à la Compagnie
Royale d'Afrique ; et dans le cas où quelque bateau appartenant aux
sujets de ce royaume ou à. toute autre nation viendrait à pêcher du
corail dans les susdites mers, le Gouvernement de Tunis s'engage à
faire arrêter et à punir sévèrement les matelots qui s'y trouveront
embarqués.
VII
Semblable à l'article VU du traité de 1781.
VIII
Les bateaux destinés à la pêche du corail ne passeront pas le
nombre de trente, et dans chaque bateau il ne pourra y avoir plus de
128 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [l"8f
huit hommes. Dans le temps des armements des corsaires, les susdits
bateaux pécheurs feront en sorte de ne point entrer dans les ports de
Porto-Farina, de La Goulette et de Sfax; et s'ils sont forcés d'y entrer
pendant la clôture des susdits ports, ils y supporteront la détention
comme les autres bâtiments marchands, jusqu'à ce que le Bey veuille
bien leur donner la permission d'en sortir; et si quelque corsaire,
soit en mer, soit dans les ports de ce royaume, venait à occasionner
du trouble et du dommage aux susdits bateaux, il sera sévèremeot
châtié, eu égard aux preuves du fait; et lorsque les susdits bateaux
entreront dans quelque port du royaume, il leur sera libre d'acheter
de leur argent les provisions qui leur seront nécessaires, sans que per-
sonne ait k les inquiéter, soit h ce sujet, soit en voulant exiger d'eux
le droit d'ancrage.
IX
Si la Compagnie Royale d'Afrique venait à être inquiétée et molestée
dans l'exploitation de son privilège, soit de la part de quelque Puis-
sance chrétienne, soit de la part de quelque Puissance musulmane, la
Compagnie se trouvera dégagée et le présent traité sera nul de fait,
jusqu'à ce qu'elle puisse entrer dans la jouissance paisible et tran-
quille de ce privilège aux mêmes conditions spécifiées dans le présent
traité.
X
Et dans le cas qu'il vint à survenir une guerre, — ce qu'à Dieu ne
plaise! — entre la Régence de Tunis et la France, le Gouvernement
de Tunis promet et s'oblige à continuer à accorder la plus ample
protection à la Compagnie Royale d'Afrique et à empêcher qu'il ne
soit fait le moindre tort et dommage soit à ses établissements, soit à
ses agents, soit à ses matelots, soit enfin à tout ce qui pourra lui
appartenir.
XI
L'époque fixée pour l'exploitation de ce privilège sera différée jus-
qu'au terme de huit mois lunaires à compter de la date du présent
traité; mais à condition qu'à cette époque commencera la redevance
fixée par le traité, soit que la pèche du corail ait lieu, soit qu'elle soit
encore différée.
XII
Les articles de ce présent traité pour le privilège exclusif de la
pèche du corail ont été négociés et arrêtés par l'entremise de notre
ami du Rocher, Consul de l'Empereur de France, résidant à Tunis
et suffisamment muni de pouvoirs à cet effet; et il en a été remis une
copie authentique entre les mains de la Compagnie Royale d'Afrique,
[1782J AVEC LA COUR DE FRANCE 129
pour qu'il soit exécuté fidèlement et ponctuellement par les parties
contractantes, selon sa forme et teneur. »
{Sceau du Bey) Du Rocher.
(Uoriginal est aux Affaires élrangèret, Salle des trailés,)
DU ROCQER AU M>« DE GASXRIES.
273. — Tunis^ i 0 octobre 1782, — Le traité négocié pour le privilège
de la pèche du corail en faveur de la Compagnie d'Afrique est enfin
conclu et signé, sous la réserve de la ratification de la Compagnie.
Tous les articles demandés par elle y ont été insérés, mais de son
côté le Bey a exigé quelques restrictions à divers articles.
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis,)
DU ROCHER AU M'" DE CASTRIES.
274. — Tunis, 28 novembre 1782. — La frégate du Roi La Pléiade
est arrivée à La Goulette le 7 courant. Elle a été expédiée de Toulon
pour donner avis de rentrée de Tescadre anglaise dans la Méditer-
ranée, et ordonner aux convois d'attendre dans les ports de nouveaux
ordres. Empêchée par le mauvais temps, elle n'a pu partir que le 17.
La corvette La Sémillante^ sous les ordres de M. le chevalier d'Arnaud '
est arrivée le même jour, 17 courant, envoyée pour annoncer la sortie
4le l'escadre anglaise de la Méditerranée et permettre aux convois de
partir pour la France.
{Affaires étrangères, C'* de Tunis,)
DU ROCHER AU M'" DE CASTRIES.
275. — Ttinw, 22 décembre i 782, — Un esclave appartenant au Bey
s'est évadé et réfugié à bord de la frégate La Flore, sous les ordres de
M. de Montgrand *. Le Prince a fait arrêter un homme de l'équipage et
ne l'a remis en liberté qu'après de nombreuses contestations.
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis,)
DU ROCHER AU M*' DE CASTRIES.
276. — Tunis, 30 décembre 1782, — La frégate La Flore, sous les
ordres de M. de Montgrand, sur laquelle le sieur du Rocher avait pris
passage pour rentrer en France, est partie le 28 courant avec le convoi
1. François-Jean-Baptiste-Sextius chevalier d*Arnaucl, né à Aix en 1140, garde de
la marine en 1757, enseigne de vaisseau en 1765, lieutenant en 1777, chef de bri-
gade des gardes de la marine en 1780, retraité, par suite de blessures en cam-
pagne, avec le grade de capitaine de vaisseau en 1785, décédé en 1828.
2. Jean 'François-Joseph chevalier de Montgrand, fils de Jean*Bapli8te de Mont-
grand, inspecteur général des milices de Provence. 11 était garde de la marine
en 1754, enseigne de vaisseau en 1757, lieutenant en 1770, capitaine en 1779,
retraité en 1786, avec le grade de chef de division des armées navales.
9
130 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i783j
qu'elle escortait, et elle a été obligée par le vent de revenir au mouillage.
IsmaKl-Kiaya, beau-frère du Bey et son second Ministre, a pris la
fuite pour la seconde fois. 11 s'est embarqué sur un petit bâtiment
toscan qui lui appartient et avec lequel il est parti pour une destina-
tion inconnue. Le peu de cas que le Bey faisait de ses services, Téloi-
gnement du Prince à lui donner sa jeune sœur en mariage et le crédit
sans bornes dont jouit actuellement Sidi Mustapha-Khodja, son compé-
titeur, ont sans doute déterminé ce Ministre à une seconde évasion.
{Affaires étrangères^ C*** de Tunis,)
LE M*^ DE CASTRIES A DU ROCHER.
277. — Versailles^ 5 janvier i 783. — Approbation du traité qu'il a
signé avec le Bey de Tunis pour la Compagnie d'Afrique.
(A/faires étrangères. Levant et Barbarie j 1783^ f- *-)
LE ce'' DE FABRY < AU M'* DE CASTRIES.
278. — Toulon^ 23 janvier i 783. — Dans la relâche qu'il a faite à
Tunis, M. d'Arnaud, commandant la corvette La Sémillante^ a laissé
dans la rade M. de Montgrand, commandant La Flore, avec un convoi
de 35 vaisseaux qu'il va accompagner en France.
{Marine, B' 750, f. 458.)
D'ESPARRON " AU M*« DE CASTRIES.
279. — Tunis, 2 février 1783. — La fuite de Sidi Ismaïl na (ait
aucune sensation au Bardo et n'a eu d'autre effet que d'affermir encore
le crédit de Sidi Mustapha. Cette fuite est une perte pour la nation, qui
n'a eu qu'à se louer de Sidi IsmaYl en sa qualité de grand Douanier.
Le Bey a disposé de cette place en faveur de Sidi Ben Ayet, qui jouit de
la considération publique. Le sieur d'Esparron a rendu visite à ce nou-
veau Douanier, qu'il a trouvé fort bien disposé pour la nation française.
[Affaires étrangères, C**' de Tunis.)
LE CH'' DE FABRY AU M*^ DE CASTRIES.
280. — Toulon, 2ô mars 1783. — M. de Montgrand, commandant
la frégate La Flore, est arrivé à Marseille avec le convoi de Tunis et de>
Échelles de cette Régence, composé d'environ 35 bâtiments. Le Consul
du Rocher, venant en France en vertu d'un congé, était à son bord.
{Marine, B» 7S0, f. iS8,)
LE M** DE CASTRIES A D'ESPARRON.
281. — Versailles, 6 avril 1783. — Le Ministre est satisfait de sa
conduite depuis que M. du Rocher a quitté Tunis.
1. Voy. la note \, p. 86.
2. Vice-Consnl gérant en l'absence de M. du Rocher. Voy. la note 1, p. 116.
[1783] AVEC LA COUR DE FRANCE 131
« J'ai lu avec intérêt vos réflexioûs sur la fuite de Sidi Ismaïl et sur
la consistance qu'elle va donner au crédit de Sidi Mustapha. Vous
devez vous attacher particulièrement è, vous concilier Testime et Tamitié
de ce dernier. Je vois déjà Teffet des dispositions que M. du Rocher
lui a inspirées pour vous, et je vous exhorte à entretenir ces sentiments
pour le plus grand profit des nationaux de votre Échelle. »
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, il 83, /*. 139,)
■
LE M>* DE CASTRIES A D*ESPARR0N.
282. — Versailles, 4 mai i 783. — On lui recommande le Prince Via-
semski, général-major au service de la Russie, qui doit faire cette
année un voyage à Tunis.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, 4783, f. 47 î.)
LE M'* DE CASTRIRS A D*£3PARR0N.
283. — Versailles, i i mai 1783, — Sur la notification qu'il doit faire
auBey des préliminaires de paix ^ Il lui est de nouveau recommandé de
témoigner à Sidi Mustapha, Ministre duBey, les meilleures dispositions
dlntérét et d'amitié.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, 4783, f. 486.)
LE W"" DE CASTRIES A D'ESPARRON.
284. — Versailles, 8 juin 1783. — Le Ministre lui recommande
M. Desfontaines, de l'Académie des sciences ', qui va parcourir la
Tuaisie pour y faire des recherches sur l'histoire naturelle et sur la
botanique. « Je vous saurai gré de l'accueil que vous lui ferez person-
nellement et de votre attention à contribuer autant que vous le
pourrez au succès de son voyage. »
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, 1783, f, 234,)
D'ESPARRON AU M>" DE CASTRIRS.
285. — Tunis, 13 juin 1783, — Un vaisseau de guerre danois est
arrivé le 6 courant à La Goulelte, porteur de présents pour le Bey. Le
commandant n'a pu qu'à grand'peine faire accepter ces présents, d'une
valeur de 10,000 écus.
1. Il s*agit des traités préliminaires du 30 novembre 1182 entre TAngleterre et
rAmérique, et du 20 janvier 1783 entre la France et l'Angleterre, traités signés à
Paris par les soins de Vergennes, et reconnaissant l'indépendance des États-Unis.
2. René Louiche Desfonlaines, professeur de botanique au Muséum d'histoire
naturelle, fut envoyé en Barbarie aux frais de l'Académie des sciences. Parti
pour Tunis le 16 août 1183, il demeura deux ans et demi aux côtes d'Afrique, explora
les deux Régences de Tunis et d'Alger, et revint à Paris dans les premiers mois
de 1186; il publia ses observations en 1198 sous le titre deFiore atlantique. — Voy.
Voyages de Peyssonnel et Desfonlaines dans les Régences de Tunis et d* Alger,
publiés pas Dureau de la Malle, 2 vol. (Paris, 1838).
132 GORRESPONDANGB DES BEYS ET DES CONSULS [1783]
La négociation entamée par le comte de Molke S pour obtenir le
droit d*arborer le pavillon du Roi de Danemark sur la maison codsu-
laire, a été interrompue par suite de la prétention da Bey, qui a
demandé 15,000 sequins en échange de cette prérogative.
(Affaires étrangères, O** de Twm,)
d'esparron au m*' de CASTRIES.
286. — Tunis, /" juillet 17 83. — Le bruit court qu'une escadre
espagnole se dirige sur Alger avec ordre de détruire la ville, si le Dey
de cette Régence ne veut pas faire la paix avec la Cour de Madrid ^
Le Bey de Tunis ne peut que désirer le succès d'une telle entreprise,
qui le rendrait indépendant, en réduisant k rimpuissance un voisin
dont il supporte journellement les vexations.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis)
DÉLIBÉRATION DE LA NATION FRANÇAISE A TUNIS.
287. — Tunis, 29 août i783. — La nation délibère de donner nn
adjoint au drogman Baba Mustapha, chargé spécialement des procès
entre commerçants et qui est devenu vieux et infirme. Les appointe-
ments de cet adjoint seront, sous réserve de l'approbation de la Cour,
de 300 livres, prises sur les deniers de la Chambre de Marseille. On
choisira en conséquence un renégat intelligent et honnête pour se
former peu à peu sous la direction du drogman.
Signé : d'Esparron, d*Audirert-Caille, Mourié, Arnaud, Turc, Nimjti,
Barthez, Bellibr.
{Archives de la Résidence française^ Registre des délibérations de la nalm,
fi« i, SO, p. 5j8.)
D*ESPARRON AU M** DE CASTRIES.
288. — Tunis, 9 septembre 1783. — Il y a environ deux ans, un
bâtiment vénitien, chargé k Alexandrie pour le compte de marchands
de Sfax, partit de la première de ces villes au moment où la peste
commençait à y sévir. Pendant la traversée, il perdit une partie de son
équipage et des passagers. Arrivé à Sfax, on lui interdit rentrée du
port, lui enjoignant de se rendre à Tunis. Au lieu d^obéir à cette injonc-
tion, le capitaine se rendit à. Malte où, mis en demeure par le conseil de
santé d'avoir k quitter le port ou de voir brûler son bâtiment, il refusa
de sortir, et le bâtiment fut brûlé. Les marchands de Sfax à quiappa^
tenait le chargement portèrent plainte k leur gouvernement. Ali-Bey
1. Commandant L*Oldembourg,àt 64 canons.
2. Une escadre commandée par dom Antonio Barcelo vint, en effet, bombarder
Alger au mois de juillet 1783, mais elle dut s^éloigner après huit jours de combat^
en raison des vents contraires.
[1783] AVEC LA COUR DE FRANCE 133
écrivit à la République de Venise, afin d'obtenir un dédommagement
pour ses sujets, mais il en reçut une réponse négative. Hamouda-Pacha-
Bey, à son avènement, reprit cette affaire, et sur ses nouvelles repré-
sentations la République s'est déterminée k envoyer à Tunis le cheva-
lier Querini, commandant une petite escadre composée d*un vaisseau
et de deux frégates. Ce commandant, arrivé le 18 août, avait pour
mission de complimenter le Bey sur son avènement et de l'amener à se
désister de sa demande en faveur des marchands de Sfax. Les diffi-
cultés de cette négociation semblent s'accroître au lieu de diminuer. Le
sieur d'Esparron la suivra attentivement et en rendra compte ^
(Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
D*ESPARR0N AU M^* DE CASTRIBS.
289. — Ttinîs, 26 septembre i783. — L'escadre vénitienne est partie
le ai courant pour Alger, sans que son commandant ait rien obtenu du
Bey qui n'a même pas voulu accepter les présents qui lui étaient des-
tinés. Ce Prince a chargé le chevalier Querini d'une lettre adressée au
Sénat, et dans laquelle il demande pour les marchands de Sfax une
indemnité de 14,000 sequins, se réservant, si le Sénat ne lui donne pas
satisfaction dans le délai de six mois, de prendre les mesures qu'il
jugera convenables pour réparer le tort porté à ses sujets.
(Aff'aires étrangères, C"* de Tunis.)
LE M^* DE CASTRIES A D'ESPARRON.
290. — Fontainebleau, i 6 novembre i 783. — « Je vous sais gré de
m'avoir informé de l'insuccès de la mission de M. le chevalier Querini
à Tunis. Je compte sur votre exactitude pour me tenir au courant des
suites de la réclamation de ce Prince contre la République de Venise. »
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. 442.)
D'ESPARRON AU M** DE CASTRIES.
291. — Tunis, 20 novembi'e i783. — M. Desfontaines, membre de
l'Académie des sciences, est arrivé à Tunis. Ce savant a été présenté au
Bey et à Sidi Mustapha, qui l'ont fort bien accueilli et ont promis de lui
faciliter les moyens de voyager avec sécurité. En conséquence, M. Des-
fontaines attend le départ du camp du Bey, qui aura lieu au mois de
décembre prochain, en parcourant les environs de Tunis, où il a déjà
trouvé quelques plantes rares.
Le chevalier Querini a mouillé à La Goulette le 9 courant, k son
1. Toute Fhistoire de la rapture des rapports de la Régence de Tunis avec la
République de Venise, ainsi que de la guerre qui s'ensuivit, est relatée avec de
grands détails, dus à M. de Nyesson, Consul de Hollande, dans les Annales tuni-
siennes, par Rousseau, p. 191 et suiv.
134 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [17831
retour d'Alger, et est reparti le 12 sans avoir débarqué. On assure qu'il
n'est allé à Alger que pour solliciter Tappui du Dey en faveur de la
République de Venise, dans la négociation entamée avec le Bey de Tunis.
(Affaires étrangères, O^ de Tunis.)
D*ESPARR0N AU M<* DE CASTRIES.
292. — Tunis^ 28 novembre i 785, — Le Bey a annoncé qu'il sorti-
rait avec le camp. Les préparatifs sont déjà faits et le départ est fixé
aux premiers jours de janvier. Les Princes frères du Bey et ses cousins
doivent raccompagner, ainsi que les grands officiers de la Régence. Il
est probable que Sidi Mustapha restera à Tunis, pour tenir les rênes
du gouvernement. D'Ësparron croit qu'il serait convenable d'aller pen-
dant le cours de ce voyage, avec les officiers du Consulat, à Kairouan que
le Bey a choisi pour sa résidence. Il demande les ordres du Ministreàce
sujet.
(Affaires étrangères, C*^ de Tunis,)
D*ESPARR0N AU M^* DE GASTRIES.
293. — Tunis, 2 décembre 1 785, — 11 ya environ quinze ans, AiiBey
envoya Hassan-el-Kebir, avec des troupes, pour mettre fin aux troubles
survenus aux environs du Kef, forteresse bâtie dans un déûlé par lequel
la communication est ouverte entre Gonstantine et Tunis. Ce général,
n'ayant pu ramener les esprits par la douceur, attaqua, vainquit et
dépouilla les rebelles, qui, ne voyant de salut que dans la fuite, se réfu-
gièrent dans les Etats du Bey de Constantine, et se mirent sous la pro-
tection de ce Prince.
Aujourd'hui le Bey de Constantine envoie une ambassade par laquelle
il réclame les biens-fonds, meubles et immeubles, que ces Arabes
possédaient dans le Royaume de Tunis avant leur migration. Il évalue
ces biens à 40,000 sequins que ses ambassadeurs ont ordre de lui rap-
porter. Le Bey a éludé cette demande, aussi injuste que tardive, et si le
Dey d'Alger n'interpose sa médiation dans cette circonstance, comme il
en a été prié par le Bey de Tunis, on croit inévitable une rupture avee
le Bey de Constantine '.
(Affaires étrangères, (7*' de Tunis,}
DÉLIBÉRATION DE LA NATION FRANÇAISE A TUNIS.
294. — Tunis, iO décembre i785, — La nation a unanimemenl
délibéré de prendre une somme de 600 piastres, sur les fonds destinés
aux dépenses dénommées extraordinaires, pour l'employer à l'achat
de quelques armes et rafraîchissements qui seront offerts au Pacha-
1. Voy. sur ce sujet Annales tunisiennes, par Rousseau, p. 216.
[1784J AVEC LA COUR DE FRANCE 135
Bey et à ses frères et cousins, au moment de leur départ pour le Djebel-
el-Djerid. Pierre Mourié, premier député, devra se procurer pour cette
somme les objets qu*il jugera les plus propres à être agréés.
Signé : Turc, Mourié, dTsparron, Barthez, Bellier, Minuti, d'Audi-
bert-Caille, Arnaud, Venture, chancelier.
{Archives de la Résidence française. Registre des délibérations de la nation,
n^2,8i,p. S4,)
LE M» DE CASTRIES A D'eSPARRON.
295. — Versailles^ 21 décembre i783, — On lui envoie une note
détaillée sur la mort tragique d'un esclave de Tunis appelé Jean Ghiesa
et surnommé Dgiafifec depuis son apostasie. Prière de rechercher son
extrait mortuaire ou de recueillir des renseignements oraux sur ce fait.
On le remboursera des frais que ces démarches lui occasionneront.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. 497.)
D*£SPARR0N au H" DE CASTRIBS.
296. — Tunis, 30 décembre 1783, — Un corsaire tunisien, s'étant
eaiparé d'un bâtiment et de quatre matelots français, est venu mouiller
à La Goulette après avoir été séparé de sa prise par un coup de vent.
Sur la plainte adressée au Bey par le sieur d'Esparron, le reïs a été mis
aux fers, en attendant qu'on ait des renseignements exacts au sujet de
la prise et de sa cargaison.
(Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
297. — Versailles, i" février 1784, — Circulaire aux Consuls du
Levant et de Barbarie, au sujet de Tapplication de Tart. 128 du titre I"
de rOrdonnance du 3 mars 1781, relatif aux dépôts, à Marseille, d'actes
passés par des Français dans les Ëchelles.
{Affaires étiHinghres, Levant et Barbane, f. 36.)
LE M>* DE CASTRIES A D*ESPARRON.
298. — Versailles^ 1 5 février 1 7 84. — On loue la fermeté avec
laquelle il a insisté auprès du Bey sur la punition du reïs qui avait
enlevé une tartane française et emmené à Tunis quatre matelots fran-
çais qui faisaient partie de son équipage. Il exigera la restitution des
effets et le payement de dommages-intérêts.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f, 47.)
D*ESPARRON AU M^' DE CASTRIES.
299. — Tunis, 23 février 1784.— Le Bey est parti le 22 décembre,
à la tète d'un camp considérable, autant pour en imposer au Bey de
Constantine qui lui avait fait demander la somme de 40,000 sequins,
136 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [1784]
que pour lever lui-même le tribut du Djerid. Ses frères et ses cousins
Tout accompagné. La nation française, en témoignage de reconnais-
sance, a délibéré d*offrir un présent au Bey. Sidi Mustapha est resté à
Tunis, où il est chargé de l'administration du Royaume.
Le Consul de Hollande à Tunis * est chargé des affaires de TËmpire.
(Affaires étrangères^ C^* de TumsJ)
d'espahron au m** de gastries.
300. — 7 unis, 8 mars 1784. — Le rets d*un corsaire tunisien avao(
maltraité et frappé le capitaine d'un bâtiment français, Sidi Mustapha,
sur les plaintes du Vice-Consul d'Esparron, a fait arrêter le reïs et l'a
jeté en prison.
(Affaires étrangères, C de Tunis,)
mustapha-kbodja au m^ de castries.
301. — Tunis^ 8 mars 1784. — « Nous vous représentons amicale-
ment que, fidèles aux sentiments d'estime et d'amitié qui unissent les
deux Cours de France et de Tunis, nous ne sommes occupés qu'à en
resserrer les nœuds. Vos sujets, soit dans nos États, soit à la mer, jouis-
sent de la plus grande sécurité ; nous les traitons avec plus d*égards et
d*amitié que les sujets des autres Puissances chrétiennes nos amies:
c'est une vérité connue.
Votre Vice-Consul résidant auprès de nous s'est présenté en der-
nier lieu à notre audience et, nous ayant fait part de ce qui s'était
passé entre notre reYs Suleyman et un de vos capitaines dans le port de
Bône, nous avons fait comparaître aussitôt le dit Suleyman et quelques-
uns des gens de son équipage, que nous avons interrogés sur le fait
dont il était question. Voici leur réponse :
— Forcés par la tempête, nous sommes entrés à Bône; la mer était si
haute et si houleuse que nous eûmes une peine infinie pour gagner
ce mouillage. Nous y arrivâmes enfin, après avoir perdu notre cha-
loupe ; nous fîmes signal de détresse, suivant l'usage pratiqué à la
mer. Un capitaine français vint à bord, et dit qu'il nous avait pris
pour des Algériens et que c'était pour cela qu'il était venu, ce qu'il
n'aurait pas fait, s'il nous avait reconnus pour des Tunisiens. Ce pro-
pos, entendu par l'équipage du corsaire, y jeta le plus grand mécon-
tentement; ils se soulevèrent tous contre nous et nous témoigoèreot
leur indignation, au point que, pour l'apaiser et éviter des suites
encore plus fâcheuses, nous fûmes obligés de battre de la main le capi-
taine français. —
1. M. de Nyesseo.
[1784] AVEC LA COUR DE FRANCE 437
Telles sont les circoDstances véritables de ce fait. Il est bon que vous
sachiez aussi qu'il y avait un autre corsaire de notre Régence mouillé
dans la même rade de Bône, et que la lenteur affectée de votre capitaine
h le secourir a mis dans le cas de naufrager.
Malgré tous ces torts réels de votre navigateur, pour vous satisfaire
nous avons démonté le reïs Suleyman et nous Tavons vivement répri-
mandé. Nous avons également fait chercher partout le Ghaouch
embarqué sur un petit navire ancré à Bône, pour lui infliger une puni-
tion ; mais il nous a été impossible de le trouver. Cet officier avec
20 hommes de son équipage s'est enfui à Bône même, où ils sont res-
tés ; la cause de leur fuite et de la perte que notre Régence fait de ces
matelots est toujours le mauvais propos que votre capitaine s'était per-
mis de tenir.
Soyez assuré que, lorsque vos navires rencontrent en mer les cor-
saires de Tunis, vos capitaines n'observent point vis-à-vis des nôtres
les égards consacrés par l'usage et n'ont pour eux aucun procédé, ne
songeant qu'à faire à leur arrivée dans vos ports des rapports impos-
teurs.
Il en est de même, lorsque nos corsaires abordent en Corse ; on ne
cesse de vous en porter des plaintes sans fondement; et, comme ils
n'ont personne de leur nation qui puisse témoigner en leur faveur,
vous écoutez les relations de vos officiers, qui parlent sans contradic-
teurs. Mais observez que, si nos corsaires ne vont pas mouiller dans
vos ports, lorsqu'ils sont battus par la tempête, ils ne peuvent prendre
asile nulle part ailleurs; toutes les côtes de cette partie sont habitées
par nos ennemis.
Au surplus, nous ne vous avons donné ces explications amicales que
pour raffermir de plus en plus les fondements de notre amitié, et pour
assurer par des procédés réciproques les accroissements dont ce senti-
ment est susceptible.... »
(Sceau) [Affaires étrangères, C** de Tunis.)
LE M** DE CASTRIES A D*ESPABRON.
302. — Versailles^ 14 mars i7 84. — On lui envoie l'état des dépenses
occasionnées par la relâche forcée de plusieurs Tunisiens en Corse, et
on le charge d'en demander instamment le remboursement auBey.
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. 84.)
LE M» DE CASTRIES A D*ESPARRON.
303. — Versailles, 2S mars 1784. — Le capitaine Franc et son
second ont essuyé dans la rade de Bône les plus mauvais traite-
138 CORRESPONDANCE DBS BBYS ET DBS CONSULS 11784]
ments de la part d*un corsaire de Tunis. D'Esparron mettra tout en
œuvre pour obtenir le châtiment de ce corsaire.
(Affaire» étrangères^ Levant et Barbarie^ f. 103.)
D*ESPARRON AU M" DE CASTRIKS.
304. — TuriM, 10 avril 1784. — Le Bey est de retour depuis le 7 c«>u-
rantavec le camp quUl commandait. Ce Prince a parcouru pendant soq
expédition dans ses Ëlats un espace d^environ trois cents lieues, ce que
n'avait fait aucun de ses prédécesseurs. A son passage au Kef, le Bey
de Gonstantine lui a envoyé des ambassadeurs pour le complimealer el
lui faire un présent de chevaux. On ne sait pas quelle somme le Bey a
recueillie pendant son voyage, mais on la croit considérable.
M. Desfontaines, membre de TAcadémie des sciences, qui était parti
avec le camp, est aussi de retour. Il se loue beaucoup des égard5
qu'on a eus pour lui, et assure avoir une collection d'au moins deux
cents plantes rares et curieuses et quinze oiseaux, qui ne sont pas
connus.
{Affaires étrangères, C* de Tunis.)
LE M*' DE CASTRIES A D'ESPARRON.
305. — Versailles^ 30 mai 1784. — « Je suis bien éloigné deioir
les choses du même œil que Sidi Mustapha, au sujet des débarquements
furtifs des corsaires tunisiens dans les rades écartées de la Ck)rse, et de
Tacte de violence exercé en dernier lieu dans le port de Bône par un
reYs tunisien sur la personne du sieur Ducroy, capitaine en secood
de la tartane La Nayade. Le reïs et son second doivent être châtiés
sévèrement. Quant à l'apparition continuelle des corsaires tuDisiens
sur la Corse, Sa Majesté ne souffrira pas plus longtemps leur témérité.
Seuls parmi les Barbaresques ils semblent avoir choisi ce point de la
Méditerranée pour faire leur course. La santé publique peut en être
compromise... »
(Affaires étrangères, Levant et Barbarie, /*. 2S3.)
D*£SPARR0N AU M'* DE CASTRIKS.
306. — Tunis, 1^^ juin 1784, — On annonce la prochaine arrivée à
Tunis d'une forte escadre vénitienne sous les ordres du chevalier
Angelo Emo, mais on ignore si cet amiral aura pour mission d'engager
immédiatement des hostilités ou de proposer au préalable un accommo-
dement. Le gouvernement s'est mis en état de défense.
11 est peu probable que les Vénitiens troublent notre navigation ea
arrêtant les bâtiments français chargés pour le compte des Tunisiens,
sauf dans le cas où ils seraient porteurs de munitions de guerre; mais
[1784] AVEC LA COUR DE FRANCE 439
dans le doute il serait utile de prévenir un pareil cas avant le départ de
Venise du chevalier Angelo Emo *.
{Affaires étrangères^ C'** de Tunis,)
d'esparron au w* de CASTRIBS.
307. — lunis^ i"juin 1784, — Les capitaines des bâtiments mar-
chands se plaignent de Tinsuffisance du fret réglé d'après le tarif de
la Chambre de commerce de Marseille, insuffisance qui provient de
l'évaluation exagérée de la piastre. Ce tarif la porte à 3 livres io sols,
et dans les années de récolte abondante elle ne vaut pas plus de
33 sols.
{Affaires étrangères^ f?'* de Tunis.)
d'esparron au m» de castries.
308. — Tunisy 4 juin i 784. — Un bâtiment français, frété par le
gouvernement de Tunis pour porter les présents que le Bey fait
annuellement au Dey d*Alger, est parti de La Goulette le 16 mai, ayant
à bord un officier du Bey ainsi que sa suite; il a été pris par les Espa-
gnols sur les atterrages d'Alger. Le Bey prie la Cour de France
de réclamer les marchandises et effets embarqués sous notre pavillon
et surtout la mise en liberté de Tofflcier et de ses gens.
(Affaires étrangères^ C*** de Tunis,)
D*BSPARRON AU M'« DE CASTRIES.
309. — Tunis ^ 4 juin i 784. — La Hollande et les autres Puissances
du Nord étant obligées, aux termes de leurs traités respectifs, à. faire
un présent aux Beys à leur avènement, le Prince avait demandé que
celui de la Hollande se composât de munitions de guerre. Ce présent
consistant en bijoux, drap d'or, etc., le Bey a refusé de le recevoir. La
Suède et le Danemark ont envoyé les leurs *.
Le Bey s'étonne que la lettre par laquelle il notifiait au Roi son avè-
nement soit restée sans réponse '.
[Affaires étrangères ^ 6*"* de Tunis.)
DÉLIBÉRATION DE LA NATION FRANÇAISE A TUNIS.
310. — Tunis, 2i juin 1784. — La nation autorise le sieur d'Audi-
bert-Caille, premier député en exercice, à prélever la somme nécessaire
1. Voy. la note 1, p. 133.
2. Les présents suédois consistaient en 12 canons de 24 livres de balles, 50 rou-
leaux de cordage, 4 câbles, 17 pièces de toile à voile, 1,200 boulets, 51 barils de
poudre, 3 mâts, 360 vergues, 3,600 planche?, et plusieurs caisses contenant des
étoffes et des bijoux de prix. Quant aux présents danois, voy. lalettredu 1«' août 1784.
{Affaires étrangères^ C"* de Tunis.)
3. Voy. p. 125.
140 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES CONSULS TiK
à la réparation de la chapelle du Consulat, évaluée de 400 à 300 pias-
tres, sur les deniers Gxés par la Cour pour les dépenses extraordi-
naires. Si cependant quelque besoin impérieux exigeait le remboar-
sement de cette somme, la nation aurait recours à la Chambre de
commerce de Marseille.
Signé : Barthez, Minuti, d'Esparron, d^Audibert-Gaille, Turc, M ocbie,
Arnaud, Beluer, Venture, chancelier.
(Archives de la Résidence française, Rég. des Délia, de la Sation^ n. f, 33, p. 5L,
d'esparron au m^* de CASTRIES.
311. — Tunis j iO juillet 17 84. — Hamouda-Bey vient de manifester
sa haine du nom chrétien, en condamnant à mort un capitaine ra^sa»
qu'on avait trouvé aVec une femme mauresque dans une maison juive.
Ce jugement, sans exemple à Tunis, y a jeté Tépouvante et la conster-
nation. Tout a été mis en œuvre, mais inutilement, pour fléchir le Bey.
Le capitaine ragusais a été décapité, la femme mauresque liée dans
un sac, puis jetée à. la mer, et le Juif chez lequel on les a arrêtés a élé
brûlé vif '.
(Affaires étrangères^ C*** de Tuhis.)
d'ksparron au m<" de GASTBIBS.
312. — Tunis^ 15 juillet 1 784, — Au commencement du mois de
juin dernier s'est déclarée à Tunis une maladie violente qui, sans être
contagieuse ni meurtrière, présentait néanmoins tous les symptômes
de la peste '. M. Desfontaines, docteur régent de la Faculté de médecine
de Paris ', qui a voulu voir lui-même plusieurs malades, persiste à croire
à la peste, et on craint qu'à l'automne elle ne fasse d'autant plus de
ravages que depuis soixante ans ce Ûéau ne s'est pas fait sentir à Tunis.
(Affaires étrangères, C*"* de Tunis.)
LOUIS XVI A ALI, BBY DE TUNIS.
318.— Versailles, 18 juillet 1784. — « Illustre et magnifique
Seigneur,
Le sieur du Rocher, notre Consul auprès de vous, nous a remis dans
le temps la lettre que vous nous avez écrite * pour nous notifier la mort
de l'illustre et magnifique Seigneur Ali-Pacha, votre père, et pour nous
annoncer votre glorieux avènement à la Principauté de la Régence et
du Royaume de Tunis.
1. Gd fait est relaté avec détails dans l'ouvrage de Desfontaines, cité plusbauU
2. Yoy. la note i, p. 142.
3. Yoy. la note 2, p. 131.
4. Voy. p. 125.
11784] AVEC LA COUR DE FRANCE 141
Après avoir donné à la mémoire qui nous sera toujours chère de
notre grand ami et allié Ali-Pacha tous les regrets que sa fidélité aux
traités, son attachement à notre personne, sa prédilection pour nos
peuples et ses qualités personnelles nous ont inspirés, nous vous fai-
sons nos congratulations les plus sincères sur Theureuse et paisible
possession où vous êtes de vos Etats héréditaires et du Gouvernement
de la Régence de Tunis.
Nous sommes persuadé qu*à l'imitation de votre illustre père, vous
n'aurez rien plus à cœur que de maintenir l'harmonie et la bonne
intelligence qui subsistent depuis si longtemps entre nos sujets res-
pectifs.
L'assurance que vous nous en donnez vous-même et qui nous a été
souvent confirmée par le sieur du Rocher nous a été très agréable, et
nous nous empressons de vous assurer à notre tour de notre bienveil-
lance particulière, de notre considération pour vous et de nos dispo-
sitions à vous donner en toute occasion des preuves de ces sentiments.
Nous prions Dieu qu'il vous ait, illustre et magnifique Seigneur, dans
sa sainte et digne garde. »
{Sceau) {Affaires étrangères^ Levant et Barbarie, f, S92.)
D'fiSPARRON AU M^" DE CASTRIBS.
314. — Tunis, /®' août 1784, — Le Bey a accordé au Consul de
Danemark la permission d'arborer le pavillon du Roi son maître sur
sa maison consulaire. Ce privilège a été concédé à la suite de nouveaux
présents faits par la Cour de Copenhague, équivalant à peu près à
ceux faits par cette Puissance à l'avènement de ce Prince, et qui consis-
tent en 50,000 boulets de deux livres de balle, 600 barils de poudre,
bijoux et étoffes, le tout évalué à 25,000 livres.
{Affaires étrangères^ C*'* de Tunis.)
LE M^" DE CASTRIES A DU ROCOER.
315. — Versailles j 29 août 1784, — On le prie d'appuyer de tout
son pouvoir les démarches que fait M. d'Esparron auprès de Sidi Mus-
tapha pour obtenir la remise de deux négociants maltais.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. S89,)
D'ESPARRON AU M'> DE CASTRIES.
316. — Tunis, 30 août i 1 84. — Le mariage du Bey avec la fille de
Sidi Mehemed-el-Boardi a eu lieu aux fôles du dernier Beyram.
Celui de Sidi Mustapha avec la sœur puînée du Bey parait être aujour-
d'hui abandonné.
La maladie épidémique qui règne à Tunis conserve la même inten-
142 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 1784;
site. Elle fait des ravages considérables dans Tintérieur du Royaume
et principalement au Kef, où elle a déjà emporté le tiers des habitaols.
On ne sait quel nom donner à cette maladie qui, sans être contagieuse
ni mortelle, aiffecte tous les symptômes de la peste *.
{Affaires étrangères^ C*** de Tunis,)
D'ESPAIIMMI au M'* DB CASTRIES.
317. — Tunis, /•' septembre /784. — L^escadre vénitienne, com-
posée de trois vaisseaux de ligne, une frégate, deux chebecks, deui
bombardes et une galiote sous les ordres du ckevalier Emo, vient d'ar-
river en vue de La Goulette. Le Vice-Consul rendra «ompie exactemefif
de ses opérations et des incidents qui pourront survenir.
(Affaires étrangères, C^ de TwêU4
D^ESPARRON AU M" DB CASTRIES.
318. — Tunis, 20 septembre 1 784. — Le Bey avait souvent parié an
Vice-Consul des globes aérostatiques dont parlent les gazettes euro-
péennes, témoignant le désir d'en avoir un. Il ne semblait guère pos-
sible de satisfaire la curiosité de ce Prince, lorsque le basard amena
à Tunis deux capitaines qui en avaient lancé plusieurs en France. Sur
la prière du sieur d'Esparron, ils en construisirent un en papier auquel
on donna 40 pieds de circonférence sur !24 de hauteur et qui fui prêt
en douze jours. Lorsqu'il fut terminé, le Vice-Consul alla demander ao
Bey la permission de le lancer en sa présence. Ce Prince répondit quO
le verrait avec beaucoup de plaisir et fixa le spectacle au lendemain
matin. La surprise et la satisfaction du Bey furent extrêmes lorsqu'il
vit ce globe s'élever peu à peu et se perdre dans les nuages. II le suivit
longtemps des yeux, remercia le sieur d'Esparron dans les termes les
plus obligeants, après quoi il fit appeler les capitaines qui avaieDl
construit le ballon et accorda à chacun d'eux la sortie de 50 kaffîs
de blé, ce qui leur a valu âOO sequins ou environ 1,400 livres.
(Affaires étrangères, €'■' de Tunis.)
LE M^<> DE CASTRIES A D*ESPARRON.
319. — Versailles, 26 septembre H 84. — « Il a paru sur les côtes de
Tunis une flottille de trois cents bateaux napolitains et siciliens, pour y
1. Il existe un Journal historique des pestes qui ont sévi à Tunis, par M. Vicheral.
prêtre de la Mission. Ce manuscrit inédit nous a été gracieusement communique
et nous a paru fort intéressant & consulter, car il fait connaître à la fois les ravajres
de la maladie et les remèdes employés pour la combattre à cette époque. {Arehires
de la Mission de S' Lazare, à Paris.) — Ajoutons que toutes les dépêches officielle?
de la fin du xvm* siècle, de provenance barbaresque, qui nous ont passé par le>
mains sont transpercées en plusieurs endroits ou maculées par des immersions de
vinaigre.
[i784J AVBÛ Là Cmm DF FRAPTCE 143
faire la pèche du corail dont la Compagnie d'Afrique a le privilège
exclusif. Elle se croit fondée k présenter ses réclamations au Bey. Sans
spécifier ni la nation ni le nombre des bateaux qui pèchent du corail
dans les parties affermées par le traité, vous pouvez insister auprès du
Bey sur les articles par lesquels il s'est engagé formellement vis-à-vis
de la Compagnie d'Afrique. »
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f, 4/7.)
d'esparron au w* de CASTRIES.
320. — Tunis, 9 octobre 1784. — L'escadre vénitienne sous les
ordres de l'amiral Emo, qui était arrivée à La Goulette le l^"^ septembre
dernier, en est repartie le 6, sans avoir tiré un coup de canon, laissant
en station un vaisseau et un chebeck commandés par l'amiral Moro.
L'amiral Emo s'attendait sans doute à ce que le Bey, intimidé par les
forces qu'il avait avec lui, se prélat à un accommodement et fît des
avances, mais ce jeune Prince n'a pas voulu permettre au Consul de
la République * d'aller à bord de cet amiral ni même de lui écrire. Le
ch"' Emo a pris le parti d'écrire une lettre à laquelle le Bey a fait
répondre que, si on tirait un seul coup de canon sur ses forteresses, il ne
ferait jamais la paix avec Venise. Dans une seconde lettre, le Bey
annonçait qu'il était très résolu à n'accepter aucune proposition de
paix, jusqu'à ce que la République eût payé à ses sujets la cargaison
d'un bâtiment brûlé à Malte, promettant à cette condition de se désister
de toute autre demande. Cette proposition a probablement embarrassé
l'amiral Emo, qui est allé à Cagliari attendre de nouveaux ordres du
Sénat. Il est revenu sur ces côtes le i" octobre et a déjà commencé le
bombardement de Sousse. Il a fait relever le vaisseau qui était en sta-
tion à La Goulette par la frégate La Palma, commandée par le ch»'
Marco Cigogna. Notre commerce et notre navigation n'ont rien eu à
souffrir de la part de MM. Emo et Moro, mais le ch" Marco Cigogna a
donné lieu à des plaintes très graves '. Dès que les hostilités ont com-
mencé, le Bey a fait le serment public d'être toujours en guerre avec
Venise.
{Affaires étrangères, C" de Tunis.)
LE M'^ DE CASTRIES A D'ESPARRON.
321. — Versailles, 21 octobre 1 784. — Il devra contribuer de tout
1. Le sieur Gazzo, médecin du Bey.
2. Voy. la correspondance du Vice-Consnl de France avec le ch»' Marco Cigogna,
Tamiral Angelo Emo, le ch" Tomaso Condulmer et AuRuslin Gorgoglione, chance-
lier du Consulat de Venise. {Affaires étrangères, C" de Tunis.)
144 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [MU]
son pouvoir au succès du voyage de M. de la Porte, négociant à Mar-
seille, qui se rend à Tunis.
{Affaires étrangères^ Levant et Barbarie, /l 4€9.)
D*ESPARR0N AU M** DE CASTRIBS.
322. — Tunw, 3 novembre 1784. — Le Vice-Consul envoie au Minis-
tère une relation des opérations de Tescadre vénitienne sous les ordres
de Tamiral Angelo Emo devant Sousse.
« Le 2 octobre, Tescadre vénitienne, composée de trois vaisseanx de
ligne, de deux bombardes, d*une frégate et d'un chebeck, vint s'em-
bosser à portée de canon.
Le 5, au lever du soleil, lesbombarbes envoyèrent quatre projectiles
qui tombèrent à demi-portée de la ville, et en même temps les vais-
seaux ouvrirent le feu, auquel la forteresse répondit avec avantage.
Cette première attaque a duré une heure et demie sans résultat de part
et d'autre.
Le 6, le feu fut plus vif des deux côtés et la retraite précipitée de Tes-
cadre donna lieu de croire que le canon de la forteresse lui avait caasé
quelque avarie grave.
Depuis, les vaisseaux n'ont plus tiré, et pendant les deux nuits sui-
vantes les galiotes ont lancé deux cent cinquante bombes qui nont
détruit qu'une maison et en ont endommagé deux autres.
Le 12, l'escadre a appareillé, sans que l'on ait deviné pour quelle
destination. »
{Affaires étrangkresy C* de Tunis.)
D*ESPARRON AU M^* DE CASTRIES.
323. — Tunis^ 6 décembre i 784. — L'amiral Emo, en partant de La
Goulette le 16 novembre dernier, avait laissé en station deux cbebecks
qui à leur tour ont appareillé le â courant. On présume qu'ils sont
retournés à Venise, la saison étant trop avancée pour permettre une
nouvelle expédition sur les côtes.
La peste continue avec plus de fureur ses ravages à Tunis, où la cons-
ternation est générale. Une double barrière a été établie aux portes do
Fondouk, de manière k interdire toute communication avec le dehors, et
l'on n'y reçoit rien sans prendre les précautions nécessaires. Dans une
Échelle aussi importante que celle de Tunis, l'érection d'un hôpital serait
absolument indispensable pour donner les secours nécessaires aux
matelots qui tombent malades K
(Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
i. Voy. État des dépenses faites par le Vice-Consul à Voccasion de la peste, ci-
1,025 piastres, soit à 33 sols Tune 1,691 livres. {Affaires étrangères^ O^ de Tunis.)
[1783] AVEC LA COUR DE FRANCE 146
324. — Versailles^ 9 janvier i785. — Circulaire aux Consuls du
Levant et de Barbarie, pour leur notifier l'Ordonnance du Roi accor-
dant une nouvelle amnistie générale aux déserteurs.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. il.)
325. — Versailles, 23 janvier i 785. — Circulaire à tous les Consuls
pour leur demander d'adresser à M. le comte d'Angeviller ^ les graines
que produit le sol qu'ils habitent.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f, Sf,)
D*ESPARR0N AU M^' DE CASTRIBS.
326. — Tunis, 5 mars 1785» — Le Vice-Consul a mis sous les yeux
du Bey et de Sidi Mustapha les représentations des directeurs de la
Compagnie d'Afrique sur le tort que leur font les bateaux napolitains
et siciliens qui viennent annuellement faire la pèche du corail autour
de nie de la Galite.
Ce Prince et son Ministre trouvent, en effet, qu'il serait juste d'écarter
ces bateaux, mais ils n'ont aucun moyen de le faire. Sidi Mustapha a
fait observer que, puisque la Compagnie a acheté le privilège exclusif
de la pèche du corail dans toutes les mers de Tunis ', cette notification,
faite directement à Naples, suffirait peut-être pour faire cesser le préju-
dice dont elle se plaint.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
d'espabron au m** de CASTRIES.
327. — Tunis, 8 mars 1785. — Le Vice-Consul a reçu de Sidi Mus-
tapha un billet de sa main, non signé, par lequel ce Ministre le prie de
lui faire venir de France 2,500 boulets de vingt-quatre livres, 2,500 bou-
lets de dix-huit, 500 bombes de vingt-quatre et 500 de dix-huit, désirant
que ces objets fussent apportés peu à peu à Portefarine ou à Tunis par
les bâtiments destinés à l'exportation et qui le plus souvent partent sur
lest de Marseille. La nécessité où se trouve le Bey de se prémunir
contre les attaques des Vénitiens fait attribuer & cette demande la plus
grande importance. L'attachement de ce Prince et de Sidi Mustapha à
la personne du Roi et la protection constante qu'ils accordent aux sujets
de Sa Majesté semblent mériter que le Ministre veuille bien leur
accorder les secours qu'ils sollicitent.
Le Fondouk est toujours fermé, et la peste continue ses ravages.
{Affaires étrangères, C" de Tunis,)
1. Charles-Claude La Billarderie comte d'Angeviller, membre de TAcadémie .des
Sciences, directeur des bâtiments, jardina, arts, académies et manufactures du roi,
maréchal de camp, émigré en Russie, puis en Allemagne où il mourut dans un couvent.
2. Yoy. le traité de la Compagnie d'Afrique, p. 127.
10
146 CORRESPONDANCE DES BBVS ET DES CONSULS [1783]
LE M*" DE GASTRIBS A D*BSPARRON.
328. — Versailletf 20 mars 1785. — On lui recommande le baron
d^Einsiedeln, gentilhomme allemand, qui va parcourir différentes con-
trées du nord de TAfrique et en particulier la Tunisie.
{Affaire* étrangères. Levant et Barbarie^ f. 84.)
LE M** DE GASTRIBS A d'BSPARRON.
329. — Versailles^ 1 7 avril i 785. — « L'intention du Roi est d'éviter
toujours avec soin, à Texemple de ses prédécesseurs, d*i miter les nations
qui font aux Régences de barbarie des fournitures en munitions de
guerre. La France a entretenu constamment d'une autre manière
Tamitié et la paix avec les Princes d'Afrique, et elle ne se départira
point de la conduite qu'elle a tenue jusqu'à présent. Ainsi, Monsieur,
bien loin de faire des munitions demandées par Sidi Mustapha Tocca-
sion d'un présent au Bey de Tunis, nous ne nous mêlerons, ni di^ecl^
ment, ni indirectement, de cette commission. Mais on peut en charger
un négociant de confiance à Marseille... Ce sera à vous à indiquer au
Ministre du Bey les arrangements nécessaires pour le payement de ces
munitions. S'il témoignait quelque surprise sur la manière dont cett^
instance a été accueillie, vous lui diriez que la Régence d'A.lger nous en
a fait une semblable il y a quelque temps, que nous nous y sommes
refusés et qu'elle n'y a point insisté. Vous pouvez ajouter aussi que le
Roi vit en bonne intelligence avec Venise, et que Sa Majesté répugne-
rait dans cette situation à des mesures qui tendraient ouvertement à
favoriser les vues hostiles des ennemis de la République... »
(A /faire* étrangères^ Levant et Barbarie, f» fi3.)
d'bsparron au m'« de castries.
330. — Tunis, 19 avril 1785, — Les Vénitiens sont arrivés le 14 cou-
rant; ils n'ont encore commis aucun acte d'hostilité et paraissent n avoir
d'autre envie que de faire la paix, si de son côté le Bey veut s'y prêter:
mais ce Prince se refuse obstinément k tous les moyens qui pourraient
conduire à un accommodement, malgré les représentations de Sidi Mus-
tapha qui craint les suites de cette guerre.
Le pays est plongé dans la consternation, car la peste y fait des ravages
effrayants; jamais la mortalité n'avait été aussi considérable. La conta-
gion a atteint le Bardo, où elle fait d'assez nombreuses victimes parmi
les esclaves et plusieurs équipages français.
{Affaires étrangères^ C"* de Tunis,)
[i785] AVEC LA COUR DE FRANCE 147
d'esparron au m** de gastries.
331. — runi$, 2 mai 1785, — La peste fait de tels progrès qu'il
n^est plus possible de donner aux malades les secours nécessaires. En
présence de cette situation, le Yice-Consul insiste sur le besoin d'un
hôpital national où les sujets du Roi puissent trouver un asile assuré ^
11 estime à 12 ou 1,500 livres par an les frais d'entretien de cet établisse-
ment.
(Affaires étrangère*^ C*** de Tunia,)
d'bsparron au m^* de castribs.
332. — Ttinw, 4 6 mai 4 785. — Ne pouvant se rendre au Bardo à
cause de la peste, le Vice-Consul a écrit à Sidi Mustapha-Khodja pour lui
faire part des motifs qui ont obligé la Cour à décliner la demande de
munitions de guerre.
(Affaires étrangères, C* de Tunis.)
d'esparron a mustapha-khodja.
333. — Tunisj 4 6 mai 47 85. — « A notre très cher et très honoré
Sidi Mustapha-Khodja que Dieu conserve!
Après vous avoir offert les vœux que je ne cesse de faire pour votre
conservation et votre prospérité, j'ai Thonneur de vous informer qu'il
m'a été répondu, au sujet des munitions de guerre que j'avais demandées
de votre part, que les constitutions du royaume s'opposaient à une
pareille expédition, et qu'en conséquence de Tordre de tout temps établi
sur cet objet, on n'avait pu se prêter à la demande qui avait été faite
dernièrement par le Dey d'Alger d'une chose de même nature. Cependant,
par égard pour vous et en votre faveur, il m'a été permis de m'adresser
à un négociant qui exécutera votre commission avec toute la prudence
qu'elle exige. D'après cela, ayant calculé le poids de la quantité de
1. La nation francai«e à Tunis se composait alors de 40 personnes : MM. d'Es*
parron, Vice-Consul, en l'absence du Consul général du Rocher; Venture, chance-
lier, sa femme et ses deux Allés; Dominique Arnaud, régisseur de la maison
Ghapelié; Louis d*Audibert-Caille, premier député de la nation en exercice,
régisseur de la maison Villet; Dominique Turc, régisseur de la maison Bouillet, et
son épouse; Pierre Mourié, régisseur de la maison JaufTret, et son épouse; Jean-
Louis Minuti, négociant pour son compte; César Bettier, régisseur de la maison
JLieutier, Billon et Jacob, député en exercice ; Joseph Barthez, régisseur de la maison
Chapelle neveu; les commis Jérôme Noble, Antoine Mourié, Jean-Baptiste Artès,
Etienne Fuzier, Alexandre Cardinet; Bruno Jourdan, médecin du Bey, et sa femme;
Gabriel Salva, chirurgien de la nation, sa femme, sa belle-sœur et sa fille;
M** V'* Joseph Lions; les artisans Jules-Julien d'ArchambauIt, perruquier; Balthazar
Bymon, aubergiste; Pierre Eymon, son neveu; Jean-Antoine Simon, boulanger;
Claire Mégy, femme de chambre de M"* Venture; Jean-Baptiste Raphaël, domestique
du Vice-Consul; Jean Sicard, Joseph Garet, Claude Primat, Jean Matéron, Claude
Garance, domestiques; Jacques Balmelte, Mathieu Girard et François Pava, garçons
boulangers (Affaires étrangères^ C** de Tunis).
148 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [ITfô
bombes et de boulets mentionnés dans votre note, j*ai trouvé qaii
s'élève à peine à onze cents quintaux de fer, ce qui ne fait guère qu*-
le lest d*un navire, auquel on sera cependant tenu de payer le même
taux que s*il portait un entier chargement, et j'ai rhonneur de vous
en prévenir pour que vous examiniez si vous n'auriez pas besoin
de quelques autres objets relatifs à votre arsenal. Ce sera à moi à
aviser aux moyens de vous les* faire parvenir, s'il plaît à Dieu, sans
fâcheux inconvénient; ensuite de quoi toute la grâce que j^aurai à
vous demander, c*est qu'après l'arrivée du navire qui portera ce>
objets vous ayez la complaisance d'en payer les frais et la valeur, soit
en argent soit en huile, comme pourra le désirer celui qui sera chargé
de cette commission. Veuillez bien aussi m'expliquer si, dans la Do(e
que vous m'avez remise précédemment, vous entendez parler de rot^s
ou de livres, afin qu'on ne fasse pas d'erreur sur le poids des bombes
et des boulets, et soyez bien persuadé que personne n'a plus à cœur de
faire des choses qui vous soient agréables que celui dont le dévoue-
ment vous est si connu. »
{Affaire* étrangèreSy C^ de Tkhû.)
MUSTAPHA-KHODJA A VENTURK <.
334. — 7t<nû, 4 8 mai 1 785. — « A notre ami Yenture, chancelier
du Consulat de France, Salut. Après vous avoir demandé des nouvelles
de l'état de votre santé, j'ai à vous faire savoir que j'ai reçu la lettre
que vous m'avez écrite relativement aux munitions de guerre que je
vous avais recommandées; je vois que vous en avez fait la demande
à votre Cour, qui a répondu que les constitutions du royaume s'oppo-
saient â un tel envoi de sa part. Je vous dirai, notre ami, que je ne
suis nullement surpris du refus qu'elle a fait de nous envoyer des
munitions de guerre; car jusqu'à présent quel est l'objet pour lequel
nous nous soyons adressés à elle qui nous ait été accordé? Depuis
quatre ans que le Bey de Tunis, mon très honoré patron, est sur le
trône, on n'a jamais pensé à lui envoyer en signe d'amitié un seul
petit bouquet. Dieu conserve nos amis! ils sauront nous procurer tout
ce dont nous pourrions avoir besoin en fait de munitions de guerre et
autres choses. Ainsi oublions qu'il ait jamais été question entre oous
d'un pareil objet; nous n'en avons plus besoin. Nous avons encore,
grâce à Dieu, trouvé dans nos magasins ce qui pourra nous suffire et
ne pas nous mettre dans le cas de regretter un tel secours. En un
i. Voy. la note 1, p. 109.
[1785] AVEC LA COUR DE FRANCE 149
mot, ne parlons plus de munitions de guerre. Dieu nous les procurera
d^un autre côté. »
{Affairée étrangéresy C*'* de Tunis,)
LE M*" DE CASTRIES A D'ESPARRON.
336. — Versailles^ 22 mai 1785, -—On le remercie de son exactitude
à instruire le Ministre de Tapparition dans la rade de Tunis de Tescadre
vénitienne, des motifs de son inaction et de la répugnance personnelle
du Bey à entrer avec elle en négociation. Il ne négligera aucune des
mesures sanitaires capables d'atténuer les effets de la peste de Tunis.
(Affaires étrangères , Levant et Barbarie^ f, 189,)
LE H** DE CASTRIES A D*fiSPARRON.
336. — Versailles f 5 juin 1 785, — On Tautorise à faire les dépenses
nécessaires pour soulager les navigateurs français atteints de la peste.
Les circonstances ne permettent pas d'établir présentement à Tunis
rhôpital qu'il sollicite.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f, 20f,)
D'BSPARRON au M^» de CASTRIES.
337. — Tunis^ 15 juin 1785. — Pendant son séjour à La Goulette,
l^amiral Emo n'a rien négligé pour entrer en négociation avec le Bey,
mais ce Prince a rejeté toutes ses ouvertures. Il lui a cependant fait
dire que si la République consentait à payer le chargement brûlé
à Malte, celui qui s'est perdu à La Goulette et une somme de 20 à
30,000 sequins à titre de présent, il se prêterait volontiers à un accom-
modement. L'amiral Emo a répondu à cette demande en disant qu'il ne
pouvait prendre sur lui un tel arrangement, mais que si le Bey voulait
faire une trêve d'un an, il retournerait à Venise, et donnait sa parole
d'honneur d'engager le Sénat à lui faire un présent qui le dédomma-
gerait de ses pertes et dont il aurait lieu d'être satisfait. Cette dernière
proposition a été rejetée avec mépris. Les négociations ont alors été
rompues et l'amiral Emo est reparti, laissant un chebeck et un petit
armement pour garder la rade.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
O'ESPARRON au m*' de CASTRIES.
338. — Tunis j 11 août 17 85. — Le Bey, ayant appris qu'il y avait
h bord d'un bâtiment en rade de La Goulette un canonnier au service du
Roi, a demandé au Vice-Consul de permettre que ce canonnier restât à
Tunis pendant quelques mois. Il y mit une telle insistance que le Vice-
Consul a cru devoir autoriser le débarquement, k la condition expresse
150 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [iTBô
que ce canonnier ne serait employé dans aucune guerre, soit contre la
République de Venise, soit contre toute autre Puissance européenne.
{Affaires étrangères, €^ de Ttaùs.)
D*ESPARROII AU M** DB CASTRIBS.
339. — TtmxSj 15 août i 785. — L'escadre vénitienne, composée de
onze bâtiments sous les ordres de Tamiral Emo, a mouillé devant Soosse
le 20 du mois dernier. Après avoir bombardé la ville pendant plusieurs
jours avec plus de succès que Tannée précédente, cet officier a appa-
reillé; on suppose qu'il est allé à Cagliari ou à Malte pour y radouber
sesgaliotes et faire de Teau.
Les relations venues de Soussese contredisent, maison assure cepen-
dant que cent quinze maisons environ sont détruites et la majeure partie
des remparts ainsi que quelques fortins démantelés. Cette expédition
n'a produit aucun effet sur Tesprit du Bey, qui parait moins disposé tpe
jamais à un accommodement.
{Affaires étrangères, C*^ de Tunis,)
D'ESPARRON au m*" DB CASTRIBS.
340. — Tunis f 40 septembre 4 7 85. — Les dommages causés à
Sousse par le bombardement sont aujourd'hui connus. Une vingtaine
de maisons détruites, un pareil nombre endommagées, un enfant mort
d'un éclat de bombe, tels sont à très peu près les résultats de cette
expédition.
En quittant Sousse, Tamiral Emo s'est rendu à Sfax où il a mouillé
le iâ août. La situation de cette ville ne lui ayant sans doute pas
permis de l'assiéger, il a levé l'ancre le 18, après avoir inutilement tiré
cent cinquante bombes qui n'ont eu d'autre effet que d'effrayer les
habitants. On ne sait quelle route a prise cet officier.
Le chef d'escadre Querini est arrivé à La Goulette le 1<^ courant,
ayant sous ses ordres une flottille composée de deux vaisseaux de
ligne, une frégate et deux bâtiments de transport. La longue station
qu'il a faite à Malte et le peu d'empressement qu'il met à rejoindre son
général accréditent le bruit, qui s'est répandu ici, de la mésintelli-
gence existant entre l'amiral Emo et lui.
Le chevalier Querini est parti quelques jours après son arrivée, sans
avoir communiqué avec la terre.
{Affaires étrangères^ C**' de Tvnis.)
D'BSPARRON au M'* DE CASTRIBS.
341. — Tunis, 20 septembre y 7^5. — Le Bey de Tunis, pour donner
une marque de bienveillance et d'affection au Consul de France résidant
[i7851 AVEC LA COUR DE FRANCE 151
près de lui, concéda à cet officier la jouissance d'une de ses maisons de
plaisance située près du cap Carthage. Cette faveur a été accordée à
M. de Saizieu il y a à peu près dix-sept ans; ses successeurs en ont
toujours joui depuis, sans que depuis douze ans on ait fait faire la
moindre réparation à cette maison de campagne qui, en conséquence,
se trouve fort délabrée. Le Bey a témoigné à plusieurs reprises sa sur-
prise et son déplaisir de voir les Consuls laisser se détériorer un
immeuble dont ils avaient la jouissance gratuite. Sollicité de nouveau
au suyet des réparations, le sieur d'Esparron demande les ordres du
Ministre à ce sujet, en lui faisant observer que la jouissance de cette
maison de campagne est pour le Consul une marque de distinction qui
ajoute à la considération dont il est entouré. Ces réparations peuvent
être évaluées à la somme de â,000 livres.
(Affaires étrangères, C'*' de Tunis.)
LE M'* DE CASTRIBS A D*ESPARR0N.
342. — Versailles, 25 septembre 1785. — On approuve qu'il ail
consenti, sur la demande du Bey et de son premier Ministre, au débar-
quement d'un canonnier français en vue de former des élèves en
Tunisie. On le remercie des détails qu'il a récemment donnés sur le
bombardement de Sousse par les Vénitiens.
{Affaires étrangèt*est Levant et Barbarie, f, S67,)
D'ESPARRON au M'* DE GASTRIES.
343. — TuniSy 21 octobre 1785. — « L'escadre vénitienne composée
de cinq vaisseaux de ligne, une frégate, deux chebecks, deux galiotes
à bombes et une demi-galère, sous les ordres de l'amiral Emo, a mouillé
à La Goulettele2i septembre. Le 25, ce commandant fit notifier au Bey
son arrivée, lui témoignant son désir de cesser les hostilités et de pré-
venir les calamités de la guerre, si ce Prince voulait accepter les pro-
positions qui lui avaient été faites au mois d'avril dernier, mais que
sans cela il ne pourrait se dispenser d'accomplir son devoir en usant
des forces que la République lui avait confiées pour détruire les forti-
fications de La Goulette et s'emparer de cette ville. Le Bey répondit
qu'il ne pourrait accepter les propositions faites au mois d'avril qu'en
stipulant formellement la valeur du présent que la République se pro-
posait de lui faire.
Le 3 octobre, deux galiotes à bombes commencèrent le feu à neuf
heures du soir; les forts et batteries avancées ripostèrent avec vivacité,
mais huit radeaux portant chacun une pièce de canon et un mortier,
s'étant approchés à la faveur de l'obscurité jusque sous les batteries.
152 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1785]
firent une décharge générale qui causa une telle panique que les
défenseurs du château prirent la fuite, et que les Vénitiens auraient pu
s'en emparer sans résistance, ce qui aurait obligé le Bey à demander
la paix. Le 5, Tamiral Emo fit une seconde attaque qui, comme la pre-
mière, dura trois heures et se termina sans aucun dommage de part
ni d autre. Le 10, les deux galîotes à bombes approchèrent davantage
de la terre et lancèrent environ quatre-vingts bombes. Le feu de
cette journée fut plus vif et dura dix heures. Les Maures eurent neuf
personnes tuées par une bombe, vingt-cinq par deux pièces de canon
qui éclatèrent dans les batteries avancées et environ quarante-cinq
blessés. Le 15, le chef d^escadre Querini se dirigea vers Test, suivi des
deux chebecks. L'amiral Emo cherche moins k faire du mal aux Tuni-
siens qu'à les fatiguer en les harcelant, car les forces dont il dispose
sont plus que suffisantes pour détruire les fortifications de La Gouiette.
mais il n'ignore pas qu'en prenant ce parti il aigrirait encore plus 1^
Bey et rendrait peut-être la paix impossible.
Le Bey, persuadé que La Goulette est imprenable, refuse de se prêter
à un accommodement. Le 19, l'amiral Emo s'est décidé à écrire au Be\
pour lui demander la paix et la permission de descendre à terre pour
traiter. Le Bey s'est empressé de répondre qu'il traiterait volontiers
de la paix avec ce commandant, mais qu'il exigeait au préalable que
l'escadre sortit du port, que vingt jours après son départ l'amiral Emo
vint avec un vaisseau et une frégate seulement, sgoutant qu'alors il
pourrait descendre à terre, où ils termineraient leurs différends.
L'amiral Emo a consenti à ces conditions; il est parti le 20 courant '. »
{Affaires éltxingêreSf C*** de TunU.)
LE M>' DB CASTRIES A D*ËSPARRON.
344. — Versailles^ 31 octobre 1785, — Les dépenses qu'entraînera
la réparation de la maison de campagne cédée par le Bey aux Consuls
de France paraissent devoir être supportées par les Consuls qui l'ont
habitée. On lui propose d'écrire en conséquence à MM. de Saizieu et
du Rocher.
{Affaires étrangères^ Levant et Barbarie, /• 4$0.)
LB M*" DE CASTRIES A D'ESPARRON.
346. — Fontainebleau^ Si octobre 1785. — On remboursera au
Vice-Consul les frais occasionnés par la peste et toutes ses avances en
général. On l'autorise, sur les instances du Ministre du Bey, à faire
1. Voy. la correspondance du Vice-Consul de France avec Tarn irai Angelo Eido,
commandanl l'escadre vénilienne à La Gouletle, octobre 1785 (Affaires étrangères,
C'^ de Tunis),
[1786] AVEC LA COUR DE FRANCE 183
faire un devis des réparations de la maison de campagne dont jouit ]e
Consul à la Marsa.
(Affaires étrangères^ Levant et Barbarie^ f. 4B$.)
LB M><* DE GASTRIES A DU BOGHER.
346. — Versailles^ 16 novembre i785. — Personne ne connaissant
mieux que lui les goûts du Bey et de ses Ministres, on le charge de
dresser un état des présents qu'il croit leur devoir être le plus
agréables, d'en fixer la valeur et d'en diriger l'exécution. Les délais de
la France à suivre l'exemple des autres nations lors de Tavènement
de Hamouda ont déjà eu, d'après le sieur d'Esparron, une influence
défavorable sur les affaires de la nation à Tunis, et il y a lieu d'y remédier
sans plus de retards.
[Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f, 450.)
DU ROCHER AU M^" DE GASTRIES.
347. — Paris, i 3 Janvier 1 786. — Il propose, pour le présent que
le Roi veut faire à Sidi Hamouda-Paçha, à l'occasion de son avènement,
une tabatière d'or enrichie de diamants avec une montre à répétition
ou sans répétition, qui serait couverte au milieu par un médaillon
portant le chiffre de Sidi Hamouda-Pacha. D'après des informations
exactes, le prix de ce bijou serait d'environ 7,000 à 7,500 livres. La
faveur dont Sidi Mustapha-Khodja, premier Ministre du Bey de Tunis,
jouit auprès de son maître et le besoin continuel qu'on a de ses bons
services font penser qu'il conviendrait de lui faire également présent
soit d'une montre, soit d'une chaîne, soit de tout autre objet du prix
d'environ 2,000 livres.
{Affaires étrangères, C*"* de Tunis,)
LB M*« DE GASTRIES A DU ROCHER.
348. — Versailles, i 5 janvier 1 786. — « Ma confiance en vous me
détermine à allouer 7,000 livres, sur votre proposition, pour le présent au
Bey de Tunis, et 2,000 livres pour celui destiné à Sidi Mustapha-Khodja,
son premier Ministre, dont il nous est si essentiel de conserver les dis-
positions favorables. Vous voudrez donc bien faire travailler aux
bijoux que vous me proposez, en presser et en diriger l'exécution. »
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. S€.)
LB m'"* de GASTRIES A D'ESPARRON.
349. — Versailles, 12 février 1786. — On l'autorise à tirer une
traite sur la Chambre de commerce de Marseille, pour le rembourse-
ment des dépenses qu'exigent les réparations de la maison de campagne
154 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1786
dont le Bey cède la jouissance aux Consuls de France à Tunis depuis
dix-sept ans. Ces dépenses montent & 2,237 livres 10 sols.
(Affaires étrangères , Levant et Barbarie^ f. 74,)
d'esparron au m^ db castries.
350. — Tunis, /««• avril 1786, — Le chevalier Emo, peu satisfait,
sans doute, de Tultimatum du Bey, qu'il a dû recevoir à Malte, a
quitté cette Ile, se dirigeant sur Sfax où il a mouillé le 12 mars aiec
une escadre de 12 bâtiments, et a repris les hostilités le 18 par le bom-
bardement de cette ville qui, paralt-il, est en partie détruite. Le Vic^-
Consul rendra un compte exact des opérations ultérieures de Tamiral
Emo, qui menacent de compromettre le commerce de la nation, carie
Bey a annoncé que, lorsque Tescadre vénitienne paraîtrait à La Gou-
lette, toute communication de la rade avec Tunis serait interrompue.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
LE M" DE CASTRIES A D*BSPARR0N.
361. — Venaillci^ 9 avril 1 786. — On a reçu sa relation des derniers
efforts de Tamiral vénitien Emo pour réduire le Bey de Tunis à des
conditions de paix honorables pour Venise. La Cour est fort satisfaite
des bons procédés de cet amiral envers les Français pendant tout le
cours des hostilités. On se réserve de procurer au Vice-Consul laTao-
cement qu^il a si justement mérité par sa bonne conduite et son zèle, pen-
dant le pénible intérim qu*il a rempli en Tabsence du Consul de Tunis.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f, 4ê1,)
LE M^* DE CASTRIES A D^ESPARRON.
362. — Versailles, 23 avril / 7^6. —M. du Rocher, chargé parle
Roi de choisir les présents que Sa Majesté destine au Bey, à Toccasioa
de son avènement à la principauté de Tunis, a fait exécuter à Paris une
botte en or enrichie de diamants portant le nom de Hamouda-Pacba en
caractères arabes, sur un médaillon qui s*ouvre et contient une montre.
Le Vice-Consul le recevra incessamment pour l'offrir au Bey au nom
du Roi. Il recevra également une montre d'or pour Mustapha-Kliodja,
témoignage de la satisfaction de Sa Majesté pour les bons offices que
ce Ministre du Bey ne cesse d'accorder aux Français et dont elle lai
demande la continuation.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. f 71.)
LE M*" DE CASTRIES A D'ESPARRON.
368. — Versailles, 30 avril 1786,— Il voudra bien continuera
instruire le Ministre des mouvements de Tescadre vénitienne qui ^
[1786] AVEC LA COUR DE FRANCE 185
pecommencé les hostilités en bombardant la ville de Sfax. On fera
Y>eut-étre paraître dans les mers de Tunis une des frégates du Roi
destinées aux croisières du Levant.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f, i89.)
D*ESPARRON AU M" DE CASTRIES.
3S4. — Tunis j 3 mai i786, — L*escadre vénitienne est restée inac-
tive devant Sfax du 18 mars au 26 avril, et dans la nuit du 26 au
^7 le commandant a de nouveau fait canonner et bombarder cette
ville; on n'a pas encore de détails sur le résultat de cette nouvelle
a.ttaque. Les craintes que manifestait le Vice-Consul au sujet des
entraves que les hostilités apporteraient au commerce de la nation
commencent à se réaliser. Le Bey a donné des ordres rigoureux pour
interdire toute communication avec la mer, sur les points attaqués par
les Vénitiens, et plusieurs des bâtiments français qui se sont rendus à
Sfax n'ont pu, par ce fait, y faire leur chargement. Défense a été faite
au Vice-Consul de correspondre avec les Vénitiens.
(Affaires étrangères, (?■* de Tunis.)
D'ESPARRON au M<" de CASTRIES.
366. — Twnw, 9 mai 1 786. — Deux bâtiments de guerre hollandais
faisant partie de Tescadre sous les ordres de M. Boot, qui se trouve à
Toulon, le vaisseau Le Batavia, commandé par M. Spingler, et la fré-
gate V Aigle y dont le commandant est M. Machot, sont arrivés à La Gou-
lette le 14 avril *.
M. Spingler a été reçu en audience publique par le Bey, qui lui
a marqué une distinction et une affabilité extraordinaires. Ce Prince,
croyant qu'une pareille réception pourrait déterminer les Hollandais,
en raison de leurs différends avec les Vénitiens, à faire cause commune
avec lui contre cette République, en a fait publiquement la proposition
au commandant hollandais. M. Spingler, devant cette invitation inat-
tendue, a répondu qu'il ne pouvait s'écarter des ordres qu'il avait
reçus et qu'il ne lui était pas possible de hasarder une pareille
démarche. Ces bâtiments sont repartis le 18, sans qu'on ait eu con-
naissance de l'objet de la mission de M. Spingler.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
LE M^* DE CASTRIES A D'ESPARRON.
356. — Versailles, 28 mai il 86. — Au sujet des embarras que
quelques capitaines français ont éprouvés, par suite des hostilités entre
1. Ces bâtiments apportaient de nouTelles munitions de guerre, qui furent pré-
sentées au Bey par le sieur Hameken, Consul de Hollande.
156 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [\'M\
Tunis et la République de Veaise, en particulier sur la détention d'un
bâtiment français arrêté par le chevalier Emo. Liorsque les hostilités
cesseront, il devra faire au Bey les réclamations nécessaires. C'est im
crise momentanée pour le commerce et la navigation des Français à
Tunis, qui nécessite de sa part beaucoup de circonspection et de ména-
gements.
{Affaires étrangères ^ Levant et Barbarie j f, i38 p.)
LE M*' DE CASTRIES A D'SSPARRON.
357. — Versailles^ 2S mai i 786. — La Compagnie d'Afrique se pro-
pose d'envoyer à Tunis le chef du comptoir de Tabarque * pour trancher
les difficultés que Sidi Mustapha a soulevées, à propos du rétabliss^
ment du Cap«Nègre. On recommande au Vice-Consul de prendre note da
rapport de cet employé et de discuter ensuite directement la qaestioQ
avec Sidi Mustapha, afîn de rendre le traité conclu avec le Bey aussi
favorable que possible aux intérêts de la Compagnie *.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie^ f. iS7.)
D'ESPARRON au m*" de CASTRIES.
358. — Tunis, 1 3juin1786. — Le mariage de Sidi Mustapha-Khodja
avec la sœur du Bey est enfin conclu. Le contrat a été signé et la céré-
monie aura lieu à la fin de juillet. Cette alliance ne peut qu'affermir le
crédit de ce Ministre, dont Tinfluence sur les affaires de la nalioD
française a toi^jours été profitable.
(Affaires étrangères, C** de Tunis.)
ADANSON ' AU M*' DE CASTRIES.
369. — runis, 30 juin H 86. — Il est arrivé à son poste leiidu
mois dernier, et il demande au Ministre une allocation spéciale poar
Tindemniser de ses frais de voyage d'Alexandrie à Tunis, s'élevanl à
2,700 livres.
{Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
LE M» DE CASTRIES A D'SSPARRON.
3eo. — Versailles, 30 juillet 1786. -- On Tautorise à offrir àSidi
Mustapha la cassolette d*or qui lui était destinée depuis longtemps.
1. Le sieur Peyron.
2. Voy. p. 127.
3. Jean-Baplisle Adanson, né à Seyde en 1765, jeune de langue en 1775. iot«^
prèle À Alexandrie en- 1776, en mission au Caire en 1780, drogman-chancelier à
Tunis en 1786, en remplacement de Venture, envoyé à Paris pour y remplir les
fonctions d'interprète du Roi, mort & Tunis en Tan XII. — Son fils Cfaarles-Loais
Adanson était drogman à Saint-Jean d'Acre en 1788, & Jaiïa en 1790, chancelier à
Constantinople en 1795, premier secrétaire au même poste en 1821, mis en dispo-
nibilité en 1823. Il était le neveu de Michel Adanson, membre de rAcadémie des
Sciences.
[1786] AVEC LA COUR DE FRANCE 157
On lui recommande d'appuyer les réclamations du sieur Guillaumier,
créancier de la famille de Hassan-Bey, et d*y intéresser Sidi Mustapha.
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. Si 8.)
D*BSPARRON AU M'* DE GASTRIES.
361. — Tunis^ 30 juillet 1786, — Le Vice-Consul a reçu la boîte
d'or enrichie de diamants portant sur un médaillon le nom de Hamouda,
Pacha-Bey de Tunis, et la montre composant le présent du Roi au Bey
à l'occasion de son avènement. Il a fait part à Sidi Mustapha-Khodja de
renvoi de ces bijoux ainsi que de leur destination, et le lendemain il s'est
rendu au Bardo pour les remettre au Prince, lorsqu'ayant vu Sidi Mus-
tapha, pour savoir s'il avait fait part à son maître du motif de sa visite,
ce Ministre, avec beaucoup d'embarras, lui a fait connaître Tintention du
Bey de refuser ce cadeau. Après cette explication et pour éviter un
refus public, le Vice-Consul s'est dispensé d'offrir le présent et a cru
devoir attendre de nouveaux ordres.
(Affaires étrangères, (?■* de Tunis.)
D'ESPARRON au m*' de GASTRIES.
362. — Tunis^ /*' août 1786. — L'escadre vénitienne, qui avait quitté
Sfax, a reparu le 24 juillet devant Bizerte où elle a mouillé. Le com-
mandant a recommencé les hostilités et on assure que cette ville, plus
exposée que Sfax, est presque totalement détruite. Ce dernier bombar-
dement n'a pas fait, sur le Bey, plus d'impression que les précédents,
et ce Prince ne paraît pas plus disposé à faire la paix. Seul un coup de
main sur La Goule tte pourrait changer la situation, mais il est douteux
que les Vénitiens le tentent *.
(Affaires étrangères^ C*'* de Tunis.)
D'BSPARRON au h** de GASTRIES.
363. — TuniSf 3 août 1786. — Un bâtiment danois est arrivé à La
Goulette, apportant au Bey les présents en munitions de guerre que
lui a envoyés le Roi de Danemark. Ces présents consistent en 24 canons
de fer, moitié de 24 livres et moitié de 18; 500 barils de poudre d*un
quintal Tun ; 200 planches de sapin et 100 de chêne blanc, de 5 pouces
à 5 1/2 d'épaisseur sur 20 pieds de longueur; 61 cÀbles dq)uis 7 pouces
jusqu'à 13; 34 grelins, de 4 pouces jusqu'à 7; 66 pièces de toile pour
voiles; 15 caisses de boulets de 2 livres Tun, soit 50,000 boulets; enfin
différents cordages pour les manœuvres.
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
1. Voy. la note 1, p. 133.
1S8 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [ITl^
LE M*' DB CASTRIES A DE CHATEAUNEUF ^
364. — Versailles^ 27 août 1 786. — On lui annonce sa nominatioD
au Consulat général de Tunis aux appointements de 12,000 livres, dont
il jouira à partir du i®' septembre prochain, et on lui envoie ses pro-
visions.
Le sieur Guy de Villeneuve ' passera de La Canée à Tunis, pour résider
auprès de lui en qualité d'élève Vice-Consul à la place du sieur d Es-
parron, nommé Vice-Consul aux Dardanelles. Le sieur AdansonSdrog-
man à Alexandrie, a été désigné pour passer âi Tunis en qualité de
chancelier.
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie^ f. 37St.)
D*SSPARRON AU M^" DE CASTRIES.
365. — Tunû, 27 août 17 86. — La corvette du Roi Za Pauleite, sons
les ordres du chevalier de Raousset-Seillons \ est arrivée à La Gouletle
le 17 courant. La présence de cet armement a produit le meilleur efiel,
et il serait à désirer que tous les ofGciers commandant les frégates
expédiées dans le Levant voulussent bien rel&cher à Tunis, lorsque ce
leur sera possible. Les dépenses occasionnées par le séjour de cette
corvette s'élèvent à 202 livres 4 sols.
(Affaires étrangères^ (?•' de Tunis.)
D*£SPARRON AU M'" DE CASTRIES.
366. — Tunis, 28 août 17 86. — Les deux vaisseaux de guerre hollan-
dais sous les ordres du commodore Spingler, qu*on avait tus il y &
peu de temps à Tunis, y sont revenus le 16 courant apportant au Bey,
de la part des Ëtats Généraux, un présent considérable en munitioDS
1. Pierre-Bazile-François de TEspine de Chàteauneuf, né en 1750, volontaire et aide
de camp de son oncle Du m ou riez à la confédération de Pologne, en juillet iTâ,
sous-lieutenant en 1770, en mission à Madrid en 1772, capitaine en 1773, chargé d«
travaux particuliers dans les bureaux de la Marine en 1773, chancelier à SmyraerJi
1774, Vice-Consul au même poste en 1776, Vice-Consul à Coron en 1779, chargé da
Consulat général de Morée en 1781 et 1782, Consul à Tripoli de Syrie en 1783, Coih
sul général à Tunis en 1786, Consul par intérim à Naples de Romanie tjxi'^-
Résident de France à Genève en 1792, démissionnaire en 1793, mort en l'SS.
2. Jean-Pierre-François-Anloine Guy de Villeneuve, né à Metz en 1759, fils duo
Consul général de France en Morée mort de la peste & son posle en 1790. D'al»'^
employé dans les bureaux de la Marine en 1777, secrétaire de son père au Coosuiai
de Smjrne en 1778 et de Naples de Romanie en 1779, Vice-Consul àLaCaoécea
1781, à Tunis en 1786, quitta son poste à Tépoque révolutionnaire et fut porté sar
la liste des émigrés, erra dix ans à Malte, en Italie et en Sicile, rentra en France
en 1802, obtint un modeste emploi à la Préfecture de la Moselle et se retira i
Narbonne.
3. Voy. la note 3, p. 156.
4. Voy. VEtat des dépenses occasionnées par la relâche du chT de Raousset-Seill^
à TuniSy i78€ (Affaires étrangères, C'* de Tunis).
[1786] AVEC LA COUR DE FRANGE 159
de guerre : 600 barils de poudre à canon, iOO pièces de toile à voiles,
plus une somme de 600 sequins zermaboubs pour acquérir le privilège
d'arborer le pavillon de la République sur la maison consulaire. Ces
vaisseaux sont repartis le même jour. M. Spingler a reçu du Bey un
accueil distingué, qu'on attribue à la valeur du présent qu'il a apporté.
Sidi Mustapha s'est rendu avec plusieurs grands officiers de la Régence
âi bord des vaisseaux hollandais, où on lui a donné une fête brillante.
(Affaires étrangères^ C'* de Tunis,)
D'ESPAHRON AU M** DB CASTRIBS.
367. — Tunu^ /^r septembre il 86, — Le sieur Peyron, agent de la
Compagnie d'Afrique à Tabarque, est arrivé à Tunis. Le Vice-Consul
a pris auprès de cet employé les renseignements qui pouvaient lui faire
connaître les intentions de la Compagnie sur l'établissement du Cap-
Nègre, et le mettre à même de négocier avec Sidi Mustapha-Khodja à ce
sujet, mais il a trouvé chez ce Ministre une répugnance invincible à
favoriser le projet de la Compagnie et à appuyer sa demande auprès
du Bey. Il craint que, la Compagnie bâtissant des maisons au Cap-Nègre
et fortifiant ce comptoir, un tel établissement ne provoque des mur-
mures et des plaintes dont ses ennemis profiteraient pour ruiner son
crédit.
(Affaires étrangères^ C*'* de Tunis.)
368. — Paris^ 3 septembre i786, — Provisions de Consul général à
Tunis en faveur du sieur de l'Espine de Chàteauneuf ^
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
LB M» DE GASTRIES A D^ESPARRON.
369. — Versailles, 3 septembre 1786, — On a appris avec satis-
faction le mariage de Sidi Mustapha avec la sœur du Bey. On autorise le
Vice-Consul à lui offrir au nom du Roi, à cette occasion, la cassolette
d^or que M. du Rocher lui a laissée en prévision de cet événement.
[Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f, S85.)
• • • •
370. — Versailles, /" octobre 1786. — Circulaire aux Consuls du
Levant et de Barbarie, pour leur annoncer la décision de Sa Majesté
qui défend toute espèce de dépenses à l'occasion des relâches des bâti-
ments du Roi dans les Échelles.
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. 437,)
i. Voy. la note 1,'p. 458.
160 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DBS CONSULS [1786]
D*BSPARR01f AU M» DE CASTBIBS.
371. — Tîinw, 10 octobre 1786. — Le Vice-Consul a inutilemeDl
renouvelé ses démarches auprès de Sidi Mustapha-Khodja, relatÎT^ement
au rétablissement du Cap-Nègre projeté par la Compagnie d'Afrique par
Tentremise de Peyron, agent k Tabarque.
{Affaires éirangères, C'*» de Tunis,)
LOUIS XVI A ALI, BBY DE TUNIS.
372. — Versaillez^ 8 décembre 1786. — « Illustre et magnifique
Seigneur,
Des circonstances relatives à notre service dans les Etats du Roi de
Maroc ayant exigé que nous nommassions auprès de ce Prince un
officier déjà exercé dans la carrière des Consulats et habitué aux usages
de la Barbarie, nous avons jeté les yeux sur le sieur du Rocher, dont
la prudence consommée nous est d'autant plus connue qu*eUe loi
avait mérité vos bontés. Les mêmes principes ont dû guider le choix
que nous avons fait pour remplacer le sieur du Rocher, et nous dous
sommes déterminé à envoyer devers vous le sieur de Chàteauneuf, en
qualité de notre Consul et Chargé de nos affaires et pour résider avec
ces titres dans votre Cour. Nous lui avons adressé à cet effet nos ins-
tructions, avec ordre de vous assurer de notre haute bienveillance:
nous Ta vous chargé, en même temps, de vous remettre cette lettre
pour Taccréditer auprès de vous. Vous pouvez ajouter entière foi et
créance à tout ce qu*il vous dira en notre nom, soit pour tout ce qui
regarde notre service, soit pour tous les objets relatifs aux intérêts de
la nation française dans votre pays. Sur ce, nous prions Dieu, illustre
et magnifique Seigneur, qu*il vous ait en sa sainte et digne garde. »
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
LE M** DE CASTRIBS A ALI, BEY DE TUNIS.
373. — Versaiilesj 8 décembre 1786. — « Illustre et magnifique
Seigneur,
La bonne intelligence et Tamitié qui de tous les temps ont uni les
Ëtats musulmans et l'Empire de France, et quelques circonstances
particulières ayant exigé la mission au Maroc d'un officier instruit de
Tusage de la Barbarie, l'Empereur mon mattre a choisi pour cet objet
le sieur du Rocher, dont la sagesse et la bonne conduite avaient été
remarquées et distinguées pendant sa résidence à votre Cour. Sa
Majesté Impériale m'ayant ordonné en conséquence de m^occuper du
choix d'un sujet propre à remplacer le sieur du Rocher auprès de vous,
[1787] AVEC LA COUR DE FRANCE 161
Je lui ai proposé le sieur de Chàteauneuf, qui a été employé dès sa plus
tendre jeunesse dans les Consulats du Levant, et dont les sentiments et
les talents ont été trop éprouvés pour craindre qu'il ne justifie pas la
l>onne opinion que j'en ai toujours eue et vos bontés que je vous
demande pour lui. Il a su mériter dans toutes les Echelles où il a servi
les suffrages de ses supérieurs, et Sa Majesté Impériale, en le chargeant
de ses affaires auprès de vous et du Consulat général de France dans
votre Royaume, a voulu vous montrer tout le désir qu'elle a d'entre-
tenir la bonne harmonie qui est établie entre ses sujets et les vôtres.
Le sieur de Chàteauneuf a les connaissances et les qualités néces-
saires pour remplir à votre satisfaction les instructions de Sa Majesté
Impériale, et vous le reconnaîtrez bientôt dans l'usage qu'il fera des
pouvoirs que l'Empereur, mon maître, lui a confiés en l'accréditant
auprès de vous par une lettre de sa main impériale.
Il se rendra en droiture à Tunis sur un bâtiment de Sa Majesté
Impériale, et y demeurera chargé de toutes les affaires de l'Empereur
et des intérêts relatifs h son pavillon et à ses sujets dans toute l'étendue
de vos Ëtats. Votre attention à maintenir les traités et h conserver aux
Consuls de France les droits de leur place rendent superflue la
demande que je vous ferais d'en assurer la pleine et libre jouissance
au sieur de Chàteauneuf. Je me borne k le recommander particulière-
ment à vos bontés pour tout ce qui peut intéresser son service.
Vous ne devez point douter, illustre et magnifique Seigneur, de mon
empressement à faire valoir auprès de l'Empereur, mon maître, tout ce
que vous ferez pour le bien de notre commerce, de notre navigation,
et à saisir toutes les occasions de vous prouver la considération distin-
guée avec laquelle je suis véritablement, illustre et magnifique Seigneur,
Votre très parfait et sincère ami. »
{Affaires étrangères ^ Levant et Barbarie ^ /*. 52 f.)
LE M'" DE CASTBIES A D'ESPARRON.
374. — Versailles, /•' février 1787. — Sa Majesté a daigné avoir
égard aux dépenses extraordinaires qui ont été occasionnées au sieur
Adanson,chancelier-drogman de Tunis, par son déplacement d'Alexan-
drie à son nouveau poste, et lui a accordé une indemnité de 600 livres.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie , f. SO.)
DR CHATEAUNEUF AU M*> DE CASTRIES.
376. — Tunis, iO février 1787, — Le nouveau Consul est arrivé à
son poste le 4 courant, et M. d'Esparron lui a fait remise du service
11
162 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS Tifi
suivant les règles ordinaires. Il a été reçu en audience par le Bey et c'a
eu qu*à se louer de Taccueil affectueux dont il a été Tobjet.
(Affaires étrangéret^ C^* de Tunû,)
DE CHATEAUICEUF AU H>' DE CASTRIES.
376. — Tunis^ 1 6 février il 81. — Le Consul général, avant de prendre
audience du Bey, voulut se renseigner au sujet des formes qui devaient
être observées. Ni la correspondance ni les registres de la chancellerie
n'ont pu Tédifier & cet égard; il prit donc le parti de faire demandera
Sidi Mustapha quel serait le cérémonial. Le Ministre régla lui-même
tous les détails de l'étiquette. Une note exacte en a été dressée pour
servir de règle de conduite à Tavenir.
{Affaires étrangères ^ C**« de Tunis.)
DE CHATEAUNBUF AU H'> DE CASTRIES.
377. — Tunis, 1 i mars il S7. — Depuis longtemps aucun arm^
ment du Roi ne s'est présenté dans les ports de cette Régence. Persuade
que la présence de ces armements ne pourrait que produire uo bos
effet en donnant aux Musulmans L'idée de la puissance de Sa Mayesk.
le Consul demande que les frégates envoyées en Levant se réunissent
à Tunis à leur départ et à leur retour.
Le Consul rend compte au Ministre d'une visite que Sidi MusUpba
est venu lui faire au Fondouk. Il n'était pas venu depuis dix ans ^ la
résidence consulaire.
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
LE M*' DE CASTRIES A DE CHATBAUNEUF.
378. — Versailles, 25 mars i787. — On l'exhorte à cultiver aveele
plus grand soin les bonnes dispositions que le Bey lui a témoignées.
(Affaires étrangères, levant et Barbarie, f. S7.)
HAMOUDA, BEY DE TUNIS, AU M*' DE CASTRIES.
379. — Tunis, 6 avril il 81. — « Nous avons l'honneur de vous repré-
senter que Tune des galiotes de notre Régence, après être restée quatre
jours à Toulon et en être sortie par vent de sud-est, s'étant trouvée sur
l'tle de Caprera, avait rencontré une barque génoise à trois ou quatre
milles de cette terre, vers la partie du sud, qu'elle l'avait amarinée,el
que, des huit Génois qui composaient l'équipage de cette prise, deux
étaient tombés à la mer et les six autres avaient heureusement gagné le
bord du corsaire. Ces six esclaves, ayant été amenés à Tunis et a>^Dt
pris conseil des autres captifs de la Régence, déclarèrent, en présence
de votre Consul, que le rets tunisien avait enlevé leur bâtiment dans les
[1787] AVEC LA COUR DE FRANCE 163
eaux de la Corse et que, des deux hommes de leur bord qui s*étaient
jetés à la mer, l'un s'était noyé et Tautre avait atteint à la nage la
côte de cette île.
Votre Consul, se prévalant de cette déclaration des Génois, les a
réclamés. Sur quoi, nous avons fait comparaître le reïs et tous les
gens de son équipage, et, les ayant interrogés sur le fait en litige, ils
répondirent d'une voix unanime, après avoir fait serment de dire la
vérité, que la susdite barque génoise avait été prise par eux à la
dislance de trois à quatre milles de Tlle de Caprera et au sud de cette
terre; que les vents contraires les avaient ensuite forcés à relâcher en
Corse; qu'ils y avaient séjourné quatre à cinq jours; qu'ils y avaient
été bien accueillis par les habitants; que s'il était vrai que la prise eût
été faite dans les eaux de la Corse et que l'un des deux Génois tombés
à la mer se fût sauvé sur cette ile, il aurait informé de ces particula-
rités les Corses, qui n'auraient pas manqué d'arrêter les capteurs.
Indépendamment de cette déposition générale de notre rels et de tout
Téquipage^ nous avons encore celle du capitaine et de tous les matelots
d'un navire corse, arrivé à Tunis quatre mois après le retour des pre-
miers déposants. Ces derniers, ayant été interpellés dans notre Divan
sur les articles de la déclaration des Génois, protestèrent n'avoir rien
entendu dire de semblable, ni à Bastia, d'où ils venaient, ni ailleurs.
Notre même galiote ayant fait, dans Tintervalle, une seconde sortie
et la prise d'une barque de Caprera, nous avons interrogé les six Câpre-
rois qui avaient été faits esclaves sur ce bâtiment; leur réponse a été
la même que celle des Corses, et ils ont assuré n'avoir rien ouï dire
qui eût trait à la première affaire, ni en Corse, ni dans leur propre
pays.
Nous avons aussi fait appeler à notre Divan le Consul de France et
notre reïs. Celui-ci y a dit qu'il était prêt à se rendre en France, à y
plaider sa cause en votre présence et à subir le châtiment que vous
jugeriez à propos de lui infliger, s'il était prouvé qu'il se fût réellement
permis l'attentat qui a été mis à sa charge. Le Consul, rejetant cette
offre, a pris sur lui d'en rendre compte à Votre Excellence, ainsi que
de tous les rapports qu'il avait entendus.
Nous n'avons qu'à nous louer de l'attention suivie que vous voulez
bien accorder à toutes les affaires qui nous concernent. Nous n'avons
aucun reproche à faire à votre Consul sur ce point; mais nos ennemis
communs ne cessent d'altérer les relations de ce qui se passe, et,
malheureusement pour nous, il n'existe près de Votre Excellence ni
i64 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [ITSTJ
résident de Tunis, ni Musulman, qui nous soit affidé et qui puisse,
dans Toccasion, lui faire les représentations nécessaires. Votre Excel-
lence est notre seul ami, et nous avons appris depuis longtemps et par
notre propre expérience qu'elle sait démêler la vérité, qu*elle rend
justice à qui elle est due et qu'elle ne donne ni consentement ni faveur
aux demandes indécentes et iniques.
C'est dans cette conviction que nous osons vous rappeler que, sous
le règne glorieux de feu notre auguste père. Tan 1193 de Thégire, qd
de nos corsaires ayant pris à 30 milles de Ttle de Gennara, dépendante
de celle de Sardaigne, un navire génois, après un combat qui coûta la
vie à deux Musulmans, et ayant conduit cette prise & Tunis, elle fut
rendue sur les réclamations de la France et par pure considératJoo
pour cette Cour, quoique la prise nous appartînt personnellement.
L'année suivante, un autre de nos corsaires s'étant emparé, dans le
canal de Malte, d'une polacre livournaise chargée de blé et armée
de dix-sept hommes de diverses nations, M. du Rocher, qui résidait
auprès de mon père en qualité de Consul de France, prétendit que celte
polacre était française. Quoique sa cargaison eût déjà été vendue, le
produit en argent fut restitué à ce Chargé d'affaires, et notre Gis Sidi
Mustapha-Khodja perdit dans cette occasion 6,000 piastres, parce que
c'était lui qui avait fait les frais de l'armement.
Une infinité d'autres prises ont été rendues à la France; mais voici
l'objet de nos réclamations :
Un de nos corsaires, qui avait établi sa croisière dans les eaux du
Pape, s'étant rendu maître d'un vaisseau chargé de fèves et dont
l'équipage s'était évadé, mit sur cette prise la moitié de son propre
équipage et s'approcha de la Corse, forcé par les vents contraires. Il
était très voisin de la côte, lorsqu'il aperçut l'armateur génois
Mazoni, qui était sorti de Porto-Vecchio. Notre reïs et sa prise, pou>
suivis par cet ennemi, se retirèrent sous la Corse, au point d'en distio-
guer les habitants, qui étaient sur le rivage; malgré cet avantage,
l'armateur génois amarina notre rets et sa prise et les conduisit à
Gènes. Les Tunisiens y jetèrent les hauts cris et prétendirent qu'ils ne
pouvaient point être regardés comme de bonne prise, puisqu'ils avaient
été enlevés sur la Corse, qui est un pays de la domination de l'Empe-
reur de France. Cette considération tint, pendant quatre mois, le
Sénat dans l'incertitude; ils ne furent point, durant cet intervalle,
regardés comme esclaves et on ne les fit point travailler; mais, ce
terme étant expiré sans qu'il y eût des réclamations officielles, ils
furent déclarés esclaves. Deux d'entre eux s'étant sauvés sur les terres
[1787] AVEC LA COUR DE FRANCE 165
de France, un autre ayant été envoyé en pur don au Roi de Maroc, et
deux autres s'étant retirés furtivement à bord d'un vaisseau anglais,
ils parvinrent, au nombre de cinq, à regagner leur patrie et y firent
dresser en justice un acte que nous joignons ici, et qui contient les
détails dans lesquels nous sommes entré plus haut.
Une de nos galiotes, stationnée Tannée précédente dans les mêmes
parages, s'étant emparée de nuit d'une polacre génoise dont la felouque
s'était sauvée et dans laquelle il n'était resté que sept hommes, fit
passer à bord de cette prise onze Musulmans; la galiote fut séparée
par un coup de vent de la polacre, qui courut pendant la nuit sur la
Sardaigne et fut ensuite obligée de faire vent arrière sur la Corse. Elle
n*en était éloignée que d*une petite portée de canon, lorsqu*elle fut
rencontrée par la frégate du Roi de Sardaigne, amarinée et conduite à
Gagliari. Les Musulmans esclaves dans cette ville se joignirent aux
Tunisiens pour former une déposition qui a été ensuite revêtue par la
justice de Tunis de toutes les formes requises, et nous en joignons ici
la copie.
Nous espérons qu'à l'arrivée de ces deux pièces Votre Excellence
voudra bien nous faire droit et nous donner de nouvelles marques de
Tamitié et de l'estime qu'elle nous porte. Elle peut être persuadée que
nos sentiments pour la France sont toujours les mêmes et que nous
distinguons cette Cour de toutes les autres qui sont en paix avec nous;
aussi osons-nous présumer que les liens qui unissent nos sujets
respectifs se resserreront de plus en plus et que notre bonne intelli-
gence, loin de s'altérer, prendra de jour en jour plus d'extension. Au
surplus, puissiez-vous vivre éternellement I »
{Sceau) {Affaires étrangères ^ C" de Tunis.)
DE CHATEAUNEUF AU M''* DE CASTHIES.
380. — Tunis j i 2 avril / 7 8 7. — Le fils de l'Empereur du Maroc vient
d'arriver à Tunis avec sa mère, deux de ses femmes et un enfant. Sa
suite est de soixante-dix personnes environ, mais on prétend qu'un
camp de 2,000 hommes le suit à quelque distance. Ce Prince veut
Qoliser un bâtiment pour se rendre à Alexandrie.
{Affaires éirangèi^es, C* de Tunis,)
LE M^" DE CASTRIES A D*£SPARR0N ^
381. — Versailles, i 5 avril 1787. — On lui exprime la satisfaction
de Sa Majesté pour la manière dont il a géré l'intérim du Consulat de
i. Voy. la note 1, p. 146.
166 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i7(?i;
Tunis. La Chambre de commerce de Marseille a reçu Tordre de le rem-
bourser de toutes ses avances.
(Affaires étrangères^ Levant et Barbarie^ f, i09.)
LE H'« DE CASTRIES A DB CHATEAUNEUF.
382. — Versailles, iô avinl 1787. — « La démarche de Sidi Mus-
tapha, en vous faisant le premier une visite, ne laisse aucun doute sur
la constance de ses dispositions favorables envers les Français. J^aurab
désiré que vous eussiez prévenu ce principal Ministre du Bey, pour ne
pas vous exposer au reproche obligeant, mais fondé, que vous Tavez
mis dans la nécessité de vous faire... Il vous sera facile d'entreteoirsa
bienveillance. »
On Tentrelient, en outre, de quelques réclamations du Bey, et do
prochain départ de Tescadre vénitienne.
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, /l HO»)
HAHOUDA, BEY DE TUNIS, AU M*' DE CASTRIES.
383. — Tunis, 2i avril 17 87. — « Après avoir formé les voeux le>
plus ardents pour votre prospérité, nous avons rhonneur de faire
savoir à Votre Excellence qu'en conséquence de Tamitié qui nous unit
à elle et de la bonne intelligence qui règne depuis un temps immé-
morial entre les deux empires, nous cherchions avec empressement
Toccasion de vous entretenir, lorsque nous en avons trouvé le moyen
dans le départ de M. d'Esparron, Vice-Consul chargé des affaires da
Consulat de Tunis. Cet officier ayant terminé à notre satisfaction réci-
proque sa mission intérimaire, après avoir installé, suivant Tusage.
votre nouveau Consul, se dispose à retourner en France. Nous tous
prions de lui accorder vos bontés et de lui témoigner tout le contente-
ment que nous avons de ses services, en prenant en considération les
demandes qu'il pourra vous faire; nous regarderons comme faits à
nous-méme tous les bienfaits qu'il recevra de Votre Excellence.
C'est dans la double vue de solliciter votre protection en sa faveur et
de nous informer de Tétat de votre santé que nous vous avons adressé
cette lettre; nous espérons qu'elle vous sera une nouvelle preuve de
Testime et de l'attachement que vous nous avez inspirés, et qu'elle oe
fera qu'augmenter la bonne intelligence qui lie les sujets respectifs de
l'Empereur de France et de la Régence de Tunis; c'est là l'objet de
tous nos désirs. Puissiez-vous être éternellement heureux I »
(Sceau) (Affaires étrangères, C" de Tunis.)
LE M*> DE CASTRIES A DE CHATEAUNEUF.
384. — Versailles, 22 avril 1787. — On l'autorise à garder les deux
[1787] AVEC LA COUR DE FRANCE 167
bijoux qui lui ont été remis par le sieur d'Esparron et les 2,000 livres
qxii devaient servir à la réparation de la maison de campagne qu'ont
habitée ses prédécesseurs.
On s*est plaint que le Bey eût fait ordonner aux corsaires récemment
sortis de Tunis d'aller vendre à Marseille les prises qu'ils pourront faire
pendant leurs courses. Comme cette mesure est très désagréable au
Roi, à cause de la bonne intelligence dans laquelle Sa Majesté vit avec
les Puissances qui sont en guerre avec la Régence, il faut tâcher d'en
détourner l'exécution... lUui est recommandé de seconder par ses bons
offices, sans nuire toutefois à ses fonctions, le négociateur que l'Espagne
va envoyer à Tunis *.
{Affaires étrangères^ Levant et Barbarie, /*. 1^9.)
DE CHATBAUNBUF AU M» DE CASTRIES.
385. — Tunis j 3 juin i 787. — L'alarme se répand ici sur la nouvelle
que le Bey de Gonstantine, de cjncert avec le Dey d'Alger, se prépare
h faire marcher des troupes contre Tunis. Un bâtiment vient de partir
pour porter au Dey d'Alger le présent annuel *. Le Consul demande à
être autorisé à affecter une somme de 600 livres par an à l'entretien de
la voiture consulaire, dont l'usage constitue une prérogative qu'il est
bon de conserver.
{Affaires étrangères, C'** de Tunis,)
LE M'' DE CASTRIES A DE GHATEAUNEUF.
386. — Versailles, il juin il ST. — Au sujet du pillage commis par
des habitants de la côte de Tunis sur le bâtiment du capitaine Thiellens,
qui y était naufragé.
LE M*' DE CASTRIES A DE GHATEAUNEUF.
387. — VersailieSj 24 juin il 81. — On lui envoie la réponse du
Ministre au Bey, concernant l'enlèvement par les Tunisiens d'une gon-
dole génoise. On le charge d'insister fortement auprès du Prince sur
les relâches trop fréquentes des Tunisiens dans les parages de la Corse*
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, /". 209.)
1. L'Espagne avait entamé, en février 1186, des négociations de paix qui ne
devaient aboutir qu'en 1791. Le comte d'Expilly avait envoyé d'Alger à Tunis le
sieur Basaltni, qui avait obtenu du Bey une trêve de six mois. Peu après le sieur
Scier, puis un troisième agent, Pedro Suchuita, avaient été chargés des mêmes
négociations et n'avaient réussi qu'à prolonger la trêve.
2. La rivalité perpétuelle entre Algériens et Tunisiens avait alors pour prétexte
rémigration en Tunisie d'un certain nombre d'habitants de la province de Constan-
tine, désireux de se soustraire aux exactions de leurs maîtres. Hamouda-Bey, har-
celé par la guerre des Vénitiens, préféra cette fois encore acheter la paix à son
voisin, et sacrifier son amour-propre aux intérêts de la Régence.
168 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1187.
LB M'* DE CASTRIBS A HAMODDA, BBY DE TUNIS.
388. — Versailles, ^4 juin il SI. — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
J*ai reçu avec une joie inexprimable la lettre que vous m'avez fail
rhonneur de m'écrire* . J'y ai trouvé des preuves touchantes de la
sincérité de vos vœux pour la perpétuité de la bonne harmonie, de ros
respectueux attachements pour TEmpereur mon maître, de FesUme
particulière que vous voulez bien m'accorder et de labienveillancedoQt
vous honorez M. de Chàteauneuf. Les relations de ce Chargé d'affaires,
en me confirmant dans la haute opinion que j'ai de vos sentiments,
mettent le comble à ma satisfaction.
Je suis bien flatté de la marque de confiance que vous me donnez eu
déférant à mon jugement l'affaire de la gondole génoise Notre-Damedu-
Mont^ commandée par le patron Ambroggio Costa, enlevée la nuit du 29
au 30 juillet dernier par un corsaire tunisien, et que Sa Majesté avail
chargé M. d'Esparron et M. de Chàteauneuf de réclamer de votre justice,
ainsi que les effets qui y étaient embarqués et les gens de son équipage.
J'ai lu en conséquence et examiné avec la plus scrupuleuse atten-
tion les dépositions respectives du corsaire capteur des six Génois pris
sur la gondole et conduits à Tunis et d'un septième qui, s'étantjeté àla
mer, avait eu le bonheur de gagner la terre de Corse. Toutes ces décla-
rations, parfaitement semblables pour tout le reste, ne diffèrent entre
elles que sur la distance de cette île à laquelle le navire avait été
amariné; mais la proximité est invinciblement prouvée par la faci-
lité qu'a eue le matelot fugitif à atteindre un bâtiment mouillé dansao
port de la Corse. La protestation contraire du reïs est fondée sut ce
qu'un capitaine corse, arrivé à Tunis quatre mois après, et un patron
caprerois, fait esclave encore postérieurement à cet incident, assurait
n'en avoir entendu parler ni en Corse, ni nulle part ailleurs ; ce ne sont
que des assertions gratuites ou des déductions trop faibles pour tenir
contre un fait constaté par des procès- verbaux dressés au siège de l'Ami-
rauté d'Ajaccio. Je vous supplie de vous faire représenter les pièces
dont le Consul général est muni. Je suis persuadé que vous ne vons
refuserez pas à leur évidence, et c'est dans cette conviction que je crois
devoir dissimulera Sa Majesté les délais qu'a éprouvés la restitution de
la gondole génoise et des hommes de son équipage. J'aime mieux
laisser l'Empereur mon maître dans la plus parfaite sécurité sur la
définition d'un objet qui ne peut point manquer d*être terminé.
1. Voy. p. 162.
[1787] AVEC LA COUR DE FRANCE 169
Je lui laisse également ignorer les réclamations tardives qui ont été
notiûées officiellement à M. d*Esparron, et dont Votre Excellence me
rappelle les époques dans ses dépêches, en y joignant des actes passés
dans les tribunaux de Tunis. Je me suis fait rendre compte de ces
demandes; elles sont relatives à deux galiotes armées en course à Tunis
et qui avaient eu le malheur de tomber avec leurs prises au pouvoir
l'une d*un armement génois et Tautre de la frégate sarde. Les corsaires
de Tunis prétendent avoir été pris sur les côtes de la Corse, mais aucun
d^eux n'en fournit la preuve. II s'est passé cinq ans entre le premier de
ces faits et le recours actuel des intéressés, et le véritable résultat est
que les armateurs de Tunis ne cessent d'établir leur croisière sur les
parages de la Corse, ce qui gêne le commerce des sujets de Sa Ma-
jesté, intercepte la liberté de la navigation dans les eaux de sa domi-
nation et tient les habitants dans de continuelles appréhensions de la
maladie contagieuse. Je me proposais depuis longtemps de dénoncer
à Votre Excellence ces désordres prévus par Tarticle III du sup-
plément fait au traité du 9 novembre 174*2, et j'espère de son équité
qu'elle voudra bien renouveler à cette occasion ses défenses et
inhibitions à ses corsaires, et me savoir gré d'avoir tu à l'Empereur
mon maître des faits surannés, dont la discussion eût sans doute fixé
l'attention de Sa Majesté Impériale sur les infractions journalières des
Tunisiens.
Je devais d'ailleurs cette réticence, en raison des procédés généreux
que les armements de Tunis n'ont cessé de trouver dans les ports de la
Corse, à la mémoire des vertus de votre magnifique père, de la droiture
de vos sentiments et de vos heureuses dispositions, qui me sont bien
connues, à observer fidèlement les traités et à resserer de plus en plus
les liens de l'amitié qui unissent les deux puissances. C'est une justice
que je ne me lasserai pas de rendre à Votre Excellence auprès de l'Em-
pereur mon maître, et vous ne devez point douter de mon empresse-
ment à faire tout ce qui peut vous être agréable et à vous donner les
témoignages les plus convainquants de la haute estime avec laquelle je
suis, etc. »
{Archives de la Régence, Palais Dar-el-Bey (Registre n. S, p, 480, carton n. 6,
Marine, 1Î9-181Î.)
LE M'> DE CASTRIES A DE GHATBAUNBUF.
389. — Versailles, 8 juillet 1787, — Il devra tenir la Cour exacte-
ment au courant de l'expédition dont le Bey s'est réservé le commande-
ment pour réduire les Arabes tributaires du royaume de Tunis, qui
no CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [lT87j
persistent dans leur refus de payer leurs redevances à leur soave-
rain *.
Sa Majesté lui alloue 500 livres pour la voiture qu'il est obligé d'en-
tretenir afin d*aller au Bardo.
(Affaires étrangères^ Levant et Barbarie, f. iS9.)
DE GHATEAUNEUF AU M*« DE CASTRIES.
390. — 7unî5, 6 septembre 1787. — Sidi Mustapha demande à êtr?
autorisé k faire acheter dans les magasins de Toulon 10,000 briques
propres à construire des fours et deux trousseaux pour les moules a
canon dont il a besoin pour établir une fonderie.
Une frégate vénitienne a paru hier à La Goulette. La trêve expire le
15 courant.
{Affaires étrangères, C* de Tunis.)
■
LE C^^ DE MONTMORIN A UAMOUDA, BEY DE TUNIS.
391. — Versailles^ 22 septembre 1787, — « Très illustre et magni-
fique Seigneur,
L^Empereur mon maître, ayant jugé à propos de recevoir la démission
du marquis de Gastries, a bien voulu me choisir en même temps dans
le nombre des Ministres qui composent son Conseil suprême pour me
confier par intérim le département de la marine. Sa Majesté Impériale
m'a ordonné de vous en faire part en vous renouvelant à cette occa-
sion les assurances de son amitié et de sa haute bienveillance, l^
intentions de Sa Majesté Impériale ne pouvant être plus favorables
pour conserver la paix et la meilleure intelligence avec vous, je m'em-
presserai toujours d'en resserrer les liens, bien persuadé que j'y trou-
verai de votre part les mêmes dispositions et le même intérêt. Rien oe
me sera plus agréable dans le cours de mon ministère que d'avoir i
vous donner de fréquents témoignages démon inclination à vous servir
auprès de Sa Majesté Impériale, ainsi que de l'attachement sincère
avec lequel je suis plus que personne, etc. »
{Affaires étrangères. Levant et Barbarieyf. SSt,)
HAMOUDA, BEY DE TUNIS, AU C^*" DE MONTMORIN.
392. — Tunis,.. .octobre 1787. — « Après vous avoir offert l'expression
de notre amitié et de notre estime, nous nous empressons de vous notifier
qu'en conformité de la bonne intelligence qui règne, depuis un temps
immémorial, entre notre Régence et la Cour de France, nous n'avons
cessé d'accueillir avec bonté et générosité tous les Français. Nous
1. Voy. ia note 2, p. 167.
[i787J AVEC LA COUR DE FRANCE 171
étions dans rattente de quelque nouvelle favorable, lorsque votre
dépêche nous est parvenue et nous a appris que le très grand, trôs
sublime Empereur de France, notre ancien ami, vous avait confié le
département de sa marine. Nous ne saurions vous exprimer toute la
joie que nous a causée la lecture de votre lettre; elle a suffi pour nous
donner une idée de la supériorité de vos talents et de vos lumières, à
laquelle seule vous êtes redevable du choix de Sa Majesté Impériale et
de votre élévation parmi les autres Vizirs de ce monarque. Puissiez-
vous conserver éternellement ses bonnes grâces et voir vos désirs
accomplis! Celui de vous féliciter sur votre nouvelle dignité, de nous
informer de votre précieuse santé et de vous témoigner nos sentiments
a seul donné lieu à cette réponse. Au surplus puisse votre bonheur
être perpétuel! »
(Sceau) {Affaires étrangères^ C'"* de Tunis.)
DE CHATEAUNEUF AU C^« DE MONTMORIN ^
393. — Tunis^ 25 octobre 1787. — Le Consul s'est plaint au Bey
des relâches clandestines de ses corsaires dans les rades foraines de
Tile de Corse. Ce Prince a promis de châtier les coupables et de donner
pour l'avenir les ordres les plus sévères à ce sujet.
L*escadre vénitienne croise toujours sur les côtes, mais sa présence
n'a gêné jusqu'ici ni la navigation ni le commerce.
{Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
LE G^^ DE MONTMORIN A DE CHATEAUNEUF.
394. — Versailles^ 27 octobre 1787, — Le Ministre le prie de renou-
veler ses démarches pour la restitution d'une prise napolitaine dont le
chargement, composé de bois de construction, était destiné au port de
Toulon. On désirerait qu'il pût l'obtenir sinon en nature, du moins
en argent.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. S74.)
DE CHATEAUNEUF AU C'® DE MONTMORIN.
395. — Tunis, 20 décembre 1787. — L'affaire de la prise génoise
faite par un corsaire tunisien dans les eaux de Corse s'est terminée
par la restitution de cinq esclaves provenant de l'équipage de cette
prise. Quant au bâtiment et à la cargaison, toute réclamation a été
inutile.
1. ArmaDd-Marc, comte de Montmorin de Saint-Hérem, maréchal des camps et
armées du Roi, Ministre plénipotentiaire & Trêves de 1775 à 1777, ambassadeur à
Madrid de 1771 à 1784, commandant en chef de la province de Bretagne en 1785,
Secrétaire d'Etat des afTaires étrangères le 13 février 1787. Il fut chargé par inté-
rim du département de la marine le 20 septembre 1787.
172 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 178^
Là trêve avec l'Espagne a été prolongée de deux mois. Quant à re$>
cadre vénitienne, elle a quitté ces parages.
(Affaires étrangères, C^ de TwiU.)
LE C'^ DE LA LUZERNE * A HAMOUDA, BBY DE TUNIS.
396. — Versailles, 29 décembre 1787, — a Très illustre et magoi-
ilque Seigneur,
D après les intentions de TEmpereur mon maître, le Ministre des
affaires étrangères ayant cessé d'administrer les affaires maritimes quir
Sa Majesté Impériale avait remises par intérim entre ses mains à la
retraite du marquis de Gastries, j ai reçu ordre de Sa Majesté Impériale
de vous informer amiablement de sa part qu'elle a daigné me cMm
parmi les officiers généraux de ses armées pour me nommer Secrétaire
d*Etat au département de la Marine.
Ce changement ne devant servir qu'à resserrer de plus en plas les
liens bien établis de Tamitié et de la bonne intelligence, je vous l'ap-
prends avec d'autant plus de plaisir que, n'exécutant que les comman-
dements suprêmes de Sa Majesté Impériale, je n'ai à vous annoncer que
les dispositions les plus conformes aux avantages que peuvent pro-
mettre une paix et une union aussi sincères qu'inaltérables.
Je désire personnellement pouvoir vous convaincre, par mes services.
du prix que je mets à votre bienveillance, et de mon attention à tous
donner en tout temps des marques de l'attachement aveclequel jesuis
plus parfaitement que personne, très illustre et magnifique Seigneur,
Votre très parfait et sincère ami. »
{Affaires étrangères^ Levant et Barbarie, /*. 429,)
DE CHATEAUNEUF AU C^ DE LA LUZERNE.
307. — Tunis, janvier 1788, — État des dépenses extraordinaires
du Consul de France pour fournitures de chasse, rafraîchissements,
fruits, liqueurs, pharmacie, pistolets offerts au Bey de Tunis et à sou
Ministre en 1787, au total 1,678 livres.
(Affaires étrangères, C'*' de Tunis.)
DE CHATEAUNEUF AU G^ DE LA LUZERNE.
398. — Tunis, janvier 1788, — Envoi de divers tableaux du com-
merce de Tunis pendant l'année 1787.
1. César-Louis, comte de La Luzerne, Ministre plénipotentiaire à Munich eu
1776, aux Etats-Unis d'Amérique en 4782, lieutenant général des armées navales
du roi et gouverneur des lles-sous-Ie-Vent (Antilles) en 1785, nommé Secrétaire
d'État de la marine le 24 décembre 1787.
L1788] AVEC LA COUR DE FRANCE 173
Importations de Marseille à Tunis 5,239,649 livres
Exportations de Tunis à Marseille 4,629,603 —
Importations des pays étrangers à Tunis 2,099,750 —
Exportations de Tunis en pays étrangers 3,095,665 —
{Affaires étrangères, C*" de Tunis.)
DE CHATEAUNEUP AU C'^ DE LA LUZERNE.
399. — Tunis, io janvier 1788, — Un corsaire de cette Régence
ayant pris dans les eaux de Sardaigne et conduit à Tunis un équipage
corse de cinq hommes^ après avoir coulé à fond le bateau qu'ils mon-
taient, le Bey, sur la réclamation du Consul, a fait restituer cet équipage
et rembourser la valeur du bateau ainsi que du chargement. Le reïs
a reçu la bastonnade et a été mis en prison.
{Affaires étrangères, C"' de Tunis.)
LE C'<^ DE LA LUZERNE A DE CHATEAUNEUP.
400. — Versailles, 23 février i 788, — La Chambre de commerce de
Marseille est autorisée à lui rembourser le montant de ses dépenses
extraordinaires.
On le félicite du succès de plusieurs des réclamations qu'il a adres-
sées au Bey. On a reçu son mémoire sur le commerce français k Tunis.
Il rendrait un service important s'il parvenait à obtenir de la
Régence un tarif raisonnable, fixe et déterminé, pour les denrées que
les Français exportent avec avantage, malgré les droits exorbitants dont
elles ont été grevées jusqu'à présent.
{Affaires étrangères, Levant et BarbaHe, f, 5i.)
LE C^^' DE LA LUZERNE A DE CHATEAUNEUP.
401. — Versailles, 29 mars 1788, — «Je vois avec plaisir, d'après les
états de commerce qui me sont parvenus de la Chambre de Marseille,
que nous surpassons de beaucoup le commerce réuni des nations qui
trafiquent avec Tunis*, et que notre cabotage a une supériorité propor-
tionnée à notre commerce. J'attache beaucoup de prix à la manière
dont il s'exploite actuellement, et je vous recommande de rechercher
tous les moyens de le rendre plus lucratif. »
Il devra solliciter le remboursement des dépenses occasionnées par
la relâche à La Ciotat et à Saint-Tropez du reïs Mahomet-ben-Mus-
tapha, soit une somme de 6,657 livres.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. 8i.)
1. En se reportant au tableau que nous avons donné à la page 59, on constate
que le commerce franco- tunisien s'était accru depuis dix ans avec une prodigieuse
rapidité.
174 GOREESPONDANGE DES BEYS ET DES CONSULS '1788
402. — Versailles^ f9 mars 1788. — Ordre du Roi pour faire recon-
naître le sieur Rodrigue junior en ((ualiié de censal de la nation fran-
çaise à Tunis.
{Affairas étrangères^ Ltmamt et Barbarie^ f. Si.)
LE C^ DE LA LUZERNE A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
408. — Versailles^ 15 mai 1788. — « Très illustre el magstique
Seigneur,
La guerre qui vient de s*allumer entre la Sublime Porte et les Cours
d*Allemagne et de Russie pouvant donner lieu à rentrée dans la Médi-
terranée des forces navales de ces deux dernières puissances, l'Empe-
reur de France, mon maître, a cru devoir prendre des mesures efficace
pour faire respecter son pavillon et protéger la navigation de ses sujets.
Sa Majesté Impériale a fait armer en conséquence une forte escadre
composée de plusieurs vaisseaux de ligne, frégates ou corvettes, dool
le commandant aura ordre de se porter dans tous les parages de ce\k
mer. Quelque confiance qu'ait Sa Majesté Impériale dans les sentimenU
des Puissances belligérantes, elle a jugé qu'il était de sa dignité et
de sa sagesse d'en imposer aux corsaires russes ou aux forbans qui
pourront tenter de se mêler parmi eux el chercher à troubler la tran-
quillité de ses sujets. Sa Majesté Impériale me charge, très illustre et
magnifique Seigneur, de vous annoncer cette disposition, afin que dans
le cas où son escadre se montrerait en vue des ports ou côtes du
royaume de Tunis, vous ne puissiez envisager dans cette apparition
d'autres motifs que ceux dont j'ai l'honneur de vous faire part. Le
Consul a ordre de vous donner ces mêmes explications et d'y ajouter
ainsi que je m'empresse de le faire moi-même, des assurances de la
continuation de la bienveillance de Sa Majesté Impériale, du désir
qu'elle a de maintenir la bonne harmonie qui subsiste entre la France
et Tunis, et de l'intention où elle est de rendre les liens de celte bonne
amitié toujours plus indissolubles. Je m'estimerai bien heureux de pou-
voir y concourir, en saisissant toutes les occasions de vous donner des
preuves des sentiments distingués avec lesquels je suis, etc. »
{Aff'aires étrangères. Levant et Barbarie^ f. 1SL)
MÉMOIRE DU ROI POUR SERVIR D'INSTRUCTION AU W^ DE NIEUIL,
CHEF d'escadre DES ARMÉES NAVALES,
COMMANDANT L'ESCADRE D'ÉVOLUTIONS DE LA MÉDITERRANÉE.
404. — Saint-Cloud, 19 mai 1 788. ^ n .,, Aussitôt que la réunion
sera opérée et que le sieur marquis de Nieuil aura fait toutes les dis-
[1788J AVEC LA COUR DE FRANCE 17S
positions nécessaires pour la formation de Tescadre, il dirigera sa route
sur la baie d'Alger...
11 se présentera pareillement devant Tunis, où il remplira le même
objet qu*à, Alger et avec les mêmes précautions, à savoir : il mouillera
avec tous les bâtiments sous ses ordres, et afin que la venue inopinée
d'une escadre n'y portât point une sorte d'alarme, Sa Majesté aura soin
d'en faire prévenir les Seigneurs barbaresques ; mais comme les soup-
çons de peste imposent les plus grandes précautions, et que d'ailleurs
l'intention de Sa Majesté n'est que de faire voir son pavillon à la Régence
de Tunis, le sieur marquis de Nieuil ne permettra point qu'il soit mis
à la mer aucun bâtiment à rames, et interdira sévèrement aucune com-
munication avec la terre. Il pourra seulement recevoir à la poupe de son
vaisseau le Consul de Sa Majesté pour savoir des nouvelles et lui remettre
les paquets dont il pourrait être chargé pour lui ou pour la Régence.
Il s'informera particulièrement si les Tunisiens ont mis beaucoup de
corsaires en mer et s'ils prennent part dans la guerre entre la Porte
et les autres Puissances armées. Le sieur marquis de Nieuil ne
séjournera au mouillage de Tunis que le temps absolument nécessaire
pour remplir l'objet de sa mission, et il évitera avec le plus grand
soin tout ce qui pourrait mettre ses bâtiments dans le cas de la qua-
rantaine.
Sa Majesté, en établissant son escadre d'évolutions dans la Méditer-
ranée pendant cet été, a eu pour objet qu'elle pût, s'il est nécessaire,
protéger le commerce de ses sujets et les garantir du trouble que pour-
raient y apporter les corsaires dispersés sur cette mer avec des lettres
de marque qu'ils auraient obtenues de la Russie, ou de l'Empereur, ou
des Barbaresques qui vraisemblablement se feront autoriser par le
Grand Seigneur pour établir des croisières sous le pavillon et avec
l'aveu de la Porte. Dans ces circonstances, l'intention expresse de Sa
Majesté est que le sieur marquis de Nieuil observe la plus exacte neu-
tralité. En cas de rencontre de vaisseaux appartenant au Grand Seigneur
ou aux Régences de Barbarie, le sieur marquis de Nieuil en usera avec
les égards et la politesse d'usage entre les nations amies... »
{Marine, B* :«77, /. 90.)
LE C^^ DE LA LUZERNE A DE CHATBAUNEUF.
405. — Versailles, ^juillet 1788, — Les services que le sieur Sal va,
chirurgien établi dans l'Échelle de Tunis, a rendus aux gens de mer
lui méritent le brevet de chirurgien qu'on lui acccorde; toutefois ce titre
ne lui donne droit â aucun traitement sur les fonds du département de
176 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS Ti^'
la marine ^ Quant à bâtir un hôpital à Tunis, il n'y faut penser qn au-
tant que cette dépense sera uniquement à la charge de la nation.
{Affaires étrangèrtê, Levant et Barbarie, f. iM,)
DE CHATEAUNEUF AU Cf^' DE LA LUZERNK.
406. — Tunii, 7 juillet 1788. — Le Bey et ses sujets ont aujour-
d'hui repris confiance dans Timmunîté du pavillon français. La restitu-
tion d'un bâtiment parti d*ici, pris et conduit à Malte par un corsaire
russe, y a beaucoup contribué. Le Ck)nsul a prévenu le Bey de rarmemeo:
d'une escadre pour la protection du commerce français dans la Médi-
terranée. Celte nouvelle a produit le meilleur effet.
{Affaires étrangères, C de Tunis.)
HAMOUDA, BEY DE TUNIS, AU C^ DE LA LUZERNE.
407. — Tunis, juillet 1788. — « Notre exposé amical est queoous
avons reçu la lettre pleine d'amitié et d'affection que vous nous avez
envoyée avec l'escadre que notre magnifique ami l'Empereur de
France — Que sa fin soit heureuse I — fait passer dans la mer Blanche.
La nouvelle que vous étiez en bonne santé nous a causé beaucoup de
satisfaction et de joie. Les vaisseaux de votre escadre sont arrivés eo
bon état â Tunis; ils y sont restés quelques jours avec les témoignages
de l'amitié et de la bonne intelligence; ils ont ensuite remis à la voile
pour poursuivre leur route.
Vous nous faites savoir, par votre lettre amicale, que la guerre
impériale et accompagnée de la victoire que le majestueux et puissant
Empereur votre maître — Que la durée de son Empire soit éternelle!
— fait aux Cours d'Allemagne et de Vienne, occasionnant rentrée
des vaisseaux de ces deux Cours dans la mer Blanche et pouvant
encourager des gens méchants et pleins de mauvaise volonté à profiter
de leurs pavillons pour piller et pour opprimer, l'Empereur de France
a jugé à propos d'envoyer et de faire croiser dans cette aiéme mer une
escadre, afin de procurer la sûreté et la tranquillité des négociants el
marins français qui y naviguent sous son pavillon, les préserver de
tout trouble et dommage, et aussi afin de contenir et épouvanter les
méchants qui se mêleraient aux corsaires russes et allemands, les
poursuivre et les saisir. Nous avons parfaitement compris ce que vous
nous écrivez à cet égard; nous nous sommes réjoui de ce que, par un
effet de votre amitié et de votre affection pour nous, vous nous avez
fait connaître directement cette affaire, qui est propre à donnerdelajoie.
1. Brevet de chirutgien de la marine pour le sieur Salva, novembre 1788 {A/fairf^
étrangères, C" de Tunis).
[1788] AVEC LA COUR DE FRANCE 177
Que Dieu très haut accorde toujours la victoire à votre majestueux
et puissant Empereur, le prince des princes de ce monde; que TÊtre
suprême perpétue son Empire jusqu'au jugement dernier, le rende
triomphant de ses ennemis de mauvaise foi et malintentionnés, et le
rende participant de butins abondants et de conquêtes sans nombre!
Nous pensons que les devoirs de Tamitié et les pactes de Taffec-
tien continueront à être observés entre les deux Cours; et en consé-
quence nous vous assurons que notre amitié sera ferme et permanente.
Que Tédifice de Tamitié qui est entre nous soit inaltérable et éternel !
que cette amitié grandisse I que vos jours soient augmentés ! »
(Sceau) [Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
LE M^ DE NIEUIL ' AU G^*" DE LA LUZERNE.
408. — A bord de « L'Illustre », Tunis^ 9 juillet 1788, — « L'escadre
du Roi a mouillé hier après-midi dans cette rade... La Régence de
Tunis ne paraît pas aussi disposée à la guerre que celle d'Alger; c'est
bien simple, elle est commerçante... Ce matin la place a salué le
pavillon du Roi de 25 coups de canon. Comme nous ne connaissons pas
de salut au-dessus de 21, c'est le nombre que j'ai fait rendre. Le
Consul me marque que c'est par une distinction particulière pour le
pavillon du Roi que le Bey a fait tirer ce nombre de coups de canon. »
(Marine, B* «77, /". 98,)
DB CRATEAUMBUF AU C^ DE LA LUZERNE.
409. — Tunis, 45 juillet 1788, — L'escadre du Roi, sous les ordres
de M. le marquis de Nieuil, chargée de la protection du commerce
français dans la Méditerranée, a relâché à La Goulette le 7 courant et
est repartie le 10, sans que le commandant soit descendu à terre. Le
Bey Ta fait saluer de 25 coups de canon, que le commandant a rendus
coup pour coup.
(Affaires étrangères, C"* de Tunis,)
DE GHATEAUNEUF AU C^« DE LA LUZERNE.
410. — Twnw, 21 octobre 1788, — La paix de la Régence avec
l'Espagne vient d'être conclue. Le don de 250,000 piastres fortes fait
par le Cabinet de Madrid au Bey est l'article fondamental du traité '.
(Affaires étrangères, C'** de Tunis,)
1. Arnould-CIaude de Ponte, marquis && Nieuil, né en 1731, garde de la marine
en 1146, enseigne de vaisseau en 1751, lieutenant en 1737, capitaine en 1764, ch*' de
s* Louis en 1770, brigadier des armées navales en 1777, inspecteur des troupes et de
Tartillerie de la marine en 1781, chef d'escadre en 1784, contre-amiral en 1792.
2. Ce traité est publié dans les Annales tunisiennes, de Rousseau, p. 468. Il ne
fut définitivement conclu qu'au mois de janvier 1791.
12
178 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i'M
HAMOUDA, BET DE TUNIS, AU C^ DE LA LUZEBRE.
411. — Tunis, ... novembre i 788. — « Nous avons Thonneur devcos
informer qu'en dernier lieu une des galiotes de notre Régence, com-
mandée par le rets Abdallah, croisant dans les parages des Etats h
Pape et y ayant rencontré une barque napolitaine chargée de laiot>
propres à la fabrique des draps, et dont Téquipage s'était réfufdé a
terre, le dit corsaire, après avoir amariné cette prise pendant la noit
faisait route avec elle pour la Corse, lorsqu'il reconnut vers le matia
deux galères du Pape qui donnaient chasse h la prise et la canon-
naient. Le reïs n'eut rien de plus pressé que de retirer de la barqce
napolitaine les Tunisiens qu'il y avait placés et de forcer de voiles ici-
méme pour gagner la Corse. Il n'en était qu'à la distance de six milles.
à la hauteur de Porto- Vecchio, lorsqu'il fut atteint et coulé bas par k
canon des galères du Pape. Le commandant de ces armements envop
aussitôt ses deux chaloupes, fit prendre tous les Tunisiens qui s elaieol
jetés à la mer et les conduisit dans les États de son maître, où ils ont
été réduits en esclavage. Ce fait s'est passé sous les yeux des Corses;
on a su sur cette île, par le rapport des officiers des galères qui
avaient mouillé à Porto- Vecchio et par d'autres nations, que lagaliote
tunisienne avait été détruite à six milles de ce port. Le Pape loi-même
n'a pu ignorer cette circonstance. Notre reïs, après avoir terminé sa
quarantaine à Civita-Vecchia, s'adressa au Consul de France qui y
réside, et lui fit une relation exacte de l'accident fâcheux qu il aTail
éprouvé à une distance des terres de la domination française qui aurait
dû le mettre à l'abri des poursuites de son ennemi, en pressant ce
Consul de réclamer tous les Tunisiens pris en cette occasion et de leur
faire rendre la liberté. Telle fut la réponse du Consul : c< Je connais
« parfaitement votre afiaire : vous êtes en plein droit de vous plaindre.
« Faites savoir au Pacha de Tunis votre position; ce Prince en portera
« ses plaintes à l'Empereur de France ou k son Vizir, et alors je serai
« autorisé par eux à faire des démarches en votre faveur, et je m mté
« resserai k la restitution de votre galiote, de vos effets et de vosper*
« sonnes. »
Ce langage de votre Consul à Civita-Vecchia est attesté par le Consul
hollandais résidant dans le même port et par des négociants qui y
sont établis, et nous prenons la liberté de joindre ici toutes ces pièces
justificatives, dans Tespoir que vous les prendrez en considération et
que vous vous occuperez du succès de notre demande.
Il y a quelque temps qu'une autre de nos galiotes ayant pris, dans
[1788] AVEC LA COUR DE FRANCE 179
les mêmes parages des États du Pape, un navire génois chargé de
morue et dont Téquipage s'était également réfugié à terre, fut rencon-
trée, au moment même où elle allait entrer à, Porto- Yecchio en Corse,
par un corsaire génois qui sortait de ce mouillage. Cet armement
s'empara de notre galiote et de notre prise à trois milles loin de cette
île. Il se répandit à Gènes et partout le bruit populaire que ces deux
prises n'étaient pas légitimes, à cause de la proximité des terres de
V Empereur de France à laquelle elles avaient été faites, tellement
que les Tunisiens restèrent libres pendant quatre à cinq mois. Ensuite
la République de Gènes, voyant qu'ils n'étaient point réclamés, les fit
esclaves; plusieurs de ces malheureux gémissent encore dans les fers,
et d'autres, plus heureux, ont été rachetés par le Roi de Maroc, et de
retour dans leur patrie ils ne cessent de nous supplier de demander
la délivrance de leurs compagnons qui sont, à Gènes et ont été pris,
comme eux, sur un territoire ami. Nous avons fait des instances auprès
du Vizir, votre prédécesseur, sur cet objet, sans en avoir pu obtenir
une réponse satisfaisante. Il en est de même de plusieurs autres
navires tunisiens qui ont été déprédés sur les côtes de la Corse. Toutes
les fois que nous en avons porté nos plaintes au Ministère de France
par l'entremise de son Chargé d'affaires résidant près de nous, nous
n'avons jamais pu en avoir satisfaction, tandis que nous nous empres-
sons, dans toutes les occasions, de faire tout ce qui peut vous être
agréable, sur la simple réquisition de votre Consul. Nous avons fait
dans vos parages des pertes considérables, et ce souvenir n'est pas
propre à augmenter nos liaisons. Nous vous prions instamment de
fixer votre attention sur nos justes représentations et de remplir
notre attente.
Puissent les fondements de la bonne harmonie qui règne entre les
deux Cours rester inébranlables ! Puissent nos sentiments réciproques
n'éprouver aucune altération! Puisse l'amitié nous unir éternelle-
ment! »
(Sceau)
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
LE C^® DE LA LUZERNE À DE CHATEÂUNEUF.
412. — VersailleSy 14 décembre i788, — On a appris avec plaisir
le succès des démarches qu'il a récemment faites, pour obtenir la
liberté de l'équipage d'un bateau corse pris. par un corsaire de Tunis
et la restitution de ce bateau.
{Affaires étrangères, C"* de Tunis,)
180 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS TS
DE CHATEAUNBUF AU C^ DE LA LUZERNE.
413. — Tttnw, i5 décembre 17SS, — La convention de la Compa^ie
d*Âfrique avec cette Régence étant expirée, le Consul a obtenu de Sidi
Mustapha une prolongation, et il demande des ordres pour renouveler
ou non la dite convention '.
{Affaire» étrangères, C^ de Tunit.)
LES CAPUCINS DE LA PROVINCE DE CORSE AU C*^ DE LA LUZERNE.
414. — Tun%$^ s février i 789, — « Le Provincial et les principaux
membres qui composent TOrdre des Capucins de la Province de Corse
exposent très humblement k Votre Grandeur que les r Missions de
Tunis, qui sont immédiatement sous la protection du Roi, étant formées
de religieux Capucins étrangers, le Gouvernement pourrait en obtenir
un service plus analogue à ses vues, si elles étaient exercées par des
sujets de Sa Majesté ' ;
Que cette considération n*a pas échappé au Père Lambal, dernier
général français des Capucins, puisqu'en 1780 il proposa de se
charger totalement des dites Missions de Tunis, ce qui ne fui pas
effectué pour des difficultés que fit naître le Provincial de ce temps-là:
Que maintenant que la dite province de Corse se trouve en état de
fournir aux dites Missions, sans laisser de contribuer des religieux pour
aller en Syrie et autres lieux; et comme elle est la plus à portée delà
côte d'Afrique, elle fournira les sujets nécessaires, s*il plaît à Votre
Grandeur de la charger en totalité du soin et de la direction des dites
Missions de Tunis; elle regardera même cette nouvelle disposition
comme une grâce pour laquelle elle ne cessera de faire des voeux pour
la précieuse conservation de Votre Grandeur. »
Signé : Cajetan de Erboplo, provincial, Cajetan de Bastia, professeur.
Jean-Baptiste d'Ajaccio, Bernardin, Grégoire et Michel, capucins.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
DB CHATEAUNBUF AU C}^ DB LA LUZERNE.
415. — Tunis, 10 février 1789,— L'aflFaire de la prise du bateaa
corse s*est enfin terminée par le payement d*une indemnité de 1,500 1.
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis)
i. L'article II du traité du 8 octobre 178S avait stipulé le terme de six ano^^
la Compagnie gardant la faculté de proroger ses privilèges pour la même période
ou de renoncer purement et simplement à ses droits sans indemnité.
2. Nous avons longuement étudié, dans l'introduction du tome II du pré^^
ouvrage, rinfluence et le rôle des Capucins italiens à Tunis.
[1789] AVEC LA COUR DE FRANCE 181
LE C^^ DE LA LUZERNE À DE CHÂTEAUNEUF.
416. — Versailles^ 5 avril 1 789, — « Je me suis fait traduire la
dépêche turque que le Bey vous avait chargé de me faire parvenir, et
dans laquelle ce Prince réclame la restitution d'une felouque tunisienne
tombée en mai dernier au pouvoir des galères du Pape, qui l'avaient
amarinée k six milles des côtes de la Corse. Il n'existe dans nos traités
avec cette Régence aucun article qui assure à ces corsaires notre pro-
tection à une pareille distance, et la demande du Bey me parait dénuée
de fondement. La réponse vague, qu'il cite, du Consul de France à
Givita-Vecchia n'est qu'une démonstration, usitée en pareil cas, de zèle
et de bonne volonté envers des sujets d'une Puissance amie qui se
trouvent dans le malheur, et les bons offices qu'il leur offrait n^étaient
que conditionnels aux ordres de sa Cour, qu'il prévoyait peut-être ne
devoir jamais lui être donnés.
A cette réclamation récente le Bey affecte d'en joindre d'anciennes,
dont mon prédécesseur lui avait déjà, démontré l'inadmissibilité; et
cette réunion de prétentions me fait soupçonner que la Régence de
Tunis, de son propre mouvement ou par quelque impulsion étrangère,
voudrait imiter l'exigence actuelle des Algériens à notre égard. C'est à
vous à tÀcher de découvrir sur les lieux jusqu'à quel point nous devons
pousser ce soupçon, et, s'il était fondé, vous pourriez faire adroitement
pressentir à Sidî Mustapha combien nous aurions lieu d'être surpris
d'un semblable procédé. Dans tous les cas, je vous autorise à annoncer
de ma part au Bey que j'ai reçu sa lettre et que mes occupations ne
m'ont point encore permis d'en rendre compte au Roi, mais qu'aussitôt
que Sa Majesté m'aura fait connaître ses intentions, je m'empresserai
de les transmettre au Bey. Je verrai à cette époque s'il sera possible
de charger de ma dépêche, comme vous le désirez, le commandant de
quelqu'un des armements du Roi stationnés dans le Levant, ou destinés
pour cette croisière.
Je ne peux qu'approuver la conduite que vous avez tenue pendant
le cours de vos réclamations relatives au bateau corse enlevé injuste-
ment par un reïs tunisien. Le renvoi que vous avez obtenu de cette
prise, du patron qui la commandait et de son équipage, et la promesse
formelle que Sidi Mustapha vous a faite d'une indemnité en leur
faveur pour les effets qui avaient été déprédés, sont une satisfaction
complète, si vous parvenez & faire compter aux intéressés la somme
qui leur a été promise.
Je vous communique le mémoire ci-joint, qui m'a été adressé par
les Capucins de Corse et par lequel ces religieux, sujets du Roi, désire-
182 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS ITJPJ
raient d'être seuls chargés du soin et de la direction des Missions d^
Tunis, à la place des missionnaires du même Ordre, mais étrangers.
qui les desservent actuellement. Vous voudrez bien m'envoyer votre
avis motivé sur cette demande, afin que je puisse juger des suites qai!
serait possible d'y donner. »
{Affaires étrangères, (7** de Tunis.)
LE C^« DK LA LUZERNE A D'ESPARRON.
417. — Versailles^ i 9 avril 1 789. — Sa demande d'indemnité, ponr
les dépenses que lui a occasionnées sa détention dans le Fondouk pen-
dant les ravages de la peste à Tunis, est d'autant moins fondée qu'il a
joui pendant cinq années de la moitié du traitement affecté au Con-
sulat de Tunis. Les circonstances sont trop défavorables pour que Ton
puisse proposer au Roi de lui accorder un dédommagement.
(Affaires étrangères^ Levant et Barbarie^ f. 87.)
DE CHATEAUNEUF AU C^^ DE LA LUZERNE.
418. — T'unis, 4 mai i789. — Depuis environ six mois le crédit de
Sidi Mustapha décroît de jour en jour, sous la double influence du carac-
tère du Bey et de la jalousie des jeunes favoris. Ce Ministre est dégoâté
et annonce son intention d'abandonner les affaires. Un tel événement
aurait une fâcheuse influence sur notre prépondérance à Tunis.
(Affaires étrangères, C* de Tunis.)
DE CHATEAUNEUF AU C^* DE LA LUZERNE.
419. — Tunis, 28 août i 7 89.— Le discrédit de Sidi Mustapha et
les dispositions peu favorables du Bey ont déterminé le Consul a sus-
pendre toute négociation jusqu'à l'arrivée de la réponse de la Gourde
France, au sujet de la felouque tunisienne prise par les galères du
Pape.
Dans les circonstances actuelles, la relâche à Tunis d une partie de
la division du Levant ne pourrait que produire un excellent effet.
(Affaires étrangères^ C'' de Tunis.)
DE CHATEAUNEUF AU C*^ DE LA LUZERNE.
420. — Tunis, 28 novembre 1789. — Conformément au décret de
l'Assemblée nationale du 6 octobre dernier, les Français sous la pro-
tection du Roi k Tunis se sont réunis au Fondouk et se sont soumis à
ses prescriptions. La somme recueillie est de 16,039 1., dont 13,5391
ont été converties en un don patriotique.
[1790] AVEC LA COUR DE FRANCE 183
Le Consul a remis cette somme à la Chambre de commerce de Mar-
seille, pour être tenue à la disposition de M. Necker '.
{Affaires étrangères ^ C'* de Tunis.)
421. — Twnw, janvier i 790, — Tableau commercial de TÉchelle de
Tunis pour 1789.
Importeitions de Marseille à Tunis 3,071,378 livres.
Exportations de Tunis à Marseille 1,584,133 —
Importations des pays étrangers à Tunis 1,963,958 —
Exportations de Tunis en pays étrangers 3,693,755 —
{Affaires étrangères, C"* de Tunis,)
TRAITÉ DE 1700.
422. — Le Bardo^ juin 1790. — « Nouveau traité pour le privi-
lège exclusif de la pèche du corail, conclu entre la Compagnie Royale
d'Afrique et Son Excellence le très illustre et très magnifique Hamouda-
Pacha, Beglierbey de TOdjeak de Tunis, par Tentremise de Sidi El-
Hadgi Mustapha, le plus chéri de ses Hls.
I
La Compagnie Royale d'Afrique m*ayant fait représenter qu'elle dési-
rait renouveler Tancien traité pour la pèche du corail aux mêmes
conditions, nous y avons consenti amicalement, et avons fait dresser
en conséquence ce nouveau traité, et approuvé ce qui a été inséré de
plus dans le troisième article, pour qu'on ait à s'y conformer.
II
La Compagnie Royale d'Afrique payera chaque année 13,500 piastres
de Tunis pour le privilège exclusif de la pèche du corail dans les mers
dépendantes du royaume de Tunis, dont les limites commencent depuis
nie de Tabarque jusqu'aux confins du royaume de Tripoli, laquelle
redevance sera payée tous les six mois de la date du présent traité,
savoir 6,750 piastres, et pareille somme à la Hn de l'année, lesquelles
deux sommes forment celle de 13,500 piastres conformes à la monnaie
de Tunis, qui étant exactement payée chaque année, personne ne
pourra exiger la moindre chose de plus sous prétexte de droits.
1. Voy. l'extrait de la délibération de la nation, avec la liste des souscriptions
patriotiques de tous les Français, au nombre de 40, résidant alors à Tunis. —
Voy. aussi la lettre du Consul de Chàteauneuf au Président de TAssemblée natio-
nale, n janvier 1790 {Affaires étrangères, Levant et Barbarie, 1790, f. i4).
184 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [l'Î^J
III
La Compagnie Royale d'Afrique s'engage à garder pendant trois
années consécutives le privilège exclusif de la pèche du corail, aprè>
lequel terme elle sera libre d'y renoncer, si elle n'en retire les avan-
tages qu'elle s'en promet, et les parties contractantes, dans le cas de
cette résiliation, n'auront aucune espèce de dédommagement à se
demander réciproquement pour cause de perte, et si, après les trois
années révolues, quelque autre Puissance chrétienne demandait d'avoir
le même privilège avec une augmentation, elle serait acceptée, si h
Compagnie refuse la préférence; et dans les cas où l'on n'en trouverait
pas de plus et que la Compagnie désirât de continuer encore tr!)L<
années, il serait dressé un nouveau traité, et, les dites trois aonées
révolues, elle sera encore libre d'y renoncer.
IV
Son Excellence permet aux employés à la pèche du corail davoir
des maisons et des magasins dans l'étendue du royaume depuis le
levant jusqu'au couchant, à l'exception de Djerbi; ils pourront avoir
dans quatre endroits de cette étendue des maisons et magasins ponr
leurs agents, en payant la rente.
V
Les agents de la Compagnie Royale d'Afrique jouiront des mêmes
droits et privilèges accordés au Consul de France résidant à Tunis, et
pourront avoir un lieu dans leurs maisons pour la prière et ne pour-
ront y être inquiétés ni molestés, sous la condition qu'ils n aorool
point de cloches et qu'ils feront leurs prières sans bruit.
VI
S*il arrivait qu'un agent de la Compagnie Royale d'Afrique, ou uq
de ses gens matelots corailleurs, eût quelque contestation avec un Turc,
le Consul de France résidant à Tunis en sera informé et se présentera
devant Son Excellence le Pacha, par devant qui l'affaire sera jugée, et
non par devant d'autres Puissances ou Caïds.
VII
Les bateaux et les gens employés à la pêche du corail dans les mers
dépendantes de ce royaume, attachés k la Compagnie, seront protégés
et soutenus dans leur pêche sans que personne autre puisse Tenlr*-
prendre, et dans le cas que des sujets dépendants de Tunis ou d'aulres
Puissances enverraient des bateaux dans les dites mers pour y ^^^^
L-iTOO] AVEC LA COUR DE FRANCE 185
du corail, le Gouvernement se saisira des dits bateaux et punira très
sévèrement les équipages.
VllI
L*on ne pourra exiger aucune douane des coraux péchés dans les
dites mers que Ton portera ou sortira des magasins appartenant aux
agents de la Compagnie; les bateaux venant de France dans les dépen-
dances de ce royaume, pour y acheter ce qui leur est nécessaire pour
les provisions de bouche et leur boisson, seront également exempts
de douane et de tous autres droits.
IX
Semblable à Tarticle VIII du traité de 1782.
X
Semblable k Farticle IX du traité de 178â.
XI
Semblable à Farticle X du traité de 1782.
XII
Semblable à Tarticle XI du traité de 1782.
XIII
Les articles de ce présent traité pour le privilège exclusif de la
pêche du corail ont été négociés par Tentremise de notre bon ami
de Ghateauneuf, Consul de l'Empereur de France et suffisamment
muni des pouvoirs de sa Cour à cet effet, et il en a été remis une copie
entre les mains de la Compagnie Royale d'Afrique, pour qu'il soit exé-
cuté fidèlement et ponctuellement par les parties contractantes selon
sa forme et teneur. »
{Sceau)
(Affaires étrangères y C*"* de Ttmis,)
MUSTAPHA-KHODJA AU C^ DB LA LUZERNE.
423. — T'unis, ... septembre i 790. — « Le très heureux, très illustre
et très clément Hamouda-Pacha, Beglierbey de Tunis, notre Seigneur et
maître, désirerait d'avoir une machine à forer les canons, propre à être
mise en mouvement par des chevaux et qui fût le chef-d'œuvre de vos
habiles artistes en ce genre. Nous vous supplions de vouloir bien en
donner la commission dans vos ateliers; et lorsque cette machine y
aura été exécutée, approuvée et perfectionnée, nous vous serions très
obligé d'en faire embarquer toutes les parties pour Tunis et de les faire
186 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [\'i%
accompagner par un habile maître qui sache les rasseaibler et mHtre
le tout en mouvement sur les lieux. Nous regarderions comme uoe
véritable faveur Tenvoi que nous vous demandons et la célérité que
vous voudriez bien y mettre; nous connaissons toute la réputation dtt
vos artistes en fait de mécanique et nous attachons un prix iaiiai a
leurs ouvrages.
Permettez-nous aussi de vous rappeler un autre objet qui ne nous
intéresse pas moins. M. Barthez^ Tun de vos négociants établis à Tanis
et son associé à Marseille, M. Chapelle, devaient envoyer à Tunis, ainsi
qu'ils vous en avaient donné connaissance, un millier de bombes è
diverses grosseurs, que nous leur avions demandées. Il leur a ett;
répondu par votre Chambre de Marseille que le moment n'était pas
opportun pour ces sortes de demandes. Nous espérons que cette difti-
culte instantanée n'existe plus, grâce au Ciel, et que vous daignerez
favoriser sans délai un envoi qui devient urgent pour nous ; s il éprou-
vait encore quelque embarras, nous osons présumer que vous tâche-
riez de récarter pour faciliter l'expédition de ces munitions.
Quoique nous ne dissimulions à votre Consul rien de ce qui se passe
entre vous et nous et que nous soyons bien sûrs de son exactitude à
vous transmettre tout ce que nous lui confions, cependant, nous aimons
à correspondre directement avec vous pour avoir l'occasion de vou>
entretenir de nos sentiments d'estime et d'amitié. C'est dans celte vue
que nous vous adressons cette dépêche. Puissiez-vous jouir d'une santt^
inaltérable! Puisse notre intimité prendre chaque jour de nouveaux
accroissements ! »
[Sceau)
{Affaires étrangères, C» de Tunis.)
LE C^* DE FLEURIBU ' À MUSTAPHA-KHODJA.
424. — Paris^ 21 novembre 1790. — « Illustre et magnifique
Seigneur,
Monsieur le comte de la Luzerne m'a remis la lettre par laquelle vous
lui faites connaître le désir que vous auriez de voir faciliter l'extraclion
de France pour Tunis de quelques marchandises dont vous avez donné
la commission à MM. Chapelié, négociants de Marseille, et d'obtenir
une machine à forer les canons qui fût travaillée avec soin. J'en ai
1. Charles-Pierre Claret, comte de Fleurieu, ingénieur, membre de YlnslMàe
France, directeur général des ports et des arsenaux en 1776, fut nommé SecMâi"^
d'Etat de la marine le 2i octobre 1790. 11 devint gouverneur du Dauphin en l"'^*
et plus tard intendant général de la maison de l'Empereur, sénateur et goureraW
des Tuileries.
[1790] AVEC LA COUR DB FRANGE 187
rendu compte à Sa Majesté. Elle m'a autorisé à donner les ordres
nécessaires pour que les négociants de Marseille n*éprouvassent aucune
difficulté pour Tachai et rembarquement des divers objets que vous
leur avez demandés, et je viens de les expédier à la Chambre de com-
merce. Mais Sa Majesté, voulant profiter de cette occasion pour donner
au Bey une marque non équivoque de sa bienveillance pour ce Prince,
et sachant par les rapports de son Consul qu'il attache un grand intérêt
k la perfection de cet instrument, a chargé le plus habile des artistes
en ce genre de ses arsenaux de le fabriquer. J'aurai soin de l'envoyer
au Bey avec un ouvrier capable d'en bien indiquer l'usage, dès qu'il
sera achevé, et il sera porteur d'une lettre pour le Bey dans laquelle
j'annoncerai à ce Prince que Sa Majesté désire qu'il accepte cette
machine comme un gage des sentiments qu'elle lui accorde. L'intention
du Roi est d'ajouter à cette faveur celle de la liberté du reïs de la
felouque de la Régence enlevée par un armement du Pape; mais je ne
puis répondre du succès de cette demande, qui doit dépendre du gré de
Sa Sainteté. Je ne négligerai rien pour la faire réussir, et pour prouver
dans cette circonstance tout le désir que j'ai de contribuer aux choses
qui sont agréables au Bey, et de vous montrer personnellement le cas
infini que je fais de l'attachement ancien et constant qui vous a toujours
animé pour les Français et dont je vous demande une nouvelle preuve,
en vous priant d'accorder vos bontés au Vice-Consul et au premier
Député de la nation chargés de suppléer pendant son absence M. de
Ghàteauneuf, qui a demandé et obtenu un congé. Je m'empresserai de
cultiver votre amitié en tout ce qui pourra dépendre de mon ministère,
et je regarde comme de bon augure qu'il m'ait présenté sitôt l'occasion
de vous offrir l'assurance des sentiments distingués avec lesquels je
suis plus parfaitement que je ne puis l'exprimer, etc. »
{Affaires élrangèi'es. Levant et Barbarie, f, 3iS v.)
426. — PariSy 21 novembre 1790, — Congé de six mois accordé
^ M. de Châteauneuf, pour régler à la Cour diverses contestations entre
lui et ses nationaux '.
(Affaires étrangères^ Levant et Barbarie^ f. 323 v.)
1. La colonie Trançaise à Tunis se plaignait non seulement de son Consul général,
mais encore de certains usages et procédés vexatoires, que la coutume avait intro-
duits au Fondouk. — Yoy. Lettre de plaintes des négociants français à Tunis contre
le Consul de Châteauneuf, 30 janvier 1790, — et Mémoire des capitaines français à
M. de Châteauneuf^ Consul général de France à Tunis : — Tunis, le S3 juillet 4790.
• En attendant que TAssemblée Nationale, qui prépare à la France un avenir si
heureux, ait pu s'occuper d'une nouvelle organisation si désirée et si nécessaire
pour les Échelles du Levant et de Barbarie, nous vous avons fait prier par le premier
188 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i79û
LE C^® DB FLEURIEU A HAMOUDA, BEY DE TUIflS.
426. — Paris, 19 décembre 1790, — « Très illustre et magniûquf
Seigneur,
L'Empereur mon mattre ayant résolu par des considérations supé-
rieures de faire quelques changements au pavillon de France, Sa
Majesté Impériale en a fait proclamer la loi expresse. Je m'empresse
de vous la faire connaître en chargeant notre Consul auprès de vous de
vous remettre une planche coloriée et un modèle qui indiquent avec
beaucoup d'exactitude la forme et les couleurs du nouveau pavilioA.
Les bâtiments de commerce français ne seront tenus à Tarborer soit a
la mer, soit dans les ports étrangers, qu'au premier avril prochain, mais
si, contre mon attente et à cause de la distance des lieux où ils naTÎ-
Député de la nation de nous assembler en présence de MM. les négociants, natr-
rellenient intéressés dans notre cause, pour vous représenter certains abu.> 'i-."
nous avons journellement à soufTrir ici, et auxquels il est instant pour nou> «k
voir remédier.
L'on ne connaît pas en cette Échelle de chancellerie de France pour nQ< ra{-
ports, pour nos contrats, pour nos expéditions, pour toutes nos afTaires, en un m»'
nous sommes obligés d'aller chercher M. le chancelier chez lui. On ne V\ irmw
pas les trois quarts du temps; nous soulTrons des retards, nous perdons des alTrr^
tements dont profitent les étrangers; s'il s'agit d'une expédition, il nous faut (rt^
souvent attendre que M. le chancelier vous ait expédié un homnne qu'il Dou<faif
payer pour aller vous les faire signer h. votre campagne, à trois lieues d'ici, el ncib
les rapporter. Nous devons remettre en chancellerie, tant d'entrée que de soriit,
un manifeste de nos chargements. L'on pardonne aisément si nous sommes ineu'^s
à cet égard, mais ce à quoi M. le chancelier est très attentif, c'est de nous fairr
toujours payer à la sortie dix piastres et dix carroubes pour le prétendu enresi-
trement d'un manifeste que nous ne lui remettons pas le plus souvent, et p^rr
deux extraits du même qui nous sont de toute inutilité, qu'il prétend que mui!
sommes obligés de prendre et surtout de payt^r quoique nous ne voulions fia>. r!
cela en vertu d'un ordre surpris sans doute à la bonne foi du Ministre, car il
n'est pas à supposer que le Ministre ait entendu de nous faire payer à M. le chan-
celier un objet de douze livres sans aucune nécessité, sans aucune utilité, ni |>*<(rr
nous, ni pour personne. Arrivés en France, nous remettons des manifestes faits «t
signés par nous.
Le sieur Rodrigucs. censal de la nation, se permet de disposer à son gré de?
frets qui se présentent, sans se soucier de l'usage établi et de la justice, qui veu-
lent que ces frets soient proposés aux capitaines suivant leur ancienneté sur
rÉchelle.
Le boulanger de la nation nous vend des galettes souvent de mauvaise qualité
au prix qu'il veut. Si nous voulons du jtain frais, il nous le fait payer comme W lui
plaît ou nous le refuse souvent très insolemment.
Nous croyons de toute justice que le prix des galettes el du pain frais soit taxé
pour nous au boulanger, comme l'est celui du pain frais pour tous les autres Fran-
çais, et nous pensons que dans tous les cas, si le boulanger de la nation nou> n^rt
mal, s'il ne nous contente pas, il doit nous être permis de nous pourvoir de jiain
ou de galette là où nous trouverons mieux notre compte, sans avoir à craindre (ie
rencontrer des difficultés lorsque nous voudrons envoyer à nos bords ce pain
acheté ailleurs «lu'au four français, ainsi que nous l'a dit le pourvoyeur «le la
nation, d'après les ordres qu'il prétend avoir de votre part. • (Archives de la Rési-
dence française à Tunis, Rer/istre des délib. de la Aa/ion, n" i, 36y p, 7$.)
[ilOi\ AVEC LA COUR DE FRANGE 489
guent, il arrivait que quelques capitalues marchands prissent le nou-
veau pavillon avant ce terme, ou conservassent encore Tancien après
le terme expiré, Sa Majesté Impériale vous prie, très illustre et magni-
fique Seigneur, de vouloir bien, dans les ordres que vous ferez expédier
aux commandants des armements de la Régence et de ses ports, leur
enjoindre de la manière la plus précise de respecter Tun et Tautre
pavillon et de ne porter aucun préjudice à tout bÀtiment français qui
serait d'ailleurs muni des papiers de bord nécessaires à la légitimité
de sa navigation. Vous pouvez bien compter, très illustre et magniOque
Seigneur, sur la vigilance de Sa Majesté Impériale à accélérer Texé-
cution de la loi qui substitue le nouveau pavillon à Tancien et la sup-
pression progressive du premier jusqu'à ce qu'il soit entièrement dis-
paru. Dans la confiance que doit vous inspirer cette assurance de sa
part, elle ne doute point que vous n'employiez les mesures les plus
eiUcaces pour la sûreté du commerce des Français, malgré cette inno-
vation qui n'en fait aucune dans les traités par lesquels la France et la
Régence sont si heureusement liées et dont Sa Majesté Impériale désire
l'éternelle durée. Je ferai tous mes efiforts pour y contribuer pendant
celle de mon ministère, en saisissant avec empressement les occasion
de vous prouver les sentiments de respectueux attachement avec les-
quels je suis, plus cordialement que je ne puis l'exprimer, etc. »
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie^ f. 346.)
427. — Pans^ 49 décembre 1790. — Circulaire aux Consuls du
Levant et Barbarie, pour leur envoyer plusieurs exemplaires de la loi
concernant le nouveau pavillon national, ainsi que ceux d'une instruc-
tion à laquelle est jointe une planche coloriée qui ne laisse aucune équi-
voque sur la forme et la disposition des couleurs.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. 348.)
HAHOUDÂ, BEY DE TUNIS, AU C^ DE FLEURIEU.
428. — Tunis^ 26 janvier i 79i. — « Après vous avoir ofifert les vœux
que nous inspire la plus pure amitié, nous nous empressons de vous
notifier la réception de la dépêche que vous nous avez adressée et qui
contenait les témoignages les plus touchants de vos sentiments pour
nous. C'est par elle que nous avons appris la démission que M. le comte
de la Luzerne avait obtenue de Sa Majesté Impériale et le choix qu'elle
avait fait de vous pour vous confier le Ministère de la marine. La
haute réputation que vous ont acquise et à juste titre vos anciens ser-
vices dans l'administration nous était déjà bien connue, et nous n'avons
pu que nous féliciter de votre avènement à cette place honorable et
190 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [1791
importante. Puissiez-vous n'y trouver qat gloire et bonhear! Paisse à
ces jouissances se joindre celle d'une sanlé inaltérable pendant de
longues années!
Nous apprenons dans le moment que le Consul de Frmoce résidasl
auprès de nous veut prendre congé de nous pour faire un voyage. Noos
n'avions aucune connaissance de ce projet, car, si nous en eussioaséte
plus tôt instruit, nous lui aurions expressément défendu de voas
demander un congé. Notre premier motif en cela est la saison à
rhiver; une autre considération plus sérieuse encore est qu'il exista
actuellement des objets qui nous concernent personnellement, doot k
négociation a été ouverte par Tentremise de votre Consul et qu'il peo;
seul terminer à notre gré. C'est ce qui nous détermine à ne pas loi
accorder la permission qu'il sollicite. D'ailleurs, il nous est revenu qn^
les négociants qui se permettent le trafic du vin avaient porté en Fraon
des plaintes contre votre Chargé d'affaires en faveur des capitaiDes
qui avaient favorisé l'évasion de quelques esclaves. Nous croyons devoir
vous prévenir que notre cher et honoré fils Hadji Mustapha-Khodja ^
propose de vous démontrer que toutes les assertions des dits nègu
ciants contre le Consul ne sont que des impostures et des calomnies.
Au surplus, l'objet essentiel de cette réponse est de vous compli-
menter sur votre élévation au Ministère et de vous témoigner Viniérél
que nous prenons à votre santé. Nous espérons que vous vous occu-
perez comme nous-méme au maintien de l'harmonie et de la bcoof
intelligence qui subsistent depuis si longtemps entre les deux Cours, es
écartant soigneusement tout ce qui pourrait donner atteinte à ces sen-
timents, et que, par cette attention réciproque, les bases de notre paix
devenant de plus en plus inébranlables, l'amitié qui y est fondée
prendra chaque jour de nouveaux accroissements. Puisse-t-elle être
éternelle I »
{Sceau) {Affcùreâ étrangères^ C"* de Tunis.)
MUSTAPnA-KHODJA AU C'*' DB FLEURIEU.
429. — 7«m«, ^7 janvier* i79f, — « Nous avons reçu la lettre
pleine d'expressions d'amitié que vous nous avez fait l'honneur de nous
écrire. Nous en avons parfaitement senti tout le prix, et nous avons tu
avec un grand plaisir votre empressement à rendre compte à l'Empe-
reur de France de nos deux demandes adressées à M. le comte de la
Luzerne, votre prédécesseur, et la décision favorable que Sa Mayesté
y avait portée. Nous l'avons, de notre côté, transmise à notre ma/lre,
et la satisfaction qu'il en a ressentie est inexprimable. Il apprécie bien
[4791] AVEC LA COUR DE FRANCE 191
les marques de bienveillance que lui donne TEmpereur de France en
ordonnant à la Chambre du commerce de Marseille d'accorder au sieur
Chapelié, négociant de celle place, noire commissionnaire, loules les
facilités possibles pour Tachai et Texpédition des articles que nous lui
avions recommandés, et en autorisant le plus habile artiste de ses arse-
naux k faire promptement une machine à forer les canons, et k nous
renvoyer ensuite avec un ouvrier capable de la monter sur les lieux et
de nous en montrer le mécanisme. D'après ces services importants,
nos vœux pour le bonheur et la gloire de votre Ministère ne sont plus
que le Juste retour de notre vive reconnaissance. Daignez les agréer,
et être bien persuadé que nous concourrons avec zèle à tout ce qui
pourra rendre indissolubles les nœuds de Tamitié qui unissent si heu-
reusement les deux Cours.
Quant à Taffaire de notre galiote prise par les galères du Pape dans
les eaux de la Corse, vous nous annoncez bien vos bons offices auprès
de la Cour de Rome pour obtenir la liberté et le renvoi dans leur
patrie du reïs et des matelots tunisiens; mais vous ajoutez que Tissue
de cette négociation dépend absolument de la volonté du Pape et que
vous ne pouvez répondre du succès. Permettez-nous de vous faire
observer que, la Corse faisant partie des Étals de Sa Majesté l'Empereur
de France, nos armements qui naviguent dans ces parages et leurs prises
sont directement sous la sauvegarde de Sa Majesté Impériale. Nos cor-
saires ne cessent de dire au Pacha, notre maître : « Comment serait-il
<( possible que, lorsque nous sommes enlevés par nos ennemis près des
« côtes de la Corse, nous fussions de bonne prise, et qu'au contraire
a Ion nous forçât à restituer celles que nous faisons à la môme dis-
« tance de cette île? Donnez-nous aussi la liberté d'y établir nos croi-
« sières. » Mais notre maître, par respect pour le territoire ami et pour
éviter tout démêlé fâcheux avec votre Cour, ne veut point céder à leurs
instances et il ne cesse, de son côté, de leur défendre l'approche de la
Corse. Aussi comple-l-il sur le prompt retour du reïs et de son équi-
page, et il me charge de vous renouveler ses réclamations à ce sujet.
Vous nous prévenez, par la même lettre, que M. de Chàteauneuf,
votre Consul et Chargé d'affaires auprès du Pacha-Bey, avait obtenu un
congé pour aller en France et que, pour le suppléer pendant son absence.
Sa Majesté Impériale avait nommé M. de Villeneuve, Vice-Consul, et le
premier député en exercice. Vous nous recommandez, en conséquence,
ces deux proconsuls. Nous avons l'honneur de vous déclarer d'abord
que c'est la première fois que nous entendons parler du désir qu'avait le
Consul de faire un voyage en France. Nous lui avons demandé le motif du
192 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1791
silence qu'il avait gardé avec nous sur ce point. Il nous a répondu qae
son projet était d'aller se marier dans son pays et qu'il n'avait pas osé
nous en faire part. Il est vrai que nous n'eussions point consenti à le
laisser partir dans ce moment; notre maître se refuse, comme vous le
verrez dans sa dépêche, à Téloignement du Consul, parce qu'il lai tronre
la capacité et les qualités nécessaires pour s'acquitter de ses foDctions
à la satisfaction des deux parties. Nous vous demandons pour lui li
permission de faire venir ici la personne qui lui est promise en mariage.
Si les rapports calomnieux et dictés par l'animosité contre cet officier
étaient écoutés et qu'il fût rappelé, notre maître est résolu à le garder
auprès de lui et à lui donner une maison et un traitement alimeataire:
nous vous prions d'en être bien assuré.
Nous pourrions prouver en détail et jusqu'à, l'évidence Tinconduite
des négociants établis à Tunis et toutes les calomnies qu'ils se sont
permises contre le Consul. Vous savez mieux que nous ce que vons
avez à faire. A Dieu ne plaise que sur la parole d'imposteurs et de gens
si peu délicats vous consommiez la perte d'un vieux serviteur de TÉtaL
qui compte plus de vingt ans de services ^
Votre Vice-Consul Guy de Villeneuve, qui réside auprès de nous,
est un homme d'esprit, bien éduqué et habile dans le maniement des
affaires ; mais quant au député, je ne vous le dissimulerai pas, loi et
ceux qui se sont joints à lui sont, sans contredit, les plus méchants
des hommes.
C'est pour satisfaire à tous les articles de votre dépêche, pour tous
féliciter sur votre Ministère et pour m'informer de l'état de votre $ant«
que nous vous adressons cette réponse amicale. Nous nous flattons que
vous la recevrez avec les mêmes sentiments, et que vous continuerez à
saisir toutes les occasions de cultiver la bonne intelligence et Tharmonie
qui unissent les deux Cours et de donner de nouveaux accroissements
à notre amitié réciproque. C'est là que se bornent tous nos désirs;
puissent-ils s'accomplir et notre intimité se perpétuer I »
(Sceau) (Affaires étrangères, C**» de Tunis.)
DE GHATEAUNEUF AU C^ DE FLEURIEU.
430. — Twnw, 28 janvier 1791. — La corvette du Roi La PauletU,
sous les ordres de M. de Brueys, lieutenant de vaisseau, a mouillé à La
1. Voy. Lettre des négociants français à Tunis aux députés du commerce de Mar-
seille à Paris, 30 janvier 179(. — Le Consul général de Châteauneuf y est accusé
d'exercer de nombreuses vexations, en s'autorisant de son crédit auprès du Bcj
et de son gendre. On demande son remplacement, bien qu'il soit persona grain
au Bardo.
[4791] AVEC LA COUR DE FRANCE 193
Goulette le 19 courant et en est repartie le 27, après avoir transmis les
dépêches de la Cour ^
DE CHATEAUNEUF AU C'*' DE FLBURIEU.
431. — Tunis y 29 janvier i79i . — Le Consul a reçu plusieurs exem-
plaires de la loi du 31 octobre 1790 concernant le nouveau pavillon
national, ainsi que de la proclamation du Roi qui fixe Tépoque à laquelle
les bâtiments de commerce pourront l'arborer. Il a aussitôt publié ces
dispositions.
La lettre écrite au Ministre par Mustapha-Khodja a été remise à
M. de Brueys, qui a été invité à conférer avec ce Prince au sujet du chan-
gement du pavillon. Le Bey a fort bien reçu M. de Brueys. Il lui a déclaré
que ce changement ne souffrirait de sa part aucune difficulté, mais qu'il
voulait savoir ce que ferait Alger. Les nouvelles de cette Régence sont
attendues avant le 1®' avril, et, à leur réception, il n'est pas douteux que
le nouveau pavillon pourra être arboré sur la maison consulaire, sans
opposition de ce gouvernement, qui s'occupe déjà des instructions à
donner à ses corsaires.
(Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
DE CHATEAUNEUF AU C*° DE FLEURIEU.
432. — Twnis, 30 janvier i 79i , — Conformément aux ordres de la
Cour, le Consul a prêté le nouveau serment et Ta fait prêter aux officiers
sous ses ordres.
{Affaires élrangères, C*'» de Tunis,)
DE CHATEAUNEUF AU C^* DE FLEURIEU.
433. — Tunis^ 5 février i79i . — Sidi Mustapha-Khodja demande la
permission de faire construire à Tarsenal de Toulon deux pontons qui
doivent servir à draguer le port de Portefarine et le lac de La Goulette. Le
Consul attendra pour répondre à ce Prince les instructions de la Cour.
(Affaires étrangères, C"* de Tunis,)
MUSTAPHA-KHODJA AU C'® DE FLEURIEU.
434. — Tunis, avril i79i. — « Après avoir offert à Votre Excel-
lence les expressions sincères de notre estime et de notre amitié, nous
en remplissons le devoir le plus sacré en nous informant de Tétat de
votre santé.
Il nous est revenu que le nommé Joseph Lapierre, ci-devant employé
1. Voy. Etat des dépenses faites à roccasion de la relâche et du séjour de la cor-
vette du Roi La Pauletle, commandée par M. de Brueys, lieutenant de vaisseau. Ces
dépenses s'élèvent à6161. lOs. 6cl
{Affaires étrangères, O*^ de Tunts.)
13
194 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS ;i:91^
dans notre fonderie en qualité d'apprenti avec les autres canonDiers,
et qui s'était mis dans le cas d'être chassé et renvoyé en France, vj
porté des plaintes de ce qu'il n'avait pas été payé de la portion de ^o
salaire qui lui était due pour son travail pendant son séjour à Tunis
Nous avons même entendu dire qu*il s'était permis des recherches^:
des voies de fait tumultuaires contre M. Chapelié, négociant à Mar-
seille. Nous pouvons certifier à Votre Excellence que le dit appresti
canonnier a reçu, avant son départ, tout ce qui pouvait lai revenir lif
ses journées de travail, et que son décompte a été fait ici très eue
tement, depuis le jour de son entrée à la fonderie jusqu'à son reoni
et soldé parles mains de M. Barthez, négociant français établi à Tuois
Nous vous prions, en conséquence, de faire subir au nommé Lapiem
la peine que méritent son imposture et les excès dont il s*est reodi
coupable, pour qu'il serve d'exemple aux autres.
Au surplus, Tobjet principal de cette lettre est de vous exprimer
l'intérêt que je prends k votre santé, et de renouveler nos vœux pou
la durée des liens qui unissent si heureusement les deux Cours. Puissen;
ces nœuds devenir de plus en plus indissolubles! »
{Sceau} (Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
HAMOUDA, BET DE TUNIS, AU C^<^ DE FLEURIEU.
485. — lunis^ avril i79i. — « A la gloire des commandant
chrétiens, Télite des grands de la nation qui professe la religion do
Messie, le modérateur des différends qui surviennent entre les Étal'
nazaréens, notre très véritable, très fidèle, très ancien et grand anii
le chevalier de Fleurieu, Ministre de la marine de TEoipereur deFraDce.
— Daigne le Ciel combler ses jours de bénédictions et de salutaire;
directions ! — Salut.
Après vous avoir offert l'hommage de nos vœux et de nos prières
nous nous empressons de vous notifier amicalement que nous etods
reçu des mains de votre Consul résidant près de nous la dépèche qne
vous nous avez adressée en dernier lieu et qui était relative au chaD-
gement du pavillon de France. Vous nous marquiez que ce changement
avait été jugé nécessaire d'après des motifs puissants et des considé-
rations majeures qui avaient déterminé notre ancien ami l'Empereur
de France à proclamer à cet effet une loi k laquelle tous les navigaleur^
français devaient se soumettre; et vous ajoutiez que l'étendard de
France qui est arboré à Tunis sur la maison consulaire devait égale-
ment éprouver le môme changement. Nous avons lu et médité celle
nouvelle disposition, et, considérant que sous le règne de nos aïeux
[1791J AVEC LA COUR DE FRANCE 198
ainsi que sous celui de nos prédécesseurs, le pavillon de France que
vous désireriez de changer est resté jusqu'à présent immuable, notre
Régence ne trouve aucune convenance au changement proposé. Elle le
regarde comme une innovation qui s'écarte des conditions du traité
subsistant entre les deux Cours. Elle juge plus convenable que
l'étendard de France qui est arboré à Tunis ne soit point changé, et
qu'il y soit maintenu tel qu*il y a toujours été et dans Tétat qui a été
consacré par un usage immémorial. Nous espérons qu'à la réception
de notre réponse et lorsque nos intentions sur cet objet vous seront
bien connues, vous n'y verrez que notre scrupuleux attachement aux
devoirs que nous imposent nos anciens traités, notre fidélité aux sen-
timents d'estime et d'amitié qui unissent si heureusement la Régence
de Tunis et la Cour de France, notre désir de raffermir les fondements
de la paix, sans permettre qu'il y soit porté la moindre atteinte ni
altération, et nos vœux sincères pour que nos liens deviennent de jour
eD jour plus indissolubles.
Puisse notre constante amitié prendre sans cesse de nouveaux
accroissements! »
(Affaires étrangères, C" de Tunis.)
DB CHATEAUNEUF AU C*« DB FLEUBIEU.
436. — Tunis^ 9 mai 1791 . — Après l'arrivée du courrier d'Alger,
le nouveau pavillon de France a été reconnu le 29 avril et arboré le 30
à la maison consulaire et dans la rade, avec tous les honneurs qui
lui sont dus.
Le Consul se dispose à quitter Tunis; il avisera le Ministre aussitôt
qu'il sera de retour en Europe.
{Affaires étrangères^ C*" de Tunis.)
DE CHATEAUNEUF A THÉVBNARD K
437. — 7t/ni5, 30 mai 1791 . — L'affaire du navire tunisien pris par
les galères du Pape dans les eaux de la Corse est enfin terminée, ainsi
qu'il avait été convenu entre Sidi Mustapha et le Consul. Le reïs qui
commandait cette felouque est arrivé à Tunis, et le Consul l'a présenté
au Bey et à son Ministre.
Le nouveau pavillon a été arboré, mais ce n'est pas sans peine qu'il
a été agréé par le Bey, ce Prince ayant appris par un second courrier
d'Alger que ce nouveau pavillon y avait été apporté avec des présents.
1. Anloine-Jean-Marie Thévenard, ancien capitaine de vaisseau au service de la
Compagnie des Indes, brigadier des armées navales en 1782, chef d'escadre en 1784,
vice>amiral en 1790, Secrétaire d'État de la marine le 16 mai 1791. II fut nommé,
l'année suivante, commandant de la marine à Lorient, puis à Brest et à Rochefort.
et devint sous l'Kmpire sénateur et préfet maritime à Toulon.
196 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSOLS 1701
Sidi Mustapha, depuis plus de trois ans, ne cesse de démoDtrer aa
Consul la nécessité d'offrir au Bey un présent, comme lui en ont fait
les autres Puissances. Ce Prince se plaint depuis longtemps du peo
de cas que la Cour semble faire de sa personne ; sa mauvaise humeur
se manifeste dans toutes les afiaires, et dans Tintérét de notre com-
merce il serait bon de laisser entrevoir à Sidi Mustapha que son maitrr
sera satisfait.
[Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
438. — Paris ^ 29 mai 1791 . — Circulaire aux Consuls de Barbarie.
leur faisant part de la nomination de Thévenard au Ministère de h
marine.
(Affaires étrangères^ Levant et Barbarie^ f. 1 tt]
MUSTAPHA-KHODJA A THÉVBNARD.
489. — Tunis^ 7 juin 1791. — « Illustre Seigneur,
Nous avons Thonneur de vous notifier que votre lettre, qui nous
annonçait votre nouveau pavillon, nous est parvenue et a été mise
sous les yeux du Pacha notre maître. Il s'est d'abord refuçé à celle
innovation, et comme elle ne devait avoir lieu qu'à la suite d'un reoog-
vellement de traité, il en inférait pour lui-même la faculté de vous fain-
des demandes considérables; mais M. de Chàteauneuf, votre Consul, el
nous, avons été assez heureux pour satisfaire le Pacha, moyennanloB
envoi de votre part de quelques munitions de guerre, et il a permis,
en conséquence, que votre pavillon fût arboré dans ses ports. La noie
de ces munitions a été remise au susdit Consul. Nous espérons qoe
vous donnerez vos ordres pour la prompte exécution de cette note, el
que les articles qui y sont contenus nous seront expédiés sans délai «?l
à la satisfaction de notre mattre *.
Permettez-nous de vous rappeler notre précédente dépêche, qne
vous avez laissée sans réponse; nous ignorons la cause de ce retard.
M. de Chàteauneuf nous ayant prévenu de son prochain départ pow
la France, nous avons saisi cette occasion pour nous informer de Tolre
santé et vous renouveler les assurances de notre amitié. Tels sont 1»
objets de la présente. Ajoutez-y encore celui de vous offrirnos vœui
pour la constante durée des liens de l'estime et de la bonne intelli-
gence qui régnent entre notre Régence et votre Cour. Puissent-ils être
1. Note des demandes du Bey remise à M, de Chàteauneuf par Muslapha-f^f^J^;
premier Ministre : 2 pontons de fer, 200 quintaux de poudre, iO canons de l"^"^^
de balle, 20 canons de 12 livres de balle et de 10 pans de longueur, 4,000 boam
70 pierriers, 70 tromblons de fonte. (Affaif*es étrangères, C'** de Tunis.)
[1791 J AVEC LA COUR DE FRANCE 197
éternels! Puissent ces sentiments prendre chaque jour de nouveaux
accroissements! »
P.-S. — Nous vous demandons vos bontés pour M. de Châteauneuf,
quand il sera près de vous, et nous nous flattons que vous nous le ren-
verrez bientôt en sa première qualité de Consul, si la chose est possible.
{Sceau) {Affaires étrangèi^es, C**» de Tunis.)
DE VILLENEUVE * A THÉVENARD.
440. — Tunisy 10 juin 1791 . — M. de Châteauneuf a enfin obtenu
congé du Bey et a quitté Tunis. Il a présenté au Bey le Vice-Consul de
Villeneuve comme devant le remplacer en son absence, conjointement
avec le premier député, après quoi ils sont allés chez Mustapha-Khodja.
Mais ce Ministre n'a pas voulu recevoir le député, malgré les instances
du Consul de Ch&teauneuf, et s'est refusé à le voir et à traiter avec lui.
[Affaires étrangères, C'*' de Tunis.)
HUSTAPHA-KHODJA A THÉVENARD.
441. — 7unw, 15 septembre 1191 , — « Nous nous empressons de
vous renouveler Tassurance de notre estime, et nous vous faisons savoir
amicalement que notre Régence aurait besoin dans ce moment-ci d'une
certaine quantité de mâts et de bois de construction. Nous en avons, en
conséquence, donné commission à M. Chapelié, négociant à Marseille;
il a ordre d'acheter, pour notre compte et à nos frais, les susdits bois à
Marseille même, et, dans le cas où il n'en trouverait point dans ce port,
de tâcher de se les procurer à Toulon. Nous venons vous supplier d'en
permettre et d'en faciliter l'extraction de l'arsenal impérial, après en
avoir exigé le prix de notre commissionnaire. Nous vous prions de
nous faire encore une autre faveur, ce serait de vouloir bien donner
vos ordres pour que le navire porteur de ces munitions navales soit
accompagné par l'armement qui est destiné au transport de quelques
articles demandés antérieurement à votre Cour par notre Régence '
jusqu'au port de Portefarine, où le premier doit aller faire son déchar-
gement. Nous espérons que vous aurez égard à nos instances sur ces
deux points et que vous daignerez en accélérer l'eflfet. Soyez persuadé
que nos sentiments pour vous sont inaltérables.
Que le Très-Haut nous fasse tous jouir du calme et de la paix! Puisse
l'amitié qui nous unit prendre toujours de nouveaux accroissements. »
{Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
i- Yoy. la noie 2, p. 158.
2. Voy. la noie 1, p. 196.
198 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS '\:'A'
LE C^o BERTRAND < A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
442. — Paris^ 8 octobre 179i . — « Très illustre et très magnitiqae
Seigoeur,
L'empereur, mon maître, ayant jugé à propos d'accorder à M. Thére^
nard sa retraite, a daigné me confier le Département de la marine, oc
aboutissent tous les intérêts et les correspondances de son Empira
dans les pays qui sont soumis & votre Gouvernement. Ce changemeD'
ne devant servir qu*à resserrer de plus en plus les liens bien étabib
de Tamitié et de la bonne intelligence, je vous l'apprends avec dauUi:'
plus de plaisir qu'en exécutant les commandements suprêmes df
Sa Majesté Impériale, je n'ai à vous annoncer que les dispositions h
plus conformes aux avantages que peuvent promettre une paixeluDi>
union aussi sincères qu'inaltérables.
Je désire personnellement de pouvoir vous convaincre par messer
vices du prix que je mets à votre bienveillance et de mon atleotioDS
vous donner, en tout temps, des marques du respect avec lequel je sui>
plus parfaitement que personne, etc. »
(Archives du Dar-el-Bey, Reg. n* 5, carton n" 6, Ministère de la marine^lîiS-lhi:.
LOUIS XVI A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
443. — Paris, 24 octobre 1791. — « Illustre et magnifique Sei-
gneur,
Nous nous sommes déterminé à envoyer devers vous le sieur Devoize,
en qualité de Commissaire et Chargé de nos affaires. Sa prudence oou5
inspire d'autant plus de confiance qu'il a su mériter celle de voire
illustre père, qui Tavait honoré de ses bontés *.
Nous lui avons, en conséquence, remis nos instructions avec ordre de
i. Antoine-François Bertrand comte de MoUevilie, maître des requêtes en ITT*.
Intendant de Bretagne en 1784, Secrétaire d'État de la marine du 2 octobre \y^
au 15 mars 1792. Décrété d'accusation par la Convention nationale, il émi^ra es
Angleterre.
2. Lettre du C* Bertrand au Boi, U octobre 4791. — « Votre situation avec If-
Princes de Barbarie ne présente encore aucune incertitude sur la durée de l^psn^
mais eUe exige des sacrifices que j'ai l'honneur de proposer à Votre Majesté.
Le rappel de Tunis du Consul actuel, demandé par les négociants français, lai^»^
nos alTaires entre les mains d'un Vice-Consul trop jeune pour pouvoir les teraiiofr
dans la crise oti elles se trouvent.
Votre Majesté est suppliée d'autoriser l'envoi d'un négociateur sage cl capable dj
bien discuter nos intérêts. J'ai jeté les yeux sur le sieur Devoize, Vice-Con>ui .
Scio, qui a demeuré longtemps à Tunis où il a géré le Consulat par intérim, el #
a la promesse de Votre Majesté pour la première place à vaquer en Barbarie On
lui donnera l'expectative de ceUe de Tunis, s'il réussit dans sa mission. Elle ofcs-
sionnera des dépenses ou présents de plus de 150,000 livres, lorsqu'elle serarioi^
mais il suTQra pour ce moment de lui faire remettre, avec des lettres de civauff
de Votre Majesté, une somme de 15,000 livres pour les modiques dons qu'il auni
offrir eu son nom et pour ses frais de voyage {Affaires étrangères^ (T*' àe Tk»"'
[i791] AVEC LA COUR DE FRANCE 199
vous assurer de notre haute bienveillance, et cette lettre pour Taccré-
diter spécialement auprès de vous. Vous pouvez donc ajouter entière
foi et créance à tout ce qu'il vous dira en notre nom, soit pour ce qui
regarde notre service, soit pour tous les objets relatifs aux intérêts de
la nation française que nous recommandons spécialement, ainsi que
lui^ à. vos bontés. Sur ce, nous prions Dieu, illustre et magnifique
Seigneur, qu'il vous ait en sa digne garde. »
{Affaires étrangères^ C'*' de Tunis,)
MÉMOIRE POUR SERVIR D'INSTRUCTION AU SIEUR DEVOIZE,
COMMISSAIRE DE SA MAJESTÉ PRÈS LB BEY ET LA RÉGENCE DE TUNIS ^
444. — Paris^ 24 octobre i79f . — « Sa Majesté ayant choisi et
accrédité le sieur Devoize en qualité de son Commissaire et Chargé
d^affaires auprès du Bey et de la Régence de Tunis, afln d'y négocier
et d'y arranger les principaux points de leurs réclamations et pour
rétablir la bonne intelligence parmi les Français établis sur cette
Ëchelle, Sa Majesté est persuadée que le dit sieur Devoize remplira
avec zèle et prudence tout ce qu'exige cette mission délicate, sur
laquelle elle a voulu lui donner ses instructions.
Le sieur Devoize ayant déjà résidé à Tunis, pendant que feu Ali-Bey
gouvernait cette Régence, a dû prévoir alors quel serait le caractère du
Prince régnant, son fils. Il annonçait dès cette époque une fierté natu-
relle, qui s'est développée èi son avènement dans la guerre qu'il con-
tinue contre les Vénitiens, malgré la gêne qu'elle occasionne au com-
merce ou à la course de ses sujets. Le Consul de France lui ayant
offert un présent de douze à quinze mille livres au nom de Sa Majesté,
le Bey ne le trouva pas assez considérable et le refusa; mais il pro-
testa que cette résolution n'influerait point sur ses sentiments pour la
nation. On a cependant eu lieu de remarquer depuis, dans son langage
et sa conduite, une sorte de morosité qui ne peut être attribuée qu'à,
celte première impression. Elle aurait peut-être eu des suites plus
fâcheuses sans le retour à Tunis et le ministère de Sidi Mustapha,
son gendre, qui s'était d'abord éloigné sous le prétexte apparent d'un
pèlerinage à la Mecque et par l'appréhension réelle qu'il avait des
violences de son jeune maître. La sage expérience de ce Ministre et
son attachement constant pour les Français ont servi sans doute à
apaiser jusqu'ici le souvenir du passé, mais il n'a pu TefTacer com-
plètement, puisque le Bey s'est enfin déterminé à faire déclarer par
Sidi Mustapha qu'il se croyait méprisé de la France, quand il compa-
4. Voy. la note 2, p. 60.
200 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [IT^l
rait le trailement bien différent dont elie usait envers le Dey d Alger,
et qu'il persisterait dans cette opinion, s'il n'obtenait en pur don b
munitions de guerre et les instruments désignés dans la note qu'il ec
a remise, sans préjudice de la demande précédente d'une machine a
forer les canons qui lui a été promise. Cette dernière explication a été
amenée par la perte d'un corsaire tunisien tombé au pouToir û'm
armement sarde, et enlevé sur la Corse si près de terre qu'une partie
de l'équipage a pu s'y sauver. Le traité assure auBey et à ses corsaire
la protection de la France sur ses côtes et à la portée du canon, et sa
réclamation du bâtiment et du prix du sang de ses honimes tués ou de
la liberté du reste de l'équipage est très légitime. Impatient d'obtenir
ces indemnités, le Bey a fixé au Vice-Consul un terme de deux moi>,
qui est expiré. Il est donc très instant de transiger avec lui surceltf
affaire. Le sieur Devoize est autorisé par Sa Majesté à convenir delà
somme qu'on pourrait remettre au Bey pour le satisfaire, et il n'aon
qu'à se conformer à cet égard aux explications qui lui seront données
par le Ministre de la marine.
Il en sera de même pour deux autres corsaires qui ont été pris au^i
depuis, par des galères vénitiennes, sur les atterrages de la Corse et
dont le commissaire de la marine à Bastia a fait repasser les équipages
à Tunis.
Sa Majesté, désirant à la fois faire droit aux justes demandes du Bey
et dissiper les préventions désagréables qu'il a conçues du peu d'égards
qu'il suppose à la France pour lui, charge le sieur Devoize de s ouvrir
avec Sidi Mustapha sur le moyen de parvenir à ce double but.... et elle
y destine volontiers une somme de 100 à 150,000 livres.
Sa Majesté saura gré au sieur Devoize de l'économie qu'il ferait sar
un pareil sacrifice, et c'est pour faciliter cette diminution et ses nép-
dations préliminaires auprès de Sidi Mustapha qu'elle lui a fait compter
12,000 livres à employer en donatives personnelles. Elle attache aa
succès de sa mission la perspective du Consulat de France à Tunis,
dont elle fera expédier les provisions au sieur Devoize après le compte
qu'il aura rendu de ses démarches, s'il est aussi favorable que Sa
Majesté se plait à l'attendre de l'expérience et de la capacité de cet
officier. Mais quelque importante que soit cette partie de sa commis-
sion, celle qui intéresse la prospérité et le commerce des Françaisa
Tunis tient encore plus à cœur à Sa Majesté. Le sieur Devoize ne
saurait trop se pénétrer de la nécessité de gagner leur conGance, qui
concourra efficacement à l'exécution de la promesse que Sa Majesté
vient de lui faire. Son premier soin doit être de leur persuader que^a
[1791] AVEC LA COUR DE FRANCE 201
Majesté n'est occupée que de leur bonheur, et qu'il n'emploiera jamais
son influence auprès du Bey et de la Régence que pour leurs propres
a.vantages.
Le sieur Devoize s'attachera à inspirer au Bey et à tous ceux qui
ont part au gouvernement les mêmes sentiments, et k leur faire
entendre que Sa Majesté est résolue à donner sa protection la plus
étendue au commerce et à la navigation des Français en Tunisie. »
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f, Î9f,)
LE C'^ BERTRAND A DE VILLENEUVE, VlCE-CONSUL, ET AUDIBERT-CAILLE,
PREMIER DÉPUTÉ DE LA NATION A TUNIS.
I. — Paris, 24 octobre i79i . — « Sans attendre le résultat de
l^examen qui doit être fait incessamment de la conduite de M. de
Chàteauneuf, Sa Majesté a donné à M. Devoize, Vice-Consul k Scio, la
mission spéciale de mettre fin à Tespèce de crise où se trouvent actuel-
lement les affaires de la France à Tunis. Le Roi, en l'accréditant auprès
du Bey et de la Régence en qualité de son Chargé d'affaires extraordi-
naire, lui a recommandé de rétablir l'union et l'harmonie parmi les
Frajiçais qui résident à Tunis et de leur faire recouvrer, comme ils en
ont exprimé le désir, la bienveillance du Bey et de son premier
Ministre.... On ne doute pas qile la nation de Tunis ne s'empresse de
son côté de répondre aux vues de Sa Majesté en rétablissant prompte-
ment la bonne intelligence parmi tous les membres qui la composent.
Ce sera le préliminaire indispensable de sa réconciliation avec le Bey,
dont on doit sentir toute la nécessité par les inquiétudes que la place
de Marseille avait conçues des explications comminatoires de ce
Prince, sur la prise qui a été faite de trois de ses corsaires sur nos
côtes par les ennemis de la Régence.
Le sacrifice considérable que fait le Roi pour l'indemniser de ses
pertes doit prouver à la nation française à Tunis toute sa sollicitude
pour son commerce et sa navigation... »
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f, iSS.)
LE C^^' BERTRAND A DEVOIZE.
446. — Paris, 24 octobre 1791. — « L'attitude prise par le Bey et
son Ministre depuis le départ de M. de Chàteauneuf nécessite l'envoi à
Tunis d'un négociateur intelligent et sage. Vos services passés et
principalement ceux que vous avez rendus à Tunis, la bienveillance
particulière que Sidi Mustapha vous a toujours conservée et dont vous
avez reçu des témoignages récents, la demande qui fut faite de vous
' i02 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [\1^\]
pour le Consulat de Tunis, par le père du Bey régnant, ont déUrminé
! le Roi à vous confier celte mission extraordinaire.
I
Il m*a autorisé, en conséquence, à vous faire expédier la lettre de
créance ci-jointe, par laquelle vous êtes nommé son Commissure eî
son Chargé d'affaires auprès du Bey et de la Régence de Tunis, ei a
vous remettre les instructions particulières que Sa Majesté vous donne
elle-même.
C'est surtout auprès de Sidi Mustapha que vous devez faire tous mïs
efforts pour détruire les impressions fâcheuses que paraissent avoir
produites sur son esprit les plaintes portées contre M. de Châteauoeaf.
si Ton en juge par le soin extrême qu'il a pris à les repousser... Sidi
Mustapha peut seul vous guider dans la composition des présents qae
le Roi consent à donner au Bey et à ses principaux ofliciers, et pour
la discussion des compensations que ce Prince sollicite pour les prises
qui lui ont été faites sur nos côtes.
La demande des pontons est très embarrassante, et vous pourrez à
votre passage à Toulon voir s'il ne nous conviendrait pas mieui
d'engager le Bey à s'en désister. Cependant, notre propre commerce
et notre navigation trouveraient tant d'utilité dans l'usage de ces ics-
truments si propres à faciliter le mouillage de nos bâtiments que je me
déciderais de préférence pour le don de ces deux machines, dont le
prix et les frais de transport doivent être compris dans la somme de
150,000 livres ordonnée par Sa Majesté.
La machine à forer les canons est dans le même cas. Pour toos
faciliter votre mission, je vous ai obtenu des bontés du Roi une somme
de 15,000 livres, dont 3,000 pour les frais de votre voyage et 12,000 pour
être employées en bijoux que vous remettrez en votre nom au Bey et à
ses principaux officiers. Quant à votre traitement pendant la durée de
votre commission, il sera composé de la moitié de celui du Consulat de
Tunis et de ce que vous recevez pour le Vice-Consulat de Scio donl
vous êtes titulaire, en tout 9,750 livres.... Le Roi ne veut en aucun cas
accorder au Bey les munitions de guerre dont il a fait aussi la
demande. De pareils envois pourraient indisposer les Puissances en
guerre avec Tunis.
...Le commerce que nous faisons dans les ports du royaume de Tunis
est le plus considérable de toute la Barbarie, et il mérite à cet effet tout
l'intérêt que nous vous demandons de lui porter... Ne manquez pas non
plus de faire valoir au Bey tous les égards dont son agent en France.
le sieur Chapelle, négociant de Marseille, a été l'objet de notre part. »
{Aff^aires élvaufjCres^ Levant et Barbarie, /*. ÎBB.)
[1791] AVEC LA COUR DE FRANCE 203
LE C^^ BERTRAND A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
447. — Paris, 24 octobre i79J. — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
L'Empereur de France, mon maître, en envoyant à Tunis un Com-
missaire qu'il a chargé spécialement de ses affaires auprès de vous,
m'a ordonné de le recommander k vos bontés. J'ose les réclamer avec
d'autant plus de confiance qu'il a déjà l'honneur d'être connu de vous,
et que votre illustre père, de glorieuse mémoire, l'avait trouvé digne
de remplir cette fonction auprès de sa personne en' montrant le désir
de le voir remplacer M. de Saizieu.
Sa Majesté Impériale a remis au sieur Devoize ses propres instruc-
tions, pour guider les explications qu'il a à vous donner sur les diverses
demandes que vous avez faites, illustre et magnifique Seigneur, k
M. de Fleurieu, l'un de mes prédécesseurs. J'espère que vous voudrez
bien l'entendre sur tous les points qu'il a ordre de traiter avec vous.
Ils sont relatifs à vos deux dernières dépêches et k celles que Sidi
Mustapha-Khodja nous a écrites de votre part.
L'Empereur mon maître a été fort sensible k l'expédition des ordres
qui ont fait reconnaître et respecter le nouveau pavillon français dans
les ports et rades de vos États, et k la mer par les armements de la
Régence. Elle vous prie d'agréer tous ses remerciements de la marque
d'amitié que vous lui avez donnée dans cette circonstance. Sa Majesté
Impériale a apprécié aussi comme elle le devait l'intérêt que vous
avez eu la bonté de témoigner en faveur de M. de Châteauneuf, lorsque
la mésintelligence qui s'est malheureusement élevée entre lui et les
Français résidant k Tunis a obligé Sa Majesté Impériale k le rappeler.
Il n'appartenait qu'à un Prince aussi magnanime que vous, illustre et
magnifique Seigneur, d'entreprendre la défense d'un officier qu'il
croyait opprimé. Mais il serait bien fâcheux que les préventions que
sa situation a pu vous inspirer devinssent défavorables à la nation
française, qui a toujours été la plus ancienne et la meilleure amie de
votre illustre maison, et Sa Majesté Impériale a prescrit formellement
au sieur Devoize de faire tous ses efforts pour vous engager k perdre
tout souvenir du passé et k rendre vos bonnes grâces aux Français qui
sont établis ou qui abordent dans vos États. Je me ûatte qu'il trouvera
de la facilité k remplir cette vue salutaire, qui tient fort k cœur à Sa
Majesté Impériale, dans l'estime et l'amitié qui vous attachent à elle.
Permettez-moi de m'en rapporter aux mêmes sentiments pour tout
ce qui regarde vos intérêts personnels et les pertes qu'ont pu essuyer
vos sujets par la prise de trois de vos armements sur nos côtes.
204 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1191
Sa Majesté Impériale n'attendra pas Teffet de ses réclamations oDotrir
cette violation de territoire; elle a donné ses pleins pouvoirs au sieu:
Devoize pour transiger avec vous sur les compensations qui se^JDt
déterminées par Téquité et la sagesse qui vous distinguent. Je pren-
drai les derniers ordres de TEmpereur mon maître aussitôt que j-
connaîtrai le résultat des conférences du sieur Devoize avec vous.
Je me flatte que vous reconnaîtrez à des dispositions si loyales et s
décisives combien Sa Majesté Impériale désire de maintenir saQ>
aucune espèce d'altération la paix qui subsiste si heureusemeut entre
les deux pays. Souffrez qu'en mon particulier je vous proteste de mno
empressement à saisir toutes les occasions d'en resserrer les nœuds.
de vous ménager la continuation de la haute bienveillance de Sa Majestt
Impériale, et de vous convaincre de l'admiration et du respect ave*
lesquels je suis plus cordialement et plus véritablement que persono^
au monde, très illustre et magniflque Seigneur, votre sincère et dévout^
serviteur. *>
(Affaires élrangéreSf Ijevant et Barbarie^ f. i95.)
LE C^ BERTRAND A MUSTAPHA-KHODJA.
448. — Paris, 24 octobre 1791 , — « Illustre et magnîBque Sei-
gneur,
Les dépêches que vous avez adressées à M. de Fleuri eu, Tun de mef
prédécesseurs, ont été mises sous les yeux de Sa Majesté Impériale, et
elle m'a fait connaître ses intentions pour y guider ma réponse, b
bonté que vous avez eue de vous prêter et de concourir à la justifica-
tion de M. de Chàteauneuf, par la réfutation la plus étendue des griefs
qui lui étaient suscités, fait honneur à la générosité de vos sentiments.
Elle a excité l'attention et l'intérêt de Sa Ma^jesté Impériale, qui m a
chargé de vous en témoigner toute sa sensibilité; mais je verrais avec
beaucoup de regret subsister plus longtemps dans votre esprit ie>
impressions défavorables que vous pourriez avoir conçues contre les
accusateurs de ce Consul, et c'est autant pour les dissiper que p^ur
négocier les différents points des demandes du Bey que j'ai proposé à
Sa Majesté Impériale d'envoyer un Commissaire à Tunis, et d'accorder
la préférence pour celte mission à M. Devoize, à cause du suffrage si
honorable pour lui que vous lui avez anciennement accordé et dont il
m'a fait voir de nouveaux témoignages que vous avez daigné lui
donner directement. Vous ne sauriez croire combien cette circons-
tance me fait augurer favorablement de l'issue de ses démarches. J^
sais tout ce que j'ai à me promettre du crédit mérité dont vous
[1792] AVEC LA COUR DE FRANCE 206
jouissez auprès de votre illustre maître et de rattachement dont vous
faites profession pour la France. J*y mets tout mon espoir, et je me
réfère dans cette confiance aux explications que donnera de vive voix
le sieur Devoize et à celles qui sont renfermées dans ma dépêche
au Bey.
Sa Majesté Impériale vous fait beaucoup de remerciements de ce que
vous avez déterminé le Bey à reconnaître le nouveau pavillon français,
et des ouvertures particulières que vous avez faites à M. de Ghàteau-
neuf sur les dispositions du Bey. Ce Consul me les a fidèlement trans-
mises, et vous verrez qu'elles n'ont pas peu inûué sur les résolutions
bienfaisantes de Sa Majesté Impériale que le sieur Devoize doit vous
annoncer.
Je me borne à vous demander la continuation de votre bienveillance
pour ce dernier. Elle seule peut opérer le succès de sa commission, k
laquelle je ne vous dissimulerai point que Sa Majesté a attaché la place
de Consul à Tunis, Tune des plus considérables de cette carrière. »
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, /*. 297,)
LE C^® BERTRAND A DE VILLENEUVE.
449. — Paris, 24 octobre 1791 . — On a remis à M. Devoize les
instructions les plus détaillées sur les diverses réclamations du Bey,
mais on prie le Yice-Consul de donner à ce négociateur tous autres
renseignements dont il pourrait avoir besoin. L'arrivée de M. Devoize
fera cesser l'intérim dont Guy de Villeneuve est chargé. On félicite ce
dernier de la manière sage et prudente dont il s'est conduit pendant
sa gestion passagère.
(Affaires étrangères^ Levant et Barbarie, f. 299»)
DE VILLENEUVE AU C^ BERTRAND.
450. — Tunis, 15 février 1792. — Dans la nuit du 8 au 9 courant,
le Bey a été victime d'une tentative d'assassinat. Gra.ce k l'intervention
de son garde des sceaux, qui a été grièvement blessé par les assassins,
le Prince n'a reçu que quelques coups sans conséquence. Des trois
assassins, mamelucks de la garde du Bey, deux, se voyant pris, se sont
suicidés, et le troisième a été massacré par un esclave. Le Vice-Consul
est allé chaque jour s'informer de la santé d'Hamouda-Bey, qui s'est
montré très touché de cette attention *.
(Affaires étrangères, C"* de Tunis,)
LE G^ BERTRAND A DE VILLENEUVE.
451. — Paris, ô mars 1792. — M. Blot, ingénieur, arrivera inces-
^ Voy. sur cet incident les Annales tunisiennes, de Rousseau, p. 226.
206 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1792
samment à Tunis, pour seconder les vues du chef de la Régence M:
appartient au Consul de faire valoir aux yeux du Bey la bienveillaoe^
du Roi à son égard.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie^ /". h4.)
LE B*»" LACOSTE * A HAMOUDA, BBY DE TUNIS.
452. — Pansy 19 mars 1792. — « Très illustre et magnifique Sei-
gneur,
L'Empereur mon maître, ayant jugé à propos d'accorder à M. Ber-
trand sa retraite, a daigné me confier le département de la marine oâ
aboutissent tous les intérêts et les correspondances de son Empire ddQ>
les pays qui sont soumis à votre gouvernement. Ce changement ne devan:
servir qu'à resserrer de plus en plus les liens bien établis d'amitié el
de bonne intelligence, je vous rapprends avec d'autant plus de plaisir
qu'en exécutant les commandements suprêmes de Sa Majesté, je n'ai
à vous annoncer que les dispositions les plus conformes aux avantages
que peuvent promettre une paix et une union aussi sincères qu'inalté-
rables. Je désire personnellement pouvoir vous convaincre par mes
services du prix que je mets à votre bienveillance, et de mon attention
à vous donner en tout temps des marques de l'attachement avec lequel
je suis, etc. »
{Affaires étrangères^ Levant et Barbarie^ f. €7.)
DEVOIZB AU B^''^ LACOSTE.
463. — Toulon^ 31 mars i79.2, — Le Commissaire du Roi s'em-
barquera demain pour se rendre à son poste, emmenant avec lui à
Tunis le matériel et les ouvriers qui doivent servir à la construclioD
du ponton destiné à draguer le lac de La Goulette.
(Affaires étrangères, C* de Tunis.)
HAMOUDA, BBY DE TUNIS, AU B^" LACOSTE.
454. — T'unis, ... avril J792, — « Nous vous faisons savoir que
M. Devoize, nommé par Sa Majesté Impériale Commissaire auprès de
nous pour traiter et négocier divers points restés en souffrance, nous
1. Lettre de Bertrand à Possel, commissaire général de la marine à Toulon. -
Paris, le 5 mars 1799. — - Prière de hàler le départ de M. Blol, ingénieur allafbé
aux travaux mécaniques de Messieurs Perrier, entrepreneurs des eaux de Paris,
qui ont construit une machine à forer les canons pour le Bey de Tunis. M. Blol
est chargé de conduire cette machine à sa destination et de la mettre en mon-
vement. Il lui est accordé 500 livres par mois et ses frais de transport. • (A/fatrts
étrangères, C'** de Tunis.)
2. Ancien avocat au Parlement de Bordeaux, chef des constructions des coloain
à l'administration de la marine en 1766, député de Saint-Domingue en 1783. cbarg«
d'une mission aux Iles-sous-Ie-Vent en 1790, Secrétaire d'Étal de la marine du
15 mars au 20 juillet 1792, puis Ambassadeur en Toscane et enfin membre du Con-
seil des prises de 1800 à 1814.
11792] AVEC LA COUR DE FRANCE 207
a fîdèlement remis les dépêches dont elle Tavait chargé pour nous.
Nous les avons lues avec Tattenlion la plus suivie, et nous y avons
reconnu le véritable langage de Tamitié.
Nous avons fait à M. Devoize Taccueil que mérite un officier revêtu
de son caractère, et dont la personne nous était déjà favorablement
connue pour avoir rempli, par intérim, les fondions de Consul auprès
de notre glorieux maître, prédécesseur et père, Ali-Pacha, d'heureuse
mémoire. Nous aurons pour M. Devoize toute la confiance et la consi-
dération que lui accordait le feu Pacha, que nous cherchons à imiter
en tous points.
Votre Commissaire vous marquera qu'il ne nous reste aucune trace
des discussions qui avaient eu lieu entre les Français établis à Tunis,
pendant le cours des troubles qui les ont divisés. Nous avons ense-
veli dans un oubli absolu leurs torts, par égard pour l'Empereur de
France, qui a daigné nous en faire la demande.
Vous saurez également que tous les Français résidant dans mes
Ëtats n*ont jamais cessé de jouir de toute la protection et de la tran-
quillité que leur assurent les traités; nous sommes disposés à les faire
jouir à l'avenir des mêmes avantages.
Nous avons conféré avec M. Devoize sur Tenlèvement irrégulier de
trois de nos galiotes sur les côtes de la Corse ; il a été convenu que ces
trois bâtiments nous seraient restitués en nature avec tous les agrès,
toutes les munitions de guerre et de bouche et tous les effets qui s'y
trouvaient embarqués, si la chose était praticable, et que, dans le cas
contraire, la valeur des galiotes et des effets perdus nous sérail payée
en argent ; les Tunisiens qui composaient leurs équipages nous seraient
rendus en personnes, ou remplacés par d'autres esclaves de la même
nation, si les premiers n'existaient plus. C'est à ces conditions que
nous avons transigé sur ces faits.
Nous vous prions de nous envoyer le plus tôt possible les articles de
munitions que nous vous avons précédemment demandés; ils sont le
juste retour de notre déférence h accepter votre nouveau pavillon.
Nous nous flattons qu'à la réception de notre réponse vous vous
hâterez de réparer les pertes que nous avons essuyées sur vos côtes,
où les dites prises illégales ont eu lieu; mais si vous fermez les yeux
sur ces désordres et si vous en négligez la réparation, nous vous décla-
rons que nous en agirons de même à l'égard de vos navires, que nous
abandonnerons avec la même indifférence à la discrétion de vos
ennemis, lorsque ceux-ci chercheront à les dépréder sur nos côtes et
dans nos propres ports.
208 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [179î;
Il n'y a que cet article de nos traités qui souffre quelque difficulté
dans son exécution; qu'il soit observé dans sa plénitude, et notre
amitié restera intacte, notre paix sera éternelle.
Nous avons aussi discuté k fond avec M. Devoize Taffaire d'une de
nos prises chargée de vin qui fut enlevée, il y a environ dix-huit mois,
par un armement vénitien ; le prix en a été ûxé par votre Commissaire,
et c'est un objet terminé. »
{Sceau) {Affaires étrangères, C** de Tunis.)
MUSTAPHA-KHODJA AU B^ LACOSTE.
455. — Tunis, ... avril i 792, — « Nous avons l'honneur de faire
savoir à Votre Excellence que M. Devoize, Commissaire envoyé par
Sa Majesté Impériale auprès de notre maître, à son arrivée à Tunis.
nous a remis les dépêches qu'elle lui avait confiées. Nous avons biea
volontiers renoué connaissance avec M. Devoize, pour qui nous avio&s
toujours conservé estime et amitié depuis sa première résidence à
Tunis; et nous lui avons, en conséquence, procuré toutes les facilités
qui ont dépendu de nous pour le seconder dans sa mission.
L'indulgence que vous nous avez demandée pour les Français qui
pouvaient avoir quelque tort dans les discussions survenues entre eux
leur a été plénièrement accordée de notre part, et tout le passé est
oublié.
Vous ne devez douter ni de la protection spéciale qui a été con-
stamment assurée à tous les Français répandus dans le royaume de
Tunis, ni de celle dont ils continueront à jouir partout où s étendrait
domination de notre maître.
Il a été arrêté et convenu avec votre Commissaire que les trois
galiotes tunisiennes prises sur la Corse seraient restituées en nature
avec leurs équipages, leurs agrès, les armes et toutes les muaitioas
qui s'y trouvaient embarqués. Dans le cas où cette restitution ne serait
plus possible, M. Devoize a consenti à payer en argent la valeur des
dits navires, qui a été fixée, après de longs débats, à la somme de
â7,000 piastres de Tunis. Les hommes de leurs équipages qui seront
encore vivants seront rendus, et on enverra k la place de ceux qui
n'existent plus autant d'esclaves tunisiens qui seront rachetés à
cette tin.
Nous avons pressé M. Devoize de nous faire venir les munitions que
nous avions précédemment demandées. Il nous a objecté les circoDS-
tances présentes, qui s'opposent à la sortie de France des articles
désirés, et a insisté pour que leur envoi à Tunis fût différé et remis
[1792] AVEC LA COUR DE FRANCE 209
à un temps plus opportun; nous avons consenti à ce délai, à condition
que les dites munitions, achetées en apparence et expédiées par des
négociants, seraient, en dernière analyse, payées par le Trésor public
de France. Votre Commissaire attend sur ce point votre approbation.
M. Chapelié, négociant de Marseille, avait fait pour nous à Toulon
Tachât de 1,000 bombes; il nous en avait envoyé 800, lorsque votre
ancien Consul nous assura qu'elles faisaient partie des autres muni-
tions dont l'Empereur son maître avait résolu de nous faire présent.
Cependant, M. Chapelié nous ayant, dans Tintervalle, demandé le
montant de ces 800 bombes, nous crûmes devoir lui en refuser le
payement, en lui faisant connaître l'assurance positive que nous avait
donnée votre Consul au sujet des munitions qui nous étaient destinées
en retour de notre consentement à reconnaître et à laisser arborer
votre nouveau pavillon. En effet, il est de toute justice que vous don-
niez au Bey mon maître quelque marque de satisfaction pour la
complaisance qu'il a eue de se prêter à une pareille innovation; ces
procédés réciproques entretiennent Tamitié.
Puisqu'il ne vous est pas possible de conserver et de nous renvoyer
M. de Chàteauneuf en sa première qualité de votre Consul et chargé
d affaires, nous espérons du moins que vous l'employerez autre part
d'une manière honorable et proportionnée à son grade. C'est un
officier recommandable par les services qu'il a rendus aux deux Cours.
M. Devoize est aussi un serviteur distingué par son mérite, son zèle
et ses talents; il est en état d'exercer avec succès les fonctions con-
sulaires; sa conduite et son langage sont propres à resserrer les nœuds
de la bonne intelligence et de Tamitié qui régnent entre la Régence de
Tunis et la France. Nous sommes habitué à traiter avec lui, et nous
vous prions de le nommer définitivement votre Consul auprès du
Pacha-Bey.
Deux de nos prises furent enlevées à nos corsaires, il y a déjà
quelques années, pendant la vice-gérance de M. d'Esparron. Sur les
réclamations que nous en fîmes dans le temps, ce Vice-Consul se
défendit toujours en nous objectant qu'il n'avait pas qualité pour
appuyer nos représentations, qu'il nous priait de différer jusqu'à
l'arrivée du Consul. Le fléau de la peste, qui survint dans cette môme
époque, nous ayant forcé à ne nous occuper que de notre salut, inter-
rompit nos sollicitations. Nous les reprîmes à l'apparition de M. de
Chàteauneuf, qui nous engagea à les faire parvenir directement à la
Cour de France. C'est ce que nous fîmes en nous adressant aux Minis-
tres, vos prédécesseurs, dont nous n'avons pu obtenir d'autre réponse,
14
iiO CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS Tx
sinon que notre demande était ancienne et caduque. Votre Excdlt£i>
n'ignore point que la vérité, soit ancienne, soit nouvelle, est impr^-
criptible. Nous avons repris avec M. Devoize cette discussion, et ils k
chargé de vous en rendre compte en détail et avec toutes les preuve^
qu'il a dû acquérir des deux faits. Nous nous en rapportons avec c [
iiance à votre décision. Quant à la prise chargée de vin et enlevée, :!>
a dix-huit mois, par un armement vénitien à Tun de nos corsair'^
elle a été estimée à 3,000 sequius zermahboubs dans une conférée
tenue ad hoc entre M. Devoize et nous, et il a promis de nous pay^r
cette somme.
Nous vous prions d'être bien persuadé de nos dispositions à fO£-
courir de tout notre crédit à l'heureuse définition de toutes les affaim
qui intéresseront les Français; c'est une assurance que M. Deroiz
doit vous confier dans sa correspondance.
Puissiez-vous jouir d'une santé et d'une prospérité inaltérables!
{Sceau) (Affaires élrangèt'cs.f C*** de Tunit.]
LE B*° LACOSTE A DE CHATEAUNEUF.
456. — Paris^ 13 avril 1792, — Il est résulté de Texamen géo'-n'
des accusations portées contre lui par plusieurs négocianUi fracçab
résidant à Tunis que leurs imputations sont dénuées de fondemeo:.
tandis que sa défense a été prise directement par le Bey lui-mèmnt
par son premier Ministre, et qu'elle est d'ailleurs appuyée par des éloç^
presque unanimes donnés à son administration.... Pourle dédomiiiaztr
de la place à laquelle il vient de renoncer pour le bien de la paii.
Sa Majesté a décidé de le décorer de la croix de Saint-Louis, et de lu-
conférer le titre et la charge de Résident de France à Genève.
(Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. 94-)
LE B«» LACOSTE A MUSTAPHA-KKODJA.
457. — Parisy f6 avril i 792. — « Illustre et magnifique Seigneur.
J'ai l'honneur de répondre k la lettre que vous avez écrite à mon pré-
décesseur pour lui demander de faciliter l'extraction du Royaume de
quelques articles dont le Bey a besoin et que le sieur Chapelle, sod
agent k Marseille, est chargé de vous procurer. Je viens d'expédier an
port de Toulon les ordres nécessaires à l'exécution de cette comms-
sion.
Recevez, je vous prie, les assurances des sentiments d'estime el
d'amitié avec lesquels je suis, plus cordialement que personne au
monde, etc. »
(Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f 106.)
[1792] AVEC LA COUR DE FRANCE 2H
DEVOIZE AU B°° LACOSTE.
458. — Tunis, 25 avril 1792. — Embarqué à Toulon le 30 mars, à
bord de la corvette /.a Badine^ commandée par M. de Simony-Broutières,
lieutenant de vaisseau *, le sieur Devoize est arrivé à La Goule tte le
4 courant. Le 5 le pavillon a été salué, et le 10 le Consul a été reçu en
audience publique par le Bey, à qui il a remis ses lettres de créance et
dont il a reçu un accueil fort distingué.
L'affaire des trois galiotes tunisiennes prises en Corse par les arme-
ments de Sardaigne et de Venise s'est réglée par la promesse d*une
indemnité fixée, d'accord avec le Bey, à 27,000 piastres et par renga-
gement de racheter quatre esclaves tunisiens eu remplacement de
ceux qui ont été tués.
Sidi Mustapha, après de nombreuses discussions au sujet du présent
que le Roi se propose de faire au Bey, a réduit ses prétentions à la
demande de 200 quintaux de poudre, 70 pierriers de fer et 70 tromblons
en fonte, indépendamment des pontons et de la machine à forer les
canons, laquelle ne peut être comprise dans le présent.
Le sieur Devoize a remis au Bey le diamant qu'il était autorisé à lui
présenter personnellement. Ce Prince l'a reçu avec plaisir, mais il a
niontré une satisfaction extrême du don d'un méridien à canon comme
celui du Palais-Royal de Paris.
Quant à Sidi Mustapha, il a paru sensible au présent qu'il a reçu d'un
cabaret en argent, d'un fusil et d'une paire de pistolets à deux coups
damasquinés en argent.
(Affaires étrangères, C"^ de Tunis,)
DEVOIZE AU B°° LACOSTE.
459. — Tunis, 5 mai 1792, — La paix entre la République de
Venise et la Régence de Tunis a été conclue et signée le 2 courant,
moyennant 80,000 sequins vénitiens. Le traité n'aura son effet qu'après
la remise de la somme stipulée et des présents d'usage pour l'admis-
sion du nouveau Consul.
Cette paix, si chèrement achetée par la république de Venise après
une guerre de neuf ans, a produit ici un effet peu favorable à son
pavillon '.
[Affaires étrangères, C'"' de Tunis.)
4. État des dépenses faites à V occasion de la relâche et du séjour de la corvette
La. Baoinb, aux ordres de M. de Simony-Broutiéres : 349 piastres (Affaires étran-
gères^ C'^* de Tunis).
2. Ce traité a été publié dans les Annales tunisiennes, de Rousseau, p. 562.
212 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 'ITyi
DEVOIZB AU B*"" LACOSTE.
460. — 7uwis, 6 mai i792, — Le 27 avril la corvette La Flèche, <')\:>
les ordres de M. du Chayla ', a relâché à La Goulette sans mission par-
ticulière. Le sieur Devoize, pensant qu'il convenait que le pavill s
national reçût en présence de Tescadre vénitienne les honneurs qui hl
sont dus, a obtenu du Bey Tordre de le faire saluer de 21 coups d(?
canon, qui ont été rendus par la corvette.
(Affaires élrartf/êreSy C*** de Tunis.)
UAMOUDA, BEY DE TUNIS, A LOUIS XVI.
461. — Tunisy 2 juin 1792. — « A la gloire des Monarques chré-
tiens, Télite des Souverains qui professent la religion du Messie, le Irt^
sublime en dignité, très haut, très magnifique Empereur de France.
Louis XVI, notre ancien et fidèle ami, Theureux modérateur des dliït^
rends qui s'élèvent entre les nations de TEurope, le possesseur du
trône qu'il orne par ses vertus. Salut.
Après avoir offert à Votre Majesté Impériale les expressions de notn»
respect et Thommage de nos vœux, nous nous empressons de lui Doti
fier que nous avons reçu des mains de M. Devoize, votre Commissaire
chargé de nous donner les explications les plus étendues sur tous le>
points restés en souffrance entre les deux Cours, la dépèche dont vous
nous avez honoré et celle, dont il était également porteur, de M. Ber-
trand, Ministre de la marine de France. Nous avons donné la pl(l^
sérieuse attention aux divers articles contenus dans ces deux lellre.v
et nous en avons pénétré le sens, qui est celui de Testime et de ramilie.
Nous avons revu avec plaisir M. Devoize, qui avait déjà exenv à
Tunis les fonctions intérimaires de Consul sous le glorieux règne de
notre auguste prédécesseur et père Ali-Pacha, à qui Dieu a fait miséri-
corde ! Cet officier jouissait alors des bonnes grâces de notre feu maître
Votre Majesté Impériale ne doit pas douter de nos dispositions à lui
accorder notre bienveillance et toutes les faveurs qu'il est dans Tbahi-
tude d'obtenir à Tunis. Nous lui avons déjà, en conformité de la lettre
de créance qu'il nous a remise de votre part, témoigné toute la con-
fiance désirée, et nous avons écouté favorablement les proposili'niî'
qu'il nous a faites en votre nom.
Tout ce qui s'est passé entre les négociants français et notre Cour a
1. Arniand-Simon-Marie Blanquet du Chayla, garde de la marine cn4771, easci-'n?
en l'is, lioutenant en 1783, capitaine en 1792, contre-amiral en 1795, retraité en !^«'
Voy. Etat des dépenses faites à Voerasion de la relâche de la corvette La Fuihe.
sous les ordres de M. du Chayla : 130 piastres {Affaires étrangères, C"* de Tums^-
t'I'ÎOS] AVEC LA COUR DE FRANCE 213
été mis en oubli par pure considération pour la demande formelle que
Votre Majesté Impériale a bien voulu nous en transmettre, et notre con-
duite envers eux doit les avoir convaincus que nous ne gardons aucun
souvenir de leurs torts passés pendant les troubles qui avaient agité la
nation française à Tunis.
Tous les individus de cette môme nation qui naviguent sur nos côtes
ou qui sont établis dans nos États sont et seront toujours par la même
considération protégés et défendus. Us jouissent et jouiront de la plus
parfaite tranquillité sous notre sauvegarde.
Votre susdit Commissaire ayant ordre de terminer immédiatement
avec nous certains objets qui lui ont été spécialement confiés, et
d'autres ne pouvant être conduits à définition que par Tentremise du
Ministre de la marine, nous prions Votre Majesté Impériale de nous
permettre de n'entrer avec elle dans aucun détail, et de réserver ceux
qui sont indispensables pour un peu plus tard. Nous nous bornons ici à
renouveler à Votre Majesté Impériale les assurances les plus sincères
de notre empressement à maintenir l'observation des traités qui nous
lient à la France, tant qu'elle écartera de son côté tout ce qui pourrait
leur porter atteinte. Puissent ces liens si salutaires pour les deux parties
se resserrer de plus en plus par des procédés respectifs de loyauté et
de générosité, si propres à procurer et à accroître les sentiments d'es-
time et d'amitié qui unissent indissolublement les Tunisiens et les
Français I
Puisse Votre Majesté Impériale couler des jours purs et sereins dans
une félicité inaltérable ! »
(Sceau) (Affaires étrangères , C'* de Tunis.)
462. — Paris, 34 juin 1792. — Provisions de Consul général pour
Jacques Devoize, Commissaire du Roi près le Bey de Tunis ^
• (Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f. 190 v.)
DEVOIZE AU B^"" LACOSTE.
463. — Tunis, 24 juin i 792. — La frégate La Vestale, commandée par
M. Gavoty *, a mouillé hier à La Goulette, venant d'Alger, avec mission
1. Voy. la noie 2, p. 60, — la correspondance de Devoize avec le Bey (Palavf
Dar-el-Bey, Tunis, carton Francs, 4710-1883), — et le carton Mission Devoize (Archives
de la Résidence française à Tunis, Marine, 17^3-181^).
3. Jean- Baptiste-Charles Gavoty, enseigne de vaisseau en 1770, lieutenant en 1778,
capitaine de brûlot en 1784, capitaine de Trégate en 1786, commandant La Vestale,
de Tescadre de la Méditerranée sous les ordres de l'amiral Truguet. — Voy. sur
sa mission à Alger à la même époque Correspondance des Deys d'Alger avec la
Cour de France, t. Il, p. 426.
214 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS yâi
d'escorter les bâtiments en charge pour la Provence. Le pavillon a été
salué de 21 coups de canon, et la frégate du Roi les a rendus. M. Gavoty
a cédé à la prière qui lui a été faite par les négociants de séjourner ici
de quinze à vingt jours pour leur permettre de préparer un convoi.
(Affaires étrangères^ C'** de Tunv.)
LE B<>° LACOSTE A MUSTAPHA-RUODiA.
464. — Paris, 29 juin 1792. — « Illustre et magnifique Seigoeur,
J'ai remis àTEmpereur la réponse que le Bey de Tunis avait charge
le sieur Devoize de me faire passer pour Sa Majesté Impériale. Elle a
été fort sensible à Taccueil fait à M. Devoize au Bardo, et elle v a
reconnu les sentiments que vous avez toujours montrés pour les iott
rets delà France. Elle n'a point hésité à déférera la demande que vou^
avez daigné former vous-même de le voir succéder à M. de Châteauneuf.
Elle Ta nommé en conséquence son Consul auprès du Bey. La pariqu^
ce Prince a eu la bonté de prendre, ainsi que vous, illustre et magni-
fique Seigneur, à la situation de M. de Chàteauneuf, a achevé de déter-
miner Sa Majesté à le remettre en activité dans une autre carrière, de
manière à le dédommager de la place qu'il avait perdue.
Je vous prie d'agréer tous mes remerciements des facilités que \*m
avez apportées à la discussion des réclamations de la Régence. Sa
Majesté, à qui j'ai rendu compte de ce qui avait été arrêté entre voaset
M. Devoize, m'a chargé de lui expédier ses dernières instructions pour
en terminer radicalement tous les points. Je me flatte qu'à l'empresse-
ment qui a été mis dans l'exécution de ceux qui ont été réciproquemeot
convenus, le Bey et vous jugerez delà sincérité des dispositions où est
Sa Majesté Impériale d'entretenir la bonne intelligence et de l'impossi-
bilité où elle est de pousser plus loin les sacrifices.
Je n'ai qu'à désirer que vous veuillez bien continuer à M. Devoize
vos bons offices et votre appui auprès du Bey, afin qu'R puisse conclure
cette négociation à la satisfaction des deux Cours. Aussitôt quelle sera
finie, Sa Majesté témoignera la sienne au Bey en répondant à cette
époque à la lettre que ce Prince lui a écrite directement.
Recevez en attendant les assurances de l'estime et des seotimenL^
d'attachement avec lesquels je suis, etc. »
(Affaires étrangères^ Levant et Barbarie^ f, ÎOO.)
LE B""" LACOSTE A DEVOIZE.
466. — Paris, 29 juin i792, — On a appris avec plaisir son heureuse
arrivée à Tunis et l'accueil que lui ont fait le Bey et son premier
Ministre. Sa négociation devra aboutir suivant ses indications:
[i702] AVEC LA COUR DE FRANCE 218
i.*» Au payement convenu d'une somme de 27,000 piastres ou 43,5001.
lie Tixnis pour les trois galiotes enlevées par les armements de Venise
et de Sardaigne près rile de Corse ;
â® Au rachat de quatre Tunisiens esclaves à Cagliari, et au remplace-
ment des hommes tués dans le combat et dont le nombre est inconnu ;
3® A la remise en pur don des pontons et de la machine à forer les
canons pour tenir lieu d'une galiote détruite par les armements du Pape
dans les eaux de la Corse ;
4« A la restitution en nature et en argent d'une prise appartenant au
favori du Bey, qui en avait passé vente à des Français, et qui fut saisie
par une escadre vénitienne.
Le tout n'atteint pas le chiffre de 150,0001., somme qui avait été fixée
pour l'arrangement de nos affaires à Tunis. Devant cet exposé, le Roi
a décidé que M. Devoize éluderait autant qu'il serait possible les
demandes de munitions de guerre qui sont faites directement ou indi-
rectement par le Bey au Roi.
On se loue infiniment de la manière dont M. Guy de Villeneuve a
rempli l'intérim qui lui a été confié, et l'on regrette de ne pouvoir lui
donner un avancement immédiat. Il a grandement contribué, ainsi
que M. Devoize, à réconcilier les nationaux entre eux et avec le Bey.
[Affaires étrangères. Levant et Barbarie, /*. S02.)
DBVOIZE AU B<"> LACOSTE.
466. — Tunis, J 2 juillet i792. — Le Bey refuse au sieur Chapelié,
son correspondant à Marseille, le payement delà somme de 10,510 livres
pour la fourniture de 800 bombes, sous prétexte que le sieur de Châ-
teauneuf lui avait fait considérer ces projectiles comme un présent de
notre gouvernement. Le Consul Devoize a l'intention de proposer à Sidi
Mustapha de payer directement cette somme au sieur Chapelié, et de
lui annoncer en même temps qu'il lui remettra d'un autre côté une
pareille somme, à titre de don volontaire du Roi, la France ne pouvant
consentir à fournir au Bey, expressément, des munitions de guerre.
Le Consul général est allé avec Sidi Mustapha à Portefarine, où la
construction du ponton est avancée. Le Ministre en a examiné le méca-
nisme avec le plus grand intérêt et en a paru très satisfait.
Un bâtiment danois est arrivé à Portefarine chargé d'un présent
pour le Bey; ce sont des munitions de guerre : 30 canons de fer avec
leurs affûts; 6,000 boulets; 42 gros câbles; 100 barils de poudre;
20 balles de toile à voiles ; 600 quintaux de cordages pour les manœuvres,
le tout estimé à 100,000 piastres.
216 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [Ï7â
L'arsenal de Portefarine est bien pourvu, l'activité y règne, lesann^.
ments qui s'y trouvent se composent d'un vaisseau, de cinq bar«^es.
de deux chebecks et de trois galiotes prêtes à sortir. Trente petits ariD-
ments sont actuellement en course.
{Affaires étrangères, C" de Tunis,)
MONGB * A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
467. — Paris^ SfO août 1792. — « Très illustre et magnifique Seigneur.
J'ai été nommé au Ministère de la marine, où aboutissent lousl>^
intérêts et les correspondances de TEmpire françaisavec les payssoum>
à votre gouvernement. Ce changement pouvant contribuer à resserrer
de plus en plus les liens d'amitié et de bonne intelligence déjà, établis.
je vous l'apprends avec plaisir, en vous assurant du désir persoDoei
que j'ai de vous convaincre par mes services du prix que je mets a
votre bienveillance, et de mon attention à vous donner en tout teiDp>
des marques de mon attachement.
Le peu de temps que je suis en place et la multitude d'affaires qui sooi
à ma charge ne me permettant pas de répondre pour le moment à lalettre
que vous avez écrite dernièremenl à mon prédécesseur, je me réserve
de m'en acquitter dans la suite, et je ferai tout ce qui sera en rnoopoo-
voir pour vous prouver que je suis plus parfaitement que persoDne,elc. >
{Aff'aires étrangères, Levant et Barbarie, f, i$6.)
DEVOIZE A MONGE.
468. — Tunis, 2 1 août i 792. — Il accuse réception de ses provisioE;»
de Consul général à Tunis. Il a été reconnu en cette qualité dans une
assemblée générale de la nation.
Il n'a pas encore reçu les 66,000 livres en espèces que le Ministre a
ordonné de lui faire passer et dont il désire faire la remise au Beypour
obtenir de lui une renonciation formelle à ses anciennes préteotioos.
L'Espagne, qui avait conclu la paix avec Tunis en s'eogageaDtà
payer à la Régence une somme de 250,000 piastres fortes et à faire
un présent de 50,000 piastres en bijoux, n'a pas encore rempli ses
engagements. Le Bey, lassé d'attendre, a signifié au Consul espagnol
qu'il entendait que toutes les conditions du traité fussent remplies
dans le délai de deux mois, sous peine de rupture '.
(Aff'aires étrangères, C*«» de Tunis.)
4. Gaspard Monge, membre de TAcadémid des sciences, Ministre de la marine
sous la Convention nationale, du 12 août 1102 au 10 avril 1793. Il accompagoa
Bonaparte en K^'ypte, devint plus tard président de l'Institut du Caire, sénateur,
comte de Péluse, et fut pourvu d'un majorât en WestphaUe.
2. Voy. la note 2, p. 211.
i
[1792] AVEC LA COUR DE FRANGE 217
DBVOIZE A MONGE.
469. — Tunis, 24 août 1792. — En apprenant la nouvelle promo-
tion de Devoize au Consulat, le Bey, qui prend Alger pour modèle, a
élevé la prétention de recevoir un présent. Le Consul est d'avis de
n'en pas faire à ce Prince, pour éviter une innovation, mais il propose
quelques dons aux principaux officiers du gouvernement : au premier
Ministre, au grand douanier, au sahib-tapa, au gouverneur de Porte-
farine, au reïs amiral et à TAgha des forts de La Goulette, soit au total
pour 4,400 1.
Le Consul se plaint de la réduction de son traitement par suite de
la perte de 40 p. 0/0 que subissent les assignats.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
470. — Paris, 3 septembre 1792. — Circulaire à tous les Consuls
de Barbarie, pour leur notifier le décret qui oblige les fonctionnaires
publics à prêter le serment de maintenir de tout leur pouvoir la liberté
et Tégalité ou de mourir à leur poste.
{Affaires étrangères. Levant et Barbarie, f, 283.)
HONGB A DEVOIZB.
471. — Paris, 24 septembre 1792 {3 vendémiaire an I). — Il a bien
fait d'accueillir le mieux qu'il a pu le premier Ministre du Bey, sa
bienveillance pouvant nous être très utile dans plusieurs occasions. On
approuve également qu'il ait sollicité un ordre du Bey pour que l'Agha
(les forts saluât de 21 coups de canon le pavillon national arboré sur
la frégate de TËtat La V^estale.
On trouve également sage le moyen qu'il a imaginé pour faire payer
par Sidi Mustapha à Chapelié la valeur des 800 bombes qu'il avait
livrées pour le service du Bey.
{Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. iOI.)
MUSTAPHA-KUODJA A HONGE.
472. — Tunis, octobre 1792 {vendémiaire an /). — « Après vous
avoir offert les vœux sincères que nous faisons pour votre prospérité,
nous avons à vous apprendre que notre ami Devoize, votre Consul rési-
dant ici, nous a compté d'une part 27,000 piastres de Tunis pour les
trois galiotes prises précédemment sur les côtes de Corse, et de l'autre
part 13,500 piastres de la même monnaie pour le bâtiment vénitien
chargé de vin dont les corsaires de la Régence s'étaient emparés (en
tout 40,500 piastres de Tunis). C'est par conséquent une affaire entiè-
rement terminée.
218 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [\W
Quant aux équipages de .ces mêmes galîotes, nous étions cooTeoL^
avec votre Consul qu'en place de ceux qui avaient été tués on dob<
rendrait quatre reïs, en même temps que tous les matelots de c^^
mômes équipages qui existeraient. Les quatre reïs promis nous M
parvenus, mais les matelots qui ont été conduits à Tîle de SardaigQ^
et dont nous avons donné les noms au Consul, sont encore en escla-
vage ; nous vous prions très instamment de vouloir bien donner toi>
vos soins pour les faire délivrer le plus tôt possible et pour nous \^
faire parvenir.
Dans ces entrefaites, nous avons appris qu'il y avait disette en Fraoct
et par égard pour les anciennes liaisons d'amitié qui existent entre Iri
deux Puissances, nous nous sommes empressé d'accorder aux mar-
chands français établis dans ce pays la sortie de plusieurs chargemeDi^
de grains. Nous sommes persuadé que vous l'apprendrez avec plai>i:.
Ci-devant, nous avons été dans le cas d'écrire pour certaines affaires
aux Ministres de la marine qui vous ont précédé. Ces lettres jusqu a
présent sont restées sans réponse ; nous espérons que vous voudrez biec
vous les faire représenter et prendre en considération leur conlenu.
Nous vous en aurons, en notre particulier, la plus grande obligatioG.
C'est en prenant soin d'écarter tout ce qui peut troubler la hom
intelligence qui règne depuis si longtemps entre les deux Puissances.
et en se rendant, dans l'occasion, tous les bons offices qu'elle nist,
que les nœuds de cette ancienne amitié se resserreront tous lesjoor^
encore davantage; et daigne le ciel la rendre éternelle! »
{Affaires étrangèresy C*"* de Tunx»,)
MONGE A DEVOIZB.
473. — Paris^ 22 octobre 1792 (Z*^' brumaire an /). — « L"^
66,000 livres qui vous sont nécessaires pour terminer vos négociafe
avec le Bev et en obtenir une renonciation formelle à ses ancieDoef
prétentions ont été envoyées par la Trésorerie nationale au citoyen
Bernard, caissier de la marine à Marseille, pour vous être transmises.
(Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. S 18,)
DBVOIZB A MONGE.
474. — T'unis, 4 novembre 1 792 [14 brumaire an F). — « Citoyen
Ministre, conformément aux ordres qui m'ont été transrais, j'ai con-
voqué une assemblée des négociants et navigateurs qui se trouTentà
Tunis pour leur communiquer le décret de la Convention nationale qni
proclame la République française une et indivisible. Cette nouTelle a
«xcité une joie générale, mais des marins, artisans et domestiquef:
[1793] AVEC LA COUR DE FRANCE 219
Tont manifestée dans la ville avec un éclat dont le Bey s'est effarouché;
il m'a fait appeler pour s'en plaindre et m'annoncer qu'il y mettrait
ordre si je ne le faisais moi-môme. Il m'a demandé s'il était vrai qu'il
se fût opéré un changement dans notre gouvernement; je lui ai répondu
que je n'avais reçu aucun ordre de le lui signifier, et que j'étais toujours
chargé, en vertu des lettres de créance que je lui avais présentées, de
veiller à l'exécution des traités existants. Voilà le résumé d'un long
entretien que j'ai eu avec lui dans une audience publique. Je me suis
renfermé dans le sens de cette réponse, pour prévenir les suites de
l'humeur d'un despote que le mot de liberté effraie, et ne point
exposer la nation à souffrir momentanément des atteintes à ses privi-
lèges, comme une perception arbitraire des droits de douane, etc., si
j'eusse imprudemment devancé par une notification officielle le renou-
vellement de traité qui doit immédiatement l'accompagner. A mon
retour du Bardo, j'ai fait part à, la nation assemblée des questions du
Bey et de mes réponses. Elle a convenu qu'elles étaient telles que l'in-
térêt et la tranquillité de nos établissements l'exigeaient, que je devais
dans l'exercice extérieur de ma place conserver les formes anciennes
jusqu'à ce que je sois autorisé à parler au nom de la République. Ce
motif seul m'a fait conserver pendant quelques jours la décoration
militaire (croix de Saint-Louis) suivant le vœu des négociants, mais je
n'ai pu résister longtemps à l'exemple de ceux qui en ont fait hom-
mage à la Patrie et à l'Ëgalité. Je l'adresse à l'administration de Mar-
seille avec prière de vous la faire parvenir. J'ai fait enlever en même
temps les armes de dessus la porte du Fondouk et de la maison consu-
laire. J'ai invité tout le monde à une circonspection que j'ai la satis-
faction de voir observer....
Si la politique de ma place ne m'a pas permis de déclarer moi-même
au Bey que la France s'est constituée en République, il n'en est pas
moins informé par mes soins indirects, ainsi que le Divan, qu'elle a
Tattitude la plus imposante, que la victoire accompagne partout ses
armées de terre et de mer, et que les Français, tous soldats de la liberté,
ont juré de venger toute insulte qui serait faite au pavillon de la
République par quelque Puissance que ce fût. »
{Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
m
DEVOIZE A MONGE.
475. — Tunis, iO février i793 [22 pluviôse an /). — Envoi des
états de commerce et de navigation des Français et des étrangers à
Tunis pendant Tannée n92.
220 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [ITil^;
Importations de Marseille à Tunis 5,878,031 \ms.
Exportations de Tunis à Marseille 7,751,318 -
Total du commerce français 13,629,349 -
Commerce des étrangers 6,984,003 \\m\
Balance à Tavantage des Français 6,645,346 -
Le cabotage a employé 79 navires et 690 matelots; les frets ses<:
élevés à un total de 184,442 1. La nation française a encore obtenu. s
point de vue, une supériorité marquée sur ses rivaux.
(Affaires étrangères, O^ de Tunit.)
DEVOIZE A MONGE.
476. — Tunis^ // mars 1795 [21 ventôse an /). — La corvetl?:
TËtat LÉclah\ sous les ordres du citoyen Rondeau, a mouillé à La G<{
lette le 4 courant et en est partie le 9. Les frais de relâche s'élèvesh
1,043 1. 18 s. Le pavillon a été salué de 21 coups de canon etlecoi
mandant, s'étant rendu à Tunis sur Tinvitation du Consul, a reçu /
salut personnel de 11 coups accordé aux commandants d escadre.
(Affaires étrangères^ C" de Ttnu*.)
LE CONSEIL EXÉCUTIF PROVISOIRE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE^
A HAHOUDA, BEY DE TUNIS.
477. — Paris, 3 mai il 95 (14 floréal an /). — « Très illustrer!
magnifique Seigneur,
Les changements survenus en France exigeant que le Consul qa^
réside auprès de vous soit muni d'un titre émané de notre Gourefse-
ment actuel, nous nous empressons de confirmer par la présente le
citoyen Devoize dans les fonctions qu'il remplit à notre satisfactic4i
Nous lui donnons à cet efl'et Tordre de vous présenter cette lettre qm
servira à l'accréditer de nouveau auprès de votre personne en qualil^
de Consul général et chargé des affaires de la République française.
Vous pouvez ajouter entière foi et créance à tout ce qu il vous dira en
notre nom, relativement au service et aux intérêts du commerce et d^
la navigation des Français dans vos États, et principalemenllors^^sii
vous assurera de toute notre estime, de Tintention sincère où noib
sommes de vous en donner des marques en toute occasion, et de vos?
prouver par là le désir que nous avons d'entretenir la bonne harmoni'
qui existe si heureusement entre les deux nations. Sur ce, nous prions
i. Le Conseil exécutif provisoire élail composé des Minisires el présiiié F
chacun d'eux à tour de rôle et de semaine en semaine (Loi du 15 août 4792 m
tiYe à ses attributions).
1 "793] AVEC LA COUR DE FRANCE 221
>ieu, très illustre et magnifique Seigneur, qu'il vous ait en sa sainte et
L m grte garde. »
(Affaires élrangèresy Levant et Barbarie^ f. iS9.)
Pour le Conseil exécuUr :
/ve Ministre des Affaires étrangères^
Lebrun ^.
HAMOUDA, BEY DE TUNIS,
AU CONSEIL EXÉCUTIF PROVISOIRE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
478. — Le Bardo, mai 1193 [floréal an I). — « Aux Grands de la
République française, — Que leur fin soit heureuse!
Après avoir offert les saluts convenables à ramilié et à Taffeclion et
vous avoir présenté les expressions de la sincérité, nous nous infor-
mons de votre santé précieuse.
Nous vous exposons amicalement que, suivant le devoir de notre
SLuiitié et de notre union avec votre empire et conformément à la paix,
la bonne harmonie^ la sincérité et Tintimité qui régnent depuis de
longes années entre nos Ëtats, nous recherchons les occasions de
vous manifester notre amitié et nous désirons celles de vous faire
plaisir;
Que nous envoyons présentement en Angleterre, pour le besoin de
diverses affaires, Tintendant de notre arsenal royal, le modèle des
grands, le distingué Mohammed-Khodja, que nous regardons comme
notre chéri et honoré fils; que sa gloire augmente!
Et comme, dans le cours de son voyage, il doit passer par la capi-
tale de votre empire, nous espérons que, dans les affaires et les choses
qui lui surviendront, vous lui donnerez en toute manière aide et assis-
tance et toute autre chose qui n'est point prévue; que vous lui accor-
derez vos soins et vos efforts pour qu'il s'achemine par terre une heure
et un moment plus tôt vers l'endroit pour lequel il est destiné; et
qu'en cela vous manifesterez votre affection, vous remplirez les devoirs
de l'amitié et les obligations de l'intimité. C'est dans cet espoir que
nous vous écrivons cette lettre spéciale, pleine d'amitié, et que nous
vous renvoyons. S'il plaît à Dieu Très Haut, lorsqu'elle vous sera par-
venue et que vous en connaîtrez le contenu, vous nous obligerez au-
dessus de l'expression en accordant aide et protection au susdit dans
ses affaires et en le faisant acheminer un instant plus tôt vers l'endroit
désigné. Ensuite de ce, que notre mutuelle amitié, forte et perpétuelle,
1. Pierre-Hélène-Marie Lebrun -Tondu, précepteur à Liège, puis imprimeur,
Minisire des Affaires étrangères du 10 août 1792 au 21 juin 1793. — Les Consulats
avaient été rattachés au Ministère des Affaires étrangères par un décret de la
Convention du 14 février 1793.
222 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [ïl%\
n'étant jamais troublée ni altérée, s'augmente continueUemenl! qir
les jours de nos amis soient longs! »
(Sceau) (Affaires étrangères, C*' de Tunis.)
479. — Pwris, 9 mai i 793 {20 floréal an /). — Circulaire à tou?!^
Consuls et autres agents de la République en pays étrangers pour leur
annoncer le décret de l&Convention ordonnant la réunion des Consulat
au Département des Affaires étrangères. (14 février 1793.)
{A/faûres étrangères ^ Levant et Barbarie.)
DEVOIZE A LKBftQN.
480. — ■ Tunis, 18 mai 1795 [29 floréal an 7).— La fréfâle
La Fortunée, sous les ordres du citoyen Maistral, aLmouîIIé le SOavnIc
La Goulette. Le pavillon a été salué de 21 coups de eaaon, et le Coo>!il
a présenté le commandant au Bey et à son premier Ministre. Cette fré-
gate a sauvé trois bâtiments du convoi de Marseille à destiBailoo de
Tunis, menacés par un corsaire de Mahon, et a repris une tartane doii!
s'était emparé un corsaire espagnol.
Les frégates La Melpomène et La Minerve, sous les ordres du citoyen
Gay, sont arrivées hier à La Goulette avec mission de renforcer ]e>-
corte des bâtiments marchands qui vont faire route pour Marseille.
(Affait^s étrangères, O** de Tunis.)
DEVOIZE A LEBRUN.
481. — Tunis, .21 mai 1793 [2 prairial an 7). — Le vaisseauie
Duquesne, sous les ordres du citoyen Vence *, a relâché à La Goulette. où
1. Jean-Gaspard Vence, après avoir parlicipé à ses frais à la guerre d'ÂniériqBe,
était lieutenant de frégate en HIS. Chargé par le comte d*Eslaing de àih^f
Tattaque de Tile de la Grenade (Antilles), il devint lieutenant de vaisseau, ea
récompense de sa conduite, et capitaine du port de la Grenade en 1719. Convilae^
de malversations par le comte de Duras, gouverneur de l'île, il fui conlrain: <.>
donner sa démission en 1181 et ne put même obtenir la remise de la croii dr
Sl-Louis qui lui avait été conférée Tannée précédente. Pendant la période rèvoli;-
tionnaire, on le retrouve capitaine de vaisseau en 1192, chef d'escadre eo mission
à Tunis en 1193, contre-amiral en Tan III, commandant à Toulon de l'an Va
l'an VII, Préfet marilime dans cette ville de 1199 à 1803, retraité en 1804. -Sofl
escadre, en 1193, se composait du Duquesne, qui portait son paviiloD, des frégîles
La Sybilie et La Sensible, des corvettes La Sardine, Le Rossignol et Îm fffiiw/i?f'
du chebek Le Jacobin. Sa mission dans les eaux tunisiennes consistait à surveille;
les croisières ennemies dans la Méditerranée et à ramènera Marseille, sous son
escorte, un convoi de 80 navires marchands. Bloqué devant La Goulette par 4 ^ai^-
seaux anglais et 4 vaisseaux espagnols, il eut de graves dissentiments aree in?'»
officiers de sa division navale qui abandonnèrent leur poste, le d énoncèrent comaie
suspect, et l'accusèrent de chercher à livrer aux Anglais l'escadre avec son convoi.
11 fut aussittU destitué par le Comité de salut public le 10 vendémiaire an II. «t
contraint de remettre son commandement au citoyen Pléville-le-Pelley. Aprrs
s'être justilié à son retour à Paris, il fut réintégré dans son grade le î^hrumurt
an m. — Voy. à ce sujet le Mémoire pour servir d'instructions au ciloyen La^le»if^'^^
du 6 ventôse an 11.
11 793] AVEC LA GOUH DE FRANCE 223
il altendra le retour des frégates qui réunissent les bâtiments de Malte
et de la Barbarie pour se rendre ensemble en Provence.
(Affaires étrangères, C"» de TunisJ)
LEBRUN A DEVOIZB.
«482. — Paris^26 mai 1793 [7 prairial an 1) . — On lui envoie la note
détaillée des donatives destinées aux principaux officiers de Tunis et
qui sont contenues dans les deux caisses que l'ordonnateur de Toulon
lui fait passer. On lui recommande de présenter ces présents comme
TeiTet de la bienveillance de la République française et non d'une obli-
gation quelconque *.
(Affaires étrangères, Levant et Barbarie, f. 168,)
DEVOIZE A LEBRUN.
483. — Tunis, SI mai 1793 [12 prairial an 1), — Le Consul a
notifié officiellement au Bey la constitution de la France en République.
A l'égard du renouvellement du traité, ce Prince se conformera à ce
que fera Alger dont il a adopté les principes politiques et les préten-
tions. Jusque-là il observera fidèlement Tancien.
Devoize a terminé Taffaire des galiotes prises sur les côtes de Corse
par le payement au grand douanier, leur propriétaire, d'une indemnité
de 12,000 piastres.
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
DEVOIZE A LEBRUN.
484. — Tunis, 4 juin 1793 {16 prairial an 7). — Le citoyen Vence,
commandant le vaisseau Le Duquesne, est allé, accompagné de son
état-major, rendre visite au Bey, qui lui a fait un accueil distingué et a
envoyé à son bord en rafraîchissements un présent évalué à plus de
800 piastres.
(Affaires étrangères, C'** de Tunis,}
OEVOIZE A LEBRUN.
485. — Tunis, i 5 juin 17 93 [28 prairial an I), — L'aviso Z' A /erfe,
sous les ordres du citoyen Marchand, est arrivé de Toulon le 13 courant,
\, État des présents destinés au Bey de Tunis et à ses officiers. — Au Bey de Tunis :
Un diamant, un cabaret à la turque en vermeil à douze lasses en porcelaine et
porte-tasses en vermeil travaillé, une aiguière et son bassin en vermeil, un poignard
monté en or de couleur enrichi de brillants, une montre à répétition à timbre et
sa chaîne enrichies de brillants, un aspersoir pour Teau de rose en or de couleur,
un brûle-parfums et son plateau en or. — A Sidi Mustapha, beau-frère et ministre
du Bey de Tunis : un solitaire en bague, un brûle-parfums et son plateau en or de
couleur, un aspersoir, trois fusils, une paire de pistolets, une lorgnette en ivoire
et or. — Aux principaux officiers : deux solitaires, une pendule en bronze doré,
quatre tabatières en or, deux lunettes d'approche, deux montres à répétition et
leurs chaînes, quatre autres montres en or et leurs chaînes. Au total : 82,150 fr.
(Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
224 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i7î«
apportant la nouvelle que les flottes anglaise et espagnole comblBèe^
croisent dans les eaux de Catalogne. Le citoyen Yence, commandani k
division, s'occupe en conséquence des dispositions à prendre pour
sauver le convoi prêt à partir et composé de 24 bâtiments.
Le Dey d'Alger a reconnu la République et renouvelé le traité de
paix.
(Affaires ét'/*angères, C** de Tunis.)
486. — Paris^ 5 juillet i 793 ( / 7 messidor an I). — Rapport sur la
pèche du corail aux côtes de Tunis et d'Alger.
{Affaires étrangères^ Levant et Barbarie j f, S10.)
DEVOIZE A DEFOEGUES *.
487.— Tunis^ 13 juillet 1793 {25 messidor an /). — Le chebed
Le Jacobin, sous les ordres du citoyen Charbonnier, est arrivé aujour-
d'hui, venant de Toulon, et lui a apporté les présents qu'il doit fm
aux grands officiers tunisiens.
(Aff^aires étrangères^ O^ de Tunis.)
DEVOIZE A DEFORGUES.
488. — TuniSy 16 juillet 1793 (2 8 messidor an f), — Le Consul a obtenu
sans peine du Bey la promesse d'enjoindre à ses corsaires derespedfr
les cargaisons de grains à destination des ports de France embarqaee>
sous des pavillons ennemis de la Régence. Il a en outre fait ua arran-
gement particulier avec le chef de la marine, en vertu duquel il pres-
crira verbalement aux reïs, s'ils rencontraient des bâtiments enoemis
chargés de grains pour la Provence, de les conduire directement à
Marseille où la municipalité leur comptera 23 sequîns (environ ^ fr,'
par cent kaffis (333 charges de Provence), et, pour les autres denrées,
une somme proportionnée à leur valeur. Le Consul comptera en outre
au reis, à son retour en Barbarie, une somme de 30 sequins à titre de
récompense.
[Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
DEVOIZE A DEFORGUES.
489. — lunis, 10 novembre 1193 [20 brumaire an II). — Il annonce
!. Francois-Louis-Michel Chemin Deforgues, ancien cher de bureau de laCommuDf.
membre du Comité des massacres de septembre, secrétaire général du Comité de
salut public et adjoint au Ministre de la guerre. Ministre des Affaires étrangères
du 21 juin 1793 au 2 avril 1794. — La veille de son arrestation, le 1" aTiil 09*,
un décret de la Convention supprima le Conseil exécutif provisoire cl le remplaça
par douze Commissions. Delorgucs eut pour successeurs, comme commissaires
des relations extérieures, Hermann, Buchot, Miot et Colcben, jusqu'au 6 novem-
bre 1795.
fi794] AVEC LA COUR DE FRANGE 225
l'arrivée à Tunis du citoyen Pléville S qui doit remplacer dans le com-
mandement de la division navale le citoyen Vence, destitué par un
arrêté du Comité de salut public.
{Affaires étrangères, C'"» de Tunis,)
DEYOIZE A DEFORGUES.
490. — Tunis, 10 décembre 1793 {.20 frimaire an II). — Il est
impatient de connaître ce que le Comité de salut public aura statué, au
sujet du rachat de 38 Tunisiens esclaves à Cagliari et de 8 Corses à
Tunis. Il a distribué quelques présents aux principaux officiers du Bey.
Il se plaint encore de voir, par la défaveur du change, ses appointe-
ments réduits de 12,000 à 2,200 livres *.
DEVOIZB A DEFORGUES.
491. — Tunis, 2 1 janvier 1 794 {2 pluviôse an II), — Des Juifs appar-
tenant à la Compagnie de commerce fermière du Bey se plaignent
que des cargaisons de cuirs envoyées par eux à Marseille aient été sou-
mises à la loi du maximum. Le Bey a fait observer k Devoize que la loi
de fixation ne peut s'appliquer à des articles appartenant à ses sujets
et expédiés en France avant qu'elle fût connue, et lui a fait entendre que
dans le cas contraire il usera du même droit.
{Affaires étrangères, C* de Tunis,)
DEFORGUES A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
492. — Paris, 10 février 1794 [22 pluviôse an II), — • Le Conseil
exécutif de la République française a décidé la restitution d'une prise
tunisienne faite par un corsaire français sur le bâtiment espagnol Le
Saint-Bonaventure .
« J'ai différé de t'en donner avis pour attendre le départ du citoyen
i. Georges-René Pléville-le-Pelley (1726-1805) s'embarqua comme mousse, dès
l'âge de douze ans, sur un bateau de pèche de Granville, son pays natal. Devenu
lieutenant sur un navire corsaire de cette ville, il fit ainsi douze campagnes et se
trouva à sept combats, dans Tun desquels il eut la jambe droite emportée par un
boulet (1744). Puis il entra au service de la marine royale comme lieutenant de
frégate en 1762, devint capitaine du port de la Martinique en 1763, capitaine de
brûlot en 1766, lieutenant du port de Marseille en 1170, chevalier de Saint-Louis en
1773, prit part à la campagne du comte d'Ëstaing en 1778, fut nommé capitaine de
vaisseau et du port de Marseille en 1779, membre de la commission consultative
de la Marine en 1788, envoyé eo mission h Tunis en 1793, délégué du gouverne-
ment à Âncône et Corfou pour y organiser le service maritime de 1795 à 1797,
Ministre de la marine et des colonies du 19 juillet 1797 au 27 avril 1798, délégué
au Congrès de Lille en 1797, contre-amiral en 1797, vice-amiral en 1798, sénateur
en 1799, grand officier de la Légion d'honneur en 1804. II mourut & Paris en 1805. —
Voy. la note relative au citoyen Vence, p. 222, — et les lettres du citoyen Pléville
à la Chambre de commerce de Marseille [S. AA, 545 de (^inventaire),
2. Par décret de la Convention du 22 août 1793, les Consuls et Vice-Consuls
devaient à l'avenir être payés en numéraire.
i9
226 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS '1TB4
Lallement, nommé, par les représentants du peuple français comp»-
sant le Comité de salut public, pour se rendre auprès de toi et pour
traiter différents objets qui concernent le bien-être et les intérêts dt^
deux gouvernements, ainsi que la continuation de la bonne harmooi»
qui a si heureusement subsisté entre la République française el li
Régence de Tunis.
Le Comité de salut public, pour te témoigner l'amitié particulière
qu'il a pour ta personne, a chargé le citoyen Lallement de te remettre
de sa part une lettre qui exprime ses sentiments. Le citoyen Lalle
ment te dira que la République française a été très satisfaite de '.a
conduite franche et ferme que tu as tenue dans les dernières cireuQ>
tances et qui a prouvé que tu savais distinguer tes anciens et véritaLies
amis qui, par le courage qu'ils ont opposé à leurs perfides emm^
et par les glorieux triomphes qu'ils ont remportés, sont dignes dt
Testime de leurs contemporains et de l'admiration des génératioiis
futures, et qui, par leur fidélité à remplir leurs engagements eo>ers
toi et par la bienveillance qu'ils sont disposés à te montrer, ont àe-
droits particuliers à ton attachement et à ton amitié.
Puisse notre amitié être éternelle I »
{Affaires étrangères, C^ de Ttinù.)
493. — Paris^ ii février 1794 {23 pluviôse an II), — Arrêté da
Comité de salut public envoyant le citoyen Lallement ^ en mission à
Tunis *.
{Affaires étrangères^ Levant et Barbarie^ f. in,)
MÉMOIRE POUR SERVIR D'INSTRUCTION AU CITOYEN LALLEMENT,
AGENT EXTRAORDINAIRE ALLANT A TUNIS.
494. — JParis, 24 février i 794 {6 ventôse an II), — « La mission du
citoyen Lallement se trouve, par la nature des choses, subordoDoée.en
1. Jean-Baptiste Lallement, chancelier du Consulat de France k Raguse d« I*'-'
à 1163, à Naples de 1763 à 1774, Consul à Messine de 1774 à'1792. Consul gènrr. :i
Naples de 1792 à 1793, Ministre plénipotentiaire à Venise de 1794 à 1797. L'arr^t^
qui le désignait pour une mission extraordinaire h Tunis fut rapporté, el Henulsj*
fut nommé à sa place, comme on le verra plus loin.
2. « Le Comité de salut public, satisfait de la conduite qu'ont tenue les Ré^i'^
d*AIger et de Tunis et de la fidélité avec laquelle elles ont rempli leurs engi^m^"^^
envers la République française, désirant donner à ces Régences de nouveiie?
preuves de Tamitié de la République, etc., arrête :
Art. L Le citoyen Ducher se rendra à Alger en qualité d'agent exlraordinai^
et le citoyen Lallement se rendra à Tunis dans la même qualité.
Art. II. Ils témoigneront aux chefs de ces Régences la satisfaction de la R"??""
blique française et son désir de maintenir une harmonie parfaite et durable.
Art. IIL A cet effet, ils chercheront à obtenir par la voie d'une négociation
amicale que les bâtiments des Puissances amies de la République qui pourraient
[1794] AVEC LA COUR DE FRANCE 227
quelque sorte, à celle de son collègue Ducher. La Régence d'Alger
exerçant une assez grande influence sur celle de Tunis, il est naturel
que Tagent qui se trouvera auprès de la première dirige Timpulsion
qui sera donnée à la seconde. Il en résulte, pour ces deux agents, la
nécessité de se concerter sur tout ce qui regarde la négociation com-
mune, et pour le citoyen Lallement celle de déférer aux avis de son
collègue, lorsque chacun d*eux se trouvera rendu à son poste.
Le Bey de Tunis est d'un caractère emporté, entier dans ses volontés,
livré à des hommes corrompus, compagnons ou agents de ses plaisirs.
Lors de son avènement, il semblait montrer quelque prévention contre
les Français, mais Sidi Mustapha, son premier Ministre, qui a beaucoup
d'ascendant sur son esprit et qui s'est toujours montré notre ami, est
parvenu à lui inspirer des dispositions plus convenables à nos intérêts.
Sa conduite dans les derniers temps n'a point été équivoque, et la Répu>
blique n'a qu'à se louer de la fermeté avec laquelle il a résisté aux per-
fides insinuations des Anglais réunis aux Espagnols, qui avaient envoyé
dans le port de Tunis une forte escadre, pour se faire livrer les bâti-
ments de la République qui s'y trouvaient avec un riche convoi.
Nous étions d'autant plus fondés à avoir quelques appréhensions
qu'outre le peu de prévoyance que montrent en général les gouverne-
ments barbaresques, un moment, un rien fait souvent changer la
volonté de leurs chefs et les pousse à des résolutions violentes. Or
précisément à cette époque, non seulement la Méditerranée paraissait
momentanément avoir changé de maître, mais le Bey de Tunis avait
encore formé quelques réclamations particulières auxquelles les cir-
constances ne nous avaient pas permis de satisfaire sur-le-champ.
La première de ces réclamations est relative k trente-huit Tunisiens
qui composaient les équipages de deux galiotes enlevées sur les côtes
de la Corse par des galères sardes. Le Bey, sentant que nous ne pou-
èlre en guerre avec ces Régences, nominativement ceux des États-Unis, faisant le
commerce avec les ports de la République française, ne soient point molestés
dans cette navigation.
Art. IV. Ils seront autorisés à se concerter avec Tagent des États-Unis de l'Amé-
rique pour la négociation particulière dont il est chargé, et ils lui faciliteront les
moyens de racheter ses concitoyens tombés dans l'esclavage.
Art. V. Ils chercheront à obtenir la délivrance ou le rachat de tous les citoyens
français esclaves à Alger et à Tunis.
Art. VI. Ils se concerteront avec la commission des subsistances sur la manière
de seconder et surveiller les achats, etc., pour le compte de la République.
Art. VII. 11 sera mis à la disposition du sieur Ducher la somme de 200,000 francs
el à la disposition du citoyen Lallement la somme de 100,000 fraucs pour l'achat
des présents destinés aux Régences d'Alger et de Tunis. • {Affaires étrangères^
0" de Tunis.)
228 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [179«]
vions dans ce momeDt trailer directemenl cette affaire et que cette vio-
lation de notre territoire, arrivée avant la guerre, n*était qu'une îdsuIIh
de plus dont nous avions à tirer vengeance, a proposé plusieurs
moyens détournés pour parvenir au rachat de ces esclaves déteocs
dans le bagne de Cagliari. Ces moyens n'ont point été tels que nous
aurions pu convenablement nous y prêter, et Taffaire n^st pas encore
terminée; il parait cependant que le Consul Devoize est parvenu à trao-
quilliser provisoirement le Bey de Tunis.
La seconde réclamation concernait la cargaison d'un bâtiment espa-
gnol. Le Saint'Bonaventure^ pris par un corsaire français. Cette car-
gaison appartenait à des sujets algériens résidant à Tunis. Le Conseil
exécutif a arrêté que les propriétaires de la cargaison seraient complè-
tement indemnisés de sa valeur, et a chargé le bureau provisoire de
commerce à Marseille de terminer cette affaire. Pendant ce temps, )e
Bey, impatienté des délais, a demandé au Consul Devoize le rembours^
ment provisoire de la valeur de la cargaison; les circonstances Dont
point permis de tergiverser, et le Consul a avancé une somme de
50,000 piastres. Cette somme sera à retenir sur les indemnités qui
seront définitivement fixées par le bureau provisoire de commerce de
Marseille ou par ceux qui auront dû agir en leur place. Le citoyen Lal-
lement, en passant par cette commune, s'informera où en est cette
affaire et en pressera la décision. Le Ministre des affaires étrangères lai
remettra une lettre au Bey de Tunis en réponse à celle que le Bey lui a
écrite à ce sujet.
On n'a rien à ajouter à ce qui a été dit dans les instructions géné-
rales, relativement aux subsistances. Le Royaume de Tunis fournil
quelques grains, mais c'est surtout ses huiles qu'on en tire pour nos
savonneries. Au reste, le citoyen Lallement traitera cet objet directe-
ment avec la Commission des subsistances.
On remettra au citoyen Lallement la copie d'une lettre du citoyen
Venture qui parle d'une riche mine de salpêtre aux environs deSousse,
dans le royaume de Tunis. Conformément aux ordres du Comité de
salut public, le Ministre a déjà écrit à ce sujet au Consul Devoize. Le
citoyen Lallement examinera si ce moyen de procurer à la République
cette espèce précieuse de munitions est praticable et réellement
avantageux, et dans ce cas il ne négligera rien pour en faire exploiter
et transporter en France la plus grande quantité possible.
Il paraît que l'article de l'arrêté du Comité de salut public qui
engage les agents à faire transporter des subsistances sur des bâtiments
barbaresques pourrait trouver son application surtout à Tunis. Les
[1794] AVEC LA COUR DE FRANCE 229
Tunisiens ont Thabitude de faire un commerce direct, sur leurs pro-
pres chebecks, et Ton a été informé que plusieurs capitaines marchands
ont vendu leurs bâtiments en Barbarie à des naturels du pays, lors
de la déclaration de guerre.
Il ne reste plus qu*à donner au citoyen Lallement quelques notions
sur le citoyen Devoize, Consul général à Tunis, et sur la manière dont
il doit se conduire avec lui.
Le citoyen Devoize est employé depuis 1774. Il a été nommé au Con-
sulat de Tunis le 24 juin 1792. Sa correspondance est exacte autant que
les circonstances le permettent; il s'y montre agent sûr, actif et intelli-
gent; il ne s'est point élevé de plaintes sur sa conduite.
Il existe cependant un fait qu'il est important d'examiner.
Vers la fin de vendémiaire, trois frégates faisant partie de la divi-
sion en station & Tunis, commandée par le citoyen Yence, abandonnè-
rent leur poste malgré les ordres de ce commandant. Arrivées en Corse,
les officiers déclarèrent que le projet de Vence était de livrer Tescadre
et le convoi aux Anglais. Le Consul Devoize a pris le parti du citoyen
Yence, et a dénoncé cet acte d'insubordination des trois capitaines. Le
Comité de salut public avait déjà envoyé le citoyen Pléville pour
remplacer le citoyen Yence dans le commandement, et Pléville arriva
à Tunis peu de temps après le départ des frégates. Aussitôt que Tobjet
de son arrivée fut connu, l'équipage du Duquesne remit à Devoize une
pétition signée par six cents personnes, et tendant à engager Pléville à
leur laisser leur ancien commandant. On ne sait jusqu'à quel point
cette démarche porta le caractère de la désobéissance, mais il en
résulta que Pléville lui-même consentit à ce que Yence restât provi-
soirement en place, et qu'il promit d'écrire au Ministre de la marine et
de demander de nouvelles instructions.
La lettre de Pléville est arrivée depuis, et ce citoyen y faitTéloge du
Consul Devoize. Il parait que son témoignage ne saurait être suspect.
Enfin les Anglais et les Espagnols ont paru devant Tunis, et Yence n'a
point livré son vaisseau. La persévérance du Bey de Tunis dans ses
sentiments d'amitié et la fermeté avec laquelle il a résisté aux insinua-
tions de nos ennemis paraissent témoigner en faveur du patriotisme
de Devoize, et l'on ne peut, sans injustice, lui refuser les éloges que
la conduite qu'il a tenue dans cette circonstance lui a mérités. Malgré
ces présomptions favorables, le Gouvernement révolutionnaire doit
juger l'ensemble de la conduite de ses agents, et il doit être sûr de
leurs sentiments et de leurs opinions, parce que ce n'est qu'ainsi qu'il
peut avoir une garantie de leurs actions. Ceux surtout dont l'existence
230 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1794]
publique date d'une époque où la perfidie et la trahison présîdaieol as
Gouvernement français doivent passer par le creuset d'un examea
sévère. En conséquence, le citoyen Lallement examinera la conduite do
citoyen Devoize, et il rendra compte au Ministre des informations qu il
aura prises et de leur résultat. A moins que des motifs impérieux d^
rendent nécessaire le prompt remplacement de ce Consul, il se boroera
provisoirement à. cette démarche et il attendra la décision du Gouver-
nement. Sa conduite provisoire envers le citoyen Devoize se réglerasar
les données suivantes : si le citoyen Devoize est dans la classe des ci-
devant nobles, sa destitution est ordonnée par la loi, et le citoyen
Lallement le remplacera sans délai et sans ménagement, soit par lui-
même, soit par un citoyen quelconque, digne de la confiance de la
République. Si au contraire le citoyen Lallement trouve cet agent fidèle
à la République, dans les bonnes grâces du Bey et disposé à le seconder
dans les différents objets de sa mission, il pourra être d'autant plos
utile de le conserver dans la place qu'il occupe que, dans ce cas, le
citoyen Lallement aura l'avantage de garder un incognito qui pounait
devenir infiniment utile pour le succès de sa négociation. Le Comité
se repose, à cet égard, sur la probité et le patriotisme do ciiom
Lallement, qui d'ailleurs sentira que tous les moyens de réussir dans
son entreprise deviendraient pour lui des titres à la confiance do
Gouvernement et à la reconnaissance de la patrie.
A l'égard des réclamations particulières du citoyen Devoize, le
citoyen Lallement sera autorisé à les examiner et à y faire droit. Od
lui remettra une note relative k ces réclamations et aux différentes
traites du citoyen Devoize, qui ont été acquittées dans les deroiers
temps. Si le citoyen Devoize lui parait devoir être maintenu dans son
poste, il lui accordera une somme proportionnée à ses besoins et à
l'équité de ses demandes, sans que cependant cette somme puisse
excéder 15,000 livres en numéraire. Si au contraire le citoyen Devoize
lui parait devoir être remplacé, il se bornera à lui faire, & titre de
secours provisoire, une avance qui ne pourra excéder 6,000 livres,
jusqu'à ce que le Comité de salut public ait pris un parti à l'égard de
cet agent, et dans le cas où, par sa qualité de ci-devant noblejlse
trouverait sujet à la destitution, le citoyen Lallement ne lui accordera
que ce qui est strictement nécessaire pour satisfaire aux engagements
qu'il pourrait avoir contractés k Tunis et pour lui procurer les moyens
de rentrer dans sa patrie.
Le citoyen Lallement, outre la correspondance directe et suivie qnil
entretiendra avec le Ministre des affaires étrangères et avec son col-
[1794] AVEC LA COUR DE FRANCE 231
lègue Ducher, correspondra aussi directement avec l'Envoyé de la
République à Constantinople, non seulement pour ce qui concerne la
négociation relative aux Ëtats-Unis, mais pour tous les objets qui pour-
root intéresser leurs missions respectives. »
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
DEFORGU£S A DEVOIZE.
495. — Paris ^ 3 mars 1 794 {i3 ventôse an II). — « Je t'envoie copie
d'un mémoire du citoyen Venture *, qui propose un moyen de se pro-
curer du salpêtre qui, dit-il, se trouve en abondance dans les terres
des environs de Sousse.... Tu connais de quelle importance il est
pour nous que le salpêtre ne nous manque pas; je t'engage à donner
tous tes soins pour tirer un parti avantageux de l'occasion qui se pré-
sente d'augmenter nos moyens de défense. »
{Affaires étrangères, C^ de Tunis.)
DEFORGUES A DEVOIZE.
496. — Paris, 28 mars i 794(8 germinal an II). — « Le Comité de
salut public, citoyen, m'a chargé d'écrire au chef du Gouvernement du
pays où tu résides une lettre pour lui annoncer le changement du
pavillon de la marine française ordonné par la Convention nationale '.
Tu verras par la copie que je t'envoie avec l'original de ma lettre que
j'ai cru devoir, conformément à nos principes et à la raison, m'as-
treindre à toute la simplicité du style républicain. Je sais que les
gouvernements barbaresques ont un grand respect pour les usages, et
il serait possible que la modification apportée aux anciennes formes
fût remarquée. Dans ce cas, citoyen, il te sera aisé de faire sentir que
le langage de la République devant être celui de la raison et de l'éga-
lité, elle a dû le débarrasser de toute idée fausse et de toute phrase
insignifiante ; que ses sentiments en seront plus purs, son amitié plus
loyale et ses promesses plus sacrées. »
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
DEFORGUES A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
497. — Paris^ 28 mars 4 7 94 [8 germinal an II). — « Les représen-
tants de la nation française ayant résolu de changer le pavillon fran-
çais, j'ai été chargé par le Gouvernement de la République de te faire
part de ce changement, afin de prévenir tpute méprise entre les navires
4. Voy. la note 1, p. 109.
2. Décret du 27 plaviôse an II sur le nouveau pavillon tricolore.
332 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [IT^Vi
de ta Régence et ceux de la nation française qui paraîtront bienlôt
sous ce nouveau pavillon. L'agent de la République auprès de toiu
communiquera la loi qui a été rendue à ce sujet, avec les motifs qui
Tout déterminée, et te remettra en même temps une planche coloriée
qui t'indiquera avec précision la forme du nouveau pavillon et la noa-
velle disposition de ses couleurs. D'après les relations d'intérêt et
d'amitié qui subsistent heureusement entre la République françaiseet
la Régence de Tunis, j'espère que tu voudras bien prescrire de la
manière la plus expresse aux commandants de tes ports et de tes
navires de respecter en tous lieux notre nouveau pavillon et de oe
porter aucun préjudice aux bâtiments français qui paraîtront dans peu
sous ce nouveau signe de notre régénération politique. Tu peux
compter de notre part sur la plus parfaite réciprocité. Cette innovatioD.
devenue nécessaire, ne peut faire aucun changement dans les traités
qui unissent si heureusement les deux États, et dont pour leur prospé-
rité commune je désire Téternelle durée. »
{Affairet étrangères, C*'* de Tunit.)
DEVOIZB A DEFORGUES.
498. — Tunis, 28 mars i 794 [8 germinal an II). — Il annonce qu'il
a pris sur lui de régler avec le Bey une affaire de prise, parce quil
n'avait aucun moyen de l'éluder sans indisposer ce Prince. Devoize«a
un intérêt d'autant plus pressant à le ménager qu'il fournit dans ce
moment des subsistances à la République ».
(Affaires étrangères, C^* de Tunis.)
DEVOIZB AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
499. — Tunis, 6 avril i 7 94 {i 7 germinal an II). — Le Consul
général a appris que, dans un libelle envoyé en France, on l'accuse de
n'être point attaché au nouveau gouvernement, et de ne ménagerie
Bey et ses Ministres que pour ses intérêts personnels; on invite les
citoyens français à manifester sans ménagement leur opinion sur sa
conduite. Or ceux-ci lui ont délivré les certificats suivants :
h « Nous soussignés, citoyens français résidant à Tunis, après avoir pris connais-
sance de l'exposé ci-dessus du citoyen Devoize, Consul général el chargé d^'
afTaires de la République en cette Échelle, certifions et attestons que le dit citoyen
Devoize a toujours montré les sentiments les plus patriotiques tels que ceux qui
doivent animer les vrais républicains; que dans toutes les occasions et toutes ies
circonstances il a su employer le crédit dont il jouit auprès du Bey el de soo
premier Ministre pour le bien et Tavantage de la République, que nous stoos étf
plus particulièrement à même de le reconnaître de la manière la plus étideote
pendant que la division et le convoi français ont été ancrés en cette rade el bloques
par les ennemis; nous déclarons de plus que nous ne nous sommes jamais aperças
que le citoyen Devoize ait dirigé vers son intérêt personnel les relations que les
[1794] AVEC LA COUR DE FRANCE 233
LALLEMENT A HERMANN.
500. — Paris, 7 avril i794 {i 8 germinal an II). — « Citoyen,... j'ai
demandé pour mon uniforme national la distinction de colonel et celle
de lieutenant pour mon fils. On a pu croire que c'était un peu de
vanité de ma part... L'étiquette en se présentant au Bey est de lui
baiser la main. Le Consul lui-même y est assujéti. Il n'y a que les
officiers militaires qui en soient exempts. Cette cérémonie déplaît et
doit déplaire à un Français républicain. Je vous avoue que j y répugne
singulièrement. J'attendrai donc à ce sujet des ordres de votre part. »
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
BUCHOT ^ A LALLEMBNT.
501. — Paris, iS avril 1794 {24 germinal an II). — « J'ai pris con-
naissance, citoyen, de la demande que tu as faite à mon prédécesseur
de ^autoriser à emmener avec toi ton fils en qualité de secrétaire par-
ticulier pour la mission dont tu es chargé...
Ton fils étant dans TÀge de la réquisition, je vois une preuve hono-
rable de surveillance patriotique dans la démarche de la section pour
rengagera obéir à la loi... Cette lettre pourra te servir de titre pour
obtenir de ta section la faculté de garder ton fils auprès de toi. »
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
MUSTAPHA-KHODJA A DEVOIZB.
502. — Au Bardo, i •' mai 17 94 [12 floréal an II). — « A l'occasion de
l'urgence dans laquelle je me trouve, il m'est absolument indispensable
I. Philibert Buchot, ancien maître d'école, puis avocat, juge au tribunal de
Lons-le-Saunier, procureur général syndic du département du Jura, substitut de
l'agent national Payan, enfin Commissaire des relations extérieures du 20 germinal
an II au 30 brumaire an lU. Après sa destitution, il devint commis de Toctroi et
recenseur des ports.
devoirs de sa place l'obligent à entretenir au Bardo, soit avec le premier Ministre
du Bey, soit avec ceux qui entourent ce Prince, et que nous ne l'en soupçonnons
même pas capable; qu'en conséquence tout ce qui pourrait être contenu de conr
traire à cette déclaration dans tel mémoire ou libelle qui peut avoir été fait contre
lui doit être considéré comme fausseté ou calomnie, et enfin que c*est autant pour
en prévenir les elTets dangereux que pour rendre justice à son civisme, à son
désintéressement, que nous avons signé le présent pour servir à ce que de besoin.
II. Je soussigné déclare avec vérité qu'il est à ma connaissance qu'il est fort heu-
reux pour la République que le citoyen Devoize ait été Consul à Tunis, spéciale-
ment à ma connaissance depuis que la division a été bloquée par des forces
ennemies supérieures, qu'il a constamment employé le crédit qu'il s'est mérité
auprès du Ministre du Bey pour le bien général, que je le crois incapable de
s'occuper d'aucun intérêt personnel, qu'il a toujours servi, depuis mon séjour ici,
avec une juste et infatigable connaissance et générosité; j'opine enfin qu'il est des
Consuls qui eussent pu faire aussi bien que lui, mais assurément pas mieux. A
Tunis, le 18 germinal, 2* année républicaine. Pléville-le Pelley. »
Approuvé : Bouzige, Minuti, Réquiraut, Lenadier, Noble, Arnaud, Villet. {Affaires
étrangères, C^' de Tunis.)
334 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [119;
de vous notifier que le négociant Pellicot, de votre nation, a^-aot en dif-
férents temps et de diverses personnes de nos alentours pris de l'ar^vL:
à change, comme vous devez en être informé, ses créanciers se trouve:;
dans le cas de vouloir au plus tôt retirer leur argent, ne voulant pas mi-
frir un plus long retard, à raison de la peste actuelle de cette vilk
Poussés par leurs justes instances pour retirer leur avoir, et Pellicot ^
trouvant dans une situation où ses facultés ne lui permettent pas de b
satisfaire, ceux-ci, comme personnes attachées au Bey, pourraient a^/
sans ménagement, et il en résulterait un discrédit aussi bien qu'as
préjudice considérable à tous les autres négociants français élsblisià:
de sorte qu'il est bien juste et de votre devoir de trouver vous-mêQ^
un moyen plus efficace en écrivant fortement à votre M inistreen Fraocv.
et même je vous en charge expressément, afin que sans perdre ct
temps il donne les ordres nécessaires pour que les dits créanciers
soient entièrement payés, soit avec les facultés que peut avoir lay
socié de Pellicot à Marseille, soit en vendant les biens qu'à ce quejï
entendu dire le dit Pellicot possède en France. Chacun réclame le sien
avec justice. Vous tenez pendante Taffaire des cuirs à Marseille, appar-
tenant à divers négociants juifs d'ici, l'affaire de Bastia, regardant
pareillement les Juifs, celle du chargement des comestibles et aalre>
objets pris au même lieu, appartenant à notre gouverneur de Gerba.
Vous tenez encore pendante l'affaire de nos sujets faits esclaves en
Sardaigne, et enfin celle des 72,000 piastres à vous prêtées pour l'ackal
des grains fait par le négociant Lenadier. Je suis encore grandemeDl
surpris que le Pacha, mon Seigneur, ayant écrit plusieurs fois à votre
Cour pour des choses qui méritaient de l'attention et des réponses,
cela n'ait produit jusqu'à présent aucun effet, et qu'on ne voie jamais la
fin de rien. Il est donc nécessaire que vous en informiez formellemeDl
votre Cour par toutes les voies possibles pour ne pas souffrir un plus
long retard, ne doutant point que, représentant selon votre devoir com-
ment sont les choses, toutes ces affaires ne soient enfin terminées avec
la promptitude requise. Je n'ai rien autre à vous marquer eo ce
moment. Je vous souhaite toutes sortes de prospérités et me dis véri-
tablement votre affectionné pour toujours. »
{Affaires étrangères, C^ de Ttmis.)
HAHOUDA, BEY DE TUNIS, A BUCHOT.
603. — Tunis, 5 mai 1794 {1 6 floréal an II). — « Après vous avoir
offert les salutations les plus amicales, nous nous informons de yo^
santé. Il y a déjà longtemps que nous vous avons écrit pour la délivrance
.1794] AVEC LA COUR DE FRANCE 235
d'un nombre connu de Musulmans, faits esclaves par les Sardes sur
L'Ile de Corse, et nous vous en avons souvent réitéré la demande. Nous
en avons toujours attendu Teffet, et jamais nous n^avons reçu de
réponse à cet égard. Cependant, il est bien évident que la détention si
longue de Musulmans pris dans vos eaux et que les Sardes s'obstinent
k garder est un acte contraire à toute espèce de discrétion. Nous
n'avons pas été plus heureux à obtenir de vous une réponse relative aux
munitions qui nous avaient été promises par Ch&teauneuf, l'ancien
Consul de Tunis, malgré nos instances multipliées auprès de vous pour
cet objet.
C'est donc pour vous rappeler ces deux affaires importantes pour la
Régence que nous vous écrivons la présente. Nous la remettons au
capitaine Yence. Ce Français a dû longtemps résider dans notre port,
et nous lui devons la justice de vous dire que, pendant son séjour, il
ne s'est permis aucun procédé contraire aux traités et à notre volonté
et que nous n'avons que des éloges à donner k sa conduite. Aussi lui
avons-nous confié tous les renseignements concernant nos susdites
affaires qui restent en souffrance, afin qu'il pût vous en rendre compte
de vive voix.
Nous espérons qu'à l'arrivée de la présente, et après avoir entendu
le capitaine Yence, vous voudrez bien vous occuper du prompt envoi
vers nous des esclaves musulmans que nous réclamons et des munitions
qui nous sont absolument nécessaires. Nous en aurons la plus grande
satisfaction. Soyez persuadé que nous nous empresserons de vous
donner, de notre côté, toutes celles qui dépendront de nous.
Puissent les fondements de l'amitié qui nous unit acquérir de jour
en jour une nouvelle solidité I puissiez-vous être éternellement heu-
reux et notre amil »
(Sceau) (Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
MUSTAPHA-KHODJA A BUCHOT.
504. — Tunis^ 5 mai 1794 [i 6 floréal an II). — « Nous vous notifions
amicalement que nous sommes toujours dans Tattente d'une réponse
de votre part sur la délivrance, que nous vous avons tant de fois
demandée, notre maître et moi, des Musulmans pris à la hauteur de la
Corse, il y a déjà de longues années, par les Sardes, et qui gémissent
depuis ce temps-là dans Tesclavage. Cette détention des Tunisiens
enlevés dans vos eaux est une chose bien ii^juste.
La promesse faite à la Régence par Chàteauneuf, Tancien Consul de
Tunis, de quelques munitions qui nous sont nécessaires, cette pro-
236 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [\:%
messe restée sans exécution depuis une époque si reculée et mal^^
nos constantes réclamations, est une autre matière d'étonnement po j
nous. Il serait superflu de vous rappeler Tempressement de D>bv
maître Hamouda-Pacha à vous envoyer des vivres et à vous accorder
toutes les demandes qui lui ont été faites de votre part. D après de ^
beaux procédés, nous avons lieu d'espérer que, de votre côté, rou
montrerez le zèle et Tactivité désirables à faire droit aux instances it
notre maître pour Taffranchissement des esclaves réclamés et pour la
prompte expédition à Tunis des munitions promises et dont noos av^Ë^
un pressant besoin.
Tel est le principal motif de la présente, qui a été remise au capi-
taine Yence, à qui nous nous sommes ouverts sur les deux objets
énoncés ci-dessus; à son arrivée, il vous rendra compte de toask>
détails. Ce navigateur, forcé de rester mouillé dans notre rade depo^
un long espace de temps, y a tenu une conduite très satisfaisante eU
rempli avec droiture et exactitude ses devoirs sous tous les rapports.
C'est ce qui nous a déterminé à lui conGer notre dépêche et à k
recommander nos affaires communes.
Nous présumons que vous nous donnerez incessamment satisfaetios
sur ces objets, et nous vous prions d'être assuré de la réciprocité d^;
notre part en toute occasion.
Puissent les fondements de l'amitié qui nous unît acquérir de jourea
jour une nouvelle solidité I puissent les jours de l'harmonie être éternels!
Il n'est pas besoin de vous dire que toute espèce de secoars et
d'assistance est donnée à votre Consul Devoize, aux navires françaL^
mouillés dans notre rade, à vos négociants et à toute votre nation eo
général, et qu'à l'avenir nous ne négligerons rien de ce qui dépendra de
nous pour le service des Français. C'est à vous de suivre un^hd
exemple et à nous donner, à votre tour, des preuves de votre amitié.
Nous n'attendons rien moins de ce sentiment. »
{Affaires étrangères, O* de Tunis.)
DEnrOIZE A BUGHOT.
605. — Tunis, SI mai 1794 {i2 prairial an II). — Il accuse récep-
tion des dépêches relatives au nouveau pavillon. Le Bey a refusé de
recevoir la lettre du gouvernement français; il en a demandé la tra-
duction en turc ou en arabe... « J'en fus d'autant plus inquiet et
étonné que j'étais informé que sa lettre lui avait été lue et expliqua
par son premier médecin... Je le trouvai d'abord très effarouché de la
suppression de ces titres aussi ridicules que pompeux dont les Hluistres
1794] AVEC LA COUR DE FRANCE 231
es Rois flatlent Torgueil des Princes musulmaos... Je lui rappelai que
otre CoDstituUoD, que je lui avais lue et qu'il avait admirée, étant
[>ndée sur la raison, la République devait en adopter le langage pour
ire conséquente; je lui lus tes propres expressions « que ses sentiments
n seraient plus purs, son amitié plus loyale et ses promesses plus
ocrées ». A ces conditions, a-t-il répondu, je serai Tami le plus chaud
le la France ; mais il faut me convaincre en faisant droit à mes anciennes
^i justes réclamations... »
(Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
DEVOIZE A BUCHOT.
606. — Tunis^4 juin i794[i6 prairial an II). — Il envoie Tétat des
dépenses des deux premiers quartiers et se plaint de voir son traite-
ment de 12,000 1. tombé par suite du change à 4,376 l. Il vient d'être
victime d'une mésintelligence entre le Bey et son premier Ministre, qui
lui coûte 1,556 piastres... « Il m'était impossible de prévoir que depuis
trente ans que Sidi Mustapha gouverne le royaume de Tunis avec un
crédit sans bornes, le Bey méconnaîtrait pour la première fois une
décision émanée de lui. C'est une leçon dont je profiterai, elle n'est
qu un peu trop chère... »
{Aff'aires étrangères, C*'* de Tunis,)
DEVOIZB A BUCnOT.
507. — Tunis, 2i juin i794 {3 messidor an II). — Il raconte une
scène violente qu*il a eue avec le Bey à propos des Tunisiens esclaves
àCagliari. « Je Tai trouvé agité des convulsions de la fureur, et voici
son début: — Si, comme le Dey d'Alger, j'avais fait enchaîner le Consul
de France, il y a longtemps que les fers de ces malheureux auraient
élé brisés. Je vais envoyer 38 Français aux travaux publics jusques à
l'affranchissement d'un pareil nombre de mes sujets détenus à Cagliari...
— Il a ajouté qu'il rendait justice à l'exactitude avec laquelle je trans-
mettais ses réclamations, mais qu'il était ulcéré de l'indifférence qu'on
affectait à y faire droit... Après avoir résisté aux sollicitations des
Anglais qui prétendaient enlever la division française, sous prétexte
qu'elle était mouillée hors la portée du canon, et lui avoir fait fournir
des vivres et tous les secours de ses arsenaux ainsi qu'un convoi pendant
dix mois, il s'attendait à recevoir quelques marques de gratitude de la
République... »
{Affaires étrangères, C"* de Tunis,)
BUCHOT AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
508. — Paris, /" juillet i794 (i3 messidor an II). — « Citoyens, le
projet de tirer du salpêtre de Tunis ne peut réussir que par une faveur
238 G0RRE8P0NDANGB DES BEYS ET DBS CONSULS [17^
particulière du Bey, que nous obtiendrons sans doute en faisaDtdroJii
ses réclamations... La raison a remporté un triomphe honorable §&!
les préjugés orientaux. La lettre écrite aux Princes de Barbarie, t
Toccasion du changement du pavillon, avait été rédigée dans ce ii\\i
fier, simple, dépouillé de toutes les formules fastueuses et ridicole^
qui convient à des républicaîiis... De ce qui s'est passé h Tunis, ooib
pouvons conclure que les despolea d'Afrique valent encore mian
que les despotes d'Europe. Il ne nous rtste plus qu'à donner aa hj
de Tunis quelques preuves de la générosité dft la République qui m.
devenues une sorte d'obligation. »
(Affaires étrangères, C^ et Tunis,)
DEVOIZE A BUGHOT.
609. -— Tunis, 22 juillet i 794 (4 thermidor an II). — Un (wlaiî
nombre de Français ont troublé la tranquillité du Fondouk, et le Beyi
été forcé d'intervenir. Devoize pensait qu'il ne devait pas célébrer d^
fête au 14 juillet, mais plutôt au 10 août; toutefois un négociant fran-
çait engagea ses collègues à diner en commun... c< Les farandoles. la
licence la plus effrénée succédèrent à ce dîner... L'indignation de
Bey fut à son comble. Il déclara qu'il était révoltant, alors que la peslê
désole son royaume et qu'il n'y a peut-être pas une famille à Im
qui ne pleure quelque parent, que des étrangers accueillis dans ses
Etats eussent le courage de se réjouir publiquement... J'espère que
la tranquillité se trouvera rétablie pour longtemps et pour toujours si
cédant au désir du Bey et à mes justes représentations, tu rappelles de
Tunis le citoyen Audibert-Caille ; on peut sans injustice lui imputer
les divers mouvements qui ont agité l'Échelle depuis vingt ans qu il y est
établi... Voilà l'homme qui ose faire soupçonner mon républicanisme!
J'en appelle aux commandants des bâtiments de guerre qui ont
relâché ou séjourné à Tunis, témoins de mon zèle pour leur procurer
toutes les ressources que le pays peut offrir. Le comité d'approvision-
nement de Marseille peut attester si j'ai rempli en bon citoyen la tâche
glorieuse qu'il m'a confiée de procurer des subsistances à ^^
patrie. »
{Affaires étrangères, O^ de Tunis.)
DEVOIZE A BUGBOT.
510. — Tunis, 26 juillet 1794 [8 thermidor an II), - Le ^J
d'Alger ayant reconnu le nouveau pavillon français, le Bey permet à
Devoize de l'arborer. Mais la peste l'empêchera de faire l'inslaM'^'^
avec toute la pompe voulue... « Le nouveau pavillon est composé de
[1794] AVEC LA COUR DE FRANCE 239
50 pièces de laine achetées dans les bazars publics en temps de peste ;
nous avons jugé à propos de le laisser encore pendant quelques jours
au grand air, pour ne pas nous exposer au danger évident d'être
infecté. » Il annonce la réponse du Bey à la lettre du gouyernement fran-
çais relative au pavillon.
{Affait*€S étrangères, C*" de Tunis.)
HAMOUDA, BEY DE TUNIS, A BUCHOT.
511. — Tunis, 29 juillet i794 [1 i thermidor an II). — « Votre
Consul nous a remis Técrit que vous nous aviez adressé pour nous pré-
venir du changement opéré, par la volonté générale du peuple français,
dans son pavillon. Après avoir lu et compris le contenu de cet écrit,
nous avons permis à votre Consul, ainsi que vous nous en aviez requis,
d'arborer le nouveau pavillon, et nous avons bien recommandé à tous
nos corsaires de ]e respecter en toutes rencontres et de regarder comme
amis tous les navires qui en seraient porteurs, en observant à nos dits
armateurs qu*il avait été accordé aux capitaines français un terme de
quatre mois, à compter de la date de votre écrit, pour se munir du
nouveau pavillon, de manière que si, dans cet espace de temps,
quelque navire français était rencontré à la mer, portant Tancien
pavillon, par nos armements, ceux-ci n'en prissent point prétexte pour
rinsulter, mais que, passé le terme prescrit de quatre mois, tout bâti-
ment qu'ils trouveraient dénué du nouveau pavillon serait arrêté par
eux et déclaré de bonne prise. Nous vous transmettons avec empresse-
ment la connaissance des instructions précises que nous avons
données & cet égard k notre marine, pour que vous preniez en con-
séquence vos mesures. Le délai accordé pour l'annihilation de l'ancien
pavillon et l'adoption du nouveau est plus que suffisant et nous vous
prévenons que ce terme ne sera point prorogé.
L'an passé, dans le temps que votre convoi était mouillé sur notre
forteresse, quelques soldats étant descendus à terre en armes, nous
avions prévu qu'ils commettraient quelque désordre, et qu'il en résulte-
rait des rixes fâcheuses entre eux et les individus des autres nations; et
sans perte de temps, par l'entremise de votre Consul et du commandant
de votre convoi, ces soldats furent ramenés à bord. Cette sage précau-
tion, qui nous fut dictée par l'amitié, coupa le mal dans son principe.
Tout récemment, une partie de vos négociants résidant à Tunis s'étant
portée à. des actes de témérité contraires aux traités, nous avons bien
voulu n'y donner aucune suite et ne consulter que nos sentiments pour
le peuple français et notre estime individuelle pour votre Consul; mais
240 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [m
nous vous déclarons qu*à Tavenir, si quelqu*un de ces négociants, ati
mépris de nos défenses expresses et de nos traités, ose de nouveai
troubler Tordre public, nous n*hésiterons point à faire punir le cou-
pable, en présence de votre Consul, ou à le bannir sans retour de dck
Ëtats. Vous sentez que toute innovation qui enfreint les traités, étaot
d'un dangereux exemple pour les autres nations, ne peut amener qn^
des malheurs, et vous devez interdire à vos négociants tout procédé d?
ce genre, qui tendrait à une fin si funeste. C'est là Tobjet priDcipalde
la présente dépêche.
Nous ne doutons point qu'à sa réception vous ne vous hâtiez à
recommander aux Français d^étre plus attentifs à observer les traités
sur les points expliqués dans son contenu. Permettez-nous aussi d^
vous rappeler les diverses demandes que nous vous avons souvent réi-
térées dans nos précédentes lettres, et de vous témoigner tout Mn
étonnement sur le silence que vous gardez constamment avec nous à
ce sujet. Nous exigeons de votre amitié de prendre enfin ces demandes
en considération et d'y satisfaire par une prompte réponse. »
(Sceau) (Affaires élrangères, C*** de Tunis.) .
DEVOIZE A BUCHOT.
512. — Tunis, 30 juillet 1794 [i 2 thermidor an II). —Le 12 ther-
midor, le nouveau pavillon de la République, décrété par la Conveo-
tion nationale le 27 pluviôse dernier, a été arboré à la maison consalaire
et dans les différents ports de Tunis avec tous les honneurs possibles.
Une députation de vingt-quatre officiers du Divan y a assisté arec
sa musique et celle du Bey. Le pavillon a été salué par trois salves de
vingt-deux bottes. Les Consuls de Suède, de Danemark et de Venise
ont témoigné de la manière la plus authentique l'intérêt qu'ils prenaient
à cette cérémonie.
Le Consul a fait prêter le serment à la partie de la nation qui s'est
trouvée dans le Fondouk, le local n'ayant pas permis de la réunir eo
totalité. Tout s'est très bien passé.
Le Consul a racheté un esclave nommé Fontana, pris sur un bâtiment
génois par un corsaire tunisien. Cet infortuné, trouvé sans passeport
ni patente, était par nos traités dans le cas de subir l'esclavage.
Il est né Sicilien, mais une pièce probante signée par la municipalité
et le district de Marseille atteste qu'il a acquis la qualité de ciloyeo
français par une résidence de quinze années à Marseille et son mariage
avec une Française dont il a trois enfants. Le Consul a pensé que le
jour où flottait à Tunis l'étendard d'un peuple libre, un Français ne
[1794] AVEC LA COUR DE FRANCE 241
devait pas y rester esclave. Il demande l'approbation de la conduite
qu'il a tenue à cet égard.
{Affaires étrangères, C**» de Tunis.)
HAMOUDA, BBY DE TUNIS, A BUGHOT.
513. — Tunis, 2 août 1794 {15 thermidor an II), — « Nous vous
avions demandé, il y a quelque temps, par Tentremise du capitaine
Yence, un habile constructeur pour notre arsenal; mais, dans l'inter-
valle, il nous en est arrivé un, appelé Jean Gazel, dont les talents et
la capacité ne nous laissent plus rien à désirer pour la construction de
nos armements. Il a laissé en France un père, une mère et d'autres
membres de sa famille qu'il voudrait avoir auprès de lui. Il a un besoin
non moins pressant de ses livres d'architecture navale et de ses instru-
ments, qui sont également restés dans son pays. Nous vous prions
en conséquence de donner sans délai vos ordres pour que les per-
sonnes et les effets dont il envoie la liste par l'organe du Consul soient
expédiés à Tunis.
Cette demande et le désir de nous informer de votre santé nous ont
déterminé à vous écrire la présente dépêche. Nous osons nous flatter
que vous mettrez la plus grande célérité à, y répondre et à faire l'envoi
complet de tous les objets énoncés ci-dessus. »
(Sceau) (Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
DEVOIZE A BUCHOT.
514. — Tunw, 5 août i794{i 8 thermidor an II). — Pour ramener la
tranquillité, le Consul sollicite un ordre tendant au renvoi des commis
et des domestiques français dont les négociants pourraient se passer.
Le Consul a confisqué les biens des négociants marseillais « qui ont
péri par le glaive de la loi ou ont émigré ».
Le Comité d'approvisionnement de Marseille a déjà reçu par les
soins du Consul la valeur des fonds appartenant à la maison Payan, et
qull a fait employer en chargements de blé par ordre des représen-
tants du peuple Robespierre, Ricord et Fréron.
Le Consul insiste fortement sur la nécessité de prescrire aux régis-
seurs des établissements français à Tunis qui, par la mort ou l'émigra-
tion de leurs majeurs, sont restés sans cautionnement, de s'en procurer
un dans le plus bref délai, sans quoi la République deviendrait garante
des dettes qu'une mauvaise conduite ou des revers de commerce pour-
raient faire contracter à ces négociants envers les gens du pays.
Le Bey a reconnu la Corse comme possession anglaise.
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
16
"■J'A»
242 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS :i:
MUSTAPHA-KHODJA A BDCHOT.
516. — TuniSy août 1794 {thermidor an II). — « Vous soitDoloire
qu'ayant eu besoin, pour le service de Tarsenal de notre Yiclorïeusr
Régence, d*un constructeur habile et expérimenté, nous avions char^:
dans le temps le capitaine Vence de nous envoyer de Marseille ii&
artiste capsJt^le de remplir nos vues dans cette partie essentielle. Dus
rintervalle, Jean Gazel, homme très intelligent et recommandablt
par ses connaissances dans Tart de la construction navale, s'élaot
spontanément présenté à nous et nous ayant paru propre à exécuter
nos plans, ses offres ont été agréées par la Régence, et il a été admis
à son service, mais il nous a représenté qu'il désirerait avoir auprt;$
de lui son père, sa femme et ses enfants qui sont en France, et fîùre
également venir de son pays ses livres, ses instruments et tout ce dooi
il a besoin pour exercer sa profession. Le Bey, mon maître, vous invite
en conséquence à expédier vos ordres pour le prompt envoi à Tuais
des personnes et des effets demandés par Jean Gazel, en confor-
mité de la liste qui en a été dressée tant par lui-même que par votre
Consul. Nous espérons que, par égard pour notre recommandatioo,
vous n'apporterez aucun délai dans cette expédition, à laquelle noas
nous intéressons vivement.
Nous vous notifions également, et non sans un vrai déplaisir, que
vos négociants établis dans cette capitale ne cessent d'y tenir une cuo-
duite peu satisfaisante, qu'ils ne font aucun cas des bons avis de votre
Consul, et n'ont point d'égards pour qui que ce soit; qu'ils ne cooDais-
sent d'autres guides que leurs propres caprices, et qu'ils se permetteot
des actes de prépotence qui contrarient Tordre public et les bonnes
mœurs. En dernier lieu, c'est-à-dire trois jours avant la date de la
présente lettre, ils ont osé tirer des fusées et autres pièces d'artifice
dans la maison consulaire. Les parcelles de ce feu artificiel, étant tom-
bées sur les maisons turques voisines, y jetèrent l'alarme et excitèrent
de la part des propriétaires des plaintes d'autant plus graves que la
plupart de ceux-ci avaient dans le même instant, chez eux, des mortâ
et des mourants, à la suite de la peste affreuse qui désole notre capi-
tale. La joie bruyante des Français paraissait à ces malheureux habi-
tants très déplacée. Il faut avouer qu'elle offrait un contraste trop
frappant avec la calamité publique; cependant, par un effet de Tamitié
qui nous unit à la République française et par considération person-
nelle pour votre Consul, le Pacha-Bey, mon bienfaiteur et maître, a bien
voulu user d'indulgence en cette occasion; mais il a déclaré que si vos
[1794J AVEC LA COUR DE FRANCE 243
négociants se permettaient àTavenir de semblables écarts, ils seraient
exemplairement punis et renvoyés ensuite en France, et il m'a expres-
sément enjoint de vous en prévenir.
Le chef de ces hommes turbulents et la première cause de leurs
désordres est le nommé Audibert-Caille. C'est lui qui est l'instigateur et
Tauteur de ces excès. Nous savons que quelques-uns de ces négociants,
partis pour la France, se proposent de faire des plaintes contre nous.
Nous attendons de votre justice que vous ordonnerez formellement &
votre Consul de renvoyer d'ici le susdit sujet, et que vous réprimerez
sévèrement les propos de ses adhérents qui se sont rendus à Marseille.
Nous sommes obligés de vous dire que si Audibert-Caille ne.se retire
point, mon maître est dans la ferme résolution de le punir. »
(Affaires étrangères^ C*'* de Tunis.)
516. — Paris^ 7 zeptembre 1794 {2i fi*uctidor an II), — Arrêté du
Comité de salut public envoyant le citoyen Herculais en mission à
Tunis «,
(Affaires étrangères, C'* de Tunis.)
nERCULAIS A BUGHOT.
517. — Paris^ 7 septembre 1194 [21 fructidor an II). — Le citoyen
Herculais, chargé par le Comité de salut public d'une mission en Bar-
barie, demande que la Commission des relations extérieures soit tenue
de lui donner communication des cartons contenant la correspondance
du Levant et de la Barbarie. Les Consuls seront aussi tenus à son arrivée
i. Louis- Alexandre d'AUois d'Herculais, né en 1754 en Dauphiné et descendant
de Claude Allois, seigneur d'HercuIais, président à mortier du Parlement de
Grenoble, servit d'abord en France dans plusieurs armes et notamment dans la
marine. 11 acheta une compagnie de cavalerie, qu'il abandonna peu après pour
accompagner le comte d'Expilly à Alger en 1784, lors de la négociation de paix
entre cette Régence et l'Espagne. Il était, en 1792, garde du corps de la compagnie
flamande de Sa Majesté Catholique. Peu après il passa au service de la Compagnie
hollandaise des Indes à Batavia, revint en France au commencement de la révolu-
tion, et il était parvenu au grade de chef de brigade des armées de la République
dans le département du Finistère, lorsque le Comité de salut public accepta ses
ofTres de service. Sa mission en Barbarie comportait un traitement de 20,000 livres.
Elle avait pour objet inspection des Consulats, le règlement de toutes les affaires
en litige, l'obtention de la neutralité des Puissances barbaresques pendant la guerre
de la coalition, la liberté de nos approvisionnements, le rachat de nos esclaves,
enfin une enquête secrète sur la conduite des Consuls d'Alger et de Tunis, Vallière
et Devoize, désignés tous deux comme suspects. On verra comment cet agent,
après avoir embrouillé les afîaires dans les deux Régences, révoqué injustement les
deux Consuls, abusé même des fonds dont il était comptable, fut destitué par
arrêté du Comité de salut public de 20 nivôse an V. — Voy. sur la mission
d'Herculais à Alger Correspondance des Deys d^ Alger avec la Cour de France^ t. 11^
p. A4ft et suiv.
244 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [OV
et à sa requête de lui donner connaissance de leur correspoodaoce
depuis la révolution >.
Le Comité donnera des ordres pour faire armer Le Jacobin, petj
chebeck de quatorze canons, que le Bey de Tunis a demandé déjà plu-
sieurs fois pour son Ministre. Ce bâtiment sera armé en parlemenlain
tunisien. Il portera les présents qui sont dus et promis depuis loog-
temps au Bey pour ses bons procédés envers la nation françaisp, et
surtout envers l'escadre de Yence pour laquelle il n*a point exigé les
droits ordinaires sur toutes les denrées qui ont été fournies à dos vais-
seaux pendant le séjour qu'elle a fait à Tunis.
Les transports d'argent étant difficiles, d'ailleurs le numéraire que
possède la République pouvant être employé plus essentiellement à
payer les objets que lui fournissent le Nord, TAmérique et lltalie,
Herculais pense qu'il ne saurait être trop ménagé. En conséquence, Toid
ce qu'il propose au Comité :
Il y a à Tunis un dépôt de marchandises du Levant dont la valenr
peut monter de dix à douze millions; elles y furent laissées, lors delà
prise de Toulon, par un convoi qui craignit de ne pouvoir renlrereo
France. Les négociants à qui elles appartenaient sont pourja plupart
émigrés; les autres, n'ayant plus d'espérance de pouvoir les retirer
avant la paix, désirent infiniment de s'en défaire à quelque prix que ce
soit, plutôt que de les voir s'avarier dans les magasins.
L'agent serait donc porteur de l'ordre de les faire vendre... Les
sommes qui proviendront de cette vente resteront à Tunis entre les
mains du Consul, à la disposition du Comité.
L'agent s'en rapporte aux dispositions du Comité pour la somme qui
lui serait nécessaire pour son équipement et ses frais de route, ainsi
que pour fixer son traitement durant sa mission.
1. Arrêté du il fructidor an II. — « Le Comité de salut public arrête d'enroyer le
citoyen Herculais, chef de brigade des bataillons nationaux formant ci-devant k
deuxième régiment d'infanterie de marine, en qualité d*agent général et eorové
particulier auprès des Puissances barbaresques et dans tout le Levant pour }
remplir les instructions que le Comité de salut public lui a données.
Il est enjoint h tous les agents, aux Consuls de la République ou à leur défaut
à leurs tenant lieu, de reconnaître le citoyen Herculais en cette qualité et de se
conformer strictement à tout ce qu'il exigera d'eux pour remplir la mission doot
il est chargé. Ils le présenteront aux Beys, aux Pachas, aux chefs et aux grands du
pays, lorsque ce citoyen le leur demandera, soit qu'il ait des lettres de créaoce
particulières pour ces Princes, soit qu'il n'en ait pas.
Les commandants des vaisseaux de la République, les capitaines des vaisseaux
de commerce et les négociants français établis dans les pays où le dilageotse
trouvera seront tenus de le reconnnaltre en la même qualité et de lui prêter secoor»
et assistance s'il les en requierL •
ri794] AVEC LA COUR DE FRANCE 245
Il demande à conserver son emploi de chef de brigade des mêmes
bataillons qu'il commande aujourd'hui.
{Affaires étrangères, C*'^ de Tunis.)
INSTRUCTIONS POUK LE CITOYEN HERCULAIS,
ENVOYÉ DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE A TUNIS.
518. — Paris^ iô octobre 4 794 {24 vendémiaire an III), — a Le
citoyen Herculais commencera sa tournée par la Régence de Tunis.
Il se rendra chez le citoyen Devoize, Consul de la République. Il lui
donnera connaissance de ses pouvoirs et lui remettra la lettre du Comité
de salut public. Il se fera présenter par lui à Taudience du Bey. Il est
chargé de répondre de vive voix aux différentes demandes que ce
Prince a faites au gouvernement de la République. Le Bey de Tunis
nous a rendu des services. Il a protégé contre une escadre anglaise et
espagnole un convoi considérable de bâtiments français qui se trouvait
dans la rade de Tunis. Il a fidèlement observé les traités. Il a bien
accueilli les commandants de nos bâtiments et nous a fait un prêt con-
sidérable pour faciliter les achats d'approvisionnement. Si le prêt n'est
pas encore remboursé, il le sera sur les fonds qui seront à sa disposition.
La conscience d'avoir bien mérité de la République a engagé le Bey
de Tunis à renouveler différentes réclamations.
Il y a trois ans que le Bey obtint du Gouvernement français une
promesse de munitions de guerre. Cette promesse était un acte de fai-
blesse ; il ne nous convient point d'accoutumer les Barbaresques à des
présents de cette nature.
Le citoyen Herculais remettra au Bey, au nom de la République, le
chebeck Le Jacobin avec ses agrès et ses canons. Il lui déclarera que,
par ce présent, la République entend s'acquitter de la promesse de
munitions de guerre et des obligations que la conduite amicale du Boy
lui a imposées.
Au mois de juillet 1792, avant la déclaration de guerre contre
Roi de Sardaigne, deux demi-galères sardes forcèrent une galiote
tunisienne de s'échouer sous la tour d'Alésia, en Corse, et en enle-
vèrent l'équipage, composé de 38 personnes qui sont encore détenues
comme esclaves au bagne de Cagliari. Conformément aux traités, le
gouvernement français paya en argent la valeur de la galiote. La guerre
l'empêcha d'obtenir la liberté des Tunisiens faits esclaves. Depuis ce
temps-là, le Bey a insisté sur leur délivrance. Différentes propositions
ont été faites, entre autres celle de racheter à Malte un nombre de
Tunisiens égal à celui des esclaves détenus à Cagliari.
ii6 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES CONSULS [1794]
Le citoyen Herculais dira au Consul que, s'il a consenti à cet arran-
gement, il a excédé les bornes de ses pouvoirs et que ce mode tirerait
trop à conséquence pour pouvoir nous convenir; il fera sentir au Bey
que si la guerre dans laquelle la République est engagée avec le Roi
de Turin ne nous permet pas encore d'obtenir la restitution ea per-
sonne des Tunisiens dont il s'agit, le moment ne sera pas éloigoé où
nous exigerons la satisfaction qui nous est due, et qu'en attendant le
Bey, convaincu d'ailleurs de notre amitié, doit calmer son impatience
par la considération de l'impossibilité où nous nous trouvons de le
satisfaire pour le moment.
Le Bey de Tunis, ayant pris à son service un nommé Gazel, émigré
de Marseille, a demandé que la famille de cet émigré eût la permissioD
d'aller le joindre à Tunis et d'emporter avec elle tous ses livres et ins-
truments analogues à son état de constructeur. Malgré Tintérét que le
Bey a mis à cette demande, il est impossible de l'accorder. Cependant,
pour adoucir ce refus, le citoyen Herculais sera autorisé à faire présent
au Bey soit des effets de l'émigré Gazel, désignés dans la note remise
h notre Consul, s'ils se trouvent encore en nature à Marseille, soit de
quelques livres ou instruments de même nature que le citoyen Hercu-
lais se procurera à Marseille.
Quelques Français et nommément le citoyen Audiberl-Caille, établis
à Tunis, ayant par une conduite imprudente indisposé le Bey, il a
demandé leur rappel. Le citoyen Herculais examinera les griefs qu on
allègue contre ces Français et, dans le cas où il les trouverait fondés, il
sera autorisé à les renvoyer dans leur patrie. Dans le cas contraire, il
cherchera à arranger les choses à l'amiable et ne consentira à leur
renvoi que pour éviter des suites fâcheuses.
Sidi Mustapha, Ministre du Bey, s'est constamment montré ami des
Français; il paraît qu'il nous a rendu de grands services en différentes
occasions. Le citoyen Herculais sera chargé de lui remettre une lettre
et quelques présents de la part du Gouvernement de la République. R
lui annoncera en même temps que la voiture qu'il fait constraire à
Paris sera exécutée aux frais de la République, conforménaent au
modèle qu'il a envoyé. Les lettres que ce Ministre a écrites concemeni
la demande des munitions de guerre, les 40 esclaves déteoos à
Cagliari, la démarche faite en faveur de l'émigré Gazel et le rappel du
citoyen Audibert-Caille.
Le citoyen Herculais sera chargé d'examiner la conduite da citoyen
Devoize, Consul de la République, qui paraît un homme intelligente!
actif, mais qui, dans les derniers temps, a pris sur lui d'arranger diverses
[1794] AVEC LA COUR DB FRANCE 247
affaires conteatieuses dont la décision ne doit appartenir qu*au 6ou-
yernenient de la République. Cette manière d'agir ne peut être justifiée
que par l'absolue nécessité, qu'il importe de vérifier, qu'il s'agit de
très fortes indemnités consenties par lui pour deux bâtiments tunisiens
conduits à Bastia par des corsaires français, et dont le Gouvernement
de la République n'a eu de nouvelles que par la voie de Tunis. Nous
voulons fidèlement observer les traités; mais nous ne voulons point
que la dignité et la compétence de la République soient lésées par des
transactions prématurées et peut-être partiales. Le citoyen Herculais
rendra compte du résultat des informations qu'il aura prises au Comité
de salut public, qui prononcera définitivement.
Il s'informera aussi de la conduite, des opinions et du mérite du
citoyen Guy de Villeneuve, Vice-Consul k Tunis. Ce citoyen étant dans
la classe des ci-devant nobles et jouissant d'ailleurs d'une très bonne
réputation, le Comité se réserve de prononcer sur son sort.
Quant à la vente des marchandises du convoi, le citoyen Herculais
en séparera d'abord celles qui appartiennent à l'Agence d'Afrique et
doivent rester à la disposition de cette Agence ^ Comme il emportera de
France les présents que le Gouvernement jugera convenable de faire
distribuer, il usera sobrement de la permission d'employer pour cet
usage ceux des effets du convoi qui pourraient convenir. Il serait
important d'ouvrir pour la vente des marchandises un marché plus
1. L'Agence d'Afrique fut substituée, par arrêté du 19 pluviôse an H, à la Com-
pagnie royale d'Afrique qui fonctionnait depuis Mii (Voyez tome II, p. 3ii). On
procéda à une liquidation, qui fut close en frimaire an V (décembre 1196), et la
Convention fit verser au Trésor, malgré les protestations de l'ancien directeur
Bertrand et des actionnaires dépouillés, l'actif social s'éievant à 2,048,248 francs.
Une Commission de commerce et d'approvisionnement fut établie, par le même arrêté
du 19 pluviôse an H, et l'on mit à sa disposition les capitaux ci-dessus désignés
et les établissements de l'ancienne Compagnie, évalués 150,000 francs. L'Agence
d'Afrique, agissant de concert avec cette Commission, fut chargée du service
des subsistances et des achats de grains pour le compte de l'État, qui prit dès lors
à sa charge les redevances dues aux Régences d'Alger et de Tunis et l'exploitation
directe des Concessions françaises en Barbarie. La suppression du privilège
exclusif delà pêche, la guerre maritime et l'incurie de l'Agence d'Afrique eurent des
résultats déplorables; aussi l'ancienne Compagnie fut-elle un moment rétablie par
arrêté des Consuls du 27 nivôse an IX (il janvier 1801). Elle fut définitivement
dissoute, par suite des protestations du commerce de Marseille, par la loi du
n floréal an X (juin 1802). — Voy. les cartons Concessions dC Afrique (1874-1830)
aux Archives de la Résidence française à Tunis, — et les Inventaires généraux des
Concessions d^ Afrique en 479% (Chambre de commerce de Marseille, Archives des
Compagnies d'Afrique), On y voit qu'à cette époque la Compagnie n'avait pu réussir
h relever le comptoir de Bizerte. Elle avait ceux de La Calle^ dirigé par Antoine
Peyron. agent principal des Concessions, Bône, dirigé par Maurice Guibert, LeCollo,
dirigé par Joseph André, etTabarque, dirigé par Maurice Burtat. — Voyez aussi His-
toire de La Calle, par Féraud (Alger, 1811), — et Les grandes Compagnies de corn*
merce, par Bonnassieux (Paris, 1892).
248 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS ilT^
étendu que celui de la seule ville de Tunis, surtout dans une époque rg
la peste qui désole ces contrées doit avoir paralysé le commerce. Le
citoyen Herculais consultera à cet égard des personnes instruites et b
localités. Il sera autorisé à faire transporter les marchandises dont le
débit paraîtra devoir se faire plus avantageusement ailleurs. En saisis-
sant les effets aux émigrés et aux condamnés, il prendra les mesures
convenables pour éviter à la République la nécessité de se mettre i
leur place vis-à-vis de leurs créanciers étrangers. Le Gouvernement è
Tunis ne doit point se mêler de réclamations de celte nature; ilser^
enjoint k notre Consul de les renvoyer toutes devant les tribunaux à
la République.
Le citoyen Herculais engagera les Consuls de Barbarie à dressenme
liste des maisons françaises établies dans leurs Echelles dont l^is
majeurs ou les cautions auront émigré ou péri par le glaive de la loi.
Ces maisons seront tenues dHndiquer les négociants français par les-
quels elles se proposent de remplacer les cautions qui n'existent pk^
Les listes ainsi rédigées seront adressées au Comité de salut public.
En général, en combinant ses démarches de manière qu'elles tendent
toutes à maintenir la bonne harmonie entre la République française et
les Puissances musulmanes de l'Afrique, le citoyen Herculais ne perdis
de vue dans aucune circonstance ni les intérêts ni la dignité de la
République. »
{Affaires étrangères, C^ de Tumt.)
DEVOIZB A BUCHOT.
619. — Tunis, iô octobre 1794 [24 vendémiaire an ///). — Sidi Ali,
le nouveau Pacha de Tripoli et ennemi de la France, a enlevé par
trahison Tile de Djerba au Bey de Tunis. Celui-ci a envoyé une dim
contre lui '.
(Affaires étrangères^ C*" de Tunù.)
LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC A DEVOIZB.
620. — Parisy 15 octobre 1794 [24 vendémiaire an ///).- «Le
Comité de salut public, citoyen, jugeant convenable pour le bien éû
service de faire passer le citoyen Allois Herculais en qualité d'agent
général et d'envoyé particulier auprès des Puissances musulmaoes
1. Ali Borghoul, ancien corsaire, s^étant mis À la tète de bandes indisciplinée^*
s'était emparé du pouvoir après avoir mis en fuite le vieux Pacha de Tripoli.
L'agression de Djerba perdit cet aventurier. Le Bey de Tunis Hamouda eofo^
en effet ses troupes dans les plaines de Tripoli; celles-ci chassèrent l'usurpaleor,
et rendirent cette Régence à son légitime possesseur.
[17941 AVEC LA COUR DE FRANCE 249
en Afrique, tu le reconnaîtras en la dite qualité et tu te conformeras
strictement à tout ce qu'il exigera de toi pour remplir la mission
dont il est chargé, conformément aux instructions qu'il a reçues et
aux arrêtés dont il est porteur. Tu mettras sous ses yeux la partie de
ta correspondance qu'il désirera de connaître et tous les papiers du
Consulat qui pourraient lui être de quelque utilité. Enfin, tu t'empres-
seras de concourir au succès de son voyage par tous les moyens qui
seront en ton pouvoir. »
{Affaires étrangères^ C** de Tunis.)
LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC A HAMOUDA, DEY DE TUNIS.
521. — Parité 15 octobre 1794 {24 vendémiaire an III). — « Le
capitaine Vence, chef de l'escadre française qui a mouillé l'année
passée dans la rade de ta ville de Tunis, nous a porté dans le temps la
lettre que tu lui avais remise pour le gouvernement de notre Répu-
blique. Nous avons reçu également par le canal du citoyen Devoize,
notre Consulet envoyé auprès de ta personne, la lettre que tu as
écrite au Commissaire de nos relations extérieures.
Nous avons appris avec une grande satisfaction les preuves d'amitié
qu'en différentes occasions tu as données à la République et la fidélité
avec laquelle tu as observé les traités qui nous unissent. Entièrement
disposés à prouver de notre côté combien la République est sensible
aux services que lui rendent ses amis, nous nous sommes dès lors
occupés des moyens de satisfaire aux différentes demandes que tu
nous as faites; et si nous n'avons pas répondu plus tôt à tes lettres
amicales, c'est que nous avons voulu faire marcher ensemble toutes
les mesures propres à te garantir notre bienveillance et à régler sur
les côtes de l'Afrique nos intérêts communs et réciproques.
C'est avec ces intentions que nous avons fait choix du citoyen Allois
Herculais, chef de brigade au service de la République, pour se rendre
auprès de ta personne. Nous l'avons chargé de répondre de vive voix
aux différents objets dont tu nous as entretenus; et d'après les instruc-
tions que nous lui avons données, nous espérons que sa mission ne
pourra que t'étre agréable. Il mérite d'autant plus toute ta confiance
que, parfaitement instruit des intentions du gouvernement de la Répu-
blique, il connaît aussi le pays que tu gouvernes, et que pendant le
séjour qu'il y a fait autrefois il a été à portée de se pénétrer d'une
haute estime pour ta personne.
Le citoyen Herculais t'annoncera les brillantes | victoires que le
courage invincible du peuple français remporte constamment sur ses
350 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [ITSii
nombreux ennemis. Il te peindra la perfidie avec laquelle ils ont coi&<
mencé et conduit une guerre injuste et atroce qui finira par leur ruim
totale. L'amour de la justice et de la vérité qui a toujours disUope
les Puissances musulmanes, le souvenir de Tantique et fidèle amitié
qu'elles ont entretenue avec le peuple français, et Texpérience qui leor
a prouvé que notre alliance était aussi sûre que conforme à leurs
intérêts, ont empêché la Porte Ottomane et les Régences de TÂfrique
de tomber dans les pièges que nos ennemis leur ont tendus; cesl arec
plaisir que nous rendons justice aux sentiments qu* elles nous oot
montrés, que nous en espérons la continuation pour ravenir, et qiie
nous nous montrerons toujours disposés à consolider cette harmonie
dont nous désirons Téternelle durée. »
(Affaires étrangéreê, O*^ de Tunis,)
LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC A MUSTAPHA-KHODJA.
522. — Pam, 15 octobre i 794 {24 vendémiaire an III), — « Nous
avons pris connaissance de la lettre que tu as écrite au Commissaire
de nos relations extérieures, et nous nous sommes occupés de&objets
dont le Bey de Tunis, notre bon ami, t'avait donné ordre de doqs
entretenir.
Ayant résolu d'envoyer dans la ville de Tunis le citoyen AlloisHer-
culais, chef de brigade au service de la République française, pour
différentes opérations qui concernent les intérêts de notre gouTeroe-
ment, nous Tavons chargé de te porter de vive voix notre réponse à
tes lettres ainsi qu'à celles que le Bey de Tunis nous a adressées. >ou5
espérons que tu Taccueilleras favorablement et que tu l'assisteras de
tes bons offices dans les différents objets de sa mission.
L'amitié constante que tu as montrée à la nation française ta
mérité la bienveillance du gouvernement de la République et toute
notre estime; sois persuadé que nous chercherons toujours avec
empressement les occasions de t'en donner des preuves. Noos avons
particulièrement chargé le citoyen Herculais d'être auprès de loi
rinterprète de nos sentiments. »
(Affaires étrangères^ C**' de Tunis.)
LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC A BUGHOT.
623. — Paris, 27 novembre i 794 (7 frimaire an III). — Le àiojen
Herculais, chargé d'une mission extraordinaire en Barbarie, corres-
pondra directement avec le Comité. Son traitement (âO,000 fr.) courra
à compter du 10 frimaire; Buchot devra envoyer à Herculais etàsos
[1795] AVEC LA COUR DE FRANCE 261
secrétaire Gayet' un passeport avec la permission d'exporter 19,000 livres
en numéraire.
(Affaires étrangères^ C**» de Tunis.)
DEVOIZB AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
524. — Tunis, 30 novembre i794 {10 frimaire an III), — Il a
obtenu du Bey que les Anglais restituent une prise de deux bâtiments
français, faite dans le golfe de Tunis. L'armée du Bey a repris Tile
de Gerbis et met le siège devant Tripoli.
(Affaires étrangères^ C*'* de Tunis.)
HBRCULAIS AU COMITÉ DB SALUT PUBLIC.
526. — Parii^ 22 décembre 1794 (2 nivôse an III). — Devoize
demande un secrétaire. Les services importants qu'il rend journelle-
ment à la République ne permettent pas de le lui refuser. Herculais
demande, en conséquence, pour le citoyen Joseph Billon *, la permis-
sion de passer à Tunis auprès du Consul Devoize.
(Affaires ëtrangèreSy C*** de Tunis.)
DBVOfZB AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
526. — Tunis, 19 janvier 1795 [30 nivôse an III). — « Citoyens
représentants, je suis pénétré de l'importance du service que je ren-
drais à ma patrie en lui procurant par mes recherches de nouveaux
moyens de vivifier les sciences et Tindustrie; je n'ai qu'un regret : c'est
de ne pouvoir, en remplissant ce devoir essentiel, y apporter autant de
lumières que de zèle.
Les sciences et les arts n'offrent à Tunis qu'une triste observation à
faire, c'est qu'à mesure que le despotisme, qui ne peut subsister que
par l'ignorance des peuples, s'est établi dans cette partie de l'Afrique,
ils ont disparu avec les hommes libres qui les cultivaient dans les
beaux jours de Rome et de Carthage... »
(Affaires élrangères, C* de Tunis.)
DEVOIZE AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
627. — Tunis, 2 février 1795 {14 pluviôse an III). — Il annonce la
prise de Tripoli par les Tunisiens et la fuite du Pacha qui a enlevé un
bâtiment français richement chargé. Le fils aîné de l'ancien Pacha a été
réintégré sur le trône. Le Bey de Tunis, inquiet sur la manière dont le
1. Arrêté du Comité de salut public du 42 brumaire an III (2 novembre 1194)
nommant le citoyen Gayet, secrétaire de la légation du citoyen Herculais, envoyé
extraordinaire auprès des Puissances d'Afrique.
2. Francois^oseph Billon était alors régisseur de la maison de commerce André
et C'*, de Marseille. Il avait été auparavant, pendant quelques années, ofRcier
breveté de la marine. On le retrouvera plus loin en qualité de gérant du Consulat
général de Tunis de 1809 à 1814.
252 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS r;^7
Grand Seigneur jugera son expédition, a engagé Devoiie à écrire t
l'Envoyé de la République à Constaniinople ' pour sonder les dhp^v
lions du Sultan vis-à-vis de Tex-Pacha de Tripoli.
(Affairée étrangère» j C** de Twiis.)
DEVOIZB AU COMITÉ DB SALUT PUBLIC.
628. — T'unis, 3 février 1795 {i 5 pluviôse an Ifl), — Il rf::
compte d'une prise anglaise faite par le brick français Le Hasapi"'
de la relâche de cette prise.
(Affaires étrangères, C^ de Tunis.)
LB OOMITÉ DB SALUT PUBLIC A DBVOIZB.
629. — Paris, 3 avril 1795 {14 germinal an III). — Devoiiee?.
autorisé à signer un article additionnel au traité avec Tunis, relatiTem^L
à la distance des côtes « à laquelle les actes d'hostilité sur mer pec-
vent avoir leur suite ».
{Affaires étrangères^ C* de Tunis.}
DEYOIZB AU GOMrrÉ DB SALUT PUBLIC.
630. — Tunis, 20 avril 1795 {l^prairialan III). — « Citoyens repré-
sentants, malgré que la réunion de la Corse aux Ëtats d'Angleterre ut
été officiellement notifiée au Bey et que ce Prince lait reconnue, bd
corsaire de cette Régence vient de s'emparer d'un navire de Baslia
dont la cargaison estévaluée mieux de cent mille piastres; letoutatt^
déclaré de bonne prise et vendu sur-le-champ; les équipages sont dtja
aux travaux publics.
Une des conditions de cette île rebelle en se livrant aux Anglaisât!^
qu'elle reprendrait son ancien pavillon à tête de Maure, et en admet-
tant leurs passeports elle a cru mettre sa navigation à l'abri de la courbé
des Barbaresques. Cet événement ne peut qu'ajouter au méconteDte-
ment déjà assez général de l'ile, et faire toujours plus regretter à y*
habitants la protection efficace dont ils jouissaient sous le gouvenie
ment français. J'ai assuré les droits de la protection aux Corses qn:
sont restés fidèles à la République ; le Consul anglais a fait prêter se^
ment aux autres. »
(Affaires étrangères, C" de Tunis.)
DBVOIZE AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
681. — Tunis, 14 mai 1795 {.25 floréal an III). — Le défaut de
réponse de la part du gouvernement français aux réclamations da p^
\. Charles- Louis Huguet de Sémonville, devenu à son retour Ministre plénipo-
tentiaire de la République batave, sénateur et comte, puis grand référeodaire i b
Chambre des pairs.
Devoize à Sémonville, ambassadeur à Constantinople. Tunis, 5 juin 179S{{hrù-
rial an 111). — • Le Bey s*est décidé à faire passer à ConstanUnople Sidi feol
r
I
[1795] AVEC LA COUR DE FRANCE 283
vernement beylical le met dans un grand embarras. « Le Garde des
sceaux et favori du Bey a osé se permettre un ancien propos de son
maître qu'il enverrait 38 Français aux travaux publics. Je lui répondis
que je me mettrais à leur tête et que j'espérais que nous ferions de la
bonne besogne. Il a osé répliquer que ce ne serait pas une chose bien
Sahib-Tapa, en qualité d'ambassadeur extraordinaire. Je dois tous donner quel-
ques notions sur ce personnage, qui a Tinfluence la plus fAcheuse sur nos intérêts
à Tunis. D'abord esclave d'un particulier, Sidi Yussuf fut admis parmi les Mame-
louks du Bey, ce qui équivaut aux pages de Frédéric Second, ensuite pourvu de la
surintendance; il y a environ trois ans que deux Géorgiens lui tirèrent dans l'appar-
tement du Bey deux coups de pistolet qui le percèrent de part en part. Le Bey
fut grièvement blessé lui-même à la joue d'un coup de stylet. Ces deux jeunes gens,
à peine de quatorze ans, dont l'âme devait être d'une trempe aussi forte que pure,
après les avoir accablés de toutes les marques du dernier mépris, se donnèrent la
mort sous leurs propres yeux, avec une intrépidité bien au-dessus de leur Age. A
cette époque a commencé la faveur de Sidi Yussuf. Sa stupidité le rendant inca-
pable d'exercer un emploi qui exigerait quelque connaissance, il fut pourvu de
celui qui consiste à apposer le sceau aux ordonnances du Bey. Dévoré d'ambition,
il a presque envahi tout le commerce de ce royaume, dont il cherche à dégoûter
les Européens en le faisant hérisser d'entraves et surcharger de droits inconnus
jusqu'à lui. Après avoir spolié tous les particuliers un peu aisés dont plusieurs sont
devenus insolvables envers les négociants français, il a voulu étendre jusque sur
notre gouvernement son esprit de rapine, ce qui a donné lieu à une scène très vive
entre lui et moi dans une audience publique du Bey...
.. J'ai dû croire, après la leçon que j'ai donnée à Sidi Yussuf, qu'il ne reviendrait
plus sur l'affaire des esclaves. Il vient de me faire écrire au nom du Bey de lui dire
en quelle monnaie je me proposais de le payer, si c'était en piastres fortes, de les
lui envoyer immédiatement pour qu'il eût le temps de les commuer en sequins
avant son départ; que si j'avais encore des difficultés & opposer, de me transporter
au Bardo pour en faire part au Bey. J'ai répondu que je ne voyais aucune néces-
sité d'aller rendre compte d'un refus qui s'expliquait assez par l'injustice de la
demande. Sa réplique ne respire que menaces, et entre autres, celle de vous porter
à son arrivée ses plaintes contre moi. C'est ce qui m'a engagé à vous faire tout ce
détail; le Bey avant son départ a bien voulu essayer une sorte de raccommode-
ment entre son envoyé et moi, mais un Consul ne peut se flatter dans cette Cour de
nager entre deux eaux; il faut qu'il se prononce et qu'il opte entre le favori et Sidi
Mustapha, beau-frère du Bey. Les titres si légitimes que ce ministre vertueux a
acquis à la reconnaissance de la nation française, dont il sert chaudement les inté-
rêts depuis 30 ans, prescrivent à son représentant le devoir de lui rester attaché
pour l'acquitter. Tous les Consuls étrangers se sont assez respectés pour se con-
duire de même vis-à-vis d'un ministre distingué dans toutes les Cours politiques,
qui vient tout récemment comme guerrier de se couvrir de gloire dans l'expédition
qu'il a commandée contre Tripoli, ministre cher à tous les Tunisiens par son inté-
grité désintéressée, en vénération par ses mœurs simples et la pratique de toutes
les vertus, dont on ne pourrait compter toutes les bonnes actions, ni citer une
seule injustice. Croyez, citoyen ambassadeur, qu'un ressentiment personnel ni
l'amitié qui me lie étroitement avec Sidi Mustapha ne m'ont point suggéré le
tableau que je viens de vous tracer. Je vois la ruine de nos établissements dans
l'abus que fait de sa faveur un homme qui en est si indigne. Je désire pour le Bey
que ses présents soient agréés du Grand Seigneur, sa démarche appréciée, mais que
Sa Hautesse lui témoigne son mécontentement sur le choix de son envoyé qui est
un manquement à elle-même; dans ce cas, le Bey n'osant ni ne pouvant plus loi
conserver aussi ouvertement sa faveur, tout rentrerait dans l'ordre naturel, et je
pourrais me flatter de continuer & faire jouir la République de tous les avantages
de ses liaisons avec cette Régence. »
{Affaires étrangères, C'*' de Tunis.)
254 GORRBSPONDANGB DBS BEYS ET DES CONSULS '}!%
extraordinaire que je fusse envoyé aux travaux publics... Je lui dis
q^e si le Bey renvoyait lui-même en galère la chaîne au coa, ce it-
serait pas extraordinaire, parce qu'il en était l'esclave, et que jVtai^
le représentaal à Tunis de la première nation de Tunivers. — Est-
parce que les Français ont pris la Hollande? — Le Bey lui lança m
coup d*œil qui le fit taire, te dois rendre à ce Prince la juslice qo.
improuva Tincartade de son favori.^ »
Devoize a annoncé au Bey Tenvoi d'im Commissaire national en\Q.
de faire droit aux réclamations du gouverneoMAt tunisien. Ce Gommiy
saire n'étant pas arrivé à la date présumée, le Bey « accusé Devoize O"
chercher à le tromper.
{Affaires étrangères^ C^* de 7kMt.j
SUPPLÉMENT AUX TRAITÉS ENTRE LA FRANCE ET LA RÉGENCE DE TC7IS'.
632. — Le Bardo, 25 mai 1795 {6 prairial an II/), — « Qm^i"
dans les anciens traités faits entre la France et Tunis, il soit dit que y
corsaires de la Régence doivent faire leurs courses à réloignement ût
trente milles des côtes de France, cependant, comme cette siipulalioD
est un si\jet de discussions fréquentes entre les deux Puissances, eiief
sont convenues de Tabolir, et à l'avenir les limites de rimmunlté, taot
pour les armements de la République française et les armements tuai-
siens que pour leurs ennemis respectifs, sont fixées à la portée da
canon des côtes de France et de Barbarie, soit que sur le rivage il )
ait des canons, soit qu'il n'y en ait pas, excepté dans les golfes de La
Goulette et de Portefarine, où les Français ni leurs ennemis ne pour-
ront faire de prises, ni inquiéter en aucune manière la navigation.
L'exécution du présent supplément n'aura son effet qu'après quatK
mois à compter d'aujourd'hui, afin d'avoir le temps d'en prérenir le!
Puissances intéressées. »
(Sceau) DEVOIZE.
(V original est aux Affaires étrangères. Salle des trailés.)
HERCULAIS AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
533. — Marseille, 25 mai 1795 {6 prairial an ///). — Il se plaid
de ne pas avoir reçu les articles de bijouterie tels qu on les avait com-
mandés; il soupçonne le citoyen Ménières de n'avoir traîné la choses!
fort en longueur que pour profiter peut-être du surhaussement suc-
i. Ce supplément aux traités tunisiens fut ratifié par la Convention nationale ie
28 thermidor an III.
[179f5] AVEC LA COUR DE FRANCE 255
cessif des métaux, demander des indemnités et garder en attendant
comme en nantissement les diamants les plus précieux.
{Affaires étrangères, C* de Tunis.)
HERCULAIS AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
534. — lunis^ ii juin 4 795 (28 prairial an III), — v Citoyens
représentants, le Consul Devoize m'a présenté hier au Bey; Faccueil
reçu a été conforme aux usages; cette audience étant simplement
d'étiquette, il n'y a été traité aucune affaire. Sidi Mustapha a été
en son particulier très flatté des attentions du gouvernement français.
J'ai vu avec satisfaction que le Consul de la République possédait
l'estime et l'amitié du Prince et de son Ministre... Les engagements
contractés dans cette Ëchelle pour faire droit à des réclamations et
qu'il est essentiel d'acquitter, tant pour prouver la justice de la Répu-
blique que pour lui assurer le crédit qui lui est si nécessaire pour
l'extraction des grains, s'élèvent à plus de 250,000 piastres tunisiennes,
évaluées ordinairement 32 sols... »
HERCULAIS AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
536. — TuniSy i i juin i79ô {28 prairial an III). — « Citoyens
représentants, arrivé ici le 20 prairial, j'ai trouvé l'Échelle dans une
situation assez tranquille comparativement aux discussions qui divi-
saient antécédemment la nation française. La peste ralentira néces-
sairement les opérations de la vente des cargaisons... Les corsaires du
Bey et de Sidi Mustapha sont dehors et ont fait beaucoup de prises,
la plupart napolitaines... Les Tunisiens courent sur les Corses et leur
ont fait une prise estimée 35,000 piastres fortes; les Anglais l'ont
réclamée. Le Bey a répondu : — Ces gens ne sont ni français ni anglais.
— Cette discussion prend une tournure très sérieuse et peut même
entraîner une rupture, que les Anglais cherchent à éviter; nous lâcherons
de tirer parti de cette occasion pour les intérêts de la République...
Un vaisseau suédois vient d'apporter ici le tribut ordinaire des
trois ans ; il a été beaucoup plus beau que de coutume, les présents
sont immenses et ont été évalués un demi-million, ce qui obscurcira
Féclat de ceux de la République. Je tâcherai cependant, en exaltant
nos succès, de mettre au-dessus de l'or et des diamants nos procédés
et notre antique amitié avec les Régences et la Porte. Une circonstance
nous favorise beaucoup en ce moment ; le Sahib-tapa, favori du Bey,
vient d'aller en ambassade à Constantinople S et il laisse par son absence
1. Voy. la lettre de Devoize à Sémonville, n. 1, p. 252.
256 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [m.
notre ami, Sidi Mustapha, seul en possession de la faveur du Ber,qnt
ce mignon lui avait enlevée; cela fait que j'ose presque en débulait
vous assurer du succès dans ma mission... Le citoyen Devoize pari!
en fort bons termes avec le Bardo. A mon arrivée ici, tous les CodsoL'
hormis ceux d'Espagne et d'Angleterre, ont mis leur pavillon et m ki
envoyé complimenter, même celui de Hollande qui, jusqu'à cemomenl
n'avait cessé par des propos piquants et des railleries amères de mar-
quer son éloignement pour la République... »
{Affaires étrangères, C de Tunis.)
DEVOIZB AU COMITÉ DB SALUT PUBLIC.
636. — Tunis y i 6 juin i795 {28 prairial an III). — Le citoTec
Herculais a été reçu par le Bey et son principal Ministre avec toute li
distinction due à un Envoyé de la République ^.
(Affaires étrangèreSy <?*' de Twm.)
DEVOIZE AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
687. — Tunis^ 22 juin 1795 (4 messidor an III), — « Ciloveos
représentants, après l'audience dont je vous ai rendu compte par im
dernière dépêche, le citoyen Herculais envoya chez le Bey les présents
qui lui étaient destinés. Je fus bientôt informé qu'il n'en était pas
satisfait, et qu'il se proposait de les renvoyer par suite des insinuations
perfides d'un médecin génois qui n'a rien épargné pour dénigrer toos
les articles dont ce présent était composé... Le citoyen Herculais lai
a dit que le renvoi des présents ne pouvait sous tous les rapports
qu'être considéré comme un affront qu'il voulait faire à la Républlipie.
Il répondit qu'il n'avait pas cette intention; que si le présent était de
l'Envoyé ou du Consul, il l'agréerait, ne fût-ce qu'une fleur, mais qQÎl
ne pouvait l'accepter au nom de la République, lorsque celle-ci faisaitaii
Dey d'Alger, dont il est l'égal, un cadeau en diamants et en une somme
d'argent... et nous eûmes la douleur de voir revenir le carrosse et
toutes les caisses qui renfermaient les articles du présent et que nous
avons sur-le-champ fait embarquer... Les Consuls étrangers et tout
ce qu'il y a d'honnête sur le pays ont été aussi surpris qu'indignés de
cette conduite du Bey, malgré son assurance qu'il n'en sera pas moins
l'ami constant de la République. »
i. Voy. le procès-verbal de la réception d'HercuIais au Bardo le 27prai^
an m (10 juin 1795) en présence du Consul général Devoize, de Gayet, secrétaire de
FEnvoyé, de Famin et Lenadier, députés de la nation française, et d'Adan^'
chancelier du Consulat {Archives de la Résidence française à Tunis, Reg. des Oif^-
n* J8, p. 408),
[1798] AVEC LA COUR DE FRANCE 457
I>evoîze contiQue sa lettre en se servant du chiffre; il propose de
punir le Bey de cette insulte en faisant renvoyer Tambassadeur tuni-
sien près de la Porte ottomane *.
{Affaires étrangères, C**' de Tunis,)
HBRCULAIS AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC
538. — Tunis^ 92 juin 1795 {4 messidor an III), — « Citoyens
représentants, c*est avec trop de précipitation peut-être que je vous ai
annoncé dans ma dernière lettre que le Consul jouissait de Tamitié du
Bey; personne, à Texception de ses mignons, ne peut se flatter de la
posséder.
Des ennemis de la République, entre autres un médecin génois ',
créature du Sahib-tapa, qui en Tabsence de ce favori sert sa haine contre
les Français, ont persuadé au Bey que la République devait lui envoyer
des présents richissimes, qu'elle avait envoyé à Alger 200,000 pias-
tres fortes et un diamant de 50,000 livres, et que devant être traité en
tout comme Alger, ce serait lui manquer si on le traitait autrement.
Le lendemain de ma première audience, on fit porter chez le Bey les
présents qui lui étaient destinés, parmi lesquels une voiture dont il parut
peu satisfait; cependant un tapis et des candélabres lui plurent assez'.
Le lendemain il parla de renvoyer la voiture; le Consul y fut le matin
et y resta toute la journée. J'y fus aussi l'après-midi; Sidi Mustapha
me parut très irrité de cette conduite de son maître et avait traité fort
durement le médecin génois en lui disant, avec menaces, de se mêler
de ses affaires. Je vis le Bey, à qui je dis que la République ne faisait
de présents, en forme de tribut, à personne; qu'étant venu pour les
affaires de ma nation, je n'avais pas voulu arriver chez lui sans lui
porter des marques d'amitié du gouvernement français; que le Pacha
de Tripoli lui ayant fait présent d'une voiture, il avait témoigné au
contre-amiral Yence en désirer une plus belle, que cet officier en
ayant fait part au Comité, il avait fait chercher la plus belle qu'il y eût
en France, qu'il avait souhaité le « Jacobin » et qu'on le lui avait
envoyé, que de même il avait paru désirer des meubles pour sa maison
de campagne et qu'on avait choisi des objets pareils à ceux qu'on envoie
au Grand Seigneur; que les 20,000 piastres fortes envoyées à Alger
étaient le payement d'une pareille somme que le Dey avait prêtée sans
i. Le Sahib-tapa Yussuf. Voy. la note 1, p. 252.
2. Mendrici, médecin du Bey, dont le frère était chancelier de Gorgoglione, vice-
consul de Venise.
3. Voy. État des présents emportés par le ciloyeji Herculais {Affaires étrangères,
C**' de Tunis)
17
258 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS \m
intérêt à la France, et que le diamant, qui n*était pas à beaucoup p^;
aussi riche qu*on le lui avait dit, était une marque de reconnaissanc?
de TAgence d'Afrique pour la générosité du Dey qui avait attendadein
années son payement sans intérêt.
Mais ce Prince, qui a le défaut de s*enivrer tous les soirs, échauf^
dans les moments d'ivresse par ce médecin génois, ût prévenir le tro.
sième jour qu'il renvoyait tout. Alors j'ai fait embarquer sur-Ie<hâiii|
la voiture et les autres effets pour Livourne; obligé de les faire adresser
à un neutre, on les a adressés au Consul de Suède ; j *ai pris cette me^G^
pour que, cela étant su, on ne puisse dire à Alger et à Tripoli que j;
ai porté ce qu'on a refusé à Tunis. J'écrirai au Consul de France d'
faire vendre ces effets et d'en tenir le produit à mon ordre; au csstp.
ces dispositions ne plussent point au Comité, il est à temps de dooner
des ordres au Consul français, attendu que ces effets feront ciaquaa:'
jours de quarantaine.
Cet événement, citoyens représentants, ne change rien aux affairp5.
et la République est au-dessus de tout ce que le caprice de ces gensc.
pourrait lui faire regarder comme un affront; le Bey vend à la oaticD
les permissions de sortie de denrées comme de coutume, et en cà
jamais il ne nous a fait plus de faveur qu'aux autres nations, puis(pi.
en vend également à ses ennemis, Génois, Napolitains, Maltais, etc. ù
Prince a répété en outre plusieurs fois qu'il n'avait nul dessein d'of-
fenser le gouvernement par ce refus et qu'il voulait au contraire reski
constamment Tami de la République.
Sidi Mustapha, à qui j'avais remis deux des plus belles boites earï-
chies afin qu'il choisisse celle de son goût, les a rendues au Consul fc
lui disant que, puisque son maître n'acceptait pas les présents, il v
lui convenait pas de rien recevoir. Ce Ministre m'a fait préYenirhier
au soir que j'arrangerais tout cela moi-même; que le Bey, en lui disant
qu'il avait conçu beaucoup d'estime pour moi, avait répété que celant
devait me faire personnellement aucune peine ; d'où je conjecture que
quelques griefs que je ne connais pas encore éloigneraient peut-être ^<
Bey du Consul; ce qui, joint à l'intrigue de ce Génois, ennemi des Fran-
çais et personnellement du Consul qui lui a cependant souvent fait de?
cadeaux, et à la persuasion où était le Bey de recevoir de grande?
richesses, est, je pense, la principale cause de ce renvoi. Quoi qu''
en soit, si c'est en résistant aux prétentions toijgours renaissantes du
Bey que le Consul se l'est aliéné, il n'en est que très louable: mais si
c'était parce que les promesses qu'il pourrait, par condescendance, Ibi
avoir faites ne sont pas acquittées, il serait alors dans son tort; je d^
[1795] AVEC LA COUR DE FRANCE ^69
peux au reste avoir de connaissances là-dessus et m'en expliquer avec
le Consul qu'après avoir vu Sidi Mustapha, qui m*a fait dire qu'il désirait
converser seul avec moi incessamment...
Sidi Mustapha, notre véritable ami chéri, respecté dans le pays, voit
avec une profonde douleur la conduite de son maître et ne serait pas
fâché que ce Prince, qui se fait détester et se livre à tous les vices, reçût
une leçon. Les Consuls étrangers, surtout celui d'Angleterre, reçoivent
journellement des désagréments bien plus sensibles, et tous sont
outrés contre le souverain et son favori. Le citoyen Devoize a dû vous
informer de ceux qu'ont éprouvés Venise et TAngleterre. Si cela con^
tinue, les chrétiens n'auront plus aucun moyen de traiter avec ce
Prince * ».
{Affaires étrangères, C'"* de Tunis,)
LB GOMITÊ DE SALUT PUBLIC A UBVOIZB.
539. — Paris, 30 juin 1795 {i 2 messidor an I/I). — Il engage
Devoize « à continuer de concilier dans son langage la dignité d'un
agent de la République avec les ménagements qu*exigent nos rapports
avec le gouvernement tunisien ».... Le citoyen Herculais est chargé
de satisfaire aux réclamations du Bey. S'il a dû retarder son départ,
c'était pour attendre les présents destinés au Prince.
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
HERCULAIS AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
540. — Tunis^ 6 juillet il 95 {18 messidor an III). — La contagion
de la peste diminuant, on va procéder à la vente des marchandises; il
serait à souhaiter que les bijoux que le citoyen Ménières doit encore
fournir fussent arrivés avant six semaines, époque à laquelle Herculais
se rendra à Alger.
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
HERCULAIS AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
641. — 7 unis, 6 juillet il 95 {i 8 messidor an III). — « Le Consul
a été forcé de conclure la négociation déjà entamée du rachat des
esclaves de Gagliari par autant d'autres rachetés à Malte ; cet échange,
qui coûte à la République environ 70,000 piastres, dont il en restait
i. Herculais à Veminac. Tunis, 30 juin 1705 (18 messidor an II!}. — II lui mande
l'histoire des présents renvoyés par le Bey grâce à la cabale du Sahib-tapa. Ce favori,
donl les cabales troublent gravement la paix dans cette Échelle et qui persécute
les Français, est Tarobassadeur du Bey près là Porte ottomane. Verninac pourrait
montrer au Grand Seigneur toute la bassesse de ce personnage de manière à le
faire arrêter ou chasser.
• {Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
260 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS i?.C
à mon arrivée encore 35,000 à payer, a été suggéré au Bey par no
négociant français faisant les affaires du Sahib-tapa.... On peut dire qat>
généralement toutes les idées qui sont onéreuses à la République s<^&i
données à ces gens-ci par des Français qui, pour se faire valoir aQprè>
d*eux et s'attirer leur bienveillance particulière, se font un mérite de
sacrifier les intérêts du gouvernement pour leur être utiles. Je tâcherai
de vous faire connaître les causes de la décadence de notre commerrr
ici et du peu d^utilité que la France en retire, malgré tout ce quVr
dit, dans les gazettes, des dépenses inutiles qui pèsent sur le trésor de h
République, malgré les troubles qui divisent la nation et qni^enûïnih
nuant la considération dont elle devrait jouir, font que le Bey serait i
chaque moment, s*il le voulait, dans le cas de la menacer impuoémeo!
Pour remédier à tous ces inconvénients, il faudra en revenir à trt^
peu de choses près aux anciennes ordonnances de la marine et do
commerce, et avant d'en venir là il serait à propos de commencer par
ne permettre, sous aucun prétexte, à aucun Français de venir s'établ.r
dans le pays, car je pense que l'intention du gouvernement n'est cer-
tainement pas d'y établir une colonie française. Il y a huit ans, il n y avait
que six maisons, et c'était encore par un abus et d'après les demaDdes
indiscrètes des Consuls, qui voulaient favoriser ou peut-être s'associer
telle ou telle maison, qu'on en avait porté jusque-là le nombre.
L'ordonnance ne permettait que quatre régisseurs; ils ne pouvaient
se marier, ne devaient rester que dix années dans le pays, passé leque!
terme leurs majeurs et cautions de Marseille étaient obligés de les fair'*
remplacer par d'autres régisseurs. Présentement il y a quatorze maison>
ou se disant telles; plusieurs des chefs ont rompu avec leurs majeurs
de France, ou les majeurs ont rompu avec eux, et ils n'ont plus par
conséquent que des cautions nulles ou illusoires; la plupart sont mariés
à des Anglaises ou des Génoises tabarquines, ont un grand nombre
d'enfants et de domestiques; d'autres se disposent à faire encore reoir
leurs parents ou leurs amis, plusieurs ont des dettes et de très mauvaist^^
affaires, et les Maures, comme vous savez, rendent, en dernière analyse,
le protecteur responsable de ses protégés ; il y a en outre kaucoop
de Corses et d'ouvriers, de manière que le Consulat et la chancellerie
n'ont pu me fournir un état des Français sous le pavillon *.
Aucune autre nation n'a plus d*une maison ou deux sous sa protec-
tion, plusieurs même n'en ont aucune. Avant la révolution les Coosuls
d'Angleterre et de Hollande n'en avaient pas; présentement ils ont
1. Voy. l'état des Français à Tunis, p. 305.
[i79oJ AVEC LA COUR DE FRANCE 261
reçu, par des raisons d'intérêt particulier, une ou deux maisons fran-
çaises sous leur protection.
L'Agence d'Afrique, qui est la seule qui ait fait venir des grains de
Tunis en France, n'y a qu'un correspondant, premier commis, suivant
Tusage, de la maison établie à Marseille. Très peu d'autres Français
ont fait des expéditions pour la France, soit sur des neutres ou autre-
ment; plusieurs, au contraire, en ont fait pour l'Angleterre, pour
l'Espagne, et prêtent leur argent sur le pays à un et demi 0/0 par
mois, ce qui occasionne sans cesse des tracasseries et des plaintes, et
oblige souvent, sans doute, le Consul à avoir pour le Bey des condes*
cendances onéreuses à la République, afin de l'engager à ménager cette
nombreuse colonie... »
(Affaires étrangères^ C'** de Tunis.)
HERCULAIS AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
642. — Tunis, 30 juillet i 795 {i2 thermidor an III), — « Citoyens
représentants, le Bey commence à faire des démarches qui annoncent
comme un repentir de s'être trop facilement livré aux suggestions des
g^ens qui lui ont fait refuser les présents. Le Ministre m'a enfin écrit
une lettre extrêmement amicale au nom du Bey et m'a dit : — Nous
a^ons un grand projet qui peut être utile aux deux Puissances. — Et
il m'expliqua que le Bey, ayant tenté inutilement de faire un bon port
à. Portefarine, avait dessein d'en faire un à La Goulette et même de le
faire venir jusques à Tunis.... Si la volonté si incertaine du Bey ne
change pas, il serait possible que l'exécution de ce dessein procurât
quelques avantages à la République....
C'est avec satisfaction, citoyens représentants, que je vous ai vus
faire vous-mêmes l'observation que les Consuls de Barbarie, dans la vue
de se montrer utiles, exagèrent leur crédit auprès des Beys, ainsi que
les ressources du pays, en même temps qu'ils dissimulent les sacrifices
ou les promesses qu'ils font dans diverses circonstances aux dépens de
l^Etat, ce qui occasionne ensuite des tracasseries fâcheuses qui nuisent
au service, et qu'ils ne terminent qu'en faisant de nouveaux sacrifices ou
en s'engageant par desv promesses encore plus fortes; il faut à présent
vous donner la raison de cette conduite de leur part.
Les Consulats de Tunis et d'Alger offrent aux hommes ambitieux et
qui ne veulent pas se contenter de leurs appointements plusieurs
moyens de faire une fortune assurée en peu d'années ; une fois donc
qu'un homme de cette trempe est en place, il craint, s'il résiste aux
volontés de ces gens-ci, aux chicanes ou aux prétentions qu'ils élèvent
â62 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS :li^i
sans cesse, et s'il sert avec un zèle ardent et désintéressé son pays, il
craint, dis-je, que lesBeys ou leurs Ministres n'écrivent contre luiàsoo
gouvernement, qu*ils ne le traversent dans ses vues d'intérêt et ne le
gênent dans les moyens qu'il peut employer pour faire sa fortune par-
ticulière; en sorte que regardant tout autre Consulat, quoique avec les
mêmes appointements, comme une perte réelle, une fois parvenu à
Alger ou à Tunis, il se retranche dans un de ces deux Consulats comme
dans une place forte, il en rend les abords aussi difficiles qu'il lui est
possible, et il est disposé à faire tous les sacrifices que les Maures exi-
geront de lui, ne résistant juste que ce qu'il en faut pour sauver les
apparences ou même se faire valoir auprès de son gouvernement, les
Maures, qui connaissent cette manœuvre, la secondent toujours parfai-
tement. A l'exception des citoyens du Rocher * et Kercy *, tous les Con-
suls d'Alger et de Tunis ont invariablement suivi cette marche; ils se
donnent ensuite au gouvernement français comme les meilleurs mis
des Beys, comme les seuls capables de les amener à ses vues; quelques-
uns n'ont obtenu leurs places qu'en se faisant demander par les Beys
ou leurs Ministres lorsqu'ils ont été dans le cas de séjourner dans le
pays; d'autres, une fois en place, font écrire les souverains en leur
faveur, se font donner les plus grands éloges et forcent, pour ainsi
dire, le gouvernement h les conserver dans leur place, quoiqu'il en soit
souvent mécontent; d'autres écrivent au nom des Princes et font à
notre gouvernement des promesses chimériques ou au moins exagérées.
Un autre abus non moins grand, que les Consuls ont établi depuis
quelque temps, est relatif aux teskereU ou permissions de sortie qaib
se sont ingérés à demander eux-mêmes; c'est une chose dont ils ne
devraient jamais se mêler, attendu qu'il est de la plus grande facilité
d'en obtenir.... Toute demande d'un Consul au Bey est toujours
regardée comme une affaire de gouvernement, et quoique ce ne soit
qu'en payant et au même prix que les autres que les Consuls obtiennent
ces teskerets, le Bey s'en prévaut toujours vis-à-vis d'eux comme d'Du
service qu'il rend à leur nation, et en profite pour les engager à faire
des demandes onéreuses à leur gouvernement, ou pour les ohM^r^
terminer en sa faveur des difficultés qui ne s'élèvent que trop souvent
dans le pays.... Enfin les Consuls, en délivrant ensuite ces teskerets à
des négociants, favorisent, pour le droit de commission que procure
l'envoi, une maison plutôt qu'une autre et peuvent même sassoaer
1. Voy. la noie 1, p. 92.
2. Voy. Correspondance des Deys d* Alger avec la Cour de France^ U D, p. 315.
ri795] AVEC LA COUR DE FRANCE 263
secrètement à elle, ce qui ne peut manquer de mécontenter les autres;
on parle même de teskerets revendus ou rechangés à des étrangers, et
Je vois que ce motif d'intérêt a été la cause majeure des dissensions de
cette Ëchelle-ci, dissensions qui durent encore et qui, à mon départ, ne
peuvent manquer de se renouveler plus vivement que jamais, si vous
n'y mettez ordre.... Il faut dans ces deux Consulats-ci, Alger et Tunis,
au lieu d'hommes déliés et trop habiles dans les affaires, des gens
fermes et probes.
Je vous renouvellerai encore, citoyens représentants, mes observa-
tions sur la facilité avec laquelle on accorde des passeports pour ce
pays-ci. Nombre de personnes de Marseille, craignant de marcher pour
une réquisition ou par d'autres motifs peut^tre encore plus blâ-
mables, se font demander pour venir en Barbarie... Le Bey, voyant une
colonie si nombreuse de Français dans ses Ëtats, en tire avantage
pour se rendre difficile dans toutes les affaires et exagérer ses préten-
tions, persuadé que le gouvernement sera comme forcé, par tant
d'otages, d'accéder à tout ce qu'il voudra.
La division qui règne en cette Échelle entre le Consul et les négo-
ciants met souvent des retards au vif désir que j'ai de terminer promp-
tement les ventes pour me rendre à Alger. Les engagements qu'a pris
ici le Consul et qu'il assure avoir été forcé de prendre sont immenses;
rintérét k un et demi pour cent par mois a accumulé la somme d'une
manière prodigieuse ; on vous a aussi exagéré les ressources de cette
Échelle-ci; jamais elle ne mérita les sacrifices que le gouvernement a
faits pour elle....
J*ai expédié le 10 thermidor, pour Toulon, une tartane chargée de
1800 quintaux de fèves pour l'escadre; elle porte en même temps
quelques marins que j'ai rassemblés pour la même destination. »
{Affaires étrangères^ C' de Tunis,)
LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC A HERCULAIS.
543. — Paris^ iO août 1795 {25 thermidor an III). — « Le refus que
le Bey de Tunis a fait des présents de la République nous portera à
prendre en sérieuse considération la question de savoir s'il ne con-
viendrait pas que la politique future de la République à l'égard des
Régences barbaresques adoptât pour principe de se dispenser entière-
ment d'un usage tout à fait humiliant dès qu'il prend le caractère
d'une obligation. Nous sommes de l'avis de ce Bey qu'une fleur suffit
comme marque d'amitié, et nous ajoutons qu'une seule piastre serait
de trop comme dette exigible. Vous avez bien fait, citoyen, de prévenir
!i64 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [m
l'Envoyé de la République à Gonstantinople, auquel nous nous prop«v
sons d'écrire dans le même sens. Vous ne ferez, à l'égard des présents.
aucune démarche ultérieure; vous manifesterez seulement à Sidi Mus-
tapha, dont vous cultiverez l'amitié par tous les moyens qui seront ei
votre pouvoir, le regret que nous cause l'inconduite de son maître.
Vous nous informerez si le médecin génois dont vous nous parie?
tient encore assez à son pays pour qu'une démarche faite de notre par.
auprès du gouvernement de celte République puisse Teffrayer. D'après
ce qui s'est passé, il faudra sans doute nous attendre à ce qae le Bey
de Tunis nous fasse éprouver quelques chicanes. Dans ce cas vous se
compromettrez point votre caractère, et nous vous autorisons à saiàr
une pareille circonstance, si elle devait avoir lieu, pour quitter la vill^
de Tunis.... Au reste, citoyen, vous allierez les ménagements à la fer-
meté ; nous-mêmes, très résolus de soutenir la dignité delà République.
n'oublierons point qu'il n'y a ni gloire, ni intérêt à se brouiller, sur-
tout dans les circonstances actuelles, avec les Barbaresques. La paii
conclue avec l'Espagne et l'amitié de la Porte serviront sans doute i
faire cesser ces tracasseries. »
(Affab^t étrangères, C^ de Tmù,)
DEVOIZE AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
644. — Tunis, i 8 août 1795 {i'^ fructidor an III), — De voize, d'accord
avec le citoyen Herculais, a terminé lafTaire des 38 esclaves tuuisiecf
de Cagliari, en versant au Bey 35,404 piastres.
{Affaires étrangères, C**' de Tunis.)
HERCULAIS AU COMITÉ DE SALUT POBUC.
645. — l'unis, 20 août 1795 [S fructidor anlll). — Herculais enToif
un état des dettes du Consul et demande h. être autorisé à contracter u
nouvel emprunt, qui pourrait se faire à un taux moins onéreux que ceoi
qu'a faits le Consul, c'est-à-dire à 1 p. 100 au lieu de i 1/2 p. iOOipar
mois)... « Les bruits de paix avec l'Espagne et l'alliance avec la Hollande
rendent, à ce qu'il me semble, le Bey beaucoup plus traitable. »
{Affaires étmngères, C^'» de Tunis.)
LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC A DEVOIZE.
646. — Paris, 24 août 1795 {7 fructidor an III). — « Il vous est
désormais expressément défendu, citoyen, de souscrire aucun engage-
ment pour le gouvernement et relativement à ses intérêts sans y être
préalablement autorisé par lui. Le citoyen Herculais en a déjà ék
prévenu, et nous l'avons chargé de faire part au Bey de la résolutioo
[1795J AVEC LA COUR DE FRANCE 265
que nous avons prise & cet égard. Vous voudrez bien vous y con-
former. »
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
nKRCULAIS AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
647. — Tiirtîs, 26 septembre 1795 {4 vendémiaire an IV). — « Le
Comité m*a chargé d'examiner la conduite de M. Guy de Villeneuve,
ci-devant Vice-Consul *. Voici ce que j'ai à vous dire à ce sujet.
Cet officier vient de faire une démarche qui le rend à jamais indigne
de servir la République; peu après mon arrivée, il se présenta à moi
et me témoigna le désir de servir la République dont il ne s'était
éloigné, disait-il,, que par les circonstances; d'après l'intérêt que le
Consul prenait à lui et le bien qu'il m'en avait dit, j'ai, pensé qu'il y
avait de l'exagération dans les plaintes qu'avaient portées contre lui
les négociants de l'Ëchelle, et je lui avais promis ipes bons offices
auprès de vous et du Comité pour lui faire recouvrer son état dans
quelqu'autre endroit du Levant ou de la Barbarie; j'ignorais encore
ses liaisons intimes avec les émigrés et les négociants qui ont passé
sous la protection anglaise. J'ignorais aussi qu'il eût quitté la cocarde
nationale et passé tacitement sous la protection du Bey, le Consul lui
ayant donné, pendant mon séjour ici, un certificat du contraire.
Le jour de la Saint-Louis, les émigrés réunis à M. Villeneuve et à un
ou deux commis des négociants sous la protection de la France, après
avoir été en corps et en cérémonie à la messe chez le Consul d'Espagne
qui ignorait encore la paix, se rassemblèrent pour un grand repas chez
un des Français qui ont passé sous la protection anglaise. La nouvelle
de la descente de Quiberon et les succès des Vendéens, exagérés dans
les gazettes italiennes, avaient exalté la tète de ces messieurs, et ils se
sont réjouis de leurs prétendus succès; ils ont bu, et s'en sont vantés
publiquement, à Louis XVllI.
J'ai cru devoir vous rendre compte d*un pareil fait, qui me parait
assez important par l'impression qu'il fait sur le Bey et les gens du
pays pour mériter l'attention de notre gouvernement.
Je vous prie de me faire passer des ordres ou des instructions rela-
tivement aux personnes sous la protection de la France qui ont été à
ce festin. Je vous fais la même demande sur ce que je dois faire au
cas que les négociants qui ont passé sous la protection anglaise vou-
lussent rentrer sous celle de la France. Quant k M. Guy de Villeneuve,
\. Voy. la note 2, p. 158.
266 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [IX
aussitôt que j'ai su sa conduite, je lui ai fait dire de ne plus se présenU?
à la maison de France. »
{Affaires étrangères, C^ de Tunit.)
DBVOIZE AU COMITÉ DE SALDT PUBLIC.
548. — 7uni<, 27 septembre i79ô (5 vendémiaire an IV). — ^L
Achmet-Pacha, que le Bey de Tunis avait placé sur le trône de Tripi
a été chassé par son père. Le Bey vient de lui donner asile à Toois.
{Affaires étrangères, C*"* de Tunis.)
DEVOIZB AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
549. — Tums, 4 octobre i 795 ( i2 vendémiaire an IV). — U se plaiil
des citoyens Famin frères \ dont Tun est à Tunis Thomme d'affaires du
Sahib-tapa. « C'est par les liaisons de quelques négociants aveccegoD-
vernement que le Consul éprouve bien des contrariétés dans ses fonc-
tions; ce sont eux qui Téclairent, l'instruisent souvent de ce ^u'i;
serait à propos qu'il ignor&t... Ces individus sont naturellement plib
occupés de faire leur fortune que jaloux de la gloire et des in\èn\i
de leur patrie. »
(Affaires étrangères^ C^ de Tvnit.)
HERGULAIS AU COMITÉ DB SALUT PUBLIC
550. — Tunis^ 10 octobre i 795 (/ 8 vendémiaire anlV),— ^ Ciloyeu
représentant, j'aurai beaucoup de choses à dire sur la conduite du
Consul Devoize, qui ne parait rien moins qu'attaché au gouvernemeDl
et aux intérêts de la République par sa propension k servir les ro\i-
listes et ses liaisons intimes avec plusieurs d'entre eux. Il a souffert
que des négociants quittassent sans motifs la protection de la Répu-
blique pour se mettre sous celle de ses ennemis les plus acharnés;
d'autres négociants français sont venus les joindre; ils se rassemblent
ont des amis au divan et dénigrent de tout leur pouvoir la Répn-
blique. Cela, joint à la haine profonde que le Consul manifeste pour les
négociants attachés à la République, contre lesquels il dirige sans
cesse des sarcasmes et des railleries amères, aux plaintes exagérées
1. U B*agit ici de Joseph-Etienne Famin, qui gérait à Tunis la maison de commerce
fondée par Basile Samatan, et qui négociait alors sans mandat un traité de paii
entre Tunis et les Etats-Unis. Son frère Jean-Louis-César Famin, adjoint eo i"!^
A Bertrand, directeur de la Compagnie d'Afrique à Marseille, s'occupait spécialemeot
de Textraclion des blés de Barbarie. Il fut nommé en 1800 gérant de VÀ^nctàa
AlTaires étrangères h Marseille; il reçut en 1810 le titre d'Agent des relations exté-
rieures dans cette ville. — Voy. les cartons Agence des Affaires éirangfrrf »
Marseille (Affaires étrangères, C*'** àarbaresqttes), et le carton Correspondanct ai
Famin, agent des Affaires étrangères à Marseille (Archives de la Résidence ffunçioft
à Tunis),
1 795] AVEC LA COUR DE FRANCE 267
[ u*il a portées contre eux en cherchant à leur attirer i'animadversioa
lu Bey ainsi que celle de notre gouvernement, vous aurez pu le voir
Isins sa correspondance, entretient ici une désunion qui nuit infiniment
LUX intérêts de la République.
En partant de cette Échelle, je me propose de rendre au gouverne-
ment un compte général d*après leque] je pense qu*il sera essentiel de
prendre des mesures fermes et prudentes, si Ton ne veut voir la Répu-
blique perdre ici totalement son commerce et son crédit... »
{Affaires étrangères^ C"* de Tunis,)
HAMOUDA, BEY DE TDNIS, AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
551. — Le BardOy octobre 1795 {vendémiaire an I\). — « L'exposé
SLinical aux grands, résidant présentement à Paris, qui dirigent toutes
les affaires de la nation française, — que leur fin soit heureuse! —
est que vous aurez certainement appris que, ci-devant le Pacha de
Tripoli du couchant (Tripoli de Barbarie) s'étant permis des faits
déplacés, contraires aux intentions du Grand Seigneur et opposés aux
statuts de TO^jac (corps de milice qui forme le gouvernement et dont
le Pacha est le chef), nous avons fait agir nos forces victorieuses par
mer et par terre; le secours de Dieu, l'assistance de TËternel les accom-
pagnant, le parti de ce Pacha a été mis de côté; mais les dépenses en
préparatifs, les consommations de munitions en tout genre qu'il a fallu
faire pour cette expédition, sont au-dessus de ce qu'on pourrait dire.
Vous savez tous que, conformément à la paix et à la bonne harmonie
pleines de sincérité qui existent depuis longtemps entre notre Odjac
victorieux et votre empire, nous avons depuis quelques années manifesté
et déployé toute Tassistance que la bonne amitié demandait, soit envers
les vaisseaux appartenant à votre empire, soit envers vos hommes allant
I et venant chez nous, soit pour les provisions et autres objets qui étaient
nécessaires à votre pays. Nous venons de faire apprêter un navire
franc (européen) par les mains d'un marchand nommé César Famin,
attaché depuis longtemps à notre service; nous l'avons expédié avec
un chargement de blé; s'il plaît à Dieu Très Haut, lorsqu'il sera
arrivé, vous lui ferez vendre le chargement au cours, vous lui ferez
acheter les munitions et autres choses nécessaires à notre Odjac victo-
rieux qui sont portées sur l'état entre les mains du susdit, et vous le
ferez retourner avec l'accomplissement en entier de sa commission.
Cette lettre d'amitié vous a été écrite dans cet espoir et envoyée par
les mains du susdit. En outre de la satisfaction que nous aurons de ce
que vous nous aurez accordé votre secours et votre amitié pour faire
368 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [O:
acheter un moment plus tôt au susdit marchand les espèces de idql!-
tions et autres choses nécessaires portées dans Tétat qui lai a ^:
remis, et pour le faire retourner ici après sa commission enlièrema
faite, qu*il vous soit connu que Tamitié et Talliance qui sonteolrele^
deux pays en seront confirmées et augmentées. En remplissant!^
devoirs de Tamitié et de rattachement, que cette amitié en deneE-
toujours plus ferme et plus stable, que n'étant jamais troublée i
altérée, elle augmente toujours. Au reste, que les jours des asc
soient augmentés! »
(Sceau) (Affaires étrangères, C'^de TumU.)
LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC A HAMOUDA, BEY DE TLNS.
552. — Paris^ 12 octobre i 795 (20 vendémiaire an/F).— «Lecitoje£
Famin, négociant à Marseille, nous a remis la lettre que yoqs Dot^
avez adressée, dans laquelle vous manifestez Tintention d'acguérir<J:
gouvernement français une certaine quantité de munitions de guem
en poudre et en boulets. Nous saisissons avec joie cette occasioodf
vous donner un témoignage des sentiments qui nous animent et è
rintention où nous sommes de concourir, par une réciprocité des boDî
offices et par tous les moyens qui pourront être en notre paissaDce.
au maintien de la bonne intelligence et de l'harmonie qui règneal
depuis si longtemps entre la France et les Beys de Tunis. Les ordrts
sont donnés, et Ton expédiera incessamment pour le pays, port de
Tunis, la quantité de trente milliers de poudre et celle de vingt mille bos-
lets de différents calibres ^ Après la guerre terrible que nous avons en
& soutenir contre presque toute l'Europe, forcés de tenir encore sob>
les armes plus d'un million de soldats pour conserver et augmenter,
s'il est possible, par de nouvelles victoires, la gloire nationale et ie
fruit de quatre années de triomphe, nous n'avons pu distraire de plit'
i(
1. Arrêté du ii octobre i795 (19 vendémiaire an IV) :
Article I. La République française dispose en faveur du Bey de Tunis
20,000 boulets de tuul calibre et de 30 milliers de poudre.
Art. II. La Commission de Torganisation et du mouvement des armées de lem
est autorisée à prendre ces objets dans les arsenaux de la République et a les /air'
transporter à Marseille. Elle réglera la répartition de ces fournitures entre l^
diverses directions et fabriques de la manière qui paraîtra le plas cooreubt
pour ne point nuire au service des armées.
Art. III. La République fait don au Bey de la moitié de ces munitions; l'wiR
moitié sera payée en numéraire par son agent à Marseille, au moment de b
livraison, savoir : les boulets à raison de cent livres tournois le millier pe§<Qt-
la poudre à raison de trois mille livres le millier pesant.
Art. IV. La Commission de la marine et des colonies est chargée de t^o' ^
qui aura rapport au transport de ces munitions depuis Marseille jusqu'à Tools.
(Affaires étrangères, C^ de Ttoii».)
^795] AVEC LA COUR DE FRANCE 269
ortes quantités des distributions qui sont encore nécessaires au
service de nos armées. Nous avons traité pour la moitié avec le citoyen
L^sunin, conformément aux vœux que vous aviez formés. Quant à
.^autre, nous vous prions de Taccepter au nom de la République fran-
[^aise comme un faible surcroît des dons que son agent est chargé de
vous présenter et comme un gage certain de l'intérêt qu'elle prendra
loujours à la gloire et à la prospérité de votre empire.
Puissent cette gloire et cette prospérité s'accroître sans cesse, ainsi
<^ue Tamitié qui subsiste entre nos deux nations! »
{Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC A HliACULAIS.
653. — Pmns, 19 octobre 1795 {27 vendémiaire an IV"). — « Les
renseignements généraux que vous nous avez donnés sur les Consulats
<ie Barbarie et sur les moyens communément employés par les Consuls
pour se maintenir dans leur place malgré le gouvernement et à son
préjudice nous seront très utiles. Nous n'omettrons point, dans la res-
tauration de notre système consulaire, les vues que vous nous avez
transmises, et nous les transmettrons soigneusement au Directoire qui
^a s*organiser incessamment et qui s'occupera sans doute aussitôt de
rendre à la République les ressources qu*elle doit trouver dans le
commerce du Levant. Mais c'était principalement sur le Consul Devoize
et sur sa gestion que nous voulions être instruits. La nécessité où
nous avions été de lui interdire une faculté dont nous présumions
qu'il avait abusé nous aurait rendus infiniment précieux des détails
précis sur sa conduite. Si vous êtes encore à Tunis, nous vous deman-
dons expressément de nous en adresser. Vous ne nous dites pas
positivement où vous en êtes par rapport aux dettes qu'il a contrac-
tées... »
En ce qui concerne le refus du Bey de recevoir les présents de la
République, « de nouveaux rapports qui viennent de s'établir entre
nous et Hamouda-Pacha nous font présumer que vous aurez déjà
reçu de sa part toutes les marques de condescendance et d'intérêt
auxquelles nous avons le droit de prétendre. Il nous avait adressé le
citoyen Famin, avec des lettres dans lesquelles il demandait la permis-
sion de prendre dans nos arsenaux des boulets et de la poudre.. ; nous
lui avons fait don de la moitié des objets dont nous disposions en sa
faveur. Il nous importe que vous fassiez valoir ce présent et que vous
profitiez de cette circonstance pour reconquérir tous les avantages que
nous avions perdus et pour nous en faire donner de nouveaux, s'il est
ilO CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [M^i^
possible. Vous trouverez ci-inclus la lettre que nous lui adressons é
ce sujet, et vous voudrez bien la lui remettre de notre part. »
Relativement au traité des États-Unis d'Amérique avec le hr.
d'Alger, « vous apprécierez les résultats vraiment ruineux de Fiotri.-
duction des Américains dans la Méditerranée, et vous nous direz s
n'y aurait pas quelque moyen de retarder l'adhésion du Bey de Tuo
à la résolution prise par le Dey d'Alger... »
{Affaires étrangères, C* de Tunis.)
LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC A DEVOIZB.
564. — Paris, 20 octobre i795 {28 vendémiaire an IV). — Au si;
du don fait à Hamouda de la moitié des munitions qu'il demandait .
« Il faut que vous profitiez de cette circonstance pour repreod-r
tout le crédit que nous avions auprès de lui et pour ressaisir les ava:
tages dont la malveillance de nos ennemis nous avait momentanémeD;
dépouillés... »
{Affaires étrangères, C'* de Tunis,)
HBRCULAIS AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
656. — Tunis, 30 octobre 1195 [8 brumaire an IV). — « ;.. Je it
peux que m'applaudir de votre prudence en m'annonçant que vois
n'avez rien & dire au citoyen Devoize jusqu'à ce que vous ayez reçni-
compte que je dois vous rendre de cette Echelle; ma dernière lettre
peut vous faire connaître comment les Consuls de Barbarie se reodec:
avec le temps presque tous despotes et inamovibles dans leur plâcn
et combien il est important, pour les intérêts de la République, i*
surveiller de très près leur conduite et surtout de ne pas les laissa:
trop longtemps dans la même résidence... Le moyen le plus eflticacT
et le moins coûteux que notre gouvernement puisse prendre pour
réprimer les incartades des Beys et les faire absolument renoncera
l'usage de demander ou de recevoir des présents, c'est d^engager U
Porte à employer vis-à-vis d'eux les menaces et les ordres les plx*
sévères pour les obliger à respecter et à favoriser les Français. O^t
la mesure qu'ont prise l'Empereur et l'Impératrice de Russie, et lex-s
pavillons sont aussi respectés que celui du Grand Seigneur ; Sidi Mus-
tapha vient d'être forcé de payer environ six fois sa valeur un bâti-
ment russe que ses corsaires avaient fait échouer dans la mer Adria-
tique. Toutes les discussions entre les sujets de ces deux Puissance
et ceux des Beys sont portées à Gonstantinople, où la décision dépend
toujours du plus ou moins de crédit dont y jouissent les ambassadeurs.
Le moment, citoyens représentants, est très favorable pour prends
fildo] AVEC LA COUR DE FRANCE 271
ce parti-là. Le citoyen Yerninac peut, en faisant tancer le Bey de Tunis
et son ambassadeur, leur faire annoncer qu'à Tavenir l'Envoyé de la
République à Constantinople et la Porte seront juges de tous les diffé-
xends, sur le compte que leur rendra de Paris le Directoire du gouver-
nement. Car, si Ton laissait les Consuls traiter directement ces affaires
avec les ambassadeurs, il pourrait arriver, par les raisons que je vous
ai citées dans ma lettre, que quelques-uns d'entre eux, jaloux de se
conserver tranquillement en place pour y faire leurs affaires particu-
lières, fussent disposés à sacrifier l'intérêt de la République et à faire
à Tambassadeur des rapports partiaux en faveur des Beys de Barbarie...
J'ai rempli vos intentions relativement à ce que vous m'ordonniez de
dire au Bey que les engagements que pourrait prendre à l'avenir le
Consul seront nuls, s'ils ne sont ratifiés par le gouvernement, et je l'ai
prévenu que toutes les réclamations seraient jugées dorénavant à
Paris. Le Bey est convenu de tout, pourvu qu'on jugeât promptement.
Je l'ai assuré que le gouvernement actuel était aussi célére dans
toutes ses opérations que nos phalanges républicaines dans leurs
victoires.
Il serait, je pense, très nécessaire d'obtenir du Bey de Tunis qu'il
n'accordât plus asile aux émigrés et chassât même de ses Ëtats ceux qui
s'y trouvent soit sous sa protection, soit sous celle de l'Angleterre. Ils
sont ici en nombre, et leur présence nuit beaucoup à la République.
Malgré les odieuses calomnies qu'ils ne cessent de répandre contre leur
patrie et l'insolence avec laquelle plusieurs d'entre eux se glorifient
d'être sous le pavillon anglais, ils se vantent de rentrer en France quand
ils voudront, à la faveur des certificats de non-émigration qu'ils ont
obtenus, je ne sais comment, de Marseille et de Livourne... »
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis,)
DEVOIZE AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
556. — TuniSy i *' novembre 1795 {1 0 brumaire an IV). — « . . .Lorsque
le Consul anglais notifia officiellement au Bey la conquête de la Corse
ou plutôt la trahison qui l'a livrée à sa nation, je fis envisager à ce
Prince comme un outrage fait à sa dignité la proposition de recon-
naître un pavillon qui a été de tout temps ennemi de la Régence. Un
des plus puissants moyens que les Anglais ont employés pour séduire
les Corses a été l'assurance attrayante qu'ils pourraient naviguer avec
sécurité avec leur ancien pavillon à tête de Maure et passeport
anglais; c'est de cet amalgame du pavillon de nation avec le congé
d'un autre que je me suis servi pour fixer l'opinion du Bey sur l'exis^
272 CORKESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i?jr,
ience politique actuelle de la Corse, et la lui faire regarder comme a?j
moins très équivoque... Le Bey a goûté ces insinuations, car ilad^j^
fait vendre un navire corse pris par un corsaire tunisien. Devoizelisi:
toujours le plus possible regretter aux Corses la protection dont û^
jouissaient sous les auspices de la République. »
(Affairée étrangère», C"* de Tiànis.)
DEVOIZE AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
667. — 7tini5, /" novembre i 795 {i 0 brumaire an 1 F). — ... « Vob
me faites, citoyens représentants, la défense la plus expresse de souv
crire aucun engagement pour le gouvernement sans y être préalabir
ment autorisé par lui. Je me croirais indigne de la conGaoce qn^
vous m'avez accordée jusqu'ici et que je serai constamment jaloux d.
justifier, si je pouvais méconnaître ce devoir essentiel de ma place. La
position la plus critique, les circonstances les plus délicates, les pics
impérieuses où jamais se soit trouvé un Consul en Barbarie, m'oot/aif
une loi de m'en écarter une fois... » Devoize explique dans quelles
circonstances il a dû promettre de rembourser une cargaison im-
sienne vendue à Bastia; il passe ensuite à l'affaire des 38 TuDisleo'
esclaves à Cagliari... « Ils composaient l'équipage d'une galiote qui
fut enlevée de nuit en 1791 dans le port même de Bastia; le reïs et
quatre matelots y furent massacrés; cet événement accrut les griefs
du Bey et l'aigrit au point que, n'ayant pas reçu une prompte satisfac-
tion, il ordonna à ses corsaires de courir sur nos bâtiments. Ilsfîreot
quelques prises; le gouvernement m'envoya en qualité de commi^in'
avec des lettres de créance qui annonçaient au Bey que j'étais muni
des pouvoirs les plus étendus pour terminer tous les différends qui
subsistaient entre les deux Puissances... » Pendant trois ans il donoa
des réponses dilatoires au Bey, et c'est d'accord avec le citoyen flercu-
lais qu'il a terminé radicalement l'affiaire.
(Affaire* étrangères, C*'* de Tunis,)
HERCULAIS A DELACROIX ^
668. — Tunis, 25 novembre 1795 {24 brumaire an /F).— « Il sérail
utile de faire enjoindre au Bey par le Grand Seigneur d'avoir à l'avenir
pour la République toute la considération et les égards qu'il doit coo-
1. Un des premiers acles du Directoire, en succédant & la ConventioQ, fui ^
supprimer les Commissions et de rétablir les Ministères. Celui des relations exté-
rieures fut confié, le 6 novembre 1795, à Charles-Constant Delacroix, ancien rhtr
de bureau des Finances, puis député de la Marne en 1793, membre du Comiiê <ie
salut public et chargé de diverses missions administratives, notamment dios !«-'
Ârdennes et dans la Meuse.
L1798] AVEC LA COUR DB FRANCE 273
s^eryer pour la Puissance qui est le plus solide appui de TEmpire lurc.
Il faut nécessairement, pour donner plus de force à la chose, profiter du
moment qu'un ambassadeur tunisien est à Conslantinople. »
{Affaires étrangères, C*'* de Tuniê.)
DBVOIZE A DELACROIX.
659. — TuniSy 26 novembre 1 795 [25 brumaire an IV), — « L'amiral
vénitien vient d'appareiller après avoir, avec quelques présents faits
aux officiers du Bey, terminé les différends qui existaient entre Venise
et ce Prince. Sidi Mustapha-Kho(ya est allé visiter la frégate La Sérieuse ;
il a surtout admiré les canons à platine dont il n'avait jamais entendu
parler; il a été reçu à bord et, en débarquant, tous les honneurs
encore dus à son amitié pour les Français et à son rang lui ont été
rendus. Il en a témoigné toute sa satisfaction au citoyen Bourde, com-
mandant. »
Un négociateur américain, après avoir conclu la paix des États-
Unis avec Alger, vient aussi faire un traité semblable avec la Régence
de Tunis *,
{Affaires étrangères, C'"' de Tunis,)
HERCULAIS A DELACROIX.
560. — Tunis^ 6 décembre i795 [iô frimaire an IV), — Il faut
payer toutes les dettes du Consul, puisque celui-ci les a contractées
pour faire droit à des réclamations du Bey acceptées sans restriction.
« J'ai rempli l'ordre du Comité en déclarant au Bey et à Sidi Mustapha
que dorénavant tout engagement pris par le Consul vis-à-vis d'eux
serait nul, s'il n'était précédemment approuvé par le Directoire du
gouvernement. »
{Affaires étrangères, C'** de Tunis,)
UBRCULAIS A DELACROIX.
561. — Tunis ^ 6 décembre 1795 {iô frimaire an /K). — « Citoyen,
suivant les instructions du Comité, j'ai fait entendre au Bey que la paix
avec les Américains ne pouvait qu'être funeste à l'accroissement de
ses richesses, parce que les Américains ne commerçant qu'en grains et
farine approvisionneraient de ces objets le midi de l'Europe, et feraient
tomber en conséquence les blés de la Barbarie. Je lui ai dit en outre
que, s'il ne faisait pas la paix, les corsaires feraient de très riches
prises cette hiver, parce que les Américains, se liant sur la paix qu'ils
venaient de conclure avec Alger, entreraient dans la Méditerranée.
1. Joèl Barlow, Consul d'Amérique à Alger. Voy. à ce sujet les Annales tunisiennes^
p. 236.
18
274 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS TK.
J*ai dit au Consul d'Espagne que les Américains, par leur aclmtéda&s
le commerce et la navigation, allaient enlever tout le fruit d'une p&ii
qu'ils ont achetée si cher en 1786 des Régences de Barbarie. Aureslr.
il n'y a pas encore ici de négociateur américain, et les recommaDia-
tions que le Divan d'Alger peut donner au Bey de Tunis poorTenga^^r
à conclure la paix doivent se borner à ceci : Tai pris d'eux le plus p-
fax pu, fais-en de même, si tu peux.
La lettre que le Comité a écrite au Bey a fait le meilleur effet, h\ib
précédemment donné à ce Prince un petit fourneau à rougir les boai>^i*
et deux modèles d'affûts que j'avais demandés à Toulon. Toutes fr*^
complaisances nous ont mis ici dans un bon crédit; mais cela ne dn
pas empêcher de faire agir vivement la recommandation de la Port
auprès du Bey de Tunis, en profitant du moment où le Sahib-tape>i.
Gonstantinople...
Avant de terminer cet article, je me permettrai de vous obsemr
qu'il ne convient pas au gouvernement que les négociants senem
d'intermédiaire entre lui et le Bey. Les négociants qui s'ingèrent iio^i
séparément dans ces traités retirent personnellement tous les a\iD-
tages des dons que fait le gouvernement, et sont toi\jours disposera
sacrifier les intérêts de la République pour le plus petit avantage qn
leur est particulier. Le citoyen Famin, dont il est question dans la letL'v
du Comité, est le frère de celui qui a suggéré le rachat des esclayesde
Malte qu'il a fait payer à la République.
C'est encore lui qui anéantit le commerce français en s'associaul
avec le Sahib-tap et en lui inspirant des idées qui, toutes à ravanta??
des Maures, obligeront, si cela continue, les Français d'abandono^r
le commerce de ce pays qu'ils faisaient autrefois presque exclosi-
vement.
Présentement il se plaint de la cherté des boulets et de la poudD-
dans laquelle il a voulu faire comprendre la moitié dont la République
fait présent au Bey. Le présent de dix mille boulets et de quinze mfc
de poudre, quoique très agréable au Bey, aurait fait beaucoap ploî
d'effet s'il eût été indépendant de toute relation avec Famin... »
(Affaires étrangères, C*** de Twit)
DEVOUE A DELACROIX.
562. — Tunis, 7 décembre 4 795 {16 frimaire an IV). - Le Bey De
reconnaît pas la Corse comme annexion anglaise; Devoize n'épargners
rien pour le maintenir dans ces dispositions.
(Affaires étrangères, C^ de Tunii,)
[1795] AVEC LA COUR DE FRANCE 275
HERCULAIS A DELACROIX.
663. — TuniSy iô décembre 1795 [22 frimaire an IV), — « Le
citoyen Famia, négociant de cette Échelle, vient de me faire part que
son frère doit payer au gouvernement 53,600 1. pour Tachât que le Bey
de Tunis a fait de munitions de guerre en France ; il me dit en même
temps qu'il conviendrait sans doute aux intérêts de là République que
je touchasse cet argent-là ici; cette réflexion est parfaitement vraie
dans tous ses points; vous aurez vu par mes lettres le peu de fonds que
j^aurai en mains pour remplir le cours de ma mission en Barbarie...
Cette occasion-ci est belle et il n'y a aucun frais à payer; il s'agirait
seulement de donner ordre au citoyen Famin, de Marseille, de faire
payer cette somme ici par son frère, ainsi qu'ils paraissent le désirer
tous deux; vous jugerez, citoyen Ministre, dans votre sagesse, s'il est
& propos de soumettre ma demande au Directoire. »
(Affaires étrangères ^ C*'' de Tunis,)
UAMOUDA, BEY DE TD5IS, AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
564. — ÎViww, 2Ô décembre i 795 {4 nivôse an IV), — « Aux plus
distingués des grands de la nation française, dont la fin soit heureuse!
Nous vous faisons savoir que notre Odjak victorieuse ayant besoin
de diverses munitions de guerre mentionnées ci-après, elle se serait
adressée ci-devant à un des distingués négociants français qui étaient
à Tunis, appelé Famin aîné, parti d'ici depuis quelque temps pour
Marseille, auquel négociant elle aurait recommandé de l'aider dans
cette demande et de nous acheter trois cents quintaux de poudre à
canon et vingt mille boulets de différents calibres, dont la moitié du
prix nous a été offerte en présent et le montant de Tautre moitié pour
être remis au citoyen Ailois Herculais, votre Envoyé, qui se trouve de
passage à Tunis.
Je vous préviens en même temps que nous avons reçu la lettre que
vous nous avez envoyée, dont nous avons compris le contenu, pour ce
qui concerne la paix stable et bien cimentée qui règne entre votre Puis-
sance et celle de Tunis; et sur les preuves de l'amitié que vous nous
donnez, votre présent a été accepté; et en même temps nous avons vu
que vous vous trouvez en guerre avec les Puissances chrétiennes, qui
vous occupent beaucoup, et que vous avez un très grand besoin de
munitions de guerre, ce qui est cause que vous nous en avez envoyé
un peu moins, et que, si vous n'étiez pas tant occupés, vous nous en
auriez procuré davantage.
268 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [D.V
acheter un moment plus tôt au susdit marchand les espèces de maii.-
tions et autres choses nécessaires portées dans Tétat qui lui a h
remis, et pour le faire retourner ici après sa commission eatièrcmei
faite, qu'il vous soit connu que Tamitié et Talliance qui sontentr^^^
deux pays en seront confirmées et augmentées. En remplissant Ir
devoirs de Tamitié et de l'attachement, que cette amitié en deTien:
toujours plus ferme et plus stable, que n'étant jamais troubit?'» l
altérée, elle augmente toujours. Au reste, que les jours des ai.*
soient augmentés! »
{Sceau) (Affaires étrangérts, C**de Tunis.)
LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
552. — Paris^ 12 octobre i 795 {20 vendémiaire anIV), — «Lecitf j.î
Famin, négociant k Marseille, nous a remis la lettre que voas q<>u«
avez adressée, dans laquelle vous manifestez Tintention d acquérir di
gouvernement français une certaine quantité de munitions de guem
en poudre et en boulets. Nous saisissons avec joie cette occasion d*^
vous donner un témoignage des sentiments qui nous animent et dr
rintention où nous sommes de concourir, par une réciprocité des bji<
offices et par tous les moyens qui pourront être en notre puissance.
au maintien de la bonne intelligence et de Tharmonie qui régner
depuis si longtemps entre la France et les Beys de Tunis. Lesordr^
sont donnés, et Ton expédiera incessamment pour le pays, port et
Tunis, la quantité de trente milliers de poudre et celle de vingt mille k
lets de différents calibres ^ Après la guerre terrible que nous avons e:
à. soutenir contre presque toute TEurope, forcés de tenir encore «i?
les armes plus d'un million de soldats pour conserver et augmenter,
s'il est possible, par de nouvelles victoires, la gloire nationale et k
fruit de quatre années de triomphe, nous n'avons pu distraire de p!i^^
!. Arrêté du il octobre 1795 (19 vendémiaire an IV) :
Article I. La République française dispose en faveur du Bey de Tuois o
20,000 boulets de tuul calibre et de 30 milliers de poudre.
Art. 11. La Commission de Torganisation et du mouvement des armées de len
est autorisée à prendre ces objets dans les arsenaux de la République et a le:? fi"
transporter à Marseille. Elle réglera la répartition de ces fournitures eolrt !'^
diverses directions et fabriques de la manière qui paraîtra le plus coaTeut*
pour ne point nuire au service des armées.
Art. 111. La République fait don au Bey de la moitié de ces munitions; l'autre
moitié sera payée en numéraire par son agent à Marseille, au momeoK^-
livraison, savoir : les boulets à raison de cent livres tournois le millier pesu^
la poudre à raison de trois mille livres le miUier pesant.
Art. IV. La Commission de la marine et des colonies est chargée de tout C'!
qui aura rapport au transport de ces munitions depuis Marseille jusqa*i Tools.
[Affaires étrangères, C** de Tunit.)
1795] AVEC LA COUR DE FRANCE 269
i*ortes quantités des distributions qui sont encore nécessaires au
service de nos armées. Nous avons traité pour la moitié avec le citoyen
FsLiniii, conformément aux vœux que vous aviez formés. Quant à
L'a.utre, nous vous prions de Taccepter au nom de la République fran-
çaise comme un faible surcroît des dons que son agent est chargé de
^"^ous présenter et comme un gage certain de Hntérét qu'elle prendra
toujours à la gloire et à la prospérité de votre empire.
Puissent cette gloire et cette prospérité s'accroître sans cesse, ainsi
que Tamitié qui subsiste entre nos deux nations I »
{Affaires étrangèreSy C'** de Tunis.)
LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC A HERCULAIS.
553. — Parisy 19 octobre 1795 {27 vendémiaire an IV), — « Les
renseignements généraux que vous nous avez donnés sur les Consulats
de Barbarie et sur les moyens communément employés par les Consuls
pour se maintenir dans leur place malgré le gouvernement et à son
préjudice nous seront très utiles. Nous n'omettrons point, dans la res-
tauration de notre système consulaire, les vues que vous nous avez
transmises, et nous les transmettrons soigneusement au Directoire qui
va s'organiser incessamment et qui s'occupera sans doute aussitôt de
rendre à la République les ressources qu'elle doit trouver dans le
commerce du Levant. Mais c'était principalement sur le Consul Devoize
et sur sa gestion que nous voulions être instruits. La nécessité où
nous avions été de lui interdire une faculté dont nous présumions
qu'il avait abusé nous aurait rendus infiniment précieux des détails
précis sur sa conduite. Si vous êtes encore à Tunis, nous vous deman-
dons expressément de nous en adresser. Vous ne nous dites pas
positivement où vous en êtes par rapport aux dettes qu'il a contrac-
tées... »
En ce qui concerne le refus du Bey de recevoir les présents de la
République, « de nouveaux rapports qui viennent de s'établir entre
nous et Hamouda-Pacha nous font présumer que vous aurez déjà
reçu de sa part toutes les marques de condescendance et d'intérêt
auxquelles nous avons le droit de prétendre. Il nous avait adressé le
citoyen Famin, avec des lettres dans lesquelles il demandait la permis-
sion de prendre dans nos arsenaux des boulets et de la poudre.. ; nous
lui avons fait don de la moitié des objets dont nous disposions en sa
faveur. Il nous importe que vous fassiez valoir ce présent et que vous
proGtiez de cette circonstance pour reconquérir tous les avantages que
nous avions perdus et pour nous en faire donner de nouveaux, s'il est
*
■
/
278 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [\'%
D'après ce témoignage favorable, je n*ai point hésité à le propc^e!
au Directoire pour le Consulat de Tunis, et j*espëre qu'il en reInplira}t^
fonctions d'une manière satisfaisante pour les intérêts de la République
Comme il s'écoulera un intervalle assez long avant son arrirée, jt
désirerais qu'en attendant il fût possible de remettre les affaires con-
sulaires en d'autres mains que celles de Devoize, afin d'éviter que k
prolongation de sa gestion puisse compromettre nos intérêts à Tunis
Cette circonstance me fait regretter qu'il n'y ait dans ce paysanco:
agent en état de le suppléer utilement; mais pour y remédier, je toi^
autorise à confier la gérance provisoire de ce Consulat au premier
député de la nation ou à tel autre négociant qui vous paraîtra le pJBi
capable et le plus attaché au service de la République. Vous senta
combien il est essentiel de faire un bon choix, surtout si vous élês
obligé de quitter Tunis pendant cet intérim...
Je vous fais passer, à cet effet, une lettre par laquelle je notifié se
citoyen Devoize son rappel, et lui enjoins de remettre tous lespapieb
du Consulat entre les mains de celui que vous aurez choisi pour le
gérer jusqu'à l'arrivée du citoyen Beaussier.
Je dois aussi vous informer que le dernier envoi des présents des-
tinés pour la Barbarie se trouve en ce moment à Marseille. Mais je voii<
observe que cette expédition y éprouve des difficultés, à cause des obs-
tacles que nos ennemis apportent à la navigation dans la Méditerranée.
Il convient de prendre toutes les précautions nécessaires pour empê-
cher que ces présents ne soint interceptés dans le trayet, ce qui occa-
sionnera encore quelque retard. Je sens cependant quMl serait essentiel
de les faire arriver assez tôt pour que les nouveaux Consuls d'Alger e(
de Tunis pussent en employer une partie aux donatives d'usage lors
de leur installation. Ce serait le moyen d'éviter à la République de nou-
velles dépenses. Je m'occupe, en conséquence, des moyens de les faire
parvenir avec sûreté et célérité à leur destination et, dès que j'aurai pris
une détermination à cet égard, je m'empresserai de vous en faire part.
Vous avez sans doute eu l'avis du rappel du citoyen Vallière, ConsuU
Alger, et de la nomination du citoyen Jeanbon Saint-André à ceposle.
Ce citoyen est porteur de dépêches par lesquelles je vous annonce ce
changement *...
La situation peu satisfaisante où j'ai trouvé la comptabilité consu-
laire des Échelles du Levant et de Barbarie a attiré toute mon atleo-
tion et mV déterminé à écrire circulairement à tous nos agents àm
I. Voy. la Correspondance des Deys éT Alger avec la Cour de France^ t. H» P- ^'
[1796] AVEC LA COUR DE FRANCE 279
ces contrées, à Teffet d'obtenir de lear part les renseigoemenis néces-
saires pour rétablir Tordre qu'exige cette partie importante de Tadmi-
nlstration qui m'est confiée. Je vous fais passer un exemplaire de cette
circulaire, et je vous invite à veiller scrupuleusement à Texécution des
dispositions qu'elle contient pour ce qui concerne le Consulat de Bar-
barie. »
[Affaires éirangèrei, C'** de Tuniê.)
DELACROIX A DEVOIZE.
569. — Paris, 2 S janvier 1 796 (7 pluviôse an IV). — « Je vous pré-
viens, citoyen, que le Directoire exécutif, par son arrêté du 23 nivôse,
a prononcé votre rappel de Tunis... Je ne doute pas que vous ne vous
empressiez de vous conformer aux ordres de rappel que le Directoire
m^a chargé de vous notifier ^ »
{Affait^es étrangères^ C'"* de Tunis.)
570. — £8 janvier i 796 (7 pluviôse an 1 V), — Provisions de Consul
général à Tunis en faveur du sieur Beaussier '.
HERCULAIS A DELACROIX.
571. — Tunis, Si janvier 1796 (// pluviôse an IV), — ... « Sidi
Yussuf , Sahib-tapa, est arrivé de Constantinople ; il est en faveur plus que
jamais; l'ambassadeur a su nous en faire un ami, et il convient essen-
tiellement aux agents que la République aura ici de cultiver Tamitié
de ce favori '. J'espère que les insinuations du médecin génois Mendrici
1. Cette lettre fut remise par Herculais à Devoize le 23 germinal an IV.
2. Bonaventure Beaussier, chancelier h. Tripoli en 1774, h Alexandrie en 1776,
Vice-Consul à Alep en 1776, à Naples de Romanie (Patras) en 1779, à Coron en 1780,
à Seyde en 1786, chancelier à Constantinople, puis Consul à Smyrne en l'an IV,
Consul général à Tunis en Tan IV, à Tripoli de Barbarie en l'an V, mort à son
poste en 1814. Voy. sa correspondance avec la Chambre de commerce de Marseille
{Chambre de commerce de Marseille). Il avait trois frères, André, Gaspard et Joseph,
négociants, le premier à Marseille et les deux autres à Smyrne, puis en Morée.
3. Veminac à Devoize, Constantinople^ !^3 brumaire an IV, — «... Ma satisfaction est
très grande d'apprendre que Sidi Yussuf manifeste aujourd'hui à l'égard de la Répu-
blique des sentiments tout contraires à ceux qu il avait autrefois et qui vous avaient
fait désirer que j'amenasse sa ruine, en engageant la Porte à ne point Tadmettre
dans son caractère. Ce changement survenu dans la personne de ce favori me fait
m'applaudir d'avoir pris le parti de le' gagner, au lieu de lenter de le perdre. Il eût
été difQcile de réussir en ceci, tandis que nous avons à nous féliciter de l'autre succès.
Tout annonce que la bienveillance de Sidi Yussuf se soutiendra; lui-même, ayant eu
Tattention de m'écrire après son retour, m'en donne l'assurance. Il me marque exprès
sèment qu'il coopérera toujours de tout son pouvoir pour procurer & la nation fran-
çaise la préférence qu'elle mérite & tous égards sur toutes les autres. En me
parlant d'ailleurs de votre rappel, il me rend témoignage que vous vous êtes com-
porté durant votre gestion d'une manière très agréable au Prince, et en zélé
défenseur des nationaux. Cela prouve aussi que les anciennes inimitiés sont
réellement éteintes. Son rapprochement de Mustapba-kodja est une très heureuse
circonstance et ne pourra que contribuer essentiellement & faire prévaloir à Tunis
la considération et les intérêts des Français. » (Affaires étrangères^ C"* de Tvnis,)
280 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS '\''M
n auront plus de pouvoir sur son esprit; s'il faut faire des sacritice«
pour avoir des amis dans ce pays, on doit au moins les faire pir
des gens qui puissent les payer en rendant des services à la Répu-
blique.
Sidi Mustapha, malgré la réputation d'amitié pour nous que les (jï&-
suis lui ont donnée, s'est toujours entendu avec eux pour rançooii^
notre gouvernement sans que le commerce en ait tiré aucun avanta^:
il a soutenu et soutiendra encore les Consuls contre le gouvememeol
ces Consuls, en reconnaissance, lui font gagner des sommes immense
au détriment de la République ou de son commerce et se taisent Idn
qu'il est question de demander le redressement de quelques grieLv
Sidi Mustapha est attaché à notre ancien régime, à qui Ton en impos&it
facilement sur tous les abus que je vous ai cités; il écoute sans ce<v
nos ennemis, doute encore de la solidité de la République, est toujou^
disposé & croire de préférence les nouvelles fausses ou vraies goi noQ^
sont défavorables et n'insiste jamais, lorsqu'il faut demander quelque
chose au Bey pour notre gouvernement ou pour le commerce.
A mon arrivée ici, prévenu par le Consul qui m'entretenait m^
cesse de son grand crédit auprès du Bey et de son amitié pour doos.
j'ai été abusé longtemps sur l'utilité dont ce vieillard pouvait être a ;a
République. Mais j'ai reconnu enfm la vraie cause de tant d*éloge$:à
un gouvernement nouveau il faut déjeunes amis.
Le Sahib-tap est jeune et, quoiqu'il aime peut-être autant l'argent que
Sidi Mustapha, il aime plus la gloire; enivré du succès de sonaniks-
sade et de la faveur qu'elle lui assure, il peut sacrifier son avariceponr
établir sa réputation auprès de la Porte et de la nation française, qui
doivent être liées par tant de rapports...
Toutes les dettes de l'Échelle sont payées, à l'exception de il3,0(X)pia5-
tres dues à Elias Attel, Juif ami de Sidi Mustapha et faisant secrètemeni
les affaires du Consul. Cet article méritera un détail particulier.
Mon zèle pour faire rentrer à la République tout ce qui peut im
appartenir m'a fait découvrir un dép^t qu'avait laissé entre les mm
du Consul de Venise Chàteauneuf, ci-devant Consul de France ici '.
C'est à vous, citoyen Ministre, à déterminer les mesures à prendre ponr
faire rendre à la République ces 22,000 piastres, produit des em-
lions de Chàteauneuf sur les négociants français. »
{Affaires étrangères^ O^ de Tmt.]
1. Voy. la note i, p. 158, el la correspondance de Chàteauneuf avec iaCAo»^
de commerce de Marseille, S. A A, 509 de l* Inventaire,
11796] AVBC LA COUR DE FRANCE 281
DELACROIX A BBAUSSIRR.
f
572. — Parisj 12 février 1 796 {.23 pluviôse an IV}. — Il lui annonce
sa nomination au poste de Tunis, avec un traitement annuel de 12,0001.,
i*t il l'invite à s'y rendre dans le plus bref délai. Le citoyen Herculais
Taidera de tous les avis et renseignements qui peuvent concourir au
succès de ses premières démarches.
(Affaires étrangères^ C"» de Tunis.)
DEVOIZB A DELACROIX.
578. — Tunù, 24 févner 1 796 {5 ventôse an IV). — Une escadre
anglaise est arrivée le 25 pluviôse, avec la mission défaire reconnaître
la Ck)rse comme province anglaise, de demander la restitution de prises
faites sur les Corses et de redresser divers autres griefs. Les négocia-
lions ont mal commencé, par suite du manque d'égards du Consul
anglais pour le Bey ^
{Affaires étrangères ^ O*^ de Tunis,)
DBVOIZB A DELACROIX.
574. — Tunis, 4 mars i 796 (i 4 ventôse an IV). — Le Bey envoie en
Corse le gouverneur de Portefarine pour traiter avec les Anglais.
(Affaires étmngères, C'"» de Tunis.)
DELACROIX A UERGULAIS.
576. — Parisy mars 1 796 {ventôse an IV). — i< Je présume que
vous vous serez décidé à faire remplacer provisoirement le citoyen
Devoize par le premier député de la nation ou tel négociant de TÉchelle
que vous croirez digne de remplir les fonctions consulaires.
Je désire beaucoup que vous puissiez voir le citoyen Beaussier pour
prendre une idée de son caractère et de sa capacité et m'en rendre
compte. Je ne puis vous dire tout le bien qu'on publie de ce citoyen
depuis longtemps, ce qui est confirmé par des notes infiniment hono-
rables dans les bureaux.
Je pressens que le citoyen Devoize, fort de ses liaisons auprès du
Bey, ne se résoudra pas à revenir en France et qu'il s'établira è. Tunis,
où, intriguant avec les émigrés et autres, il pourra nuire à la Répu-
blique. Il serait donc avantageux qu'il passât en France. La voie de la
1. Celle escadre, commandée par Tamiral Waldegrave, se composail de six vais-
seaux, qui vinrent mouiUer non loin des bàliments français La Némésis, La Sardine,
1^ Postillon et Le Gerfaut, faisant relâche au port de La Gouletle. Dans la nuit du
19 ventôse an IV, nos navires furent cernés par l'escadre anglaise, atlaqués à Tim-
proviste et contraints de se rendre après de vaines résistances, sans que Ton pût s'ex-
pliquer les motifs d'une sommation aussi brutale que contraire au droit des gens.
iSi CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1196
douceur peut Ty déterminer. Je me décide à lui annoncer son rappel et
à lui ajouter en même temps qu*il n*a*pas perdu la confiance da Goo«
vernement et qu'il saura l'employer dans un poste plus important.
Voici la lettre que je lui écris à ce sujet; vous déciderez si elle peci
produire Teffet que j'en attends. En cas d'incertitude dans le suct^,
ne la remettez pas....
Le Comité de salut public réunissait dans son sein toutes les braa-
ches de l'administration supérieure de la République. C'était le ceotre
où tout aboutissait et d'où l'impulsion était donnée à celte vast?
machine....
Cet ordre de choses est aujourd'hui changé : Une constitution répu-
blicaine existe. Les pouvoirs et les fonctions sont séparés et distincts...
Chaque Ministre de la République doit se renfermer ficrapuiensemefil
dans ses attributions.... »
. {Affaires élrangéres, C** de Ttmù.)
LE DIRECTOIRE EXÉCUTIF DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
A HAMODDA, BEY DE TUNIS.
676. — Paris^ mars 4796 {ventôse an IV). — « Illustre et magnifiqiif
Seigneur,
Des arrangements relatifs au service de la République française
exigeant le rappel du Consul Devoize, nous nous sommes détermiDés
à faire passer à Tunis, pour le remplacer, le citoyen Beaussier, qui a
de longs services dans les Consulats du Levant et dont la probité, le
zèle et les talents nous sont parfaitement connus. Nous lui avons
donné à cet effet des instructions avec Tordre de vous assurer de
notre sincère amitié et de notre haute estime. Nous le chargeons en
même temps de vous présenter cette lettre pour l'accréditer auprès de
votre personne en qualité de Consul général et chargé des affaires de
la République française. Vous pouvez en conséquence ajouter eotière
foi et créance à tout ce qu'il vous dira en notre nom, relativement au
service et aux intérêts de la nation française dans votre pays, te
vous le recommandons particulièrement.
Sur ce, nous faisons des vœux, illustlre et magnifique Seigneur, pour
votre parfaite prospérité et celle des États que vous gouvernez. »
{Aff'aires étrangères, C*« de Tunis.)
MÉMOIRE POUR SERVIR D'INSTRUCTION AU CITOYEN BEAUSSIER,
CONSUL GÉNÉRAL A TUNIS.
677. — Paris, mars 1796 [ventôse an IV). -^ a Dès que le citoyeD
Beaussier recevra à Constantinople sa commission et les présentes
[17961 AVBC LA COUR DE FRANCE 283
instructions, il prendra les mesures les plus promptes pour se rendre
à Tunis. S'il a besoin de fonds pour son départ et pour son voyage, il
s'adressera au citoyen Yerninac S Envoyé de la République près la
Porte ottomane, qui lui en remettra.
Dès que le jour de son départ de Gonstantinople sera fixé, il en
avisera le citoyen Herculais, Envoyé extraordinaire de la République
auprès des Régences de Barbarie; il lui adressera sa lettre à Tunis oti
il est à présumer que cet Envoyé Tattendra pour Tinstaller dans son
poste et le présenter au Bey.
U est vraisemblable que si les opérations dont le citoyen Herculais
est chargé Tout obligé de quitter Tunis, il aura laissé chez quelque
député ou négociant de TËchelle des instructions relatives à la con-
duite qu'aura à tenir le citoyen Beaussier envers Tex-Gonsul Devoize,
envers le Bey et sa cour; en ce cas cet agent s*y conformera exac-
tement.
Pour cette raison et parce que le citoyen Beaussier connaît la. nature
et rétendue des devoirs et des fonctions attachées au poste qu'il va
remplir, on n'entrera dans aucun des détails qui seraient indispen-
sables pour toute personne qui n'aurait pas encore servi dans les
Consulats du Levant. C'est pourquoi on se bornera à l'instruire de
quelques objets particuliers à TËchelle de Tunis.
Le citoyen Herculais aura pourvu à ce que l'installation du citoyen
Beaussier soit accompagnée de quelques présents pour le Bey et pour
sa cour; ainsi ce nouvel agent ne doit avoir aucune sollicitude à cet
égard.
La nation française à Tunis est beaucoup plus nombreuse, dit-on,
qu'elle ne l'a jamais été. Cette circonstance n'est pas sans inconvé-
nient. Elle donne au Bey plus d'àpreté dans ses demandes ou dans ses
plaintes, parce qu'il regarde cette colonie comme un otage précieux,
et il n'a pas tort. Cette augmentation des nationaux est un peu l'effet
de la Révolution et un peu celui de la condescendance ou faiblesse du
citoyen Devoize. Quoi qu'il en soit, elle cause des troubles et diminue
notre considération auprès du gouvernement de Tunis. Les ordon-
nances ne permettaient que quatre établissements à Tunis. On sent
combien il serait difficile de les réduire aujourd'hui à ce nombre; mais
le citoyen Beaussier se conduira de manière à ce qu'ils ne deviennent
pas plus nombreux qu'ils ne sont. En attendant, il enverra au Ministre
1. Raymond Yerninac de SainUMaur, gendre du Ministre Delacroix, successive-
ment Commissaire à Avignon, Ministre plénipotentiaire en Suède, Envoyé extraor-
dinaire k Gonstantinople et enfin Préfet du Rhône.
â84 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [iV^
des relations extérieures Tétat des maisons françaises et des Françai-
établis à Tunis avec la date précise de leurs établissements ^
Les teskerets ou permisssions d extraire des grains, etc., des £u^
de Tunis sont facilement accordés par le Bey; il en accorde mêmes
ses ennemis, aux Napolitains et aux Maltais. Certes, nos négociants ^
notre Agence d'Afrique ne peuvent manquer d'en obtenir. II faut U
leur laisser demander. Le citoyen Beaussier ne doit se mêler de m
objet que dans le cas d'un refus qui n*aurait pour principe qae 1^
caprices ou la mauvaise volonté du Bey. Son prédécesseur s'iogérai!
beaucoup trop fréquemment dans ces sortes de négociations. Il k
résultait Tinconvénient que le représentant de la République français
était presque sous la dépendance du Bey, qui dans Toccurrence exigeât
de la reconnaissance pour des teskereU qu'il eût volontiers àceorâa
sans aucune intervention.
Un convoi de marchandises appartenant à des négociants de Mif-
seille et qui était depuis longtemps à Tunis a été vendu dapr^le^
instructions que le Comité de salut public avait données au citoyen
Herculais. Cette opération ne sera peut-être pas finie à TarriTée h
citoyen Beaussier & Tunis. En ce cas, il la continuera avec soin et célé-
rité d'après les instructions qu*il recevra de cet Envoyé.
Une des causes du rappel du citoyen Devoize est sa molle coodey
cendance pour les émigrés français retirés à Tunis. On conoait assez
les sentiments du citoyen Beaussier pour être convaincu qu'U naan
pour les ennemis de la patrie que la plus rigoureuse sévérité. On
assure qu'ils affectent à Tunis la plus extrême insolence et que lear
présence y nuit beaucoup à nos afiaires. C'est à cet agent à tenter df
les réprimer dans toutes les occasions, à Taide du gouvernement de |
Tunis. Il en fera connaître, autant qu'il sera possible, le nombre exacl
avec leurs noms, au Ministre des relations extérieures, qui examinen
s'il serait possible de les faire chasser par le moyen de rintemotloQ
de la Porte ottomane.
Les événements de la guerre maritime ont occasionné, depuis deiu
ou trois ans, quelques contestations entre le gouvernement fran^ai^
et le Bey pour des navires ou des cargaisons confisqués de pari et
d'autre, et encore pour des rachats d'esclaves. Les remboursement»
que la République a payés pour ces objets se portent à des somiQfô
considérables. C'est le citoyen Devoize qui a terminé et arrangé toutes
1. Voy. cet étal à la p. 305, — et Mémoire sur le commerce de Turù « ^onî^
(Affaires élranfféres. Mémoires et Documents^ Afrique),
[1796] AVEC LA COUR DE FRANCE 285
ces aJBaires d'intérêt. Il est reconnu qu'il ne s'est pas écarté des prin-
cipes d'équité et qu'il a suivi fidèlement le texte des traités. Mais il a
eu le tort de ne pas consulter le gouvernement dont il dépendait, de
ne pas lui demander ses ordres. Tous ses engagements, au surplus,
ont été ratifiés. Mais le gouvernement n'a pas vu avec satisfaction
cette sorte d'indépendance affectée par un Consul. En conséquence, il
a fait notifier au Bey par son Envoyé qu'à l'avenir tout engagement
pris par le Consul serait nul, s'il n'était ratifié à Paris par le Directoire
exécutif, et le Bey lui-même a senti combien cette détermination était
fondée. Le citoyen Beaussier ne la perdra pas de vue dans les affaires
qu'il gérera.
11 lui est adressé conjointement avec ces instructions une copie de
la circulaire du 3 nivôse dernier relative aux objets sur lesquels les
Consuls doivent correspondre avec le Ministre de la marine. Le citoyen
Beaussier se conformera rigoureusement aux dispositions qu'elle ren-
ferme.
Depuis quelque temps, des négociants français à Tunis servent d'in-
termédiaire entre la France et le Bey pour des affaires particulières.
Ce vice récemment introduit par la faiblesse de Devoize est contraire
aux formes qu'il convient de suivre. Ces négociants retirent personnel-
lement tous les avantages des dons que fait le gouvernement français,
et d'ailleurs sont communément disposés à préférer leurs intérêts à
ceux de leur pays. Le citoyen Famin, établi à Tunis, a traité deux
affaires importantes : 1^ celle de 38 esclaves à Malte ; 2® celle de muni-
tions de guerre que nous avons données au Bey. Le citoyen Beaussier
doit sentir que le Bey met ces actes de bienveillance sur le compte de
ce négociant et peut croire n'en devoir aucune reconnaissance à la
France. Il le détrompera à cet égard, quand l'occasion s'en présentera.
Cet agent s'informera s'il est vrai que le négociant Famin soit
associé avec le Sahib-tap, et que ses manœuvres et ses opérations sont
réellement, comme on le dit, nuisibles au commerce français.
Il existe à la cour du Bey deux hommes qui y jouissent de la plus
haute faveur : l'un est le premier Ministre Sidi Mustapha, qui est resté
constamment l'ami des Français, et l'autre est le Sahib-tap, qui en est
l'ennemi. Ce dernier arrive de Constantinople, où il était ambassadeur
du Bey dont il est le favori. Il lui a autrefois sauvé la vie, et sans doute
le Bey n'oubliera jamais ce bienfait. Il serait donc inutile et même
imprudent de lutter contre ce favori auprès du Bey. Il faut, au con-
traire, le gagner à la République. L'Envoyé à Constantinople assure
qu'il retourne à Tunis avec des dispositions favorables pour elle, et
286 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [\:%i
qa*\ï est prêt à la servir avec autant de chaleur que Sidi Mustapha Isî-
méme. Ce cfaaagement est occasionné par les vives recommandations
du Capitan-Pacha. L» citoyen Beaussier évitera d*en perdre le fr&
par trop de précipitation. Il ménagera le Sahib-tap, sans se départir d^f
égards dus au gouvernement français ; il s'abstiendra de montrer c
la prédilection pour Mustapha, émule dtt orédit du Sahib-tap auprès à
Bey. Quoique la République soit bien au-de89«ft des petites intrip^^
de ces petites cours, elle ne doit rien négliger de kwl ce quipeoLj
attirer ou conserver la bienveillance des étrangers.
Mais cette cour est en ce moment très intéressante pour de î^t^
les rapports du commerce et de la navigation. Le citoyen Beaussier tr
les perdra point de vue. Il n'oubliera pas combien les importations ei
France et surtout celles qui consistent en grains sont nécessaire^ i
ce moment. Il favorisera donc de tout son pouvoir toutes les opéra
tions de ce genre et se concertera avec le citoyen Herculais, qui a ne
des instructions expresses à cet égard.
Comme il est possible que le citoyen Devoize n'ait pas rintention dr
revenir en France et que, se fiant à la bienveillance du Bey etdesoo
Ministre, il veuille se fixer à Tunis oCi, par ses liaisons avec certeis^
nationaux et même avec des émigrés, il pourrait nuire aux intérêt^
de la République, le citoyen Beaussier fera tous ses efforts pour capter
sa confiance, afin de le déterminer à retourner en France ; il lui exposera
la rigueur de nos lois contre les agents rappelés qui ne retournes:
pas dans leur patrie, la honte d*étre confondu avec ses ennemis. Il
rassurera qu'il peut compter sur la justice la plus impartiale de la pari
du Directoire exécutif.
II rendra compte au Ministre des relations extérieures de la situa-
tion dans laquelle il aura trouvé les archives, la chancellerie et toQte^
les dépendances du Consulat à son arrivée à Tunis.
Le citoyen Beaussier se rappellera sans cesse qu'en lui confiaDli«'
poste de Tunis, le Directoire exécutif a compté sur son zèle, ses
amour pour son pays et son dévouement inaltérable à ses intérêts.
On espère que toute sa conduite prouvera qu'il était digne de ce chou
et qu'il méritait la confiance dont Ta honoré le Directoire. '>
{Affaires itmngèrts^ (?•» de 7ws.)
DEVOIZB A DELACROIX.
578. — Tunis, i2 mars 1 796 [22 ventôse an IV), — L'amiral angbûs
Waldegrave vient de se présenter de nouveau près du Bey pour v
remplir sa mission. Son objet principal est la reconnaissance de la
;i796] AVEC LA COUR DE FRANCE 287
Corse comme faisant partie des Ëtats britanniques. S*il s*opère un
accommodement, Devoize n'épargnera rien pour faire restituer les
bâtiments français enlevés par une violation des lois de la guerre.
Dans un post*scriptum, Devoize annonce que Tescadre anglaise vient
d'appareiller avec les bâtiments français. Il est presque certain que
les Anglais, en venant à Tunis, ne voulaient pas traiter avec le Bey, mais
surprendre et saisir les armements français '.
{Affaires élrangères, C^^de Tttnis.)
DEVOIZE A DELACROIX.
679. — TuniSy 14 mars 1796 {24 ventôse an IV). — « Citoyen
Ministre, il existait à Tunis, comme dans toutes les Echelles du Levant
et de Barbarie, une chapelle consulaire... Le citoyen Herculais y a
entendu souvent la messe avec beaucoup de recueillement dans le prie-
Dieu du Consul... Ayant senti qu il n'avait pas fait ce qu'il devait, il a
cru pouvoir le réparer en faisant plus qu'il ne devait; il a annoncé
que ceux qui désireraient entendre la messe pourraient me demander
un appartement ou un coin de mon écurie pour y faire dresser un
autel, réservant la chapelle pour y tenir des assemblées et y donner
des fêtes '. Les négociants, qui sentent qu'une nation qui existerait sans
1. Voy. la noie 1, p. 281.
2. Rapport d'Herculais au Directoire sur Véylise du Fondouk de France à Tunis,
- Une ciiapelle dédiée à Louis IX existe dans le Fondouk, un prêtre italien de
rhospice y venait dire la messe, une cloche annonçait la cérémonie, le pavillon de
la République était arboré, le Consul se plaçait dans un fauteuil de velours au
devant duquel est un prie^Dieu couvert d'un tapis de même ètolTe et chargé de
missels dorés.
Peu après mon arrivée à Tunis, je parlai plusieurs fois au Consul de cette cha-
pelle, lui fis observer combien cette affectation dans un culte était contraire à la
Constitution, et lui dis plusieurs fois que cette église paraissait, aux yeux des
républicains, être une pierre d'attente pour chanter un Te Deum, si jamais la
monarchie se rétablissait. Entre plusieurs objections futiles, pour ne pas dire de
mauvaise foi, qu'il m'alléguait sans cesse, une seule me frappa; c'était le mauvais
effet que ta suppression de ce temple pourrait faire dans le pays parmi les Maures.
Sept mois de séjour et d'observations m'ayant convaincu que la plupart des Maures,
parfaitement instruits de ce qui se passe & ce sujet en France, étaient étonnés
que le Consul ne se fût pas conformé à ce qu'on y pratiquait, je dis enfin au
citoyen Devoize que j'allais faire fermer la chapelle, faire vendre les meubles, ôler
le tableau de Louis IX et supprimer le salaire du moine payé par la République,
et que le Consul, n'étant pas logé convenablement, occuperait la chapelle attenante
à ses appartements et paraissant devoir naturellement faire un salon pour lui et
une salie d'assemblée pour la nation.
J'ai éprouvé de la part du Consul les plus grands obstacles pour exécuter cette
mesure. Voyant qu'il ne pouvait changer ma détermination, il a cherché à recueillir
les voix de trois ou quatre négociants pour demander cette chapelle et continuer
d'y faire célébrer le culte. Je lui ai répondu que ces négociants pouvaient choisir
tel autre local dans le Fondouk, que celui-là appartenait au gouvernement... Enfin,
pour éviter l'éclat, j'ai consenti h laisser cette chapelle fermée jusqu'à ce que vous
en ayez disposé. Mais je me permettrai de vous faire observer qu'il convient à tous
cS'
if.>
â88 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS IT'A.
culte, dans an pays où la philosophie n'a pas pénétré et où cepead
la tolérance règne, y végéterait dans une condition au-dessous de
des Juifs, ont demandé au citoyen Herculais de pouvoir entendra k
messe dans la ci-devant chapelle consulaire... » Devoize appuie l-i
demande : « L*établissement d'une chapelle est un important pmilèf-
consacré par nos traités; si Ion renonce volontairement à un prhilu'i
on en contestera bientôt un autre. La religion sert ici la politique da:^
bien des réclamations... Le Bey, dans les affaires de prises, eiigpj:
capitaine le serment, entre les mains du chapelain de la natioa, qj.
les notes d'effets qu'il présente sont fidèles... »
{Affaires étrangères, C^ de Tums.)
égards de la destiner à l'usage que j'indique. Le Consul est mal logé, sa iâ^
actuelle est très petite et entourée des appartements de sa gouTernante tiéna
enfants...
Le Bey, qui s'occupe fort peu du culte des Européens, bien loin d*ètre méiî^h-
de cette démarche, m*en a paru satisfait, ainsi que tous les grands quimerépèi^
souvent que le Consul parait en tout ne pas aimer la République. Le Bey, das>
une conversation à ce sujet, m'a dit : — A présent nous avons quatre manière>i^
compter les années; et, commençant avec un air de dédain, les Juifs, \esekre(ifib
puis d'un air gracieux, nous, et les Français qui sont à leur quatrième anoét. ï
ajouta: Les Français se rapprochent tous les jours des Musulmans. PlùlaoCif
que nous devenions tous un! — Je vous écris ces détails, parce que je oe d$>
pas qu'aussitôt mon départ le Consul ne vous écrive et fasse écrire par qoelqur
négociants pour rétablir sa chère chapelle...
Si les Français sous la protection de la République ne trouvent pas de (oi
dans le Pondouk pour célébrer le culte catholique, il y a l'hospice des missions qv
est sous la protection de la France, les chapelles d'Espagne, de Venise, et lliôpiu^
espagnol où ils peuvent aller. Je joins ici copie des ordres que j'ai donnés. *
L Tunis, ti févfHer 1796 (2 ventôse an iV).^ • AUois Herculais, Envoyé extncf-
dinaire de la République française auprès des Puissances de Barbarie,
En conformité des lois de la République française, enjoint au chancelier dett
Consulat de signifier au Révérend Père Préfet de l'hospice des Capucins de te
que la chapelle du Fondouk français est fermée, et le présent ordre affiché &o
Fondouk français.
Les citoyens français doivent savoir que chacun est libre d*exercer le câit
qu'il professe, et peut choisir dans le Fondouk tel autre local pour le célébrer en
se conformant aux lois de la Constitution.
La chapelle du Fondouk et ses meubles appartenant au gouvernemeoff '' ^^^
disposera. » Huculais.
IL Tunis, il février 4796 {i ventôse an IV). — Au T. R. P. Cbariés, Capucia, Prèfe
des missions à Tunis. « Ce jourd'hui 2 ventôse, quatrième année républicaine.
nous, chancelier de ce Consulat général de la République française en ceiu
ville et royaume de Tunis, d'ordre du citoyen Allois Herculais, avons prèfm i^
Préfet des Capucins, par la copie de la lettre ci-jointe, que la chapelle du FoinloDk
était fermée.
Très Révérend Père, J'ai l'honneur de vous prévenir que, conformémeDl aji
lois de la République française, le citoyen Envoyé a fait fermer la chapelle du
Fondouk, et m'a chargé de vous en prévenir.
Agréez, je vous prie. Très Révérend Père, mon salut affectueux. - J.-B. Abwso*-
chancelier. {Affaires étrangères, €*■* de Tunis,)
[1796] AVEC LA COUR DE FRANCE 289
DEVOIZE A DELACROIX.
580. — Tunis, 19 mars 1796 (29 ventôse an IV), — Il répond aux
dénonciations qu'on a portées contre lui. Jamais il n a rien dit ni
rien fait contre la Convention ; il n'a eu avec le Consul anglais que des
relations d'affaires; il n'a eu aucune communication avec les émigrés...
« Il est faux que j'aie interdit les chansons patriotiques, qu'on n*a cessé
de chanter; j'ai entonné moi-même les airs dans les fêtes que j'ai
données k l'occasion des principaux et glorieux événements de notre
Révolution. Il m'est arrivé une seule fois que des artisans et domes-
tiques, constamment établis autour d'une table chez le boulanger, y
chantaient, au milieu des fumées du vin, d'une telle force que plusieurs
négociants étourdis du bruit m'en portèrent leurs plaintes; j'invitai
ces citoyens à adoucir leurs voix et à ne pas se conduire, dans l'habi-
tation des Français où devait régner la décence, comme s'ils étaient
dans une taverne. Au milieu d'une de ces orgies, Gérard Boulanger,
un des signataires de la dénonciation, avait déjà rabattu le crochet de
son poids pour y pendre un Juif; j'arrivai k temps pour prévenir un
assassinat qui n'eût pas manqué d'exciter Tindigualion du Bey, qui
se fût peut-être, dans sa colère, porté à quelque excès envers les
Français... » Il n'a pas non plus laissé chanter le fameux air :
0 Richard! etc., etc. Quant k la fête du 14 juillet, il n'avait pas été
informé à temps qu'elle était rétablie; en ce qui concerne la scène qui
s'en suivit chez le Bey, le citoyen Seguier fut mis en prison au Bardo,
mais il s'est attiré ce désagrément. Le Bey se plaignait des chants
bruyants du Fondouk, et sans lui adresser la parole, le citoyen Seguier
s'avança en caressant son jabot et lui dit : J'ai chanté, j ai une belle
voix, je veux chanter... Devoize déclara au Bey qu'il ne sortirait pas
de son palais tant qu'un Français y serait en prison, et Seguier fut
relâché.
{Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
DEVOIZB A UERCULAIS.
581. — Tunis, 21 mars 1796 (/••• germinal an IV]. — « Citoyen
Envoyé, je viens d'apprendre par une voie sûre que, sur une dénoncia-
tion de quelques négociants de cette Ëchelle, j'ai été destitué de la
place de Consul général et chargé d'affaires de cette Régence... Il faut
que les faits énoncés soient bien graves pour qu'un gouvernement
juste se soit décidé à ôter à un ancien officier et son état et son hon-
neur. Si, dans cette situation, il m'était permis dégoûter quelque conso-
i9
ni'»
■J'
290 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [17%
lation, ce serait celle de voire présence à Tunis, où déjà chargé, pai
ordre du Comité de salut public, de prendre des information 5ic
d anciennes accusations, dont j'ai démontré toutes les faussetés, t
pouvez y vérifier les no\iveaux griefs articulés contre moi; si jh-l
appelé à Paris, où je dois être jugé, je perdrai au moins beaucoup i
temps pour me procurer les preuves d'une prompte et complète ja>î.
fication que la nature de la dénonciation peut exiger que je recueille :c
Je vous prie donc, citoyen Envoyé, comme mon juge naturels
Tunis, de convoquer une assemblée des régisseurs, savoir : les cilow^
Lenadier, Guiraud ou Barthez son associé, Minuti, Caille, Moiin*^
Arnaud, Noble, Bouziges, Fuzier, Beaussier, composant seuls le c»r[''
des négociants, et de leur demander connaissance de leur dénoom-
tion, qu'aucun motif fondé ne peut les dispenser de vous commcc;
quer, pour en éclaircir les faits et me mettre en mesure d y ^épond^
Ce serait un déni de justice dont vous êtes incapable, que de ir^
refuser de remplir cette formalité. Si tous les négociants s'accordeoU
vous dire qu'ils n'ont fait aucune dénonciation contre moi, il me snftn
que vous vouliez bien en faire foi au bas de ma requête; s'il en exis!
une, elle doit m'être communiquée; c'est l'affaire la plus importab!''
de ma vie que de connaître comment, après avoir servi ma patrie pen-
dant dix-neuf ans avec zèle et honneur, et le suffrage constant de lor
supérieurs, j'ai pu tout à coup être frappé d'une destitution qui m^
range dans la classe des mauvais citoyens. »
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
HERGULAIS A DEVOIZE.
682. — Tunis, 24 mars 1796 {4 germinal an IVj. — II n'a T^y
aucune nouvelle officielle de la destitution du citoyen Devoize, eU^
trouve point à propos de convoquer une assemblée des négociant
pour discuter sa conduite. 1
{Affaires étrangères, C*' de Twis.)
DEVOIZE A DELACROIX.
683. — Tunis, 26 mars 1 796 (6 gei^inal an IV). — Il apprend sa
destitution, et il est convaincu que son accusateur est le citoyen Her*
culaîs lai-même... « Citoyen Ministre, ce n'est pas la faveur qui ma
placé dans ce poste-ci. J'y suis parvenu par de longs et bonsseni^^'
après avoir vieilli oublié dans les grades subalternes pendant quiD'^^
ans; j'ai commencé ma carrière par gérer par intérim, sous le lilr^
d'élève, les affaires de ce Consulat; les sentiments d'estime et d'affiiiif
que je sus inspirer au Bey et à son premier Ministre me firent choisir.
[i796J AVEC LA COUR DE FRANCE 291
en 1791, pour passera Tunis en qualité decommi ssaire... » Il expli-
que les circonstances critiques qu*il a traversées... « La destitution
honteuse, dont Tinjustice arrachée à votre bonne foi par la méchan-
ceté la plus noire m'affecte encore plus que la perte de mon emploi,
a étrangement surpris le Bey et tous les Ministres de la Régence, qui
savent avec quelle chaleur j'ai servi les intérêts de la République. Ils
ont été révoltés surtout que la calomnie soit partie d'un homme qui,
pour me servir de leur expression, mangeait le pain et le sel avec moi
depuis dix mois; Topinion publique, qui s'explique sans ménagement,
n'a pas peu contribué à faire prendre au citoyen Herculais la résolution
subite et assez extraordinaire de s'embarquer sur une frégate algé-
rienne pour se rendre à Alger... Malgré les embarras dans lesquels cet
Envoyé me laisse, n'ayez, citoyen Ministre, aucune inquiétude sur le
service de la République; il ne souffrira pas de ma position... Je
munirai mon successeur de tous les renseignements qui pourront le
mettre à même de remplir ses fonctions avec encore plus de succès
que moi. Quant au citoyen Herculais, il a avili à Tunis son caractère
par un esprit d'intrigue, par la vie la plus scandaleuse, les mœurs les
plus corrompues, le mépris affecté de tous les principes de morale, et
la fréquentation habituelle de ces lieux où un simple particulier qui se
respecte un peu, n'ose se montrer; voilà ce qui a si fortement attaché le
citoyen Herculais au séjour de Tunis... » Devoize accuse Herculais
d'avoir été la cause de la perte des quatre bâtiments de TËtat enlevés par
les Anglais... Elle fut provoquée par l'offre imprudente faite publique-
ment au Bey et bientôt répandue à Tunis de faire débarquer tous les
équipages français pour les placer aux batteries de La Goulette...
L'amiral anglais a écrit à Sidi Mustapha qu'il avait cru devoir prévenir
Teffet des menaces de l'Envoyé de France'...
{Affaires étrangèreSy C'' de Tunis.)
HERCULAIS A DELACROIX.
684. — Alger ^ 9 avnl 1796 {20 germinal an IV). — Il vient de
passer à Alger pour y continuer sa mission, et rend compte au Ministre
de la prise de nos navires par l'amiral anglais Waldegrave dans la rade
de La Goulette '. Le Bey ne pouvait y croire, et voulait déclarer la
1. Déclaration de la nation française à Tunis. — Tuni^, ^6 mars 1796 {€ germinal
an IV).— Les citoyens Arnaud, Noble, Fuzier, Lenadier, Famin, Bouziges, Beaussier
déclarent que la malveillance seule p«ut chercher à faire soupçonner Devoize
d'être un mauvais citoyen. {Affaires étrangères ^ C'** de Tunis.)
2. Voy. la note 1, p. 281.
292 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1796)
guerre à l'Angleterre. L'amiral avait également capturé des naTires
neutres; il les restitua et emmena les bâtiments français. Les étals-
majors recouvrèrent leur liberté, mais tous les hommes d équipa^;-
restèrent prisonniers des Anglais. Herculais a réclamé au Bey la yaleiir
des navires capturés dans ses eaux.
La conduite de Devoize est tout à fait tortueuse. Il sait qu'il va être
rappelé et s'exhale en menaces contre les négociants qu'il accuse de
s'être plaints de lui au Directoire. Quant à l'état de la comptabilité,!!
reste dû 115,000 piastres au Juif Elias Attel, qui avait avancé desfoni«^
à, Devoize, et qui avait été chargé par ce Consul d'expédier et de vendre
une cargaison à Livourne.
{Affaires élrangéreSf C"* de Tunis.)
HERCULAIS A DEVOIZB.
585. — Algevy i 2 avril i 796 {23 germinal an IV). — « Nous, Envoyé
extraordinaire de la République française près les Puissances musul-
mânes de l'Afrique,
D'après la lettre du Ministre des relations extérieures en date da
7 pluviôse an lY de la République française.
D'après l'arrêté du Directoire en date du 23 nivôse an lY,
Requérons le citoyen Devoize de remettre sur-le-champ au citoveo
Guiraud, député de la nation française, la correspondance et tous les
papiers du Consulat. »
{Affaii*es étrangères ^ C'"* de Tunis.)
UERCULAIS A GUIRAUD ^
586. — Alger, 12 avril 1796 {23 germinal an IV). — « Conformé-
ment aux ordres que le Ministre des relations extérieures m'a tran^
mis, je vous préviens que je vous ai nommé pour gérer provisoiremeot
le Consulat et exiger aussitôt du citoyen Devoize la correspondance et
tous les papiers relatifs à l'emploi qu'il occupait. Je connais trop votre
zèle pour douter que vous ne remplissiez avec le plus grand soin votre
nouvelle charge.
Il serait peut-être à propos que vous logeassiez pendant cet intérim
au Fondouk, et je vous autorise à prendre à cet égard les mesures qae
vous jugerez convenables.
Je joins ici une lettre pour le Bey que vous lui donnerez, si vous k
jugez nécessaire. Salut et fraternité. »
{Affaires étrangères, (?■* de Tunis.)
1. Louis Guiraud, négociant à Tunis, associé de la maison Barthez et députide.
la nation française.
![1796] AVEC LA COUR DE FRANCE 293
HERCULAIS, BNYOYÉ EXTRAORDINAIRE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
PRÈS LES PUISSANCES MUSULMANES D'AFRIQUR,
A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
587. — Alger y 12 avril 17 96 [23 germinal an IV), — « Le Directoire
•exécutif de la République française vient de m'envoyer des ordres
pour signifier au citoyen Devoize son rappel et pour nommer en môme
4emps un négociant pour gérer le Consulat, jusqu'à ce que celui qui est
nommé pour résider auprès de Votre Excellence en qualité de Consul
général et chargé d'affaires soit arrivé à Tunis.
Je prie Votre Excellence d'accueillir favorablement le citoyen Guiraud,
'que j'ai nommé à cet effet.
J'espère que ce changement, que la République a cru nécessaire, n'en
apportera aucun dans l'amitié dont Votre Excellence n'a cessé de
donner des preuves à la nation française, et qu'elle ne verra rien dans
<;ette mesure qui puisse troubler la bonne intelligence qui doit exister
et qui existe depuis si longtemps entre Votre Excellence et la nation
française.
Salut, attachement et respect. »
(Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
HERCULAIS AUX CITOYENS DÉPUTÉS ET NÉGOCIANTS COMPOSANT
LA NATION FRANÇAISE A TUNIS.
588. — Alger, 12 avril 1796 [25 germinaly an IV,) — « Citoyens, le
"Ministre des relations extérieures m'a adressé les ordres du Directoire
«xéculif concernant le rappel du citoyen Devoize. Je vous les transmets.
J'y joins encore copie de l'autorisation qui m'est donnée pour, et en
quelque lieu que ce soit, conférer la gestion du Consulat à un député
>ou négociant à mon choix... En conséquence, je vous préviens que j'ai
t;hoisi le citoyen Guiraud, deuxième député, pour remplir les vues du
gouvernement ; je le charge d'exiger sur-le-champ du citoyen Devoize
la correspondance et tous les papiers relatifs à sa place.
En vous conformant aux ordres du gouvernement, je vous invite,
citoyens, à vous réunir pour seconder dans cet intérim le citoyen Gui-
raud par votre zèle et vos lumières... »
{Affaires étrangères, C'** de Tunis,)
DEVOIZE A DELACROIX.
«89. — Tunis, 13 avril 1796 [24 germinal an IV), — 11 envoie le
«compte courant de ses appointements depuis le 5 avril 1792, jour de
:son arrivée il Tunis, jusqu'au 12 avril 1796. Il réclame 51,347 1. et
294 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 'm
espère que le citoyen Delacroix appuiera auprès du Minisire de la
marine la demande d*une gratification pour les dépenses que loi udI
occasionnées les relâches de bâtiments de TËtat. Le séjour du citoyec
Uerculais pendant près de dix mois lui a coûté beaucoup... « Lecito}eL
Herculais m'a offert en partant huit cents sequins que j*ai cru devim
refuser... Après vingt ans de travaux, d'une conduite sans reprocht^.
après avoir surmonté toutes les difficultés de la place, au milieu de>
orages de la Révolution, dépensé le fruit de quelques économies qa^
j'avais faites dans le Levant, je me trouve sans état, sans fortune, am
des dettes qui seront à peine acquittées par le secours des payemeDl^
et de la gratification que je réclame. Le tableau de ma position est
déchirant, citoyen Ministre; je n*ai plus qu'une grâce à vous demander:
veuillez bien me faire connaître comment j'ai pu perdre la coofiaoe?
du gouvernement, lorsque j'ai employé toute ma vie à la mériter. Voilà
l'objet qui m'affecte le plus... »
{Affaires étrangèi*es, C*'* de Tunis.)
DEVOIZE A DELACROIX.
690. — 7«m«, 24 avril 1796 [5 floréal an IV), — Il reçoit arec res-
pect et soumission les ordres du Directoire en ce qui concerne s^ob
rappel. Il remet au citoyen Guiraud, son successeur intérimaire, leser-
vice du Consulat, mais en fait de correspondance il ne lui laissera que
ce qu'il pourra connaître sans inconvénient. C'est au citoyen Beaussier
que Devoize délivrera le complément de ses archives... Il demande as
Ministre l'autorisation de faire disparaître des registres de la Chancel-
lerie la lettre ministérielle à Herculais, dans laquelle il est dit 7 plu-
viôse) : « Je désirerais qu'il fût possible de remettre les affaires consu-
laires en d'autres mains que celles de Devoize, afin d'éviter qae ia
prolongation dans sa gestion puisse compromettre nos iulérèts à
Tunis »f ou encore d'y consigner à côté un témoignage authentique da
Ministre qu'il s'est justifié et qu'il n'a pas démérité de la pairie... Il
demande le règlement de son compte; jamais il n'a voulu se payer de
son traitement sur les fonds des prises qui lui passaient entre les mains
« Je vais me retirer dans une campagne, à quatre lieues de Tunis, avec
des moyens qui ne peuvent pas me mener bien loin, une santé des plus
altérées; si vous m'abandonniez, citoyen Ministre, dans cette situatioD
vraiment touchante et qui excite un intérêt général, si vous conlmuiei
à me laisser ignorer ce qui a pu m'attirer le sort que je subis, il ne me
resterait plus que la dernière ressource du désespoir. »
(^Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
L^796J AVEC LA COUR DE FRANCE 298
BEAUSSIER 1 A DELACROIX.
591. — Smyjyie^ 30 avril 1796 [ii floréal an IV), — Le citoyen Ver-
VLÎDac-luia annoncé la marque flatteuse de confiance que le gouverne-
ment vient de lui donner en le nommant Consul général et chargé
d^afifaires auprès du Bey de Tunis. G^est la récompense de vingt-deux ans
cie services non interrompus. Il va retourner à Gonstantinoplë, où il
stttendra ses instructions et les fonds indispensables k des frais de
^^oyage et d'établissement et au remboursement d'un emprunt forcé
par la longue privation de ses appointements.
(Affaires étrangères, C'* de Twnw.)
HtRCULAIS A DELACROIX.
592. — Alger, 10 mai 1196 [22 floréal an IV). — L'ex-Consul
Devoize a refusé avec menaces de remettre sa correspondance et même
de la mettre sous scellés jusqu'à l'arrivée de son successeur. De plus,
au mépris de toute autorité supérieure, peu de jours avant de quitter
sa place il s'est engagé envers un Juif nommé Elias Attel à lui payer
rintérôt à un 0/0 par mois d'une somme de 12,000 piastres, que cet Hébreu
réclame pour la moins- value d'une cargaison vendue à Livourne...
Plaintes contre le sieur Nyessen, Consul de Hollande et de Raguse,
protecteur de tous les émigrés.
Herculais conseille de prendre maintenant, vis-à-vis des Régences,
une attitude ferme et soutenue, parce que le Dey d*Alger, pour des
raisons très puissantes, préférera faire de grands sacrifices que de
rompre avec la République. Il regrette que les circonstances l'aient
empécbé d'aller jusqu'ici à Tripoli...
(Affaires étrangères, Mém. et doc. Afrique, t. X/F, /*. 39,)
BEVOiZB A DELACROIX.
693. — Carthage, 24 mai 1796 [5 prairial an IV). — Il envoie la
copie des pièces concernant ses relations avec Louis Guiraud, Pro-
consul... « Ma conduite ne respire que Tamour de ma patrie. J'empor-
terai ce sentiment au tombeau, et ce ne sera pas une faction de trois à
quatre individus que le citoyen Herculais a formés et laissés à Tunis
comme ministres de sa haine qui réussiront à me le faire perdre par les
tracasseries qu'ils imaginent tous les jours dans leurs conseils, et qui
deviennent plus vives à l'arrivée de chaque courrier d'Alger... »
{Affaires étrangères, C" de Tunis.)
1. Voy. la note 2, p. 219. •
2. Voy. la note 1, p. 283.
296 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS J,^^
DEYOIZE A DELACROIX.
504. — Carthage, 3 juin 1796 {i 5 prairial an IV.) — Il a quelqne-
difficultés avec Guiraud, au sujet des meubles qu'il a laissés dansL
maison consulaire et de sa correspondance *.«... J'ai reçu dansTespa:
d'un mois plus d'ordres que je n'en ai donnés pendant vingt ans. Oole^
fait afficher dans la chancellerie, et, ce qui ne s'est jamais vu, dans .
Fondouk. J'ai trouvé dans l'enveloppe d'une lettre que j'ai reçue dm
ami d'Alger un billet qui parait y avoir été glissé après qu'elle a e.
cachetée, portant ces mots en caractères contrefaits : in fuga salfu.
D'un autre coté, on me fait insinuer de bien me garder de passerez
France... Ces amertumes dont le Proconsul est chargé de mabreuv^r
tous les jours prouvent évidemment le projet de me faire émigré:
Dussé-je rester toute ma vie victime de la calomnie atroce qui a trump
votre religion, condamné à toutes les suites du malheur de oe poava'
réussir à l'éclairer, je suis trop fier d'être Français, trop attaché à m
patrie, que j'ai servie avec honneur, pour jamais me couvrir de ia
honte et de l'ignominie de vivre parmi ses ennemis... »
[Affaires étrangères^ C*' de Tunis.]
DELACROIX A UERCULAIS.
595. — Pans, 3 juin 1796{iô prairial an IV). — Quatre bàtimeDU
français ont été pris par les Anglais dans la rade de La Goulelte... li
Dey d'Alger a témoigné à la nation, dans cette circonstance, beaacuup
de sympathie.
On ne parle pas de Devoize, mais seulement de son successeur Beaus-
sier; on ignore encore l'époque de l'arrivée de ce dernier à Tunis. Des
instructions complètes lui ont été adressées à Constantinople...
11 est regrettable que le sieur Herculais n'ait pas employé les fonds
qu'il avait touchés à l'extinction de nos dettes consulaires à Tunis. L
devra solder le plus tôt possible celles qui restent, afin que lenouveai;
Consul ne trouve pas la situation embarrassée par la mauvaise admi-
nistration de son prédécesseur.
« Il y a longtemps que l'administration du Levant et de Barbarie a
retranché des dépenses consulaires celles relatives k l'entretien des
chapelles existantes sur nos Échelles, parce que la République ne doit
payer aucun frais de culte. Mais il est certain que le catholicisme y
!. Extrait des minutes de la chanceUerie du Consulat général de la Béj>sl>li^
française à Tunis. — Tunis, 6 Juin i796 (48 prairial an IV). — Invenlaire des
papiers remis au citoyen Guiraud, Proconsul de la République h Tunis, p»r «
citoyen Devoize, ex-Consul. {Affaires étrangères^ C'** de Tunis.)
[1796] AVEC LA COUR DE FRANCE 297
sera longtemps encore professé ; il est difficile et peut-être impossible
de déraciner la superstition dont la plupart de nos marins méditerra-
néens sont infestés. Cette maladie de leur esprit est entretenue par leur
fréquentation des ports de Tltalie et de TËspagne et par les dangers
auxquels ils sont fréquemment exposés; sous le premier rapport
vous avez dû signifier que Téglise de noire Fondouk, à Tunis, ne
serait point entretenue aux frais de la République, mais vous auriez
peut-être dû laisser aux négociants et marins qui abordent dans cette
échelle le libre usage de cette église, à condition d'en supporter seuls
les frais de culte et d'entretien. Cependant j'approuve la mesure que
vous avez prise... Salut et fraternité. »
(Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
UERCULAIS A DELACROIX.
596. — - Alger, 13 juin 1796 (25 prairial an /F). — Il a notifié au
citoyen Devoize, au secrétaire de ce dernier, Billon *, et à Témigré Guy
de Villeneuve, ci-devant Vice-Consul *, qu'ils eussent à sortir sous trois
Jours du royaume de Tunis sous peine d'y être contraints par la force.
«... Je désire vivement rentrer en France, mais si on juge ma présence
nécessaire & Tunis ou à Tripoli, je demande du moins des ordres posi-
tifs et l'autorisation pour faire vider l'Échelle aux Français qui y sont
inutiles et aux négociants qui se montrent trop ouvertement les ennemis
de la République. Le nombre des négociants établis à Tunis est
trois fois Irop grand, relativement au commerce qui s'y peut faire;
1 ex-Consul, en voulant expulser les négociants qui ont marqué leur
zèle et leur attachement à la patrie, cherchait d'un autre côté à, en
augmenter le nombre en faisant venir ses amis ou ses créatures, la plu-
part gens connus pour leur haine contre la République...
Je renverrai par la première occasion mon secrétaire, le citoyen Gayet
Datilly ' ; ce citoyen rendait des comptes particuliers et à mon insu à des
commis que vous avez expulsés de vos bureaux ; il se liait avec les Con-
suls et autres gens peu attachés à la République et, se déclarant leur
avocat, il les servait souvent de tous ses moyens, de manière que je
passais pour un agent n'exécutant que des mesures arbitraires. A mon
départ de Tunis, il avait pris secrètement une lettre particulière de
recommandation de Devoize pour son collègue Vallière et s'était aus-
sitôt intimement lié avec celui-ci. Il ne m'a été d'aucune utilité, ni pour
1. Voy. la note 2, p. 231.
•2. Voy. la note 2, p. 158.
3. Voy. la note 1, p. 251.
298 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS '}!%]
les écritures, ni pour les affaires, qu*il rendait au contraire beaucoup
plus difficiles par ses discours, ses raisonnements et Tespèce d'ioflaeDff
qu*il affectait d'avoir dans les bureaux. Voilà une partie des raisons
quim*ont déterminé à m'en débarrasser. Je désire que vous les apprui-
viez. Salut et respect. »
(Affaires élrangères^ C*'* de Tunis.)
GUIRAUD A DEYOIZE.
697. — Tmum, 22 juin 1796 {4 messidor an IV). — Il lui Iransmëi
Tordre de partir, signé du citoyen Herculais, et Texhorte à Tobéissaoce.
{Affaii^es étrangères^ C*** de Tunis.)
DBVOIZE A GUIRAUD.
598. — Tunis j 23 juin 1796 {5 messidor an IVj. — a ... Cet ordr?
est bien atroce, mais il est encore plus ridicule, parce que Ton ne sortpa>
des Étals du Bey dans trois jours. Les quatre mois accordés aux fonc-
tionnaires publics pour quitter rÉcbelle n'expireront que le 4fruclidor
prochain... Je respecte sans doute l'autorité d'un Envoyé de la Répu-
blique, mais s'il ne commande pas le juste, qu'il commande au oioios
le possible. Dans les gouvernements les plus monstrueux, où latyranDJe
et le despotisme comptent les hommes pour rien, on n'a jamais ima-
giné d'acte plus inique et plus affreux... »
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
DGYOIZB A DELACROIX.
599. — 7 unis, 23 juin / 796 (.> messidor an IV). — Le citoyen Her-
culais a fait demander par le Dey d'Alger au Bey de Tunis de faire
sortir Devoize de ses Ëtats. « ... Comme l'agent d'Alger a des moyens de
faire exécuter les ordres du tyran, je serai peut-être arraché demain
de ma maison, au milieu de l'estime publique, pour être chargé de
chaînes comme un scélérat; une honteuse déportation sera le prix de
vingt ans de service, et je suis Français! mes cheveux se dressent,
l'indignation me suffoque ; pressé par l'occasion, étouffant de désespoir.
je ne peux vous en dire davantage. »
{Affaires étrangères, C*' de Tunis.)
HAMOUDA, BBY DE TUNIS,
AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF DE LA RÉPUBLIQUB. FRANÇAISE.
600. — Tunis, juin 1796 [messidor an IV). — « Aux grands de la
République françs^ise, dont la fin soit heureuse I
Après vous avoir rendu les saints convenables à l'amitié et à Taffec-
[1796] AVEC LA COUR DE FRANCE 299
lion et vous avoir présenté les expressions de la sincérité, nous nous
informons de votre sanlé précieuse.
Nous vous exposons amicalement que, suivant le devoir de notre
amitié et de notre union avec votre Empire et conformément à la paix,
la bonne harmonie, la sincérité et Tintimité qui régnent depuis de
longues années entre nos États, nous recherchons les occasions de vous
manifester notre amitié et nous désirons celles de vous faire plaisir.
Nous envoyons présentement en Angleterre, pour le besoin de
diverses affaires, Tlntendant de notre arsenal royal, le modèle des
grands, le distingué Mohammed-Khodja, que nous regardons comme
notre chéri et honoré fils; que sa gloire augmente I
Et comme, dans le cours de son voyage, il doit passer par la capitale
de votre Empire, nous espérons que, dans les affaires et les choses qui
lui surviendront, vous lui donnerez en toute manière aide et assistance
et toute autre chose qui n'est point prévue, que vous lui accorderez
vos soins et vos efforts pour qu'il s'achemine par terre une heure et un
moment plus tôt vers l'endroit pour lequel il est destiné, et qu'en cela
vous nous manifesterez votre affection, vous remplirez les devoirs de
ramitié et les obligations de l'intimité. C'est dans cet espoir que nous
vous écrivons cette lettre spéciale, pleine d amitié, et que nous vous
l'envoyons; s'il plaît à Dieu Très Haut, lorsqu'elle vous sera parvenue
et que vous en connaîtrez le contenu, vous nous obligerez au-dessus
de l'expression en accordant aide et assistance au susdit dans ses
affaires et en le faisant acheminer un instant plus tôt vers l'endroit
désigné. Ensuite de ce, que notre mutuelle amitié forte et perpétuelle^
n'étant jamais troublée ni altérée, augmente continuellement!
Que les jours de nos amis soient longs I »
(Sceau) (Affaires étrangères^ C" de Tunis.)
m
HERCULAIS A DELACROIX.
601. — Alger j 29 juin i796 (ii messidor an IV), — Sur sa mission
auprès du Dey d'Alger et le prêt de 200,000 piastres, pour deux ans,
sans intérêt, que ce Prince veut bien consentir à la République
française...
Plaintes contre le citoyen Vallière, Consul à Alger, accusé de malver-
sations.
Quant aux affaires tunisiennes, Hamouda-Bey vient d'envoyer un
ambassadeur en Corse et en Angleterre, pour obtenir la restitution des
bâtiments français qui lui sont réclamés. Profitant de l'amitié du Dey
300 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS Ti^
•d'Alger Hassan, Hercuiais a obtenu des lettres pour faire chasser 1>^
émigrés français à Tunis.
Le citoyen Guiraudadû faire expulser récemment Tex-ConsulDeTti
et Tex- Vice-Consul de Villeneuve. Le premier s'est enrichi, eo faisai
Tusure au moyen de J^iifs qui lui servaient de prête-noms.
Il serait bon de réclamer au sieur Gorgoglione, Consul deVeois^i
Tunis, le dépôt que lui a laissé Tex-Consul de Chàteauneuf.
{A /failles étrangères^ C'** de Tvnù..
DELACROIX A HERCULAIS.
602. — Paris, 25 juillet i 796 [7 thermidor an IV]. — « J'ai éleiav
truit par le citoyen Guiraud des difficultés que Devoize a faites b.
remettre sa correspondance dans toute son intégrité, et que soqidiI'
consiste en ce que la publicité ranimerait des haines et des passiMD>
particulières. Vous voulez vous servir contre Devoize de l'art. % k
Tordonnance de 1781. Sans vouloir ni excuser ni défendre Dévoile, su
le compte duquel je suis mieux éclairé que vous ne le croyex peu(-èlR
Je vous dirai que cet article n'est pas tout h fait applicable à sun C3\
Le citoyen Guiraud n'est pas son successeur. Quant à votre reprochf
d'engagements ou d'emprunts faits par Devoize envers le Juif ÉJia?
Altel, il n'est question que de l'intérêt de 12,000 piastres enyiroDe'
non de ce principal...
Mon désir est de vous voir retourner à Tunis et aller à Tripoli..
Mettez tout en usage pourque Devoize retourne en France; faites eomt^n)»'
temps éloigner Villeneuve ; vous obtiendrez plus facilement vous-mém?
ces deux points que par l'effet de la lettre écrite par le Dey d'Alger.
Quand vous arriverez à Tunis, le citoyen Beaussier sera bien pn:?
d'arriver, s'il ne l'est déjà. Vous l'installerez dans son nouveau post?
et aplanirez toutes difficultés entre lui et Devoize pour la remise de>
papiers'et affaires du Consulat.
Vous liquiderez et solderez toutes les dettes consulaires que dod?
avons encore sur cette Échelle, ainsi que je vous l'ai recommandé daris
toutes mes lettres.
Votre présence à Tunis sera utile pour connaître jusqu'à quel point
la guerre déclarée par les Anglo-Corses à Tunis est sérieuse. ^i>«^
saurez si elle l'est assez pour que la République fournisse au Bey de-
secours d'armes et munitions. J'aurais déjà proposé quelque chose de
semblable au Directoire exéculif, si je ne craignais que cette np^
ne fôt un jeu. Il serait utile qu'elle fût sincère. Nous tendrons sans ce^s?
à fermer aux Anglais les portes de la Méditerranée; vous pourriez dont
.17961 AVEC LA COUR DE FRANGE 30*
pousser sérieusement Tesprit du Bey vers cette guerre. Promettez des
secours en munitions pour que les choses tournent dans ce sens et ins-
truisez-moi en détail des objets qui seraient nécessaires. Nos conquêtes.
d'Italie pourront nous permettre de les fournir.
De Tunis, vous vous rendrez à Tripoli. Beaucoup de renseignement»
me manquent sur notre situation dans cette Échelle...
J'ai examiné votre proposition de ne former en Barbarie qu*un seul
Consulat général placé à Alger, et de n'établir dans les autres Échelles.
que des Consuls qui dépendraient tous de celui-là. Cette idée, au pre-
mier abord, peut séduire, mais, au fond, elle n'est pas admissible. Tri-
poli, Tunis et Alger sont trois Ëtats distincts et séparés, quoique le
chef de ce dernier royaume aflfecte une sorte de suprématie de suze-^
raine té. »
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis,)
DELACROIX A OEVOIZE.
603. — Paris, 26 juillet 1796 [8 thermidor an IV). — Il a reçu les-
lettres et les pièces que Devoize lui a envoyées depuis qu'il a cessé ses
fonctions de Consul. Il refuse d*entrer dans les détails au sujet des dif>
ficultés que Devoize a eues avec le Vice-Consul Guiraud.
Il le prévient qu'il ne doit pas attendre le remboursement du compte-
courant de ses appointements et de ses avances pour quitter Tunis...
« Je dois môme vous dire, de la part du Directoire exécutif, que, si
vous ne rentrez point en France dans le délai fixé par la loi ou au
moins immédiatement après cette notification, vous serez considéré
comme émigré et réputé tel... »
(Affaires étrangères, C" de Tunis.)
ASSEMBLÉE DE LA NATION FRANÇAISE A TUNIS.
604. — Tunis, 27 juillet i796 {9 thermidor an J V) . — Discours du
nouveau Consul Beaussier à tous les citoyens français résidant sur
TËchelle, réunis dans la salle consulaire, pour célébrer la fête de la
Liberté, après la prestation du serment : « Je jure haine à la royauté,
k la tyrannie, fidélité à la République et à la Constitution, et respect
aux lois » '.
{Archives de la Résidence française^
registre des délibérations de la nation, 2, 4f, p. 1 17.)
i. Le discours de Beaussier, plein d'emphatiques déclamations sur les bienfaits
de la Convention et sur la fraternité des peuples, fut accompagné d'un banquet,
d'hymnes à la liberté et de chants civiques. Voici les noms des assistants : D'Audi-
berl-Cailie, Guiraud, Lenadier, Minuti père et fils, Famin, Arnaud, Ghapelié, Noble.
Gay, Barthez, Faulet, Alzetto, Eymond, Riper, Bourillon, Beauvais, Lieuter (libraire)^
Fabre, Durand, Villet, Mourié, Fuzier, Rodrigues, Beaussier, Adanson, chancelier^
soi CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i>i
GUIRAUD A DELACROIX.
605. — 7 unis, /•' août / 796 {i4 thermidor an IV), — Le ProcoD>.
dénonce les intrigues du citoyen De¥oize avant son départ pour •
France, ses incartades contre le gouvernenieBà, ses complots, soo ir«
délité; il prévoit que Tambassadeur tunisien envoyée Londres pasvn
à Paris pour essayer de faire réintégrer Devoize ; celui-ci était de ce-
nivence avec les Consuls batave et vénitien de Tunis. Guiraud ind^'.
en terminant les moyens de culbuter le parti an ti français dans ^
capitale de la Régence.
[Affaires étrangères^ C*** de Tunis.,
606. — Marseille, 4 septembre 1796 US fructidor an IV.-
Mémoire de plaintes contre Herculais et Guiraud, par Joseph Blilnii
ancien secrétaire d*Herculais, et expulsé de Tunis par rEovoyé di
Directoire '.
UBRCULAIS A DELACROIX.
607. — Alfjer, 6 septembre 1 796 [20 ff*ucti4or an I V). — H comptr
repasser en France aussitôt quMl le pourra. « Les dettes des Échelles d''
la Barbarie sont acquittées; les intérêts ajoutés si libéralement à Tuqh
seront réduits...
Aussitôt après son arrivée à Marseille, le citoyen Devoize .se>t
empressé d'envoyer à Tunis des lettres qui y ont répandu de nouveau
le trouble et y ont causé la plus grande fermentation '. Sidi Mustapha e!
les négociants qui ont juré fidélité à Tex-Consul sont persuadés plc^
que jamais de son retour, assurent que son expulsion a été arbitraire.
que j'ai tout supposé, et qu'il va revenir investi de toute la confianceet
de toute l'autorité du gouvernement.
Ces lettres, adressées à cinq personnes différentes qui tour àtoufc!
été chez Sidi Mustapha, ont consterné tous les négociants palriolesd»'
TËchelle; ils sont dans les plus vives alarmes; les ennemis les piu>
ardents des Français prennent chaudement parti dans cette lutte.
augmentent de toutes leurs forces le désordre et en rient, en calom-
niant et déchirant la République de la manière la plus scandaleuse. Je
i. Par un arrêté de frimaire an V, Billon fut autorisé à retourner à Tunis • poo?
y reprendre le cours de ses atTaires et celles de ses commettants -.
2. Les majeurs des éiablissernents français à Tunis et tes végocianls de Mûrsao*
à Delacï-oix, — Marseille, 10 septembre 1796 {S4 fructidor an V). — • Ciloyen
Ministre, les régisseurs de nos établissements à Tunis viennent d'écrire à plosi^f^
de nous de la manière la plus propre à nous alarmer et sur les intérêts que nou|
avons sur cette Échelle et sur la sûreté de leurs personnes. Ils nous manden:
que les Français y sont aujourd'hui sous la dépendance des eapriees du 0<}
d'Alger, que Hadji Ali, agent de ce souverain, lié étroitement avec le Proconsul
[1796] AVEC LA COUR DE FRANCE 303
n'entrerai pas dans une infinité de détails minutieux et fatigants pour
vous; mais je puis vous assurer que Devoize et les négociants qui
Taident dans ses intrigues et qui contribuent à tromper Sidi Mustapha
en le flattant de cette réintégration sont bien coupables.
Cette correspondance déjà si active est faite pour éterniser la dis-
corde... Salut et respect. »
{Affaires étrangères, C'* de Tunis,)
BEAUSSIER A HAMOUDA, BEY DR TUNIS.
608. — Tunisy i 9 septembre i 796 {3 vendémiaire an V). — « Illustre
et magnifique Seigneur,
Appelé par la confiance du Directoire exécutif de la République fran-
çaise à rhonneur de résider auprès de Votre Excellence en qualité de
Consul général et de chargé d'affaires, je m'empresse de vous offrir en
son nom le tribut d'éloges dû à la conduite recommandable de Votre
Excellence envers une nation qui est l'antique et fidèle amie de tous les
Princes musulmans.
L'heureuse situation des affaires me donne lieu d'espérer que, peu-
qui lui a été recommandé, menace les Français du ton le plus insolent et fait exé-
cuter de même les ordres arbitraires sollicités auprès du Dey d'Alger par le citoyen
Herciilais, Envoyé extraordinaire, qui a reconnu sans doute que le citoyen Guiraud
n'avait pas par devers lui les qualités propres & le faire respecter et obéir dans
l'exercice des fonctions qu'il lui a conflées. Nous aurions eu peine à le croire si
nous n'eussions vu arriver il y a quelque temps le Consul Devoize et un ancien et
estimable négociant, sur le compte desquels nous n'avions jamais entendu proférer
la moindre plainte, et qui, malgré la peste et le danger de tomber entre les mains
de Tennemi, ont été forcés de noliser un bâtiment exprès pour obéir à un ordre
que le citoyen Herculais a fnit appuyer par des lettres du Dey d'Alger au Bey de
Tunis, de sortir de ce royaume dans trois jours, sans égards pour une liquidation
importante dont était chargé le citoyen Billon pour compte des citoyens André et
C'*, et des pertes qui résulteront de cet abandon forcé; de sorte que nous pouvons
nous voir ruinés d'un moment à Tautre par le renvoi arbitraire de nos régisseurs.
Cet événement a jeté dans la stupeur tous les négociants qui ne sont pas du parti
des trois ou quatre factieux qui, sous l'appui ('honteux pour tout Français pénétré
de ce titre) d'un agent d'Alger, ont établi une espèce de terrorisme parmi la nation.
Les inconvénients d'une intervention aussi monstrueuse sont incalculables, la
considération nationale en souffre inflniment. Ces humiliations suscitées au Bey
font qu'il nous regarde de mauvais œil. 11 peut hérisser d'une foule d'entraves notre
commerce, qui ne peut prospérer que sous les auspices-de sa bienveillance, et nous
n'y verrions plus de sAreté si, comme le citoyen Herculais, les agents de la Répu-
blique faisaient agir les Puissances de Barbarie les unes envers les autres pour
s'immiscer dans nosalTaires.
Nous vous invitons, citoyen Ministre, & prendre toutes les mesures convenables
pour rassurer nos régisseurs, car nous n'hésiterions pas à renoncer à nos établis-
sement!!, s'ils pouvaient sortir un instant de dessous la protection immédiate de la
République, qui seule peut par sa puissance les faire respecter et prospérer sous
les auspices de vos directions.
Il n'est peut-être pas hors de place d'observer ici que trois à quatre établisse-
ments existent & Tunis sans majeurs, sans cautionnements, et que les très anciens
régisseurs, sans y avoir aucune suite d'affaires, trouvent très doux de les conserver. >•
(Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
304 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [m;
dant ma gestion, les liens contractés depuis si longtemps entre lesàm
Etats se resserreront tous les jours davantage, puisque des intérêt^
politiques et commerciaux les attachent plus étroitement que jamais
Vun à Tautre, et puisque j'apporte à Votre Excellence Tassurance dr-
Vinvariabilité des principes adoptés par les chefs de la République
pour entretenir de leur côté la bonne intelligence et TharmoDie. Mos
espoir se change en certitude, lorsque je vois un Prince tel que vous
illustre et magnifique Seigneur, entièrement livré aux affaires, s eol u-
rer de Ministres sages et éclairés.
Que Votre Excellence me permette de lui offrir en mon particaiie:
mes respectueux hommages. »
{A/fait^es étrangères^ C* de Tunis.)
HERCULAIS A DELACROIX.
609. — Algery21 septembre 1796 {5 vendémiaire an F). — L'Envoyé
du Directoire parle du caractère entier et changeant du Bey de Tuok
où il doit retourner. L'expulsion de Devoize, les intrigues de l'italien
Mendrici, n*ont pas peu contribué à le mettre en rapports très ^uk>
avec le Prince. Celui-ci fait des préparatifs de guerre, sans doute pour
se soustraire à la suzeraineté du Dey d'Alger. Dès qu'HercuIais sera
de retour à Tunis, il en expulsera Villeneuve et les autres émigrés qui
sont encore dans cette ville.
{Affaires étrangères^ C'* de Tunis.)
BERCULAIS A DELACROIX.
610. — Alger^ 28 septembre 1 796 ( i2 vendémiaire an T]. — Un
repartir pour Tunis. La paix entre les États-Unis et le Bey de celle
Régence a été imposée par le Dey d'Alger à Hamouda-Bey '.
BEAUSSIER A DELACROIX.
611. — Tunis, 29 septembre i 796 {13 vendémiaire an F). — « ...Je
suis arrivé à La Goulelte le 13 fructidor, et j'ai eu la douce satisfaclioo
d'assister et de présider à la fête de la fondation de la République, que
nous avons célébrée avec enthousiasme par des discours sur la morale
du citoyen, des chants patriotiques et un banquet fraterneL.. > il&^^^
reçu par le Bey avec tous les nationaux, il lui a baisé la main, « étiquette
humiliante pour des républicains », et adressé un discours ^.. ti&^
1. Voy. sur la mission d'Herculais à Alger la Correspondance des Deys ^'^W
avec la Cour de France.
2. Présents distribués par le citoyen Beaussier à son arrivée à Tunis :
Au Bey : un solitaire en brillanls, une montre à répétition et sa chafoe, uo col-
lier de perles à double rang.
;;i796] AVEC LA COUR DE FRANCE 305
ensuite Sidi Mustapha et Sidi Youssuf. En ce qui concerne les papiers
du Consulat, les archives ne datent que de 1779, époque de Texercice du*
citoyen du Rocher, et se réduisent à bien peu de chose, si Ton en excepte
le registre des traités qui remonte à 1685. Les archives de la Chancel-
lerie sont dans le plus grand désordre.
(Affaires étrangères^ C"* de TunUJ)
612. — Tunis, 7 octobre 1796 [16 vendémiaire an V), — « État des
maisons de commerce françaises et des Français en général établis à
Tunis, Bizerte et Porte-Farine.
„ e\ \-f Dtle» de
Beaussier Consul général 1796
Adanson Chancelier, marié 1786
Minuti Négociant 1781
Caille Négociant, marié 1775
Arnaud Négociant, marié 1780
Barthez Négociant, associé de Louis Guiraud. 1783
ZSoble Négociant, marié, associé de Fuzier. . 1781
Vianès Négociant 1785
lif ourié Négociant 1788
Fuzier Négociant, marié, associé de Noble. . 1788
Bouzige Négociant, marié 1 789
Famin Négociant, marié 1789
Lenadier Négociant 1792
Pellicol Négociant 1792
Guiraud Négociant, marié, associé de Barthez. 1793
Chapelié Négociant, marié 1795
Villet Commis, marié 1789
Gav Commis, venu de Morée 1786
Bourilhon Commis 1789
Au premier Ministr^ : un solitaire en brillant, un coupon d*étoffe d'or fleurie
pour cafetan, huit pieds de drap écarlate, quatre pieds de drap bleu.
Au Sahib-tap : un solitaire en brillant, une montre à repétition et sa chaîne,
liuit pieds de drap pourpre, huit pieds de drap cramoisi.
A r Écrivain turc : une montre simple et sa chaîne en or.
A VÊcrivain arabe : une montre id.
Au Drogman du Consulat : quatre pieds de drap bleu foncé.
Au Janissaire du Consulat : quatre pieds de drap bleu.
Présents que te citoyen Herculais déclare avoir distribués lui-même dans ses voyages
^ Tunis :
A Sidi Mustapha : une montre enrichie avec sa chaîne.
Au Kiaya de Porte-Farine : une boite riche.
AHadgi-Ali: un gros brillant.
Au Vekil d'Alger à Tunis : une montre.
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis,
20
306 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 1"%
Noms. Qnalilés. '^ '
Lieutier Commis lT9ii
Demolin Commis ['W
Durand Commis i79r.
Fuzier Commis i'%
Minuti fils Commis 179:]
F. Alzetio père (Corse) Commis, né à Tunis ^
Fabre Médecin, marié 1792
Faessler Médecin 17:0
Rodrigues Courtier, marié 1771
Belot Ingénieur au service du Bey, marié. 17î)i
Planche père Fondeur, au service du Bey 178ii
Planche flls Fondeur, au service du Bey, marié,. \'^'
Gaspary père Constructeur au service du Bey, marié.
Gaspary fils Facteur, marié, né à Tunis
Bottari Facteur, marié, né à Tunis •
Pech Facteur, marié 1796
Saccoman aîné Facteur, marié, né à Tunis p
Saccoman cadet Facteur, marié, né k Tunis
Ant. Alzetto (Corse) . Facteur, marié, né à Tunis
Th. Alzetto (Corse) . . Facteur, né à Tunis »
J. Alzetto (Corse) Facteur, né à Tunis
Gazzano (Corse) . Facteur "
Bernard Capitaine, marié l"î^3
Cortés Capitaine en second, marié l"î^3
J. Marini (Corse) .... Marin, marié
J. Marini (Corse) Marin, marié "
J. d'Agostino (Corse). Marin, marié
Santo Marini (Corse). Marin »
Franc Bosan (Corse). Marin *
Ferrand Joaillier, marié l"'^
Coste Horloger, marié i'95
And. Marini (Corse) . Orfèvre, né à Tunis
Clément Aubergiste, marié l"^
Eymon atné Aubergiste, marié l'"^^
Eymon cadet Aubergiste, marié * '^
Ripert Boulanger '^'
Raulet Boulanger ^'^
Beauvais Perruquier * '^^
Bosc Perruquier, marié *^
Poitevin Perruquier, marié ^'^
Ant. Marini (Corse). . Perruquier, né à Tunis *
[i796J AVEC LA COUR DE FRANGE 307
Nom». Qualiles. réiablissemeiil.
Allara Tailleur, marie 1794
Janson Tailleur 1796
Devaux Cuisinier 1790
Mayan Cuisinier 1791
Jourdan Cuisinier, marié 1786
Pégurié Cuisinier, marié 1790
Carbonnel Cuisinier 1796
Roux Cuisinier 1796
Arnaud Cuisinier 1787
Chosallad Domestique 1789
Saint-Claude Domestique 1774
Plus dix femmes sans maris ou dont les maris sont absents. »
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
BEAUSSICR A DELACBOIX.
613. — Tunis, 7 octobre 1796 [16 vendémiaire an V). — La situa-
tion de Beaussier est très pénible, par suite du ressentiment du Bey
contre Herculais... « Il a fallu, lui a dit le Bey, l'arrivée dans ce pays
d'un homme qui s'est écarté méchamment de Tordre constant des
choses, pour compliquer toutes les affaires. Si cette innovation de faire
intervenir dans nos démêlés le despotisme et le caprice du Dey d'Alger
devait continuer ou se renouveler encore, il renverserait de son côté
tous les établissements français fondés dans ses Etats, et commencerait
par le Consulat... » Beaussier appliquera le principe : Rien pour les
individus, tout pour la chose publique... Il évitera de donner des
présents à chaque fête nationale et il tâchera de resserrer les liens de
la fraternité... En ce qui concerne les émigrés, il ne perdra jamais de
vue « qu'il doit exister entre les Français républicains et ces monstres
exécrables la même séparation que la nature a mise entre le vice et la
vertu, un mur éternel, impénétrable h, la pensée même... »
On a procédé à Télection d'un second député. Le citoyen Jean-
Baptiste Adanson, Chancelier de ce Consulat, est privé depuis plusieurs
années de son modique traitement de 1,800 1., et de la pension de 5001.
qui lui fut accordée en dédommagement d'une bastonnade qu'un Pacha
de Syrie lui fit appliquer... Il est âgé de 63 ans et compte 43 années de
service; il demanderait à aller se reposer en France s'il pouvait
compter sur une pension de retraite. Beaussier termine cette dépêche
en réclamant des fonds.
{Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
308 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS '\:%
614. — Paris, 4 novembre 1796 {14 brumaire an V). — Mémoir»'
justificatif de Devoize au Ministre des relations extérieures, répondanl
point par point aux accusations d*Herculais.
{Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
ASSEMBLÉE DE LA NATION FRANÇAISE A TUNIS.
615. — Tunis, 20 décembre 1 796 {30 frimaire an V). — Discours du
citoyen Allois Herculais, envoyé extraordinaire de la République prè^
les Puissances musulmanes d'Afrique, à tous les citoyens français
assemblés dans la salle d'audience de la maison consulaire, sous ia
présidence du citoyen Beaussier, Consul général.
Herculais, revenu d'Alger à Tunis le 28 brumaire, exhorte les rési-
dents français à la concorde. Il fait un éloge pompeux de la Révolotio&.
invite les assistants au civisme, au désintéressement et à la frateroife.
Il termine en déclarant qu'il oublie les injures et les calomnies quioQl
pu l'atteindre, voulant ainsi donner Texemple delaréconciliatioDaTaot
de quitter TÉchelle.
{Affaires étrangères^ C^ de Tunis.)
616. — Tunis, 20 décembre 1796 {30 frimaire an V). — Releîr
analytique de tous les actes publics passés par des Français eu TËchelk
de Tunis depuis le 9 mai 1 792 et extraits des registres des procès-verhaBi
des assemblées jusqu'au 30 frimaire an V, par Beaussier, Consul général.
{Archives nationales, AF, ///, 74.)
BEAUSSIER A DELACROIX.
617. — Tunis, ... décembre 1796 [frimaire an V). — Il annonce le
retour d*Alger du citoyen Herculais. Ce dernier a fait convoquer tou?
les Français de l'Ëchelle, et dans cette assemblée a prononcé un dir
cours qui a laissé la plus vive et la plus salutaire impression sur to
les esprits.
{Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
HAMOUDA, BBY DE TUNIS,
AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
618. — Tunis, décembre 1796 {frimaire an F). — « Aux grands el
puissants composant le Gouvernement français, — que Dieu comble
de succès leurs jours!
Notre exposé amical est que votre Consul Devoize, qui résidait auprès
de nous, étant parti, nous lui rendons le témoignage qu'il est intelligent'
bon, capable, voyant bien les affaires; nous n'avons rien vu derépré-
hensible en lui pendant le temps de sa résidence auprès de nous; ils
[1797] AVEC LA COUR DE FRANCE 309
dirigé les affaires avec soin et capacité dans tous les cas qui sont sur-
venus, soit relativement aux intérêts de vos nationaux, soit par rapport
à vos vaisseaux de guerre ; il a été soigneux de maintenir la bonne
harmonie entre nos deux empires; cependant il est rappelé et déposé
du Consulat qu'il occupait par des haines d*individus, comme vous
pourrez vous en convaincre par les exposés qu'il vous en fera, quand
il arrivera auprès de vous. Nous vous réitérons que pendant sa rési-
dence nous ne l'avons jamais trouvé répréhensible en rien, soit envers
nous, soit contre le traité qui subsiste si heureusement entre nos deux
empires, et que sa déposition n'est que le fait de haines particulières.
Le glorieux Kiaya de Porte-Farine, Mohammed-Khodja, que nous avons
recommandé d'une manière particulière à votre amitié, vous donnera
la certitude d'une manière suffisante de la bonne conduite de votre
Consul Devoize. Nous avons encore chargé le susdit Mohammed Khodja,
notre fils, de vous faire part de quelques procédés désagréables qui
ont eu lieu, de vous les exposer et communiquer, afin que l'ancienne
amitié qui nous lie, et l'intimité, la confiance, et les droits de l'alliance
étant cultivés et respectés, notre amitié et intimité reçoivent toujours
force et vigueur et augmentation.
Au reste, que les jours des amis soient toujours heureux. »
{Sceau) {Affaires étrangères^ C'"* de Tunis.)
MOHAMMED-KHODJA, ENVOYÉ DE TUNIS S
AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
619. — Paris^ i 2 janvier 1797 [23 nivôse an V). — Plaintes contre
le citoyen Herculais, à qui est attribué l'enlèvement de quatre bâti-
ments' français par les Anglais en représailles d'une prise anglaise
faite sur le territoire de Tunis par les Français... « Ce qui paraît avoir
le plus affecté le Bey de Tunis, c'est l'intervention du Dey d'Alger, à
laquelle le citoyen Herculais a eu recours... » L'Envoyé demande la
réintégration de Devoize au Consulat de Tunis.
(Sceau) (Affaires étrangères, C" de Tunis.)
LE DIRECTOIRE EXÉCUTIF DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
A MOHAMMED-KHODJA, ENVOYÉ DE TUNIS.
620. — Paris, 15 janvier 1797 {23 nivôse an V), — Le Directoire
soumettra à un examen sévère la conduite du citoyen Herculais. 11 a
i. Voy. la lettre d'Hamouda-Bey au Directoire, de juin 1796, annonçant la visite
de Mohammed-Khodja pendant le cours de son voyage en Angleterre, p. 298.
310 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1797
observé les sentiments de bienveillance que l'Envoyé a manifestés de
la part du Bey en faveur du citoyen Devoize; le Bey peut compter scr
toute la justice du Directoire dans Texamen de la conduite de ch*
agent. Le Directoire attend de la justice du Bey qu'il emploiera tons
les moyens pour faire jouir la République de Tindemnité qui loi «fsi
due pour les quatre bâtiments enlevés par les Anglais à La Goulette.
{Affaires étrangères^ C'*» de Tuais.)
DELACROIX A MUSTAPHA-KHODJA, MINISTRB DU BEY DE TUNIS.
621. — Paris^.,. janvier i797 (... nivôse an Vi. — « Illustre tl
magnifique Seigneur,
L*illustre Kiaya de Porte-Farine Mohammed-Khodja, que vous me
recommandez, est arrivé, et j'ai été très sensible aux témoignages de
confiance et d'amitié qu'il m'a donnés de votre pari. Je l'ai présenU
moi-même au Directoire exécutif, et je n'ai rien négligé pour lui pro-
curer un accueil gracieux et amical. En outre, j'ai cherché & lui témoigner
tous les égards que méritent votre recommandation et ses qualités per-
sonnelles. Il emporte avec lui l'estime et l'amitié de la nation fran^
çaise...
Soyez, cher Vizir, l'interprète de mes sentiments pour l'illustre Bey
de Tunis, et assurez-le de mon désir sincère de coopérer au maiolieD
de la paix et de la bonne harmonie qui unissent si heureusement les
deux nations.
Continuez, je vous prie, de protéger avec la même bonté tous ie>
Français résidant à Tunis, et comptez de ma part sur une réciprociu-
parfaite envers les Tunisiens.
Agréez, cher Vizir, l'assurance de mon sincère attachement et mes
vopux pour votre santé et votre prospérité. »
{Affaires étrangères^ C*" de Tunit.)
LE DIRECTOIRE EXÉCUTIF DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
622. — Paris,,,, janvier 1797 (... nivôse an F). — « Illustre el
magnifique Seigneur,
Nous avons reçu votre Envoyé, Sidi Mohammed-Khodja, que vods
nous avez recommandé; il nous a paru digne de votre confiance par
ses qualités personnelles, et nous l'avons accueilli avec égard el
amitié.
Nous le chargeons particulièrement de vous rendre compte de nos
sentiments pour vous, et de vous entretenir du désir sincère quenoos
[i797] AVEC LA COUR DE FRANCE 3H
ne cesserons de conserver pour le maintien de la paix, de l'ancienne
£imilîé Qt de Talliance qui unissent si heureusement les deux nations.
Nous vous réitérons ces assurances, et vous renouvelons les vœux
que nous adressons au Ciel pour la prospérité de vos États et la con-
servation de vos jours K »
{Affaires étrangères y C'** de Tunis.)
BEAUSSIER A DELACROIX.
©23. — 7unw, J2 février 1797 {12 pluviôse an V). — ... « Le
citoyen Herculais et moi nous avons jugé qu'il était instant et oppor-
tun de rétablir le logement du chancelier dans le Fondouk, afin que
cet officier public fût plus à portée du Consul pour Texpédition
prompte des afiaires et que les archives de la chancellerie fussent
renfermées dans un lieu sûr, à Tabri du pillage et sous la sauvegarde
du pavillon. Le Chancelier y avait une habitation jusque sous le Con-
sulat de Chateauneuf. »
(Affaires étrangères, C**' de Tunis.)
UERGULAIS A DELACROIX.
624. — Tunis^ 4 février 1797 {14 pluviôse an V). — « Citoyen
Ministre, le citoyen Beaussier s'est chargé de vous rendre compte
de mon arrivée ici, des efl'orts que j'ai faits pour ramener la concorde
parmi les négociants de TËchelle, de Taccueil que m'a fait le Bey.
Depuis ma première audience, j'ai eu avec le Bey une longue confé-
rence en particulier, et j'ai attendu cette époque pour vous écrire,
afin de savoir au juste la tournure que prendraient les affaires et com-
ment seraient reçus les présents que le nouveau Consul Beaussier
devait présenter.
Le Consul, qui jusques à. mon arrivée avait éprouvé du Bey des
réceptions très froides, pour ne pas dire humiliantes, a remarqué un
grand changement dans la manière dont ce Prince lui parle à présent
et l'écoute lorsqu'il traite les affaires.
Cependant, je ne dois pas vous cacher que toute cette bienveillance
apparente ne produit rien ; le Bey ne cherche qu*à gagner du temps
jusqu'à mon départ, car j'oserais presque dire que ce Prince me
redoute, et craint les lumières que je peux donner au gouvernement
de la République sur la manière dont nos affaires ont été menées ici
et celles que je peux donner encore sur la manière d'obtenir de lui
justice en tous temps.
i. L'EnToyé de Tunis reçut au nom du Directoire, avant de continuer sa roule
pour TAngleterre, une bourse contenant 12,000 livres, pour indemnité de séjour &
raison de 40 louis par jour.
1
312 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 07
Le citoyen Beaussier a remis le 10 pluviôse les présents de sa Uf^-
venue, qui ont été parfaitement accueillis. On n'avait trouvé ici, pu^
servir de base à cet usage, aucun renseignement ni dans la chancy..
lerie, ni dans les papiers du Consulat. Il paraît que chaque Cod5j
avait voulu effacer les traces des sacrifices qu'il a fait faire, en pareiir
occasion, au gouvernement '... »
{Affaires étrangères, C'* de Tunis^
I. — Rappof*t de Delacroix au Directoire exécutif sur le citoyen fferru'i»
Envoyé de la République près les Régences de Barbarie, — Paris, 8 février f/-'
(18 pluviôse an V), — « 11 est iodi s pensable de fixer les regards du Directoire
exécutif sur le citoyen Herculais et la mission dont il a été chargé.
Herculaisest né dans le ci-devant Dauphiné et appartient à une maison ci-deTi:i
d e qualité. Le bruit général est qu'il a un frère émigré. Après avoir seni n
France dans plusieurs armes, il passa en pays étranger et s'engagea au sen'ice<>
plusieurs Puissances en Europe et en Asie. Il se trouva de plus à la suite d'Expii^
, qui négocia la dernière paix de l'Espagne avec Alger. 11 est rentré en France ^z-
dant la révolution, et il était chef de brigade, lorsque le Comité lui conHa b
mission dont il est chargé.
Cette mission fut arrêtée le 24 vendémiaire an III, du propre mouvement âc
Comité de salut public. Elle devait s'étendre non seulement dans toutes l^
Régences de Barbarie, mais encore en Albanie, en M orée, dans l'archipel grec et
les Échelles du Levant.
Le premier motif était de maintenir la bonne intelligence qui régnait entre U
République et les Régences de Barbarie.
Cette mission avait encore pour objet la vente des cargaisons d'un convoi ^k
navires en station à Tunis, lesquelles appartenaient & divers négociants de Mr-
seille, qu'on évaluait à des sommes immenses, et qui n'ont produit que cînqàsii
cent mille livres tournois.
Elle était encore relative à nos affaires consulaires» à nos approvisionneoeob
en bois de marine, en grains, en cuirs, en bestiaux, en salpêtre, etc., etc.
Il fut affecté à cet Envoyé un traitement de 20,000 livres, et de plus on lui Gtdos
de six mois d'appointements pour lui tenir lieu de frais d'établissement, quoiqui-
sa mission fût ambulante.
Quelle a été la conduite du citoyen Herculais dans sa mission?
Herculais a eu à sa disposition des fonds considérables provenant soit de U
vente du convoi qui avait relâché a Tunis, soit des 500,000 livres qu'il a UMKiiee?
à Alger. L'emploi qu'il en a pu faire ne m'est encore qu'imparfaitement coono. Il
n'a donné à cet égard que des aperçus succincts. Sans doute, il aura éteiotuor
partie de nos dettes en Barbarie et fait quelque envoi d'approvisionnenieBU
maritimes à Toulon.
Au départ du citoyen Herculais pour la Barbarie, le Comité le chargea d'eii-
miner la conduite du Consul Dcvoize,et c'est d'après son rapport que le DirectiMi^
a rappelé ce Consul.
Depuis cette époque, Herculais a envoyé une multitude de nouvelles et gm«
accusations contre Devoize, sans appuyer toutes ses a.^sertions sur des preuves,
mais Devoi/e ne mérite pas tous les reproches qui lui ont été faits.
Le citoyen Billon était à Tunis le régisseur ou le fondé de pouvoir de la maiion
André et C'% de Marseille. En le renvoyant en France, le citoyen Herculais a nui el
aux intérêts du majeur et à ceux du citoyen Billon.
Le citoyen Lieutier, régisseur à Tunis, depuis sept ans, de la maison desoa[>èn^-
négociant à Marseille, a été également renvoyé en France par le citoyen Hercuiiis-
sans qu'il ait rendu compte des motifs de cette résolution.
Tous les majeurs des citoyens Billon et Lieutier, ainsi que les négociaols de
Marseille intéressés au commerce de Tunis, ont porté au Directoire des plaintes
très vives sur les actes précités. Une expulsion semblable, disent-ils, frapp'-
[1797] AVEC LA COUR DE FRANCE 313
d^une sorle de tache ceux qui en sont l'objet; elle ressemble h la peine de la
déportation. Nos anciennes ordonnances interdisent le retour dans les Échelles à
ceux qui en avaient été renvoyés; il est vrai qu'elles supposaient des délits bien
constatés, une procédure instruite et la preuve acquise que l'expulsé compromet-
lait la tranquillité de TÉchelle. Quels inconvénients ne résulterait-il pas de notre
commerce, si des agents du gouvernement s'avisaient de renvoyer arbitrairement
nos négociants des Echelles ou ils sont établis? Non seulement, ils n'y formeraient
plus d'établissements, mais ils renonceraient à ceux existants.
Le Directoire exécutif n'a point oublié qu'à la fin de ventôse dernier les Anglais
nous ont enlevé ou déprédé à La Goulette cinq bâtiments de guerre. Herculais
était encore à Tunis, d'où il est parti aussitôt après cette catastrophe, qui cepen-
dant pouvait exiger la prolongation de sa résidence dans cette ville.
Il serait injuste ou tout au moins prématuré de l'en rendre responsable, mais
cependant il y aura lieu d'examiner si cette violation du droit des gens n'a eu
lieu que parce que le citoyen Herculais avait retenu à La Goulette le brick Le
PosUllon pendant dix mois et la frégate La Sardine pendant quelques jours, contre
le gré du capitaine.
De Tunis, le citoyen Herculais vint à Alger; il y a commis des fautes. Sa pre-
mière démarche est d'implorer la protection du Dey contre le Boy de Tunis, soit
pour nous faire restituer la valeur des bâtiments pris à La Goulette, soit pour
expulser de l'Échelle de Tunis les hommes qu'il avait désignés. Le Dey, qui a
toujours aspiré à la domination de toute la Barbarie, dut saisir avec avidité cette
ouverture et se rendre aux vœux de notre Envoyé.
Cette démarche, qui excita le mécontentement du gouvernement de Tunis, cho-
quait le rang, les prétentions et les droits du Bey, qui est un Prince indépendant,
et blessait en même temps la dignité de la République en la faisant recourir à la
protection du Dey pour se faire rendre justice par le Bey.
Le citoyen Sicive, Chancelier du Consulat d'Alger, a été renvoyé en France par
le citoyen Herculais. 11 ne parait pas que le citoyen Jeanbon Saint-André ait
jamais eu à se plaindre de ce citoyen, qui compte par lui ou par ses pères
cinquante ou soixante ans de service. Ce Consul n'a voulu prendre aucune part
directe ou indirecte à cet acte du citoyen Herculais.
La mission donnée par le Comité de salut public au citoyen Herculais n'était
rien moins qu'indispensable. Elle est aujourd'hui entièrement inutile. Tous les
postes consulaires de l'Afrique sont remplis par des citoyens dignes de la confiance
du Directoire. Les alTaires ont repris leur cours ordinaire, autant que la guerre
peut le permettre. La République est respectée par toutes les Régences; ainsi rien
ne nécessite à maintenir une mission extraordinaire qui dure depuis plus de deux
ans sans avoir produit de grands résultats et qui coûte annuellement 20,000 fr.
On propose au Directoire de la terminer et de prendre l'arrêté suivant :
Le Ministre des relations extérieures est chargé d'écrire au citoyen Herculais
que sa mission est terminée, et de lui ordonner de repasser en France. »
H. — Tableau de remploi des présents mis à la disposition du citoyen Herculais,
Envoyé de la République en Barbarie, ou par lui achetés.
m. — Février t79S [ventôse an VI), — Examen de la comptabilité générale du
citoyen Herculais^ pendant sa mission en Barbarie depuis le iO frimaire an IIJ
jusqu'au Si floréal an V :
• Le Comité de salut public le nomma agent général en Barbarie le 10 frimaire
an m, avec 20,000 fr. d'appointements, et lui fit donner un quart d'avance pour être
retenu sur le dernier quartier de sa mission. Elle a fini le 21 floréal an V, ce qui
fait deux ans, cinq mois, onze jours, et par conséquent la somme de 48, 984 fr.
Le citoyen Herculais est parti d'Alger pour Tunis, d'où il s'est rendu à Tripoli
de Barbarie, d'où il est censé s'être rendu par mer à Marseille. Cette route com-
prend 320 postes qui, à 13 1. 6 s. 8 d. font 4266, 13, 4; de Marseille à Paris
dO postes À 24 I. représentent 2160 1.; total 6426,13,4. -
Ses recettes montent à 1,444,589 livres.
Ses dépenses à 1,310,058 ~~
Partant le citoyen Herculais est débiteur de 104,530 —
314 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [179:
LE DIRECTOIRE EXÉCUTIF DE LA RÉPUBLIQUE FRAUÇAISS
A UAMOUDA, BEY DE TUNIS.
625. — Paris, 6 féviner 1797 [16 pluviôse an V). — « Illustrent
magoifique Seigneur,
La bonne harmonie qui existe depuis si longtemps et si heureu>t
ment entre vous et la nation française nous fait penser qu'il ne pest
que vous être agréable d'être directement informé par nous des e\v
nements majeurs qui nous arrivent, surtout quand ces résultais ^i
sont avantageux à la République française. G est d'après ce principe
et dans la vue de cultiver autant qu'il est en nous cette ancieDoe^'l
précieuse amitié que nous croyons devoir vous mettre sous les yem
un aperçu rapide des opérations de nos armées, dont le courage e(
Ténergie ont constamment fixé la victoire sous les drapeaux de ia
nation française, votre fidèle alliée.
Nous n'essayerons pas de retracer ici les différentes actions dans
lesquelles nos armées ont déployé cette intrépidité qui depuis cioq
ans force TEurope entière à ladmiration; il suffit de dire quauDuni
le Rhin a constamment opposé aux efforts impériaux une barrièn
infranchissable '. En Italie, la Sardaigne a été obligée de demacder
la paix '. Toutes les possessions impériales ont bientôt été eovahieN
Trois armées sont venues successivement se briser contre le coura;:^
invincible des phalanges républicaines, et dernièrement encore une
victoire a été remportée par Tarmée française. Nous espérons la pri^î
de la dernière place importante que l'Empereur conserve encore dans
ces contrées '. Des avantages aussi décidés ont eu pour nous les résul-
tats les plus heureux. La plupart des Princes d'Italie et le Roi de
Naples lui-même ont demandé et obtenu la paix. Presque tous les
ports ont été fermés aux Anglais, et la Corse, partie intégrante d^ia
République française et dont ils s*étaient emparés par leurs moyeD>
ordinaires, la fraude et la perfidie, s'est lassée de leur joug tyrannique
Elle les a ignominieusement chassés et ne voit plus flotter dans ses
Au surplus, un second rapport du Ministre au Directoire, du 8 mars 1797 JS^ec*
tôse an V) est encore plus accablant que ce dernier pour Herculais, qu'il r'^p'
non plus seulement de destituer, mais de poursuivre.
{A/fav^s élt-angit-es, C*" de Tunis.)
1. La campagne d*Alleraagne de 17% était dirigée par Jourdan, cooiaiaodajil
l'armée de Sambre-et-Meuse, et par Moreau, commandant Tarmée du Rbio.
2. L'armistice de Cherasco, signé le 28 avril 1796, nous abandonnai Nice eM'
Savoie.
3. Mantoue avait capitulé le 2 février.
[1797] AVEC LA COUR DE FRANCE 345
ports et ses arsenaux que le pavillon tricolore. La République, tou-
jours grande, a oublié les torts des Corses et s'est hâtée de leur resti-
tuer l'exercice de tous les droits des citoyens français. La Ck)rse est
donc aujourd'hui du nonabre de nos départements, ses habitants sont
redevenus citoyens, et comme tels ils peuvent attendre de vous les
égards et le traitement affectueux que vous avez pour leurs compa-
triotes. Le Directoire exécutif les réclame de votre loyauté et de
Tamitié que vous professez pour la République.
Il saisît cette occasion pour vous assurer de la plus entière réci-
procité, et de son intention bien prononcée de maintenir dans son
intégrité la bonne intelligence qui existe entre vous et la nation
française. »
[Affaii^es étrangères, C'"' de Tunis.)
UERCULAIS A DELACROIX.
626. — Tuni$, 19 février i797 {^9 pluviôse an V). — On néglige
les intérêts de la République dans les achats de grains faits en Barbarie.
Les négociants ne pensent qu'à gagner des commissions; le blé devient
très cher, et tous les risques sont à la charge de TÊtat. Herculais
accuse ici le Juif Elias Attel de spéculations inavouables.
La paix de Naples avec les deux Régences va se conclure, le citoyen
Famin, « qui est à. moitié Maure », ayant su s'imposer comme inter-
médiaire.
A cette dépèche sont annexés :
L Une demande de rappel du citoyen Nyessen, Consul de la Répu-
blique batave, de l'Empire, de Raguse et de Russie, « qui porte encore
la cocarde noire, au lieu de la cocarde tricolore qui doit être portée
dans les deux Républiques française et batave » ;
IL Une constatation de la créance d'Elias Attel sur la République
française, ses avances s'élevant à. la somme de 115,000 piastres;
III. Un arrêté pris par Herculais le 6 nivôse an V, pour faire rétablir
la chancellerie et le logement du Chancelier dans le Fondouk et faire
cesser l'abus du sous-louage à des Maures;
IV. Un arrêté d'Herculais, du 6 nivôse an V, relatif à la vérification
des prises;
V. Un arrêté du même, du 7 nivôse an V, pour faire fermer la com-
munication par les terrasses entre les Consulats de France et d'An-
gleterre;
VI. Un arrêté du même, du 13 pluviôse an V, expulsant de Tunis le
316 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [\7f
négociant françiaiis Bouzige, qui a affermé les douanes du port d^
Bizerte en prenant un homme de paille, en contravention à lart. ^
titre II de l'Ordonnance du 3 mars 1781 ;
VII. Un rapport d'HercuIais au citoyen Lallement, ambassadeur <:
France à Venise, pour lui demander le rappel de Tunis de Gorgoglioii-
Vice-Consul de Venise, et de Mendrici, son Chancelier, frère du mk^
cin du Bey, ces agents vénitiens intriguant contre la Républi<f,i^
française;
VIII. Le procès-verbal de l'assemblée des nationaux tenue à Tqcâ
pour vérifier les opérations, enchères et adjudications de Devoize.
(Affaires étrangères j C*"* de Tunii.)
BEAUSSIER A DELACROIX.
627. — Tunis^ 24 février il 91 (6 ventôse an V). — Il a notifié aj
Bey le traité de paix et d'alliance entre la République française et ii
République batave. 11 lui a fait connaître que les marchandises emliar-
quées sur navires neutres et destinées pour la France deirroDl é(r*^
accompagnées d'un certificat portant qu'elles ne provienaenl ^
d'Angleterre.
[Affaires étrangères, C** de Tunis,)
MOHAMMED-RUODJA, ENVOYÉ DE TUNIS, A DELACROIX.
628. — Paris, J24 février 1797 {6 ventôse an F). — « Ciloyeii
Ministre,
J'ai l'honneur de rappeler ici à votre mémoire la conversation qu^
j'ai eue hier par votre entremise avec le citoyen Rewbell, Président
du Directoire exécutif. L'accueil que le Président et vous avez bien
voulu lui faire prouve les sentiments d'humanité, de bienfaisance cl
de bonté qui animent la République française. Elle avait pour objet
de demander que dans le cas (comme j'en forme les vœux ardent*
au Ciel) où la victorieuse armée française d'Italie entrerait dans CiîiU
Vecchia, ou autre ville du Pape, tous les esclaves musulmans qui gémis-
sent sous le joug cruel et humiliant de l'esclavage soient mis en liberté
et rendus à leur patrie. Cet acte de bienfaisance, digne de la magoaQi-
milé française, prouvera k l'univers sa sensibilité, son dévouement a là
liberté de chaque individu, et donnera aux Musulmans un témoigna^
de son affection et de son désir constant pour le bien de l humanité.
Soyez, citoyen Ministre, l'intercesseur d'une si belle cause. Cette
action est digne de la nation française, elle attestera ses vertus.
Salut et fraternité. »
{Affaires étrangères, C" de Tunis.)
1 197] AVEC LA COUR DE FRANCE 317
HERCULAIS A DELACROIX.
629. — Tunis, /" avinl i797 [13 germinal an V). — Il n'a pu
réussir à Tunis autant qu'il en avait conçu Tespoir.
« Toute affaire importante que j'aurais entamée avec le Bey n'aurait pu
a^^oir aucune issue; ce Prince, par sa conduite, m'a démontré ne vouloir
a,^ec moi que gagner du temps jusqu'à mon départ, espérant ensuite
tout obtenir du Consul, qu'il soupçonne être d'un caractère faible. Je
vous ajouterai encore, citoyen Ministre, que depuis très longtemps
n'ayant reçu ni ordres ni lettres de vous pour régler ma conduite, cela
m "a rendu beaucoup plus incertain dans mes démarches. Je sais
que le Bey et Sidi Mustapha ont écrit fortement au Kiaya de Porte-
farine pour lui ordonner de solliciter en faveur du citoyen Devoize; je
sais aussi que celui-ci croit sa justification attachée au blâme qu'il
pourrait parvenir à vous faire jeter sur ce que j'ai pu ou pourrai faire
ici, et qu'il excite dans ce but les négociants de Marseille qui lui sont
attachés à. vous écrire contre moi. Toutes ces considérations n'ont pu
que me donner beaucoup de circonspection dans ma conduite envers le
Bey; j'ai donc laissé agir le citoyen Beaussier seul, après lui avoir
donné sur ce pays et sur ces gens-là tous les renseignements possibles
et ravoir mis en garde contre tous les pièges qu'on pouvait lui tendre.
Le sieur Rodrigues, censal de la nation, homme précieux par son zèle
pour la République et qui m'a rendu de grands services dans nombre
d'affaires épineuses, se charge de vous conduire les chevaux qu'offrent
au gouvernement de la République le Dey d'Alger et le Bey de Gonstan-
tine, ainsi qu'un yatagan en or, etc., produits de la Barbarie que l'on
m'a donnés dans le pays... Ce citoyen a différentes plaintes à vous
porter sur des vexations que son attachement à la République lui a
values tant de la part des Consuls que du Bey lui-même... Vous pou-
vez le questionner, citoyen Ministre, sur l'Ëchelle de Tunis, dont il a
une parfaite connaissance.
Le citoyen Minuti, négociant, père de famille respectable, se rend
aussi à Paris dans le même but... Son attachement à la République et
sa soumission aux lois lui ont attiré des vexations odieuses dans sa per-
sonne et dans son crédit... Le citoyen Devoize n'y est point étranger. »
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis,)
HERCULAIS A DELACROIX.
630. — Tunis, i 1 avril 1797 (23 germinal an V). — « Citoyen Ministre,
Au moment du départ du bâtiment qui vous porte le citoyen Rodrigues
et les chevaux qu'il vous conduit, le citoyen Guiraud s'est décidé à se
318 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS PJ"
rendre à Paris. Le courage et le zèle avec lesquels il a sen-i la Répi
blique Tont rendu odieux au Bey et à Sidi Mustapha, qui voieDlav^
une peine extrême qu'enfîn le gouvernement français est éclairé sa^
retour sur les infidélités de ses agents et sur la manière lâche ^
infâme avec laquelle, en trompant le Ministère, ces agents kw.
saient la Régence au détriment réel du commerce de TÊchelle et p!r>
encore à la honte de la République et des Français.
Le citoyen Guiraud a contribué beaucoup à augmenter ces lumière
Il a courageusement résisté aux moyens que le Bardo a emplovésp<c
Tintimider pendant sa gestion, et il s^esi fait respecter du Bey lu-
même plus qu'aucun Consul français. A présent, il est malheareur-
ment facile de prévoir que, sous la gestion du citoyen Beaussier, [^
citoyens qui déplairont au Bardo ne trouveront que p«u oa poil
d'appui. Le Bey connaît parfaitement le caractère du citoyen Beaussier
et agira en conséquence. Le citoyen Guiraud, pour qui le CoDsyl a
toujours montré de Téloignement, est menacé d'éprouver ici beaucoup
de dégoûts et de contrariétés qui nuiraient infailliblement à son mi-
merce; aussi il se décide à aller offrir ses services à la République. Voiis
pourrez, citoyen Ministre, tirer de lui des éclaircissements précieaiSL'
tout ce qui regarde la partie commerciale et même politique de m
relations avec la Barbarie.
Les contrariétés, les intrigues de toute espèce ont été déployées ir.
contre ma mission à Tunis. Avant même que je fusse parti de Paris, on
écrivit à Livourne pour envoyer des frégates arrêter le bâtiment daDoi?
qui devait m'emporter. Parle plus heureux des hasards, j'ai abandonoè
le bâtiment, qui a été effectivement arrêté par deux frégates et sur leqtf
on a enlevé de Targent tandis qu'on laissait d'autres effets; lesAngb
déclarent qu'ils avaient connaissance à qui ils appartenaient. On m'a n
enfin arriver à Tunis. Avant que je misse pied à terre, on avait déjà sa
soulever et indisposer le Bardo contre ma personne et mon caraclèrt.
Dans tout le cours de mes différents séjours à Tunis, on n'a rien néglige
de ce qui pouvait me faire échouer partout, et diminuer la coosidéralion
et l'idée que je voulais donner ici du gouvernement de la République
A qui sommes-nous redevables de ces détestables manœuvres? A qiu
A des Français principalement. Je vous ai dit le mot, citoyen Ministre
et le citoyen Guiraud vous expliquera et vous prouvera clairemeDlli
vérité du fait. Je vous dirai encore que plusieurs fois j'ai eu de /orlft
raisons de penser que ma vie n'était pas en sûreté. »
{Affaires étrangères, C' de Tunis.)
[1797] AVEC LA COUR DE FRANCE 319
BEAUSSIER A DELACROIX.
631. — TuniSy i 7 avril i 7 97 {29 germinal an T'^. — Le citoyen Hercu-
lais se dispose à partir pour Tripoli avec Mathilde Gordon, fille de
\*ancien Consul anglais, âgée de trente ans, qu'il a épousée en cette
Échelle le 13 nivôse dernier, quatorze jours après son retour d'Alger *.
Ils s^enibarquent sur un bâtiment américain affrété depuis cinq
mois à raison de 2,500 francs par mois... En ce qui concerne le Consulat,
il m'a dit manquer de fonds pour lui-même.
(Affaires étrangères, C"* de Titnis.)
BEAUSSIER A DELACROIX.
632. — Tunis, 3 3 avril i 797 {4 floréal an V). — Herculais vient de
quitter Tunis. Le Bey lui a fait, à son retour d'Alger, un accueil extrê-
mement froid et a repoussé systématiquement toutes les demandes qu*il
lui a faites. Quand cet agent sera entièrement hors de Barbarie,
Beaussier se flatte qu'Hamouda prêtera plus aisément l'oreille à ses
réclamations.
{Affaires étrangères^ C*'* de Tunis,)
BEAUSSIER A DELACROIX.
633. — Tunis, 4 mai i 797 [i 5 floréal an V). — Il annonce l'arrivée
de la corvette La Fauvette, aux ordres du citoyen Martin, capitaine
de frégate, armée en parlementaire, avec la mission unique de trans-
porter ici Sidi Mohammed-Khodja, Envoyé du Bey... « Le citoyen Miot,
commissaire du Directoire exécutif dans l'ile de Corse, m'a adressé la
liste des divers naturels corses qui gémissent ici dans l'esclavage; je
prévois que le Bey m'opposera la distinction qu'il veut absolument
établir entre les Corses sous la domination anglaise et ceux pris
avant que la Corse soit tombée au pouvoir de Tennemi. »
{Affaires étrangères, 0"* de Tunis.)
BEAUSSIER A DELACROIX.
634. — Tunis, 17 mai i 797 [29 floréal an V). — Il annonce l'arrivée
du citoyen Cassai, chargé de rechercher et d'acheter en Tunisie des
animaux destinés à repeupler la ménagerie de Versailles.
[Affaires étrangères, C» de Tunis,)
1. Tunisj 9 janvier 4797 (13 nivôse an V). — Acte de mariage du citoyen Alexandre
Âllois Herculais, de Grenoble (Isère), chef de brigade, acluellement employé en
qualité d'Envoyé extraordinaire de la République près les Puissances musulmanes
d'Afrique, âgé de quarante et un ans, lils de feu André Allois Herculais, capitaine de
cavalerie, et de la citoyenne Claire-Charlotte Vaulserre des Adrets, avec Demoiselle
Mathilde Gordon, de Tunis, âgée de vingt-neuf ans, fille de feu Charles Gordon,
ancien Consul d'Angleterre. (Affaires étrangères. Extrait des Registres de la chancel-
lerie du C*** G" de la Rép. fr. à Tunis.)
320 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 17^
HERCULAIS A DELACROIX.
635. — Golfe de Naples^ 24 juin 1797 (6 messidor an V). — De Tr
poli, où il achevait sa mission, il se disposait à retourner en Ffciï.
pour rendre compte de sa conduite au citoyen Ministre, lorsque
^i floréal, huit cavaliers du Bey de Tunis, venus à marches forcrr^
apportèrent au Pacha des lettres de leur maître contre lui et Tarrri
du Directoire, en date du 20 ventôse, qui le destitue avec tant de ri^a-
pour ne pas dire d'ignominie. Il insiste sur Tirrégularité que roc «
mise de Tunis dans cet envoi en y faisant indécemment ioterreniri^
Pacha et le Consul d'Espagne. Il présente sa justifîcalion au point <i
vue de son honneur, de sa probité, de son désintéressement, et il v^r
en France demander le complément du traitement qu'on lui a h'
subir et le châtiment le plus rigoureux ou la justice la plus éciaUot-.
Il se plaint de ce qu'on Tait empêché contre toute justice d^emporte:
de Barbarie ses papiers, au moyen desquels ceux qui doivent le ju?^:
auraient pu faire un examen rigoureux de sa conduite.
Puis il fait un résumé très détaillé des résultats de sa mission ^
Alger, à Tunis et à Tripoli, et il prétend donner la preuve irréfutal'i-
que partout ils ont été les plus heureux pour la République français
A Tunis, il a fait exécuter les ordres du Ministre et a fait trembler I>r
Bey, qui se jouait du gouvernement. Du reste, il aura rhonneur
d'adresser au Ministre une relation de l'ambassade de M. de Seanevil!'
à Alger en 1790, qui lui servira de point de comparaison avec les résul-
tats de sa propre mission et fera ressortir le mérite de tout ce qu'il a
fait pour le Gouvernement à Alger. A Tunis, il s'est s'expose au pois'n
et à la vendetta implacable du Bey et de Sidi Mustapha, qui na^èrt
venaient de faire empoisonner un homme que toute autre veogeaDce
ne pouvait atteindre. Ce poison est, d'ordinaire, mélangé au caft
qu'on est obligé de prendre dans les visites, usage dont Herculais lai-
méme ne put se dispenser... Il a cherché de tout son pouvoir à rallier à
la République et autour du Consul les négociants français si dlms.
en donnant à la personnalité du sieur Beaussier le plus de notorièlt!
possible. Malheureusement il n'aperçoit chez celui-ci que les vues les
plus cupides et le désir de s'attirer, au préjudice des ÎDlérêlsetde
l'honneur de la République, l'amitié du Bey et de Sidi Mustapha.
Aussi s'en est-il fait, ainsi que de son frère, négociant à Marseille, uc
ennemi mortel.
Herculais connaît tous les efforts que l'ambassadeur de Tunis auprè:>
du vice-roi de Corse et du Roi de Danemark a faits, à son second pas-
[1797] AVEC LA COUR DE FRANCE 3i21
sage à Paris, pour le sacriûer au ressentiment du Bey. Celui-ci, se ren-
dant compte qu'Herculais voulait éclairer le gouvernement sur les
sommes d'argent qu'il avait coutume d'extorquer d'une manière ou
d'une autre à la France, et divulguer sa connivence honteuse avec les
Consuls et certains négociants français pour tromper le gouvernement,
attachait une grande importance à sa perte...
Le gouvernement serait étonné si on lui présentait le tableau général
et iidèle de ce que lui a coûté le Bey de Tunis seulement depuis la Révolu-
tion, et il ne verrait certainement pas sans indignation que ce Prince a
extorqué à lui seul plus que les deux autres Régences ensemble, sans
avoir eu pour les Français les mêmes procédés d'égards et de justice *.
Menaces ou épithètes outrageantes sont familières au Bey, lorsqu'il
s'aperçoit que l'on tente de s'opposer à ses desseins. Voici ses propos
au Consul actuel : — « Vois comment j ai fait traiter cet Envoyé, qui avait
osé me contrarier, et toi qui n'es que Consul, tu oserais essayer d'en
faire autant!... Allons! écris à ton Ministre, et fais en sorte que ce que
je demande soit. Je te donne une lune pour en avoir la réponse. » —
« ... A la nouvelle de l'arrêté qui me destitue, le Bey de Tunis témoi-
gna une joie immodérée. Il appela et choisit lui-même les huit cavaliers
qui devaient porter au Pacha de Tripoli sa lettre et les plis du citoyen
Beaussier, et il leur promit une récompense s'ils arrivaient prompte-
ment. Effectivement ils arrivèrent en 13 jours, mais deux en moururent.
Je n'ai rien fait qui ne me fût prescrit dans vos instructions ou dans
vos lettres... Vous m'avez témoigné plusieurs fois votre satisfaction et
1. Le gouvernement, de son côté, croyait devoir faire une enquête sur les pré-
sents emportés par Herculais pour les Seigneurs barbaresques. Voici deux extraits
de lettres qui nous paraissent suggestives :
Delacroix à Belleville, Consul à Livourne. Paris, 8 mars 4797 [6 ventôse an V). —
• Le citoyen Villet a été envoyé par le citoyen Herculais à Livourne pour des affaires
de la République... Je vous invite à observer avec soin si cet agent ne serait
pas aussi chargé de se défaire à Livourne de quelques objets faisant partie des
présents qui ont été confiés au citoyen Herculais pour l'objet de sa mission en
Barbarie... On m'a assuré qu'en la même année cet Envoyé avait adressé à Mon-
sieur Tomgren, Consul de Suède à Livourne, quelques-uns des présents, consistant
en un carrosse doublé en drap gris avec des harnais provenant du sacre pour
8 chevaux, etc. Cherchez, je vous prie, à vous assurer si ces objets ont été effec-
tivement vendus, quel en a été le montant et quelle a été la destination de ces
fonds dont vous ordonneriez le séquestre, s'ils se trouvaient encore à Livourne... •
{Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
Belleville à Delacroix. — Livourne, 3i mars 1797 (ii germinal an V). — « ... Les
renseignements sur la voiture sont exacts, ainsi que les harnais pour six chevaux;
tout est de la plus grande beauté et du travail le plus fini. C'est Monsieur de
Torngren qui l'a reçue de Tunis; son prix trop cher a empêché de la vendre jus-
qu'à présent. J'ai pris, de concert avec le général Vaubois et le gouverneur de
Livourne, les mesures nécessaires pour que cette voiture ne me soit pas sous-
traite... » {Affaires étrangères, (?" de Tunis»)
21
322 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 'MX
même votre étonnement du succès de mes démarches... J'ai solliciu
continuellement vos instructions pour régler ma conduite, eteependaL
sans antécédent quelconque, vous me frappez du coup le plas mal-
tendu et le plus humiliant dont on puisse frapper un agent mèti.
d'un des plus grands caractères qu un gouvernement puisse donner.
Au prix de tout mon sang, s'il le faut, j'en vais chercher réparatioo. •
{Affaire* étrangères^ C*'* de Tunis.)
BEAUSSIBR A DELACROIX.
636. — Tunisy 9 juillet i797 [21 meindor an F). — Il allendlt:^
ordres du Ministre au sujet des esclaves corses. La peste règne to>
jours à Tunis; elle a fait heaucoup de victimes parmi les esclaves >:i
Bey ; aussi les rachats sont-ils de plus en plus difficiles.
(Affaires étrangères, C* de Tunis.)
1. Annexe I. — Delacroix à Beaussier, — Paris, S 4 ventôse an V. — Envoi d'an arr^i^
du Directoire du 20 ventôse an Y, concernant la révocation du citoyen Herruiii^
Annexe II. — Procès-verbal de ce qui s*est passé à t occasion de V arrivée à Tripla -y
V Envoyé du Directoire lierculais. — «Le citoyen AUois Herculais est arrive dar.s •'
port le 7 floréal au matin, sur un brick américain alTrétè à Tunis pour sonserri.v
et portant pavillon tricolore au grand mAt. Le Pacha de cette Régence, Sidi Tu«<iif
Raramanli, ayant été informé par le Consul général à Tripoli, Pierre-Alptionv:
Guys, de l'arrivée en cette ville de l'Envoyé de la République, ce Prince, con<;j'-
tant moins les usages établis que son respect et sa reconnaissance pourid.-i-
vernement français, a envoyé aussitôt son premier Chaouch complimeDUr .«
citoyen Herculais, qui se trouvait en quarantaine. L^Envoyé s'est rendu auciii-
teau le 10 floréal, à 10 heures du matin, accompagné du Consul de la natk>D. de?
prêtres missionnaires ot des protégés de la République. Ce Prince lui avait envo<r
le propre cheval qu'il monte, richement enharnachc, et son premier Chaoucb p<'.r
le lui présenter. Introduit aussitôt devant le Pacha, il lui a adressé un di<OL>u>.
Xavier Naudi, de Malte, faisant fonction d'interprète. Le Pacha y répond:! :>i'
quelques compliments flatteurs, s'informa des nouvelles victoires de la caii'Q
française et parut en entendre le récit avec l'intérêt le plus vif. Les Musalmîns.
a-t-il dit, n'ont pas de plus anciens et de meilleurs amis que les Fraoçab; I-
culte seul et les ministres respectifs nous séparent.
Le citoyen Herculais, s'étant levé, a été reconduit à une certaine distance iIj
château, qui l'a salué de neuf coups de canon, tandis que l'amiral Condulmer, Ttnj
il y a deux ans avec une escadre pour renouveler la paix de la République ^
Venise, n'a été salué que de sept. Il a renvoyé le cheval du Pacha qu'il n'i'iJ'
pas voulu monter, et après avoir rendu aux agents diplomatiques leurs visites, il
a congédié la garde tripolitaine. •
Suit un état des présents remis par Herculais au Pacha de Tripoli el a .<<:
offlciers. [Affaires étrangères^ C* de Tripoli»)
Annexe III. — Extrait des procès-verbaux de la chancellerie du Consulat génn^
de la République à Tripoli de Barbarie. — « Le 24 floréal de la République, eo nt-
cution des ordres du Directoire contenus dans l'arrêté du 20 ventôse dernier adr^^^
par le citoyen Delacroix, Ministre des relations extérieures, au citoyen Beaus^i'-r.
Consul général h Tunis, pour être signilié au citoyen Herculais, chef de bri^^dt.
Envoyé extraordinaire de la République française près les Puissances d'Afrique, leq*.:^'
s'étant rendu de Tunis à Tripoli, le citoyen Pierre-Alphonse Guys, Consul gênerai
à Tripoli, l'ayant reçu par un courrier arrivé de Tunis le même jour, celui-ci *fîi
aussitôt transporté dans la maison d'Hollande où est logé le citoyen Herculais
Après l'avoir invité à entrer dans son cabinet, où se trouvaient tous les papJf^
il lui aurait signilié le dit arrêté du Directoire du 20 ventôse le concernant;
lequel citoyen Herculais, après en avoir pris connaissance, a témoigné la po^
[1797] AVEC LA COUR DE FRANCE 323
DEYOIZE A DELACROIX.
637. — Paris, i 0 juillet 1797 [22 messidor an V). — H accepte les
conditions posées par le Directoire à sa réintégration dans le Consulat
de Tunis, c'est-à-dire qu'il abandonne 2,000 1. de son traitement aux
Consuls de Tripoli, de Barbarie et d'Acre; il paye les frais de voyage du
citoyen Beaussier à Tripoli; « il renonce à la conduite d'usage accordée
aux Consuls qui se rendent à leur destination... Il a moins à cœur les
avantages que le poste peut offrir que le retour de la confiance du
gouvernement, qui a fait constamment l'objet de son ambition. »
{Affaires étrangères^ C'"* de Tunis,)
638. — Paris, 9 août 1 791 (22 thermidor an V), — Provision de
Consul général à Tunis en faveur de Devoize (2° fois), à la place de
Beaussier, nommé en la même qualité à. Tripoli de Barbarie ^
{Affaires étf^ngères, C" de Tunis.)
profonde soumission aux ordres du Gouvernement; que le malheur qu'il avait
d*étre tombé en disgr&ce ne pouvait qu'accroître son désir de passer incessam-
ment en France, et il n'a pu déguiser sa surprise, tous ses pas depuis son entrée
en France en 1792 ayant été marqués pour le service et l'honneur de la Répu-
blique, et n'ayant reçu jusqu'à présent que des témoignages de satisfaction.
Le 23 floréal, avant midi, le Consul général Guys, accompagné du chancelier
Abraham Serusi, des citoyens Xavier Naudi, de Malte, interprète, et de Joseph
Lautier, de Saint-Tropez, capitaine de bâtiment marchand, a procédé à l'inventaire
des papiers du citoyen Herculais et au reliquat des présents destinés aux Princes
barbaresques et restant alors es mains du dit Envoyé.
Il résulte du dépouillement des différents comptes de dépenses et de recettes
exposés par le citoyen Herculais que, durant le cours de sa mission en Barbarie, à
partir du 12 brumaire, date de sa nomination, jusqu'au 24 floréal, terme de ses
fonctions, il a reçu du Gouvernement, en différentes fois et en différents lieux,
92,641 piastres de Tunis, et que ses dépenses pour le service et son entretien
personnel s'élèvent à 125,275 piastres de Tunis, d'où le dit Herculais se dirait
créditeur envers le gouvernement de 32,628 piastres de Tunis. »
Suit renonciation des présents distribués par iJerculais pendant sa mission.
{Affaii*es étrangères, C*"* de THpoli.)
4. Paris, 9 août 4797 {H thei^midor an V). — « Le Directoire exécutif, ayant
réintégré et confirmé le citoyen Devoize (Jacques) dans la place de Consul général
de la République française à Tunis, lui ordonne, en conséquence, de se rendre
sans délai à sa destination pour y exercer, conformément aux lois, les fonctions
qui lui sont confiées.
Le Directoire enjoint aux négociants, capitaines, maîtres, patrons et équipages,
ainsi qu'à tous les autres Français résidant dans l'étendue du Consulat général de
Tunis, de reconnaître le citoyen Devoize en la qualité qui lui est donnée au nom
de la République française, et de lui rendre compte de la destination de la naviga-
tion de leurs bâtiments et de tout ce qui peut intéresser le service dont il est
chargé. Ils lui présenteront, à cet efTet, leurs congés, expéditions, passeports, et se
conformeront exactement à tout ce qu'il leur prescrira.
Le Directoire exécutif prie l'Illustre et magnifique seigneur Bey de Tunis d'or-
donner à tous les gouverneurs de ses États de reconnaître le citoyen Devoize en la
qualité de consul général de la République française à Tunis, afin qu'il puisse
exercer librement ses fonctions, sans qu'il y soit apporté aucun trouble, ni empê-
chement, offrant d'user d'une réciprocité parfaite pour tous ceux qui lui seront ainsi
recommandés. » {Affaires étrangères, C'"* de Tunis,)
324 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [iT97
LE DIRECTOIRE EXÉCUTIF DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
A HAMOUDA, HEYDE TUNIS.
639. — Paris, 9 août H 97 (22 thermidor an V). — « Illustre e!
magnifique Seigneur,
D'après Texamen approfondi qui a été fait sous nos yeux de la coq-
duite du citoyen Devoize, nous avons reconnu qu'elle était exempte à
tout reproche, et que ce Consul n'a point cessé de mériter notre con-
fiance; en conséquence, voulant lui donner un témoignage éclatant d^
notre justice et qui pût en même temps vous être agréable, nousnouï
sommes déterminés à le renvoyer à Tunis pour y reprendre sf<
anciennes fonctions. Nous lui donnons Tordre de vous assurer de notre
sincère amitié et de notre haute estime, et nous le chargeons de \m
présenter cette lettre pour l'accréditer de nouveau auprès de Tolff
personne en qualité de Consul général et chargé des affaires de h
République française. Vous pouvez, en conséquence, ajouter entière
foi et créance à tout ce qu'il vous dira en notre nom, tant pour le bien
du service et les intérêts des Français dans votre pays que pourie
maintien de la bonne harmonie qui existe si heureusement entre le>
deux nations.
Recevez, illustre et magnifique Seigneur, l'expression sincère de m
sentiments et de nos vœux pour votre prospérité et celle des États que
vous gouvernez. » {Affaires étrangères, C'« de Tunis.)
UAMOUDA, BEY DE TUNIS, A TALLEYRAND ^
640. — Le Bardo^ octobre i 797 [vendémiaire an VI), — « J'ailhoD-
neur d'exposer au citoyen Talleyrand, Ministre des relations exté-
rieures, dont la fin soit heureuse! que depuis longtemps je désirais
trouver l'occasion de renouveler les liens de lamitié qui existe d'une
manière solide entre ma Régence et la République. C'est d'après ce
désir que je vous envoie Mustapha-Agha, attaché au service de ma
Régence et porteur de la présente. Il aura l'honneur de vous offrir de
ma part quelques présents comme un gage de mon amitié et de voii>
entretenir de plusieurs affaires qui m'intéressent. Lorsque le susdit
aura l'honneur (s'il plaît à Dieu) à son arrivée de vous exposer le^
affaires dont il a été chargé, je me flatte que vous voudrez bien lui
faciliter les moyens d'en assurer le succès. »
(Sceau) {Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
i. Charles-Maurice de Talleyrand-Pt^rigord, Prince de Bénévcnt, Évèque d'AutBo
en 1189, Député à l'Assemblée constituante, Ambassadeur à Londres en 1<^«
quatre fois Ministre des Affaires étrangères, du 19 juillet 1191 au 19 juillet 179^. d"
22 novembre 1199 au 11 juin 1801, du 13 mai au 10 septembre 1814, enfin du 8 juil-
let 1815 au 23 septembre 1816, Ministre plénipotentiaire & Londres de 1830 à 1^^'
[1797] AVEC LA COUR DE FRANCE 323
DKVOIZE A TALLBYRAND.
641. — Marseille^ 5 octobre i797 {14 vendémiaire an VI), —
a Citoyen Ministre, il y a environ deux ans que je demandai de Tunis,
pour le principal Ministre du Bey, deux petits méridiens à canon, et une
édition des œuvres de Bufifon pour un Génois, premier médecin de ce
Prince; ces deux objets sont parvenus depuis longtemps au citoyen
Guys, agent des relations extérieures à. Marseille ^ Je vous prie de lui
adresser Tordre de me les remettre ou de me les envover à Tunis
avec une lunette de longue vue et une lorgnette que le citoyen fier-
culais a promises au Garde des sceaux de la Régence, et qui se trouvent
également en mains du citoyen Guys, qui n'a pas jugé à propos de les
confier sans votre agrément au Juif Rodriguez, qui était chargé par
TEnvoyé de les faire passer à Tunis.
Quant aux œuvres de BufTon, le médecin à qui elles étaient destinées
a montré depuis dans diverses occasions, en faveur des Anglais, une
partialité qui Ta rendu indigne de la marque de générosité que je vou-
lais lui procurer de la part du gouvernement. Convaincu d'ailleurs que je
n'ai plus rien k redouter de son influence, je vous prie de m'accorder
1. Gabriel-Auguslin Guys, d'abord ofOcier dans un régiment de cavalerie de
Royal-Piémont de 1775 à 1785, adjoint & l'Agence des relations extérieures à Mar-
seille en 1787, correspondant des AlTaires étrangères dans cette ville en 1791, Agent
des relations extérieures dans la même ville de l'an 111 à 1800. — Voy. sa corres-
pondance avec le Ministère des AlTairef étrangères {Affaires étrangères^ cartons
Agence des relations extérieures à Marseille),
Les Guys sont très nombreux dans la carrière, & Tépoque qui nous occupe, et il
est malaisé de ne pas les confondre. Le plus en vue est Pierre-Alphonse Guys,
attaché à Constantinople en 1775, à Vienne en 1777, à Lisbonne en 1778, secrétaire
d'ambassade en 1783, Consul aux Canaries en 1786, à Cagliari de 1786 à 1792,
Consul générai h Tripoli de Barbarie de 1793 à Tan V, & Saint-Jean d'Acre de
Tan V à Tan X, Commissaire général des relations commerciales & Tripoli de
Syrie de l'an X & 1812, mort de la peste & son poste en septembre 1812.
Son fils aîné, Charles-Edouard Guys, fut successivement attaché à la chancel-
lerie de Tripoli de Barbarie en 1797 et 1798, chancelier à Tripoli de Syrie de 1803
à 1810, gérant du Consulat de Lattaquié de 1811 à 1812, de Tripoli de Syrie de 1812
à 1816, Vice-Consul à Lattaquié en 1821, gérant du Consulat de Tripoli de Syrie
(2* fois) en 1823, retourne à Lattaquié en 1824, à Tripoli en 1826, Consul & Salo-
nique en 1833, mis en disponibilité en 1839.
Un autre Gis de Pierre-Alphonse Guys, Hyacinthe-Constantin Guys, fut Vice-
Consul à Zante en Tan lll, à Rotterdam en l'an VIII, Consul au même poste de
ran XI à 1805, Consul général à Alep de 1814 à 1821, à Tunis de 1821 à 1825, Agent
du Ministère des AfTaires étrangères à Marseille de 1825 à 1837, date de sa mort.
Son troisième fils, Antoine-Augustin-Ëdmond Guys, fut attaché à la chancel-
lerie du Consulat général & Saint-Pétersbourg, puis chancelier à Rotterdam, enfin
payeur principal de l'armée de Wesphalie jusqu'en 1814.
Nous trouvons encore deux agents du même nom à cette époque : JVflarc- Philippe
Guys, agent consulaire à Tripoli de Syrie, démissionnaire, — et Pierre-Marie-
François- Auguste-Henri Guys, gérant du Vice-Consulat de Lattaquié de 1813 à 1816,
en disponibilité de 1816 à 1818, Vice-Consul & Alger en 1818, & Scio en 1822, à Bey-
routh en 1824, Consul à Acre en 1827, à Alep en 1837, retraité en 1847.
326 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [M^]
cet ouvrage pour mon instruction, et comme dédommagement de>
sacrifices personnels et majeurs que j'ai faits dans ma place, et qui
sont assez connus dans vos bureaux pour que je puisse me permettra
de me dispenser d'en faire Ténumération. Si vous daignez, citoyieQ
Ministre, accueillir ma demande, cette marque de vos bontés n'en sera
pas moins une faveur très précieuse pour moi, sous un double rapport.
Je sens qu'une réintégration ne doit point soumettre h Tusage cons-
tamment pratiqué de faire des présents aux Princes de Barbarie, à
Tinstallation d'un nouveau Consul; mais arrivant de Paris, je ne peu
guère me dispenser de porter pour le Bey seulement quelque bijou qoi
lui présente une marque d'attention de ma part. J'ose donc vous proposer
d'autoriser le citoyen Guys k me délivrer une paire de pistolets garni>
en or, qui font partie des présents destinés depuis longtemps poork
Barbarie, et déposés chez lui. Je vous le répète, citoyen Ministre, il n'y a
que la circonstance de mon voyage à Paris qui ait pu m'engagera vous
faire cette demande. Ma correspondance de six ans attestera la discrétion
et l'économie que j'ai observées dans toutes celles de cette nature.
Je m'embarquerai cette nuit pour Toulon sur l'aviso La Foudre, d'où
je passerai sur la frégate La Sérieuse^ qui n'attend que le vent favorable
pour appareiller et me conduire à ma destination. »
(Affaires étrangères, O** de TunU.^
HAMOUDA, BEY DE TUNIS, AU GÉNKRAL BONAPARTE ^
642. — 7wnî5, 6 octobre 17 97 '{15 vendémiaire an F/). — «J'ai à
vous informer amicalement que les huit Musulmans qui étaient sur uoe
prise appartenant k notre Régence, et que les vents contraires avaient
forcés d'aborder sur les côtes de Livourne, où ils ont été faits esclaves
et qui nous ont été envoyés de votre ordre ici, sont heureusement
arrivés, et nous en avons eu la plus grande satisfaction. Si pareil
événement survenait encore, je ne doute pas de votre attentioDàeo
user de même et j'en aurai la plus grande gratitude.
Votre Consul qui réside ici m'a également informé que l'agent de
la République française en résidence à. Livourne a eu ordre de pour-
voir à la dépense des dix-huit esclaves et de nous les envoyer.
C'est pour vous remercier et vous faire part de tout cela que je
vous écris cette lettre amicale •. »
{Sceau) {Archives nationales, A F, III, 74.)
1. Alors commandanl des armées de la République française en Italie.
2. Belleville, Consul général à Gènes, à Talleyrand, — Génes^ 17 novemhre rr
(7 frimaire an VI). — « Le Bey, très sensible à la mise en liberté des huit Tunisiens
esclaves du gouvernement toscan, a fait adresser & Belleville une lettre de nma-
ciement destinée au général Bonaparte et qu'il lui a aussitôt enToyèe à Rastadt.*
{Affaires étrangères, C'"* de Tunis.)
[1797] AVEC LA COUR DE FRANCE 327
DEVOIZB A TALLEYRAND.
643. — Tunis, 26 octobre il 91 {5 bi^umaire an VI). — « Citoyen
Ministre, j'ai Thonnear de vous informer de mon arrivée le 2 de ce
mois sur la frégate de TÉtat La Sérieuse, Sitôt que le Bey en eut con-
naissance, il me fit dire qu'il désirait de me voir particulièrement
a. vaut l'audience publique. Il m'a témoigné de la manière la plus flat-
teuse la satisfaction qu'il avait éprouvée en apprenant l'acte de justice
<}ue le Directoire avait exercé à mon égard. Je m'y attendais bien, après
toutes les marques d'intérêt qu'il m'avait données pendant les persécu-
tions atroces qui ont accompagné mon rappel.
Tous les négociants et commis convoqués par ordre du citoyen
Beaussier ont entendu la lecture de ma nouvelle commission et de l'ar-
rêté du Directoire en vertu duquel j'ai été réintégré dans mes anciennes
fonctions.
Ce matin, j'ai pris avec le cérémonial d'usage mon audience publique
du Bey. Je lui ai présenté mes lettres de créance. Me voilà bien et
dûment installé, mais le citoyen Beaussier n'a pas encore reçu l'avis
officiel de sa translation au Consulat général de Tripoli de Barbarie. Je
mettrai à profit le séjour que ce retard le mettra dans le cas de faire
encore sur cette Échelle pour recueillir les renseignements qu'il s'em-
pressera de me donner sur diverses affaires majeures encore en instance.
Il termine lui-même le compte qu'il a commencé à vous rendre relatif
h renvoi des animaux destinés au Muséum et qui viennent d'être embar-
qués.
La frégate a appareillé le 4 pour continuer sa mission, au grand
regret des ministres du Bey et de l'ambassadeur de ce Prince, qui se
trouvait Tannée dernière k Paris. Le Bey a envoyé à. bord de la frégate
des rafraîchissements de toute espèce.
Permettez, citoyen Ministre, que ma première dépêche renferme
Tassurance du désir que j'ai de mériter un suffrage que votre réputa-
tion rendra encore plus précieux. Tous les efforts de mon zèle vont
tendre à justifier l'acte de justice que j'ai éprouvé de la part du Direc-
toire, et il m'estbien doux de penser que tous les droits que je tâcherai
constamment d'acquérir k sa bienveillance se trouvent sous vos aus-
pices... » {Affaires étrangèi^Sy C*'* de Tunis.)
BEAUSSIER A TALLEYRAND.
644. — Tunis, 29 octobre 4 797 (8 brumaire an VI). — Il annonce
renvoi pour le Muséum d'histoire naturelle d'un lion, d'une lionne de
huit ans, d'une lionne de dix-huit mois, d'un lionceau femelle, deux
328 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES CONSULS '\1T
autruches, deux gazelles, deux chameaux blancs et trois vautours. G^
animaux arriveront en France par la polacre La Vierge du /foia^
commandée par le capitaine Dominique Juliani, de Pino en Corst
nolisée au prix de 4,500 livres.
Il attend ses lettres de crc^ance pour partir pour Tripoli, où i'
déployera pour le service tout le zèle dont il a constamment (Iodg?
des preuves depuis vingt-trois ans qu'il est dans la carrière des con-
sulats. Le citoyen Félix Cassai est revenu de son exploration dans i
Régence avec des animaux destinés à la Ménagerie nationale.
{Affaires étrangères, C'**» de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRANO.
646. — JuniSy 13 novembre 1797 (23 brumaire an F/). — Herrj-
lais a quitté Tripoli le 30 floréal an V, pour se rendre en Mi&i. G
a mis tout en œuvre pour desservir Devoize auprès du Bey. Ce Consm
en a reçu Tassurance de la bouche du Bey lui-même. Cependuatii
n'a rien à se reprocher et s'est toujours conduit avec la plus stricte
loyauté à Tégard de tous.
« Je vous prie, citoyen Ministre, pour le bien du service et pour la
tranquillité de TÉchelle, d'interdire au citoyen Herculais, actuellemeDl
à Livourne, toute correspondance à Tunis. Il faudrait au contraire qu il
fût possible d'y effacer jusqu'au souvenir de la mission la plus désas-
treuse qui jamais ait été surprise au Gouvernement par TignoraDeela
plus absolue de ses vrais intérêts dans la Barbarie. »
(Affaires étrangères, <?•* de Tunis.)
HAMOUDA, BEY DE TUNIS,
AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
646.— Tunis, 13 novembre 1797 {23 brumaire an F/). -«Aui
très distingués et sincères amis, les illustres représentants de la nation
française, qui dirigent avec intégrité et prudence toutes les affaires du
Gouvernement français.
La présente lettre amicale vous informera que, conformément a
l'amitié qui règne depuis si longtemps entre les dignes représentants
de la République française et notre Odjak, dont l'union est ameniez
par les liens les plus forts, j'ai reçu avec la plus grande satisfaction
votre lettre amicale par laquelle j'apprends avec plaisir l'heureux éla(
de vos santés. J y ai vu aussi avec satisfaction que, pour le bien da
commerce des négociants français qui résident auprès de notre Oiljat.
et également pour faciliter le cours des affaires qui peuvent nailn'
entre nos deux Puissances, et pour les terminer avec toute l'amitié et
prudence qu'elles exigent, et par un effet de cette même amitié iflcom-
',1797] AVEC LA COUR DE FRANCE 329
parable, j'ai vu, dis-je, avec joie que vous avez k cet effet rétabli ici
le citoyen Devoize en qualité de Consul, lequel avait ci-devant essuyé
bien des désagréments ^ Je Tai informé que, pendant son absence, le
citoyen Herculais est venu me trouver et a voulu me persuader que
le citoyen Devoize, mon ami, avait écrit à l'ambassadeur de France
à la Porte Ottomane contre notre Od^ak, et lui avait mandé de faire
échouer les affaires dont j'avais chargé mon agent extraordinaire
auprès du Grand Seigneur, et que votre Envoyé m'ajouta qu'il en
avait informé la République.
Je dois vous assurer que c'est une pure calomnie de la part de votre
Envoyé, laquelle est dénuée de fondementet dont j'ai été bien informé.
Vous saurez au contraire que le citoyen Devoize, notre ami, a toujours
parlé et écrit avantageusement de notre 04jak, et que tout ce qu'il a
dit et fait est aussi clair que la lumière du soleil en plein midi. Il a
toujours traité ici les affaires entre nos deux Puissances avec toute Tin*
tégrité et la prudence possible; j'ai toujours été témoin du zèle avec
lequel il a soutenu toutes les affaires des négociants jusques aux plus
petites. L'Envoyé a cherché injustement à le détruire et a écrit à
l'opposé de ce qu'il devait faire, et cela lui a donné des soucis et des
peines.
C'est en ami que je vous fais ce détail, afin que vous n'ajoutiez
aucune foi à tout ce que l'on aura pu vous dire du citoyen Devoize,
mon ami; et je me flatte que la présente amicale, vous parvenant avec
laide du Tout-Puissant, elle justifiera pleinement auprès de vous le
citoyen Devoize, notre ami. »
{Sceau) {Affaires étrangères, C** de Tunis,)
HERCULAIS A TALLEYRAND.
647. — Milariy i4 novembre i797 {24 brumaire an VI), — Nou-
velles protestations au sujet de sa destitution et des calomnies que
l'on a débitées contre lui au Ministère des relations extérieures.
Il se rend à. Paris pour présenter sa justiflcation et regrette que, privé
d'une partie de ses papiers, il lui soit diTficile de rédiger un rapport
aussi détaillé qu'il l'aurait désiré sur sa conduite en Barbarie, et sur ce
pays qu'il a parcouru en tous sens pendant trois ans.
(Affaires étrangères, C^' de Tunis,)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
648. — Tunis, il novembre 1797 {27 brumaire an VI). — Il a
notifié au Bey que la nouvelle République de Venise démocratisée se
1. Voy. plus haut, p. 322 et 323.
330 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS ITK
trouvait aujourd'hui sous la protection immédiate de la France. ?:
il lui a annoncé Tenvoi prochain d'un négociateur chargé de reDooTelrr
les traités et de faire droit à d'anciennes réclamations. « J ai rempl
ma mission et, si elle n'a pas eu le succès que je m*en promettais, cV.
qu'il a été contrarié par la lettre même de la Municipalité, qui deu
n'en pas écrire ou la rédiger dans un meilleur sens, et surtout la oa-
muniquer au citoyen Lallement', qui parait n'avoir pas été codso!!-
car les mêmes observations que j'ai faites ne lui auraient pas échappa
et il en aurait prévenu les inconvénients. Il résulte de cette omissio:
que je n'ai pu persister dans mes représentations au Bey sur le parL
qu'il paraît qu'il avait pris secrètement, depuis quelque temps, é*-
déclarer la guerre à la nouvelle République de Venise, et qu'il n'a pa'
voulu reconnaître ma compétence pour traiter de ses intérêts, quli
voulu pour sa convenance considérer comme confiés à l'ancien Codse:
de Venise *, porteur de la lettre de la Municipalité '. Heureusement cetlf
1. Jean-Baptiste Lallement, chancelier du Consulat de France à Baffusede iZ*
à 1763, a Naples de 1763 à 1774, Consul à Messine de 1774 à 1792, CodsuI géo^rsl
à Naples de 1792 à 1793, Ministre plénipotentiaire à Venise de 1794 à 1797. miiefl
disponibilité en 1797.
2. Augustin Gorgoglione, précédemment signalé avec Mendrici, son chaoceki.
frère du médecin du Bey, comme hostile à la colonie française à Tunis.
3. La Municipalité provisoire de Venise à Hamouda, Bet/ de Tunis. — Vtr»,
f août /797 (// thermidor an K), an /" de la liberté de Vltalie. — • Le ciloja
Augustin Gorgoglione, qui ya reprendre ses fonctions consulaires près de ^
Régence, notre amie, nous procure Tagréable occasion de pouvoir annoncer ii
Votre Seigneurie Theureux changement qui vient de s'opérer dans notre gouver-
nement par l'œuvre de Tinvincible République française, bien certains que Voir?
Seigneurie voudra continuer à manifester dans tous les cas et même pour ra^tci:
les sentiments de bienveillance et d'aiïection que notre nation a éprouvées jus^^
présent de votre cœur généreux, en maintenant dans toute leur vigueur toos b
articles stipulés dans le traité de paix. Nous serons toujours empressés de îO(k
donner des preuves non équivoques de notre vif désir d'entretenir riolelligfn^
)a plus amicale et la plu» franche avec votre illustre pays, où les rares qoalii>;
dont vous êtes doué ne nous permettent pas de douter que les affaires de n»
nationaux ne jouissent de toute faveur et prédilection en tout temps.
Veuille la Providence seconder nos vœux en accordant à Votre Seigneurie m
longue série d'années et la vie la plus heureuse. «
Annexe I. — Lallement à Devoize. — Venise, S7 septembre 1797 (6 vendmiain
an VI). — « La République de Venise est aujourd'hui sous la protection de la France--
La Municipalité de Venise réclame son assistance pour obtenir du Bey de Tunis qu'î^
veuille bien ajourner ses résolutions jusqu'au moment où le gouvememenl poam
lui envoyer un agent, chargé de renouveler les traités et de terminer à sa satir
faction les diflTérends qui peuvent avoir eu lieu sous le règne de l'aristocratie. I^
Bey se plaignait surtoutqu'un de ses corsaires avait été brûlé dans le golfe de Vepise
par une frégate vénitienne. L'cx-amiral Condulmer lui avait promis de justifier
que c'était par un armement de Naples, et le Directoire, lorsqu'il sera etâWi-
s'empressera de lui adresser les documents authentiques qu'on a recueillis i ce
sujet.
Veuillez donc, citoyen, faire connaître au Bey ces dispositions et lui expliquer
les circonstances qui ont empêché Texécution des promesses de Condulmer. U
gouvernement provisoire attend de vos bons offices à cet égard la eonlinoâUm
[1797] AVEC LA COUR DE FRANCE 331
guerre ne peut fournir un grand aliment à la cupidité du Bey, les
Vénitiens ayant presque tous desarmé leurs bâtiments depuis leur
guerre avec Alger.
Pour que je puisse, citoyen Ministre, servir efficacement les intérêts
de la nouvelle République, il est essentiel que vous m'autorisiez à
m*expliquer au nom du Gouvernement français, efque le Bey sache par
la Municipalité elle-même que Tagent vénitien se trouve ici sous les
auspices du Consul de France. » (Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
649. — Tunisy 20 novembre il 91 {30 brumaire an VI), — « Des
Corses languissaient depuis plusieurs années à Tunis dans Tesclavage,
au nombre de treize. Plusieurs avaient été arrêtés avec pavillon sarde,
d'autres sans passeport ni patente, sur des bâtiments de nation ennemie
de la Régence, ce qui, aux termes de notre traité, les constituait de
bonne prise. Plusieurs ont été enlevés, lorsque la Corse était occupée
par les Anglais qui les ont en vain réclamés. En arrivant, j'ai appris
que le général Bonaparte avait fait mettre en liberté huit Tunisiens
esclaves à Livourne, et qu'il les avait renvoyés au Bey. Le citoyen
Beaussier, mon prédécesseur, m'a communiqué la copie d'une lettre
que ce Prince a écrite à ce général', moins pour lui adresser un remer-
ciement, d'ailleurs assez sec, que pour Tinviter à pratiquer & l'avenir la
même générosité envers ses sujets qui auraient le malheur de tomber
esclaves dans quelque port d'Italie. Cette conduite et surtout la pré-
teution du Bey m'ont paru extraordinaires en même temps qu'il rete-
nait des Corses en esclavage. C'est dans la vue de détruire la mauvaise
impression que la lettre du Bey a pu produire sur l'esprit du général
Bonaparte, qui a dû compter sur la réciprocité de procédé de sa part,
que je me suis permis de l'informer que j'avais décidé ce souverain à
l'exercer par Taffranchissement de tous les Corses. Le premier ministre
du Bey s'est empressé de son côté de donner la liberté à une jeune
fille corse, qui se trouvait parmi les esclaves attachés au service de la
princesse sa femme.
Je joins ici une liste nominative de tous ces Corses. Je les ferai embar-
(lo. la paix avec celte Régence, et il m'invite à vous les demander et à vous assurer
d'&vance de toute sa gratitude. »
Annexe IL — Devoize à iMllement. — Tunis, /7 novembre 1797 (i7 bf^maire an VI). —
• Le Bey a déclaré ne vouloir traiter des alTaires de la République de Venise qu'avec
son Consul, le sieur Gorgoglione; mais ce Prince, après avoir dit au dit Consul des
choses fort dures, a fait abattre le mât du pavillon vénitien, ce qui équivaut à une
déclaration de guerre. ■ (Affaires étrangères, C*'* de Tunis,)
J. Voy. p. 326.
332 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS IT!''
quer sur le premier bâtiment destiné pour un des porls de FraDce*
d'Italie... »
DEYOIZB AU GÉNÉRAL BONAPARTE.
660. — Tunis y .20 novembre i 7 97 {30 brumaire an VI). — « Centre
En arrivant ici, j'ai été informé qu*en passant à Livourne, vousyaw
brisé les fers de huit esclaves tunisiens et que vous les aviez remi..
à leur patrie. J'ai eu connaissance en même temps de la copie do:
simple lettre de remerciement que le Bey vous a écrite à cette occasi>.
et qui vous a été transmise par mon prédécesseur. Je n'ai pu m'tz-
pêcher de témoigner k ce souverain qu'il ne devait pas se LorneT^
une démonstration stérile de gratitude, lorsqu'il pouvait exercer à s::
tour Tacte humain et généreux dont vous lui aviez donné un si ï-
exemple. J'y ai intéressé sa gloire; la réciprocité se présentait natiirtr
lement dans Taffranchissement longtemps en vain sollicité des Corys
captifs dans ses États ; il m'est bien doux de vous apprendre, citoyra
général, que tous, au nombre de treize, viennent d'être rendus à h
liberté, et que Tunis ne comptera plus parmi ses esclaves des comp
triotes du héros qui l'a si bien servie ^ »
{Affaires étrangères^ C^ de Tunis,)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
651. — 7 unis, 6 décembre 1797 {16 frimaire an VI). — « L'équi-
page et les passagers du brigantin Les Gracieuses JumelUSy portant
pavillon vénitien avec passeport de la Municipalité provisoire de Corfou.
viennent d'être conduits à. Tunis par un corsaire de la Régence, qulb
a surpris dans le golfe adriatique.
Ces infortunés, au nombre de treize, m'ont fait parvenir une relali*jfi
de cet événement. Leur passeport était visé par un général etuncoosOi
français, ce qui m'a permis de présenter ma réclamation.
Le Bey m'a répondu qu'il n'avait cherché dans la prise de quelques
bâtiments vénitiens que la garantie des engagements contractés eavers
lui par l'ancien gouvernement et qui n'avaient pas été remplis. Je im
ai rappelé que je lui avais annoncé l'envoi prochain d'un comraissairf
de la nouvelle République, dès que son gouvernement serait organise:
mais il a objecté que la Municipalité provisoire n'en faisait aucûD?^
mention, ni de la protection du gouvernement français, dans la lettre
qu'elle lui avait écrite.
Il est bien essentiel que les Consuls de Barbarie soient informés au
plus tôt des lignes de démarcation qui seront tracées dans les paj^
1. Ci -joint la lisle nominalive de treize Corses affranchis.
117971 AVEC LA COUR DE FRANCE 333
[conquis en Italie, des contrées qui deviendront partie intégrante des
£tats de la République française ou auront droit à sa protection. Ces
chiangemenls sont d'une importance qui vous paraîtra peut-être mériter
«liiMls soient notifiés aux Régences par une lettre du Directoire... Je
ne ralentirai pas un instant mes démarches que je n'aie obtenu la
liberté de ces Vénitiens et la restitution du bâtiment avec sa cargaison,
pour peu que les titres dont ils sont munis me donnent jour à les
réclamer. C'est surtout en Barbarie, citoyen Ministre, que les Italiens
régénérés sous les auspices de la République française se ressen-
tiront plus particulièrement du bienfait de son influence et de sa
grandeur.
Le Bey avait fait arrêter tous les bâtiments vénitiens qui se trou-
vaient dans les ports de la côte, et les équipages avaient été conduits
h Tunis; ils viennent d'être relâchés. Voilà un commencement de jus-
lice envers cette nation... » {Affaires élrangèresy C**» de Tunis.)
HAMOUDA, BEY DE TUNIS,
AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
652. — Tunis, 8 décembre i 797 {18 frimaire an Vf). — « Mes très
chers, très sincères et très respectueux amis, les Directeurs de la Répu-
blique française.
Après vous avoir prié d'agréer les vœux que je fais pour votre pros-
périté, j'ai rhonneur de vous informer amicalement que les sentiments
d'estime et d'affection que je vous porte me font prendre le plus vif
intérêt à vos succès, et m'engagent à saisir toutes les occasions qui se
présentent de vous donner des preuves de ma confiance. Il s'en offre
une aujourd'hui qui m'engage à vous écrire cette lettre amicale.
Un des négociants de cette Régence, résidant maintenant en France
pour des affaires de commerce, Molla Osman, natif de Morée, a porté
ci-devant à Toulon un chargement de blé qu'il a vendu pour le compte
de la République au commissaire de cet arsenal. Une partie du prix de
ce blé lui a été payée, et le restant lui est encore dû, ce qui le met dans
la nécessité de prolonger en France un séjour non seulement infruc-
tueux, mais même ruineux pour lui. La nature du commerce de ces
négociants pacotilleurs exige que leurs spéculations soient promptement
réalisées, afin qu'avec les mêmes fonds ils puissent entreprendre une
autre expédition, et par là les deux Ëtats trouvent aussi d'utiles résul-
tats. Cette vérité, que vous devez sentir aussi bien que moi, vous enga-
gera sans doute à donner vos soins pour que le restant du prix de ce
chargement soit payé le plus tôt possible, soit que la République soit
débitrice, soit que ce soit le commissaire de l'arsenal de Toulon; et je
334 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1797]
me flatte que Tintérétque je vous témoigne en faveur du susdit Osman
sera un nouveau motifpour vous d'accélérer la conclusion de son affaire.
Je prends la liberté de le recommander très particulièrement à votre
protection dans toutes les occasions où il sera dans le cas d y recourir.
A la réception de cette lettre amicale, j'espère donc que lorsque vous
aurez pris connaissance de Tobjet dont il est question, vous voudrez
bien prendre des dispositions pour faire payer ce qui reste dû du prix
de ce chargement de blé, et sur toutes choses me conserver précieuse-
ment une part dans votre affection. »
(Sceau) {Affaires éirangèree, C** de Tunis,)
MUSTAPHA-KHODJA A TALLEYRAND.
653. — Tunis, 9 décembre 1797 (19 frimaire an VI), — « Notre
très cher et très respectable ami, le Ministre de la République fran-
çaise, — que sa fin soit heureuse! —
Je prends la liberté de vous informer qu'un homme particulièrement
attaché à mon service, MoUa Osman, l'exemple de ses égaux, ayant
fait ici avec mes propres fonds un chargement de blé destiné pour la
France, Ta vendu pour le compte de la République. Mais attendu que,
depuis près de deux ans, il n'a pu encore parvenir à, retirer le prix de
cette vente, pour faire lui-même honneur k ses engagements, j'ai la
confiance de m'adresser à vous amicalement pour vous faire connaître
l'intérêt que j'ai dans cette affaire, et pour vous prier d'interposer vos
bons offices pour que le susdit Molla Osman puisse retirer le plus tôt
possible de la République le montant de ce chargement. Je me flatte,
mon très cher ami et très respectable Ministre, que vous voudrez
bien donner quelques soins à l'objet que je vous recommande. Je vous
demande la continuation de votre amitié. »
{Affairée étrangères, C*** de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
654. — Tunis, 20 décembre 1797 (30 frimaire an VI), — « Votre
prédécesseur m'a fait communiquer dans le temps une lettre écrite de
Naples par le citoyen Herculais *. C'est une apologie de sa conduite poli-
tique en Barbarie, et une nouvelle édition de ses calomnies contre mon
collègue, le citoyen Beaussier, et moi. J'avais pris copie seulement des
paragraphes qui nous concernaient, mais sans intention d'y répondre ;
je m'en croyais dispensé parce que, cet ex-Envoyé démasqué et bien
connu aujourd'hui du Gouvernement qui venait d'en faire justice, ses
rapports ne pouvaient plus en surprendre la confiance; mais je viens
1. Voy. p. 320.
[1797] AVEC LA COUR DE FRANCE 335
d'apprendre qu'après avoir erré pendant quatre mois en Italie, sitôt
qu'il a été informé de mon arrivée à Tunis, il s'était décidé tout à coup
à, Gêues de partir pour Paris. Je n'ai malheureusement que trop éprouvé
combien il est actif dans sa haine, ingénieux à faire jouer toutes sortes
de ressorts, surtout à se faire appuyer par des personnes de mérite et
en crédit qui, s'en tenant aux formes, n'ont eu aucun intérêt de cher-
cher à approfondir le sujet; j'ai pensé qu'il pourrait peut-être, citoyen
Ministre, vous jeter dans quelques incertitudes. C'est pour les fixer
toutes radicalement que j'ai pris le parti d'émarger mes réponses à côté
des dernières accusations qui ne sont, au surplus, que les anciennes
renouvelées avec des variations, genre dans lequel excelle le citoyen
Herculais. J'ai l'honneur de vous adresser ces réponses ^ »
{Affaires étrangères^ C*'* de Tunis.)
DE SAIZIEU À TALLEYRAND.
655. — Sisteron, 25 décembre i797 {5 nivôse an VI). — Envoi
d'un projet d'envahissement et de colonisation du nord de l'Afrique,
par de Saizieu, ancien Consul général à Tunis'.
[Affaires étrangères, C'*» de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
656. — Pam, 29 décembre 1797 [9 nivôse an VI). — Il a reçu les
lettres dans lesquelles Devoize lui a fait part de son arrivée à Tunis, de
son installation et de l'entrevue particulière qu'il a eue avec le Bey.
«.J'y ai vu avec plaisir le bon accueil que vous avez reçu de ce Prince
et les marques d'intérêt qu'il vous a témoignées. Je compte sur vos
soins à l'entretenir dans ses dispositions favorables, et à les faire tourner
à. l'avantage du service de la République comme à celui de nos natio-
naux sur votre Echelle.
Votre seconde dépêche renfermait la réponse du Bey à votre lettre de
créance, ainsi que les copies des pièces qui ont été l'objet des insinua-
tions faites contre vous à ce Prince par le citoyen Herculais, avant son
départ de Tunis. Les motifs d'après lesquels vous avez agi à cette
époque ne peuvent qu'être approuvés, et je ferai usage, s'il y a lieu^
des renseignements que vous me donnez à cet égard. »
(Affaires étrangères, C*'* de Tunù.)
1. Voy. Examen sommaire de la conduite du citoyen Devoize (Archives nationales^
A F ni, SO). — Voy. aussi les lettres de Devoize au citoyen Boulouvard, chef du
bureau des Consulats au Ministère des AlTaires étrangères, des 30 décembre 1797,
8 mars, 15 mai et 13 août 1798, remplies de piquants détails sur l'afTaire Devoize-
Herculais (Affaires étrangères^ C* de Tunis),
2. 11 propose au Ministre d'envoyer 10,000 hommes en Tunisie et de s'emparer
par terre de La Goulette, « qui ne résisterait pas trois jours », pour en faire un
établissement militaire de premier ordre.
336 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DBS CONSULS Tif,
TALLBYRAND A DEYOIZB.
657. — Paris^ 29 décembre 1797 (.9 nivôse an VI). — On le prie i-
vérifier les allégations portées par le citoyen Delon contre Étlem
Famin, régisseur de la maison de commerce Samatan, de Marseille, ç:i
ramener, s'il est possible, aux actes de justice que cette maison est^i
droit d'attendre de lui.
{Affaiits étrangères^ (?■* de Tunis.)
DBVOIZE A TALLEYRAND.
668. — Twnw, SI décembre 1797 {11 nivôse an VI), — « ClUt}-:
Ministre, Le 6 de ce mois, il est arrivé trois frégates, La Sérieuse, Lai-
iice, LArthémise\ la première est de retour de Constantinople oùe]>
conduit le Consul général de Valachie et Tépouse du général Âui'^:
du Bayet ^ Les deux autres ont été expédiées de Corfou par le cooirr-
amiral Brueys ', avec vingt matelots maures qui forment Téquipage d •in
reprise vénitienne. J'ai l'honneur de vous adresser la copie de laMl.*^
que ce contre-amiral m'a écrite à cette occasion ', et par laquelle il œ is
1. Jean-Baplisle-Annibal Aubert du Bayet fit la campagne d'Amérique a^e
Lafayetle, devint Président deTAssemblée législative, et fut nommé général Aft\
sion & Tarmée du Rhin. Général en chef de Tarmée de Vendée sous laCooTeoi '
il fut Ministre de la guerre sous le Directoire, puis ambassadeur à CoosiaLV
Dople, où il mourut en 1197.
2. François-Paul chevalier Brueys d'Aigalliers, volontaire en 1756, g&nle è b
marine en 1768, enseigne en 1777, lieutenant en 1780, chevalier de Saint-L> -
en 1783, capitaine en 1792, destitué comme noble en 1793, réintégré eni795.cv
de division en 1796, contre-amiral en 1797, vice-amiral en 1798 el commiDdc*
des forces navales destinées \ l'expédition d'Egypte. Il eut les deux jambes entier-
tées par un boulet sur le vaisseau -ami rai dans la baie d'Aboukir.
3. Le contre-amiral Brueys, commandant tes forces navales de la MêdUerran», "
Devoize. — Corfou, à bord du Guillaume Telt^ 31 décembre 1797 {H nivôse an H -
- Depuis quelque temps des corsaires barharesques sous pavillon tunisien db'-ï'-
ces contrées, courent sur tous les bâtiments, et arrêtent indistinctement des i:(r<
de toutes nations, même les Turcs. Dernièrement un de ces corsaires a amêtr r
bàtiment vénitien, parti de Corfou, allant à Venise avec une cargaison d'h nk
ayant plusieurs passagers, et muni d'un passeport du général Gentili, commiodir
de ces ties. Le Turc, capitaine de cette prise, ne connaissant vraisemblablemer.c
carte, ni boussole, est venu dans le canal de Corfou, ne sachant oii il eiaiu ■'
frégate La Justice, venant au mouillage, a rencontré ce bâtiment sans paTJIIonJ?
accosté et a trouvé à bord une vingtaine de Barharesques qui lui ont dit qu'il? *^
savaient où ils étaient, ni quelle roule faire. La frégate les a conduits ici, oùa^a;]
interrogé le Turc capitaine de cette prise, j'ai appris que le corsaire capteur e»
tunisien, que le commandant l'avait embarqué sur cette prise pour le conduiM
Tunis et que, ne sachant quelle route faire, le hasard l'avait conduit iclTai'^
rendre le bàlimeut aux propriétaires, mais je n'ai pu consoler les citoyens de ce:
Ile, qui sont dan^ la désolation de la perte de leurs parents embarqués coDOir
passagers pour aller à Venise, parmi lesquels il y avait des femmes et des enfaQ*^-
on a trouvé beaucoup de sang dans la chambre du bâtiment, ce qui faitcraintr^
que plusieurs n'aient été massacrés. La frégate La Justice ayant fini les rèpanti^<^'
les plus indispensables pour reprendre la mer, je l'envoie à Tunis pour que ^'^c-
préveniez le Bey de la manière dont se conduisent ses corsaires, et j'ai tout l'fi
de croire qu'il prendra les moyens les plus prompts pour arrêter un par>"
désordre, ainsi que pour faire conduire ici l'équipage et les passagers du bàlint^"'
[^797] AVEC LA COUR DE FRANGE 337
vile à faire la réclamation que je poursuivais depuis quelque tertips des
trente Vénitiens formant Téquipage ou passagers sur ce bâtiment.
Après avoir fait rendre au pavillon de la République tous les honneurs
qui lui sont dus, j'ai engagé les trois commandants à se rendre à Tunis,
pour aller ensuite ensemble chez le Bey. Le citoyen Villeneuve *, qui
commande la division des deux frégates venues de Corfou, m'ayant
écrit de son bord qu'il avait ordre de ne laisser débarquer les vingt
Tunisiens qu'après que les trente Vénitiens lui auraient été remis,
j*avais insinué au Bey cette condition, qu'il avait trouvée très dure,
mais qui paraissait le mettre en considération, parce qu'il sentait le
mauvais effet que produirait à Tunis l'abandon de vingt de ses sujets
sacrifiés à l'appât de ce qu'il espérait retirer de la rançon des Véni-
tiens.
Avant de nous rendre chez le Bey, nous nous concertâmes avec les
trois commandants; je les mis au fait du caractère de ce Prince. Ce
souverain parut d'abord choqué de la défiance qu'on lui témoignait en
exigeant un nantissement préalable dans la proposition d'une espèce
d^ échange. Le commandant lui dit qu'il tenait ses ordres du général,
qu'il ne pouvait pas les modifier, mais qu'il était prêt à laisser débar-
quer ses sujets s'il lui promettait de mettre ensuite en liberté les Véni-
tiens. Le Bey répondit : — « Renvoyez-les à terre, et je verrai ce que
j^aurai à faire. » — Je lui dis que je n'avais pas oublié que, dans une
semblable circonstance, un amiral anglais trop facile lui avait remis un
certain nombre de ses sujets sans avoir pu obtenir après des Corses qu'il
pris contre les droits des gens, puisqu'il n'est point en guerre avec les Vénitiens;
que d'ailleurs depuis l'entrée des Français dans Venise cette nation était restée
sous notre protection, et qu'enfin ce bâtiment, muni d'un passeport du général
français, aurait dû être respecté par les Tunisiens. Je vous prie de lui déclarer, en
outre, que les ites vénitiennes de Corfou, Zaute, Céphalonie, Sainte-Maure, etc.,
ayant resté aux Français par le traité de paix fait avec TEmpereur, je ne souiTrirai
point qu'aucun bâtiment barbaresque vienne faire la course dans le golfe adria-
lique, et que j'arrêterai désormais tous ceux que j'y rencontrera^. Je lui renvoie
par la frégate La Justice les Tunisiens trouvés sur la prise vénitienne, quoiqu'ils
eussent mérité par leur conduite d'être traités comme des forbans; cette manière
d'agir do ma part doit lui dicter ce qu'il a à faire pour réparer autant qu'il sera en
son pouvoir les pertes qu'ont occasionnées ses corsaires à une nation avec laquelle
il n'était point en guerre, et qui se trouvait d'ailleurs dans ce temps sous la pro-
tection de la France.
Je n'ai dans ce moment que deux frégates qui sont continuellement en course.
Je vous prie de ne retenir La Justice que le temps absolument indispensable, aBn
qu'elle puisse être de retour le plus tôt possible. »
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
1. Pierre-Charles-Jean-Baptiste-Sylvestre Villeneuve, garde de la marine en 1718,
capitaine de vaisseau en 1793, chef de division puis contre-amiral en 1796, vice-
amiral en 1804.
Il eut la responsabilité du désastre de Trafalgar, en octobre 1803, et, ne pouvant
souffrir que l'on discutât son honneur, il se tua, à coups de couteau, en avril 1806.
22
338 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES COlfSULS IT
était venu réclamer. Ils'est fait présenter les eicpédilioos tronvéesàbon
du Vénitien ; nous les avons examinées et trouvées telles que je Tm
Tai annoncé; les commandants n*ont pu en contester rirrégularilé.t
effet, il était tout simple, puisque Gorfou nous appartenait, que lete^*
ment équipé par des sujets devenus Français fût muni du pavilloD k
la République et non pas d'un passeport et d'un pavillon véoilieur
Après avoir débattu la question de l'immunité du golfe adriattqae(b^
lequel nous avons remplacé les Vénitiens, le Bey s>st obstiné à ^
pas vouloir les reconnaître sur une notification indirecte, mais il n
probable que, lorsque je serai en mesure de lui faire connaître officie:
lement le traité de paix conclu avec TEmpereur, il mettra en libtr^
tous les sujets des îles vénitiennes qui ont passé sous la domination d^
la République et qui se trouvent esclaves dans ses Ëtats depiti
Tépoque de la signature du traité. Le Bey me Ta fait espérer asseï
clairement. Je n*ai mis dans aucune réclamation plus d'intérêt et (^
cbaleur pour tàcber de la faire réussir ; notre existence politique es
Italie l'exigeait. J'ai aussi senti la nécessité de prévenir la fkà^n
impression que fera sur les habitants de Corfou le retour des deux fr^
gâtes sans avoir rempli le but de leur mission. Mon opinion était ^
les Tunisiens v fussent ramenés comme une consolation à donner au
parents des malheureux esclaves restés à Tunis et une preave dr
efforts inutiles pour les retirer; mais le citoyen Villeneuve m'aditqi^e
son intention était de ne pas les garder à son bord. J'aurais désir^
qu'il me l'eût annoncé dans le principe ; nous aurions pris une aulr^
marche, au lieu que par ce changement de disposition j'ai été obh^
de dire au Bey que j'avais pris sur ma responsabilité d'engaf^r c;
commandant à faire mettre les Maures à terre; ce qui a été exécuté hier
et aujourd'hui je les ai présentés k ce Prince, qui a encore diseste
longtemps avec moi sur les motifs qu'il avait de retenir les Vénitieûs.
Le Bey a un caractère extrêmement tenace: il vient de le faire encore
mieux connaître dans un cas à peu près semblable. Un commissaire
(Isaac-Bey) est venu réclamer d'ordre de la Porte le Prince napolilais
Paterno, pris par un corsaire tunisien sur un bâtiment grec avec pa*
ottoman. La menace du Capitan-pacha de se concerter avec le Dey
d'Alger et venir lui-même en personne à la tête d'une escadre napa
même adoucir la condition que le Bey avait mise k raffraDchisseœeBl
de ce Prince, qui n'a pu obtenir sa liberté que moyennant la somiw
énorme de 2,600,000 livres. Il n'y a eu aucune réparation de riosullf
faite au pavillon du Grand Seigneur. Le capitaine du bâtiment pns(^'^
l'équipage, tous Grecs sijgets du Grand Seigneur, sont restés esclaves
L1798J AVEC LA COUR DE FRANCE 339
Parmi ces derniers se trouvent six Céphaloniotes que j'ai réclamés
inutilement, parce qu'ils ont été pris à une époque bien antérieure au
traité de paix *. » (Affaires étrangères, C»** de Tunis.)
DEYOIZB A TALLEYRAND.
669. — TVinM, i^'' janvier 1 798 (12 nivôse an VI). — « Le comman-
dant de la division devait appareiller aujourd'hui, le désespoir dans le
ccBur de n'avoir pas atteint le but de sa mission dont le succès devait
avoir une inQuence si importante sur l'opinion et l'existence des Ita-
liens régénérés. Profondément affecté moi-même des suites funestes
que pouvait avoir la résistance du Bey sur nos intérêts politiques et
commerciaux dans les nouvelles contrées réunies à la France, je me
suis dit : il ne faut pas qu'elles aient à regretter le joug du régime
aristocratique; j'ai fait une dernière tentative; j'ai engagé le citoyen
Villeneuve à écrire au Bey la note suivante :
« A son retour de votre palais, le Consul de la République m'a
« témoigné que vous désiriez que je rendisse à l'un de vos armateurs un
» brick espagnol, et je l'ai rendu. Je pars, mais étonné que vous ayez
« pu croire qu'un général français m ait donné pour mission de vous
« présenter une réclamation qui n'était pas fondée; je pars plus étonné
« encore et désespéré de laisser des Français dans les fers, au milieu
« des États et sous les yeux d'un souverain qui s'est constamment
« montré ami de la République. Parmi ces Français se trouvent des
« vieillards de soixante-dix à quatre-vingts ans, des femmes, des
« enflants. »
Le citoyen Adanson s'est très bien acquitté de la traduction de cette
note; j'ai jugé à propos de la porter moi-même au Bey à son lever, sous
le prétexte d'une autre affaire. Je me suis aperçu qu'elle lui a fait une
vive impression ; j'en ai profité pour lui peindre sous les couleurs les
plus fortes le désordre qu'allait répandre dans Gorfou le retour des
frégates sans y présenter les infortunés qu'elles étaient venues réclamer ;
les vengeances terribles qui, malgré la surveillance du gouvernement,
pourraient être exercées par les habitants sur les corsaires qui vien-
draient k relâcher ou à être pris; je lui ai dit qu'il ne pouvait avoir une
plus belle occasion de donner à la République une marque de son désir
de mériter toujours sa bienveillance, et qui lui fût plus agréable, que
1. Le traité de Campo-Formio, signé le S6 vendémiaire an VI, reconnaissait à la
France la souveraineté des îles vénitiennes de Gorrou, Céphalonie, Zan te, Saint-Maure,
Gérigo et dépendances. Une circulaire du 23 frimaire an Vl prescrivit aux Consuls
de faire connaître ce traité aux Bey, Dey ou Pacha, et « de faire jouir ces insulaires
de tous les avantages, droits et immunités dont jouissent nos nationaux en
Barbarie ».
340 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DBS CONSULS [\'i%
la mise en liberté des trente individus protégés ou devenas ihs-
çais. J'ai aperçu dans le Bey de telles dispositions que j'ai cro r^
rien hasarder en écrivant au citoyen Villeneuve de se rendre immtiij-
tement au palais du Bey. Ce Prince, qui dans la première aDdiei-^
s'était montré si choqué de ce qu'il avait retenu pendant queiqs^
jours ses sujets à bord et nous avait même quittés assez bnisqnemeil
la accueilli avec les manières les plus affectueuses. Il a repris la qs^
tion ; il s'est attaché à prouver par les époques la légitimité de la pny
de ces Vénitiens; il a consenti à affranchir tous les sujets nés daosk
pays réunis à la France par le traité; le nombre en était petit. -&
m'appartiennent tous, m'a-t-il dit, mais je ne veux pas donner uoedesi-
preuve de mon attachement pour la République française, et, en s adre^
sant au commandant : Je vous les remets tous sans distinction. -
L'audience du Bey était nombreuse ; il s'y est manifesté un mouTema'
de surprise et d'admiration; Le citoyen Villeneuve s'est livré à \isf
grande sensibilité ; elle a été partagée par le Bey même et tous ceuiqi:
étaient présents; il en est résulté une scène très touchaate. J'auraL^
désiré qu'elle eût pour témoins ceux qui dépriment sans pudeur le Bev.
qui ont toujours affecté de méconnaître les marques d'intérêt qui
nous a données, les services qu'il a rendus à la République peodâii:
la révolution ; ils l'ont accusé d'extorsion ; qu'ils sachent donc qaedaB>
moins de deux mois ce Prince a affranchi gratuitement par pure
amitié pour la France quarante-quatre individus dont il avait le droit
d'exiger la rançon.
Le douanier contestait à quelques Zantiotes la jouissance des même»
privilèges que ceux des Français; j*ai obtenu une décision par laquelle
tous les commerçants des pays dltalie réunis à la France ne payeront
à l'avenir que 3 0/0 de droit de douane, au lieu de 5 0/0 qu ils payaient
auparavant. J'ai donné connaissance de cette décision au général de
Corfou avec prière de la faire publier dans l'étendue de son comman-
dement. Des Vénitiens qui tiennent ici à l'ancien gouvernement ont été
consternés de ce succès, et je ne suis pas sans soupçon aujourd'hui qu^
la Municipalité provisoire de Venise, en écrivant au Bey la lettre dont
je vous ai envoyé une copie, n'avait pour but que d'empêcher ce Prinf»*
de reconnaître la protection que lui accordait la République française
et que j'étais chargé par le Ministre de la République à Venise de loi
notifier. J ai été puissamment secondé dans ma négociation par le crédit
et l'appui du Ministre du Bey. Il ne manque plus, citoyen Ministre, i
ma satisfaction que d'obtenir des marques de votre approbation. »
{A/fairet étrangèrtê, C^ de TwUs.)
[1798] AVEC LA COUR DE FRANCE 341
DBYOIZB A TALLEYRAND.
660. — Tunis, 7 janvier 1798 [18 nivôse an VI). — « ... Dans
l'instant môme où le Bey prononça la liberté des trente citoyens de
Corfou, un de ses officiers vint l'avertir que trois esclaves anglo-corses
s'étaient sauvés à bord des frégates de la République, alors mouillés à
La Goulette, à la faveur des cocardes nationales que des matelots de la
Division leur avaient procurées, et qu'ils s'étaient embarqués dans le
canot du commandant. Le Bey ordonna sur-le-champ au chef des
esclaves de retenir trois des Vénitiens qu'il venait d'affranchir jusques
à ce que les trois Corses lui eussent été rendus, à moins, ajouta-t-il,
que le commandant ne donne sa parole de les renvoyer à terre. Le
citoyen Villeneuve la donna, et dans la confiance d'en voir l'exécution,
le Bey fit de suite accompagner les familles de Corfou par un de ses
officiers à bord de la division. Ce qui pourrait justifier le citoyen
Villeneuve, c'est qu'il était prévenu que, sitôt que j'appris que les
Anglais occupaient la Corse, j'avais fait signifier à tous les Corses
qui se trouvaient à cette époque libres ou esclaves à. Tunis que ceux
qui restaient fidèles à la République eussent à en faire leur déclara-
tion dans la chancellerie de France, et que les trois que réclamait le
Bey étaient restés attachés au parti anglais. Le citoyen Villeneuve les
considérait comme indignes de la protection d'un pavillon qu'ils
avaient déserté, puisqu'ils avaient été pris par un corsaire tunisien sur
un bâtiment portant pavillon paoliste à tête de Maure avec passeport
anglais; c'est cette circonstance qui lui fit prendre l'engagement de
les faire débarquer. J'ai su que les équipages des frégates n'avaient pas
été tout à fait de cet avis.
L'officier du Bey est venu lui rapporter que le commandant lui avait
déclaré que, malgré les recherches les plus exactes, il n'avait pu par-
venir à découvrir les trois esclaves. Il était difficile de persuader ce
Prince qu'ils n'étaient pas à bord des armements de la République,
parce qu'ils ne pouvaient pas être ailleurs, et qu'il n'y a aucun capi-
taine marchand qui osât se compromettre en les recevant sur son
bâtiment, où d'ailleurs ils ne seraient pas en sûreté. Je me rendis immé-
diatement auprès du Bey. Je le trouvai fort irrité. Je lui dis que je ne
venais ni lui nier, ni lui avouer que les trois esclaves qu'il réclamait
fussent k bord de la division, puisque je n'avais aucune certitude à cet
éjçard, mais lui rappeler, sans discuter sur les moyens que ces esclaves
avaient pu employer pour s'évader, qu'il suffisait qu'ils fussent par-
venus sous le pavillon de la République pour jouir de sa protection, et
Je lui citai l'article du traité qui porte que le Consul ne sera pas
342 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [\W
responsable des esclaves qui se sauveront à bord des bâtiments d^
guerre. Le Bey m'a répondu qu'il ne prétendait pas me rechercher,
mais s'en prendre au commandant, qui par une promesse qil
n'avait pas remplie Tavait induit à délivrer trois Vénitiens qu'il zm
l'intention de retenir, et qu'il ne permettrait pas qu'il retoum&t à s».*:
bord que les trois esclaves n'eussent été débarqués. J ^attribuai ceU^
menace du Bey au premier mouvement d'un caractère emporté, H
j'avoue que je ne conçus pas l'idée qu'elle pût être sérieuse. J'en f?
part cependant au citoyen Villeneuve, qui avait cru devoir reTenlrâ
Tunis pour se concerter avec moi sur un incident aussi fâcheux, h
apprenant les dispositions du Bey, il se détermina sur-le-champ i
partir pour la Marine dans la vue de s'y embarquer dans un bateaa du
pays pour se rendre à son bord, mais les ordres étaient déjà donoésè
n'en laisser détacher aucune embarcation. Je ne pus aUer que le
lendemain faire mes représentations au Bey sur une mesure violeote
et inouïe employée contre un commandant chargé d*une misàoB
importante, que le moindre retard dans leç circonstances aduelb
pouvait compromettre ainsi que la Division h ses ordres. J ajoutai qoe
j'étais accrédité auprès de lui pour lui rendre raison sur tout ettraos-
mettre ses réclamations au gouvernement; que dans aucun cas il n^
pouvait se faire justice lui-même d'un Français de qui il croirait avoir
à se plaindre; qu'il devait peser dans sa prudence toutes les suites d'oa
acte de violence que le gouvernement verrait d'autant plus de mauvab
œil que, mettant même à part le caractère dont était revêtu le cîtoTeo
Villeneuve, cet acte blessait à la fois et la liberté et la considération
dont tout Français, à ce seul titre, devait jouir dans ses États. Le Bey
réfléchit un instant et me dit d'écrire à Tunis au commandant de se
rendre à son palais.
A la manière dont ce Prince l'accueillit, je compris qu'il voulait
réparer l'écart qu'il avait fait. Il ne s'en plaignit pas moins avec
amertume de la perte de trois esclaves, qu'il accusait les Français à
lui avoir enlevés dans l'instant même où il donnait k la République
la plus grande preuve d'amitié et de désintéressement. Il observa qu^
ces trois esclaves étaient du nombre de ceux dont un amiral anglab
lui était venu proposer le rachat après celui qu'il venait de consommer
à Alger, et dont il avait rejeté l'offre de 1,000 piastres fortes pour la
rançon de chaque individu. En effet, citoyen Ministre, on ne peuts^
refuser à convenir que le Bey, dans cette occasion comme dans hm-
coup d'autres, a prouvé par des prédilections marquées pour le gou-
vernement français qu'il attachait infiniment plus de prix à sa hiea-
[1798J AVEC LA COUR DE FRANCE 343
veillance qu'à tous ses rapports avec les Anglais, puisque dans le
temps où, maîtres de la Corse, ils avaient un si puissant intérêt, pour
s^en attacher les habitants, à leur assurer dans la Barbarie une pro-
tection aussi efficace que celle dont ils jouissaient sous le régime répu-
blicain, il a refusé constamment de consentir à l'affranchissement des
Corses qui ont suivi leur parti, lorsqu'il a accordé sans difficulté la
liberté des Corses restés fidèles à la République. Nous trouvant à peu
près dans la même position à Tégard des îles vénitiennes récemment
réunies à la France, il a encore affranchi trente Français dont il avait
droit d'exiger la rançon, puisqu'ils étaient tombés esclaves avant la
signature du traité de paix avec TEmpereur. Voilà des faits qui parlent
en faveur des sentiments que le Bey professe pour la France; c'est en
rappelant ces dernières marques d'amitié et d'intérêt qu'il a données à
la République qu'il a paru plus vivement affecté de ce que des Français
ont prêté la main à l'évasion de ses esclaves et à l'inexécution de la
promesse qui lui avait été faite de les renvoyer à terre, promesse dans
laquelle il a cru apercevoir l'intention de le tromper. Je n'entrerai pas
dans tous les détails d'une séance qui dura plus de trois heures et dans
laquelle le Bey proposa diverses compensations, toutes inadmissibles.
Il finit par déclarer qu'à l'avenir il ne tolérerait plus l'introduction des
canots des bâtiments de l'Etat dans le lac pour se rendre à Tunis. Cette
décision du Bey va mettre de grandes entraves dans les communica-
tions entre les commandants des bâtiments de guerre et le Consul, et
fera souffrir le service de la République.
Ce malheureux incident est survenu bien mal à propos pour altérer
les dispositions du Bey dans une circonstance où les changements qui
viennent de s'opérer dans les gouvernements d'Italie ont donné lieu à
une foule de réclamations, parmi lesquelles il en est de très majeures
que je suis à la veille de lui présenter. Je n'attends que de voir l'issue
qu'auront mes premières ouvertures pour avoir l'honneur de les mettre
sous vos yeux.
On ne peut, citoyen Ministre, se dissimuler que les plaintes du Bey
sont fondées, ni lui contester le droit qu'il a de prendre les mesures
de précaution qu'il juge nécessaires pour prévenir la fuite de ses
esclaves et empêcher qu'on ne la favorise. Il est notoire qu'il a refusé
1,000 piastres fortes pour chacun de ses esclaves qui se sont sa\ivés à
bord de la Division. Je soumets à votre justice, et comme moyen de
ramener le Bey à ses premières dispositions, d'indemniser ce Prince
de ces 15,000 livres par le don de quelques bijoux de cette valeur.
Vous ne trouverez pas ce sacrifice trop grand en songeant à celui que
344 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [m
le Bey a fait lui-même en affranchissant 43 individus corses ou Téni
tiens, dont la rançon au taux fixé dernièrement à 300 sequinsvénities^
pour chaque, avec un chargement d'huile restitué aux Gorfiotes, évaiiî;
80,0(H) livres, se serait élevée à la somme de 234,000 livres tournois.
Hier en sortant de l'audience du Bey, le citoyen Villeneuve se raKli:
à son bord, o(i je raccompagnai, et dans la nuit la division a remis ak
voile... » {A/faires élrangèrt9y C*' de Tums.)
DEVOIZE A TALLEYRAIID.
661. — 7ttnw, // janvier 17 98 {22 nivôse an VJ). — « CiloTen
Ministre, Le général Gentili, commandant la division du Levant i ,
Corfou *, m'a transmis des pièces juridiques qui constatent la naissajiff
dans nie de Céphalonie de six esclaves. Ces infortunés ont été pris
dans le mois de juillet dernier, sur un bâtiment grec ayant expédi-
tion ottomane. J ai eu Thonneur de vous informer qu'un commissain*
envoyé par la Porte était venu réclamer au Bey de Tunis le bâtiment,
Téquipage et les passagers, au nombre de 55, et demander réparation
de rinsulte faite au pavillon du Grand Seigneur; que ce coInmissai^
(Hait reparti pour Constantinople sans avoir obtenu satisfaction, et
que le prince Paterno, embarqué sur le même bâtiment, d avait pu
sortir d'esclavage qu'en payant â,600,000 livres. Le Bey s est appaje
sur quelque irrégularité dans l'expédition du navire pour retenir les
Grecs, parmi lesquels se trouvent les six Céphaloniotes. Les ministres
du Bey m'ont fait entendre assez clairement qu'ayant étéprisàime
époque bien antérieure à la réunion des iles vénitiennes à la France.
et vu le refus fait à un Envoyé du Grand Seigneur dans la même
affaire traitée solennellement, je ne pouvais guère me flatter d'obtenir
leur liberté autrement que par la voie ordinaire du rachat. Je vous
prie, citoyen Ministre, de m'adressèr vos ordres au sujet de ces malheu-
reux; leurs instances pour sortir de la déplorable situation où 'ûsîi
trouvent sont d'autant plus pressantes qu'ils seront bientôt exposés
dans leurs travaux k tous les dangers de la peste, dont quelques acci-
dents, quoique rares, n'annoncent déjà que trop le terrible retour.
Les xritoyens Deliberti et Gibon se trouvent dans le même cas et vien-
nent d'avoir pour compagnon de leur infortune le citoyen Autran, de
Draguignan (Var), qui, comme eux, avait pris dans sa patente de pas-
sager la qualité de Sicilien. Ils ont craint d'être faits prisonniers et iL<i
n*ont pas pensé qu'ils pouvaient tomber esclaves.
4. Antoine Genlili, général corse, fils d'un compagnon de Paoli, exilé à Londre<
jusqu'en 4789, député de la Corse en 4790, général en 4':96, chargé par Bonaparte
d'acherer la oonquAle de l'Ile, puis d'occuper Corfou en 4797.
[1798] AVEC LA COUR DE FRANGE 346
Quant au Milanais Galiberti et à sa femme, mes justes égards pour la
recommandation du général Masséna', qui s'intéresse à eux, m'ont fait
t^mployer tous les moyens de leur procurer la liberté, mais le sieur
Galiberti les a contrariés lui-même par sa jactance et sa mauvaise con-
duite. 11 s'est annoncé pour un homme qui avait de grands moyens, et
qui ne tarderait pas à recevoir le prix de son rachat. Au lieu de faire
valoir son métier de tailleur, il a préféré satisfaire son goût pour la
dépense en contractant des dettes jusques avec les esclaves. Il a reçu
de mon prédécesseur et de moi des secours bien supérieurs à ceux
qu'on accorde aux autres esclaves. Si je cédais à toutes les demandes
dont il m'accable, il ne mettrait aucunes bornes à ses dépenses et à son
indiscrétion. Il a donné de tels motifs de plaintes au Sahib-tap, à qui
il appartient, qu'il a dû pour sa tranquillité l'éloigner du palais du Bey
et renvoyer dans une de ses maisons de plaisance. J'ai obtenu avec
bien de la peine son retour auprès de sa femme. Au surplus, je pense,
citoyen Ministre, que c'est à. la République cisalpine à s'occuper
aujourd'hui de la liberté de ces deux individus. Je ne continuerai pas
moins de leur être utile et de chercher à adoucir leur situation. Je rem-
plirai tous les devoirs que m'impose le mérite qu'a le citoyen Galiberti
d'avoir été employé au service des armées de la République.
J'ai informé l'ambassadeur de la République à Constantinople du mau-
vais succès de la négociation du commissaire de la Porte, et je l'ai prié,
dans le cas où le Grand Seigneur prendrait quelques mesures hostiles
contre le Bey de Tunis, comme il l'en a menacé, de vouloir bien recom-
mander aux chefs chargés de leur exécution les intérêts de nos établis-
sements sur cette Échelle... » (Affaires étrangères, C**' de Tunis.)
DBVOIZE A TALLEVRAND.
682. — Tunis, iO février i 708 [22 pluviôse an VI). — Il envoie le
texte du serment qu'il a prêté, conformément à la loi du 24 nivôse
an Y, en sa qualité de fonctionnaire public; il y joint celui du chance-
lier Adanson : « Je soussigné. Consul général chargé d'affaires de la
République française près le Bey de Tunis, jure haine à la royauté et
à l'anarchie, jure attachement et fidélité à la République et à la Consti-
tution de l'an III. » (Affaires étrangères, C**» de Titnis.)
TALLEVRAND A DE^'OIZE.
663. — Paris, 27 février 1 798 [9 ventôse an VI). — « Je n'ai pas été
étonné du peu d'impression qu'a produit sur l'esprit du Bey la lettre
l. André Masséna, duc de Rivoli, prince d^ssling, volontaire en 1790, général
en 1793, maréchal de France en 1804, commandant la garde nationale de Paris
en 1813.
346 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [17*]
que lui a fait remettre la Municipalité provisoire de Venise; elle aurait
dû effectivement la rédiger dans un meilleur sens et s^y étayer de
lappui et de la médiation de l'agent de la République française; maL«
je n'ai rien à vous dire de plus sur cette démarche, parce qu'elle ooas
est devenue étrangère d'après les dispositions du traité de paix codcU
à Campo-Formio entre la République et TEmpereur. J'en joins ici m
exemplaire imprimé pour votre instruction.
Quant à l'incertitude dans laquelle vous avez été relativement à U
portion de territoire acquise à la République par ce traité, je pense (pe
la notification officielle que vous avez dû faire au Bey suffira désormais
pour prévenir toute espèce de difficulté de sa part sur ce qui regafde
les habitants de nos nouvelles colonies du Levant.
J*ai appris avec plaisir que vous étiez parvenu à briser les fers de
13 Corses, tous pris, à différentes époques, sur des bâtiments ennemis
de la Régence. Il était bon de faire valoir dans vos démarches auprès
du Bey Tacte de générosité et d'humanité exercé envers 8 de ses sujets
qui lui ont été renvoyés d'Italie par le général Bonaparte. Getait le
meilleur moyen à employer pour obtenir dans cette réclamation un
succès depuis si longtemps désiré et dont je vous sais beaucoup de grt.
Je n'ai pas été moins satisfait d'apprendre la mise en liberté de
l'équipage et des passagers du brigantin vénitien Les Gracieusfs
Jumelles^ formant au total 30 personnes. Les détails circonstanciés
que vous m'avez transmis sur cette affaire, que vous avez suivie de cod-
cert avec le commandant des deux frégates, venues pour cet effet de
Corfou, me prouvent que vous avez déployé dans sa négociatioD tout
le zèle et la chaleur qu'elle exigeait. Japprouve entièrement la coo-
duite que vous avez tenue dans cette circonstance difficile, et elle
mérite d'autant plus d*éloges que le succès complet que vous avez
obtenu ne peut que produire le meilleur effet aux yeux des habitaols
de nos nouvelles colonies du Levant.
J'ai été également satisfait de la décision par laquelle il a été con-
venu que les commerçants de ces fies ne payeront à l'avenir, à rinstar
des Français, que 3 0/0 de douane au lieu de 5 0/0 qu'ils payaient aupara-
vant. Ne négligez rien pour les maintenir dans la jouissance des pri-
vilèges qu*ils ont acquis par leur réunion à la République.... »
{Affaires étrangères, C" de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
684. — Tunis, 4 mars 1 798 {14 ventôse an VI). — Il a obtenu une
indemnité pour un Corse dont le bateau avait été capturé par un cor-
saire tunisien. (Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
\A 798] AVEC LA COUR DE FRANCE 347
TALLEYRAND A HERCULAIS.
665. — Paris, 25 mars i 798 {5 germinal an VI), — Réponse à une
réclamation de lancien Envoyé du Directoire. Les chevaux, juments et
poulains venus de Tunis à Marseille, et que le prédécesseur de Talley-
rand a mis à la disposition du Ministre de Tintérieur depuis Tannée
dernière, n'ont pas été achetés par Herculais, comme il le prétend,
pour compte du gouvernement, mais offerts en présent.
«c Quoi qu'il en soit, vous les aviez envoyés en France pour compfe du
gouvernement. Ce sont là vos propres expressions, et vous aviez telle-
ment entendu Ten avertir que vous aviez passé dans vos comptes un
ajrticle de 20,000 piastres concernant les dépenses de leur transport.
Mon prédécesseur était trop ami de son pays pour laisser échapper
cette occasion de lui être utile, en fournissant au Ministre de Tintérieur
un moyen de perfectionner nos races de chevaux.
Au surplus, cette affaire est entièrement du ressort de ce dernier. Il
ii*est pas en mon pouvoir de vous faire remettre des animaux qui ont
été mis à sa disposition. Je doute qu'il ait cette intention, du moins il
ne me Ta pas manifestée. S'il me consulte k cet égard, je ne lui suggé-
rerai certainement que des vues conformes à la justice et aux intérêts
de la République. » (Affaires étrangAres, C'*» de Tunis.)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
666. — Tunis, 26 mars i798 {6 germinal an VI), — Il vient d'écrire
au Ministre de la marine et des colonies pour l'informer de la relâche
d^une division anglaise et d'une nouvelle piraterie qu'elle a commise
sur la rade de La Goulette, où elle s'est emparée de deux bâtiments
français au mouillage.
Il transmettra incessamment au Ministre la contribution patriotique
des Français qui se trouvent actuellement à Tunis, et qui est destinée
aux frais de la descente en Angleterre.
{Affaires étrangères, C* de Tunis.)
DEYOIZE A TALLEYRAND.
667. — Tunis, 7 avril 1798 {18 germinal an VI). — Les plaintes
du citoyen Delon contre le citoyen Famin ne sont pas fondées. « Le
citoyen Famin s'est attaché depuis plusieurs années au Garde des
sceaux de la Régence, qui est très en faveur et qui l'affectionne. Je fus
envoyé en 1792 par le Gouvernement en qualité de commissaire. Je
m'aperçus que le citoyen Famin avait entravé un instant mes négocia-
tions pour une réclamation qui lui était personnelle. Je lui en fis des
reproches très vifs devant le Bey, et j'en rendis compte au Ministre
Lacoste. Depuis cette époque, le citoyen Famin s'est corrigé; je me
348 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [\M
suis mis, par Testime et la coafiance que j'ai tâché d*iDspirer au Bey et
à son premier Ministre, au-dessus des intrigues qu'on tenterait d'élever
contre moi au Bardo. Lorsque le citoyen Herculais se fut bien cob-
vaincu qu'il ne réussirait pas à altérer les sentiments que ces d<ïai
Princes me portaient, il se jeta du côté du Garde des sceaux, et il eot
besoin des offices du citoyen Famin pour l'introduire et lui ménager
des entrevues avec ce favori, qui ne traitait alors aucune affaire poli-
tique ouvertement. Le citoyen Herculais entretint les liaisons les pk^
intimes avec le citoyen Famin pendant son séjour à Tunis; en partaot
pour Alger, il lui offrit la gestion intérimaire du Consulat, que ses par-
tisans mêmes refusèrent, indignés qu'il en privât l'estimable premier
député, à qui elle revenait de droit, et qu'il fut obligé de confier à ce
Guiraud dont le choix humilia si fort la nation de Tunis.
Les Ministres du Bey ni le Bey lui-même ne peuvent entraver la jorw
diction que le Consul de la République exerce ici sur les Français, et il
n'est pas à ma connaissance que le citoyen Famin ait cherché à s'ap-
puyer de leur faveur pour s'y soustraire, et encore moins de son titre
d'agent des Anglo-Américains dont il n'a pas déployé le caractère, et
qui ne saurait le dispenser de s'acquitter envers ses créanciers, quoi-
qu'il perdit alors la qualité de citoyen français '... »
(Affaires étrcmgéres, C'*» de Tunis.)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
668. — 7 unis, 43 mai 179S {24 floréal an VI). — « Je trouve un
sijget bien puissant d'encouragement, au milieu des épines de cette
place, dans les témoignages d'approbation que vous avez bien vaala
accorder à ma conduite dans quelques négociations que je viens de
terminer. Lorsqu'un agent de la République a la satisfaction de voiries
efforts de son zèle couronnés du succès et qu'il obtient le suffrage d'oB
Ministre éclairé, il ne lui reste plus rien à désirer... »
(A/fait^ étrangères^ C*'* de Tunis.)
UAMOUDA, BEY DE TUNIS,
AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
669. — Tunis, 4 3 mai 4 798 [24 floréal an K/). — « A tous les
grands et chefs qui gouvernent avec prudence et sagesse toutes les
affaires des Français, mes très honorés et sincères amis.
Je vous écris la présente amicale au sujet d'un des négociants de
notre Odjak, nommé iladji Mohammed Mirivi, lequel s'étant ci-devant
rendu pour ses affaires de commerce dans les dépendances de Maroc
■
où il est resté quelque temps, le dit a affrété un bâtiment ragusaL^
1. Voy. plus haut la lettre du 9 nivôse an VI.
[1798] AVEC LA COUR DE FRANGE 349
pour y embarquer les marchandises qu'il avait à Tétouan, pour les
expédier à Livourne, et pour cela il a été obligé de se rendre à Gibraltar,
et au dit lieu il a acheté une partie de sucre. Dans sa traversée de
\h à Livourne, il a été rencontré par un de vos corsaires, lequel lui
a dit : — Vous venez de Gibraltar, ainsi le chargement que vous avez
appartient aux Anglais, — et il s*en est emparé. Le dit négociant est
venu ici pour m'en faire ses représentations. J*ai trouvé que cette
action est contraire à Tamitié qui règne entre nous et contre nos
traités.
Ce bâtiment a été nolisé à Gibraltar, et en est parti avec un charge-
ment appartenant à mon siget négociant. Cette déprédation ayant été
faite sans raison, je serais pareillement dans le droit de m'emparer de
vos bâtiments marchands qui sortiraient des ports de mes ennemis.
Mais pareilles représailles seraient contraires à Tamitié sincère qui
nous unit et aux traités qui existent entre nous.
Gomme pareille chose n'a eu lieu jusqu'à ce jour, et que jamais de
notre part on n'a agi de cette façon, j'ai remis la présente lettre ami-
cale à ce négociant pour qu'après que vous en aurez pris lecture, vous
ordonniez au capteur de rendre généralement tout ce qu'il a pris, et
je me flatte qu'en considération de l'étroite amitié qui règne entre
nous, vous ferez restituer au porteur de la présente tout ce qui lui
a été enlevé. J'en aurai en mon particulier la plus grande joie. »
{Sceau) {Affaires étrangères^ C*'* de Tunis,)
BEAUSSfER A TALLEYRAND.
670. — Tunis, 14 mai 1798 [25 floréal an VI). — « ... Je languis
toujours depuis plus de dix mois que je suis nommé au Consulat de
Tripoli de Barbarie, sans recevoir ma commission et mes lettres de
créance, dont la privation m'enchaîne ici malgré moi, et je me vois
contraint de rester à la charge du Consul Devoize. »
(Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
671. — Tunis, 15 mai 1 798 {26 floréal an VI). — « Le Bey demande
trois pontons qui sont destinés à curer le superbe canal dont des ingé-
nieurs hollandais dirigent depuis trois ans la construction *, et qui doit
s'étendre de La Goulette jusques à la Marine, à travers le lac. Sans
ce travail aussi beau qu'utile, le transport des marchandises de la
rade à Tunis, déjà très diflicile, fût bientôt devenu impraticable. Cette
1. Parmi ces ingénieurs on comptait le sieur Homberg, beau-frère de Nyssen,
Consul de Hollande à Tunis, et descendant du chimiste Guillaume Homberg, premier
raédecin de Louis XIV et membre de TAcadémie des sciences.
3S0 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS i1>
entreprise fait honneur au Bey, et c*esl le plus grand service qQilpât
rendre à la navigation » {Affaires étrangères^ C^ de7mi$:]
DEVOIZB A TALLEYRARD.
672. — TunU, JE juin 1798 {i2 prairial an VI). — « Le 6 de fr
mois est arrivé Taviso La Foudre^ expédié de Toulon par ramiralBrue^f
pour savoir si on avait connaissance à Tunis de Tescadre anglaise dat'
la Méditerranée. Je lui ai répondu que» d'après les informatioDs de toi^
les bÀtiments qui arrivent, surtout des corsaires barbaresques qi
couvrent cette mer, il ne m*était pas parvenu qu'il y eût d'autres a^s^
ments anglais que la division composée du vaissoau Le Léandrt, i^
deux frégates et d'un brick, parti de Tunis le 13 geminal et qai 9(
trouvait en vue d'Alger le 30.
L'amiral Brueys m*a fait part de ses différentes stations, pov ([¥.
je lui fisse parvenir tout ce que je pourrais apprendre de relatif aoi
mouvements de nos ennemis. Le général Bonaparte m'a demaDd^
quelques provisions en moutons et volailles. J'ai fait embarquer sur
l'aviso tout ce dont la capacité du bâtiment a permis au capitaine d^
se charger. Il est parti le 10.
Un courrier extraordinaire a apporté au Bey la nouvelle de la mort
du Dey d'Alger *. Son neveu, le Kaznadyi, lui a succédé paisiblemeoP.
Gomme je n'ai pas de chiffre avec la Marine, je vous prie de vouloir
communiquer cette dépêche au Ministre de ce département.
J'apprends dans l'instant l'arrivée à Alger, le U floréal, du noaTeaa
Consul' et le départ pour Smyrne du citoyen Jeanbon Saint-André'. <
(Affaires étrangères^ C*** de Twm)
DfiVOlZB A TALLEYRARD.
673. — Tunis, 2 juin 1798 {12 prairial an VI). -^ 11 loi rend
compte d'une affaire de prise où s'est trouvé mêlé le général OM,
commandant à Corfou '. {Affaires étrangères^ C* de Tmis.)
LB 6É!f6RAL BONAPARTB A DBVOIZB.
674. — Malte, 15 juin 1 798 {27 prairial an VI). — « Je vous pré-
viens, citoyen Consul, que Tarmée de la République est en possession
depuis deux jours de la ville et des deux tles de Malte. Le pavilioD tri-
colore flotte sur tous les forts.
1. Hassan. Voy. Correspondance des Deys d'Alger avec la Cour de Franteyl^i^
p. 407.
2. Mustapha. Voy. id.^ t. H, (i. 476-
3. Dominique-.Marie Moltedo. Voy. id,^ t. H, p. 472.
4. Voy. id., t. II, p. 453 et suiv.
5. Louis-François-Jean Chabot, sous-lieutenant en 1782, capitaine en 1792,géi)er3i
en 1794, commandant aux lies ioniennes en 17^6, à Tarmée d'Italie en l^Oi»
Catalogne en 1808, retraité en 1815.
[1798] AVEC LA. COUR DE FRANCE 3Si
Vous voudrez bien faire part de la desiructiou de Tordre de Saint-
Jean de Jérusalem et de cette nouvelle possession de la République
au Bey près duquel vous résidez, et lui faire connaître que désor-
mais il doit respecter les Maltais, puisqu'ils se trouvent sujets de la
France.
Je vous prie aussi de lui demander qu'il mette en liberté les diffé-
rents esclaves maltais qu'il aurait dans sa Régence. J'ai donné l'ordre
que l'on mit en liberté plus de 2,000 esclaves barbaresques ou turcs
que l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem tenait aux galères.
Laissez-lui entrevoir que la Puissance qui en trois ou quatre jours
a pris Halte serait dans le cas de le punir, s'il s'écartait un moment des
égards qu'il doit à la République. Salut. »
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis,)
DEVOIZE A TALLBYRAND.
675. — 7u«M, 17 juin 1798 {.29 prairial an VI), — Le 5 prai-
rial trois vaisseaux anglais, dont un à trois ponts battant pavillon
carré au màt d'artimon, ont relâché à la rade de Saint- Pierre.
Une escadre anglaise forte de seize vaisseaux de ligne, aux ordres
de l'amiral Nelson ^ était mouillée dans la même rade de Saint-Pierre
le 16 du môme mois. A cette époque la flotte française louvoyait sur
le cap Carbonnaire au sud de la Sardaigne.
(Affaires étrangères^ C*'* de Tunis,)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
676. — Pam, 17 juin 1798 {29 prairial an VI), — Un corsaire
barbaresque a enlevé une barque génoise qui transportait à Gênes les
effets du citoyen J. Bonaparte, ci-devant ambassadeur de la République
à Rome*. Prière de s'informer si la barque a été conduite dans un
port de la Tunisie. (Affaires étrangères, C*' de Tunis,)
BBAUSSIER A TALLEYRAND.
677. — Tunis^ 25 juin 1798 (7 messidor an VI). — Il a de fortes
raisons de croire que les pièces qu'on doit lui envoyer pour régler sa
situation de Consul à Tripoli se sont de nouveau perdues en route...
Le Bey, cédant à la crainte, vient de livrer au citoyen Devoize tous
les esclaves maltais devenus Français par la prise de Malte, au nombre
de 64, sans attendre l'arrivée des Maures et Turcs de cette Régence qui
1. L'amiral anglais Horace Nelson, tué à Traralgar en 1805.
2. Joseph Bonaparte, frère aîné de Napoléon, fit la campagne d'Italie en 1796;
charge d'organiser la Corse, il fut ensuite Résident à Parme en brumaire an V,
ambassadeur à Rome en floréal an V, roi de Naples en 1806, roi d'Espagne en 1808,
lieutenant-général commandant les forces de Paris en 1814, retiré en Suisse, puis en
Amérique et à Florence en 1815.
]
352 CORRESPONDANCE DES BEÏS ET DES CONSULS {il^
se trouvaient en captivité dans la dite tle. Ces 64 affranchis assiste^c
avant leur départ à la célébration de la fête du 14 juillet.
{Affaires étrangères^ C^ de 7miù.}
DEVOIZB A TALLEYRâHD.
678. — Tunis, 26 juin H 98 {8 messidor an VI). — Il denuiod^
des renseignements et des ordres au sujet de prises italiennes fait^
dans les eaux de Civita-Yécchia par des corsaires tunisiens et Kpris^
par des armements français. {Affaires étrangères, C de Tunis.)
RBGNAUD DE SAINT-JEAII D'ANGELT, COMMISSAIRE DU GOUVERHEMBST ÎUSÇ^
A MALTE *, A OAMOUDA, BEY DE TUNIS.
379. — A /a Cité Valette, Malte, 2 juillet i 7 98 {14 messidor a^} 17
— « Excellence, .la République française est votre amie. La graoi^
nation vous compte parmi ses alliés. Trois cents de ses vaisseaux *q:
passé devant vos ports, rencontré de vos vaisseaux et les ont bienlraib^
Je ne doute pas que Votre Excellence n'en fasse de même poorl^
nôtres. Je vous les recommande tous et en particulier le cilo}>:
Regnaud, porteur de ma lettre. Je compte que Votre Excelleoce Dlier-
tera pas à donner des ordres pour qu'il puisse négocier aisémeot ^
sûrement les achats qu'il va faire pour les besoins de rarméeetd:
pays. Vous serez charmé sûrement de voir que vous n'avez plus à Malle
que des amis, et Bonaparte apprendra avec plaisir à son retour que
vous avez traité comme tels les Français qui sont allés dans vos EUlv
Recevez l'assurance de la haute considération que j'ai pour Votre
Excellence. » (Affaires étrangères, €^ de Twds.)
BROUARD, CHEF DB L'ÉTAT-MAJOR DE LA DIVISION DE MALTE ',
A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
680. — Malte, 2 juillet 1798 [14 messidor an VI). — « Je pn^
Votre Excellence de permettre au citoyen Antoine Regnault, quirecoo-
duit dans vos États quelques-uns de vos sujets détenus à Malte ^
\. Michel-Louis-Élienne comte Regnaud de Sain t-Jean-d'Angely, membre dr
rinstitut, député d'Aunis aux États-Généraux, administrateur des hôpiUoi >
Tarmée d'Italie, commissaire du gouvernement à Malte, président de 8ecli<«u
Conseil d'Ktat, puis secrétaire d'État de la famille impériale (1807), exilé enfila
rappelé en 1819 et décédé la nuit même de son retour.
2. Etienne baron Brouard, de Vire (Calvados), capitaine des volontaires do Ctl-
vados en 1791, adjudant général et chef de bataillon à l'armée du Nord en li^^
cbef de brigade à l'armée d'Italie en 1795, à l'armée d'Egypte en 1798, corn mandi-i'
ri le d'Yeu en 1803, ofRcier de la légion d'honneur en 1804, général de brigade «s
1805, lieutenant général pendant les Cent jours, en 1815, maréchal de camp eolii^
retraité en 1825, décédé en 1833. Il avait eu la m&choire fracassée par iiiieoup'>
feu pendant une sortie de la garnison de Malte.
3. Ne pas le confondre avec Joseph -Angélique-Sébastien Regnault, de Novrcy
(Jura), ingénieur, géographe et membre de la commission des arts eo Ég)'p^^^
1798, essayeur général des monnaies en 1800, Consul à Chypre en 1802, àTn|»li
en 1816, & Saint-Jean d'Acre en 1821, mort À Seyde en 1827.
^798] AVEC LA COUR DE FRANCE 383
<i 'acheter des chevaux dont j*ai besoin, ne pouvant m'en procurer ici.
Pour vous témoigner ma reconnaissance de ce que je sollicite de Votre
Altesse, je lui promets de saisir avec empressement les occasions qui
se présenteront de rendre service à vos sujets que leurs affaires appel-
leront dans nos parages, et de maintenir de tout mon pouvoir Tamitié
et la bonne intelligence qui doivent régner, d'une manière inaltérable
entre la République française et Votre Excellence. Je suis, etc. »
(Affaires étrangèreSy C*** de Tunis.)
DEVOIZB A TALLBYRAND.
681. — Tunis, 8 juillet 1798 [20 messidor an Vf). — Il a obtenu
l^afiTranchissement de six esclaves, entre autres d'un sieur Saluzzi,
Suisse naturalisé Français par une résidence de huitknsàBastia... « Si,
pour le malheur et à la honte de Thumanité, l'esclavage doit encore
subsister pendant quelque temps en Barbarie, je le répète, citoyen
Ministre, Thonneur du nom français appelle une loi qui, répandue dans
tous les ports dllalie, y prescrive aux Français et protégés de s'y munir
de patentes des agents consulaires de la République, lorsqu'ils seront
dans le cas de s'embarquer. » Le citoyen Galiberti est toujours esclave
avec sa femme... La rançon ordinaire pour unefemme estde 624 sequins
vénitiens, et de la moitié pour un homme... « Le Bey a appris qu'environ
400 de ses sujets, qui se trouvaient à Malte lors de la conquête de cette
île, avaient été répartis sur les vaisseaux de la flotte, au lieu de lui être
renvoyés comme il s'y attendait. J'ai vu avec plaisir une mesure qui
offre la perspective d'une compensation, sur laquelle on pourra insister,
avec des esclaves maltais, génois et romains qui sont ici en grand
nombre; tous implorent la protection de l'agent de la République.
Chaque jour il arrive de nouveaux esclaves de ces différentes nations,
car cette Régence entretient dans cette saison près de soixante arme-
ments en croisière, et ils multiplient à un point que je ne saurais vous
exprimer les détails de ce Consulat. Je console et soulage ces infor-
tunés autant que je le peux.
La prise en moins de vingt-quatre heures d'une ville maritime hérissée
de canons, fortifiée par l'art et la nature, qui remplissait de la terreur
de son nom le Levant et la Barbarie, a produit ici la plus grande sen-
sation, malgré qu'on y soit accoutumé depuis longtemps au récit des
victoires remportées constamment par les troupes de la République... »
(Affaires étravgères, C'* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
682. — Tunis, iO juillet i 798 {22 messidor m VI). — « Il vient
d'arriver une esperonade de Malte qui me porte une lettre du général
23
354 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [17*
Bonaparte me faisant part de la conquête de cette île. Je dois Faller
communiquer au Bey, et lui demander la mise en liberté de tous It^
Maltais qui sont ici, au nombre de soixante environ. J*espère deréossc
dans cette négociation, dont j'aurai Thonneur de vous rendre compt<'
dans ma première dépêche, en vous adressant une copie de lalettreà
général. Je vais faire immatriculer sur mes registres tous lesMaltaËi
libres et je leur ai déjà distribué des cocardes nationales. Gomptei
citoyen Ministre, sur mon zèle k les faire jouir dès ce moment detousb
droits de citoyen français... » (Affaires étranffèt^, C de Tunix.
DE\0IZE A BONAPARTE.
683. — Tunis, 15 juillet i 798 {27 messidor an VI). — « J'ai rers
la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'écrire le i7 prairial der-
nier. J'en ai donné officiellement communication au Bey. Ce Priocêa
appris avec autant d'intérêt que de satisfaction la nouvelle et impor-
tante conquête que vous venez de faire à la République. Je n'ai es
qu'un mot à lui dire : Les Maltais sont devenus sujets de laFrancf.i
l'instant les fers de 66 esclaves maltais ou étrangers pris sous le paviik
de cette nation sont tombés, malgré tous les ressorts qu'ont fail joaër
les ennemis de la République pour faire échouer cette négociation. Ud
bâtiment est déjà frété; ils seront bientôt rendus à leurs foyers^ dont
plusieurs étaient séparés depuis quinze ou vingt ans. Ils y béniroot
sans doute, le régime libérateur sous lequel ils vont avoir le bonheor
de vivre.
L'embarquement des Turcs abord des vaisseaux de la flotte a ios-
pire quelque doute au Bey sur leur renvoi à Tunis. Il ne trouvait plus
le moyen d'échange que je lui annonçais, mais ce doute s'est dissipa
Je lui ai témoigné que vous n'ignoriez pas que ces Turcs, recrutés dan»
le Levant et conduits à Tunis à ses frais, devaient être rendus an
pavillon sous lequel ils avaient été pris, et j'ai cru pouvoir rassurer
que vous ne céderiez pas aux instances que ces soldats pourraient w
faire de les débarquer dans les Ëtats du Grand Seigneur. Salut e:
respect. » (Affaires étrangères, C*« de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZB.
684. — Parisy 29 juillet 1798 {11 thermidor an F/).-«..J^
vois, par les détails circonstanciés que vous me donnez touchant rén-
sion de trois esclaves anglo-corses à bord des frégates de la République
aux ordres du citoyen Villeneuve, que cet incident a failli le comprit*
mettre personnellement et qu'il vous a fallu, ainsi que lui, soutenir de?
discussions longues et pénibles avec le Bey, pour le détourner delà
[1798] AVEC LA COUR DE FRANCE 355
mesure violente qu'il voulait employer dans Tintention de recouvrer
les Corses. Il n'en est heureusement résulté aucune suite fâcheuse pour
ce commandant, dont la division a appareillé sans difficulté. Je conçois
cependant que la promesse qu'avait faite au Bey le citoyen Villeneuve
de lui remettre ces Corses a dû rendre leur privation plus sensible à ce
Prince, surtout dans un moment où il venait de délivrer si généreuse-
ment trente esclaves vénitiens. Cette circonstance me fait désirer qu'il
soit possible de lui accorder quelque dédommagement, et c'est dans
cette intention que je vais soumettre au Directoire exécutif la proposi-
tion que vous me faites de lui offrir gratuitement les deux pontons qu'il,
vous a demandés. Cet objet ne sera point perdu de vue, et je vous ins-
truirai incessamment de la décision du Directoire.
Il est fâcheux que les pièces que vous a fait passer le général Gen-
iili ^ en faveur des esclaves céphaloniotes pris sur un bâtiment grec
niaient pu vous servir de titres pour obtenir leur liberté. On vous a
objecté que leur arrestation était antérieure à la réunion des îles véni-
tiennes à la République, et je sens qu'il ne vous est guère possible de
combattre avec succès ce raisonnement. Au surplus, la conquête de
Malte nous met à même de lever toutes les difficultés qui s'opposent à
leur délivrance comme à celle de tous nos esclaves en Barbarie. Je
vous préviens à cet effet que le citoyen Méchain, que le gouvernement
fait passer à Malte en qualité de commissaire*, et qui est sur le point de
partir, a ordre de renvoyer dans leur pays tous les esclaves barbares-
ques qui sont dans cette lie, mais qu'il lui est enjoint d'entrer préala-
blement en correspondance avec tous les Consuls de la République près
les Régences et de se concerter avec eux, afin de rendre par le moyen
d*un échange la liberté â tous les esclaves français ou considérés
comme tels qui se trouvent encore dans ces contrées. Vous devrez donc
vous adresser directement pour cet objet au commissaire du gouver-
nement â Malte, qui sera revêtu de tous les pouvoirs nécessaires pour
traiter de cet échange...
Je ne peux qu'applaudir au zèle patriotique des Français établis à
Tunis, qui, par une contribution dont vous m'annoncez le prochain
1. Voy. la note 1, p. 344.
2. Jërôme-lsaac Méchain, commissaire à Malte en 1798, à Galatz en 1802, à Tassy
en 1803, aux Dardanelles en 1804, Consul à Larnaca en 1817, gérant & Smyrne en 1817,
Consul à Salonique en 1825, à Larnaca en 1825, Consul général à Tripoli de Barbarie
en 1828, & Tanger en 1829, retraité en 1839. — Son père, membre de l'Institut et
du Bureau des longitudes, membre de la Commission des arts en Egypte, envoyé
en Espagne pour y mesurer l'arc du méridien, mourut pendant sa mission en 1804.
— Son fils, Louis-Eugène Méchain, géra quelque temps le Consulat de Tripoli et
mourut à Yingt-trois ans.
3S6 GORRESPONDANCB DES DEYS ET DES CONSULS [1798;
envoi, se sont empressés de coopérer aux frais de notre guerre contre
les Anglais. J'ai vu avec indignation que ces insulaires se sont encore
permis Tenlèvement de deux de nos bâtiments dans la rade de U
Goulette. Quelle que soit l'impuissance du Bey pour en obtenir satis-
faction, vous devez toujours la solliciter auprès de lui avec instance.
Je vous recommande de nouveau de m*instruire par toutes les voies
possibles des nouvelles qui vous parviendraient sur la si tuation de Malte.
Au surplus, ne laissez échapper aucune occasion de bien persuader
le Bey des dispositions sincères du Directoire pour maintenir les liai-
sons et la bonne intelligence qui existent entre les deux Ëtats. Je tous
écrirai bientôt, à ce sujet, une lettre détaillée qui vous fera connaître
que le système du Directoire n'a rien que de favorable pour les Phoces
de la Barbarie. » (Affaires étrangères, C^' de Tunis,)
DEVOiZS A TALLEYRAND.
686. — Tunis, 30 juillet 1798 {12 thermidor an VJ). — Il donne
quelques détails sur sa négociation avec le Bey pour raffranchissemenl
des Maltais, a Le Bey m'a proposé d'abord de m'engager à faire rem-
placer les soldats qui ne lui seraient pas renvoyés par des recrues fait^
dans le Levant aux frais de la République, ensuite de me remettre tous
les Maltais à titre de prisonniers de guerre sous lequel le général Bona-
parte a fait embarquer les Turcs, et sous ma responsabilité quilsne
sortiraient pas de Tunis avant le retour de ces derniers à Malte on
Tunis; il avait prévu jusques à l'objection que je pourrais lui faire de
la dépense que l'entretien journalier de soixante-six individus m'occa-
sionnerait, en offrant d'y pourvoir. J'ai rejeté la première proposition
comme inadmissible, et j'ai observé sur la seconde qu'elle était contraire
à la confiance qu'il devait avoir à l'exécution d'une promesse faite par
un général français aussi célèbre par sa loyauté que par ses exploits... >
(Affaires étrangères^ C** de Tunis.)
DBVOIZE A TALLETRANO.
886. — Tunis, 3 août 1798 {16 thermidor an VJ). — « Citoyen
Ministre, je ne pense pas que l'expédition qui s'exécute dans ce moment-
ci contre l'Egypte puisse avoir quelques suites funestes pour les Fran-
çais établis à Tunis ^ Leur nombre, l'éloignement de la mer, la surreii-
1. « L'expédition d'Egypte, écrivait Talleyrand dans une circulaire du 20 prairial
an VI, a pour objet de punir les Beys et les Mamelouks de leurs vexAtioDS et
outrages, mais le Directoire ne veut point s'emparer de l'Egypte pour la Républi-
que; il a ses réparations à exiger; la Porte n'ayant pas la force suffisante poar
nous faire rendre justice, nous nous la rendrons nous-mêmes. Nous occuperoos
l'Egypte pour les Turcs, et serons dans la même position vis-à-vis d'eux qu'étaient
les Beys... »
[1798] AVEC LA COUR DE FRANCE 357
lance des gardes du rivage, rendraient nul, impraticable tout moyen
de se soustraire au danger dans une émeute populaire, mais on pour-
rait compter sur la protection du Bey.
Les pèlerins de la Mecque arriveront à peu près à la même époque
que notre flotte k Alexandrie. L'accueil qu'ils recevront du général
français, les facilités qu'ils trouveront dans les bÀtiments du convoi
pour leur retour, le respect de Tarmée pour tous les cultes, feront
qu'ils ne rapporteront dans leur pays que des sentiments d'admiration
et de reconnaissance pour les républicains français; mais, s'il n*existe
pas de danger, je prévois de grands embarras pour moi, qui naîtront
des réclamations des Tunisiens qui font un commerce en Egypte, où il
leur est dû des sommes considérables en retour des espèces et bonnets
qu'ils y envoient. Plusieurs bâtiments destinés pour Alexandrie étaient
prêts à partir, quand le Bey a appris que notre flotte avait été rencon-
trée près de ce port; il en a fait suspendre le départ. Celte nouvelle
a répandu la plus grande consternation. »
{Affaires étrangères, C*" de Tunis.)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
687. — Tunis, 5 août 1798 {i 8 thermidor an VI). — Il a reçu les
plaintes du Bey de Tunis sur les réclamations auxquelles le gouverne-
ment français ne fait pas. droit, sur l'Agence d'Afrique qui ne paye pas
sa redevance annuelle pour le privilège de la pèche du corail S sur des
esclaves que le commandant de la place de Bastia a fait débarquer à
un de ses corsaires...
« Il est fâcheux qu'on ait donné ces motifs de mécontentement au
Bey, dans un moment où les Anglais travaillent auprès de lui pour en
obtenir sinon une défense ouverte d'extraction de subsistances pour
Malte, au moins de l'entraver par mille moyens inattaquables. »
Le commandant d'une frégate anglaise naufragée lui a fait l'abandon
généreux du sauvetage des canons, agrès et autres objets qui sont restés
intacts dans la cale, le tout estimé à 100,000 piastres... « Malgré la
munificence et les intrigues de nos ennemis, j'espère qu'ils ne par-
viendront pas à altérer les bonnes dispositions dans lesquelles je m'ap-
plique à entretenir le Bey, pour peu que vous me mettiez en mesure,
citoyen Ministre, de lui donner quelques preuves que la République
n'en a que de favorables à son égard. Malte peut compter sur les
promptes ressources que la fertilité et la proximité de ce royaume
doivent lui offrir... » {Affaires étrangères, C'-» de Tunis.)
1. Voy. la note 1, p. 247.
358 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS '1798^
CIRCULAIRE AUX CONSULS GÉNÉRAUX DE BARBABIE.
688. — Paris, 6 août 1798 [i9 thermidor an VI). — « Vous save?
sans doute que File de Malte est tombée au pouvoir de Tarmée fran-
çaise commandée par le général Bonaparte. En conséquence, je voui*
charge de notifier offlciellement au Prince auprès duquel vous résidai
cette importante conquête. Vous lui ferez connaître en même temps
que les habitants de cette île, en passant sous notre domination, od!
droit aux mêmes traitements que les citoyens français et vous le pres-
serez de donner à ses corsaires Tordre précis de respecter leurs Mti-
ments, et de les considérer comme appartenant désormais à nae
nation amie. Je ne doute pas que le Bey ne donne, dans cette occa-
sion, des preuves de ses égards et de son attachement à la Répu-
blique. » {Affaires étrangères, C** de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
689. — Tunis, 10 août 1798 {23 thermidor an VJ), — Le cilo^^t
Fuzier, ami de tous les Anglais à Tunis, et la maison Romagnac frères
et Lafon, de Marseille, ont adressé des réclamations au Ministre coolnr
Devoize '. Ce Consul s'en étonne, car Timpartialité, Tinlégrité dooliJ
fait profession dans ses fonctions de juge Tout toujours mis à l'abri
de pareils reproches. {Affaires étrangères, a*' de Tunis.)
BEAUSSIBR A TALLEYRAND.
690. — Tunis, 1 1 août 1798 {24 thermidor an VI). — Il eslioujouis
rhôte de Devoize, en attendant qu'il reçoive ses titres et qu'il puisse
occuper son poste de Tripoli. Beaussier regrelte que le citoyen Mathiea
Lesseps', nommé à la chancellerie du Consulat de Tripoli depuis dii
1. Les rapports de Fuzier el de Guiraud contre Devoize étaient rédigés • d'onlre
du citoyen Herculais -.
2. Les Lesseps étaient bourgeois de Bayonne depuis des temps reculés. Pvrrt
Lesseps, notaire et greffier de la Chambre de commerce de celte ville en 1715, eai
deux fils : Dominique Lesseps, attaché à l'intendance d*Auch. secrétaire de la com-
mission des limites des Pyrénées de 4733 à 1739, et du pays de Ges en 1748, secré-
taire de la légation de La Haye en 1751, ministre à Bruxelles de 1752 à 116^, »
retira & Montauban, et y reçut des lettres de noblesse en 1777. Le secood ûlsàt
Pierre, Michel Lesseps, né à Bayonne en 4729, fut attaché à La Haye en 1749, u
Ministère en 1751, à Hanovre en 1733, & Bruxelles en 1758, remplit une mission eo
Bretagne en 1760, à Madrid en 1761, devint commis principal au ministère de<
AlTaires étrangères de 1769 & 1792, et fut mis en réforme cette annce-là.
A cette époque, nous voyons encore un Martin de Lesseps, de Bayonne, commis
saire de la marine et agent consulaire & Hambourg, puis à Saint-Pctersbourf:. ^&
1772 et 1783. H eut deux fils, dont les services diplomatiques et consulaires
méritent d'être signalés :
L'atné, Jean-Baptiste- Barthélémy de Lesseps, né A Celte en 1766, seul surrivin:
de l'expédition de La Pérouse, qu'il suivit comme interprète en 1785, rapporta d"
Kamtchatka le Journal du célèbre navigateur. II fut Consul à Cronsladl en i'^
Consul général & Saint-Pétersbourg en 1793, envoyé en mission à CousUDlinople
en 1794, incarcéré aux Sept Tours, pendant trois ans, avec toute sa famille, com-
missaire des relations commerciales, puis chargé d'affaires à Saint-Pétersbourg, et
[1798] AVEC LA COUR DE FRANCE 389
mois, n'ait pu y arriver. Guys * va partir pour son nouveau poste de
Syrie et de Palestine, et laisser la gérance des affaires courantes au
citoyen Xavier Naudi*, de Malte, qui exerce depuis plus de quatre ans
les fonctions de Vice-Consul. (Affaires étrangères, C**» de Tunis.)
TALCBYRAND A DEVOIZE.
691. — Paris, 22 août i 798 {5 fructidor an VI). — Il prend note
des recommandations de Devoize relatives à quelques affaires en souf-
france. « En attendant une décision définitive, vous devez assurer le
Bey que le gouvernement aura pour sa Régence tous les égards qu'elle
mérite, qu'il a donné des ordres pour que les réclamations de ses sujets
soient examinées avec le plus grand soin et que, si elles sont reconnues
fondées, il leur sera accordé entière et prompte justice. »
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
DEVOlZe A TALLKYRAND.
692. — Tunis, 28 août i798 [il fructidor an VI). — « Citoyen
1802 à 1812, intendant civil à Moscou en 1812, Consul général à Lisbonne de 1814
à 1834» dote de sa mort. Il avait épousé la lille de lluTAn, sec ré taire- interprète k
Constantinople, et il laissa sept enfants.
Le second fils de Martin de Lesseps, Mathieu-Maximitien-Prosper^ comte de Lesseps,
né à Hambourg en 1174, fut attaché à la légation de Tanger en 1791, chancelier à
Tanger en 1795, à Tripoli en 1797, revint & Tanger en 1799, géra le consulat
d'Alexandrie en 1800, de Cadix de 1801 à 1803, d'Alexandrie de 1803 à 1806, de
Livourne de 1806 k 1809, fut commissaire général aux lies ioniennes de 1809 k 1814 et
président du Sénat ionien, Préfet du Cantal pendant les Cent Jours, Consul à Philadel-
phie en 1819, Consul général à Alep en 1821, à Tunis en 1827 (8 ooiU), et mourut à
son poste en 1832 (28 décembre). C'est celui que nous rencontrons aujourd'hui.
U laissa trois fils : Ferdinand de Lesseps^ attaché à Lisbonne de 1825 à 1828, au
ministère en 1828, élève Vice-Consul à Tunis avec son père en 1828 (19 octobre),
en mission auprès du général Clauzel en 1830, gérant du Consulat d'Alexandrie en
1831, Vice-Consul puis Consul en 1833, Consul à Rotterdam en 1838, à Malaga en
1839, à Barcelone en 1842, Consul général en 1847, ministre plénipotentiaire à
Madrid en 1848, à Berne en 1849, en mission k Rome en 1849, en disponibilité
en 1850. il obtint le firman de concession du canal de Suez en 1854 (30 novembre).
— Théodore-Antoine de Lesseps^ frère du précédent, fut élève Vice-Consul en 1827,
attaché au ministère en 1828, gérant du Consulat de Lattaquié en 1832, sous-direc-
teur des Consulats au ministère en 1845, directeur en 1848, Ministre plénipoten-
tiaire en 1853, sénateur, décédé en 1874. — Guillaume-Jules-Prosper de Lesseps, frère
des deux précédents, fut élève Vice-Consul à Alep avec son père en 1822, k Lattaquié
en 1825, Vice-Consul k Bogota en 1828, puis mis en disponibilité avec le titre
d'Agent du Bey de Tunis à Paris.
D'autres Lesseps servirent encore dans la carrière consulaire : Jean-Baptiste de
Lesseps, né à Montauban en 1773, émigra en Angleterre en 1791, mais fut secrétaire
du commissaire des relations commerciales à Alexandrie en 1803 et commissaire
en 1804; — Edmond-Prosper de Lesseps fut attaché au ministère en 1835, Consul à
Tarsons en 1847, à Alep en 1848, à Dantzig en 1853, gérant du Consulat général,
puis Consul général à Beyrouth en 1853, à Belgrade en 1859, chargé d'affaires k
Lima en 1859; il mourut de la fièvre jaune à son poste en 1868; — Aimé-Victor de
Lesseps, né en 1848, fut attaché k Madrid en 1867, k Berlin en 1868, k Bruxelles
en 1872, et mis en disponibilité en 1873.
1. Pierre-Alphonse Guys. Voy. la note 1, p. 323.
2. Destitué par arrêté du 29 brumaire an XII.
360 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 17%
Ministre, je suis informé que le Bey a reçu une lettre de son agent pm
la Porte, qui lui mande que Tescadre sortie furtivement d*ÀlexaD(i^j^
après rentrée de la flotte française dans ce port, est venue en porter ia
nouvelle à Constantinople; qu'il a rapporté qu'une caravelle duGrai^
Seigneur avait été brûlée, sans expliquer si c'était par accident ou aalr^
ment; que le Gapitan-Pacha avait aussitôt reçu Tordre de quitter Widdii
pour venir faire réparer les batteries des Dardanelles et armer tou>
les vaisseaux. Lorsque le Bey a reçu ces avis, une division de six de
ses plus gros corsaires venait d'appareiller; il a fait passer en graoà
hâte en pleine mer de nouvelles instructions aux commandants; je
n'ai pu encore en savoir le contenu. 600 commerçants tunisiens ool
toute leur fortune en Egypte; ils murmurent; quelques officiers turcs
ont osé me menacer; je me suis plaint au Bey, qui leur a imposé silence.
Je serai exact, citoyen Ministre, à vous faire part de tout ce que
j'apprendrai, par les bâtiments venant du Levant, de relatif à leipédi-
tion de l'Egypte et à l'inQuence qu'elle pourra avoir sur notre situa-
tion à Tunis. » {Affaires étrangères, C de Tunis,)
TALLEYRAND A DBVOIZE.
693. — Paris, 7 septembre 1798 [21 fructidor an VI). — lllui
conseille de ne plus s'occuper que des esclaves maltais et cépbalo-
niotes.... « Je pense que la compensation d'esclaves à laquelle donne
lieu la conquête de Malte ne doit se faire pour le moment qu'avec des
Maltais ou étrangers pris sous ce pavillon, ainsi que vous l'avez déjà
effectuée, et non s'étendre aux Italiens de quelque nation qu'ils soient
qu*on réclamerait sans doute inutilement, attendu le grand nombre de
ceux qui tombent journellement au pouvoir des armements de la
Régence. Il faut enfîn mettre un terme k vos sollicitations en leur
faveur, et laisser à leurs gouvernements respectifs le soin de s'occaper
de leur sort. Ce sera le moyen de prévenir de nouveaux embarras el
de diminuer les détails trop multipliés de votre Consulat.
D'après l'observation que vous me faites sur les dangers auxquels
s'exposent beaucoup de Français qui s'embarquent en Italie, j'ai écrit
circulairement k tous les agents de la République dans cette contrée,
en les chargeant de faire une proclamation à ce sujet... ^ »
(Affaires étrangères, C**» de Tunis.)
1. Proclamation du citoyen Belleville, Chargé d'affaires de la République franraitt
prés la Ligurie, — Gènes, 3 septembre 1798 [18 fructidor an VI). — «Le Directoire
exécutif de la République française n*a pu apprendre qu'avec surprise et doaiear
que des corsaires barbaresques avaient enlevé sur des bâtiments neutres, apparia
nant à des Puissances avec lesquelles ils sont en guerre, des Français qui oat été
conduits momentanéraent en esclavage, faute d*avoir été connus.
L'ignorance ou la négligence de ces républicains, qui se sont embarqués sus
[1798] AVEC LA COUR DE FRANCE 361
DE\'OIZE A TALLEYRAND.
694. — 7uww, i8 septembre 1798 {2* jour complémentaire an VI),
— Ses recherches au sujet des effets du citoyen Joseph Bonaparte \
enlevés par un corsaire barbaresque, ont été infructueuses... « II est
très difficile de parvenir à une découverte, lorsque la fuite de l'équi-
page ne laisse aucun témoin de Tinfraction du corsaire. Les Régences
barbaresques ont trouvé le secret, en adoptant un pavillon uniforme,
de s'assurer le fruit de bien des prises illégitimes et de dérouter les
Consuls dans leurs réclamations. En 1784, le Dey d'Alger força le Roi
d'Espagne échanger la couleur de son pavillon, parce qu'il avait quelque
ressemblance avec celui de Naples. Ne pourrait-on pas, avec plus de
fondement, exiger des souverains de la Barbarie une distinction dans
leur pavillon? » (Affaires étrangères, C»-» de Tunis,)
DfiVOIZE A TALLEYRAND.
695. — Tunis, 18 septembre 1 798 {2^ jour complémentaire an VI). —
« D'après le Vice-Consul Romby ', quatre corsaires du Bey ont fait une
descente dans l'ile Saint-Pierre. La plume se refuse à tracer toutes les
horreurs qu'ils ont commises en la dévastant, et le Bey lui-même en a
témoigné le plus grand mécontentement. Ils ont conduit ici environ
950 esclaves, parmi lesquels 702 femmes ou enfants presque tous à la
mamelle et attaqués de la petite vérole ; leurs cris perçants, leur nudité,
lorsquHs ont traversé la ville, ont ému jusqu'à la sensibilité des
Maures... Parmi ces infortunés se trouvent les agents de l'Espagne, de
TEmpire, de Hollande, de Suède, de Danemark avec leurs familles. Les
Consuls de ces différentes nations résidant à Tunis ont eu bien de la
peine à obtenir leur liberté, parce que ce sont des sujets sardes... J'ai
passeport ou sans un titre qui établit leur origine, semble avoir compromis la
majesté du peuple dont ils font partie. Que tous les Français se pénètrent de la
dignité attachée à l'honorable nom qu'ils portent. Qu'ils sachent que partout cette
qualité est un litre au respect et à la considération.
11 est en conséquence ordonné très expressément à tous les Vice-Consuls de la
République française dans les deux rivières de la Ligurie de prévenir les Français
avoués qui s'embarquent sur des bâtiments liguriens, toscans ou napolitains,
de se munir de patentes des agents consulaires qui constatent leur qualité de
Français. Ceux qui négligeront cette indispensable formalité s'exposeront volon-
tairement au risque de tomber en esclavage, sans qu'ils aient ensuite le droit de
réclamer une protection qu'ils auraient méconnue eux-mêmes. »
(Affaires étrangères, C'*' de Tunis.)
1. Voy. la note 3, p. 351.
2. Louis Romby, né à Bizerte, d'abord chancelier de son beau-père, Barratier, sous-
commissaire des relations commerciales dans l'ile Saint-Pierre, à Charlesfort
(Sardaigne), dépendant de Cagliari, puis Vice-Consul de 1796àl806. — Voy. Ibl Liste
des ItO habitants de Vile Saint- Pierre en Sardaigne gui se sont réfugiés chez le Vice'
Consul Romby, lors de Vinvasion des Tunisiens, 14 fructidor an X {Archives de la
Régence, Palais Dar^l-Bey, cartons Correspondances avec ta France, 1804-1814)»
362 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [179^
été occupé pendant plusieurs jours à faire la recherche des Français«t
Corses que j'avais k réclamer... J'ai formé une liste de SGfemmesr.
enfants corses ; après une longue discussion, j'ai enfin obtenu \m
liberté... Le Bey proposera Taffranchissement de tous les sujets sarde^
moyennant la rançon de 300sequins vénitiens pour chaque individu.!/
fiey accordera un ou deux ans pour le payement '.
Le commissaire du gouvernement à Malte a expédié ici une frépl.
destinée à passer le citoyen Beaussier à Tripoli. Il est parti ce fflatk
muni d'une lettre de recommandation du Bey pour le Pacha de celle
Régence. Le citoyen Regnaud me mande qu'il vous a instruit da motif
de service qui exigeait la présence du Consul à Tripoli *. »
{A /faire* étrangères, (7** de Tunis.)
ORDONNANCE DU GONSCL GÉNÉRAL DE FRANCE A TUNIS.
696. — Tunis^ 22 septembre 17 9S (/•' vendémiaire an VU).-
« Les mouvements qui se manifestent depuis quelque temps parmi ie5
Maures et surtout les Turcs, et les menaces qu'ils se permettent publi-
quement contre les Français, excitant toute notre sollicitude et nos
soins pour veiller à leur sûreté,
Nous ordonnons à tout Français de se conduire avec la plus scropu-
leuse circonspection, et d'éviter soigneusement d^entrer dans ancuoe
discussion politique avec les gens du pays.
Il est enjoint à tous les citoyens domiciliés et logés avecnous dans
la maison nationale du Fondouk d'être retirés à neuf heures précise^
du soir dans la dite maison, et à huit heures à. commencer du 15 bn-
maire jusqu'au i""' germinal.
Les clefs du Fondouk nous seront remises tous les soirs, et les porte;
n'en seront ouvertes sous aucun prétexte pendant la nuit, hors les cas
extraordinaires. » {Affaires étrangères, €••• de Twàt.)
DEVOIZE A TALLBYRAND.
697. — Tunis^ 25 septembre 1798 {4 vendémiaire an V//). — «He^
arrivé hier un navire ragusais, expédié de Smyrne depuis trente jours,
avec trois Chaouchs de la Porte, chargés de firmans pour chacune
des Régences. Le Grand Seigneur les invite à se tenir sur leurs gardes.
et à se défier des Français qui viennent d'envahir l'Egypte. Il annona
un firman prochain et plus positif sur la conduite qu'elles auront &
tenir.
Une insurrection qui se dirigeait contre les chrétiens àSm}Tneaélé
1. Voy. les Annales tunisiennes, de Rousseau, p. 237.
S. Il s'agissait d'établir le transit par terre de la correspondance ofûcielie de
France avec TÉgypte.
[1798] AVEC LA COUR DE FRANCE 363
heureusement apaisée par la force armée. Le navire ragusais a été
hélé le 1*' de ce mois par une escadre anglaise composée de 15 vais-
seaux k six lieues à Test de Malte. Les Chaouchs ont prié le comman-
dant de leur donner des nouvelles de TEgypte; il leur a envoyé un
billet en anglais ainsi conçu :
« L'amiral Nelson a attaqué le i^ août avec 14 vaisseaux la flotte
« française, composée d*un même nombre; il en a pris 7; 7 ont été
« brûlés. Bonaparte est au Caire avec le reste de son armée. »
J^ai reconnu dans ce billet la jactance anglaise. L'amiral ne fait
aucune mention de la perte qu'il a essuyée et qu'on dit être de 5 vais-
seaux. Nous n'avons pu en perdre 14, puisque la flotte n'était com-
posée que de 13, et que Le Thémistocle est arrivé & Malte; le combat
a été des plus opiniâtres, a duré depuis cinq heures du soir jusqu'à.
deux heures du matin, et la valeur française n'a cédé qu'au désavan-
tage d'être surprise à l'ancre par un vent qui favorisait les manœuvres
de Tennemi.
Nelson a laissé devant Alexandrie une division de 7 vaisseaux récem-
ment entrés dans la Méditerranée; il a envoyé à Gibraltar ceux dont il
s'est emparé et qui étaient fort maltraités. Cet amiral se rend à
Naples. 6 vaisseaux portugais bloquent Malte, où la garnison est bien
faible, vu l'insurrection de la campagne. Malte ne doit pas manquer
d'approvisionnement, elle doit en recevoir sur les bâtiments qui par-
tent d'ici.
Je tiens toutes ces nouvelles du Bey, qui m'en a fait part confidentiel-
lement. Il est désireux dans son cœur de protéger les Français ; mais
pourra-t-il le faire bien efficacement dans une ville qui renferme
300,000 habitants, et dans laquelle dominent les corsaires, nos ennemis
mortels? On peut juger de quoi ils sont capables par les atrocités qu'ils
viennent de commettre en Sardaigne.
Notre position déjà critique est devenue on ne peut pas plus fâcheuse;
notre sort dépend en quelque façon des premières nouvelles qui arri-
veront de Constantinople et des mesures que prendra le Bey. »
{Affaires étrangères, C'* de Tunis,)
TALtEYKAND A DEVOIZE.
698. — Paris, S octobre 1798 {17 vendémiaire an VU). — « Le
Directoire a accordé au Bey les deux pontons qu'il a demandés par
l'entremise du Consul, mais le Prince devra fournir des approvision-
nements correspondant à leur valeur et qui seront envoyés à Malte. Il
aurait bien désiré pouvoir donner un témoignage de son amitié pour
le Bey en lui offrant gratuitement ces deux pontons, mais les cir-
364 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [\l^
constances actuelles sont si impérieuses qu'il a cru devoir profiter d»
ce moyen d'échange pour venir au secours d'une île qu'il est si iotm^
sant pour nous de conserver.
En conséquence de cette décision, j'ai écrit au Ministre delama;»
pour le prier de faire extraire de l'arsenal de Toulon deux pontons fi
bon état, propres à l'usage auquel le Bey veut les employer, et dt
donner en même temps des ordres pour leur prompte expéditicee;
ce port à Tunis.
J'ai aussi invité ce Ministre à me transmettre le plus tôtpo^^
l'état estimatif de la valeur de ces deux pontons, et je voaslefers
passer de suite, a6n que vous puissiez remplir sans délai lesiotenk^
du Directoire sur l'objet des approvisionnements destinés poar }ii\t.
Je m'en repose entièrement sur vous de prendre toutes les préas-
tions nécessaires pour les faire arriver heureusement à leur destisa-
tion. Ce que vous obtiendrez dans cette occasion ne doit pas vous empê-
cher d'user d'ailleurs de tout votre crédit et de tous vos moyeos pov
concourir à l'approvisionnement de cette fie. C'est un point importaoi
que je recommande particulièrement k votre zèle et à vos soins. >
{Affaires étrangères^ C'' de Tvnù.]
CIRCULAIRE AUX CONSULS GÉNÉRAUX DE BARBARIE.
699. — Paris, iô octobre i798 [24 vendémiaire an F//). — «I^
craintes que j'éprouvais sur la possibilité d'une déclaration de gaem
de la Porte ottomane à la République étaient fondées. Celte déclara-
tion a eu lieu en effet vers le milieu de fructidor dernier, et tontioe
porte à croire que le citoyen Ruffîn, Chargé d'affaires de la Répiibliqii<;
à Constantinople ', ainsi que les autres Français qui composent la
Légation, sont, comme on le dit, enfermés aux Sept-Tours... Je œ
doute pas que les premières démarches de nos ennemis combinés of
tendent à nous aliéner les Régences de Barbarie, et que, s'ils M
pu déterminer la Porte à les engager à s'unir avec elle dans laguem
qu'elle vient de nous déclarer, ils n'emploient directement toas leî
moyens en leur pouvoir pour les faire déclarer contre nous. Je voos
recommande, en conséquence, de prendre toutes les précautions con-
cevables pour que nos nationaux, leurs propriétés et votre personoi
ne soyez pas exposés à des outrages de la part de la Régence près de
laquelle vous résidez. Si vous parvenez à connaître que le chef delà
Régence est sollicité par nos ennemis ou par la Porte elle-même,
tâchez de le faire rester fidèle à son amitié pour la France; rep'
1. Voy. la note, 1 p. 59.
[1798J AVEC LA COUR DE FRANCE 365
I sentez-lui que notre armée en Egypte n'a pas eu pour objet une
|. conquête, mais un passage pour Tlnde, afin d'y attaquer les Anglais;
que si la Porte, avant de se déterminer à une rupture, avait voulu
entendre le ministre de paix que lui envoyait Je Directoire, elle n*eût
pu qu'être satisfaite des explications qu'il lui eût données, que cette
rupture et Talliance avec la Russie sont tellement contre les intérêts
du Grand Seigneur que Fune et l'autre ne peuvent être de longue
durée; assurez-le que le Directoire sera constant dans son amitié
pour les nations musulmanes; que les Turcs qui sont en France,
même l'ambassadeur ottoman, ne reçoivent du gouvernement que des
marques de considération, que le citoyen Descorches ' partira dans le
courant de cette année pour Gonstantinople, persuadé qu'il suffit de
montrer au Grand Seigneur combien on Ta fait agir contre ses vrais
intérêts pour le ramener à ce qu'exige le salut de son Empire. Par ces
raisons, vous ferez sagement sentir à ce Chef combien il nuirait à ses
sugets en se brouillant avec la République qui leur est une source de
commerce lucratif... » (Affaires étrangères, C»*» de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
700. — 7uni5, 27 octobre i798 {6 brumaire an Vil). — Il expose
les plaintes du citoyen Romby, Vice-Consul de la République à Saint-
Pierre en Sardaigne, contre les corsaires tunisiens qui ont dévasté l'tle;
il demande des ordres au sujet du sens et des termes dans lesquels il
devra s'expliquer avec le Bey. (Affaires étrangères, C"» de Tunis,)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
701. — TuniSy 30 octobre i798 [9 brumaire an Vil), — « A Gons-
tantinople, à la Ganée, à Candie, le Chargé d'affaires de la République,
les Consuls et tous les négociants ont été arrêtés et leurs biens séques-
trés pour répondre des sommes que les commerçants ottomans de ces
différentes villes peuvent avoir entre les mains de leurs correspondants
en Egypte. Cette mesure aura été vraisemblablement exécutée dans
tout le Levant. Il est heureux pour les Français qui y sont établis que
leur fortune et peut-être leur sûreté personnelle dépendent de la
sagesse du général Bonaparte, qui annonce dans une proclamation son
respect pour les propriétés des particuliers. J'ai eu l'honneur de vous
i. Marie-Louis- Henri Descorches, marquis de Sainte-Croix, ofHcier de cavalerie
de 1765 à 1716, colonel d'infanterie en 1780, chargé d'affaires k Stockholm en 1782,
ministre plénipotentiaire à Liège de 1782 à 1791, à Varsovie de 1791 à 1792, maré-
chal de camp en 1791, commissaire du pouvoir exécutif en Levant en 1792, en
mission à Venise en 1793, envoyé extraordinaire à Gonstantinople de novembre
1793 à avril 1794, une deuxième fois ambassadeur à Gonstantinople en 1798, Préfet
de la Drôme de 1800 à 1814, de l'Aude aux Cent-Jours, révoqué en 1815.
366 CORRESPONDANCE DES REYS ET DES CONSULS [m
témoigner, citoyen Ministre, que Tinquiétude des Turcs et des Maui^
qui pratiquent en Egypte, et leurs réclamations auprès de leurs soine-
rains, nous susciteraient de grands embarras lorsqu'ils apprendraies'
que celte vaste province est occupée par les troupes de la Répobliqir
je ne Tai déjà que trop éprouvé ici.
Bredi, agent du Dey d'Alger, a de grands intérêts au Caire; aosN
s'est-il prononcé de la manière la plus scanduleuse contre Vexpédhii
On Ta vu, et souvent, sur la grande place voisine du Fondouk appei^:
les passants, former des rassemblements, et là s'exprimer en teriH
les plus indécents sur le compte du général Bonaparte, donner rass^i-
rance positive que le fer des mamelouks avait moissonné toulesji
armée et quil avait péri lui-même par le supplice le plushonteaili
a employé jusqu'à l'arme du fanatisme, en répandant que TexislM-
d'une armée chrétienne sur la route de La Mecque était une profana
tion; enfin Bredi a fait jouer tous les ressorts de l'intrigue et èk
méchanceté pour exciter une insurrection contre les Français, prcivo-
quer leur assassinat, le pillage du Fondouk, dans la vue de se dédom-
mager sans doute de ce qu'il craint de perdre au Caire. J'ai ioforme
le citoyen Moltedo * de la conduite de cet agent d'Alger; il déciderad«
la convenance ou non de s'en plaindre au Dey. Heureusemeot le
triomphe du général Bonaparte, les marques de loyauté et de bienTeii-
lance qu'il a données au chef des pèlerins qui s'en louent hautement
en démentant les infâmes assertions de Bredi, l'ont sinon forcé de ^^^
taire tout à fait, du moins de se modérer.
J'ai compris par la correspondance du citoyen Moltedo que M
avait aussi distillé son venin à Alger, qu'il y avait fait passer oflGciel-
lement les mêmes fausses nouvelles qu'il répandait à Tunis; je b?
connais pas l'impression qu'elles ont pu faire sur l'esprit du Dey. If
suis seulement informé qu'un bâtiment français qui chargeait du bit à
Bône y a été arrêté, qu'on a enlevé le gouvernail, que l'équipage aet^
débarqué et conduit dans la maison du citoyen Guibert, où il a él^
gardé à vue ainsi que cet agent '.
A La Galle, on avait fait courir des bruits si alarmants sur nolJf
situation à Tunis, que le citoyen Peyron' était au moment desembar-
i. Voy. Correspondance des Deys d* Alger arrec la Cour de France, t. II, p- *^'
2. François-Maurice Guibert, agent de la Compagnie d'Afrique à Bône, eœiwB'
en captivité à Alger avec les autres employés du comptoir. Voy. sa correspofliiauft
à la Chambre de commerce d*» Marseille (Archives des Compagnies (f Afrique)^ "^^
Affaires élrangères (C» d\4lger),— ei V Histoire de La Calle, par Féraud,p.443elîW'
3. Antoine Peyron, agent principal de la Compagnie d'Afrique en rési<lcn«*
La Calle. Voy. sa correspondance à la Chambre de commerce de Marseilli, -^^^
des Compagnies d* Afrique, — et Histoire de La CalUy par Féraud, p. 4W et suit.
[1798] AVEC LA COUR DE FRANCE 367
quer avec la colonie et ses effets, lorsqu'il reçut fort à propos un cour-
rier que je lui avais expédié. Cependant je ne suis pas sans inquiétude
sur son compte, je suis privé de ses nouvelles, et je sais que le Bey
de Constantine est entré à La Galle avec une suite nombreuse, mais
j'ignore s'il y est venu pour y traiter de quelque intérêt à Tamiable,
ou pour y exécuter quelque ordre du Dey d'Alger.
Je ne voulais pas croire k l'alliance aussi extraordinaire qu'impoli-
tique de la Porte avec la Russie; j'ai fait diverses questions au capi-
taine ragusais porteur des nouvelles; il y a satisfait de manière qu'il
ne m^a plus été permis de douter.
Je transcris ici le contenu d'un firman de la Porte adressé aux
Princes barbaresques, d'une date qui se rapporte au 20 fructidors
« L'amitié qui subsistait depuis si longtemps avec la France vient
d'être rompue par son expédition en Egypte. Gedzar-Pacha a reçu mon
ordre de lever une armée de 100,000 hommes et de marcher contre
Bonaparte. Mes forces maritimes se préparent. Les Régences doivent
supprimer toute extraction de subsistances pour la France, empêcher
Texpédition qui se fait à Toulon, s'emparer des armements et envoyer
à ma Sublime Porte les dépêches qui s'y trouveront, garder les Fran-
çais en otage, ainsi que je le fais dans mes Ëtats, et unir leurs forces
navales aux miennes. »
Le Grand Seigneur ignorait à cette époque les triomphes du général
Bonaparte. Je ne pourrai juger que par le nouveau firman attendu de
l'influence qu'ils auront eue sur ses dispositions. Je compte bien sur
celles du Bey. Mais sera-t-il le maître de consulter dans une décision
où le fanatisme joue un si grand rôle ? »
{A/faire^ étrangères^ C*'* de Tunû,)
CIRCULAIRE AUX CONSULS GÉNÉRAUX EN BARBARIE.
702. — Paris y 2i novembre 1 798 ( /•' fnmaire an VJI). — « Je vous
ai invité, citoyen, à prendre toutes les préparations nécessaires pour
votre sûreté personnelle et celle de nos nationaux établis dans le pays
où vous résidez.
Ce que j'ai appris depuis de la vive sensation qu'a produite sur les
peuples de Barbarie notre expédition d'Egypte, l'annonce faite par la
Porte Ottomane aux trois Régences d'un second firman pour leur
faire connaître ses déterminations et ses intentions, les craintes répan-
dues sur la religion musuliqane, enfin quelques démêlés survenus avec
le Dey d'Alger, toutes ces circonstances réunies me font entrevoir la
possibilité d'une déclaration de guerre de cette Régence à la République.
Le Gouvernement fera sans doute tout ce qui dépendra de lui pour
3W CORRESPONDANCE DE
l'empêcher et se maînteDÎr en p.
ne pas réussir dans les moyens
Alger semblerail devoir enlratae
de l'influence que la première ex
ger de nouveau & prendre toutes
TOUS suggérera, afin de vous gara
riez être exposé, et pour qu'à U
soyez en mesure de vous y sous
Salut et fraternité. »
DBVOIZB A
703. — Tunù, 26 novembre i'.
Ministre, j'ai l'honneur de vous
second flrman du Grand Seigneui
ottoman, arboré au grand mftt du
le fit bienlAt reconnaître, ce qui c
le peuple. Des Turcs, en parcoui
les maisons des négociants logés
conçurent de grandes inquiétudes; elles redoublèrent lorsqn'après
un conseil secret tenu chez le Bey, ce Prince i
immédiatement auprès de lui et seul. Ce mom<
Une déclaration de guerre eAt été le signal du
l'assassinat des Français, tant les esprits son
Maures et surtout les Turcs. Après avoir essayé
papiers essentiels, je partis & cheval accompagi
Je fus fort remarqué dans le faubourg très peu]
et sur la route de près d'une lieue qui condi
n'éprouvai pas la moindre insulte et, après une
avec le Bey, j'eus la satisfaction de faire prév
que Dous pouvions compter sur la continnatioi
sitions. Le Bey me recommanda d'inviter tou<
trop se répandre dans ta ville pendant quelque
la place publique parmi les Turcs. Depuis ce mo
la situation la plus tranquille.
Je saisis, citoyen Ministre, la voie d'Espagn
peut-être de longtemps, pour vous faire passer (
rera sur le faux bruit, répandu dans divers port!
corailleurs fugitifs de La Calle, de mon arresta
les Français établis il Tunis.
Le firman du Grand Seigneur porte essen
aux Régences de séquestrer tous les b&timents l
[1798] AVEC LA COUR DE FRANCE 369
dans les ports de leur domination. L'aviso L'Assaillante venait de
mouiller à La Goulette; dans l'incertitude du parti que prendrait le
Bey, je crus prudent d'inviter le commandant à appareiller immédia-
tement après avoir remis les paquets dont il était chargé pour moi de
la part de l'ordonnateur de Toulon, ce qu'il exécuta, et il continua sa
route pour Malte.
J'ai lieu de croire que le Gapi^ji destiné pour Alger n'y aura pas
plus de succès. Il règne un parfait accord entre le nouveau Dey, le
Bey de Tunis et le Pacha de Tripoli, et ils ne se montrent nullement
disposés à prendre couleur dans une cause qui leur est étrangère; ils
ne se dissimulent pas que nous avons des Capitulations avec la Porte
et des traités avec la Barbarie, que les violer sur un ordre du Grand
Seigneur serait s'en déclarer les vassaux; ils savent bien distinguer les
égards de la dépendance. » {Affaires étrangères, C»-« de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZB.
704. — Paris, 5 décembre 1798 {15 frimaire an Vil). — «... Je
vois par vos dernières lettres que la nouvelle de notre expédition en
Egypte a causé quelque fermentation parmi un grand nombre de
Tunisiens qui font le commerce dans ce pays, où il leur est dû des
sommes considérables. Je pense que, d'après ce que je vous ai précé-
demment marqué, vous vous serez empressé de tranquilliser ces
Tunisiens. A cet effet, il convient de leur dire que le gouvernement a
donné à ses généraux les ordres les plus positifs pour que toutes
espèces de relations entre les Barbaresques et l'Egypte y soient main-
tenues , même protégées, et qu'en conséquence ils ne doivent rien
craindre pour les sommes qu'ils ont à répéter. Il est à la vérité pos-
sible que l'interruption actuelle des communications avec ce pays,
causée par la croisière des armements ennemis, apporte momentané-
ment quelque obstacle à ces relations et au désir que nous avons de
leur voir reprendre leur activité ordinaire. Mais pour prouver aux
Tunisiens combien le gouvernement est disposé à leur faire rendre
justice, je vous autorise, si vous en avez les moyens, à adresser direc-
tement au général Bonaparte leurs réclamations, en les accompagnant
des explications qu'elles vous paraîtront devoir exiger, et je ne doute
point que ce général, connaissant bien les intentions amicales du gou-
vernement envers les Régences, ne s'empresse de donner les ordres
nécessaires pour qu'il soit satisfait aux engagements contractés par
le pays avec les négociants tunisiens. Vous vous en expliquerez ainsi
sur ce point avec le Bey, si vous le jugez convenable.
Je ne m'étendrai point sur les griefs dont ce Prince vous a fait Ténu-
24
370 CORRESPOND ANGE DBS
mération dans un moment d'hume
Bastia de cinq esclaves qui se trou
Cependant, comme cet enlëvemeni
répète dans d'autres occasions, voi
ordres pour qu'aucun commandai
permette d'y retenir les esclaves
J'aime k croire que le Bey aura '
Gouvernement pour la demande (^
vous ai instruit de la décision du
avec d'autant nlus d'imoatience votre rénonse t
[1798] AVEC LA COUR DE FRANCE 371
pinque génoise JVostra Signora del Porto Salvo^ sur laquelle se trou-
vaient le citoyen Lacombe Saint-MicheP, sa famille, et toutes les per-
sonnes attachées à la Légation de France, le citoyen Sieyès ', Consul,
et environ cent Français qui comme eux s'étaient embarqués précipi-
tamment à Naples. Ils ont de suite été mis en liberté avec leurs effets.
Hier le Bey me fit appeler de très grand matin pour me signifier sa
déclaration de guerre à la République; il me témoigna infiniment de
regret d*étre forcé de rompre des liaisons d'amitié que, depuis son
avènement au trône, il lui avait été si agréable d'entretenir avec la
1. Jean-Pierre Lacombe Saint-Michel, dépulé du Tarn, membre de la Convention,
commissaire en Corse, président du Conseil des Anciens en 1797, Ambassadeur de
la République française à Naples de 1798 à 1799, général de brigade, puis inspecteur
général de rartillerie.
Lacombe Saint-Michel, ambassadeur à Naples, à Talleyrand. — Gênes, S8 jan-
vier 4799 (9 pluviôse an Vliy — «Je suis arrivé hier au soir de Tunis en 21 jours.
Je vous annonce que la guerre a été déclarée à la République française par toutes
les Puissances barbaresques. J'étais à Tunis, lorsque le Bey de cette Régence Ta
déclarée. W a mis dans ses procédés une humanité et des égards bien opposés
aux actes, de barbarie commis dans toute la Régence d'Alger. Le Bey de Tunis
envoya chercher le citoyen Devoize, Consul général, chargé d'aiïaires; il le reçut
dans sa chambre et lui dit - que c'était avec regret qu'il déclarait la guerre à la
République; qu'il avait résisté tant qu'il avait pu aux ordres de la Porte; mais
qu'ayant été informé que le roi de Maroc marchait à la tête de soixante mille
hommes contre Bonaparte, le Chaouch de la Porte lui ayant intimé de nouveau
l'ordre du Grand Seigoeur et l'invitation menaçante des autres Régences, il n'était
point en état de faire la chouette à tant de monde; que du reste il empêcherait
qu'on insultât les Français; qu'il aurait pour eux tous les égards qui ne le com-
promettraient pas envers la Porte v.
EfTectivement il envoya une forte garde de Turcs qui gardent le Fondouk,
maison du Consulat où le Consul et tous les Français sont prisonniers. Malgré cela,
il ne faut pas se dissimuler que ces malheureux Français sont dépendants de tant
d'événements que leur situation est bien critique. C'est le 15 nivôse que la guerre
a été déclarée à Tunis...
Les démarches que j'avais faites avec le citoyen Devoize pour obtenir du Bey
qu'il relàch&t le bâtiment et l'équipage génois La Madona del Porto Salvo eussent
été infructueuses, si je n'eusse écrit au Consul anglais h Tunis, M. Perkins-Magra,
pour qu'il réclamât la garantie qui m'avait été donnée par les passeports de l'am-
bassadeur Hamilton et l'amiral Nelson...
Le citoyen Magallon % destiné pour l'Egypte, est arrivé à Tunis deux jours avant
la déclaration de guerre. Il reviendra sur le brick qui a porté les bois de cons-
truction. • {Affaires étrangères, C**» de Tunis.)
2. Emmanuel-Joseph, comte Sieyès, vicaire général et chancelier de l'église de
Chartres, député de Paris aux États-Généraux, membre de la Convention et du
Comité de salut public, en mission à La Haye, ambassadeur à Berlin, le premier
des consuls provisoires de la République française, président du Sénat et membre
de l'Institut.
* Il s>git ici de Charles Magallon, Consal général à Alexandrie de 1793 à 1803, Commiaaaire
des relations eommercialea à Salonique de 1802 à 1806, décédé en 1890. On ne doit pas le confondre
avec son nevea Lazare Magallon, son secrétaire en ÉtOT*^^* Pi'i* Vice-Consnl à Rhodes en Tan VI,
nommé Consul an même lien et décédé à son poste en 1815. — A celle époque il y avait encore
Jean-André Magallon, Vice-Consal à Roselte en l'an III, gérant du Consulat général à Alexandrie,
puis sons-commissaire des relations oommeroiales à Elbing et à Messine en l'an VIII ; — Jean-Michel
Magallon et son frère André-Marie Magallon, négociants à La Canée. Ce dernier tomba en esola-
▼oge à Tunis, y demeura dix mois et se racheta pour 7,000 piastres.
372 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSOLS [1^
France. J'ai compris que ce sont les derniers événements qai se soat
passés au Caire, et qui vous sont connus, puisque je les ai appris par
la voie de mon collègue de Livourne, qui ont fatit changer la déterini-
nation que les Princes de Barbarie avaient annoncée de conserver k
neutralité. Le Dey d'Alger Tayant rompue le premier, le Bey a éle
entraîné par son exemple, mais il y a mis infiniment de procédés. li
m'a fait accompagner par Mohammed-Khodja, son ancien ambassadeur
à Paris, et m'a donné une escorte de cinquante cavaliers turcs, com-
mandés par deux Aghas, pour me garantir des insultes du peaple,
pendant le trajet d'une lieue depuis son palais jusqu'à la maison consa-
laire; les scellés ont été apposés sur mes papiers et ma bibliothèque:
le m&t du pavillon a été abattu, et tous les Français ont été réunis
dans le Fondouk, où, pour notre sûreté, le Bey a établi une gardt?
nombreuse.
Le citoyen Lacombe Saint-Michel et tous les Français venus arec loi
de Naples n'ont pas partagé notre sort, parce qu'heureusement cet
ambassadeur était muni de passeports russes et anglais, et ils parti-
ront incessamment; mais, le soir de mon arrestation, le citoyen Lacomk
Saint-Michel a dû sortir de la maison consulaire pour passer à celle
du Consul batave, qui s'est empressé de Taccueillir, ainsi quesasaiie
et les Consuls embarqués avec lui.
Les scellés ont été aussi apposés sur les comptoirs des négociaDts.
mais on a laissé leurs fonds libres; on a emmené mes chevaux dans
les écuries du Bey ; est-ce pour me les conserver, est-ce coniiscalioD?
On m'a laissé mes armes et on a enlevé celles des négociants; les
gardes nous traitent avec assez d'honnêteté. On prétend que le citoyen
Moltedo * a été traité un peu sévèrement à Alger; le Bey de Constaotioe
est venu lui-même en personne à La Calle et à Bône exécuter les ordres
du Dey. Je n'aperçois jusqu'à présent, citoyen Ministre, d'autre motif
de découragement que l'impossibilité de prévoir le terme de notre
situation. Il est bien important, pour notre sûreté, que lesTunisieos
qui se trouvent actuellement en France y soient aussi bien traités qu<!
nous ici. Je compte à cet égard sur la sollicitude que vous avez déjà
manifestée sur le sort de la nation de Tunis depuis notre expédition
en Egypte. Je ne puis plus recevoir vos ordres que par les voies de?
Consuls d'Espagne et de Hollande. Il n'est pas un Prince ni un grand
de la cour du Bey qui ne m'ait donné des marques du plus vif intérêt
dans cette occasion.
i. Voy. la Con^spondance des Deys d* Alger avec la Cour de France, t II, p. WS.
[1799] AVEC LA COUR DE FRANCE 373
Le citoyen Lacombe Saint-Michel part avec passeport du Bey, qui
mettra le bâtiment génois sur lequel il est embarqué à Tabri des
Algériens. Il ne manquera sans doute pas de vous dire combien il a à
se louer des procédés de ce Prince.
L'équipage de Taviso de la République Le Requin a été aussi fait pri-
sonnier ; il est composé de vingt-six hommes, et je dois pourvoir à leur
entretien et nourriture... » (Affaires étrangères, C'*^ de Tunis.)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
706. — Funis^ 7 janvier 4 799 [17 nivôse an VII), — « Citoyen
Ministre, Le brick L'Honoré^ parti de Toulon avec quarante -cinq
ouvriers, les bois et autres objets destinés à la confection de deux
pontons demandés par le Bey, est heureusement arrivé. Le citoyen
Orandville, sous-ingénieur chargé de la direction de ce travail, a montré
une juste répugnance à. s'employer au service d'un Prince qui venait
de déclarer la guerre à la République. Dans mon état de prisonnier,
n^ayant plus de fonctions extérieures à remplir, le citoyen Granville a
consulté sur ce point délicat le citoyen Lacombe Saint-Michel, qui lui
a. donné son opinion par écrit, l'a invité à commencer son ouvrage et
à le continuer jusques à la réception de vos ordres. L'opinion du
citoyen Lacombe Saint-Michel est motivée par la conviction qu'il a
acquise que le Bey, entraîné par les autres souverains de Barbarie,
n'a plus été le maître d'écouter son désir de conserver la neutralité,
au milieu d'une guerre allumée dans tous les États musulmans par le
fanatisme des peuples; par tout ce qu'il a vu pendant son séjour à
Tunis des bons procédés de ce Prince envers les Français; par le
danger de compromettre la liberté de près de cent Français embar-
qués précipitamment avec lui à Naples sans titres pour être réclamés
et qui étaient dans le cas de rester esclaves; enfin par l'inconvénient
d'exciter le ressentiment du Bey et d'aggraver le sort des citoyens
détenus avec moi dans le Fondouk en renvoyant ces ouvriers Et Toulon,
le Bey ayant annoncé qu'il les prenait sous sa protection. »
{Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
DEVOIZB A TALLEYBAND.
707. — Tunis, 9 janvier 1799 [20 nivôse an VII). — « Le navire
génois sur lequel ont pris passage le citoyen Lacombe Saint-Michel et
tous les Français qui s'étaient embarqiiés avec lui à Naples a appa-
reillé le 17 sans destination fixe. Le 18, l'aviso L Assaillant^ venant de
Malte, relâcha dans la nuit à La Goulette; quatre chaloupes armées de
Turcs s'en sont emparées et ont conduit l'équipage au palais du Bey.
J'ignore encore sll sera traité comme prisonnier de guerre ou s'il sera
374 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [m
fait esclave. Il esl composé de cinquante individus. Tous les paquets
sont entre les mains du Bey. Je dois m*attendre tous les jours à qaeiqof
événement semblable; la mer est couverte de corsaires tunisiess
et algériens; plusieurs se sont portés sur les côtes de Provence et
se sont même flattés hautement d'y tenter des débarquements. »
(Affaires étrangère», C^ de TunU.)
DEVOIZE A HAMOUDA» BEY DE TUNIS.
708. — Tunis, 4 5 janvier 1799 {24 nivôte an Vil). —«Excel-
lence, En vous envoyant deux pontons, le gouvernement français toq>
a donné une nouvelle preuve de sa bienveillance ; vous les âve:
demandés en les payant; dans sa confiance en la continuation des
liaisons d'amitié qui ont subsisté sans interruption depuis votre règne
entre les deux Puissances, le gouvernement s'était proposé de vous
en faire don ; mais aujourd'hui que tous les liens sont rompus, qu'en-
viron deux cents Français se trouvent prisonniers ou esclaves dans
vos Etats, il serait non seulement contraire à la dignité de la Répo-
blique, mais même absurde qu'elle payât dans cet état de choses les
ouvriers destinés à la confection de ces pontons; aucun Français ne
pourrait le faire sans se compromettre et sa famille. Pour entre-
prendre ce travail dans une circonstance si délicate et vaincre une
répugnance naturelle à celui qui a l'amour de sa patrie, il a falla que
l'ingénieur y fût autorisé par la responsabilité de lambassadeor de \i
République à Naples, qui a voulu vous donner, en la preuant sur loi,
une preuve de sa reconnaissance des bons procédés que vous avez eus
pour lui ; mais le salaire des ouvriers, tel qu'il a été réglé à Toulon^ est
un article sacré ; c'est le fruit du travail de pères de famille qui s'en
sont séparés en s'expatriant pour votre service; il serait peut-être à
désirer pour eux que Votre Excellence pût s'en passer et les renvoyer.
Plus que tout autre je dois croire que la paix avec la Républigne
est dans votre cœur. Elle est nécessaire à la prospérité du commerce
des deux États; elle doit bientôt renaître d'une foule de convenaDces
réciproques ; alors vous n'aurez fait qu'une avance de 6 à 8,000
piastres au plus, car il n'est pas vraisemblable que la République lai^
à votre charge une dépense mesquine qui ternirait l'éclat de sa géné-
rosité, dès qu'elle aura repris avec Votre Excellence ces anciennes
liaisons d'amitié qu'il m'a été si agréable d'entretenir pendant ma rési-
dence auprès d'elle. » (Affaires étrangères, C»«* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
709. — Tunis, 44 janvier 1799 [25 nivôse an VII). — « Citoyen
Ministre, J'ai eu l'honneur de vous informer que l'aviso LAssailM^^
[1799] AVEC LA COUR DE FRANCE 375
venant de Malte, ayant relâché à La Goulette, quatre chaloupes
armées de Turcs s'en emparèrent, firent prisonnier Téquipage, et que
tous les paquets furent portés chez le Bey. Par des moyens de commu-
nication que je me suis ménagés et par des sacrifices auxquels je vous
prie de m'autoriser pour Tavenir, je suis parvenu à connaître le contenu
des dépêches.
Toici ce qu'elles s'accordent à annoncer : les bâtiments génois
chargés de viandes salées, farines, vins, eaux-de-vie, expédiés de Mar-
seille par Bacri ^ sont heureusement arrivés à Malte. La ville est
pourvue de blé et de riz pour vingt mois. On demande des vivres
d'une autre qualité, des bombes, des boulets, et on répond de con-
server la place. La campagne est toujours approvisionnée par nos
ennemis. Les bombardements sont fréquents, surtout vers le port,
mais ils n'ont endommagé qu'une galère. Les magasins ont résisté. Le
bois de chauffage manque. On brûle celui de l'arsenal. Le blocus par
terre et par mer continue. On fait le plus grand éloge du courage
constant des assiégés. Telle était la situation de Malte le 16 nivôse.
Un bâtiment impérial, que j'ai chargé de 434 barils de salaisons et
de vin, n'attend qu'un vent favorable pour mettre à la voile et tenter
d'entrer dans Malte. À défaut, il ira se présenter devant Corfou... »
(Affaires étrangères^ C*'' de Tunis.)
DBVOIZE.A TALLEYRAND.
710. — lunisj iô janvier i 799 {26 nivôse an VII). — « L'équipage
de ^Assaillante vient d*ètre envoyé aux travaux publics avec les
esclaves. Je vais écrire au Bey que ce n'est pas ainsi que doivent être
traités des individus qui croyaient relâcher dans un port ami. J'espère
que le Directoire ne permettra à aucun Barbaresque de sortir du ter-
ritoire de France, et que ceux qui se trouvent dans les ports nouvel-
lement conquis en Italie y seront retenus. Tous les jours on prend
quelques nouvelles mesures de rigueur envers nous. Hier on a amené
au Fondouk tous les Français de Bizerte; il est encombré. Plusieurs
ne vivant que de leur travail journalier restent sans ressources. Ils me
demandent des secours, et je ne puis ni ne dois les repousser, mais où
prendre le nécessaire?... * » (Affaires étrangères, C»-* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
711. — Tunis^ 1 8 janvier* i 799 (29 nivôse an VII). — « Le 27 de ce
mois une tartane française, chargée de charbon et allant de Marseille
1. Voy. la Correspondance des Deys d^ Alger avec la Cour de France, t. H, p. 451.
2. Voy. la Correspondance des Deys d'Alger, l. II, — cl Histoire de La Calle, par
Féraud.
376 COHRESPOKDANCB
il Halte, vint s'échouer dans
composé de dix personnes, le
loupe et gagna le bord du bric
enlevé et fait prisonnier. Le ci
DEVOII
712. — Tunù, 20 janvier i
Unis d'Amérique ayant rempli
conclu avec cette Régence ', lei
le cérémonial d'usage, le Divai
ciant sur cette Échelle, reste ch
Puissance et perd ainsi sa qua
DEVOIZ
713. — 7'uni», H janvier ;
Ministre, En réfléchissant sur
blique, je n'aperçois que dan
ch&timent de la perfidie des so
époque, après laquelle je ne i
soumettre à vos lumières un r
funeste. Ce moyen consiste da:
tout bâtiment destiné pour les
Notre influence en Italie, et i
presque tout le commerce d
mesure. Elle fera manquer 60
droits de douane d'important
d'une quantité immense dedei
de sortie forment la partie la p
n'y aura qu'un cri général de i
Si les Ragusais, comme mun
de bonne prise, il ne resters
moyens de communication av
passer. Un ordre donné & Civi
b&timent pour la Barbarie obli
tion du canal de La Goulelte, c
I. Od a vu qu'Ktienne Famin aval
à k\^tr, un iraité entre Tunis et les
négocialions furent reprises par le
O'Bhen et Leander Cathcarl. Pour
par le Bey, d'une valeur de 93,000 d
p. 236 el 4bl.
[17991 AVEC LA COUR DE FRANCE 377
hollandais chargés de la direction de ce travail resteraient dans Tinac-
tion. » (Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
DEYOIZE A TALLEYRAND.
714. — Tunis, 22 janvier 1799 [3 pluviôse an Vil). — Les équi-
pages de L'Assaillante et de la tartane échouée viennent d*étre envoyés
aux travaux publics avec les esclaves. Les commandants, les citoyens
Rapont, Hérault et le fils de ce dernier restent chez le Bey, exempts de
travail. Tous réclament des secours dont ils ont un urgent besoin.
{Affaires étrangères, C'** de Tunis,)
TALLEYRAND A DEYOIZE.
715. — Paris, 28 janvier 1799 (9 pluviôse an VII). — « ... Vous
m'informez de l'inutilité des recherches que vous avez faites relative-
ment à la réclamation que je vous ai adressée d'effets appartenant au
citoyen Joseph Bonaparte, lesquels se trouvaient sur une barque génoise
qui a été prise par un corsaire barbaresque. Malgré les difficultés que
présente la découverte de ces e£fets et le peu d'espoir qui vous reste
de réussir, je ne vous sais pas moins de gré de Tintention où vous êtes
de continuer vos perquisitions à cet égard.
Vos observations sur les abus qui résultent de l'uniformité du
pavillon des Barbaresques, surtout en cas de guerre avec Tune des
Régences, m'ont paru fort justes, et je sens que la distinction de leur
pavillon serai-t le meilleur moyen de prévenir ces abus. Mais le moment
ne me paraît pas propre à entamer une pareille négociation et, quelque
utile qu'elle puisse être, il ne conviendra de s'en occuper que lorsque
les circonstances permettront de le faire avec succès...
Quant k la liste, que lui a fait passer le Vice-Consul Romby, de
Saint-Pierre, de près de cent personnes réfugiées dans sa maison d'où
elles ont été arrachées par les Tunisiens, je ne pense pas que cette cir-
constance vous mette dans le cas d'exiger leur affranchissement. Le
citoyen Romby n'est effectivement qu'un simple agent du Consul de
Cagliari, ni salarié ni commissionné par la République, et sous ce rap-
port, la maison qu'il habite ne peut assurer la franchise aux personnes
qui y ont cherché asile, cette prérogative ne devant être réservée qu'aux
seuls agents nommés directement par le gouvernement. »
{Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
716. — Tunis, 28 janvier 1799 {9 pluviôse an Vil). — D'une lettre
qu'il a reçue du citoyen Moltedo il résulte que la situation des Français
à Alger est déplorable.
« Le Chaouch du Grand Seigneur est arrivé ; il trouvera sans doute
378 CORRESPONDANCE DBS BBYS ET DBS CONSULS Tt%
notre condition trop douce à Tunis, lorsqu'il la comparera avec le trai-
tement ignominieux qu'il a provoqué contre nos concitoyens à Alger,
mais je doute qu'il parvienne à déterminer le Bey à se porter à ik
pareils excès. Il reçoit aujourd'hui sa première audience; je saoni
bientôt le résultat de sa négociation.
Le chirurgien de l'aviso L Assaillante^ parti de Malte le Gniviiseci
dont l'équipage a été fait esclave, ayant été envoyé malade à rhùpit^
k Tunis, j'ai eu le moyen de me procurer par son canal les détails b
plus circonstanciés sur l'état de Malte. Je m'empresse de tous h
transmettre par le parlementaire français, ce qui me dispense de Ifê
chiffrer... » (Affaire» étrangères j O*» de Tvnit.)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
717. — Tunis, 2 février 4 799 [14 pluviôse an VII). — « Touslf^
Français établis à Porto-Farine et Bizerte, leurs femmes etleurseofaDU
viennent d'être conduits ici. J'ai l'honneur de vous transmettre uoe
pétition du citoyen Bottari, agent de ce Consulat à Bizerte depuis dix
ans sans appointements ^ Il est père de huit enfants.
Tout ce que cette pétition renferme est vrai. Pendant mon deroier
séjour à Paris, je crus juste de demander pour lui un traitement annuel
de 600 livres. Le sort de cet agent, ainsi que celui de près de treole
individus parmi ceux renfermés avec moi dans le Fondouk, privés de
tout moyen d'exercer l'industrie qui les faisait subsister dehors, récla-
ment les secours de la charité et de la fraternité.
Quatre-vingts esclaves, dont le nombre ne peut que s'accroître, soili*
citent les 8 sols par jour d'usage, sans lesquels ils succomberaiesl
bientôt sous le poids du travail et de la faim.
Les dépenses relatives à ces derniers et à l'équipage du Aeçu/^, pri-
sonnier dans le Fondouk, regardant la Marine, j'en écris au Ministre de
ce département. Tous s'adressent à moi comme chef de la nation. Ce
tableau de la misère de tant de citoyens devient encore plus déchirast
par l'impuissance où je me trouve de les secourir avec des facoltés pro-
portionnées à leurs besoins. » (Affaires étrangêi'es, C" de Tunis.)
DEVOlZB A TALLE^KAND.
718. — Tunis, ii février 4 799 {.23 pluviôse an VII). —«J'ai l'hon-
neur de vous adresser la liste des Français, au nombre de cent qua-
i. CAme Bottari, né à Tripoli de père toscan, ancien capitaine de navire marcbsiKli
nommé à Tagence de Bizerle le 12 juillet 1789 par M. de Château oeaf, coofirne le
26 aoiU 1792 par Devoize. — Son poste était extrêmement utile, Bizerte étaot "O
lieu de relâche et un port d'embarquement de grains. Les corailleurs vesaieni
souvent s'y réfugier. Le corps des négociants français y entretenait une mais»
nationale (où élait logé Bottari) et des magasins de blés indigènes pour l'exportaiios-
[1799] AVEC LA COUR DE FRANCE 379
rante-trois, prisonniers avec moi dans le Fondouk. Je n*ai pas encore
pu me procurer celle des individus composant les équipages de Taviso
L'Assaillante el d'un brick, parti de Marseille, qui ont été faits esclaves.
Je sais que leur nombre s'élève à soixante, qui ont été dépouillés môme
de leur chemise. J'ai pourvu à leurs premiers besoins et j'en ai informé
le Ministre de la marine. »
Il demande des ordres relativement aux Français qui n'ont pas été
mis en arrestation avec les autres, savoir : Gaspary, maitre-construc-
leur depuis trente ans dans larsenal du Bey à Porto-Farine, et son fils
Jean ', Giraudin, maître cordier, et Belot, ingénieur, tous entrés au
service de la Régence avec autorisation du gouvernement.
(Affaires étrangères^ C'* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
719. — TuniSy 13 février 1799 [25 pluviôse an VII). — « L'équipage
du bâtiment génois dont s'est emparé un corsaire de cette Régence a
déposé au^ou^d'^u^ devant le Bey que, peu de jours avant son départ
de Malte, il y avait vu entrer un bâtiment impérial venant de Tunis, dont
il a nommé le capitaine. C'est le môme qu'avec expédition simulée j'ai
fait partir dernièrement avec 434 barriques de viande salée et lard et
420 milleroles de vin. Ce succès assez ordinaire pendant l'hiver me fait
bien regretter de me trouver sans moyens pour profiter de cette saison;
malgré notre guerre avec le Bey, je saurais bien vaincre sans crainte
et sans danger toutes les difficullés qu'elle pourrait faire naître.
Le brick qui a conduit ici les ouvriers destinés à la confection des
pontons appareillera demain. Le Bey n'a pas voulu permettre au
citoyen Magallon ' d'en profiter et s'obstine à le laisser prisonnier avec
moi. » {Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
DBVOIZB A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
720. — Tunis, 22 février 1 799 {4 ventôse an VII). — « Excellence,
II y a environ sept mois que votre Grand Douanier me pria de faire
racheter à Malte un pinque lui appartenant, dont s'était emparé un
vaisseau du Grand Maître. J'en écrivis au commandant français, qui
s'empressa de saisir l'occasion d'obliger un de vos officiers; un négo-
ciant maltais, chargé par Sidi Redjeb de payer la valeur de ce pinque,
remit une lettre de change de 4,183 piastres au commandant, qui me la
fit passer en remboursement d'avances que j'avais faites ici pour lui
i. Jean Gaspary, né à Tunis de père français, commissionné par dTsparron,
Vice-Consul, en 1185. (Voy. plus haut.) — Cet agent donnait une assistance précieuse
aux navigateurs français, quand l'arsenal du Bey, avant d'être à La Goulette,
occupait Porto-Farine, et lorsque les capitaines venaient y radouber leurs navires.
2. Voy. la note 1, p. 371.
380 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1799]
personnellement. Je fis présenter cette lettre de change à Sidi Redjeb,
•qui me pria d'attendre jusqu'à Tarrivée du pinque. Je me prêtai k ce
délai, sur la parole qu'il me donna que je pouvais compter sur le paye-
ment; je ne renvoyai pas à Malte celte lettre de change qui m'eût été
remboursée immédiatement; il n'est donc question ni d'une affaire de
commerce, ni de Gouvernement; il ne s'agit que d'un service de l'amitié
rendu par moi et d'une dette d'honneur due par un de vos of&ciers.
Ces 4,183 piastres ont été séquestrées d'abord sur la demande d'un de
vos sujets, qui a prétendu me faire tenir un marché que l'incident de
la guerre rendait nul; vous l'avez ensuite condamné par ce principe
d'équité qui préside à tous vos jugements. La délivrance des 4, 183 pias-
tres en doit être la conséquence naturelle, car vous n'avez jamais été
juste à demi. Je souffre infiniment de cette privation, et il est d'autant
plus instant pour moi, Excellence, que vous ordonniez que je sois payé
incessamment d'une somme qui m'est aussi légitimement due que j'ai
des secours pressants et journaliers à distribuer à soixante Français qui
«ont été dépouillés à La Goulette même de leur chemise, vingt-six autres
marins prisonniers et plusieurs pères de famille qui, renfermés avec
moi, n'ont plus de moyens d'exercer l'industrie qui les faisait subsister
dehors.
Permettez-moi de saisir cette occasion de vous prier de faire retirer
<lu travail de la Manouba plusieurs officiers et divers négociants ou
commissionnaires français, passagers, qui s'y trouvent soumis, malgré
Totre usage d'en dispenser ceux qui étaient pris sur les bâtiments de
guerre même des Puissances qui sont constamment vos ennemies.
Les négociants français me prient de représenter à Votre Excellence
que leurs marchandises et notamment les denrées qui se trouvent sous
le scellé, dans les magasins de la côte, se détériorent par l'humidité de
la saison; ils désirent que vous leur accordiez la permission de les faire
vendre sur le pays, de communiquer avec leurs censaux chargés des
recouvrements de ce qui leur est dû, et de retirer de leurs comptoirs
les titres qui établissent leurs créances envers des débiteurs qui, abu-
sant de leur position, refusent de s'acquitter. »
(Affaires étrangères, C* de Tunis,)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
721. — Tunis, 26 février 1 799 {8 ventôse an VII), — « ... La con-
quête rapide du royaume de Naples, en annonçant celle prochaine de
la Sicile, a produit ici la plus grande sensation, parce que cette der-
nière possession assurera le ravitaillement de Malte, dont la conserva-
tion a une influence majeure sur les intérêts de la République en Bar-
[i i 09] AVEC LA COUR DE FRANCE 381
harie et dans le Levant... Il est à présumer que les Anglais, privés des
ressources qu'ils trouvaient dans la Sicile, fatigués de pourvoir à la
subsistance de 80,000 insurgés, lèveront bientôt le blocus, mais de
nombreux armements barbaresques ne manqueront pas d'établir leur
croisière sur ces parages pendant Tété. Onze des plus gros corsaires
du Bey se préparent avec la plus grande activité; six autres sont déjà
sortis.
Li^aviso L'Assaillante^ enlevé sur la rade de La Goulette le 18 nivôse,
fut envoyé immédiatement en course avec un autre b&liment de même
force, et au moyen de signaux et du pavillon français, elle a surpris
14 Corses et les a conduits ici, ce qui porte à 74 le nombre des Fran-
çais actuellement enclaves à Tunis.
Le citoyen Magallon cesse aujourd*hui d'être prisonnier. »
(Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
722. — Tunis, 9 mars 1799 (20 ventôse an VU). — « ... J'ai écrit
une lettre très énergique au Bey pour réclamer en faveur des états-
majors de L'Assaillante Texemption du travail et certains égards dont
ont constamment joui les officiers des bâtiments de guerre des Puis-
sances ennemies des Régences qui tombaient en leur pouvoir. Je n'ai
pu m'empécher de témoigner à ce Prince mon extrême surprise de
voir cet usage violé pour des Français. Il ne m'a pas encore répondu
jusqu'à présent. Je peux attribuer ce silence au Ramadan, pendant
lequel les Musulmans, toujours de mauvaise humeur, écartent toute
affaire, mais je vais renouveler ma demande.
Le Bey a paru entrer avec répugnance dans la coalition; actuelle-
ment qu'il est lancé, il se montre l'ennemi le plus acharné de la Répu-
blique ; il n'a jamais mis plus d'activité dans l'armement de ses cor-
saires. » {Affaires étrangères, C'«» de Tunis,)
DEVOIZB A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
723. — 7 unis, 9 mars 1799 [20 ventôse an VII), — « Excellence,
J'apprends avec autant de douleur que d'étonnement que les offi-
ciers et les agents du gouvernement dont j'ai eu l'honneur de vous
adresser la liste se trouvent encore soumis aux travaux. Il m'est impos-
sible d'accorder cette rigueur inusitée avec les dispositions que vous
eûtes la bonté de m'exprimer en me signifiant votre déclaration de
guerre, et le Directoire exécutif aura peine à la concevoir, après l'opi-
nion que je n'ai cessé de lui inspirer de vos sentiments pour la France
et de l'attachement qu'il vous a témoigné lui-même par mon organe.
Les négociants français me prient de représenter à Votre Excellence
39i CORRESPONDANCE DEi
que leurs marchaDdises, elnolami
le scellé dans les magasias de la (
la saison; ils désirent que vous
faire vendre sur le pays, de comr
des recouvremeuls de ce qui leur
loirs les tilres qui établisseot leui
abusant de lew position, rerusenl
DBVOIZE A
724, _ Tunis, i i mart 1799 (
plaiol de rexi§;ulté de ses ressources, eu égard au trop graiwl noœltv
de Français malheureux qui l'entoureut. Le nombre de ceux lorah»
en esclavage s'élève déjà à 82. {Aflaire* itrangir^, tv dt Tmù.)
DEVOIZB A TALLEVRAHD.
726. — Tunis, 14 mars 1 799 {24 ventôse m Vil). — Bd apprensol
que le Grand Seigneur avait déclaré la guerre & la Républiqae, il s'e^i
efforcé de détacher le Bey de la Turquie. « Si vous vous prononm
contre la République, lui dis-je, par soumissioa & un firman de U
'Porte, vous avouez votre dépendance envers elle. Les Puissances qui
ont des traités particuliers avec vous n'y verront plus de solidité; vous
les invitez & imiter l'Empire, la Prusse et la Russie, qui odI mmm.
votre souveraineté en stipulant dans leurs Capitulations avecleGraiJ
Seigneur sa garantie des faits barbaresques.
J'avais si bien réussi par mes insinuations auprès de ce Prinxelile
ses Ministres que le Capidji du Grand Seigneur resta plus d'un moisa
Tunis à faire des efforts inutiles pour y décider la Régence à tiac rup-
ture. Si l'intérêt pressant du ravitaillement de Halle et le rétablisse ment
de nos communications par terre avec l'Egypte déterminent 1« Ditw-
toire exécutif à suspendre son ressentiment pour faire une pùxplttM
avec Alger, il n'a besoin que de l'intervention secrète des Bacri; I'mIjI
d'une mission extraordinaire ferait peut-ôtre rejeter les premiêffi
ouvertures d'une négociation. Ces Juifs ont une grande iafloencesa
les affaires de cette Régence par le crédit dont ils jouissent auprËsdfj
Ministres du Dey, intéressés dans leurs spéculations et les recouvre-
ments qu'ils ont h. faire en leur gouvernement. C'est peut-être i celle
créance majeure, qui semblait devoir garantir tes dispositioos pacit
qucs du Dey, qu'il faut attribuer sa déclaration de guerre; ses Hinis-
tres, dévorés de cupidité, sont plus jaloux de remplir leurs coffres que
de ia gloire d'un Prince stupide qu'ils ont placé sur le tréne pour gou-
verner eux-mêmes. Je pense donc que l'offre conditionnelle d'acpiU^
fi 7991 AVEC LA COUR DE FRANCE 383
les engagements contraclés à Alger et Tunis, au nom de la République,
suffirait pour y ramener la paix *. » {Affaires étrangh^s, C**» de Tunis,)
DEYOIZB A HAHOUDA, BEY DE TUNIS.
726. — Tunis, 7 avril i799 {i 8 germinal an Vif), — « Excellence,
Vos sujets jouissent en France de leur liberté, de leurs propriétés;
j'en ai Tavis certain. Ils sont traités ainsi, parce que l'ambassadeur de
la République à Naples s'est loué hautement, à son arrivée k Gènes,
des bons procédés dont il vous a vu accompagner votre déclaration
de guerre, et que j'en ai fait Téloge moi-même dans mes lettres au
Ministre. Cependant des Français qui, aux termes des traités, devaient
se retirer librement sans pouvoir, en cas de rupture, être arrêtés avant
le terme expiré de trois mois, vivant sous les auspices de votre protec-
tion, ont été constitués prisonniers.. Les équipages des bâtiments de
guerre qui sont venus mouiller avec confiance sous les canons de vos
forts sont restés esclaves, comme s'ils eussent été une conquête de vos
corsaires; il y a plus, les officiers soumis avec eux aux travaux publics,
malgré mes représentations, y sont traités à coups de bâton.
Je cherche, Excellence, comment des sujets d'une République, dont
le Gouvernement n'a cessé de vous donner et vous donne encore des
marques de sa bienveillance, ont pu mériter d'être traités avec ignor
minie et une rigueur que vous n'avez jamais pratiquées, envers les offi-
ciers d'aucune nation en guerre avec vous; je cherche à pénétrer quel
friiit vous pouvez en retirer, quel motif de politique vous fait agir ainsi,
et je me perds dans mes réflexions.
Veuillez bien, Excellence, rendre aux négociants les denrées qui
périssent dans les magasins et envoyer dans leurs maisons des pères
de famille qui, ne pouvant travailler de leur métier, ne subsistent que
par les secours que j'ai tant de peine à leur procurer, puisqu'un Juif
qui avait ordre de me compter une somme importante a employé
jusqu'à la ruse grossière d'aller solliciter votre défense pour me faire
ce payement. Lorsque ces Français seront de retour dans leurs foyers,
s'ils y ont toujours à déplorer le malheur de la guerre, ils auront du
moins un sujet de consolation dans votre bienfaisance. »
(Archives de la Régence, Palais Dar-^l-Bey, Corresp^' avec la France, 4 773-1 801,)
DBVOIZE A TALLEYRAND.
727. — TuniSj 7 avril 1799 [18 germinal an Vil), — Un corsaire
de cette Régence s'est emparé d'une tartane française ayant à bord
1. Voy. Correspondance des Deys dC Alger avec la Cour de France^ t. lî, p. 451
et suiv., — el le Décret du Directoire contre les trois Régences d'Alger, Tunis et
Tripoli^ 15 février 1199 {RecuHl des Traités, de Té toi).
384 CORRESPONDANCE DES BE\
dix personnes, sans compter le capitaioe Astruy, d'Agde, et partit
d'Alexandrie le 1*7 venlAse dernier. Tous les paquets ODtétéjelésibmer.
(Affaira étrangira, C de Tiuiii.)
TAlLBTIUIfD A DEVOIZB ■.
728. — Parit, 14 avril 1 799 {25 germinal an VU). — . ... J'ai Ijii
connaître au Directoire exécutir les détails que vos lettres reDreranl
sur la déclaration de guerre de la part du Bey et le résultat qu'ellti
eu sur votre personne et celles de nos nationaux. Il me recomnuodt
expressément de vous lémoigaer combien il a été touché de la {tma
avec laquelle vous et eux avez su vous résigner ft votre soK. U n't^t
sans doute pas aussi rigoureux que celui éprouvé à Alger par dosmd-
ciloyens, mais il n'en est pas moins pénible de se trouver dans foli«
position. Vous ne devez pas douter que je ne partage les sentim^itj
du Directoire exécutif à cet égard. Vous pouvez donc croire qnejt
seconderai de tout mon pouvoir les efforts qu'il ne manquera pas it
faire pour adoucir votre position et vous délivrer même de lopptR-
sion que vous éprouvez. Comptez sur toute ma sollicitude pour b
Ëchelles de Barbarie.
La détermination hostile du Bey a de quoi surpreadre, après (oïIk
ses précédentes protestations. J'aurais cru que fidèle en quelque suri»
à son attachement pour la France, il se serait borné à une appueiK
de guerre avec elle; mais ses actes ultérieurs prouvent que ce Priocf
la fait ou la veut faire très sérieusement. Le Directoire eiécatil a)pn
en conséquence. Les Tunisiens qui se trouvent en France sont ou
seront traités avec ménagement dans leurs personnes, leurs propriêlé5,
tant qu'on en usera convenablement envers vous et nos coocilojeDi.
Il est bien étrange que le Bey ait pris pour déclarer la gaem àli
République le moment oii elle le gratifiait des deux pontons si vii:-
ment désirés par lui. Avec un peu de délicatesse il en eût fait le reMoi
en France. Mais ses procédés & cet égard et envers les ingénieurs, coos-
I. La correspondance onicielle du Consulat de France avec le llinistt'CB'
adrensée depuis cette époque au citoyen Njssen, Consul de la RépuMiqtM IwUn i
[1799] AVEC LA COUR DB FRANCE 388
tracteurs et charpentiers sont bien dignes d'un chef de Régence de
Barbarie. Quoique le citoyen Notaire Grandville, mis à la tôte de cet
envoi, appartienne par son service au Ministère de la marine, j'ai
cependant eu communication de sa correspondance avec ses supé-
rieurs. Je connais donc toute sa conduite depuis son arrivée à Tunis.
Elle me paraît prudente et ferme dans le degré convenable, et je ne
puis, autant que cela m*appartient, que donner des éloges à cet ingé-
nieur, et ratifier en quelque sorte l'autorisation qu'il a reçue du citoyen
Lacombe Saint-Michel, pour entreprendre et finir la confection des
pontons. Je ne puis vous parler de cet ex-ambassadeur sans vous
témoigner ma satisfaction sur Taccueil généreux et fraternel que vous
lui avez fait ainsi qu'à ses compagnons d'infortune.
Quoique le citoyen Notaire Grandville et ses ouvriers aient sans
doute un vif désir de quitter Tunis pour revenir dans leur patrie, ne
penseriez-vous pas qu'il serait convenable de les engager à ralentir
leurs travaux?
Je trouverais dans cet expédient quelques avantages : 1° Il me
semble que le Bey, très jaloux de voir les pontons entièrement confec-
tionnés, aurait, jusqu'à ce qu'ils le fussent, des ménagements pour tous
les Français sans distinction, car il pourrait craindre que des mauvais
traitements faits à leurs compatriotes ne portassent les ouvriers à
quitter leurs travaux; ^^ Au cas que votre sort et celui des autres Fran-
çais empirât dans la suite et que tout moyen de correspondance avec
moi vous fût ôté, le citoyen Grandville pourrait servir d'intermédiaire
et même agir d'après vos directions et suivant les occurrences auprès
du Bey et de ses Ministres. Je vous laisse apprécier cette idée, et si,
d'après la connaissance que vous avez des localités, vous la croyez pra-
ticable, utile et sans inconvénient, vous pouvez la réaliser de concert
avec l'ingénieur.
Il lui aurait été enjoint de cesser ses travaux, si le Bey avait persisté
à traiter le citoyen Magallon, Envoyé secret en Egypte, comme prison-
nier; son arrestation était un oubli de tout principe, une injustice
criante. Mais dès qu'il est rendu à la liberté, je n'ai plus qu'à l'exhorter
à quitter Tunis, dès qu'il le pourra avec sûreté, de peur que le Bey ne
change encore une fois de volonté à son égard.
Le sieur Famin, ayant accepté des fonctions de la part d'une Puis-
sance étrangère, ne peut plus, aux termes de la Constitution et des
arrêtés du Directoire exécutif, être considéré comme Français.
J'ai reçu la liste des Français qui partagent votre captivité. L'intention
du gouvernement est de secourir tous ceux qui sont dans le besoin. En
25
386 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DBS CONSCLS [m
attendaDt qu'une mesure géoérale soit adoptée à cet égard, voDSpouTci
fournir provisoirement des secours aux plus nécessiteux, elj'aQtai»ii:
de vous en faire rembourser sur le compte que vous m'adresserei d-
vos avances.... » {A/^aint élrangtrt*, Cde Tmii.)
DRTOIZB A TALLETaAHD.
739. — Tunit, 20 avril 4799 (*" ftorial an VII). — - Le citayfi
Famin, qui a exercé provisoirement les fonctions de Consul des ËUL~
Unis à Tunis peadaot trois ans, a adressé à Devoize une pétilioD [me
lui représenter que, n'ayant accepté un service étranger que surin-
vilalîon pressante d'un Envoyé extraordinaire de la République, il v
croyait pas avoir encouru la perte du droit de citoyen ft-uiçaJs. llliii
envoyé en même temps la lettre originale que le citoyen Hemiliis lui
écrivit & ce sttjet d'Aller le 3 prairial an VI *. Cet Envoyé lui prédit
l'expectative du Consulat des Ëtats-Unis, et va même jusqu'k l'eu Mi-
ciler d'avance. Il n'y a pas de milieu : ou le citoyen Herculais ignorait
la ConstilutioD, ou il a voulu avec connaissance faire perdreàunFraD-
çais soa titre de citoyen.
J'ai répondue N. Famin qu'il était au-dessus de mes ponvobsdetiu-
cher une question aussi délicate, que j'allais vous transmettre sa ptli-
tion et demander vos ordres. » (Affairtt flrangire», C^ de Tum.)
1. Herculaii à Famin. — Alger, « ntai f7»8 {3 prairial an VI). — . Je iw
expédie, citoven, ce courrier pour une iITaire de l> plus haute imtwrlinrt fiifi-.
Je penae, vous fera plaisir, mais sur laquelle voua Beutirez aussi combiu il f^
néc«tsaire de garder le plus prorond secrel.
L'agent américain, qui m'est particulièrement recommandé par le guunnitiiKi
s'est adressé k moi pour lui procurer quelqu'un, soit Consul, eoit particulitt, pour
traiter de la paix de l'Amérique avec la Réftence de Tunis. J'ai pensé que iwkkC'
par votre habileté et la connaissance que vous avei du Bardo, pouTin RitF
parTaitement cette mission délicate.
Je vous préviens que les inlentions du Congrès sont de cboiilr partMlw
agents parmi les personnes qui ont montré dans toutes les occasions Iror li»i«
pour le gouvernemeat anglais, et c'est par celte raison que de préféreace il dni^^i
des républicains, car sur la proposition de plusieurs Consuls étrangers il !r^
trouvé que leurs liaisons avec les Anglais les rendent suspects. Je sais qut ni i<:j
se trouve parfailemenl d'accord avec vos sentimeats, ainsi je n'ai pi" """
vous dire lâ-dessus.
Le citoyen Joél Barlow, Consul de l'Amérique, chargé par son piuvenicmnl it
conclure tous les trailés avec les Régences, vous hit passer ses iDtlnKtJ<°> ''
vous enverra les pouvoirs nécessaires aussitôt l'acceptation.
Si le succès couronne votre entreprise, vous pouvez être assuré du CoasaW'^
l'Amérique et c'est d'avance que je vous en félicite, ne doutant pas qw "W ^
surmontiez tous les obstacles... ■
Famin à Devoize. — Tunit, IS avril 1139 (*4 germinal an YII). - • CiW'*
Joseph-Etienne Famin, ci-devant chargé des alTaires des Ëtals-lJnisd'Aaiériqiif'
l'Jionneur de vous informer qu'il a eiercé depuis à peu près trois asi les IocAko
d'agent américain, dont il s'est démis h l'arrivée du Consul H. Williin ^'o'^'
qu'il a fait avec d'aulant plus de plaisir que, d'après les demitres dciii»II°'|'
paraît subsister des «lifTérends entre les Ëtats-Unis et la République fnnc>i^'j|
(rfTre de prouver que ce Consul A son début a essuyé du gouvememeat de Tunii'^
11799] AVEC LA COUR DE FRANCE 387
DBVOIZE A TALLKYRAND.
730. — Tunis, 30 avtnl 1799 {H floréal an F/7). — « Un des douze
bâtiments destinés au transport à Toulon de la garnison de Corfou,
s'étant séparé par une tempête du convoi escorté par une frégate et
un brick de guerre russes, est tombé au pouvoir d*une corvette algé-
rienne qui Ta conduit ici. Il y avait à. bord environ âO officiers, 250 sol-
dats, 12 femmes et plusieurs enfants. Tous les soldats et un lieutenant
ont été débarqués et semblent destinés à passer à Alger par la longue
et pénible route de terre; les officiers, les femmes, les enfants sont
restés à bord de la corvette où les femmes, qui d*abord avaient été
débarquées, ont été renvoyées hier. Il m'a fallu faire solliciter comme
une faveur de Mamet Brady, agent d'Alger à Tunis, la faculté d'envoyer
des vivres frais et quelques vêtements à ces malheureux, excédés de
fatigue, de faim, de mauvais traitements, et presque nus. Ils sont
surveillés par leurs gardiens au point que j'ai eu bien de la peine à
leur faire parvenir de l'encre et du papier pour obtenir la relation que
je joins ici ^ En la lisant, on est peut-être moins révolté de tant
d^audace et de scélératesse de la part de ces ennemis du genre humain
que surpris de l'indifférence avec laquelle des Puissances de premier
ordre supportent depuis des siècles tant d'avilissement; car cette rela-
tion n'est qu'un journal ordinaire de la course des Barbaresques.
J'ai adressé la capitulation de Corfou au Consul batave et l'ai prié de
mettre sous les yeux du Bey le 12<» et dernier article, par lequel les
amiraux russe et ottoman garantissent au nom de leurs gouverne-
ments respectifs la sûreté du transport à Toulon des Français qui com-
posaient cette garnison. Le Bey a répondu que s'il avait à prononcer
pour lui, il n'hésiterait pas à les mettre en liberté, mais qu'il ne pou-
vait s'immiscer dans une affaire qui regarde Alger. J'ai fait proposer à
si grandes difficultés que, si l'exposant eût eu envie de conserver son poste, il
pouvait trouver les moyens d*y réussir; l'appèt du lucre ne Ta point fait balancer
un moment; il préfère sa qualité de citoyen français aux honneurs et avantages
que pourrait lui procurer cet emploi. Ces raisons et plus encore la recommanda-
tion d*un agent de la République lui font espérer que vous le considérerez comme
citoyen français et que vous lui accorderez votre protection quMl ne croit pas
avoir perdue; vous observerez par la susdite lettre que le sus-nommé n'a point
cherché cet emploi et qu'il est bien vrai au contraire que c'est le citoyen Herculais
qui le lui a procuré de sa propre volonté; si l'exposant pouvait avoir commis une
imprudence en se chargeant d'un service étranger dans un temps où les deux
nations étaient en paix et alliées, c'a été très innocemment, n'ayant pu se persuader
qu'un agent principal de la République eût appuyé une affaire qui pût le mettre dans
le cas de perdre ses droits de Français... > {Affairée étrangères, C*** de Tunis,)
1. Tunis^ 30 avril 1799 (// floréal an VU), — Relation de la ptnse par un corsaire
algérien dkun transport chargé de troupes de la garnison de Corfou. {Affaires étran-
gères, C'*' de Tunis.) — Ce récit est rempli de détails effroyables sur la cruauté des
corsaires algériens.
388 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1799]
Mamet Brady d envoyer un courrier au Dey avec la capitulation et les
passeports, et d'attendre la décision pour donner le temps aux prison-
niers, surtout aux malades, de se refaire par les soins et les rafraichis-
sements que je tâche de leur procurer. Je n'ai pas encore reça la
réponse de Mamet Brady; peut-être n*en fera-t-ii pas.
Tout en applaudissant à la représaille dont on a usé envers les Algé-
riens qui ont été avec tant de justice mis aux fers en France, il est
fÀcheux que le bruit s'en soit répandu dans ce moment à Tunis, parce
qu'il a rendu l'agent d'Alger plus circonspect; il eût peut-être osé
prendre sur lui de laisser suivre à ces Français leur destination, et le
reïs lui-même, bien persuadé qu'ils ne sont pas de bonne prise, ne les
a conduits à Tunis que pour les dépouiller et éluder une restitation à
laquelle il aurait été soumis en se rendant directement à Alger.
Le Bey a eu enfin égard à mes représentations sur le sort des dix
officiers de l'aviso L'Assaillante et du citoyen Second, agent du gourer-
nement pour les approvisionnements de Malte; ils ont été retirés des
travaux depuis quelques jours. » {Affairée étrangères, O» de Tums.)
DBVOIZB A TALLEYRAND.
731. — Tunis, i Ornai i 799 [2i floréal an VII). — <* Les dix officiers
de l'aviso L Assaillante sont partis hier pour Alger avec deux cents mules;
treize restent ici à l'hôpital, malades; je leur ai prodigué pendant leur
séjour tous les soins si légitimement dus aux défenseurs de la patrie; je
leur ai fait distribuer des provisions pour la route et trois piastres à cha-
cun. Le souvenir déchirant des Français qui ont péri si misérablement,
faute de secours, dans leur translation de La Galle à Alger (et La Galle
en est bien moins éloignée que Tunis) m'a inspiré cette précaution '.
Il reste à Tunis 106 esclaves et 26 marins prisonniers. 3 se sont
rachetés : le citoyen Coste, Juif, expédié par le général Vaubois'à
Cagliari pour les approvisionnements de Malte. Son rachat a coûté à sa
famille, qui est établie à Tunis, 15,000 livres ; le citoyen Gassen, capitaine
de la tartane Les deux frères^ et le citoyen Hyacinthe, son second, se
sont rachetés pour 4,000 livres chacun, malgré que le rachat des capi-
taines soit du double de cette somme. Gomme ils y ont employé leurs
facultés personnelles et ne m'ont pas consulté, j'ai pensé quejen'arais
aucun motif de m'y opposer. » [Affaires étrangères, C**' de Tunù.)
1. Voy. Correspondance des Deys d'Alger avec la Cour de France^ 1. 11, p. W8ct
suiv., — et Histoire de La Calle, par Féraud, p. 551.
2. Le général Henri Belgrand, comte de Vaubois, chargé, après la prise de Malte,
du commandement de cette place. Il ne se rendit qu'après deux ans de siègent
huit sommations, après avoir perdu la moitié de la garnison, et à la cooditioa
de recevoir tous les honneurs de la guerre (1800).
{1799] AVEC LA COUR DE FRANCE 389
DEVOIZB A TALLEYRAND.
732. — Tunis^ 2 juin 1799 [14 prairial an VU). — « Toutes les
vues du Bey tendent à secouer cette influence que la Régence d'Alger
exerce si impérieusement sur lui. Il saisit adroitement le prétexte de
la guerre actuelle pour mettre Tunis dans Tétat le plus respectable de
défense, sans que le Dey puisse en concevoir de Tombrage. Sa marine
est déjà de beaucoup supérieure en armements à celle de ce voisin
inquiet. Plusieurs reïs se sont signalés par des succès brillants et des
traits de courage qui ont excité toute la jalousie de leurs rivaux.
Mais pour balancer les forces maritimes d*Alger, il manque au Bey
quelques frégates actuellement sur le chantier. Ce Prince m'a fait
témoigner par le gouverneur de son arsenal qu'il désirait en confier
la construction aux ouvriers français qui sont employés actuellement
il celle de deux pontons presque finis sous la direction du citoyen
Grandville, et que je vous écrivisse pour vous prier de les autoriser à
entreprendre ce travail. Il n'a pas manqué de me faire rappeler que
c'était malgré lui qu'il se trouvait en guerre avec la République, dont
il ne sera jamais l'ennemi. J'ai répondu qu'en n'ordonnant pas au
citoyen Grandville de cesser le travail des pontons, le gouvernement
lui avait donné une grande preuve de sa bienveillance, mais que je ne
me permettrais pas d'autoriser des ouvriers français à construire des
'bâtiments de guerre pour un Prince qui retenait, au mépris des traités,
environ 300 Français prisonniers ou esclaves. Pour que je pusse
prendre sur moi de vous présenter une demande aussi étrange, il
faudrait qu'il s'engageât :
1** à défendre à ses corsaires de faire aucune prise française;
â^ à délivrer les esclaves français et k les traiter comme prison-
jiiers de guerre ;
3* à m'accorder toute facilité pour faire des expéditions simulées
'de subsistances à Malte.
Le Bey a trouvé mes observations justes et n'est plus revenu sur sa
proposition. Il a promis de prêter un bâtiment pour le retour du citoyen
•Grandville et de ses ouvriers. » (Affaires étrangères, C»** de Tunis.)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
733. — Tunis, 2 Juin / 799 [14 prairial an Vil), — « Un Capidji de
la Porte vient d'arriver à Tripoli. Il est chargé de demander aux trois
Régences la translation à Gonstantinople de tous les Français qui se
•trouvent dans ces contrées.
Presque en même temps est apparu dans cette Régence un vaisseau
portugais expédié de Palerme par Nelson, avec ordre d'exiger du Pacha,
390 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1799]
au nom de cet amiral, la consignation de tous les Français. Ceux-ci
furent envoyés avec le Consul Beaussier à. bord du vaisseau le
24 floréal '. Ce vaisseau {V Alphonse) est commandé par le commodore
anglais Campbell.
Le Capidji du Grand Seigneur vient d'arriver à Tunis. Le Bey n^ignore
pas ce que sa dignité et le droit des gens lui commandent; il ne se
dissimule pas ce quil a à craindre du ressentiment de la France, com-
bien serait lâche Faction de nous livrera un ennemi dont les vues sont
au moins perfides, si elles ne sont pas atroces; mais dans cette occa-
sion, comme dans toutes les affaires majeures, Alger sera encore son
régulateur. Je vais rester dans une incertitude bien pénible jusqu'au
moment où j'apprendrai le résultat de la mission du Capidji. Je
m'arme de courage et de résignation. Mes papiers essentiels ne sont
plus sous le scellé, je les ai mis en sûreté et je suis déjà prêt à tout
événement. » (Affaires étrangères, C»*» de Tunis.)
DEVOIZS A HAMOODA, BBY DE TUNIS.
734. — Twnw, i 7 juin 1799 {29 prairial an Vil). — « Excellence,
le négociant Mourié est mort depuis cinq mois; il y a dans cette succes-
sion des recouvrements à faire, des créanciers à payer, surtout la dette
sacrée de la dot de la veuve de son frère. Je ne peux faire droit à de
si justes réclamations qu'après que vous aurez ordonné la levée des
scellés apposés sur le comptoir et les magasins du citoyen Mourié, et
que vous m'aurez autorisé à faire procéder à la vente de quelques
marchandises qui s'y détériorent.
Je vous prie. Excellence, d'étendre votre ordre à la généralité des
négociants; si elle persiste à laisser subsister ces scellés, les rats et
l'humidité achèveront bientôt de faire disparaître leurs livres, avec
tous les titres qui établissent leurs créances et leurs dettes; de là une
confusion qui leur deviendra infiniment préjudiciable sans vous être
d'aucun avantage.
Plusieurs négociants sont déjà réduits, vu l'inaction absolue du com-
merce, à avoir le plus pressant besoin de la recette du bazar, pour
subvenir à leurs dépenses journalières. Ils vous demandent de pouvoir
communiquer librement avec leurs censaux; des créanciers de mau-
vaise foi se prévalent des circonstances pour refuser jusques aux plus
petits acomptes; d*autres deviennent insolvables.
1. Le commodore Caropbell força le Pacha à lui livrer les Français, après la p^
de trois bâtiments tripolitains. On les conduisit à Gènes, d'où ils purent gagn^'
Marseille. Voy. La Régence de Tripoli^ par Pellissier, — et J> Littoral de la Tripot
taine, par Élie de la Primaudaie.
[i799] AVEC LA COUR DE FRANCE 391
Vos sujets sont libres comme Tair sur tout le territoire de la Répu-
blique; plusieurs sont dans ce moment à Paris; il n*a pas été porté la
moindre atteinte à leurs propriélés. Cependant votre sceau est sur
toutes celles des Français, et ils sont au nombre de 145 entre quatre
murs, dont l'espace offrait précédemment à peine un logement com-
mode à âÛ ou 30 individus. Plusieurs ont déjà contracté des maladies
mortelles, que les chaleurs de Tété rendront encore plus contagieuses.
Renvoyez des pères de famille dans leurs maisons qui se dégradent
par l'abandon, rendez-les à l'industrie qui les faisait vivre. Aucun
Français n*a ni le désir, ni le moyen de s'enfuir de vos Ëtats. Lors-
qu'une mesure de rigueur n'est pas commandée par la nécessité, elle
ne devient plus qu'une persécution.
Le citoyen Belot a construit pour Votre Excellence une machine qui
excite l'admiration des gens de l'art et qui peut être mise au rang des
ouvrages qui distinguent votre règne. Lorsque son travail a été ter-
miné, vous avez désiré le retenir à votre service; je l'ai déterminé à
accepter avec une paye d'un sequin par jour. Voilà six mois qu'il n'a
pas touché ce sequin. Il lui reste pour tout résultat de six ans de tra-
vaux une femme, trois enfants et la misère; son teskeret pour partir
lui est refusé, et si je dois l'en croire, on a voulu lui faire envisager
comme une faveur de n'être pas fait esclave, tout au moins de n'avoir
pas été jeté comme prisonnier dans le Fondouk. Vous trouverez, Excel-
lence, qu'il est plus que juste que le citoyen Belot puisse se rapatrier
avec l'ingénieur et après avoir été payé de ce qui lui est dû.
Il y a plus de quatre mois que les Français à Alger ont été rendus
chacun à leurs foyers. Les marins qui avaient été soumis aux travaux
en ont été retirés le 6 du mois passé et ne sont plus considérés que
comme prisonniers de guerre. On assure que les Français en arres-
tation dans les Ëtats du Grand Seigneur ont reçu la liberté de se
retirer, que les seuls agents de la République y sont encore retenus.
Je n'ai pas voulu vous faire part de ces changements favorables aux
Français sitôt que j'en ai eu connaissance, parce que j'ai toujours
pensé et je pense encore que, pour être juste, vous n'avez pas besoin
qu'on vous cite l'exemple d'autres souverains, et que vous pouvez leur
servir vous-même de modèle. » * {Affaires étrangères, O*^ de Tunis.)
1. Devoize à Nyssen, Consul de la République batave à Tunis. — 17 juin 1799
[99 prairial an VIT). — « Depuis Tépoque de la déplorable situation dans laquelle
se trouTent les Français à Tunis et qui date de près de six mois, j'ai écrit plu-
sieurs fois au Bey pour lui adresser quelques représentations les mieux fondées,
ie n'ai reçu aucune réponse. Ce silence me porterait à croire que ce Prince pense
peut-être que Tétat de prisonnier exclut le droit de pétition. Cependant qui mérite
I
I
392 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1799J
DBYOIZB A TALLEYRAND.
736. — Tunis, 22 juin 1799 (4 messidor an VII). — « Trois eoToyes
des rois de Portugal, de Sicile et de Sardaigne sont arrivés presque es
même temps. Les deux premiers ont terminé leur mission soas b
auspices du Consul anglais, à qui Tamiral Nelson les avait recoo-
mandés; celui de Portugal (le chevalier Pinto ') a conclu une trêve pure
et simple pour six mois...
L'Envoyé de Sicile a aussi conclu une trêve de six mois; elle a pour
objet d'assurer la communication de cette tle avec les ports des insor^s
de Malte... Il est parti, emmenant avec lui 22 Siciliens en échange et
82 Maures qui étaient esclaves à Palerme.
Le comte Porcilli, envoyé du roi de Sardaigne, était chargé des
pouvoirs de ce souverain pour traiter de Taffranchissement desSardd
enlevés, dans le mois de fructidor dernier, à Tlle Saint^Pierre. Appayé
des Consuls qui ont inspiré quelque humanité au Bey, il a eu la satis-
faction de réussir complètement et d'obtenir la liberté de plus de
800 infortunés, à un prix bien au-dessous de la rançon ordinaire. Ce
rachat coûtera cependant 2,000,000 de francs, dont le tiers devra être
payé sur-le-champ et les deux autres dans cinq ans. Les esclaves ae
seront délivrés qu'après le premier payement effectué... »
(Affaùes étrangères^ C*^ de fimit.)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
736. — Tunis, 12 juillet 1799 {24 messidor an T//). — * Ciloyeo
Ministre, Il vient d'arriver un Capidji de la Porte, accompagné d'iui
Grec, drogman du Capitan-Pacha, chargé de demander aux trois
Régences des subsides, l'affranchissement de tous les Grecs esclaves
dans ces contrées, et la restitution des prises faites sur eux, ces prises
n'ayant eu lieu qu'en vertu d'un firman par lequel le Grand Seignear
a non seulement autorisé, mais même invité les corsaires barbares-
qucs à s'emparer de tout bâtiment grec, dont l'équipage ne serait pas
mieux, qui a plus besoin d'être écouté que le malheureux? Faites-lai sentir ceU^
grande vérité. Le Directoire, étonné qu'un Prince, qui n'a reçu que des muq^^
bienveillance de sa part, traite les Français avec plus de sévérité que les aoim
souverains de la Barbarie, me reprochera peut-être de n'avoir pas su réctamer
contre cette injustice. C'est pour qu'il constate que je n'ai pas négligé cederoirqix
je vous prie, au nom du gouvernement français et comme agent d'une Puissance 1»
plus intimement alliée de la République, de remettre au Bey les deux lettres (}b(
je joins ici, dont une en français et l'autre en arabe.
Je ne vous dirai pas, citoyen, que je compte sur vos bons offices auprès du Bef,
comme vous pourriez compter sur les miens en parait cas, car je fû ^^
éprouvé. » {Affaires étrangères, C'*' de Tunis,)
2. Don Rodrigo Pinto Guedès, major général de l'escadre portugaise dans U
Méditerranée. Voy. Annales tuni/tiennes, p. 526.
-i
[1799] AVEC LA COUR DB FRANCE 393
composé en totalité de sivjets ottomans, sans en excepter le pilote et les
passagers. Le Bey se montre peu disposé à acquiescer d cette demande. »
Suivent des détails sur la campagne d'Egypte et sur les opérations des
armées de Bonaparte. (Affaires étrangères, C'*» de Tunis,)
DEYOIZE A TALLBYRAND.
737. — Tunis, 13 juillet 1799 [25 messidor an VII), — «... Les
pontons sont achevés depuis plus de quinze jours; le citoyen Notaire
Grandville et les ouvriers doivent s'embarquer incessamment sur un
bâtiment ragusais que le Bey a prêté pour les conduire à Toulon. Le
désir de revoir leur patrie, de s'éloigner d'une terre ennemie, leur a
fait mettre dans ce travail une célérité qui a été généralement admirée
et qui a étonné le Bey. Ce Prince a marqué au citoyen Grandville com-
bien il était satisfait de ces machines par le don d'un diamant de 7 à
800 francs...
J*ai un correspondant sûr à Tripoli (le citoyen Zuchet, secrétaire du
Consul batave). Un écrivain du Bey, en faveur auprès de ce Prince, me
fait parvenir quelquefois jusqu'aux originaux des lettres qu'il reçoit
ou qui tombent entre ses mains, et relatives à notre situation à Malte
•et dans le Levant; je vous prie de m'autoriser à faire quelque présent
à un homme aussi précieux dans ces circonstances, car on ne doit pas
attendre qu'un Maure rende service sans intérêt.
Je suis bien touché, ainsi que les Français prisonniers k Tunis, de
l'intérêt que le Directoire exécutif et vous personnellement voulez bien
prendre à notre situation ; elle n'est supportable que par la confiance
que nous inspire la sollicitude du gouvernement, et la consolation
que nous trouvons dans l'idée que nous appartenons à une grande
nation. Ce n'est pas avec moins de reconnaissance que tant de mal-
heureux dans le besoin apprennent l'intention du Gouvernement de
les secourir... » {Affaires étrangères, C** de Tunis,)
DEVOIZS A TALLBYRAND.
738. — Tunis, 14 juillet 1799 {26 messidor an VII). — « Citoyen
Ministre, Depuis ma détention, j'ai écrit au Bey diverses lettres dont je
crois devoir vous envoyer des copies, en vous informant des motifs qui
m'ont mis dans le cas de les écrire... Le Sahib-Tapa, qui depuis la guerre
s'est montré de la manière la plus indécente l'ennemi le plus prononcé
des Français, osa proposer une demi-piastre par jour de salaire pour
chacun des quarante- trois ouvriers chargés de la construction des
pontons, et poussa l'audace jusqu'à dire que s'ils refusaient, on saurait
bien les faire travailler par force ; le citoyen Grandville fut se plaindre
394 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1799
de ce procédé étrange; ie Sahib-Tapa lui répondit par des injures, elle
Bey le renvoya assez brusquement. Je fis insinuer k ce Prince par k
gouverneur de Porto-farine qu*aucune violence ne forcerait ces oavrkrs
à travailler, s*ils n'étaient payés en entier de leurs salaires. VoCàct
qui a donné lieu à ma première réclamation. Elle ne peut, dansltUi
où je Tai écrite, former rengagement de faire présent au Bey de c^
pontons. Je n*ai rien affirmé. Je n*ai fait que préjuger. Il était essefitir!
de faire payer les ouvriers, et ils Tout été. Je ne dois pas oublier qoek
Bey et le Sahib-Tapa ont cherché à réparer depuis par des prévenance?
le mauvais accueil qu'ils avaient fait d'abord au citoyen Grandyille.
Je me suis plaint de ce que les officiers des bâtiments de ItUi
étaient soumis aux travaux ordinaires des esclaves; peu de temps
après ils en furent retirés. Des négociants qui avaient qaelqan
denrées dans leurs magasins de la côte obtinrent la permission de lr>
vendre, mais à un homme du gouvernement qui fit presque la loi scr
les prix. J'ai témoigné au Bey ma surprise de ce que, les Tunisiens étant
ménagés en France, les Français étaient si maltraités à Tunis; de ce
qu'un Juif algérien, ayant reçu Tordre de me compter une somme, L
lui en avait fait la défense. Ma lettre ne produisit d'autre effet que
l'offre, qu'il m'envoya faire par un de ses officiers, de l'argent si j es
avais besoin. Je répondis que je ne pouvais en recevoir que des amis
de la République.
Enfin j'ai demandé la levée des scellés qui subsistent encore su
quelques magasins, le renvoi de tous les Français dans leurs maisons,
comme ils l'ont été à Alger, et enfin j'ai représenté l'injustice de vou-
loir considérer le citoyen Belot comme prisonnier de guerre, cei
artiste se trouvant à son service à l'époque de la déclaration. Mais le
Bey n'a répondu que par des arguments faux, en proposant cepeDdaot
au citoyen Belot, s'il voulait s'engager par écrit à son service pour ud
terme indéfini, de le faire payer de tous ses salaires échus, et même
pendant deux ans au moins qu'il n'aurait aucun travail à diriger; autre-
ment, que toute la faveur qu'il pourrait lui faire, sur le refus d'accepter
ces conditions, serait de le laisser libre dans la ville et de ne pas iê
renfermer dans le Fondouk. Le citoyen Belot a rejeté la proposition du
Bey en vrai républicain, et j'ai été bien aise de le voir avec ces senti-
ments, dans lesquels je le confirmerai, en lui faisant partager les
secours que la bienfaisance du Gouvernement me permet de fournir
aux Français qui se trouvent dans le besoin.
Gomme le Bey a toujours éludé de me répondre par écrit, J ai
imaginé de lui faire remettre officiellement ma dernière lettre par le
[1799] AVEC LA COUR DE FRANGE 395
Consul batave. Je joins ici la copie de la lettre que je lui ai écrite à
cette occasion ^ 11 s'est borné à lui dire que le gouverneur de Porto-
farine serait chargé de me porter ses réponses à chaque article de ma
lettre. Je ne Tai pas encore vu paraître, et le citoyen Grandville par-
tira sans doute sans que j'aie la satisfaction de vous apprendre que le
sort des Français à Tunis s'est amélioré. J'ai engagé cet ingénieur à
rappeler à ce Prince ma lettre en prenant congé de lui, et surtout
d'appuyer sur l'article des maladies qui s'étaient déjà introduites dans
le Fondouk. Il a permis seulement à deux familles dont les chefs
étaient attaqués de se rendre dans leurs maisons à Porto-farine, mais
je ne vois dans sa conduite qu'un mauvais cœur, de la mauvaise
volonté entretenue par les insinuations de son favori le Sahib-Tapa-
Le citoyen Michel porte en France le bâton avec lequel cet indigne
ministre a frappé de sa propre main des Français, excédés de fatigue
et de chaleur, qu'il a surpris prenant un instant de repos à l'abri du
soleil; le gardien trop indulgent a été encore plus mal traité et cassé.
Le citoyen Michel vous présentera encore un échantillon du biscuit
avec lequel le Bey nourrit les esclaves. J'en ai fait présenter un mor-
ceau à ce souverain; il n'a pas ordonné qu'il fût d'une meilleure qua-
lité, et sans les secours du Gouvernement tous les Français seraient
morts de faim.
En comparant le traitement que les Tunisiens trouvent dans l'huma-
nité et la générosité républicaines avec celui que nous éprouvons de la
part du Bey, on ne peut qu'être saisi de la plus vive indignation. Si
vous me permettez, citoyen Ministre, d'énoncer une opinion, elle
serait que tous les Tunisiens si libres en France fussent réunis dans
une maison de réclusion, dans un port de mer, pour que le Bey n'eût
pas le prétexte de nous envoyer dans l'intérieur des terres.
Les Tunisiens ne verront dans cette mesure qu'une juste réciprocité
provoquée par l'indifférence du Bey sur le sort de ses sujets en pays
étranger et l'oubli de ce qu'il doit à des Français.
Que notre existence ici ne soit pas un motif de continuer des ména-
gements interprétés avec trop de présomption; nous pourrons en
souffrir davantage, mais nous souffrirons du moins avec honneur. 11
est plus que ridicule que le Bey se montre plus sévère que le Dey
d'Alger; il est vrai que ce Prince est dominé par une armée de Turcs
qu'il entretient à sa solde, qui le surveillent, et dont la fidélité lui est
plus que suspecte ; mais pourquoi n'a-t-il pas imité la sage politique de
1. Voy. U note, p. 391.
396 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS '!>
A ,
son père qui les avait écartés soigneusement de son service? Je si
cessé de le lui dire ; il ne se trouverait pas à leur merci et nous aussi U
esprits sont disposés ici de manière que l'apparition d'une cmvù
suffirait pour changer la dynastie. Cette observation, plusqoetor.^
que je pourrais vous dire, vous peint la situation des Français à To^
{Affaires étrangères^ C^ de Tums.)
TALLKYRAND A DBVOIZE.
739. — Paris, 4 août 1799 {17 thermidor an Vil). — * Je^.t
remercie de Tenvoi que vous m'avez fait d'une copie du traiié piw
entre la Régence de Tunis et les États-Unis d'Amérique ^ Son artickl
m'a très étonné par l'abandon d*une immunité que toutes les nat \\
ont défendue et maintenue pour leurs pavillons.
Je vois qu'en vertu de ce traité, un Consul américain réside aaje
d'hui à Tunis, et que par là le citoyen Famin a cessé ses fooeiks^
de Consul provisoire des Etats-Unis. L'exercice qu'il en a fait esl ci-
traire à ce qui est prescrit par nos lois. Cependant, comme il estesr-
ronné de circonstances peu communes, je ne me permets à ce sajH
aucune décision positive. Je consulterai le Directoire exécutif, et llr
vraisemblable que, frappé de ces circonstances et surtout du cooraf
avec lequel le citoyen Famin réclame ce titre de Français an moir!;!
où il expose à tant de dangers, il ne prendra à son égard qut i
détermination la plus favorable que les lois lui permettront.
J'ignore dans quelle situation vous et les autres Français tous tr:^-
vez à Tunis, tant pour vos personnes que pour vos propriétés: lo
lacunes de votre correspondance sont cause de cette ignorance, çt
nuit beaucoup au système que le gouvernement doit suivre envers ie^
Tunisiens qui sont en France. Cependant ils sont traités avec douera*
et avec égard. Ils sont en pleine liberté, hors celle de sortir de la
République. Veuillez bien me donner sur la situation de la nalioca
Tunis toutes les notions, tous les renseignements que voos mrti
propres à m'éclairer.
Je n'en étais pas alarmé, diaprés la connaissance que je possède dj
caractère du Bey et de ses ministres et de la bienveillance qailsoQt
pour vous. Mais depuis quelques jours j'ai conçu des craintes sur Tti'^
compte et sur celui de la nation. Je suis informé que le Grand-Seigoe?.
sur les avis que ses alliés lui ont sans doute donnés de la douceurs^-
laquelle les Français étaient traités par les Régences, a adressai
celles-ci des firmans par lesquels il leur demande de faire passer f«^
1. Voy. la note, p. 316.
[1709] AVEC LA COUR DE FRANCE 397
nos nationaux à Constantinople. Vous sentez combien une pareille
demande a pu m'affecler pour eux, et à combien de maux elle les
livrerait, si elle pouvait être accordée. Quelque peu fondé que soit le
Grand-Seigneur dans une telle prétention, je ne suis pas rassuré. Je
crains tout ce que peut produire sur Tesprit des Régences Thabitude
des égards et des condescendances. Malheureusement je n'ai pas et le
gouvernement ne peut pas mettre à ma disposition des moyens capables
de vous éviter les malheurs qui vous attendent, si les Régences obtem-
pèrent aux désirs de la Porte. Dans cette situation, je ne puis que
vous exhorter à employer tous les moyens qui sont en votre pouvoir
pour déterminer le Bey à un refus. Mais si vous ne pouvez y parvenir,
je vous autorise à prendre, de concert avec la nation assemblée, tel
parti que les circonstances vous présenteront comme le plus propre k
vous soustraire, ainsi que les nationaux et leurs propriétés, à la dépor-
tation cruelle dont vous êtes tous menacés. Je vous laisse à cet égard la
plus vaste latitude ; quel qu'il soit, pourvu qu'il ne compromette ni votre
caractère ni le nom français, le Directoire exécutif l'approuvera, même
dans le cas où vous n'échapperiez au transport à Constantinople que par
un coup de main des Anglais semblable à celui qu'ils ont osé se per-
mettre à Tripoli'. Ne laissez échapper aucune occasion de m'écrire. »
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
DEVOIZE A HAMOUDA, BBY DE TUNIS.
740. — Tunis, 2i août i 799 {4 fructidor an VII), — « Excellence,.
Les lois de la République française autorisent le divorce et permet-
tent aux parties de se remarier après l'année expirée. Giuseppe Opizzo,
d'origine génoise, a fait divorce, par acte passé en chancellerie le
3 août 1798, et cet acte reconnaît qu'à la dite époque il se trou-
vait, par consentement mutuel, depuis plus de dix années séparé de
sa femme, laquelle habitait la maison du citoyen Barthez, avec lequel
elle s'est mariée après l'expiration de Tannée du jour du divorce.
J'ai rhonneur d'adresser à Votre Excellence le susdit acte qui con-
tient tous les documents qui peuveot éclairer sa justice, que quelques
méchants hommes cherchent en vain de surprendre, en excitant le dit
Opizzo à faire des recours auxquels il a renoncé authentiquement dans
le dit acte de divorce. »
{Archives de la Régence, Palais Dar-el-Bey, Corresp^'* avec la France,)
TALLEYRARD A DEVOIZE.
741. — PariSf 19 septembre 1799 {S"" jour complémentaire an Vil)*
— « .... Le Bey agit avec discernement en profitant de l'état de guerre
i. Voy. la note, p. 390.
398 CORRESPONDANCE DES REYS ET DES CONSULS [\:^
dans lequel il se trouve avec la République pour fortifier sestblvt
augmenter sa marine, afin de pouvoir tôt ou tard faire cesser la ■^'>
potence d'Alger k son égard; et je ne suis pas surpris que, pourac. :■
plir plus promptement ses vues politiques sur ce point, il ait eu llty-
tion d*employer à ses constructions navales les ouvriers français :.
étaient à Tunis et qui sont heureusement arrivés à Toulon. \ ,
avez bien fait de repousser la proposition quMl vous a faite à ce sa:
elle n*eûi été admissible qu'aux conditions que vous avez prop >-
à ce Prince... L'enlèvement des Français à Tripoli par les Ajt^i^
m'était connu par les détails que le citoyen Beaussier m'avait enuj-
de Gènes.
Vous devez être depuis quelque temps rassuré sur votre traDsiati.
à Gonstantinople. Alger a repoussé la demande faite par le Capidjii
Grand Seigneur; le Bey de Tunis ne peut qu'avoir suivi cet exempt
Je ne suis pas surpris des trêves conclues entre les Barbaresques:
le Portugal, la Sicile et la Sardaigne, parce qu'elles permetteotà-
trois Puissances de se livrer au blocus de Malte avec plus de sécor;
et de facilité. Je reconnais là l'influence des Anglais.
La Porte use mal de la sienne envers les Régences par ses demaodr
de subsides et d'affranchissement des esclaves grecs, etc.; il nest [i^
probable qu'elles y obtempèrent, attendu que ces demandes portei
sur leurs intérêts les plus chers. J'ai quelque espoir qu'à cette occasif^:
il naîtra entre ces Puissances quelque froideur qui pourra être allie:
nos affaires.
Je vous remercie des nouvelles que vous m^avez transmises sur ^
général Bonaparte et ses opérations. Je vous exhorte à entretenir 1*^
intelligences, afin d'avoir de Malte, d'Egypte et du Levant toutes 1^^
nouvelles qu'on reçoit dans ce port. A cet effet, je vous aatorise a
faire à votre correspondant les donatives que vous croirez propres a
exciter son zèle et son exactitude.
J'ai été profondément affecté des mauvais traitements essayés pv
les ouvriers français employés aux deux pontons. La conduite du Sabib-
Tapa à leur égard est révoltante. 11 faut être bien familier aver le>
mœurs de ces peuples pour concevoir qu'un ministre puisse desceoiin
k cet excès d'indignité. Mais que penser du Bey, de Mustapha-Kbodja
Ils manifestaient avant la rupture tant d'affection pour les Franc^^^
Cet événement l'aurait-il entièrement étouffée? Je sens bien commec'
ce Prince et son ministre ont été entraînés dans la guerre ^ctué-
mais je vous avoue que je ne m'attendais pas qu'ils y manifestasses
l'animosité dont vous me peignez les effets.
117991 AVEC LA COUR DE FRANCE 399
Je vous sais gré de la fermeté avec laquelle vous avez exposé au
Bey les justes sujets de plaintes que vous aviez contre lui et ses
ministres. Je me flatte que vos représentations auront produit quelque
heureux résultat et que vos premières lettres m*en instruiront.
Je rends justice au zèle qui vous a porté à me proposer de mettre
et) réclusion tous les Tunisiens qui sont en France. Il est d'autant plus
louable que la rigueur exercée envers eux ne pourrait qu'avoir un
f&cheux effet pour vous. Mais le Directoire exécutif, par des considé-
rations importantes, a cru devoir agir autrement envers ces étrangers.
Ils arriveront à Tunis au moment que vous recevrez cette lettre. Peut-
être ce procédé généreux, quoique conforme aux traités, détermînera-
t-ii le Bey et ses ministres à adoucir votre sort et celui de nos conci-
toyens? Saisissez cette circonstance pour obtenir au moins ce résultat,
si vous ne pouvez amener la Régence à. se conformer aux traités,
comme vient de le faire le Directoire à Tégard de ces Tunisiens.
Soyez bien convaincu que votre pénible situation est sans cesse
présente à mon souvenir et à celui du Directoire exécutif. Je le seconde
de tout mon zèle dans ses tentatives pour mettre un terme k la rigueur
de votre sort. Il faut espérer qu'elles ne seront point vaines.
Je vous prie de m'écrire le plus souvent que vous pourrez, et de ne
me rien laisser ignorer de toutes les nouvelles intéressantes qui pour-
ront venir à votre connaissance. »> {Affaires étrangères, C de Tunis,)
DKVOIZB A TALLEYRAND.
742. — Tunis, 24 octobre 1799 {4 brumaire^ an VIII), — « Citoyen
Ministre, Depuis plus de huit mois tous les Français, hors ceux pris
après la déclaration de guerre du Dey, sont libres à Alger; les Tunisiens
le sont en France, et nous sommes toujours en prison à Tunis. Il y a
plus; le Bey est prévenu depuis longtemps que ses sujets ont écrit ici,
de Paris et de Marseille, qu'ils avaient obtenu la permission de revenir
dans leur patrie ; ce Prince ne s'est pas montré plus touché de ce pro-
cédé généreux du gouvernement que des représentations que je lui
ai adressées sur une rigueur aussi inutile qu'injuste, exercée envers
des individus qui n'ont aucun moyen de s'évader, quand même ils en
auraient le désir, et qui peuvent tout aussi bien lui servir d'otages en
ayant la faculté d'habiter leurs maisons qu'entassés dans le Fondouk,
au préjudice de la commodité et de la santé de tous... »
Devoize conseille de chercher des sujets d'échange dans la prise de
quelques corsaires de la Régence, ou d'intercepter les convois de sub-
sistances que le Sahib-Tapa dirige vers la Catalogne. Depuis l'empri-
sonnement des Français, il fait à lui seul tout le commerce.... Devoize
400 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1799]
n*a plus reçu de nouvelles du Levant depuis cinq mois. Les Anglais
ont également beaucoup à souffrir des Tunisiens.
(Affaires Urangères, C^ de Tunis.)
DEYOIZE A TALLETftAND.
743. — Tunis, 25 octobre 1799 {4 brumaire, an Vllf), — Devoiie,
créancier de TAgence d*Afrique ^ pour une somme de 22,756 fra&cs.
prie Talleyrand d'intervenir auprès du Ministre de rintérieur, de q..
relève TAgence en question, pour que cette somme lui soit payée.
{Affaire» étrangères, C^ de Junu.)
DKVOIZB A TALLEYRAND.
744. — Tunis, 26 novembre 1799 [6 frimaire, an VIII), — LeB^T
a fait étrangler le Prince Younez, fils du Pacha détrôné en 1756, qn
entretenait une correspondance suspecte avec le Dey d*Alger. Hamoûà
nourrit depuis longtemps le projet de s'affranchir de la dépendance
dans laquelle le tient son voisin, mais ce qui perdra son gGayernemeoL
c*est Tentretien à son service de 5 à 6000 Turcs, toujours prêts à k
trahir. Devoize prévoit une rupture prochaine entre les deux Régences.
« ... Le Consul anglais a quitté Tunis depuis près de deux mois, pré-
venu sans doute de la détermination de son gouvernement de faire la
guerre en Barbarie. Il ne cessait de dire à ces Régences qu'elles d^
pouvaient manquer de recevoir une leçon des Russes, des Otlomansei
des Anglais pour toutes les insultes qu'elles leur ont fait subir. Si
j*ai un regret, c'est que cette leçon n'ait pas été réservée à la Répu-
blique; mais j'espère qu'elle leur donnera la dernière, la plus forte et
la plus utile.... » Devoize exprime le vœu que tous les Tumsiensse
trouvant en France soient jetés dans la maison de réclusion à Mar-
seille, et les Turcs de Toulon soumis aux travaux publics.
{Affaires étrangères, C^ de hmis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
745. — Tunis, 7 décembre 1799 [16 frimaire, an VIII], -^^
Bey ne se relâche en rien de sa rigueur. Je viens de lui demander pour
les négociants l'ouverture de leurs comptoirs où leurs papiers pour-
rissent dans l'humidité.... Le Bey est malheureusement environné de
courtisans qui ont été insultés par des Français imprudents. Ils dos
nent journellement essor à leur ressentiment, et personne ne ^^
pour nous. Mamet-Khodja, gouverneur de Porto-Farine, beau-frère de
cet Osman que vous connaissez, et tous les individus qui tiennent a
cette famille, se montrent les plus acharnés; un autre beau-frère, Mu5-
tapha-Agha, frère d'Osman, qui a accompagné dans son ambassade à
1. Voy. la note \, p. 247.
'1799] AVEC LA COUR DE FRANGE 401
Paris Mohammed-Khodja, ne manque aucune occasion de déprécier le
gouvernement français, et de s*exprimer en place publique sur notre
expédition d'Egypte de manière à me faire craindre plus d'une fois
qu'il ne réussisse à allumer le fanatisme et à Fexciter contre nous... »
(Affaires élrangéres^ C"* de Tunis.)
DEYOIZE A TALLEYBAND.
746. — Tunis, 22 décembre i799 {l""' nivôse an VIII). — « Le Bey
a ordonné au gouverneur de Porto-Farine de se rendre au Fondouk
pour me remettre, sans inspecter les cachets, les clefs de la chancel-
lerie, des comptoirs et magasins des négociants, à qui toutes leurs
propriétés se trouvent par conséquent rendues. Mes chevaux, mes
mules sont toujours dans les écuries de ce Prince et ma voiture dans
les remises du premier ministre. Je dois croire que c'est pour me les
renvoyer à la paix.
La situation de la nation renfermée dans le Fondouk n'a pas varié
depuis le 15 nivôse dernier. La garde turque qui se relève toutes les
-vingt-quatre heures m'a paru toujours choisie parmi les soldats les
plus paisibles; elle s'est conduite constamment avec la même décence
que les janissaires ordinaires attachés au Consulat. Le Fondouk n'a
pas l'air d'une prison, parce que les portes ne sont fermées, comme en
temps de paix, qu'à la nuit close; ce n'a pu être qu'avec l'autorisation
du Bey que cette garde s'est prêtée à toutes les condescendances qui
ont en quelque façon adouci notre sort. Tous ceux qui ont demandé la
permission de sortir pour leurs affaires Tout obtenue ; les étrangers et
sujets du Bey qui se sont annoncés comme ayant à me parler n'ont
jamais été repoussés. Des jeunes gens, pour se dérober au désœuvre-
ment, ont imaginé de dresser un théâtre et joué la comédie deux fois
par semaine. Le Bey n'a pas blâmé ce genre d'amusement. Les Français
pris en mer ont été dépouillés de tous leurs effets, envoyés aux travaux
publics; ils y ont été maltraités comme ceux des autres nations, ils
sont mieux traités actuellement.
La surveillance des alliés de la Porte, la présence des Capidjis^ ont
contribué dans le principe à ces rigueurs; mais ceux qui sont
venus demander notre translation à Constantinople ont été éconduits
assez brusquement. Si le Bey eût cédé â cette prétention du Grand
Seigneur, il aurait fallu subir notre destination, n'y ayant ici aucun
moyen d'évasion. Si nous restons en prison lorsque nos concitoyens
sont libres depuis plus de onze mois à Alger, nous le devons au ressen-
timent que le Bey a conservé de Timpolitique et honteux recours d'un
2Ô
402 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 1800]
Envoyé de la République ' à rintervention du Dey d'Alger, dont le Be}
a voulu montrer dans cette occasion ne pas vouloir dépendre; cest
ce que m*a insinué un des premiers officiers de la Régence.
Un fils de l'Empereur du Maroc est venu d'Egypte par terre avec use
nombreuse suite. La relation qu'il a faite au Bey de son séjour ai
Caire, de Taccueil qu'il a reçu en thermidor dernier du général Booa*
parte, de la protection qu'il a accordée à la caravane de La Mecp
contre les incursions des Arabes, a produit ici la sensation la pliu
favorable pour nous sur l'esprit du Bey et de tous ses sujets. On m
fait espérer que nous sortirons bientôt de notre prison.... »
(Affaires étrangères^ C*« de Tixnu.]
DEVOIZS A TALLBYRAND.
747. — Tunis, 7 février I SOO [t 8 pluviôse an VIII). — « Les Dégo-
ciants se plaignaient que les sujets du Bey s'appuyaient du prétexte dr
la guerre pour éluder de satisfaire à leurs engagements. Sur les repré-
sentations que j'ai faites à ce Prince, il a ordonné sur-le-champ à île
mamelouk de signifier de sa part à tous ses sujets qui se trouTaieo;
débiteurs des Français de s'acquitter envers eux. Ce mamelouk restr
à la disposition des négociants pour contraindre ceux qui se refusa
raient à les payer. » (Affaires étrangères, C*"» de Twim.)
DEVOIZB A TALLKYRAND.
748. — Tunis, 7 février i 800 [18 pluviôse an F7/i). - Le Dej
d'Alger a déclaré la guerre à l'Espagne, et le Bey de Tunis a enjoint à
M. Buzaran, Consul d'Espagne résidant près de lui ', de partir pouralie:
solliciter à Madrid la réduction à 3 0/0 du droit de 20 0/0 d'entrée que
payent toutes les denrées tunisiennes dans les ports d'Espagne.
M. Buzaran est mort subitement au milieu des préparatifs de sqd
départ. Ses procédés avaient toujours été des plus obligeants eoTer?
les Français. {Affaires étrangéf^s, C** de Tunis.)
DBVOIZE A TALLEYBAND.
749. _ Tunis, iO féviner 1800 [21 pluviôse an VIII). - ^
firman dont étaient chargés les trois Capidjis qu'une frégate anglaise
a conduits de Constantinople en Barbarie porte l'ordre précis aux trois
Régences de mettre sans délai en liberté les Grecs, les Impériaux muBu
de firmans, et les Napolitains avec passeport de Vamiral Nelson.
« La restitution des Français de la garnison de Corfou* est compri?^
dans les instructions du Capidji qui est passé k Alger. Nais j'ignorv^
i. Le citoyen Herculais, dont on a parlé précédemment.
2. Voy. Annales tunisiennes, de Rousseau, p. 241 et suiv.
3. Voy. la note i, p. 387.
[1800] AVEC LA COUR DE FRANCE 403
rinjonctîoQ particulière faite au Dey d'Alger de payer 50,000 sequins
aux ex-Vénitiens, en indemnité de la valeur de leurs bâtiments et car-
gaisons vendus, et la menace, en cas de refus, de le déclarer rebelle et de
rappeler tous les Turcs au service de la Régence. Cette menace est com-
mune au Bey de Tunis. Au départ du dernier courrier d'Alger, le Capidji
du Grand Seigneur n'avait'encore obtenu que la liberté des Grecs.
Si le Dey peut compter sur la fidélité de sa milice, il pourrait bien
saisir cette occasion de déclarer son indépendance en entraînant celle
des autres Régences. Elles offriront au gouvernement un moyen de
traiter de la paix avec la Barbarie. Mais les vaisseaux sont les meil-
leurs négociateurs pour les Barbaresques.
Les Anglais souffrent d'être humiliés par les corsaires; cependant, en
les châtiant, ils craindraient de les mettre hors d'état de nuire à la
France et de leur inspirer Tidée de s'en rapprocher. A ces deux consi-
dérations se joint le besoin de tirer de ces contrées les subsistances
nécessaires pour entretenir Mahon et les insurgés de Malte. Malgré le
peu d'égards que les corsaires ont eus pour les passeports de l'amiral
Nelson et le peu de succès de ses réclamations, le commodore Balt, qui
commande à l'ile de Malte, ne vient pas moins d'en faire passer à
Tunis vingt ouvriers et un ingénieur pour la construction d'une frégate;
dix-huit constructeurs et un ingénieur espagnols ayant la même mis-
sion sont arrivés en même temps. Tous sont aux frais des souverains
qui les envoient.
Les rois de Naples, de Portugal et de Sardaigne ont expédié ici des
ambassadeurs pour traiter d'une trêve, qui a été conclue. On retrouve
encore dans ces négociations l'influence des Anglais, qui veulent attirer
les Barbaresques dans les mers de Malte où, n'ayant plus à redouter de
bâtiments ennemis, ils seront un obstacle de plus au ravitaillement de
cetle ville. Tant d'hommages depuis si longtemps rendus, et si souvent
répétés, joints aux tributs annuels des Ëtats du Nord, ont porté l'arro-
gance des Princes de Barbarie à son comble. Au lieu de s'avouer qu'ils
n*existent que par la jalousie et les dissensions des grandes Puissances,
ils se persuadent qu'ils sont en état de leur résister et osent même les
braver. Telle est leur conduite aujourd'hui envers la France. »
(Affaires étrangères, C*" de Tunis.)
DBVOIZB A TALLBYRAND.
760. — Tunis, 21 avril 1800 {i'^ floréal an VIII). — « La sortie du
Guillaume Tell du port de Malte, avec tous les Maltais restés fidèles à la
cause de la liberté, semble annoncer la capitulation prochaine de cette
place. Elle augmentera encore les difficultés de la paix avec les
404 CORRESPONDANCE DES BEY8 ET DES CONSULS [1800]
Régences, qui suivent toij^ours pour règle de leur conduite envers les
Puissances européennes leurs succès ou leurs revers maritimes dans
les guerres qu'elles se font entre elles...
Les États-Unis d'Amérique viennent de faire présent au Bey d'an
chargement de munitions de guerre et de bois de construction embar-
qués sur une corvette arrivée le 18 germinal dernier... »
{Affaires étrangères, C^ de Tunis.)
BONAPARTB A HAMOUDA, BET DE TUNIS.
761. — Paris, 5 mai 1800 [15 floréal an Vl/I). — « Uluslre el
magnifique Seigneur,
Sur le compte favorable qui m'a été rendu de la probité, des talenls
et du zèle du citoyen Devoize, Chargé d'affaires et Commissaire général
des relations commerciales de la République française à Tunis, je me
suis déterminé à le confirmer dans ce poste, où je suis persuadé quil
continuera à mériter votre amitié et votre confiance. Je lui prescris
d'être auprès de vous Torgane de mon attachement et de ma baule
estime, et je le charge en même temps de vous présenter cette lettre
pour l'accréditer auprès de votre personne en qualité de Chargé d'affaires
et de Commissaire général des relations commerciales de laRépubliqae
française. Vous pouvez, en conséquence, ajouter foi et créance à loat
ce qu'il vous dira en mon nom, tant pour le bien du service el les inté-
rêts des Français résidant dans vos États que pour le maintien de U
bonne harmonie si heureusement rétablie entre les deux nations.
Recevez, illustre el magnifique Seigneur, l'expression sincère de m^
sentiments et de mes vœux pour votre prospérité personnelle etcellede>
États que vous gouvernez •. » {Affaires étrangêrtê, C^ de TttnU.)
1. Arrêté du Premier Consul du S mai 1800 {15 /toréai an Vlll). - « Bona-
parte, Premier Consul de la République, considérant que Tétat de guerre exisuoi
avec la Régence de Tunis ne peut qu'être contraire aux principes et aux seoi;-
ments connus du Bey, et qu'il est possible autant que désirable d'y melin u>:
terme, en discutant et en entrant en arrangement sur quelques différends qa-
s'étaient éle?és entre les deux États avant la rupture, arrête que ie citojcn
Devoize est autorisé à négocier avec ce Prince et la Régence, aux conditions indi-
quées dans les instructions que le Ministre des relations extérieures est c\ars(
de lui adresser.
En conséquence, le Premier Consul donne par ces présentes, signées de $t
main, pouvoir, commission et mandement spécial au citoyen Devoize pour traita'
et arrêter avec le Bey, son Divan, ou celui des grands de la Régence muni d'ar
plein pouvoir suffisant de leur part, tous articles, stipulations et a^rangelnent^U'
qu'ils sont énoncés dans ses instructions. Promettant le Premier Consul d'arcr
pour agréable et de tenir ferme et stable tout ce qui aura été réglé, conteDu e-
arrêté en son nom par ledit citoyen Devoize, sans soufîrir qu'il y soit apport"^
directement ou indirectement, aucun empêchement pour quelque cause que^
puisse être. Car telle est Tintention formelle du Premier Consul. En foi de quû<>
a fait mettre à ces présentes le sceau du gouvernement de la République tn^-
çaise. •
[1800] AVEC -L A COUR DE FRANCE 408
DBVOIZE A TALLBYRAND.
752. — Funis, 14 mai 1800 (24 floréal an VIII). — « Le Bey vient
de faire savoir aux commerçants de cette ville que le port d'Alexandrie
était libre... Il n*y a point eu ici comme à Alger de réjouissances
publiques à Toccasion de la capitulation qui a eu lieu...
L'importance d*avoir une paix solide avec la Barbarie ou de s'y
assurer par d'autres moyens l'extraction des substances, dans le cas
d'une guerre en Italie, n'a jamais été mieux démontrée que dans les
circonstances actuelles. Malgré les exportations de la Sardaigne et de
la Sicile, plus de 140 bâtiments chargés de denrées sur les rades de la
domination du Bey sont déjà partis pour Livourne... »
{Affaires étrangères, C'"» de Tunis,)
DBVOIZB A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
763. — Tunis, 19 mai 1800 [29 floréal an VIII). — « Illustre et
magnifique Seigneur,
Lorsque vous avez déclaré la guerre à la France, malgré les preuves
qu'elle n'a cessé de vous donner, depuis que vous régnez, de sa
bienveillance et de son désir de vivre en paix avec Votre Excellence,
j'ai conçu que cette rupture vous était commandée par les circons-
tances, et que vous ne pouviez seul résister au vœu du Grand Seigneur
et de ses alliés; mais c'était déjà une grande marque de condescen-
dance que de nous retenir prisonniers dans vos États malgré l'article
du traité qui devait nous faire espérer d'avoir la faculté de retourner
dans notre patrie; de faire esclaves et condamner aux travaux des
navigateurs qui sont venus mouiller sous vos ports dans la confiance
d'y trouver un asile sûr, avant les trois mois expirés après votre décla-
ration. Le jour que Votre Excellence me l'a signifiée, elle a eu la bonté
de m'exprimer des dispositions telles que j'étais bien éloigné de m'at-
tendre à la rigueur avec laquelle vous nous avez traités depuis. Si nous
avions commis quelques crimes, ils seraient plus qu'expiés par dix-sept
mois de prison.
Il y en a plus de seize que les Français sont libres à Alger; ils
Tétaient aussi à Tripoli. L'Empereur de Maroc n'a pas même déclaré la
guerre. Par quelle fatalité arrive-t-il que Votre Excellence, dont je n'ai
cessé de louer la sagesse et la justice, se soit distinguée des autres sou-
verains de la Barbarie par une sévérité qui fait bien des malheureux
sans aucun avantage pour Votre Excellence?
Notre expédition en Egypte a été le motif de la guerre que vous avez
déclarée à la République; la cause a cessé; l'effet doit cesser aussi.
Une capitulation honorable a eu lieu. L'armée française est sortie pai-
406 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS '1800'
siblemeatde cette province qu'elle avait conquise sans intention delà
conserver. Malgré votre déclaration de guerre, la République est restée
fidèle au traité que vous avez violé. Un parlementaire a été armé à
grands frais à Toulon pour vous ramener vos sujets; ce procédé amical
et généreux, ce premier pas d'une Puissance telle que la France vers
Votre Excellence méritait au moins qu'elle eût adouci notre sort, si elle
ne voulait pas user d'une parfaite réciprocité. Chaque jour que voqs
nous retenez après l'arrivée de vos sujets est une injure à la Répu-
blique. Quatre pères de famille, leurs femmes et vingt-cinq enfanU,
presque tous de Bizerte, sont accumulés dans la seule maison du citoyen
Mourié; les mères y ont contracté la maladie incurable dont ce négo-
ciant est mort, et dont avaient aussi été attaqués dans la même maison
les deux familles auxquelles par ce motif, et sur la demande de Tingé-
nieur Grandville, vous avez permis de retourner à Porto-Farine. Un de tos
médecins traite ces infortunés, dont le déplorable état sollicite de votre
humanité leur renvoi dans leurs foyers, ainsi que les autres individos
qui habitaient ci-devant Bizerte, où, sous l'autorité de votre gouverneur,
ils ne seront pas moins prisonniers qu'à Tunis, puisqu'il vous plait de
nous retenir comme tels.
Les officiers exempts du travail ont été soumis diverses fois, à la
M anouba, à cueillir des tleurs, des olives, des oranges. Ils ont d'abord
regardé comme une occupation agréable un travail qui ne présentait
rien de pénible et de dégoûtant, parce qu'il pouvait être utile à Votre
Excellence. Ils ne se sont plaints que d'être conduits à ce travail par
des gardiens ayant le bâton àlamain. Ces officiers ont ensuite été com-
mandés à enlever les ordures des cours de votre palais, mêlés avec des
forçats napolitains. Il y a quelques jours qu'on leur a fait transporter
à dos des tuiles jusques à deux heures après-midi. Il y a quelque temps
que votre Bachi Mamelouk fit donner la bastonnade à un de ces officiers
sans daigner l'entendre.
Voilà, Excellence, bien des humiliations dont sont abreuvés les Fran-
çais. Veuillez bien les faire cesser et rendre aux prisonniers du Fon-
douk une liberté dont ils sont privés depuis trop longtemps et dont ils
ne sauraient abuser. » {Affaires étrangères, O de Tvnis.)
754. — Paris^ 24 mai f 800(4 prairial an VU/). — Instructions pour
1 e citoyen Devoize, Commissaire général et Chargé des affaires de la
République à Tunis ' :
1. • Le premier Consul de la République ayant jugé à propos de foire passer
à Alger le citoyen Dubois-Thaînville pour y répondre à quelques ouvertores do
Dey, le Ministre des relations extérieures a remis h cet agent des instntctio&s
[iSOOJ AVEC LPk COUR DE FRANCE 407
d'après lesquelles il est autorisé à entrer en négociations avec ce Prince et sa
Régence.
L.e Ministre des relations extérieures lui a en même temps confié les présentes
instructions, avec ordre de les transmettre au citoyen Devoize aussitôt qu'il aura
acquis la certitude de réussir à Alger.
Le succès de cette première négociation ne pourra que faciliter celle qui sera
suivie & Tunis par le citoyen Devoize. Le Ministre des relations extérieures est
persuadé que Tétai de détention de ce commissaire ne saurait Tempècher de traiter
oftlcieUement auprès du Bey et de la Régence, dès qu'il les aura instruits des
ordres qui lui seront parvenus. En conséquence, le citoyen Devoize, à la réception
de ces instructions et des pleins pouvoirs qui y sont annexés, entamera la négo-
ciation aux conditions qui vont lui être indiquées.
Le principal objet de cette négociation doit être le rétablissement pur et simple
des relations politiques et commerciales de la République avec la Régence de
Tunis, telles qu'elles existaient avant la rupture, et le tout sans indemnité de part
et d'autre, sauf à régler préalablement les points de discussions et de réclamations
d'après les bases d'une exacte réciprocité.
En conséquence, le citoyen Devoize est autorisé à demander :
i"* Que celles de nos Concessions d'Afrique situées dans les États de cette
Régence soient restituées à la République de la même manière et aux mêmes con-
ditions que la France en jouissait en vertu de ses anciens traités;
â^ Que tous les effets et marchandises qu'on pourrait avoir enlevés aux Français
qui ont été retirés de cette partie de nos Concessions leur soient rendus en nature
ou leur valeur restituée;
3** Que la Régence les rétablisse et fasse conduire convenablement dans ces Con-
cessions et qu'elle les remette ainsi en possession de leurs comptoirs.
A ces conditions, le citoyen Devoize assurera le Bey que tous les arrérages dus
de la redevance annuelle lui seront totalement payés, et qu'à compter du jour de
la réintégration des Français dans leurs comptoirs, la dite redevance sera exacte-
ment acquittée par la République, sans que néanmoins la Régence puisse rien
répéter pour l'intervalle de temps écoulé depuis la rupture. Après avoir fait agréer
ces propositions, le citoyen Devoize réclamera du Bey la liberté de tous les autres
Français détenus & Tunis, ainsi que l'entière restitution de leurs papiers, effets et
propriétés, de manière que rien ne puisse les empêcher de reprendre leurs opéra-
lions de commerce ou de revenir en France aussitôt qu'ils le désireront. Cette
réclamation comprendra tous les marins et autres Individus français réduits à
l'esclavage, lesquels devront être mis sur-le-champ à la disposition du citoyen
Devoize, pour qu'il puisse les faire repasser en France à la première occasion qui
se présentera. Le gouvernement prendra de son côté des mesures pour renvoyer
dans leur patrie tous les marins tunisiens qui se trouvent dans les ports de la
République.
A ces réclamations le citoyen Devoize ajoutera toutes celles qu'il jugera devoir
faire entrer dans sa négociation; on s'en repose à cet égard sur son zèle et son
expérience. Le citoyen Devoize est également autorisé à entrer en arrangement sur
l'objet des diverses réclamations du Bey et de la Régence. C^s réclamations se
composent des articles suivants :
1"* Somme de 250,000 francs due au Juif tunisien Elias Attel;
2" La cargaison du navire ragusais Notre-Dame de bon Conseil;
^ La cargaison de blé du pinque vénitien La Fortunée, à Abraham Paz;
4" Prise tunisienne enlevée dans le golfe par une frégate française;
5*" Autre échouée sur une plage corse pillée par les habitants du pays;
6** Cinq reprises faites sur des corsaires tunisiens dans les parages de Civita-
Vecchia par deux armements français ;
7* Cinq esclaves chrétiens que le commandant de Bastia s'est fait remettre par
le reîs d'une felouque tunisienne.
Les trois premiers articles sont d'une justice reconnue et doivent par consé-
quent être mis au nombre de ceux qui seront accueillis.
Quant aux autres articles, ils se composent de réclamations dont la valeur n'a
jamais été connue du gouvernement, et sur lesquelles le Ministre des relations
extérieures n'a pas reçu de documents suffisants pour pouvoir juger s'il convient
408 • CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS ;i800;
DEVOIZB A TALLEYRAND.
766. — Tunis, iO juin i SOO {21 prairial an VIII). — Il raconlc.
d'après des lettres venues de Smyrne, les événements qui se sont passée
en Egypte après la capitulation conclue par le général Kléber, aiosi
que la victoire remportée par celui-ci sur l'armée du Grand Vizir...
{Affaires élrangèresy <?■* de Twûs.)
DEVOIZR A TALLEYRAND.
766. — Tunis y 1 6 juin i 800 {27 prairial an 17//). — « J'avais è::!!?
au Bey pour lui peindre de nouveau notre situation et les dangers qi
menaçaient 150 Français entassés dans une habitation étroite dans uiï
temps de peste. Le gouverneur de Porto-Farine a été chargé de m'ap-
porter la réponse. Il m'a paru dans l'entretien que j'ai eu avec loiqu^
nous allons enfin obtenir notre liberté; elle ne tient plus qu'à une cau-
tion pour moi. Le Consul batave s*est offert à en servir lui-même. J'ai
cru néanmoins devoir faire dire au Bey que la caution la plus solide
que je pouvais lui offrir se trouvait dans l'honneur et le devoir qui loe
prescrivaient impérieusement d^ne pas abandonner un poste confié à
mon zèle. Sidi Mustapha, dans cette occasion comme dans touilles
autres, nous a encore servis efGcacement par l'influence qu'il a con-
servée dans toutes les affaires majeures. J'attends ce soir la détermi-
nation ultérieure du Bey; tout annonce qu'elle sera favorable. »
{Affaires étrangères^ C"* de Tunis,)
DRVOIZE A TALLEYRAND.
767. — Tunis, 30 juin 1800 [ii messidor an F///). — Le jour où
Devoize se flattait d'être mis en liberté, le fils unique du Bey moarait.
« Ce souverain a été si douloureusement affecté de cette perte qu'il a
d*y avoir égard. Le citoyen Devoize n'admettra donc de ces réclama lions que ceik>
dont la légitimité lui sera bien démontrée, et il prendra les enseignements lesp;Q>
sûrs et les plus exacts pour constater et régler leur valeur.
Lorsqu'il sera d*accord avec|le Bey sur tous ces points, il lui annoncera qut le
gouvernement français s'engage formellement & y satisfaire, mais il obserrera à ce
Prince que le pa>'ément des sommes qu'il aura & répéter de la République, soU
pour lui, soit pour ses sujets, ne pourra être elTectué qu'en difTérents termes, ainsi
qu'il en aura été convenu avec le Dey d'Alger pour tout ce qui concerne les récla-
mations de cette Régence. A cet elTet le citoyen Devoize adressera au Minisire «ie^
relations extérieures un état exact et détaillé des réclamations qu'il aura adnii^
et de la valeur de chacune d'elles, et aussitôt que cet état lui sera parvenu, iJ >«r3
pris des mesures pour fixer les termes de ce payement d'une manière irrévocable.!^
Bey doit compter à cet égard sur la loyauté du gouvernement et sur sa scrupuleuse
exaclitudeà remplir les engagements qu'il aura contractés envers lui elh^égeoct
Le Ministre des relations extérieures recommande au citoyen Devoize de lui
rendre compte, par toutes les voies possibles, du résultat de la négociation dootii
est chargé, afin qu'il puisse en instruire le gouvernement, auprès duquel il sem-
pressera de faire valoir le zèle et le dévouement que ce Commissaire aura dod-
très dans cette occasion pour le service de la République. •
{Affaires étrangères, C"» de Twiii.)
[1800] AVEC LA COUR DE FRANCE 409
été inaccessible jasqu'à Tarrivée des deux Chaouchs de la Porte, dont un
pour Alger. Jamais ces sortes démissions n'ont été tenues aussi secrètes
que celle-ci. On a voulu m'assurer que les firmans du Grand Seigneur
portent les plaintes les plus amères aux Puissances de Barbarie sur la
douceur avec laquelle les Français ont été traités dans leurs Ëtats...
Ou ajoute que ces firmans portent Tinjonction de déclarer la guerre à
l'Espagne. » {Affaires étrangères, C'"* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAMD.
758. — l'unis, 2S juillet 1800 {14 ihertnidor an VIII). — Le Bey,
ayant déclaré la guerre au Danemark, a signifié au Commissaire de ce
pays de quitter Tunis. « Il a voulu se montrer fidèle observateur des
traités avec cette Puissance, pour se justifier de les avoir violés aussi
indignement avec la République. Il a affecté d'exprimer publiquement à
cette occasion le regret de ne pouvoir permettre de même aux Français
de sortir de ses États.., Il est évident que c'est par un calcul de sa
cupidité et de son avarice que ce souverain s'obstine à nous tenir entre
quatre murs, et les captifs aux travaux les plus rudes, afin que les
souffrances inspirent à ceux qui ont des facultés Tidée de se racheter.
Le Bey ne peut avoir d'autre but dans sa conduite atroce à notre égard.
J'ai cru devoir assurer positivement que le gouvernement français
ne cherchera d'autres moyens de tirer les Français de la fâcheuse
situation où ils se trouvent en Barbarie que ceux qu'il a dans sa puis-
sance, dès que les circonstances le permettront, et que jamais un
Ministre de la République ne me chargera de négocier la liberté des
Français pour de l'argent.
Les vues perfides du Bey sont démasquées. Sa cupidité insatiable est
connue; il ne peut plus les couvrir des ordres de la Porte, qu'il a tou-
jours su éluder lorsqu'ils ont contrarié ses intérêts.
Si vous me permettez de vous soumettre mon opinion, je pense
qu'une lettre bien énergique du Premier Consul de la République ou
de vous, écrite au Bey, le mettrait en considération et le déterminerait
sinon de nous renvoyer en France, comme il le devrait, au moins de
nous donner la même liberté qu'à Alger. Cette lettre ne peut aggraver
notre sort; nous ne saurions être plus mal. Nous souffrons avec cou-
rage et patience, dans la ferme confiance que tant d'outrages et d'hu-
miliations dont nous sommes abreuvés depuis plus de dix-huit mois
n'échapperont pas à la vengeance nationale.
Un officier du Bey est venu m'annoncer hier de la part de ce Prince
que tous les Français renfermés dans le Fondouk avaient la faculté d'en
sortir et d'aller où bon leur semblerait, avec la restriction d'y rentrer le
410 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [im
soir. Je n'ai cru ni convenable ni décent d'user d'une liberté qui soumet
le représentant de la République à se constituer tous les soirs prisoci-
nier sous la garde de deux soldats turcs. J'espère amener le Berî
lever cette restriction, à laquelle les négociants et autres Français ont
eu raison de ne pas s'arrêter. » (Affaire» étrangères^ C^ de Tunis.)
ARMISTICE DU 27 AOUT 1800 (9 FRUCTIDOR AN Mil).
769. — <c Armistice conclu entre Son Excellence Hamouda-Pafbi
Bey de Tunis, et le citoyen Devoize, Chargé d'affaires et Commissaire
générai des relations commerciales de France, muni des pleins poaToir$
du Premier Consul de la République pour traiter la paix avec cel^
Régence, qui, voulant faciliter les négociations qui vont s^ouvrir, coq-
viennent :
I
A commencer du 9 fructidor, toutes les hostilités seront suspendues
entre les deux nations.
II
Le Bey donnera immédiatement aux commandants de ses corsaires
et de ceux armés par ses sujets des ordres de respecter le pavillos
français ; et s'ils venaient à s'emparer de bâtiments ennemis de ii
Régence, sur lesquels se trouveraient des marchandises dont la pro-
priété française serait constatée par les manifestes et polices de
chargement, elles seront rendues sur-le-champ à qui elles apparliai-
dront. Le citoyen Devoize s'engage, de son côté, de faire défendre par
le gouvernement de la République à tous commandants de ses arme-
ments, notamment de ceux de la Corse, de courir sur le pavillon toni-
sien; et quant aux marchandises trouvées abord des bâtiments eoDeoiL^
de la République, chargées par des sujets du Bey, il sera usé de réci-
procité comme ci-dessus.
III
Tout bâtiment pris de part et d'autre, après le 9 fructidor, sera reodQ
avec ses équipages et sa cargaison.
IV
En attendant la paix définitive, les bâtiments de Tunis seront re>:QS
dans les ports de France, comme ceux de la République seront admis
dans les ports de la Régence.
V
Dans le cas de rupture du présent armistice, il est convenu qu'il sera
donné réciproquement avis de la reprise des hostilités deux mois avant
qu'elles recommencent. » Dbvojze.
{Sceau du Bey)
(L'original est aux Archives des Affaires étrangères^ Salle des traités.)
[1800] AVEC LA COUR DE FRANCE 411
DEVOIZB A TALLGTRAND.
760. — Tunis, /•' septembre 1800 {i4 fructidor an VIII). — « Je
m'empresse de vous informer que, le 9 J'ai conclu un armistice indéfini
avec le Bey. J'en joins ici une copie certifiée. J'attendrai, pour vous
faire passer Toriginal portant la version turque, l'occasion d'un navire
neutre que je viens de fréter pour transporter à Toulon tous les
esclaves français au nombre de 136, et ramener à Tunis les Tunisiens
détenus en France. Ce navire sera muni de tous les passeports qui
pourront assurer sa traversée. J'y ferai embarquer environ 60 indi-
vidus qui ne font ici qu'embarrasser la protection. Les négociants
même sont libres de partir. Quelques-uns profiteront de cette faculté.
Quoique le nombre des Tunisiens prisonniers en France soit bien
inférieur à celui des Français captifs dans les Ëtats du Bey, je n'ai
voulu consentir à aucune rançon pour l'excédent.
CSomme les Tunisiens font tout leur commerce avec l'Italie sur des
pavillons neutres, et qu'ils ont éprouvé en pleine paix diverses dépré-
dations de la part des corsaires corses^ le Bey a rédigé lui-même l'ar-
ticle II. J'ai trouvé d'autant moins d'inconvénient de l'adopter qu'il est
parfaitement conforme à l'article 11 de l'ancien traité de 1742, qu'il
faudra entièrement renouveler.
Le Garde des sceaux a beaucoup contribué par ses bons offices au
succès de cette première négociation, qui a produit la sensation la plus
favorable sur le pays. Tous ces infortunés Français prêts à succomber
sous le poids des travaux les plus rudes et les plus mauvais traitements
bénissent le gouvernement libérateur qui les rend à leur patrie... »
{Affaires étrangèrety C*'* de Tunis.)
DBVOIZE A TALLEYRAND.
761. — Tunis^ 4 9 septembre i 800 [2* jour complémentaire an VIII].
— Il appelle l'attention du Ministre sur le cas du sieur Famin, Consul
intérimaire des États-Unis à Tunis, et sur celui du sieur Requiran,
émigré, qui demandent à être réintégrés dans leurs droits de citoyens
français. (Affaires étrangères, C*"» de Tunis,)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
762. — Tunis, 20 septembre 4 800 {3* jour complémentaif^e an VIII),
— « Sitôt après avoir reçu les pouvoirs que vous m'avez adressés le
4 prairial, pour entrer en négociation avec le Bey, me trouvant encore
en état de détention, je priai le citoyen Nyssen, Commissaire batave,
d'en prévenir ce souverain et de fixer avec lui le jour où il me donne*
rait sa première audience. Le citoyen Nyssen a encore montré dans
cette occasion le zèle officieux que le crédit mérité dont il jouit auprès
412 GORUESPONDANGE DES BEYS ET DES GONSULS ll^i
du Bey a rendu plus d'une fois utile k la nation et à moi peadanlDotr»
longue détention; il vint m'apprendre lui-même les bonnes disp^
tions du Bey et qu'il me ferait appeler dès qu'il aurait termi&é arr
les Danois qui traitaient la paix; en effet, ce souverain m ecmitlt!<
de me rendre auprès de lui. Je le trouvai seul avec son favori leG&>
des sceaux. Il m'a accueilli comme je m'attendais Têtre; il se&l4
chercher à réparer dans cette première entrevue tout ce quil m\k
souffrir pendant vingt mois. 11 m'y a exposé le désir, que je croissii
cère, de renouer d'une manière solide avec la République d'andeDs^
liaisons qu'il n'avait rompues qu'à regret. Nous conviâmes en misr
temps de l'armistice, que je datai du 9, quoiqu'il n'ait été signé q>
plusieurs jours après.
... La première demande que j'ai formée a été celle da rétablie-
ment du comptoir de Tabarque *... Le Bey, à cette occasion, ma bk
rappelé l'article des redevances et autres réclamations. Je l'ai prié i:
renvoyer à un autre temps à régler les prétentions respectives, p^r
m'attacher au point principal, l'affranchissement des captifs, que dn
discussions d'intérêts, toujours orageuses en Barbarie, auraieotp.
entraver... Le Bey proposa l'échange des prisonniers homme poor
homme, grade pour grade, et que je m'engageasse à payer la rançot
ordinaire pour chaque Français qui excéderait le nombre de sessajuis
j'ai rejeté cette proposition, ayant toujours écarté tout espoir que
jamais le gouvernement de la République mit à prix d'argent la libertc
d'un Français. Le Consul anglais a tenté par toutes sortes de mtm
de croiser ma négociation... Le Bey m'a encore objecté la violaUo^de^
capitulations avec le Grand Seigneur par l'expédition d'Egypte. Je Iw
ai fait sur son indépendance comme souverain, et sur la distiDCtioDde
nos traités avec la Barbarie et de nos capitulations avec la Porte, de*
observations qui m'ont paru le frapper. Dès la seconde audience, oi
Prince a proclamé la délivrance de tous les Français...
11 restera à mon grand regret un seul Français esclave dans les Etiiî
du Bey, le citoyen Klein, de Phalsbourg; il était soldat danslerégiiBeoi
suisse qui fut désarmé à Aix, dans le principe de la Révolution. I
quitta la France, et fut pris sans patente sur un bâtiment napolitain
1. Voy. la correspondance du Consul général Devoize relative au comptoir «-
Tabarque {Archives de la Résidence français à Tunvty cartons Agence de Takr^
D'après un état des salaires des comploirs de la Compagnie d'Afrique, nous Toyoo^
à Tabarque en l':92 l'agent Burtat, à 400 francs d'appointements, 10 oM^
9 domestiques, 9 employés à Thôpilal, i2 à la mistrance, 9 boulangers, S roeuoier|
7 maçons, 7 forgerons, 18 ouvriers divers, 18 bateaux de service, 48 hommes*
garnison, 17 charretiers, 63 frégataires, en tout 227 personnes, coûUnl à U uoi-
pagnie d'Afrique 10,569 francs.
[1800] AVEC LA COUR DE FRANCE 413
Le Bey a constamment refusé de reconnaître la qualité de Français
sous ce pavillon...
L'agent d'Alger m'a offert ses offices auprès de cette Régence, sans
doute par ordre du Bey; je l'ai remercié et lui ai dit que j'avais trouvé
le Bey dans des dispositions qui me dispenseraient d'en faire usage.
J'ai toujours évité soigneusement d'avoir les moindres liaisons avec le
représentant d'Alger à Tunis. C'est peut-être à la connaissance qu*a ce
Prince que j'ai été constamment opposé à une intervention qui choque
son indépendance que je dois le succès de quelques négociations et
qu'il me voit d'un bon œil...
Le Sahib-Tapa, favori du Bey, se montre jaloux de bien mériter du gou-
vernement de la République par ses bons offices auprès de son maître.
Il me témoigne amitié et confiance... »
Devoize demande à Talleyrand quelques cadeaux pour le Sahib-Tapa :
une boîte d'or à charnière, enrichie de quelques diamants, du prix
d'environ 100 louis; pour le premier ministre et beau-frère du Bey,
pour le Bey, pour Mariano Slinca, secrétaire particulier de ce Prince
pour la correspondance italienne, « qui, sans cesse auprès du Bey, a
tous les moyens de nuire et de servir »; pour les grands écrivains,
pour les officiers du Bey, pour Sidi Redjeb ben Ayet, Grand douanier,
« un estimable Musulman qui a montré des sentiments humains pour
les esclaves français »...' Les Anglais versent l'or à pleines mains, et
ce n'est pas tant pour leurs intérêts que dans la vue de nuire aux
nôtres... * {Affaires étrangères, C»"» de Tunis,)
HAMOUDA, BEY DE TUNIS, A BONAPARTE.
763. — Tun%s^2i septembre 1800 {4^ jour complémentaire an VIII),
— « Au Premier Consul de la République française, le très honoré,
très illustre, très distingué et sincère ami Bonaparte.
La présente lettre amicale est pour vous informer que j'ai reçu voire
lettre ', par laquelle vous me dites que, sur le compte favorable qui
vous a été rendu de la probité et des talents du citoyen Devoize, com-
missaire de la République française auprès de notre Odjak victorieux,
vous vous êtes déterminé à le confirmer dans ce poste auprès de moi
i. Voy. État des présents proposés par Devoize pour le Bey et ses ministres : Pour le
Bay, deux pistolets et une carabine; — Pour le Sahib-Tapa, une boite d'or enrichie
de diamants et une lunette d'approche; — Pour Mustapha-Khodja, beau-frère du Bey,
une boite d'or; — Pour Mariano Stinca, secrétaire du Bey, une montre à répétition
et sa chaîne; — Pour les deux écrivains, deux montres, pour un total de 10,000 fr.
2. Voy. la correspondance de Mariano Slincu, secrétaire du Bey Hamouda, avec
le Consul général Devoize {Archives de la Résidence française à Tunis, cartons
Ministres et Secrétaires du Bey y 4797-1836),
3. Voy. p. 404.
414 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [iSOO]
en qualité de Chargé d'affaires et de Commissaire général, et que je
puis ajouter foi à tout ce qu'il me dira en votre nom, pour le bien
du service et pour les intérêts des négociants français dans mes Ëtats.
En conséquence et pour me conformer à vos désirs, je viens de mettre
fin à la froideur qui était survenue entre nous, et par l'entremise du
citoyen Devoiie, votre Chargé d'affaires et mon ami, je l'ai changée en
une amitié sincère, par un traité conclu en cinq articles bien conçus et
invariables, dûment signé de part et d'autre, auquel est apposé mon
grand sceau, et je l'ai remis au citoyen Devoize pour vous le faire
parvenir. Dans le cas où Ton vous ferait quelque observation sur
le présent traité que j'ai fait en considération de votre amitié,
le citoyen Devoize vous éclairera par ses dépêches sur ce dont il est
question.
Vous saurez qu'en corformité de ce même traité tous les esclaves
français qui se trouvent dans mes États ont été remis et consignés au
Commissaire Devoize, mon ami, et par réciprocité ceux qui se trouTenl
chez vous, qui ont été pris en Italie, ainsi que tous nos soldats turcs,
mariniers, qui ont été également pris pendant la rupture, vous voudrez
bien nous les envoyer par le même bâtiment qui vous porte les vôtres *,
pour se conformer k la teneur du présent traité qui a anéanti entière-
ment la froideur qui existait entre nous, et l'a changée en une amitié
sincère et indicible.
Je me flatte avec l'aide de l'Être suprême qu'à l'arrivée de la pré-
sente tout se passera avec la meilleure intelligence et la plus parfaite
amitié, conformément au contenu du présent traité. »
(Sceau) {Affaires étrangères, C*" de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
7Ô4. — Twnis, 21 septembre 1 800 {4* jour complémentaire an VIII).
— Les esclaves de Caprera, prétendant que cette lie se trouve sous la
domination de la République, réclament la protection du gouvernement
pour leur délivrance. Devoize pense que c*est au gouvernement génois à
s'occuper du sort de ces infortunés. {Affaires étrangères, C» de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
765. — Tunis, 8 octobre i 800 {i 6 vendémiaire an IX). — « Le navire
ragusais sur lequel j'ai fait embarquer 191 Français destinés pour
Toulon a appareillé le 6 de ce mois.
Le 13, une frégate anglaise est venue demander des bêtes sur pied et
des grains pour Malte. Le commandant a fait, avec beaucoup de jac-
tance rénumération d'une quantité prodigieuse de canons de tous cali-
1. Le Vélox^ brigantin ragusais chargé de conduire les captifs français à Toulon.
[4800] AVEC LA COUR DE FRANCE 415
bres et de poudre trouvés daas l'arsenal. Le Bey lui a répondu
qu'il consentirait volontiers à un échange de denrées contre ces deux
articles.
Pour mieux assurer sans doute le succès de sa demande, l'Anglais a
donné comme certaine la reprise des hostilités et une nouvelle coalition
renouée contre la République, dans laquelle il a fait entrer les rois de
Prusse, de Suède et de Danemark. » (Affaires étrangères, C»" de Tunis.)
TALLEYRAND A DBVOIZE.
766. — Paris ^ 2 novembre i 800 [il brumaire an IX). — « Le gou-
vernement est satisfait du succès de votre négociation et m'a chargé de
vous transmettre les témoignages de l'approbation qu'il donne à votre
conduite. Mais il attend de vous d'autres services non moins impor-
tants. L'insuffisance de la récolte des blés dans les départements méri-
dionaux les expose à une disette. Le gouvernement met le plus vif
intérêt à les préserver de cette calamité. Déjà il en a été écrit au
citoyen Dubois-Thainville ^ II n'aura sûrement pas manqué, aussitôt
qu'il aura eu connaissance de votre armistice, de vous instruire de mes
instructions à cet égard; je vous confirme tout ce qu'il vous aura mandé
et vous recommande, au nom du Premier Consul, de prendre les mesures
les plus efficaces pour qu'on expédie à Marseille et à Gênes la plus
grande quantité possible de grains. Veuillez vous occuper sans délai et
avec le plus grand soin de cet objet, auquel le Premier Consul attache
une importance majeure.
L'Egypte et les événements qui s'y passent sont également l'objet de
sa sollicitude. Il vous est donc recommandé d'expédier deux fois par
mois pour Alexandrie un petit bâtiment tunisien chargé de toutes les
nouvelles d'Europe et de tous les journaux, en quelque langue qu'ils
soient, qu'il vous sera possible de recueillir.
Vous aurez soin aussi de faire connaître aux capitaines de ces bâti-
ments, soit algériens, soit tunisiens, que tout navire qui apportera à
Toulon des nouvelles d'Egypte de trente-cinq jours de date recevra,
outre le prix de son fret, une gratification de i ,200 francs.
Je joins à la présente six paquets adressés au général Menou *. Vous
1. Charles-François Dubois-Thainville, commandant de Paris en ilSQ., attaché au
Ministère des relations extérieures en l'792f Chargé d'afTaires en Hollande de 1792 à
1193, commissaire des guerres, puis commissaire général à Constantinople en 1793,
en mission à Smyrne, au Caire et en Syrie, Consul général & Alger de 1800 à 1815.
Voy. Co}*respondance des Deys d'Alger avec la Cour de France, t. II, p. 489 et suiv.
2. Jacques-François baron de Menou, maréchal de camp en 1781, député de la
Touraine aux États-Généraux, en mission en Vendée, fit partie de l'expédition
d'Egypte comme général de division, devint général en chef après la mort de Kléber^
fut enfin administrateur du Piémont et gouverneur de Venise.
416 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1800]
voudrez bien les lui faire passer par six voies différentes et prendre
toutes les précautions convenables pour qu*Us lui parviennent.
Le Premier Consul, plein de confiance dans votre expérience, désire
que vous proQliez des relations que vous avez sans doute à Tripoli,
pour disposer le Pacha à faire aussi la paix avec nous, de manière que
le négociateur qui lui sera incessamment envoyé n'y éprouve, s'il est
possible, aucune difficulté. Aussitôt que le choix en aura été fait, je vous
en instruirai, ainsi que de Tépoque de son départ et de la marche que
je lui tracerai pour assurer le succès de sa mission.
Je n'insisterai pas davantage sur ces divers objets. Tous sont essen-
tiels, et je suis persuadé que vous vous occuperez de chacun d'eux avec
tout le zèle qui distingue votre administration... >
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
767. — 7 unis, 6 décembre i 800 [15 frimaire an IX). — « Lorsque
j'eus arrêté un armistice avec le Bey, ne voyant pas revenir le citoyea
Beaussier à Tripoli, je pensai que la mesure violente exercée par les
Anglais contre mon collègue avait pu vous faire juger à propos de dif-
férer de le faire repasser à son poste, pour avoir le temps de connaître
les dispositions du Pacha. Je les fis sonder par un officier maure, que
j'ai connu particulièrement, ami chaud des Français et en grande
faveur auprès de ce souverain; 11 lui répondit qu'il lui avait commu-
niqué ma lettre et qu'il était dans les plus heureuses dispositions. J'étais
au moment de vous les annoncer, lorsque le citoyen Dubois-Thainville
m'a adressé des paquets pour le chef de l'armée d'Orient, qu'il m'a dit
être de la plus grande conséquence, en m'invitant de n'épargner aucun
sacrifice pour les faire parvenir à leur destination. Alors j'ai encore
mieux senti la nécessité de renouer avec le Pacha de Tripoli, cette ville
étant le point le plus propre au rétablissement de nos communications
avec l'Egypte. Ce collègue m'a mandé qu'il serait bien d'envoyer sur les
lieux un homme de confiance pour négocier un armistice avec le Pacha.
Fort de son opinion, j'ai déterminé le citoyen Billon, agent de l'Agence
d'Afrique à Tunis*, à se charger de cette mission, certain qu'il y mettra
tout le zèle et la prudence nécessaires pour les faire réussir. Je lui ai
remis des instructions particulières et une lettre pour le Pacha. Le
citoyen Billon est encore appuyé par une recommandation très chaude
1. Voy. le Mémoire pour servir fVinstruction à Billony chargé par Devoize de
négocier rarmistice de Tripoli, 3 frimaire an IX, — et la leltre de Devoize à Toussouf,
Pacha de Tripoli, accréditant Billon pour cette négociation, 3 frimaire an IX
(Affaires étrangères^ C'* de Tunis).
[1800] AVEC LA COUR DE FRANCE 417
du Bey; il se préseatera sous les plus heureux auspices; il s'embar-
quera demain sur une frégate suédoise, aux ordres de M. Tornquist
qui, sur ma demande, lui a accordé de la meilleure grâce le passage.
Je ne mets aucun doute, citoyen Ministre, que le Pacha ne cède à la
première proposition de conclure un armistice et d'accorder des cour-
riers, dont il fera protéger la traversée par les hordes qui dépendent
de lui; il y est invité par son propre intérêt. Tripoli est appelé par sa
position à jouir des premiers avantages du commerce avec l'Egypte;
les caravanes ont repris leur marche régulière.
J'ai expressément recommandé au citoyen Billon de profiter de toutes
les occasions sûres qui se présenteront avant de quitter Tripoli de
vous informer du résultat de sa mission. Le transit des paquets sera
d'autant plus assuré dans le principe que l'attention inquiète que les
Anglais portent sur tout ce qui regarde l'Egypte ne sera pas éveillée par
la présence d'un agent de la République. Il est encore à présumer que
cet agent ne sera plus exposé à un enlèvement; devenus possesseurs de
Malte, les Anglais éviteront scrupuleusement tout ce qui pourrait altérer
la bonne intelligence avec la Régence la plus à portée de leur fournir
des approvisionnements. J'en juge par les grands sacrifices que, pour les
mêmes motifs, ils font à Alger et à Tunis pour la conserver, et souvent
aux dépens de l'honneur de leur pavillon.
Je fais part au général Menou d'un armement qui se prépare à Malte,
où l'amiral Keith vient de se rendre; il est composé de 10 vaisseaux et
18 frégates ou bricks et de 23,000 hommes de troupes, qui seront répartis
sur 50 transports. » (Affaires étrangères, C'*^ de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
768. — Tunis, 7 décembre i 800 [16 frimaire an IX). — Le parle-,
mentaire Le Vélox^ chargé de conduire ici les Tunisiens qui étaient pri-
sonniers à Toulon, est arrivé le 9 de ce mois ; ils étaient au nombre de 88.
« J'ai reçu, par cette occasion, un màt: mais je ne sais pas encore
quand j'aurai la satisfaction de voir flotter le pavillon de la République.
Lorsque j'ai informé le Bey qu'il était de nouveau arboré à Alger et
que la paix définitive y avait été conclue, ce Prince m'a répondu ({ue
les pavillons des Puissances en paix avec Alger ne battaient que sur les
maisons de campagne consulaires, qui sont hors de vue du port et de la
ville, où ils ne frappent pas comme à Tunis les yeux des officiers de
la Porte, fréquemment envoyés près des souverains de Barbarie, tou-
jours pour se plaindre des bons traitements que les Français en éprou-
vent et prescrire contre eux des mesures de rigueur. 11 a ajouté qu'il
avait de fortes raisons de s'en tenir encore pendant quelque temps à
27
418 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1801 '
l'armistice, mais que nos relations politiques et commerciales n'en
étaient pas moins rétablies par le fait, telles qu'elles existaient avant
la rupture... J'ai compris que le Bey était arrêté par la présence d'un
Capidji de la Porte...
Je ne sais plus de quels termes me servir pour démontrer la nécessité
de satisfaire Elias Attel et Abraham Paz... Ces Juifs ont fait retentir de
leurs cris la salle de justice du Bey, qui m*a dit à ce sujet des choses
très mortifiantes ; je les ai dévorées, car qu'avais-je à répliquer à un
Prince qui, pendant même la détention des Français, a contraint ses
sujets à s'acquitter envers eux?...
Sidi Mustapha, beau-frère du Bey, est mort le 19 vendémiaire d'une
goutte qui le tourmentait depuis plusieurs années. Ce Prince lui a fait
rendre les mêmes honneurs qu'à son père. Il a perdu un ministre
habile et vertueux ; son âge, ses infirmités l'avaient depuis longtemps
écarté des affaires, mais n'avaient point altéré ses sentiments pour la
France. » (Affaires éhxmgères, C«" de Tunis.)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
769. — Tunis, 20 décembre 1800 {29 frimaire an IX). — L'aviso
de la République L'Osiris, chargé de fusils, poudre et boulets pour
Alexandrie, venant de Toulon, s'est échoué le 25 dans le golfe de Porto-
Farine. Le Bey a été très affecté de l'imprudente publicité donnée par
des Français à cette expédition. Les dispositions de ce Prince sont ami-
cales, mais il a à ménager le fanatisme de son peuple et surtout des
Turcs à sa solde... Le Consul a pu se procurer un bâtiment propre à
substituer à L'Osiris. {Affaires étrangères, C»*» de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
770. — T'unis, 30 décembre i 800 (9 nivôse an IX). — « ... Le com-
merce des subsistances qui s'exportent des ports de la Barbarie est
presque tout entier entre les mains du Sahib-Tapa; il ne faut que lui
présenter l'appât d'un gain assuré pour le décider à favoriser des
envois... Les Anglais n'intercepteront pas les expéditions du ministre
du Bey; ils ont besoin des ressources d'ici pour approvisioner Mahon
et Malte... » {Affaires ilrangéresy O^ de Tunis.)
TALLEYRAND A DBVOIZE.
771. — Paris, 8 janvier 1 801 (19 nivôse an IX). — Il lui renou-
velle l'approbation donnée par le Premier Consul à sa conduite pendant
la négociation de l'armistice. Il l'autorise à faire un arrangement avec
les négociants Elias Attel et Paz, lequel « ne devra commencer à avoir
son exécution qu'après l'échange des ratifications du traité définitif
[4801] AVEC LA COUR DE FRANCE 419
avec le Bey ». Devoize recevra les présents demandés pour la cour du
Bey aussitôt après que Ton aura acquis la certitude que sa négociation
est pleinement terminée. Le Consul connaît d'ailleurs les dispositions
générales du traité à conclure : il s^agit de renouveler le traité qui
régissait, avant la rupture, nos relations politiques et commerciales avec
Tunis. Il a raison de ne pas s'occuper des esclaves de Caprera, cette
île n'étant que provisoirement occupée par les troupes françaises.
(Affaires étrangères, C'"* de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
772. — Paris^ 1 5 janvier J 801 {23 nivôse an IX). — Il prie Devoize
de faire les perquisitions nécessaires pour retrouver deux ci-devant
chevaliers français de l'Ordre de Malte, l'un le bailli de la Tour Saint-
Quentin, l'autre le chevalier de Damas-Marillac, partis de cette ile
après la capitulation de Tan VU dans l'intention de se rendre en France,
et enlevés sans doute par des corsaires barbaresques.
(Affaires étrangères^ C'*' de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
773. — Ttinw, 29^ janvier i 801 {9 pluviôse an IX). — « Après
la conclusion de notre armistice avec le Bey, ce souverain avait
expédié à Gonstantinople une corvette, sur laquelle il avait fait
embarquer Mamet-reïs en qualité d'Envoyé extraordinaire, avec de
riches présents, et ses instructions portaient d'entrer en explication
des motifs qui avaient déterminé le Bey à renouer ses liaisons avec la
France. Vous avez sans doute été instruit par mon collègue à Alger
que le Yékilhardji avait été chargé de la même mission. L'armistice
n'avait d'abord produit qu'une légère sensation à la Porte, et Mamet-reïs
qui y avait été bien accueilli était déjà rendu à Smyrne, où il avait
obtenu la permission de lever des recrues pour le Bey. Mais l'ambas-
sadeur anglais, sur un faux rapport du commissaire de sa nation à
Tunis, ou parce qu'il a bien voulu en imposer lui-même, a saisi l'inci-
dent du naufrage de UOsiris pour rendre les dispositions des Princes de
Barbarie suspectes à la Porte. Il s'est livré chez le reïs-EfTendî à tous
les excès de l'emportement : — Mon maître, a-t-il dit, épuise ses trésors,
verse le sang de ses sujets pour défendre la cause du Grand Seigneur
contre ses plus cruels ennemis, les Français, mais ils ont su se procurer
dans les Princes de la Barbarie des alliés fidèles, qui favorisent jusqu'à
leurs expéditions pour l'Egypte. Un navire français parti de Toulon,
destiné pour Alexandrie, s'est échoué sur la côte de Tunis ; il était chargé
de 6,000 fusils, boulets, poudre, et le Bey de cette Régence a fourni tous
les secours nécessaires pour le remettre en état de continuer sa mission. —
420 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1801]
C'est par cette fausse relation que Tambassadeur anglais est parvenu
à surprendre les ordres qui ont été sur-le-champ expédiés à Smyrne
d*y arrêter Mamet-reïs et de le conduire à Constantinople, où, après
avoir été très maltraité par le Gapitan-Pacha, il a été jeté dans une
maison de force avec le Vékilhardji envoyé du Dey, les Algériens et les
Tunisiens. La corvette du Bey a été désarmée; un gros navire chargé
de sucre, appartenant au Sahib-Tapa, a été séquestré, et de suite trois
Chaouchs sont partis pour venir enjoindre aux Régences de reprendre
les hostilités contre la France. Celui destiné pour Tunis est arrivé le
5 de ce mois. Il a reçu hier sa première audience ; il a parlé avec hau-
teur; le Bey lui a répondu avec dignité, en manifestant des mouvements
de colère et d'indignation, il est à désirer que ce souverain, qui s'est
montré plus d'une fois fatigué des firmans impériaux, lève enfin
l'étendard de l'indépendance...
Le Chaouch s'est plaint de voir la rade de La Goulette couverte de
bâtiments français. En effet, il y avait sur cette rade, lorsqu'il a
débarqué, deux avisos de l'État, un corsaire particulier, trois prises et
deux bâtiments marchands... Le Pacha de Tripoli a signé, le 26 fri-
maire, Tarmistice que je lui avais fait proposer, o
(Affaires élrangéi^es, C*^ de Tunis.)
DEVOIZE A TALLBYRAND.
774. — Tunisy 4 5 février iSOi [26 pluviôse an IX), — « Le Bey
m'a signifié de quitter son royaume avec tous les Français qui y sont
établis *. J'ai frété deux navires impériaux pour nous transporter à
Marseille; ils seront munis des passeports de ce Prince. Ceux qu'il a
fait délivrer sur ma demande aux bâtiments français sont des plus
étendus. Les hostilités ne commenceront, conformément à l'armistice,
que deux mois après mon départ. Au surplus, nous éprouvons dans
Texéculion des mesures que prend le Bey vis-à-vis de nous plus de pro-
cédés que l'on ne nous permettait de l'espérer... »
{Affaires étrangères^ O*^ de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
775. — Au lazaret de Marseille^ 10 avril i 801 {20 germinal an IX),
— «... Ce fut avec une répugnance extrême que le Bey céda aux solli-
i. Liste des Français prisonniers au Fondouk qui s'embarquent pour Toulon .-
Devoize, Consul général; Beliot, sa femme et ses enfants; Pech, sa femme et sa
fille; François Niperl, ex-missionnaire en Levant; Desmoulins, commis; Jean Nipert
et Pierre Noulet, boulangers; François Garbonnel, domestique; Bosch, perruquier;
Vvc Maggi; Jacques Ferrare, tailleur; Jean Pigurie, sa femme et ses enfants; Charles»
capitaine de navire; Jeanneton Pioche et Pierre Gri volas, boulangers; Ursule Baron,
de Malte.
[1801] AVEC LA COUR DE FRANCE 421
citalioDS pressantes du Gapidji de la Porte, qu'il ût réembarquer assez
brusquement, sous prétexte du désir qu'il avait de hâter la délivrance
de ses sujets détenus dans les I^tats du Grand Seigneur. Ce Prince
m'invita dès lors à le voir journellement ; il me répéta souvent : —
Avec qui m'entretiendrai-je à Tavenir de nos affaires? — Il montra une
irrésolution telle que je serais tenté de croire qu'il était déjà informé
du repentir et de la démarche du Dey d'Alger, dont je n'ai eu con-
naissance qu'ici. En réfléchissant que le gouvernement ne peut compter
sur la durée de ses liaisons avec la Barbarie, je n*ai pas osé prendre
sur moi d'insinuer au Bey de révoquer son ordre. J'ai craint que les
Français résidant à Tunis ne devinssent un jour victimes d'une mesure
pîus rigoureuse, j'ai craint surtout d'encourir le reproche d'en être la
cause.
Les dispositions favorables que les Princes de Barbarie manifestent
actuellement sont dues au changement subit du système de l'Europe, à
la coalition des Puissances du nord contre les Anglais, à leur expul-
sion des ports de la Méditerranée qui ne sont pas en leur pouvoir, et
principalement à notre rapprochement de la Russie. Il a fait une
impression profonde sur l'esprit des Régences... Le Bey, qui me parle
avec assez de franchise et de confiance, ne m'a pas dissimulé qu'il
regardait le démembrement de l'Empire ottoman comme très pro-
chain... Je quittai l'Échelle de Tunis le 22 ventôse. Les Commissaires
étrangers firent arborer leurs pavillons; nous ne reçûmes sur notre pas-
sage, de la part des sujets du Bey, que des expressions de douleur et de
regret de nous voir partir et de leur vœu pour notre prompt retour...
Le Bey a fait rendre au corsaire français qui l'avait faite une prise
qu'un Grec ottoman lui avait enlevée dans le port de LaGoulette... J'ai
cru devoir charger de l'intérim le citoyen Nyssen, Commissaire batave.
Il mérite votre confiance ^ Le citoyen Zuchet, chargé de l'intérim du
1. Devoize à Antoine Nj/ssen. — Tunis j 9 mars iSOi {/8 ventôse an IX), — «... Le
Bey m'a laissé le choix de la personne que je croirais la plus propre à entretenir
ses liaisons avec la République; il devait naturellement tomber sur Tagent d'une
Puissance intimement alliée de la République, agréable au Bey, sur l'ami qui,
pendant notre longue et cruelle détention, m'a donné personnellement et à tous
les Français les plus grandes marques dMnlérêt et d'attachement au gouvernement
de la République... »
Devoize prie donc le citoyen Nyssen d'informer le Ministre des relations exté-
rieures de tout ce qui se passera d'intéressant à Tunis, de lui transmettre les
nouvelles authentiques du Levant et surtout de l'Egypte. Il lui laisse le chiffre.
C'est à lui qu'on adressera les paquets venant d'Egypte par Tripoli... •• Comme
chargé des intérêts du gouvernement français sur cette Échelle et agréé parle Bey,
le Fondouit est sous votre protection. 11 me reste à vous prier d'entretenir le Bey
et le Sahib-Tapa dans les dispositions favorables qu'ils m'ont manifestées dans nos
derniers entretiens, et à vous inviter à encourager les spéculations en grains pour
422 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1801^
Commissariat batave à Tripoli de Barbarie, s'est conduit avec beaucoup
de zèle dans la transmission des paquets pour TËgypte... Mamet Oghiès,
ministre et favori du Pacha, sous les auspices duquel le citoyen Billon
a conclu la paix avec ce souverain, est aussi un ami chaud des Fran-
çais. Je leur ai recommandé à Tun et à l'autre les intérêts de la Répu-
blique... J'ai cru devoir conserver la jouissance du Fondouk àla nation
jusques à ce que j'eusse connaissance de vos intentions à ce sujet. Je
me suis engagé à en payer le loyer, qui se retrouvera dans celui des
magasins que j'ai fait louer avant mon départ. Un des janissaires du
Commissariat en est rei^té le gardien avec l'agrément du Bey.
M. Requiran m'a témoigné le désir de partager le sort des Français;
mais, pensant que, sous le voile de l'émigration, il peut se procurer des
avis utiles qu*il me fera passer exactement, je l'ai engagé à rester à
Tunis...
Je vous prie, citoyen Ministre, de m'accorder la permission d'aller
voir ma famille à Voiron (Isère), où j'attendrai vos ordres. Je suis con-
venu avec le Bey, avant mon départ :
i^ Que les hostilités ne recommenceront que le 22 floréal prochain;
2° Qu'elles n'auraient lieu que contre les bâtiments de guerre, notam-
ment ceux destinés pour Alexandrie qui seront de bonne prise dès à
présent, le Bey ne pouvant ordonner aux reïsde ses corsaires, qui sont
Turcs, de les respecter avant cette époque, sans se compromettre
gravement avec la Porte ;
3"^ Que les navires marchands et les neutres chargés pour compte
des sujets des deux Puissances, ceux destinés pour Malte et Mahon
exceptés, ne seraient point inquiétés;
4^ Que les équipages des bâtiments de guerre pris seraient traités en
prisonniers de guerre, exempts de travaux. »
{Affaires étrangères, C*" de Tunis,)
LE CONTHE-AMIRAL GANTEAUMB 1 A HAHOUDA, BEY DE TUNIS.
776. — A bord de « L'Indivisible it, 28 mai f 801 (8 prairial an IX),
— « Le grand, l'incomparable général Bonaparte, Premier Consul de
le midi de la France. C'est un des plus grands services que vous puissiez rendre
au gouvernement, qui en sentira le prix et qui ne tardera pas d*app!audir au choix
que j'ai fait de vous pour veiller ici à ses intérêts.
Agréez, cher et bien précieux ami, les dernières assurances d'un attachement
qui ne finira qu'avec ma vie. » {Affaires étrangéreSy C'*' de Tunis.)
i. Honoré-Josepli-Antonin comte Ganteaume.de La Ciotat, lieutenant de vaisseau
en ny:^ capitaine en 1794, chef d'état-major de Brueys pendant rexpédition
d'Égypto, ronlre-amiral commandant la division qui ramena Bonaparte en France,
chargé en 1X00 de porter secours à l'armée d'Egypte, vice-amiral et commandant
la flotte de Brest en 1803, inspecteur général des ciMes de l'Océan en 1808, membre du
Conseil d'amirauté en 1811, inspecteur général des classes et Pair de France en 1816.
[1801] AVEC LA COUR DE FRANCE 423
la République française, prenant les rênes du gouvernement, avait
rétabli les liens d*aniitié qui, depuis si longtemps, existaient entre la
France et Tunis. Pourquoi donc tes corsaires viennent-ils chaque jour
insulter noire pavillon et continuent-ils de capturer et nos bâtiments et
ceux de nos alliés transportant des subsistances destinées à nos
armées? Ces jours derniers, deux transports chargés de vivres pour les
Français qui sont sur l'île d'Elbe ont été pris dans le canal de Piombino-
Une petite corvette de la République a été attaquée en même temps et
au même lieu. Il faut que ces hostilités cessent. Je sais que le grand et
Premier Consul de la République ne veut pas te faire la guerre, parce
qu'il est ton ami et que sa colère serait terrible pour toi et ton pays ;
mais il désire que les égards soient réciproques, que tu respectes le
pavillon de la République, celui de ses alliés, et que tes bâtiments sur-
tout ne continuent plus d'enlever les subsistances qui doivent servir à
nos troupes. C'est pour parvenir à ce but qu'en chassant et arrêtant
auprès de l'ile d'Elbe, et non loin du lieu où nos bâtiments ont été
pris, tes deux corsaires, je me suis borné à les désarmer et à te les
envoyer à Tunis, ne faisant aucun mal k ceux ^ui sont à bord, afin que
tu donnes de nouvelles instructions à tes reïs relativement au pavillon
français qu'ils doivent respecter; car ils ont eu la franchise de me dire,
lorsque je les ai arrêtés, qu'ils étaient en croisière pour faire la guerre
aux Français comme tous les autres peuples avec qui la Régence de
Tunis est en guerre. '^
Puisse le témoignage d'amitié que je te donne au nom de mon gou-
vernement, en te renvoyant des bâtiments que j'étais en droit de garder,
contribuer à rétablir des liaisons qui, pour l'intérêt des deux peuples,
ne devaient jamais être rompues. Je te salue ^ »
{Affaires étrangères, C" de Tunis,)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
777. — Paris, 2 décembre i 80i {ii finmaire an X). — Invité par le
Ministre à se tenir prêt à partir pour aller renouer les liaisons avec la
Régence de Tunis, Devoize présente quelques observations relatives
aux instructions que Talleyrand se propose de lui donner.
« Jamais négociations plus intéressantes et plus délicates n'ont été
entamées à Tunis. Il s'agit de relever solennellement le pavillon
national; de faire adopter au Bey seize articles additionnels aux
1. Nifssen à Talleyrand. — Tunis, i8 mai 1891 {8 prairial an X). — Le Bey lui a
donné connaissance de la lettre de Tamiral Ganteaume, dont les termes l'ont mortiGé.
Ce Prince a affirmé que ses corsaires n'avaient capturé aucun navire français...
Nyssen lui a fait observer que Tamiral Ganteaume était en droit de capturer les
deux corsaires, et lui a conseillé de continuer à bien se conduire envers les
Français. (Affaires étrangères, C'' de Tunis.)
424 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1801]
anciens traités, tous favorables au commerce et à la navigation des
Français; de tâcher de réduire des réclamations majeures, mais
que leur légitimité mettra dans Timpossibilité d'éluder entièrement,
et d'engager en même temps ce Prince à faire droit à celles que j*ai à
lui présenter; enfin de conclure un traité définitif.
Je vous prie, citoyen Ministre, de fixer la conduite que j*ai à tenir
envers les Génois, Cisalpins, Toscans et Helvétiens esclaves à Tunis,
sujets de Puissances qui sont en quelque sorte sous la protection de la
France; il est essentiel ou que ces gouvernements passent des traités
particuliers avec le Bey, qu'ils rachètent ces infortunés, ou leur fassent,
comme les autres nations, distribuer des secours alimentaires... »
{Affairée étrangères, C*" de Tunis.)
BONAPARTE A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
778. — Paris, 5 décembre i 801 (/ 4 frimaire an X), — « Illustre et
magnifique Seigneur,
Je sais que parmi les Princes de Barbarie, ceux du royaume de Tunis
se sont toujours fait remarquer par leur affection pour la France, et que
vous n'en avez interrompu le cours qu'avec regret.
C'est dans cette confiance que je renvoie vers vous le citoyen Devoize,
à qui j'accorde la mienne. Je l'accrédite par cette lettre, afin qu'il con-
vienne avec vous des stipulations qui serviront à cimenter une heureuse
réunion. Vous y trouverez l'avantage précieux de recouvrer la bienveil-
lance d'une ^ande nation, que ses triomphes et sa gloire rendent aussi
secourable à ses amis qu'elle est redoutable pour ses ennemis.
Recevez, illustre et magnifique Seigneur, Texpression de mes senti-
ments et de mes vœux pour votre prospérité. »
{Affaires étrangères, C** de Tunis.)
TALLBYRAND A YOUSSOUP-KHODJA, PREMIER MINISTRE DU BEY DE TUNIS.
779. — Paris, 9 décembre 1 801 [18 frimaire an Jj. — « Magnifique
Seigneur,
Le Premier Consul, en prescrivant au citoyen Devoize de retourner
à Tunis, lui a remis pour le Bey une lettre dans laquelle il témoigne
à ce Prince le désir qu'il a de voir la paix promptemenl et solidement
rétablie entre les deux nations. Tel est personnellement mon vœu, et
je ne doute pas que ce soit également le vôtre. Je vous prie d'accueillir
le citoyen Devoize avec la même amitié dont vous l'avez toujours honoré,
et à laquelle le caractère de la mission dont il est chargé lui donne en
ce moment des droits particuliers.
Je désire vivement que la paix une fois rétablie soit durable ; j'y contri-
buerai de tous mes moyens. J'espère que, de votre côté, vous tendrez
[1801] AVEC LA COUR DE FRANCE 425
constamment au même but et que, par une heureuse réciprocité de
procédés satisfaisants, la bonne intelligence n'éprouvera plusd*altération.
Recevez, magnifique Seigneur, Texpression de mes sentiments d'es-
time et d'affection pour votre personne. »
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZB.
780. — Paris y 9 décembre i 801 (18 frimaire an X). — ... Les ins-
tructions qui lui furent données en Tan Vlil sont confirmées dans tous
leurs points, sauf quelques modifications ou additions qu'il tâchera de
faire insérer dans le nouveau traité :
i® Le nouveau traité devra stipuler formellement et textuellement les
renouvellement et confirmation de tous les précédents traités et notam-
ment de celui de 1742 ;
2<> Presque tous les traités de la République avec les Puissances
étrangères portent que la nation française sera considérée comme la
nation la plus favorisée. Cette clause essentielle n'existe dans aucun de
nos traités avec Tunis. C'est une omission que le citoyen Devoize tâchera
de réparer...;
3^ Le citoyen Devoizs fixera à cent et un ans la durée du présent
traité... Si Devoize trouve une opposition assez soutenue aux stipulations
proposées, il est autorisé à les modifier.
En ce qui concerne les esclaves italiens et suisses, c'est à leurs gou-
vernements respectifs qu'ils doivent adresser leurs plaintes...
{Affaires étrangères^ C'** de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
781. — PariSy 15 décembre 1 801 {24 frimaire an X). — 11 demande
le règlement des créances d'Elias Attel et d'Abraham Paz, et soumet
quelques observations au Ministre concernant le rétablissement des
maisons de commerce à Tunis et la police intérieure de l'Échelle.
« Je suis informé que plusieurs négociants, qui avaient des établisse-
ments à Tunis, se proposent d'y retourner en même temps que moi
avec des commis et des marchandises, et n'attendent que le moment
où je serai rendu à Marseille pour s'embarquer. Il me parait que leur
présence sur le pays, avant que mes négociations soient terminées, peut
avoir de graves inconvénients. Cet empressement pourrait faire penser
au Bey que nous avons besoin de la paix et le rendre plus difficile sur
les demandes que je dois lui faire, et il est trop adroit pour ne pas pro-
fiter de la position où je me trouverais. Je pense qu'il serait plus con-
venable que les négociants n'obtinssent la permission de retourner à
Tunis que lorsqu'on aura reçu en France la signature du traité de paix.
W6 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1801]
11 n^existe aucun nouveau règlement qui prescrive les formalités que
les négociants auront à remplir pour former des établissements de
commerce dans les Échelles, et y faire passer leurs régisseurs et autres
employés. Rien ne m'indique de quelle authenticité seront les pièces
qu*ils produiront et la garantie qu'ils auront donnée pour parer aux
•
inconvénients de leur inconduite et les recherches qu'elle peut occa-
sionner. Anciennement la Chambre de commerce de Marseille délivrait
les passeports des négociants et exigeait d'eux un cautionnement de
60,000 francs pour l'Échelle de Tunis. La Chambre de commerce
n'existant plus, il est indispensable qu'elle soit suppléée dans cette
fonction par quelque autorité, afin d'empêcher que des gens sans aveu,
des vagabonds, se répandent dans les Échelles, où ils ne peuvent que
compromettre et embarrasser la protection.
Le Fondouk est une appartenance du Divan, qu'un usage immémorial
a affecté au logement des Français pour le prix annuel de 600 piastres.
Il n'en est pas fait mention dans aucun traité. C'est dans ce local que
le Chargé d'affaires fait sa résidence ordîncdre et le pavillon national y
est arboré. Il comprend cinq logements distincts et séparés. Les régis-
seurs qui les occupaient avant la rupture, et dont la plupart sont retirés,
prétendent les céder à leurs successeurs en exigeant un loyer, sous
prétexte qu'ils y ont fnit des réparations (dont ils ont joui). C'est de
leur part un objet de spéculation qu'aucune considération ne peut faire
tolérer. Ils peuvent d'autant moins considérer ces logements comme
des propriétés qu'ils ont abandonné le Fondouk à l'époque de la rupture,
et qu'aucun d'eux ne s'étant présenté pour en offrir le loyer, j'ai été
obligé de répondre moi-même du payement de 600 piastres et de
demander au Bey de m'autoriser à y entretenir un janissaire pour le
garder, afin de conserver le local à la nation et d'empêcher que ce
Prince ne le fit occuper par des étrangers, comme il en avait le projet.
11 me parait que je dois être autorisé à distribuer les logements du
Fondouk aux négociants qui auront obtenu de vous la permission de
former des établissements à Tunis, après avoir été examinés par
l'autorité que vous aurez proposée k cet effet pour s'assurer de leur
moralité et de leur solvabilité. Il serait à désirer que les établissements
n'excédassent pas le nombre de trois à quatre, dans une circonstance
où le commerce de i'Ëchelle n'aura pas d'abord toute l'extension dont
il est susceptible.
Il était d'usage d'élire toutes les années un député de la nation pris
parmi les négociants. Sa fonction essentielle était d'administrer les
deniers de 1* Échelle, d'en rendre compte à la Chambre de commerce et de
[1804J AVEC LA COUR DE FRANCE 427
lui faire passer les avis qui pouvaient intéresser le commerce et la navi-
gation. La Chambre du commerce de Marseille n'existant plus, Télection
d*un député me parait par conséquent inutile jusques àTépoque de son
rétablissement, s'il a lieu.
Notre régime maritime prohibe aux Français Tachât de bâtiments de
construction étrangère; cependant le délabrement de la marine mar-
chande, après une longue guerre qui Ta laissée sans emploi, exigerait
que le commerce obtint momentanément quelque facilité à cet égard.
Il est bien difficile que la construction ait assez d'activité pour suffire à
ses premiers besoins. Je pense, en conséquence, qu'il serait avantageux
d'accorder aux négociants de Tunis la faculté d'y acheter des bâtiments
étrangers et de prise, qu'ils pourront trouver à leur convenance sur le
pays, et que je fusse muni des passeports nécessaires pour assurer leur
traversée dans nos ports. »
Devoize demande en terminant un b&tîment de guerre parlementaire
pour retourner à Tunis. {Affaires étrangères, C" de Tunis,)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
782. — jPam, ^0 décembre i SOI {29 frimaire an X). — « ... Vos
observations sur les inconvénients qu'il pourrait y avoir à ce que les
négociants de Tunis y retournassent avant la conclusion de la paix me
paraissent extrêmement justes. Mais je ne vois pas qu'on puisse
employer pour les en détourner d'autres voies que celles de la persua-
sion... Vous ne devez pas douter que je ne donne à l'avance mon
approbation à tout ce que vous pourrez leur dire dans cette vue...
En ce qui concerne les cautionnements, mon opinion n'est pas dou-
teuse : la formalité des cautionnements me parait plus que jamais
nécessaire. Mais en attendant que la question de l'autorité chargée
de recevoir les cautionnements soit résolue, le Ministère pense que
Devoize doit se contenter de la représentation des passeports...
L'établissement des députés résulte de dispositions très formelles
de l'ordonnance de 1781, et il est essentiel de l'exécuter dans tous ses
détails, autant qu'il sera possible, tant qu'elle ne sera pas abrogée ou
remplacée par une nouvelle ordonnance.
Quant à ce qui est relatif à la distribution des logements du Fon-
*douk, je m'en rapporte entièrement à ce que vous déterminerez... Il ne
me semble pas d'ailleurs que les réparations puissent jamais motiver de
la part de ceux qui les ont faites des demandes de loyer; c'est une pré-
tention qui ne peut se soutenir... » (A/Taires étrangères, C'"* de Tunis,)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
783. — Lyon, 22 janvier i 802 {2 pluviôse an X). — Le Préfet mari-
428 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1802^
lime de Toulon fait préparer un bâtiment de FÉtat pour le transporter
à son poste. Il remerciera de la part du Ministre le Commissaire des
relations bataves à Tunis de ses procédés obligeants *.
{Affaires étrangères, C** de Tunis.)
TRAITÉ DU 23 FÉVRIER 1802 (4 VENTOSE AN X).
784. — « Le Premier Consul de la République française, ayant biea
voulu renouveler les articles de paix anciennement accordés aux
Pacha, Bey et Divan de la Régence de Tunis et y en ajouter de nou-
veaux, a commis à cet effet et pour remplir ses favorables intentions
le citoyen Jacques Devoize, lequel, en vertu des pleins pouvoirs qu'il
a représentés de la part du Premier Consul de la République française,
€st convenu avec Son Excellence Hamouda-Pacha-Bey et le Divan de
Tunis des articles additionnels suivants :
I
Le Premier Consul de la République française, au nom du peuple
français, Son Excellence Hamouda-Pacha-Bey et le Divan de Tunis coq-
firment et renouvellent tous les traités précédents, notamment celui
àe 4742.
II
La nation française sera maintenue dans la jouissance des privilèges
ei exceptions dont elle jouissait avant la guerre, et, comme étant la plus
distinguée et la plus utile des autres nations établies à Tunis, elle sera
aussi la plus favorisée.
III
Lorsqu'il relâchera quelque bâtiment de guerre français à La Gou-
lette, le Commissaire de la République pourra se rendre ou envoyer
tout autre à sa place à bord, sans en être empêché.
IV
Le Commissaire de la République française choisira et changera à
son gré les drogmans et les janissaires au service du Commissariat.
V
Les marchandises venant de France sur bâtiments français, soit à
Tunis ou autres ports de sa dépendance, continueront à ne payer comme
ci-devant que 3 0/0 de douane, et le douanier ne pourra exiger ses
droits en marchandises, mais seulement en espèces ayant cours sur le
pays; les sujets tunisiens jouiront en France du même privilège.
VI
Toute marchandise provenant des pays ennemis de la Régence et
que les Français importeront à Tunis continuera à payer 10 0/0 de
1. Voy. la lettre de remerciements de Talleyrand à Nyssen, 29 thermidor an IX.
[1802] AVEC LA COUR DE FRANCE 429-
douane, et, eo cas de guerre entre la République française et une autre
Puissance, les marchandises appartenant à des Français, chargées en
France pour compte de Français et sur des pavillons neutres amis de
la Régence, ne payeront que 3 0/0 jusqu'à la cessation des hostilités; 1»
réciproque sera exercée en France à Tégard des Tunisiens.
VII
Les censaux juifs et autres étrangers résidant à Tunis au service desr
négociants et autres Français seront sous la protection de la République.
mais s'ils importent des marchandises dans le royaume, ils payeront le
droit de douane à Tinstar des Puissances dont ils seront les sujets, et
sMls ont quelque différend avec les Maures ou chrétiens du pays, ils se
rendront avec leurs parties adverses par devant le Commissaire de la
République française, où ils choisiront à leur gré deux négociants fran*
çais et deux négociants maures parmi les plus notables, pour décider de
leurs contestations.
VIII
Tout individu d'un pays qui, par conquête ou par traité, aura été^
réuni aux États de la République française, et qui se trouverait captif
dans le royaume de Tunis, sera mis en liberté sur la première réquisi-
tion du Commissaire de la République; mais si cet individu était pris
se trouvant au service et ii la solde d'une Puissance ennemie de la
Régence, il ne sera pas relâché et restera prisonnier.
IX
En cas de rupture entre les deux Puissances, les Français résidant à
Tunis ne seront inquiétés en aucune manière; il leur sera accordé un
terme de trois mois pendant lequel ils jouiront de toute sftreté et pro-^
tection, et, ce temps échu, ils pourront se retirer librement, avec leurs^
effets et leurs biens, partout où bon leur semblera. » Devoize.
(Sceau)
{UOHginal est aux Archives des Affaires étrangères, Salle des traités.)
HAMOUDA, BEY DE TUNIS, A BONAPARTE.
785. — Tunis, 8 mars i 802 (i7 ventôse an X). — « Au plus dis-
tingué parmi les sectateurs du Messie, le plus grand de ceux qui pro-
fessent la religion de Jésus, le Premier Consul de la République fran-
çaise, notre très honoré et sincère ami Bonaparte, — dont la Gn soit
heureuse et au comble du bonheur! —
La présente lettre amicale est pour vous rappeler que ci-devant (par
la permission de TÊtre suprême) il est survenu entre nous une légère
froideur, à la suite de laquelle le citoyen Devoize, votre commissaire
ici, a été obligé de se rendre auprès de vous.
430 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1802]
Maintenant d'heureux jours y ont succédé et celte froideur s'est
changée en une amitié sincère par le retour ici de notre ami le com-
missaire Devoize, qui y a repris ses fonctions et a mis fin à cette
indifférence, en rétablissant l'ancienne union et amitié, pour lesquelles
vous l'avez de nouveau éiablî et confirmé dans son poste, ainsi que
vous le mandez par votre lettre amicale qu'il m'a remise de votre part.
et dont j'ai compris tout le contenu, qui m'a satisfait.
Vous saurez qu'après m'étre entretenu avec le dît commissaire, nous
sommes convenus que les anciens traités sous la date de notre hégire
mil cent cinquante*cinq (ou de l'ère chrétienne i742) seront de part et
d'autre renouvelés, et quoiqu'il ne soit pas nécessaire d'en ajouter
d'autres, cependant, en considération de votre sincère amitié à laquelle
je dois aussi correspondre, j'ai consenti amicalement avec votre dit
commissaire à joindre aux anciens traités neuf articles nouveaux. Et
pour mieux encore resserrer et cimenter davantage notre sincère et
inaltérable amitié, notre Divan, selon l'ancien usage, a assisté à
l'installation du pavillon de la République française, lequel a été
arboré dans la maison du dit commissaire, et, par une suite de celte
même amitié qui règne entre nous, j'ai consigné et remis entre les
mains du dit commissaire trente-cinq chrétiens sujets des pays qui
étaient ci-devant ennemis de notre Régence, et qui sont aujourd'hui
sous votre domination, et ce pour vous donner une preuve plus écla-
tante de notre sincère amitié, malgré que ces mêmes chrétiens fussent
sujets des dits pays, je les ai remis en liberté ', afin que le dit commissaire
puisse vous les faire parvenir avec la présente amicale, par laquelle
je désire vous donner une preuve authentique de la vive et sincère
amitié qui règne entre nous et qui ne fera toujours qu'augmenter. »
(Sceau) Affaires étrangêreit, C* de Tunis.)
YOUSSOUF-KflODJA, PREMIER MINISTRE DU BKY DE TUNIS, A TALLEYRAND.
786. — TuniSf 15 mars I S02 [24 ventôse an X). — « Citoyen Ministre,
J'ai reçu avec une satisfaction inexprimable la lettre aussi obligeante
qu'amicale que vous m'avez fait Thonneur de m'écrire à la date du
18 frimaire dernier et qui m'a été remise par le commissaire Devoize.
Son retour a causé à mon maître un extrême plaisir. Il lui procure
l'occasion de renouveler les liens de cette antique et sincère amitié
qui a continuellement uni les deux nations depuis si longtemps.
A cet égard mes vœux sont remplis, et je m'en rapporte à ce que
1. Voy. Étal nominatif des esclaves affranchis par le Bey de Tunis et remis au Consul
général Devoize le 48 ventôse an X (Archives de la Régence, Palais Dar-el-Bey y cartons
France 1710-1883).
[1802] AVEC LA COUR DE FRANCE 431
m'écrit sur cet objet le citoyen Devoize, auquel j'ai voué une estime et
un attachement aussi durable qu'inaltérable. J'espère aussi que le
renouvellement de la paix ne le sera pas moins (si nous nous persua-
dons avoir été en guerre), et certes je contribuerai comme vous,
citoyen, de tous mes moyens à maintenir sans altération la bonne
intelligence. » {Affaires étrangères, C^' de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
787. — lunis, i 5 mars i 802 [24 ventôse an X), — « J'ai l'honneur
de vous informer que, parti de Marseille le 20 du mois passé sur le
brick de TÉtat Le Lodi, je suis arrivé le 23. On a peu d'exemples d'une
traversée aussi brève.
J'écrivis au Bey, de La Gouiette, pour lui annoncer le sujet de ma
mission; il envoya sur-le-champ à l'Agha des forts l'ordre de faire
saluer de 21 coups de canon le pavillon de la République.
Dans ma première audience, j'ai présenté au Bey la lettre du Premier
Consul et mes pouvoirs pour entrer en négociation. Je lui donnai con-
naissance des articles du nouveau traité que je venais lui proposer; i!
les a soumis d'abord à son conseil où ils ont été mûrement et longuement
pesés. J'y ai été ensuite appelé pour la discussion ; en voici le résultat :
Je n'ai trouvé aucune opposition au renouvellement des anciens traités
ni aux stipulations suivantes : Que la nation française serait la plus
favorisée dans les états de la Régence; que le commissaire de la Répu-
blique aurait la faculté de choisir et changer à son gré le courtier et les
janissaires du Commissariat; que les marchandises chargées en France
sur bâtiments français continueraient à ne payer que 3 0/0, exigibles
en espèces seulement au taux fixé par l'ancien tarif, article extrême-
ment avantageux en ce que l'estimation portée par ce tarif est bien
au-dessous de la valeur actuelle des marchandises de toute espèce.
J'ai obtenu non sans de grandes difQcultés et en insistant fortement,
comme vous me l'avez prescrit, qu'en temps de guerre seulement,
ainsi que l'exige l'intérêt de notre pavillon, les marchandises chargées
en France sur bâtiments neutres ne seraient soumises qu'au même
droit de 3 0/0. J'ai fait admettre aussi que tous les étrangers sous la
protection de France et censaux juifs au service des négociants ne
seraient subordonnés qu'à la juridiction du commissaire de la Répu-
blique, et qu'ils seraient libres de choisir pour arbitres de leurs différends
deux négociants français et deux négociants turcs, tous notables.
En rappelant au Bey la violation qu'il s'est permise de l'article XXII du
traité de 1742, en retenant la nation prisonnière en l'an Vil, j'en ai
rétabli la disposition dans les termes les plus précis... »
432 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1802]
Devoize a fait reconnaître par le Bey la réunion à la France du Pié-
mont, des îles d*Elbe et de Caprera, et délivrer des sujets de ce pays,
qui se trouvaient captifs dans les états de Tunis. Il a fait délivrer égale-
ment le citoyen Klein... « Outre l'intérêt que ce jeune homme inspire
personnellement, il est fils du citoyen Klein, chef de la 3* demi-brigade
helvétique, actuellement en garnison à Bastia. Le désir de calmer le
désespoir que respirent toutes les lettres de ce respectable père, mes
justes égards pour les recommandations du Ministre de la guerre, de
la marine et de plusieurs généraux, m^ont fait redoubler d'efforts
auprès du Bey; j'ai eu le bonheur de réussir...
J'ai insinué au Bey qu'il devait au Premier Consul de la République,
comme Président de la Cisalpine, l'hommage de la liberté de tous les
Cisalpins en captivité ; il ne s'est trouvé qu'une jeune femme (Thérèse
Galiberti, Milanaise) qu'il a délivrée sur-le-champ... d
Devoize passe ensuite aux stipulations que le Bey a éludées ou modi-
fiées : la faculté pour les commandants des bâtiments de guerre qui
relâchent à La Goulette de descendre de suite à terre pour se rendre à
Tunis; le remboursement par le douanier des droits perçus sur les
marchandises qui seraient réexportées; l'exportation des grains; l'em-
bargo sur les bâtiments chargés de denrées et destinés pour la France;
la composition des équipages français; les reïs de corsaires chassés du
service des autres Régences...
<( J'aurais pu négocier avec plus d'avantages si les régisseurs des
établissements de cette Échelle ne m'eussent fait perdre eux-mêmes
tout le fruit que je pouvais retirer de la précaution que j'avais prise
de venir ici sans eux. Ils ont écrit ici que les comestibles étaient en
France à des prix si hauts qu'ils n'avaient pas le moyen d'y vivre avec
leurs familles, et qu'ils n attendaient que mon arrivée pour s'embarquer
avec moi. D'autres, plus impatients encore, se sont adressés à des com-
missaires étrangers et leur ont demandé s'ils voudraient bien les
admettre à leur protection jusques au moment où j'aurais renoué avec
la Régence. Le Bey, instruit de tous ces faits, doué d'une pénétration
rare et très rusé, ne s'est pas mépris sur nos besoins de subsistances,
et s'est montré plus difficile sur les stipulations que j'ai dû abandonner
pour m'attacher au but principal que vous m'aviez fortement recom-
mandé, celui du prompt rétablissement de la paix; j'aime néanmoins
me flatter que vous serez satisfait du nouveau traité conclu le 4 de ce
mois. Le temps qu'il a fallu pour transporter de La Goulette et mettre
en place le mât du pavillon national a fait que je n'ai pu l'arborer que
le 13. Il l'a été avec toute la solennité praticable dans ce pays. Tous
■1802] AVEC LA COUR DE FRANCE 433
les comoHssaires étrangers et le Divan en corps y ont assisté en grande
cérémonie ; 60 bâtiments marchands russes, impériaux et ragusais ont
répondu à trois salves de l'artillerie du Lodi. J'ai donné le même jour
un dîner de 50 couverts et, la décade suivante, souper et bal.
J'ai rhonneur de vous adresser, citoyen Ministre, un des trois ori-
ginaux du nouveau traité, revêtu des signatures du Bey et du Divan.
J'en ai laissé un dans les mains de ce Prince; le troisième reste déposé
dans les archives de ce commissariat...
Les Danois et les Américains ont payé chacun environ 60,000
piastres fortes pour droits d'usage au Bey, à ses ministres, grands et
subalternes officiers de la Régence, pour arborer leur pavillon, à la
suite de la paix qu'ils ont faite récemment. J'ai été assailli de toutes
ces demandes-; 123 reïs prétendaient insolemment pour leur part
2,000 sequins vénitiens et 500 aunes de drap. Je me suis expliqué avec
le Bey; je lui ai dit que j'étais venu lui offrir et non acheter la paix,
que jamais le gouvernement français ne se soumettrait aux rede-
vances des Puissances du Nord; je n'ai fait que quelques donatives
indispensables, et j'aurai la satisfaction de n'avoir à vous présenter
dans une si grande occasion qu'un état de dépenses modéré. Cette
exemption de droit d'usage consacré par le temps a produit sur le
pays une sensation très favorable pour nous. Elle n'a pas été vue sans
jalousie par bien des représentants de Puissances étrangères.
Sitôt après la signature de la paix, j'ai présenté au Bey de la part du
Premier Consul une boite enrichie de diamants...
J'aurais désiré, citoyen Ministre, que mes opérations eussent été
suivies d'un succès plus complet. Si je n'ai pu parvenir à l'obtenir, ce n'est
pas faute d'y avoir employé tous les moyens que pouvait me suggérer
l'ambition de justifier votre confiance, et de mériter de nouvelles marques
de votre approbation. » {Affaires étrangères^ C"* de Tunis.)
BONAPARTE A DAMOUDA, BEY DE TUNIS.
788. — Paris, 7 mai i 802 (/ 7 floréal an X). — « Illustre et magni-
fique Seigneur,
J'avais toujours été porté à croire que c'était à regret que vous aviez
interrompu le cours de vos relations avec la République française.
Votre lettre et le traité de paix dont elle était accompagnée me con-
firment dans cette opinion.
Je reçois avec plaisir les témoignages particuliers d'affection que
vous me donnez; ils me flattent surtout en ce qu'ils ont valu la liberté
à un certain nombre d'esclaves provenant de pays qui sont actuelle-
ment sous la domination française.
28
434 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i802^
11 m'est doux de penser que nos rapports mutuels porteront désor-
mais le caractère de Tamitié, et cette amitié sera d'autant plus
durable que vous saurez mieux apprécier les avantages attachés à
la bienveillance d'une nation également grande et généreuse.
Recevez, illustre et magniGque Seigneur, l'expression de mes senti-
ments et de mes vœux pour votre prospérité. »
(Affaires étrangères^ C'** de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
789. — Pains, 8 mai 1802 {18 floréal an X]. — « ... Le Premier
Consul a ordonné l'insertion au Moniteur du traité que vous avez conclu
avec le Bey et m'a autorisé à vous en expédier la ratification ^ Ainsi le
Premier Consul donne à ce traité un plein et entier assentiment.
J'en ai fait vérifier la traduction par l'un des secrétaires-interprètes de
mon Département. Les deux textes lui ont en général paru se rapprocher
exactement, excepté à lartîcle YI, où il est dit : Toute marchandise pro-
venant des pays ennemis de la Régence et que les Français importeront à
Tunis continuera à payer 3 0/0 de douane. Le texte turc porte 10 0/0.
Une inexactitude aussi sensible a besoin d*explication. Le traité de 174:^,
qu'il n'était question que de renouveler, assujettit (art. X) à un droit
d'entrée de 10 0/0 les marchandises provenant des pays ennemis de la
Régence, importées par des Français. Le supplément d'instructions vous
prescrivait d'obtenir de la Régence que ce droit de 10 0/0 fût modéré
à 3 0/0 dans le cas où la République entrerait en guerre avec une autre
Puissance, et que cette modération se prolongeât pendant toute la durée
de cette même guerre. C'est ce qu'expriment les termes subséquents de
ce même article YI, quoique peut-être à cet égard ne soit-il pas assez
explicite. Il résulterait de ce rapprochement que dans la citation que
je viens de vous faire, le texte français serait fautif. Est-ce qu'il établi-
rait généralement, pour les droits à percevoir sur les marchandises
provenant des pays ennemis de la Régence, une modération qui ne doit
avoir lieu que dans le cas d'une rupture entre la République et TAn-
gleterre, et seulement pour le temps des hostilités, afin de prévenir
l'interruption de notre commerce maritime avec la Régence?
1. Ratification du traité de iSOi. — Paris, 7 mai IBOi {17 floréal an X). — • Le
Premier Cousul ayant vu et agréé le traité de paix convenu et signé avec le très
illustre et magnifique Seigneur Hamoud a-Pacha, Bey de Tunis, le 4 ventôse an X de
la République française, par le citoyen Devoize, Commissaire général et Chargé
d'afTaires de la République auprès du Bey et de la Uégence de Tunis, le Premier
Consul a trouvé ledit traité de paix conforme à ses intentions dans tous et chacun
des articles y contenus; il l'approuve, ratifie et confirme, et promet de le garder
fidèlement et de le faire exécuter, sans soufTrir qu'il y soit contrevenu directement
ni indirectement en quelque sorte et manière que ce soit. » (Affaires itrangèresj
e-' de Tunis,)
[1802] AVEC LA COUR DE FRANCE 435
Cet article VI est donc, au moins dans sa première disposition,
susceptible d'une rectification que je vous prie d'effectuer dans le sens
et en conformité de vos instructions...
La disposition en vertu de laquelle vous avez réclamé les esclaves
provenant de pays conquis n'était pas à la vérité comprise dans vos
instructions. Vous les avez à cet égard excédées avec trop d'intelligence
et de succès peur que je ne vous en témoigne pas ma satisfaction...
Je vous sais gré de la fermeté que vous avez opposée aux demandes
exagérées qui vous ont été faites à l'occasion de la paix; il est bon de
faire sentir aux Barbaresques que les présents qu'ils reçoivent de nous
ne doivent point être considérés par eux comme des tributs que nous
leur payons, mais comme des actes purement bénévoles et spontanés
qu'ils n'ont en aucune manière le' droit d'exiger... »
(Affaires étrangères, C"" de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
790. — Tunis y i 7 mai 1 802 (27 floréal an X). — Mauvais traite-
ments qu'un corsaire algérien a fait éprouver à l'équipage d'un bâti-
ment français à La Goulette. « Ces actes de prépotence, exercés sur le
territoire du Bey, sont autant d'offenses qui lui deviennent person-
nelles; il les dissimule parce qu'il n'a pas encore réuni tous les moyens
qui peuvent le mettre en état de les réprimer et de secouer une
dépendance bumiliante; il y travaille constamment; il est de sa gloire
autant que de son intérêt d'y parvenir le plus tôt qu'il pourra... »
(Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
791. — Tunis, 13 juin 1 802 [24 prairial an X). — Il demande
l'autorisation de rétablir la chapelle consulaire dans le Fondouk.
Herculais l'a fait autrefois fermer et disposa de l'autel et des ornements
en faveur de l'hôpital d'Espagne. Les dépenses de rétablissement
peuvent s'élever à 6,000 livres. (Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
UAMOUDA, BEY DE TUNIS, A BONAPARTE.
792. — Tunis, i 5 juin 1 802(26 prairial an X). — « Au très honoré
parmi les grands qui professent la religion du Messie, au plus grand
de la nation de Jésus, le Premier Consul de la République française, le
très illustre, très distingué et ami Bonaparte, — dont la fin soit heureuse
et au comble du bonheur I —
Je vous informe amicalement que la froideur qui a eu lieu ci-devant
entre nous est maintenant changée en une amitié sincère, ainsi que
vous l'avez vu par ma précédente qui accompagnait le nouveau traité
qui a été rédigé par l'entremise de votre commissaire Devoize, mon ami.
CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1801]
, depuis, reçu votre lettre amicale, dont j'ai bien compris le
m, & laquelle était jointe la ratiOcatinn du traitti et l'entière
nation des articles y contenus, ainsi que votre approbation pojr
i que votre dit commissaire & fait à ce sujet,
itenant, vu cette nouvelle amitié constante et durable entre nos
gouvernemeals, et pour qu'elle ne puisse varier en aucune
re, je vous expédie la présente lettre amicale, pour vous certifier
n côté la solidité et le maintien du contenu du présent traité, et
émoigner en même temps que je ne doute nullement qu'à son
;, avec l'aide du Tout-Puissant, vous ne désirerez que l'exacte
alion des articles du traité, qui ne peuvent et ne doivent soufTrir
changement. «
{Sceau) [Affaiifi élrangira, C de Tunis.)
DEVOlZe A TALLBVRAND.
. — Tunii, i 7 juin 1 802 (SS prairial an X), — «^ ... Le Bey a
s touché des sentiments de bienveillance et d'affection que lui
le le Premier ConHul; il m'a consulté sur la réponse à faire. Je
usinué qu'il ne pouvait correspondre aux sentiments du Premier
d'une manière qui lui tùl plus agréable qu'en lui annonçant la
!n liberté de ce qui lui restait d'esclaves originaires des pa;-s
avait fait la conquête. Je n'aurais pas désespéré de réussir dans
touvelle négociation, si des lettres récentes de Caghari n'eussent
ce que le roi de Sardaigne faisait les derniers efforts pour
r l'engagement qu'il a contracté de racheter, moyennant 1,000
is l'un, les huit èi neuf cents individus enlevés dans l'Ile Sainl-
, parmi lesquels se trouvent les infortunés exclus do ma liste
motif. Le Bey ne peut se résoudre à affranchir gratuitement des
ts dont il espère retirer la rançon. Ou le roi de Sardaigne
ndra k réaliser sa bonne volonté , ou le Bey sera bientôt
ncu de son impuissance. Dans ce dernier cas, je reviendrai sur
mande.
Licle VI du traité où il est dit : Toute marchandise provenant des
niiemis de la Régence el que les Français importeront à l'unit
tera à payer 3 0/0 de douane, renferme une erreur do transcrip-
n substituant 10 à 3 0/0, l'article se trouvera rectifié et conforme
te turc, tel que je l'avais rédigé et vous l'avais soumis. Je me
bien gardé de proposer au Bey une réduction du droit dédouane
marchandises provenant des pays étrangers, en ce qu'elle aurait
■ traire & l'intérêt de nos manufactures,
léme article VI porte que les marchandises chargées en France
[1802] AVEC LA COUR DE FRANCE 437
pour compte de Français et sur des bâtiments neutres ne payeront que
3 0/0 en temps de guerre avec quelque Puissance, jusqu'à la cessation
des hostilités. Cet article est favorable à notre commerce avec Tunis en
ce que, auparavant, les négociants forcés de se servir des bâtiments
neutres, pendant la guerre, étaient soumis à payer les droits affectés à
ces pavillons; mais cette faveur ne s'étend pas aux bâtiments neutres
chargés dans les pays ennemis de la Régence, et cela nous convient
aussi... » (Affaires étrangères, C" de Tunis.)
DEVOIZE A TALLBYRAND.
794. — Tunis, 26 juin i 802 (7 messidor an X), — « Des patrons de
bateaux corailleurs, ayant été molestés par les Algériens, sont venus à
Tunis pour me prier de solliciter pour eux le passeport du Bey. Ce
Prince a d'abord exigé d'être payé des arrérages qui lui sont dus,
depuis 1792, de la redevance annuelle de 3,000 sequins à laquelle
l'ancienne Compagnie était obligée envers lui, et demandé que je lui
donnasse par écrit ma garantie des 3,000 sequins pour cette année;
à ces conditions, il me ferait délivrer les passeports d'usage. J'ai déclaré
au Bey que je n'étais point autorisé à signer des engagements pécu-
niaires au nom de la République. Je lui ai promis, d'après vos ins-
tructions, que les arrérages échus à l'époque de la rupture lui seraient
payés, mais que je ne pourrais rien contracter pour l'avenir sans
connaître le vœu de la nouvelle Compagnie qui venait d'être créée ^
La plus grande difOculté que j'aurai à vaincre est celle de Taffluence
des bateaux. Par son traité avec le Bey, la Compagnie s'est soumise à
n'employer que 29 bateaux pêcheurs, et le Bey a fourni un pareil
nombre de passeports; après une longue et bien pénible discussion,
j'ai enfin obtenu ces 29 passeports, mais j'ai peu d'espoir d'en procurer
à ceux qui arriveront successivement et qui sont attendus. »
{Affaires étrangères, C*«» de Tunis.)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
795. — Tunis, 5 juillet i 802 {16 messidor an X). — Quatre-vingts
bateaux corailleurs se trouvent aujourd'hui à Bizerte. Le Bey a délivré
trente-cinq passeports, puis, consultant son traité avec la Compagnie, a
refusé d'en délivrer d'autres. Devoize conseille aux patrons non munis de
passeports de pécher et de transborder leur corail sur les bateaux ayant
leurs papiers en règle. Le citoyen Bottari, agent du Commissariat à
Bizerte ', a à surveiller près de 8,000 Français, pêcheurs de corail.
{Affaires étrangères, C'' de Tunis,)
1. Par arrêté du 27 nivôse an IX. Voy. la note 1, p. 247.
2. Voy. la note 1, p. 378.
CORHESPONDANCE DBS BEYS BT DES CONSULS [1802]
DE\-OIZE A TALtBTRAND.
5. — Tunis, 10 juillet iS02 {31 tneaidor an J(). — II lui envoie
listre destiné & recevoir les suffrages des Français sédentaires ou
sers à Tunis sur la question : Napoléon Bonaparte sera-l-il Consul
? « ... Vous y trouverez, citoyen Ministre, un vote unanime et
latir exprimé franchement par des Français jaloux de la gloire et
nheur de leur patrie. » {A/faim élrangirea, C" de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEÏKAND.
t. -~ Tunis, 2i juillPi / SOS (2 tkermidoran A}.— Procè^verba!
ssamblée qui a élu comme député le citoyen Jean Gay... o Nos
ssemenlB de commerce sur cette Échelle étant réduits à quatre ',
œbre, conrormémcnt k l'ordonnance, ne comporte qu'un député. •
(A/lairei étrangèifs, C" de Tunis.)
OBVOIZB A TALLEÏRAKD.
(. — Tunis, 21 juillet 1802 (2 thermidor an X). — Il accuse
tion de l'arrêté des Consuls du 6 prairial, relatif auï cautionne-
èi fournir et aux formalités à remplir par les négociants français
Dudraient s'établir à Tunis... Suit une liste des Français résidant
is '. [Affaira étrangères. C" de TunU.)
DEVOIZB A TALLBÏBAND.
a. — Tunis, 2 i juillet I SOS {2 thermidor an X). — 11 a demandé
:y une audience particulière pour lui faire reconnaître le pavillon
République italienne et l'inviter aie faire respecter par les corsaires
Régence. «Ce Prince m'a d'abord fait observer qu'il devait préala-
ent se conclure un traité entre cette nouvelle Puissance et lui,
qu'il en reconnût les couleurs; mais je lui ai objecté que l'accep-
1 par le Premier Consul de la présidence de la République italienne
&& niiison!) de Dominique Arnaud, Joseph Barthez, Jean Gayet et Jacques-
Chapelii.
existait alors sur l'Échelle 31 cilovens français, 19 tt^tnmes françaises ti
BDts : MM. Jacques Devoixe, Consul général ; Jean-Baplisle Adanson, chancelirr.
ris; t'ranrois Btllon, secrélaire, de .Marseille; Jean Gay, négociant, d'Agdc;
ic Lemsdivr, Joseph Barthei,dcNarhonne; Lazare Arnaud, de Marseille; Jean-
le Chapciié, de Marseille, négi>cïants; t^aurcDt Gay, médecin ; Antoine Faesler.
sabourg, médecin; Gaspari père, constructeur A l'orlo-Farine,et son nis Jeao
ri, agent consulaire au même poste ;COme Bottari, agent consulaire ï Bizerle;
ois Alitelto, ne k Tunis, commis; Pierre Adanson fils, de Paris, commis;
Guiraud, de NartKinne, commis; Jean-Antoine Garcin, de la Tour d'Agdr,
is; Joseph et Jean-Baptiste Sacoman, nés k Tunis, facteurs; Pran cois-Xavier
de Salin» (Jura), horloger; Jean et Bernard Eyman, de Manosque, aubergistes;
- Ciémenl. de Lyon, aubergiste; Jean-Antoine et Jean-André Sicard, d'Aubagne.
igers; Joseph Beauvois, de l'Indre, perruquier; Joseph Maquaynanl. Piémon-
Iraileur; Simon Houbaud et François Aubin, d'Aubagne, boulangers; Jem-
1 Arnaud, des Basses-Alpes, et Antoine Souliard, de Paris, cuisinier cl dômes-
du Consul général.
[i802J AVEC LA COUR DE FRANCE 439
iait si étroitement cet État à la France qu'elle devait partager les
privilèges que ses traités lui assurent en Barbarie. 11 m'a répondu qu'il
se conduirait à cet égard comme toutes les autres Puissances, qu'il
demandait quelque temps pour réfléchir, mais qu'en attendant sa
réponse ultérieure, je pouvais assurer le gouvernement qu'il était dans
son cœur d'éviter tout sujet de troubler la bonne intelligence qui
régnait si heureusement entre les deux nations.
La conduite actuelle du Bey vis-à-vis de près de cent bateaux corail-
leurs, dont soixante et dix environ pèchent en contrebande sous ses
yeux et n'en sont pas moins accueillis et secourus à Bizerte, semble
devoir garantir les bonnes dispositions de ce souverain. »
(Affables étrangères , C*'* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
800. — Tunis, 3 août i 802 [iô thermidor an X), — « ... Le 9 de ce
mois, à midi, la division composée des vaisseaux Le Scipion et Le
Duqiiesne, de la corvette La Tactique et du brick Le Furel, relâcha à La
Goulette. Le pavillon de la République a reçu les honneurs d'usage. Je
me suis rendu à bord du Scipion, afin d'y visiter le contre-amiral
Leisségues *. Demain cet officier se rendra à Tunis avec son élat-major;
après-demain, il aura audience du Bey. La leçon qu'a reçue le Dey
d'Alger a fait ici la sensation la plus favorable ^
{Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
801. — Tunis, 3 septembre i 802 {16 fructidor an X). — « L'amiral
Leisségues a débarqué le 12 août. Il a été salué de vingt et un coups
de canon en passant devant les forts de La Goulette. Le 13, il a reçu une
audience du Bey; il était accompagné de son état-major et de tous les
négociants de l'Échelle. Ce souverain lui a fait l'accueil le plus distingué.
Le 15, le général a reçu une seconde audience particulière du Bey, dans
laquelle je l'ai accompagné seul, et il n'y a assisté que son ministre et
son grand écrivain. J'ai eu pour objet de profiter de la présence de la
division pour reproduire la demande de quelques esclaves que nous
n'avons pas un droit bien fondé de réclamer, et qu'il serait très hono-
1. Coren Un-Urbain de Leisségues, volontaire en 1778, lieutenant de frégate en
1780, lieutenant de vaisseau en 179i, capitaine en 1793, contre-amiral en 1798, chef
•d'escadre en 1802, vice-amiral en 1816, retraité en 1817.
2. Voy. sur la même mission à Alger Correspondance des Deys d^Alger avec ta
Cour de France, t. II, p. 500, — et État nominatif' des esclaves faits sur Vile de Saint-
Pierre par les corsaires de la Régence de Tunis dans le mois de fructidor de Van VI,
affranchis par le Bey d'après la demande qui lui en a été faite, et embarqués à la
rade de La Goulette sur la division aux ordres du contre-amiral Leisségues, le
Î6 fructidor de Van X, savoir : 13 Piémontais, 5 Corses, 3 Français de Constantine,
«ne Tabarquine, ses trois filles et une Gapraraise. {Affaires étrangères, C" de Tunis.)
440 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1802]
rable pour la République de délivrer, parce que la plupart ont ser\i
dans ses armées. Le nombre en est grand, mais je ne suis pas sans
espoir d'en obtenir au moins une partie. Le même jour le ministre du
Bey a donné au général un diner de vingt couverts dans sa campagne. Le
général a profité de cette occasion pour lui offrir de venir à son bord ; le
ministre s'y rendra le 48. » (Affaires étrangères, C" de Tunis.)
devoize: a talleyrand.
802. — Tunis ^ 15 septembre i 802 {28 fructidor an -V). — « Le
Garde des sceaux du Bey s'est rendu à bord du Scipion; il s'est montré
extrêmement satisfait de la beauté du premier vaisseau de ligne qu'il
a vu et surtout de l'accueil qu'il y a reçu ».. Devoize a présenté au Bey
une liste d'esclaves dont il a demandé la liberté ; le Bey en délivrera 22,
à condition que le général Leissëgues paye la rançon des esclaves d'un
de ses officiers que des matelots français ont fait évader.
Ce Prince compte sur le succès des représentations que son ambas-
sadeur Mustapba Arnaout présentera au gouvernement; bien avant nos
démêlés avec Alger, le Bey avait le projet de faire passer un ambassa-
deur à Paris pour complimenter le Premier Consul sur son Consulat à
vie *. Cet officier s'embarquera sur le vaisseau Le Scipion avec le présent
en chevaux, animaux de ménagerie et divers objets de production du pays
destine au Premier Consul. » (Affaires étrangères, C de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
803. — Tunis, 16 septembre 1802 (29 fructidor an X). — « Le
général Leissëgues a pris ce matin son audience de congé '. Le Garde des
sceaux nous a ensuite invités à voir les chevaux qu'il avait choisis pour
le Premier Consul, offrant d'en faire substituer d'autres à ceux qui nous
paraîtraient ne pas convenir; il nous a paru qu'aucun n'était à rejeter.
Les chevaux sont au nombre de dix, savoir : huit, parmi lesquels deux
juments, sont destinés au Premier Consul; un pour vous, citoyen
Ministre, et un pour le Ministre de la marine.
Je ne dois pas omettre que, le 23, j'ai célébré l'élection à vie du Pre-
mier Consul. J'ai réuni dans un dîner de cinquante couverts le général
Leissëgues, son état-major, le corps des négociants et tous les agents
des Puissances étrangères ; il y a régné la gaieté la plus décente ; la santé
du Premier Consul a été portée et annoncée par cinq salves de vingt
1. Note des Tunisiens composant la suite de C Envoyé extraordinaire du Bey, savoir:
J. Pirghouly, son secrétaire-interprète; Amouda ben Ydin; Mohamet Ali Tmousj
Ali Halas, son écrivain; Suleïman, Dimitri, ses valets de confiance; Othman, son
barbier; Zibral, son cuisinier; deux noirs, ses esclaves.
2. Voy. Annales tunisiennes, p. 244.
[1802] AVEC LA COUR DE FRANCE 441
et une boîtes au Commissariat. Chaque bâtiment de la division en a fait
trois de vingt et un coups de canon. Le soir j'ai fait tirer des fusées... »
(Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
804. — Toulon, octobre 1 802 [thermidor an X). ^ Journal de séjour
à Tunis de la division française commandée par le contre-amiral Leis-
sègues, composée des vaisseaux Le Scipion et Le Duquesne^ de la cor-
vette La lactique et du brick Le Furet *.
{Affaires étrangères, C"' de Tunis,)
HAMOUDÂ, BEY DB TUNIS, A BONAPARTE.
805. — Tunis, octobre 1802 [thermidor an X). — « J'ai Thonneur de
saluer aflfectueusement notre ami le très loyal et très honorable général
Bonaparte, Premier Consul de la République française, l'honneur et la
gloire des peuples chrétiens et le plus chéri de sa nation, — dont la fln
soit heureuse ! —
Il est impossible de voir s'aflFaiblir Tamitié qui existe entre nous;
j'aime à croire même qu'elle s'augmentera de jour en jour. J'attendais
avec impatience une occasion favorable de vous donner des preuves
éclatantes de ces sentiments lorsque, avec une joie extrême, j'ai appris
que vous aviez été, par la volonté du Très-Haut, élevé à la suprême
magistrature du Gouvernement, ce dont je me réjouis très sincèrement.
Je saisis cette occasion pour vous envoyer Muslapha-Agha, attaché au
service de ma Régence. Il aura l'honneur de vous offrir de ma part
quelques présents et de vous entretenir de plusieurs affaires qui m'in-
téressent.
1. - ... Le 9 fructidor an X, Tescadre envoya à terre un ofHcier pour prendre les
ordres du Bey; le lendemain le Consul général vint à bord avec son drogman, les
forts de La Goulette saluèrent le pavillon de 21 coups de canon, rendus coup pour
coup. Le 12, le général Leissègues vint à Tunis avec son état-major, et fut salué
personnellement de 13 coups. Il se rendit au Bardo avec le Consul qui l'a présenté,
avec tous les nationaux; il a visité ensuite le premier Ministre qui lui a fait présent
d'un damas brodé d'or. Au retour du palais, le général a reçu la visite de tous les
agents des Puissances étrangères, visite qu'il a rendue le lendemain. Le 15, visite
aux jardins du Bey à la Manouba, où le premier Minisire a reçu à dîner le général
et tous ses officiers. Le 16, visite du général aux négociants français. Le même jour
le Bey a envoyé des rafraîchissements à l'escadre : 10 quintaux de riz, 10,000 pains,
30 bœufs, 40 moutons, 600 poules, 200 pigeons, 1,000 œufs, 500 melons, beurre,
huile, raisins, herbages, épices, bougies, bois et charbon. Les officiers qui appor-
tèrent ce présent reçurent 100 sequins, soit 450 piastres, conformément à l'usage.
Le 18, déjeuner offert à bord au premier Ministre du Bey et à ses officiers, au Consul
français, aux négociants et au Consul batave. Le premier Ministre fut salué de
15 coups de canon, et reçut un présent en brocarts d'or de France. Le 20, audience
du Bey et dîner offert par le Consul batave au général et à l'état-major. Le 24,
audience du Bey et délivrance de 23 esclaves, à qui des secours ont été distribués.
Le 26, repas offîért à Mustapha Arnaout, qui devait partir pour Paris sur la frégate
du général Leissègues. Le 29, audience de congé du Bey, visite aux animaux destinés
par le Bey à l'Empereur : 13 chevaux, 3 lions, 3 autruches et quelques gazelles. Le
30, départ de l'escadre. » (Affaires étrangères, C" de Tunis,)
442 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1802"]
Lorsqu'il aura Thonneur de vous les exposer, je me flatte que vous
prendrez les mesures les plus convenables pour les terminer. C'est
donc dans cette intention, ainsi que pour satisfaire l'ardent désir que
j'avais de vous présenter mes félicitations, que je vous écris la pré-
sente. Lorsque Mustapha-Agha sera, s'il plait à Dieu, rendu près de vous,
j'espère trouver, dans l'heureux résultat des conférences qu'il aura
l'honneur d'avoir avec vous sur les affaires dont il est chargé, une
preuve de votre amitié. »
(Sceau) {A/fah^s étrangères, C*'' de Tunig.)
MUSTAPUA ARNAOUT A TALLEYRAND.
806. — Toulon, 5 octobre iS02 (3 vendémiaire an XI), — « Citoyen
Ministre, Choisi par Son Excellence le Bey de Tunis, mon maître, pour
me rendre auprès du Premier Consul, j'ai l'honneur de vous annoncer
mon arrivée à Toulon sur la division aux ordres du général Leissègues ^
J'ai accepté cette honorable mission avec d'autant plus de plaisir
qu'elle me procurera l'avantage de voir le héros de la France et de
faire connaissance avec l'un de ses Ministres le plus distingués.
Le général a promis à Son Excellence le Bey, en m'accordant la
faveur de passer sur son vaisseau, d'y joindre celle de m'accompagner
k Paris, et je désire beaucoup qu'il tienne sa promesse, afin d'avoir le
plaisir de vous être présenté par un ofQcier aussi distingué. »
{Affaires étrangères, C*'» de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZB.
807. — Paris, 5 octobre 1 802 {i 3 vendémiaire an XI), — Le Dey
d'Alger vient, à la réquisition du Premier Consul, de reconnaître la
République italienne ; Devoize est prié de demander au Bey de Tunis la
même reconnaissance. (Affaires étrangères, <?•» de Tunis.)
TALLEYRAND A MUSTAPHA ARNAOUT.
808. — Paris, 5 octobre i 802 {i 3 vendémiaire an XI). — L'Envoyé
tunisien est arrivé à Paris le 26 septembre. «... J'ai appris voire
mission avec d'autant plus de plaisir que son objet tend nécessairement
à resserrer les liens de la bonne intelligence existant entre les deux
États. Le Premier Consul a donné les ordres nécessaires pour que vous
soyez traité à Toulon et pendant votre voyage avec les égards dus à
votre caractère. » (Affaires étrangères, C"» de Tunis.)
{. Voy. Lettre de Tatlrf/rand au Préfet du Rhâne, 7 floréal an XI : Il lui annonce
la visite de l'Envoyé de Tunis en compagnie du citoyen Belleteste. • D'après les
anciens usages, la municipalité de Lyon doit lui offrir le logement et un adjoint
de la mairio doit lui faire les honneurs de la ville, où il peut séjourner deux ou
trois jours, s'il lo juge h propos. Il doit aussi lui être donné une garde de 20 hommes.
L'Envoyé devra faire visite au Préfet, au général commandant et & la municipalité. •
(Affaires étimngères, C'"' de Tunis.)
[1802] AVEC LA COUR DE FRANCE 443
TALLEYRAND A DEVOIZR.
809. — Paris, 8 octobre i 802 [16 vendémiaire an XI). — Il lui recom-
mande le Docteur Frank, attaché en qualité de médecin à Tarmée
d'Egypte, et qui passe à Tunis pour y exercer sa profession *.
{Affaires étrangèi^es, C'** de Tunis.)
TALLEYRAND A DRVOIZB.
810. — Paris, 3 novembre i 802 {12 brumaire an XI). — « ... Je
suis loin de m'opposer au rétablissement de la chapelle commissariale
à Tunis. Je crois au contraire que cette mesure est sous tous les rap-
ports convenable. Mais en même temps je pense que les frais qu'elle
occasionne doivent être à la charge non pas du gouvernement, mais
du commerce, comme devant seul profiter des avantages qui en résul-
teront. Telle est la seule décision que je puisse donner à cet égard... Je
vous prie de la faire connaître à vos nationaux et de vous concerter
avec eux pour son exécution.
La lettre que le Bey vous a remise, en échange de la ratification
donnée par le Premier Consul au traité que vous avez conclu avec ce
Prince, me parait effectivement équivaloir à une ratification. Je regarde
donc Taffaire de cette négociation comme entièrement terminée... » Les
citoyens Turc et Famin sont réintégrés dans tous les droits et préroga-
tives attachés à la qualité de citoyen français. Talleyrand approuve
les mesures prises par Devoize pour assurer le libre exercice de la
pèche du corail.
« Nous ne réussirons à préserver notre navigation des violences bar-
baresques qu'en exigeant impérieusement la punition de tout corsaire
qui se permettra le plus léger outrage envers notre pavillon. Le Pre-
mier Consul veut qu'ils lui portent le plus profond respect, et dans ces
sortes d'affaires vous ne devez jamais hésiter à prendre le ton d'inflexi-
bilité. Le Premier Consul me charge de vous écrire pour que le Bey
accorde à tout bateau de pèche la permission de se rendre à la pèche du
corail et n'en restreigne pas le nombre à trente. Je réponds au Premier
Consul que son vœu à cet égard est prévenu. Je dois cependant vous le
faire connaître, afin que vous vous en autorisiez dans les représentations
que vous auriez à faire, s'il arrivait que le Bey tentât d'élever à cet
égard quelques difficultés.
Le Premier Consul me demande en outre si le Commissaire des rela-
i. Le docleur Louis Frank, d'origine belge, reçut peu de temps après le titre de
médecin du Bey de Tunis; il était le neveu du savant médecin badois Jean-Pierre
Frank, dont la célébrité était alors européenne. Il reste de Louis Frank une Des-
cription de la Régence de Tunis, publiée dans L'Univers ou Histoire et description de
tous les peuples, etc.
444 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [1802]
lions commerciales est autorisé à lever un droit de trente piastres par bâti-
ment pour les passeports qu'il donne. . . Vous aurez soin de me marquer en
vertu de quel titre et au profit de qui cette perception aurait eu lieu. Je
vous serai d'ailleurs fort obligé de m'adresser les renseignements les
plus détaillés sur les diverses rétributions auxquelles, indépendamment
de la redevance annuelle stipulée par les traités, les bateaux corail-
leurs pourraient être soumis, et de m'envoyer une copie exacte de la
dernière convention passée entre le Bey et la Compagnie d*Afrique *. »
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
DBVOIZB A TALLEYRARD.
811. — 7wnw, 19 novembre 1 802 (28 brumaire an XI), — Devoize
vient de faire une nouvelle et inutile tentative auprès du Bey, en faveur
de sept malheureux Corses vendus par ce Prince à un Juif, qui les a
ensuite revendus comme des bétes de somme dans le royaume d*Alger...
Le Bey lui a énuméré tous les dommages qu'il a soufferts à cause de la
France : — Le Capitan-Pacha, dit-il, s'est porté jusqu'à m'écrire que
j'étais devenu Français. — Excellence (répondit Devoize), le Capitan-
Pacha a sans doute voulu nous faire un compliment, car il est très
honorable d'être Français! — « Le Commissaire batave était présenta
cette discussion, qui a été une des plus vives que j'aie eue avec le Bey;
il avait été appelé pour témoigner que deux des sept individus avaient
été conduits à Tunis pendant mon séjour en France et son intérim, et
qu'ils s'étaient avoués Caprarais; qu'à cette époque il n'avait pas encore
reconnu la réunion de Caprera aux États de la République. Je lui ai
rappelé que je lui avais notifié cette réunion longtemps avant mon
départ, qu*il était vrai qu'il n'avait pas voulu la reconnaître, mais
qu'il était tout aussi vrai qu'il ne pouvait empêcher qu'un pays conquis
par les armes de la République n'appartînt à la République, et que,
dès lors, il ne fût compris dans ses traités avec la Régence...
Le Bey est très fâché d'avoir souffert la vente de ces sept Corses,
mais son amour-propre souffrirait trop de transiger avec leDeyd'AIger
et le Bey de Constantine, avec lesquels il est en froideur depuis quelque
temps. Il veut les persuader qu'il sait résister même aux demandes de
la France; en cela le Bey est très impolitique dans une circonstance
surtout où il a un ambassadeur à Paris.
Cet Envoyé se loue beaucoup, dans toutes ses lettres, de l'accueil qu'il
a reçu à Toulon et à Marseille, et des honneurs qu'on lui a prodigués ^
1. Voy. précédemment le traité de 1790.
2. - Talleyrand à Mustapha Amaout. Saint-Cloud, %7 novembre i809{e frimaire
an XI). — « Monsieur l'Envoyé, J*ai l'honneur de vous prévenir que le Premier
Consul vous recevra demain dimanche 1 du courant à midi.
[1802] AVEC LA COUR DE FRANCE 445
Je ne peux vous dissimuler, citoyen Ministre, que je désire que ces
honneurs soient restreints à de certaines bornes. Les ambassadeurs des
Régences sont trop portés à prendre pour des hommages dus à la
haute puissance de leurs maîtres les attentions délicates de la politesse
française, et ces derniers partagent bientôt cette fausse opinion... »
{Affaires étrangères y C*'* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
812. — Tunis, 2 décembre i 802 [fi frimaire an XI). — Il a fait
délivrer un Français, Dugon, qui avait été surpris, il y a quatre ans, à
Porto-Farine, fabriquant du vin en contrebande, et fait esclave. Dugon
s'était fait passer pour Sarde. C'est par M. Navoni, chargé par intérim
des affaires du Commissariat de France à Cagliari, que Devoize a appris
qu'il était Français...
Le Bey s'obstine à ne pas vouloir délivrer les sept Corses esclaves à
Alger. Devoize espère que le Premier CoqsuI demandera impérative-
ment à Sidi Mustapha Arnaout ' la prompte liberté de ces infortunés,
ainsi que de ceux qui ont été pris dans la maison du sous-commis-
Conformément au cérémonial qui sera observé dans cette audience, je ferai
trouver chez vous, à dix heures et demie, une voiture à six chevaux qui vous con-
duira à Saint-Cloud.
J'invite le commandant d'armes de la place, le général Junot, à recommander à
roffîcier qui vous accompagnera chez le Premier Consul de prendre votre heure,
pour les visites que vous aurez à faire le lendemain. »
Discours adressé à Tailet/rand par VEnvoyé de Tunis lors de sa première audience.
— 24 novembre iSOS {3 frimaire an XI). — • Le Bey de Tunis, en me chargeant de
venir féliciter en son nom le Premier Consul sur sa nomination à vie, m'a spécia-
lement recommandé d'exprimer au citoyen Ministre des nilalions extérieures les
sentiments d'estime et de considération particulières qu'il professe pour sa per-
sonne. J'espère que,. sous ses auspices, la mission honorable qui m'est confiée
contribuera & consolider les liens d'amitié et de bonne intelligence entre la
Régence de Tunis et le gouvernement français, m
Réponse de Talleyrand à VEnvoyé de Tunis. — « Je reçois avec sensibilité l'expres-
sion des sentiments que me transmet par votre organe le Bey de Tunis. En con-
courant autant qu'il dépendra de moi au succès de la mission qui vous est confiée,
je serai surtout très flatté de pouvoir vous donner des marques particulières de
mon estime pour votre personne. • (Affaires étrangères, O*^ de Tunis.)
1. Note sur la mission de Sidi Mustapha Arnaout, annvé à Paris le 18 novembre 1803
et parti le 30 avril 1804. — « Sidi Mustapha Arnaout fut logé à l'hôtel de la Grande-
Bretagne, rue Saint-Honoré ; sa suite se composait de dix personnes, savoir : son
secrétaire-interprète, deux négociants tunisiens, qui voulurent bien le suivre de
Marseille, son écrivain, deux valets de confiance, son barbier, son cuisinier et
deux esclaves noirs. Cet Envoyé se présenta à l'audience du Ministre des AfTaires
étrangères, accompagné de l'officier qui avait été désigné à cet efTet par le com-
mandant d'armes de la place de Paris, de l'interprète du Ministère et de son propre
secrétaire-interprète. Une personne choisie par le Ministre le reçut au bas de
l'escalier. En entrant dans le cabinet du Ministre, l'Envoyé fit une profonde inclina-
tion, et le Ministre le salun du chapeau. Tous deux s'assirent. Le chef de la division
commerciale était présent et était également assis. L'interprète traduisit le com-
pliment de l'Envoyé et la réponse du Ministre, auquel l'Envoyé présenta ensuite
sa lettre de créance, qui fut remise immédiatement au chef de la division des
446 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES CONSULS ;1803)
saireàTile SainUPierre... Le Consul soumet au Ministre la question de
savoir si le Dey d'Alger avait le droit d'acheter des esclaves que le Bey de
Tunis n'avait pas le droit de vendre. {Affaires élrangères, C» de Tunis.
DEVOIZE A TALLEYRARD.
813. — Tunis, i** janvier 1 803 (// nivôse an XI j. — « ... LeBev
attend avec la plus vive impatience le résultat des représentations que
son Envoyé est chargé de vous faire sur ma demande de la liberté de^
individus enlevés dans la maison de Tagent de la République à Saint-
Pierre, des captifs sujets des pays réunis, et des sept Corses et Caprarai>
vendus à Alger. Il est d'autant plus essentiel que vous insistiez sur lear
délivrance que j'ai les plus fortes raisons de soupçonner que Tod a
méchamment insinué à ce souverain que j'avais produit toutes ces
demandes sans ordre du gouvernement... Il faut, pour que je puisse
négocier avec succès auprès d'un Prince extrêmement adroit, unique-
ment et constamment occupé de ses intérêts, qu'il sache que je suis
investi de toute la confiance d'un gouvernement puissant, et qu*il ne
pourra régler qu'avec moi, ou sur les renseignements que je donnerai,
les points restés en contestation lorsque j'ai traité la paix, muni des
pouvoirs du Premier Consul... » {Affaires étrangét^s, C de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
814. — Paris^ i^* janvier i 803 [i 1 7iivôse an XI). — « Par ordre du
Premier Consul, sur les plaintes de cinquante patrons coraiileurs
d'Ajaccio, le Ministre prescrit à Devoize de faire un examen scrupuleux
de la conduite tenue envers les patrons coraiileurs par l'agent de son
Commissariat à Bizerte, Côme Bottari ', accusé par eux de hauteur et de
cupidité... En ce qui concerne les esclaves à affranchir, notre récla-
Gonsulats. Puis on apporta du café, et Tauclience se termina par quelques phrase>
gracieuses que le Ministre adressa & l'Envoyé.
Peu de jours après, il fut reçu & Saint-Cloud par le Premier Consul. C'étail un
dimanche, à l'issue de la messe, dans la galerie de Diane.
Le lendemain, l'Envoyé tunisien, toujours conduit par le chef de la division
commerciale et accompagné de l'interprète et de l'officier qui l'avait assisté dans
les audiences précédentes, fit des visites aux deux autres Consuls, aux grande
dignitaires et aux autorités constituées de la ville de Paris...
L'Envoyé tunisien avait apporté en présent au gouvernement français dix che-
vaux arabes, trois lions, des autruches, des gazelles et autres animaux. Le Consul
de Tunis avait précédemment demandé au Bey la mise en liberté de 150 esclaves
qui méritaient sous quelque rapport la protection du gouvernement français.
Malgré ses instances, il ne put obtenir la grâce que de 22 de ces infortunés, qui
figuraient parmi les présents du Bey; mais, pour vaincre sa résistance, on proposa
au Premier Consul de lui faire don d'une corvette comme ce qui pourrait lui être
envoyé de plus agréable en retour de ses présents et de tous les esclaves qu'il
afTranchirait; et, en même temps, on lui proposa de consentir à la demande qu'avait
faite le Bey d'être autorisé à acheter en Franco 120 canons avec leurs affiUs,
caissons et armements... » {Affaires étrangères. Mém. et Doc. Afrique^ t. IX. f* 211.)
1. Voy. la note 1, p. 318.
[1803] AVEC LA COUR DE FRANCE 447
mation est trop fondée pour que le Bey ne soit pas en définitive obligé
d'y faire droit, et vous devez être assuré que les instructions qu'il peut»
sur ce point, avoir remises à Sidi Mustapha n'auront aucun succès.
Vous pouvez le lui annoncer... Cet Envoyé a effectivement été accueilli
avec quelque distinction, et je ne suis pas surpris qu'il se soit trouvé
très flatté des honneurs qu'il a reçus, quoiqu'ils n'aient en aucune
manière excédé la mesure de ceux qui ont été faits à ses prédécesseurs. »
(Affaires étrangères^ C'"' de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
815. — Tunisy 3 janvier J 803 [13 nivôse an XI). — Un corsaire
tunisien a fait naufrage sur les plages de la Toscane ; l'équipage, com-
posé de 84 Turcs, est à Livourne. Si le Bey demandait l'intervention du
Premier Consul auprès du roi d'Etrurie pour les délivrer, Devoize pense
qu'ils pourraient devenir un objet d'échange. Il déconseille les procédés
généreux que l'on regarde toujours, en Barbarie, comme des ménage-
ments, des hommages dictés par la crainte.
(Affaires étrangères^ C*'* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
816. — Tunis, i 0 janvier i 803 [20 nivôse an XI). — Devoize ayant
requis le Bey de reconnaître la République italienne, ce Prince lui
a donné l'assurance la plus formelle qu'il avait recommandé à ses cor-
saires de respecter les bâtiments naviguant sous le pavillon de cette
République. (Affaires étrangères» C"» de Tunis.)
DEVOlZB A TALLEYRAND.
817. — Tunis, 12 janvier i 803 {22 nivôse an XI). — Les négociants
ont trouvé juste que les frais de réparation de la chapelle consulaire
soient à leur charge. Ils demandent à cet effet l'autorisation de perce-
voir un droit de i 1/2 ou de 1 0/0 sur les importations à Tunis. Devoize
écrira au Ministre de la marine pour obtenir l'autorisation de lever
également un droit, à fixer par ce Ministre, sur les bâtiments français
qui arrivent chargés à Tunis.
Les citoyens Turc et Famin ont été réintégrés dans leurs privilèges
de citoyens français.
tt J'apprends avec le plus vif intérêt (quoique j'y eusse bien compté)
que vous serez inflexible aux représentations captieuses que Sidi Mus-
tapha, bien endoctriné par le Bey, se proposait de vous faire, pour
tâcher d'éluder la délivrance des malheureux arrachés de la maison
du sous-commissaire français à Saint- Pierre...
Je suis informé que le Bey fait traiter secrètement la paix avec le
Portugal. Il n'a d'autre but dans cette négociation que d'ouvrir le pas-
448 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1803]
sage du détroit à ses corsaires, pour courir dans l'Océan sur les bâti-
ments des Puissances du Nord auxquelles il médite de déclarer la
guerre. La Suède et les Ëtats-Unis sont les premières avec lesquelles il
a le projet de rompre. » {Affaires étrangères, (?•* de Tunis.)
DE^'OIZB A TALLEYRAND.
818. — T'unis, i 2 janvier / 803 (22 nivôse an XI). — « J'attendrai
l'arrivée des bateaux corailleurs qui se destineront, le printemps pro-
chain, à la pèche du corail pour demander au Bey un nombre indéfini
de passeports et lui faire connaître le vœu du Premier Consul à cet
égard. Sur la question de savoir si le Commissaire des rela^tions com-
merciales est autorisé à lever un droit de 30 piastres par bâtiment sur
les passeports qu'il donne, je réponds que les agents de la République
en Barbarie, rigoureusement bornés à leur traitement, ne sont auto-
risés ni à délivrer des passeports ni à exercer la moindre perception
sur le commerce ou la navigation. » Le droit de 30 piastres a été
exigé par le Garde des sceaux du Bey. Devoize s'est rendu garant de
la somme auprès du Prince. Il a consulté les registres et la correspon-
dance des agents de la Compagnie; le Directeur avait seulement auto-
risé un don de 60 sequins vénitiens une fois payés au Grand écrivain,
à l'époque du dernier traité. Tout ce que Devoize a obtenu, c'est que le
Garde des sceaux réduisit le droit à 27 piastres. 11 a donné la diiïérence
au citoyen Bottari, chargé d*une nombreuse famille et qui n'a pas de
traitement. Il y a lieu de se plaindre à TEnvoyé du Bey de Fintroduc-
tion de ce nouveau droit de 27 piastres. L'article 10 du dernier traité
passé entre la Compagnie d'Afrique et le Bey, qui portait la redevance
annuelle à 13,500 piastres, n'a pas été respecté par ce Prince. Ce sera
un motif légitime pour contester le payement des redevances arriérées.
(Affaires étrangères^ (?•» de Tunis.)
MUSTAPHA ARNAOUT, ENVOYÉ DE TUNIS, A TALLEYRAND.
819. — Paris, 3 février i 803 {14 pluviôse an XI). — « Citoyen
Ministre, Honorablement satisfait des bons accueils que m'a donnés le
gouvernement français, depuis mon arrivée à Toulon jusques et pen-
dant mon agréable séjour dans cette capitale; ayant rempli l'honorable
mission dont m'a chargé le Bey, mon maitre, je viens prendre congé
de vous et vous témoigner sa reconnaissance et la mienne. Veuillez,
citoyen Ministre, agréer mes sincères remerciements des généreuses
bontés du gouvernement dont il lui a plu me combler; assurez-le,
citoyen Ministre, que le Bey, mon maître, le Sahib-Tapa et moi, en
sommes gratuitement pénétrés.... » H explique ensuite les demandes
réitérées par le Commissaire Devoize, sur lesquelles il doit conférer avec
[1803] AVEC LA COUR DE FRANGE 449
le Ministre. Eq ce qui concerne les esclaves faits à Saint-Pierre, c< je
ne puis, citoyen Ministre, me roidir, ni mon maître non plus, sur une
demande qui fait sans doute plaisir au citoyen Premier Consul, à vous
et au brave Commissaire Devoize... Soyez assuré que le Bey les mettra
de suite en liberté... » Mais il ne peut restituer les sept esclaves vendus
à Alger. {Affaires étrangères^ C'* de Tunis,)
TALLEYRAND A MUSTAPHA ARNAOUT, ENVOYÉ DE TUNIS.
820. — Paris, i i février i 803 {22 pluviôse an XI). — « Monsieur
l'Envoyé, La mission qui vous a été confiée par le Bey, votre maitre, ne
pouvait qu'être agréable au gouvernement français. En ordonnant
qu'on vous fit à Toulon et h Paris l'accueil que vous avez reçu, il a voulu
donner au Prince que vous représentez un gage de ses bonnes dispo-
sitions pour lui... » Le Bey affranchira probablement les esclaves de
Saint-Pierre. « Cette assurance me dispense d'entrer dans aucune
explication sur le droit en vertu duquel le Premier Consul a voulu
que cette demande fût formée, droit fondé sur le respect dû au pavillon
français sous lequel ces malheureux étaient venus chercher un asile.
Je regrette vivement, Monsieur l'Envoyé, que vous ne soyez psis
autorisé à m'annoncer des dispositions aussi satisfaisantes, relativement
aux sept esclaves corses et caprarais dont le Commissaire général
Devoize n'a cessé, d'après les ordres très précis du Premier Consul, de
réclamer l'affranchissement... Je ne puis me dispenser de confirmer
les instructions qui ont été données à leur égard au citoyen Devoize,
qui, conformément aux intentions du Premier Consul, devra insister
auprès du Bey sur leur mise en liberté jusqu'à ce qu'il l'ait obtenue...
En faisant part de cette disposition au Premier Ministre du Bey, je
vous prie de lui mander qu'extrêmement sensible aux expressions
d'honnêtetés qu'il m'adresse par votre organe, je saisirai toujours
avec empressement l'occasion de lui donner des marques de mon
estime. » (Affaires étrangères, C" de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
821. — Paris, 20 février i 803 (29 pluviôse an XI), -— « Je vous
adresse, citoyen, la copie d'une liste de sujets romains, au nombre de
dix-sept, qui sont esclaves à Tunis. L'original de cette liste a été remis,
au nom du Pape, au Premier Consul, qui me l'a renvoyé avec invita-
tion de faire demander de sa part au Bey qu'il fasse mettre en liberté
ces esclaves... » Prière de s'occuper également de six Suisses, esclaves
à Tunis. Le gouvernement d'Étrurie réclame l'intervention du gouver-
nement français pour obtenir la mise en liberté de plusieurs Toscans
29
450 CORRESPOXDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [im]
Burpris à la pèche, en décembre 1801, par un corsaire tanisîen, malgré
le parillon français qu'ils avaient arboré.
« Je vous prie d'entretenir avec le citoven Dabois-Thain ville * une
correspondance très active, et de me rendre exactement compte de tout
ce qui se pas^ra à Alger. » ^Affaires élramgère$, O- de Tunis.)
■ rSTAPHA AB!IA0UT, E9V0TÉ DE TTXIS, A TALLET1UHD.
822. — Paris, 21 février 1 803 30 pluviôse an XI). — Le Bey lui a
donné Tordre d'acheter cent vingt pièces de canon, cent pièces de siège
de 24 livres et vingt de campagne. Il demande si le gouvernement
permet cette acquisition, et il ose se flatter que le désir du Bey sera
satisfait •. {AffàirtM Hntngèrts, C^ de Tunis.)
TALLEYEAND A DEVOIZB.
823. — Paris, 21 février J S03 (6 ventôse an XF;, — Prise ligu-
rienne faite dans les eaux de Bastia par un corsaire tunisien. Deroize
tentera de savoir si la prise a été conduite dans un port de la Régence.
{Affaires étrangères , O** de Tunis,)
DEYOIZE A TALLEVRAÏID.
824. — Tunis, 5 mars i 803 (i 4 ventôse an XI), — Il envoie
d*excellents renseignements sur la conduite du citoyen Gôme Bottari,
agent du Commissariat à Bizerte depuis 179! '. Ce poste est le plus
important de la Régence pour l'extraction des grains. Les corailleui^
italiens sont libres de s'adresser au citoven Manucci, sauf dans les cas
de protection ou de police. (Affaires étrangères, C de Tunis.)
BONAPARTE A HAMOUDA, BBT DE TUlfIS.
826. — Paris, 7 mars 1803 {16 ventôse an XI). — « Illustre et
magnifique Seigneur,
La mission que Sidi Mustapha-Agha vient de remplir en France m'a
été infiniment agréal)le. Je vous remercie des témoignages d'attache-
ment et d*afrection que vous m'avez personnellement adressés par son
organe. Il a pu se convaincre, pendant son séjour, que mes dispositions
relativement à la Régence de Tunis sont toutes en sa faveur, et,
certes, il ne dépendra pas de moi que Tétat de paix si heureusement
subsistant entre les deux nations ne se maintienne dans toute son
intégrité. Mustapha-Agha s'est acquitté de sa mission de manière à
mériter mon estime, et je verrai avec plaisir que vous veuilliez bien
lui donner quelques marques de satisfaction. »
(Affaires étrangères, €*•* de Tunis.)
i. Voy. la noie 4, p. 415.
2. Celle demande fut accordée par le Minisire le 2 ventôse an XI; TEnvoyé quitta
Paris le 15 floréal an XI, pour relourner dans son pays.
3. Voy. la noie 1, p. 378.
(
[1803] AVEC LA COUR DE FRANCE 451
TALLEYRAND A HAMOUDA, BKY DE TUNIS.
826. — Pans, 7 mars i 803 {16 ventôse an XI), — « Illustre et
magnifique Seigneur,
Votre Envoyé Sidi Mustapha-Âgha m'a remis la lettre dont vous Taviez
chargé pour moi. J*ai été sensiblement flatté des sentiments que vous
m'y exprimez. Mustapha-Agha s'est conduit de manière à mériter
l'estime du Premier Consul, et j'ai la satisfaction de vous annoncer que
sa mission n'aura pas peu contribué à, resserrer entre nous les liens de
la bonne harmonie, au maintien de laquelle je serai toujours disposé à
concourir autant qu'il pourra dépendre de moi. »>
{Affaires étrangères, C'*^ de Tunis.)
TALLEYRAND A MUSTAPHA ARNAOUT, ENVOYÉ DE TUNIS.
827. — Paris, 6 avril 1 803 {16 geinninal an XI). — « Monsieur l'En-
voyé, Le Premier Consul, voulant vous donner un témoignage particulier
de son estime pour votre personne, m'a chargé de vous offrir quelques
présents qui m'ont paru devoir être surtout composés de pièces d'argen-
terie. J'en ai conQé l'exécution au citoyen Auguste, chez lequel je vous
invite à les aller voir. Je vous annonce avec plaisir qu'ils sont dès ce
moment à votre disposition.
Voua pouvez en même temps jeter un coup d'œil sur diverses autres
pièces d*argenterie qui doivent faire partir des présents destinés au
Bey, votre maître. On s'est particulièrement appliqué à choisir les
objets et les modèles qu'on a jugés les plus propres à flatter ses goûts ^
J'espère qu'il verra dans cet acte de la muniflcence du Premier Consul un
nouveau gage de ses heureuses dispositions pour la Régence de Tunis. »
(Affaires étrangères^ C*^ de Tunis.)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
828. — Tunis, 22 avril i 803 {2 floréal an XI). — 120 esclaves
tabarquins, enlevés de force, en Tan VI, de la maison de Tagent de la
République à Saint-Pierre, ont été mis en liberté.
Devoize a conclu aussi, pour le compte d'une association de charité
de Cagliari, le rachat général de 630 esclaves restants de l'ile Saint-
Pierre, moyennant 100,000 piastres fortes... « Je ne saurais vous
exprimer, citoyen Ministre, la sensation favorable qu'a produite sur le
pays le succès d'une négociation aussi intéressante pour Thumanité. 11
n'y avait qu'un agent de la République qui pût l'obtenir à des condi-
tions aussi discrètes, en inspirant au Bey qu'elle serait agréable au
Premier Consul... » {Affaires étrangères, O*' de Tunis.)
1. Ces cadeaux consistaient en pièces de draps et étofTes de soie d'or, trois pen-
dules en vermeil, un trépied doré, deux tables en acajou et marbre, une cave à
liqueurs, des flambeaux, portraits, pistolets, fusils, porcelaines et cristaux.
452 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [18031
TALLEYRAND A DKVOIZB.
829. — Paris, 29 avril iSOS [7 floréal an XI). — « ... Le Premier
Consul a décidé que, dans les États de Turquie et de Barbarie, les
agents français seraient chargés des affaires de la République ita-
lienne... Vous pourrez même, quand vous le jugerez convenable,
correspondre directement soit avec le Vice-Président de la République
italienne à Milan, soit avec son Ministre des relations extérieures à
Paris... »
En ce qui concerne la réparation de la chapelle consulaire, les frais
de restauration, évalués à 6,000 francs, doivent être fournis par une
contribution volontaire des négociants de Tunis.
«... Les trente piastres au payement desquelles les patrons corail-
leurs se sont plaints d'avoir été soumis ont été perçues au profit du
Kaznadji. J'observe que c'est une exaction sans titre, à laquelle les
circonstances ont dû vous obliger de condescendre, mais au renouvel-
lement de laquelle vous voudrez bien dorénavant vous opposer avec
d'autant plus d'inflexibilité que les innovations de cette espèce surtout
sont excessivement dangereuses en Barbarie... » Tallcyrand a commu-
niqué au Ministre de l'intérieur ses observations personnelles sur les
traités entre le Bey et la Compagnie d'Afrique. Il faut obtenir la
liberté de tous les esclaves toscans contre les 87 Turcs de Livourne.
Le Consul pourra faire repasser directement les esclaves de Saint-Pierre
dans leur patrie. Les frais de transport seront à la charge du gouver-
nement sarde.
Le Ministre plénipotentiaire de Suisse a obtenu du Premier Consul
la promesse que Deyoize interviendrait en faveur des 6 esclaves suisses.
Il faudra encore entretenir le Bey de deux affaires dont l'une intéresse
l'Espagne et l'autre la Suède. La première concerne une prise tuni-
sienne faite par un corsaire français sous les batteries de la côte
d'Espagne; l'autre un chébek tunisien arrêté par les Suédois devant
Tripoli...
La mission de Sidi Mustapha-Agha est terminée; il part pour Mai
seilie; il y sera accompagné par le citoyen Belleteste, secrétaire-inter-
prète adjoint pour les langues orientales '. Le gouvernement a payé
sans exception aucune toutes ses dépenses sur les mémoires qu'il a
lui-même fournis. Quant à son séjour à Marseille, il a paru convenable
d'en laisser les frais à sa charge. « Le Premier Consul, dans la lettre
1. Nicolas-Henri Belleteste, attaché comme secrétaire-iDterprète & Farmée
d'Egypte, puis au Ministère des AfTaires étrangères jusqu'en 1808, date de sa mort.
11 est l'auteur d'un recueil intitulé : Les quarante Vizirs.
I
I
..p>
[1803] AVEC LA COUR DE FRANCE 453
qu'il écrit au Bey, invite ce Priace à lui donner quelque marque parti-
culière de satisfaction. Cette lettre sera remise au Bey par Sidi Mus-
tapha-Agha, ainsi que celle que j'écris moi-même à ce Prince.
Je compte, au surplus, sur votre expérience et sur votre dextérité
pour faire tourner au plus grand avantage possible de nos intérêts à
Tunis la mission que Sidi Mustapha-Âgha vient de remplir en France. »
{^Affaires étrangères ^ C'** de Tunis.)
MUSTAPHA ARNAOUT, ENVOYÉ DE TUNIS, A TALLEYRAND.
830. — Marseille, 15 mai i 805 {23 floréal an XI), — Il lui annonce
son arrivée à Marseille, où il compte séjourner jusqu'à ce qu'il ait la
réponse de son souverain, relativement à l'acquisition de 120 pièces
de canon. (Affaires étrangeresy C"* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
831. — Tunis, 23 mai i 803 (/•'' prairial an XI). — Il annonce le
prochain départ des 120 esclaves libérés de Saint-Pierre. Il les adresse
au citoyen Omano, commissaire général de la République en Sardaîgne,
présentement à Cagliari *. (Affaires étrangères, C'^' de Tunis,)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
832. — Tunis^ 23 mai i 803 (/" prairial an XI). — Nouvelle
insulte faite au pavillon français dans la rade de La Goulette par un
corsaire algérien. (Affav^s étrangères, C de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
833. — Tunis, 28 mai i 803 (6 prairial an XI). — Un navire mar-
chand chargé de vin a été enlevé dans les eaux de Bastia. <( Quand
même on aurait reconnu le pavillon du corsaire capteur, on n^aurait
pu en tirer un indice certain. Les trois Régences ont adopté la couleur
rouge unie, parce que cette uniformité leur fournit le moyen de dérouter
les agents dans leurs réclamations... Il y a longtemps que je crie contre
cet abus... » (Affaires étmngères, C"* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
834. — l'unis, 21 juin 1 803 [2 messidor an XI). — Il a reçu les
modèles de passeports de la République italienne qui doivent être
donnés aux corsaires tunisiens. Il ne peut guère compter sur Mustapha-
\ . Cunéo d'Ornano, Consul général en Sardaigne de Tan XI à l'an XIII, au Maroc
de Tan XIII à 1814. Nous n'avons pu établir sa parenté avec Pierre-Paul Cunéo
d'Ornano, procureur du roi et subdélégué de l'Intendance générale en Corse en
\ 1172, lieutenant de rAmirefùté d'Ajaccio de 1185 à 1791, au lieu et place de son
père, démissionnaire, juge au tribunal d'Ajaccio de 1793 à 1794, Consul général aux
lies Canaries de 1802 à 1817, date de sa mise à la retraite. 11 fut détenu en prison
pendant cinq ans aux Canaries, pour les dettes qu'il avait été forcé de contracter
à 55 0/0 pour vivre. L'un de ses douze enfants, Fabien, sollicita et obtint du
Ministre une sorte d'indemnité qui permit au Consul de revenir dans son pays.
454 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1803]
Âgha pour ses réclamations. Le Bey est peu satisfait des engagements que
cet Envoyé a cru pouvoir prendre. Le prix de 600,000 livres pour cent
canons de fer lui a paru un piège pour le dégoûter d'en faire l'acquisition.
Le payement de 27 piastres par bateau corailleur n'est pas une
innovation. Il remplace la redevance annuelle qu'on ne paye plus et
qu'on doit encore pour les dix dernières années.
(Affaires étrangères^ C'** de Tunis.)
DEVOIZR A TALLEYRAND.
835. — Carihage, 20 juillet 1 803 (/" thermidor an XI). — Une
rixe est survenue entre les corailleurs français et napolitains. Guibert,
sous-commissaire à Bône ' , demande que les corailleurs des côtes de
Tunisie contribuent à faire les deux caisses qu'il est d'usage d*offrir
annuellement au Bey... « Le Bey aurait quelque droit de se plaindre
que des corailleurs, péchant gratuitement sur les côtes de sa domi-
nation, payassent une rétribution au souverain d*un autre royaume...»
[Affaires étrangères^ C^^ de Tunis,)
DBYOIZB A TALLEYRAND.
836. — Tunis^ 20 août i 803 (2 fructidor an XI). — L'amiral Nelson,
qui bloque actuellement Toulon, a demandé au Bey que les prises
anglaises et françaises ne pussent être amenées à La Goulette. Sur le
conseil de Devoize, le Bey lui a déclaré qu'il maintenait l'usage de la
vente libre, dans ses ports, de toutes les prises faites par des Puissances
en paix avec la Régence. {Affaires étrangères^ C'^ de Tunis.)
DBVOIZB A TALLEYRAND.
337. — Tunis, i3 septembre 1803 (26 fructidor an XI). —Cin-
quante Turcs, déserteurs de Constantine, ont commis des actes de bri-
gandage au détriment des pécheurs français à Bône et à Tabarque.
« Sidi Mustapha Arnaout est arrivé depuis peu de jours...; nous
allons travailler de concert pour obtenir l'accomplissement de la pro-
messe qu'il a faite au Premier Consul.
Le Bey a paru très affecté du refus du brick de guerre et des canons
de campagne qui avaient d'abord été promis à son Envoyé... Je me
suis ressenti plus d'une fois dans mes fonctions des effets du méconten-
tement de ce Prince. Je n'ai pu encore le persuader que l'incident de la
guerre survenue après la promesse qui avait été faite n'avait plus
permis de lui faire un présent de cette nature. »
(Affaii^s étraûgèreSy C*'» de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
838. — Paris, 28 septembre i 803 (5 vendémiaire an XII). — Il le
1, Voy. la note 1 , p. 366.
[1803] AVEC LA COUR DE FRANCE 485
prie de ne pas abandonner complètement les 6 esclaves suisses; mais
Devoize devra ses soins de préférence aux esclaves des pays réunis et
aux Corses vendus à Alger.
Talleyrand lui recommande d*intervenir dans le démêlé de TEspagne
avec le Bey, mais en agissant avec la plus grande circonspection. L'in-
tention du gouvernement est d'ailleurs que les agents en Barbarie
s'abstiennent, à moins d'ordres contraires, de s'immiscer dans les dit*
férents entre les Régences et les Puissances de l'Europe.
(Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
839. — Tunis ^ 6 novembre i 803 [14 brumaire an XI I). — « Le
citoyen Adanson, chancelier-interprète de ce Commissariat depuis dix-
huit ans, expira hier à l'Âge de soixante-seize ans... ' ; il laisse une veuve
et trois fils. L'un est chancelier de la Légation de Constantinople ; le
second est à Paris auprès de sa tante, épouse de l'académicien de son
nom. Le troisième se trouve ici auprès de sa mère ; quoique âgé de
vingt-sept ans, son éducation a été tellement négligée que je n'ai pas
cru pouvoir lui confier l'exercice intérimaire de la chancellerie...; j'ai
chargé de ces fonctions mon secrétaire, le citoyen Billon *.
{Affaires étrangères^ C*^ de Ttmis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
840. — Tunis^ 8 décembre 1 803 {i 6 frimaire an XII), — Le canal
et le port que le Bey fait creuser à La Goulette sont presque terminés.
Le Bey voudrait deux pontons pour nettoyer le canal. Devoize demande
l'autorisation de les offrir gratis au Bey contre l'affranchissement des
Romains, des 7 Corses d'Alger et des sujets des pays réunis.
(Affaires étrangères^ C*'* de Tunis.)
TALLE^HAND A DEVOIZE.
841. — Paris ^ i4 décembre i 803 {22 frimaire an XII). — Le
cardinal Caprara % au nom du Pape, a demandé au Premier Consul de
garantir le territoire ecclésiastique contre les attaques des Barbares-
ques. Devoize devra faire connaître cette démarche au Bey...
tf J'approuve la disposition où vous êtes de faire rigoureusement res-
pecter par nos armements la neutralité du territoire tunisien ; mais en
1. Voy. la note 3, p. 156.
2. Jean-François Billon, frère de Joseph Billon, l'ancien secrétaire de Devoize
en Fan 11 1. Le Billon dont il sera question dorénavant, après avoir appris Tarabe et
le turc à Smyrne en 1791, fut élève Vice-Consul à Tunis en 1803, sous-commissaire
des relations commerciales à Tunis en 1804, gérant du Consulat général en 1809,
rappelé en France en 1814 et mis d'office en disponibilité.
3. Légat à latere près le gouvernement français, conclut avec Napoléon le Con-
cordat de 1801.
456 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1804]
même temps il faut veiller à ce que le Bey ne souffre pas qu'elle soit
en aucune manière violée par les armements anglais.
Il parait, au surplus, que ce Prince s'est formé sur notre guerre
actuelle et sur ses causes des idées saines, dans lesquelles il est inutile
de vous recommander de travailler constamment à Tentretenir. »
{Affaires étrangères, C" de Tunis,)
TALLEYRAND A DEVOIZB.
842. — Paris, 20 février i 804 {30 pluviôse an XII). — Par arrêté
du 18 de ce mois, le Premier Consul a nommé le citoyen Astoin-Sielve
chancelier-interprète ^ en remplacement du citoyen Adanson '. Le citoyeD
Sielve remplit actuellement les mêmes fonctions à Alger. II faudra
indemniser Mme Adanson avec les fonds disponibles du Commissa-
riat de Tunis. Les citoyens Billon ' et Ragueneau * sont nommés élèves
sous-commissaires des relations commerciales, le premier à Tunis et le
second à Alger. {Affaires étrangères, C'* de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
843. — Parts, 2 mars i 804 (i 1 ventôse an XII). — Le gouvernement a
pris, le 13 du mois dernier, un arrêté pour réprimer rinsubordinatioo
des pêcheurs de corail et assurer l'intégrité de cette branche d'industrie.
{Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
844. — Tunis, 12 mars i 804 {2i ventôse an XII). — Sur la nécessité
de rétablir à Tabarque, centre de la pêche du plus beau corail, ua
agent français, afin de proléger les corailleui*s qui y afflueront d'autant
plus qu'ils se sentiront sous la garde d'une autorité officielle.
« Répandus dans plusieurs ports, les patrons corailleurs ne seront
plus exposés à des rixes et à des tumultes tels que ceux dont ils ont
donné le spectacle à Bizerte, où ils y étaient au nombre de 1,000 à
1,200, au cours des deux dernières années.
i. Joseph-Charles-Astoin-Sielve, négociant à Chypres en 1779, drogman en Candie
en 1780, à Chypres en 1786, chancelier à Alger en 1790, révoqué brutalement par
l'Envoyé du Comité de salut public Herculais en Tan V, puis réintégré au même
poste, chancelier à Tunis en 1804, gérant du Consulat général en 1814, retraité
en 1825. — Voy. Mémoire justificatif d'Astoin-Sielve, chancelier* à Alger, 28 frimaire
an V, — et la correspondance d'Asloin-Sielve comme agent de la Compagnie
d'Afrique {Archives de la Chambre de commerce de Marseille).
Son père, Paul Astoin-SieIve,de Versailles, était drogman aux Échelles du Levant
depuis 1720, secrétaire-interprète du roi en 1737, drogman à Alep en 1732, retraité
à Chypres en 1777, décédé à Marseille en 1789 après 60 ans de services.
2. Voy. la note 3, p. 156.
3. Voy. la note, 2, p. 455.
4. Alexandre-Louis Ragueneau de la Chaisnaye, secrétaire de Dubois-Thainvilie
à Alger en 1802, élève Vice-Consul à Alger en 1804, gérant du Consulat général de
1809 à 1810, Consul à HaYti en 1825, Consul général au Chili en 1831, décédé h son
poste en 1835.
[1804] AVEC LA COUR DE FRANCE 457
Les difficultés qu^éprouvent les corailleurs à se procurer des appro-
visionnements et des secours qu'on leur fait payer à des prix excessifs
démontrent encore la nécessité d'y rétablir l'agent destiné à les pro-
téger. » Le Consul Devoize propose, pour remplir ces fonctions, le citoyen
Raimbert ^ qui était avant la rupture agent de la Compagnie au CoUo. Il
n'exige que les émoluments d*usage pour les actes qu'il recevrait et les
patentes qu'il délivrerait, et une piastre forte d'Ësp^agne une fois payée
pour tout le temps de la pèche sur chaque bateau.
Quant à l'agent de Bizerte, le citoyen Côme Bottari *, plein de
zèle et de dévouement pour les patrons corailleurs, le Consul demande
pour lui le droit de percevoir une piastre forte pour chaque gondole,
qui séjourne environ trois mois sur ces parages, droit très modéré,
puisque cet agent n'est pas salarié par le gouvernement.
{Affaires étrangères^ O^^ de Tvatis.)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
845. — Paris, 12 avril i 804 {22 germinal an XII). — Le gouverne-
ment offrira au Bey les deux pontons qu'il demande, à condition que
celui-ci accordera la liberté des esclaves romains et affranchira les
sept Corses vendus à Alger. (Affaires étrangères, C»'» de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
846. — Tunis, 15 mai 1804 (25 floréal an XIÏ). —Il vient de signi-
fier au Garde des sceaux qu'il avait ordre d'insister sur TalTranchisse-
ment des sept Corses et qu'aucune considération ne pouvait faire
abandonner celte demande.
« Les défenses les plus sévères ont été faites aux corsaires de se
permettre des débarquements sur la côte d'Italie, principalement des
États du Pape. J'ai signifié au Bey que le Premier Consul avait pris
sous sa protection immédiate tout le territoire ecclésiastique.
Un Suédois au service du Pape, remarquable par sa stature de sept
pieds, parti de Livourne, est arrivé & Tunis il y a peu de jours. 11 s'est
présenté au palais du Bey, et s'est annoncé comme ayant à lui confier
en secret des choses de la plus haute importance. Cet infâme officier a
fait à ce souverain la proposition scélérate d'employer ses corsaires
actuellement en armement à une irruption sur un lieu des plages ro-
1. Jean-Dauphin Raimbert, nommé officiellement par décision ministérielle du
30 prairial an XII. Ses droits de chancellerie sur chaque bateau corailleur produi-
saient environ 2,000 francs par an. — Voy. à ce sujet Histoire de La Calle, par
Féraud, p. 588, — et la correspondance de Raimbert à Tabarque {Archives de la
Résidence française à Tunis, cartons Agences Consulaires), — et (Affaires étrangères^
C*' de Tunis).
2. Voy. la note 1, p. 378.
458 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1804]
maines, disant qu'il servirait lui-même de guide ; aidé d'ua parti qui était
dans Rome, et avec quatre à cinq mille hommes seulement, il s'enga-
geait à saisir le Pape et tous les cardinaux, et à les conduire à Tunis.
Ce Suédois a encore vu le Bey ce matin. Quoique je fusse convaincu
que ce Prince n'exposera pas ses corsaires dans une entreprise aussi
téméraire, je n*en ai pas moins cru devoir donner avis au cardinal
Fesch ^ des insinuations perfides faites au Bey par cet officier de
Sa Sainteté que je vais surveiller.
Des lettres venues d*Égypte renferment des témoignages non équivo-
ques que les Français y sont fort regrettés... »
(Affaires étrangères, C*** de Ttmis.)
TALLEYRAlfS A DEVOIZE.
847. — Paris y 19 juin i 804 (30 prairial an XII), — Le Ministre
l'autorise à prendre les mesures nécessaires pour réorganiser le service
de la pèche du corail. Il lui recommande sept Napolitains esclaves àTunis
depuis sept ans et qui ont écrit à Napoléon.
(Affav*e8 étrangères, C*** de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
848. — Tunis, 20 août 1 804 {2 fructidor an XII). — La disette est
tellement grande àTunis que la nation française a délibéré de demander
qu'on lui envoie de Marseille 300 quintaux de farine '.
(Affaires étrangères, (7" de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
849. — Tunis, 28 août 1804 {10 fructidor an XII). — Une indem-
nité vient d'être accordée par le Bey à un patron corailleur déprédé
par un corsaire tunisien. (Affaires étrangères, C" de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
850. — Paris, 1 1 septembre 1 804 (24 fructidor an XII). — Un bâti-
ment napolitain qui transportait des bois à Toulon a été pris par les
Tunisiens. Le Ministre charge Devoize d'en demander la restitution.
« Je vous prie, Monsieur, de faire cette demande au Bey, et d'obtenir
en même temps qu'il soit recommandé à tous les corsaires de la Ré-
gence de respecter les bâtiments étrangers, lorsqu'ils seront porteurs
d'un certificat attestant qu'ils sont actuellement au service de la
France. Vous sentez qu'il est nécessaire d'insister sur cette dernière
1. Archevêque de Lyon en 1802, cardinal en 1803, ambassadeur à Rome en 1804,
grand aumônier de TÊmpire en 1805.
2. Voy. le Procès-verbal de Vassemblée des négociants français résidant en cette
Échelle pour avvier aux moyens de seprocui^er des subsistances, ft 5 thermidor an XII.
(Affaires étrangères, C'"' de Tunis.)
[1804] AVEC LA COUR DE FRANCE 459
disposition, afin que les opérations relatives à l'extraction des bois
d'Italie pour Tarsenal de Toulon ne soient pas contrariées. »
(Affaires étrangères, C" de Tunis.)
DBVOIZE A TALLBYRAND.
851. — Tunis, 24 septembre i804[2 vendémiaire an XIII), — 11 a
réussi à délivrer le célèbre antiquaire, le Père Caroni*, mais le gouver-
neur de Bizerte devra recevoir un dédommagement pour la perte de
deux esclaves enlevés par un corsaire cisalpin. « La captivité du Père
Garoni n'aura été qu'une petite excursion sur les ruines de Carthage^
où il a pu se livrer très librement aux observations et aux recherches
conformes à son goût et ses talents... »
{Affaires étrangères, C*'» de Tunis.)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
852. — Tunis, 20 octobre i 804(28 vendémiaire an XIIÏ). — Devoize
désespère d'obtenir quoi que ce soit du Bey, qui devient de plus en plus
intraitable. « J'ai différé, autant que j'ai cru pouvoir le faire sans incon-
vénient, de mettre sous les yeux de Votre Excellence la situation de nos
affaires àTunis, dans l'espérance qu'elle changerait, et d'amener le Bey
à des dispositions plus favorables; mais il n'y a rien à attendre de lui,
tant que la guerre durera, et qu'il ne verra que dans l'éloignement le
châtiment de ses injustices et de l'oubli des égards qu'il doit à la France .
Il se fait encore mieux remarquer depuis que les gazettes étrangères
ont répandu le bruit du départ précipité du général Brune * de Gonstan-
tinople, et de la probabilité d'une rupture avec la Porte. Nul doute que,
dans ce cas, le Bey ne nous déclare la guerre pour se délivrer de mes
réclamations et des sacrifices dont son avarice a déjà calculé la valeur.
11 affecterait même de ne pas attendre la détermination du Dey d'Alger,
dont il a tout à fait secoué le joug.
Je ne connais qu'un moyen de faire cesser à Tunis cet état de choses
devenu intolérable pour des Français. Si Votre Excellence me permet
de l'indiquer, ce serait une lettre énergique de Sa Majesté Impériale,
qui demanderait impérativement au Bey le prompt redressement des
griefs détaillés dans cette dépêche, et lui insinuerait qu'à cette seule
1. Le père Félix Caroni, religieux barnabile de Milan, emmené en captivilé è.
Tunis par des corsaires de cette Régence, en 1804, en revenant de Naples où il
était aller prêcher. Il publia en 1805, au profit des esclaves chrétiens, son Voyage
chez les Barbaresques.
2. GuiUaume-Marie-Ânnc Brune, adjoint aux adjudants généraux en 1792, com-
missaire civil en Belgique en 1793, général de brigade en 1795, ambassadeur à
Naples en 1798, à Constantinople en 1803, maréchal en 1804, commandant général
des villes hanséaliques en 1807, pair de France en 1814, assassiné à Avignon
en 1815.
460 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [1804]
condition il pourra compter sur la bienveillance de Sa Majesté et la
continuation des liaisons d'amitié et de commerce qui subsistent entre
les deux États. Le Bey ne craint que la France. Il sait que le souverain
qui la gouverne aujourd'hui a pu tout ce qu'il a voulu. Le souvenir de
ce qui s'est passé de mémorable en Egypte lui a laissé une forte impres-
sion, parce qu'il avait l'opinion que les Mamelouks étaient invincibles;
mais il est profond dans l'art de présenter une bonne contenance, de
profiter des circonstances qui forcent les grandes Puissances à dissi-
muler et à ajourner leur vengeance. Sa maxime est de temporiser, sur-
tout lorsqu'il tient.
Dans toute supposition, ce qui pourrait arriver de pire est que
l'amour-propre du Bey vint à s'effaroucher du ton de la lettre de Sa
Majesté Impériale. Je dois prévenir Votre Excellence que le commerce
de cette Échelle est dans une telle stagnation qu'il n'aurait rien à
souffrir de la retraite des négociants, et que, dans le cas de la paii
avec l'Angleterre, le Bey s'empresserait de renouer ses liaisons avec la
France. Je pense qu'il connaît trop ses intérêts pour ne pas éviter une
rupture; mais pour qu'elle reprenne à Tunis le rang qu'elle doit
occuper, il faut plus que de simples représentations déjà usées; je ne
les continuerai pas moins en temps convenable. »
(Affaires étrangères, C»»* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLBYRAND.
863. — Tunis, 28 octobre i 804 (1*^ brumaire an XII ï). — Devoize a
vu le Bey à propos d'une réclamation d'un bateau corailleur... « Le
Prince était seul avec le Garde des sceaux; il a saisi cette occasion
pour me dire : — Tu es en froideur avec mon ministre, que je regarde
comme mon fils; je désire que vous viviez en bonne harmonie. — Je le
désire aussi, mais ce ne pourra être qu'autant qu'il n'élèvera pas des
prétentions auxquelles la dignité du poste que j'occupe près de vous
ne me permet pas de céder. — Le Bey m'a reproché d'avoir mis trop de
vivacité dans la discussion du bâtiment napolitain, et m'a insinué que
je ne devais pas être découragé par un premier refus et revenir un
autre jour, cherchant un bon moment : — Si je le cherchais actuelle-
ment, le trouverais-je? — Oui! — Eh bien, je vous demande la resti-
tution du bâtiment napolitain et la liberté de l'équipage. — Accordé!
— Pour éviter à l'avenir que le transport des bois de construction
destinés pour nos arsenaux ne soit contrarié par vos corsaires, ferez-
vous délivrer des passeports aux bâtiments napolitains qui y sont
employés? — Donnez-moi les noms, la quantité de bâtiments et le
nombre de leurs équipages et je vous les ferai expédier. — »
[1805] AVEC LA COUR DE FRANCE 461
Devoize va informer le Préfet de Toulon de ces dispositions du Bey.
(Affaires étrangères^ C"* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
854. — Tunis ^ il novembre 4 804 [20 brumaire an XIII). — « La
chapelle commissariale qui, dans des temps désastreux, avait été si
scandaleusement fermée et convertie en un lieu d*orgies, a été rétablie
le 18 de ce mois. J'ai choisi cette époque chère à tous les Français pour
cette cérémonie religieuse. Elle a eu lieu avec toute la solennité dont
elle pouvait être susceptible dans le pays; les agents étrangers y ont
assisté et fait arborer les pavillons de leurs nations; j'ai fait tirer des
boîtes, et, à la fin du service, le Préfet des Capucins * officiant a récité la
nouvelle prière pour l'Empereur, qui se continuera à l'avenir.
J'ai donné ensuite un dîner à tous les religieux et prêtres séculiers
qui se trouvent à Tunis, et, pour mieux imprimer sur le pays la consi-
dération pour les minisires de nos autels, j'y ai invité jusqu'aux prê-
tres esclaves. » (Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
855. — Paris, 29 novembre i 804 {8 fnmaire an XIIl). — L'Empe-
reur a bien voulu autoriser la sortie de 300 quintaux de farine pour
approvisionner la nation française de Tunis.
Le Ministre a lu avec intérêt les détails de la conversation que
Devoize a eue en dernier lieu avec le Bey. Il lui conseille de continuer
à cultiver les bonnes dispositions de ce Prince, pour pouvoir reproduire
utilement les demandes que le Consul peut être appelé à présenter.
(Affaires étrangères, C'*' de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
856. — TuniSy 19 févriei^ 1805 [30 pluviôse an XIIl), — « ... La
nouvelle du départ du général Brune de Constantinople a répandu ici
l'opinion d'une rupture prochaine avec le Grand Seigneur. Dans ce cas,
j'ai plus d'un motif d'être convaincu qu'elle entraînerait la guerre avec
cette Régence; elle est dans le cœur du Bey... Il a donné ordre à deux
Juifs qui ont des fonds considérables à Marseille de les retirer, et au
premier, qui est un personnage très important à Tunis, de rappeler
son fils qui se trouve en France... » Si la rupture avec la Porte a lieu,
Devoize conseille d'arrêter les Tunisiens en France, et de séquestrer
leurs fonds. (Affaires étrangères, C" de Tunis.)
1. Voy. État nominatif des Capucins italiens existant à Tunis : le P. Alexandre de
Massignano, Préfet de la Mission ; le P. Pierre de San Pietro et le P. Bonaventure
de Prato, venus des missions du Brésil; le P. Félix Trilone, venu de la mission
de Constantinople, et le F. Nicole d*Ancône, envoyé de Rome.
46â CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1805]
ttEVOIZE A TALLEYRAND.
867. — lunis^ 24 avril 1 805 {4 floréal an XIII). — « Je m'empresse
de vous accuser réceptioQ de Taigle de la Légion d'honneur. Cette
décoration est le prix le plus flatteur que je pouvais recevoir de mon
dévouement absolu au service de Sa Majesté Impériale... »
(Affaires étrangères^ O* de Tunis.)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
858. — T'unis, i 8 mai i 805 {28 floréal an XIIÏ), — «... A propos des
esclaves italiens, j'ai vu récemment le Bey. Je lui ai répété qu'en ordon-
nant à ses corsaires de croiser devant les ports d'Italie où flottait le
pavillon français, pour en gêner les communications, intercepter les
transports d'efl'ets et de subsistances, condamner à Tesclavage les
marins employés à ces expéditions, enlever des familles entières à
terre, c'était se conduire en ennemi, et je lui ai demandé ce qu'il
ferait de plus s*il était en état de guerre avec la France. Je Tai pné
de me dire son dernier mot. Faute de bonnes raisons, il a mis sa
volonté suprême à la place, en disant : — Je ne les lâcherai pas. — »
[Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
859. — PariSy 28 mai i 805 [8 prairial an XIII), — « ... La nou-
velle du départ de Constantinople de M. le maréchal Brune ayant fait
penser qu'il pourrait en résulter une rupture avec le Grand Seigneur,
je vous invite à rectifier l'opinion publique à cet égard. Le rappel de
l'ambassadeur de l'Empereur est l'effet de quelques discussions, qo/
n'ont altéré en rien la bonne intelligence toujours subsistante entre les
deux Empires... » (Affaires étrangèt^s, C" de Tunis,)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
860. — Paris, 10 août 1805 [22 thetynidor an XIII), — Le Ministre
voit avec plaisir que de temps à autre Devoize réussit à obtenir la
mise en liberté de quelques esclaves; il espère qu'il saisira l'occasiou
des deux pontons offerts pour obtenir l'affranchissement de ceux d'entre
les captifs qui lui paraîtront les plus intéressants.
(Affaires étrangères, C** de Tunis,)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
861. — Tunis, 7 septembre 1805 {20 fructidor an XlUy - Le«
corsaires anglo-maltais font beaucoup de tort aux bateaux corailleurs.
Devoize a obtenu du Bey qu'il réclamât auprès du Consul anglais contre
la violation du territoire tunisien commise par lesdits corsaires.
(Affaires étrangères, C*' de Tunis.)
[1805] AVEC LA COUR DE FRANCE 463
DEVOIZB A TALLRYRAND.
862. — TuniSy i 0 septembre i 805 {23 fructidor an XIII). — L'es-
cadre américaine, composée de 18 armements, est à La Goulette, sous
les ordres du commodore Roger, mais la rupture avec le Bey n'a pas
eu lieu. Ce Prince a conjuré l'orage avec son adresse ordinaire, et s'est
réservé du temps en envoyant un ambassadeur à Washington, grâce à
rinterveation de MM. Davis, Consul des Ëtats-Unis à Tunis, et Lear,
Consul général à Alger *. (Affaires étrangères^ C'** de Tunis.)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
863. — Tunis, 4 octobre i 805 [2 vendémiaire an XIV). — Détails
sur la saisie d'un bateau corailleur dans le port de Tabarque par un cor-
saire tunisien, sous prétexte que les expéditions n'étaient pas en règle.
Devoize a réussi à faire restituer le bateau, quoique les soupçons du
Bey fussent fondés. Le congé du bateau corailleur était suranné. Il
faudrait régler les redevances que l'on doit au Bey, et qui s'élèvent
à 30,000 sequins. Le Consul propose un arrangement à faire avec ce
Prince pour s'assurer le libre exercice de la pêche du corail.
(Affaires étrangères^ C* de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
864. — PariSf 2i octobre i 805 {29 vendémiaire an XIV). — Il le
prie de se concerter avec M. Dubois-Thainville * pour régler l'afTaire
des deux caisses de corail actuellement dues à la Régence d'Alger.
Dubois-Thainville se plaint de M. Raimbert, l'agent de Devoize à
Tabarque '. (Affaires étrangères^ C" de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
865. — Tunis, 22 octobre i 805 {30 vendémiaire an XIV). — Il
signale de nouvelles prises faites par les Tunisiens sur les Italiens et
les réclamations auxquelles elles ont donné lieu de sa part.
(Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
866. — Tunis, 9 novembre 1 805 {18 brumaire an XIV). — « ... Les
injustices multipliées du tribunal corrompu de Malte, des confiscations
de cargaisons neutres, des navires neutres retenus et rançonnés, des
capitaines qui, après avoir été tourmentés par toutes les épreuves
1. Voy. Journal de séjour d'une division américaine sur la rade de Tunis, — et
Annales tunisiennes, p. 251.
2. Voy. la noie i, p. 415.
3. On se plaignait des droits trop rigoureusement perçus par Raimbcrt sur cha-
que corailleur. Un sieur Manucci, d*Ajaccio, fils d'un ancien drogman de France &
Tanger, et agent consulaire d'Angleterre et de Danemark à Bizerte, intriguait pour
évincer Raimber*. et prendre sa place.
464 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1806]
de la chicane, n'ont pu obtenir leur relaxation qu*en faisant de grands
sacriflces, ont donné aux marchands nolisataires de justes motifs de
s'alarmer sur le sort de leurs propriétés. Ils ont pris le parti d'insérer,
dans leurs contrats d'affrètement, que les capitaines n'admettraient
aucun Français à leurs bords. » (Affaires élrangèt^s, a^ de Tunû.)
DEVOIZE A TALLBYRAND.
887. — Tunis^ 4 janvier i 806. — Il est enfin parvenu à faire
reconnaître au Bey la réunion de la République de Gènes aux ÉtaU
de France... « Il ne m'a pas été difficile de pénétrer les motifs de la
mauvaise humeur et de l'opiniâtreté du Bey ; il aurait désiré que la
demande des Génois lui eût été faite avec le même éclat qu'à Alger; U
est excessivement jaloux et choqué des distinctions qu'on accorde sur
lui à cette Régence, depuis qu'il en a secoué le joug; il a aussi un peu
compté sur le retour de Gênes à son ancien gouvernement et sur les
succès de la nouvelle coalition. La mission des Capidjis qui ont d'abord
passé de Gonstantinople à Malte, ensuite à Tunis et à Alger, n'a pu,
dans les circonstances actuelles, avoir d'autre objet que d'inviter les
Princes de Barbarie à se joindre au Grand Seigneur, lorsqu'il se décla-
rerait; je crois mon opinion d'autant plus fondée que le Bey n*a changé
de ton et de dispositions que lorsqu'il n'a plus pu douter que des victoires,
aussi étonnantes par leur rapidité que par leur éclat, avaient fait
avorter le plan des ennemis de la France. »
{Affaires étrangères, C^'* de Tunis.)
DBVOIZB A TALLEYRAND.
888. — Tunis, 25 janvier i 806. — Il a fait restituer une tartane
anglo-maltaise capturée par un corsaire français dans le golfe de Porto-
Farine. L'article additionnel du traité du 25 mai 1795 stipule formel-
lement l'immunité pour les golfes de La Goulette et de Porto-Farine.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
889. — TuniSf 2i février 1806. — Longs détails sur une prise
toscane faite par les Tunisiens, prise à laquelle s'intéressait M. de
BeauharnaiSy Ministre plénipotentiaire de France en Toscane *.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
TALLBYRAND A DEVOIZE.
870. — Paris, 1 8 mars i806. — Il autorise Devoize à traiter avecle
Bey de l'affranchissement pur et simple des 172 individus dénommés sur
\. François marquis de Beauharnais, député à TAssemblée nationale en i789,
Ministre plénipotentiaire en Toscane en 1805, ambassadeur en Espagne en 1806.
[1806] AVEC LA COUR DE FRANCE 465
la liste qu'il lui a adressée * ; si le Bey s'y prête, Devoize lui fera remettre,
mais uniquement à titre de témoignage de satisfaction de la part de
TEmpereur, telle somme d'argent que le Consul jugera convenable.
(Affaires élrangèt^es, C'"* de Tunis,)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
871. — Paris^ 3 1 mars i 806. — « Sa Majesté consent au renouvelle-
ment des anciens traités relatifs à la pèche du corail, aux conditions
indiquées dans le rapport ci-joint '. S'il est d'ailleurs quelques disposi-
tions particulières que vous jugiez à propos d'y faire entrer, je m'en
rapporte à cet égard entièrement à vos lumières et à la connaissance
que vous avez de tout ce qui peut convenir aux intérêts des pêcheurs
de corail... » {AfTaires étrangères, C'** de Tunis,)
TALLEYRAND A DBYOIZE.
872. — Paris, 20 juin i 806, — Il le prie de notifier au Bey,
d'ordre exprès de Sa Majesté, l'avènement de Son Altesse le Prince
Napoléon Joseph de France à la couronne de Naples '. Il espère que
cette communication déterminera le Bey à cesser de considérer les
Napolitains comme ennemis; il l'engage à profiter de cette circon-
stance pour revenir sur lafTaire des prises toscanes et napolitaines.
(A flaires étrangères, C*** de Tunis.)
DBVOIZE A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
873. — Tunis^ 24 juin i 806, — « Je viens prier Votre Excellence
de me faire connaître ses dernières intentions relativement & Taffran-
chissement des esclaves dont j'ai eu l'honneur de lui adresser la liste
nominative. Puisque Votre Excellence veut bien prendre pour base d'un
arrangement celui qui a été fait à Alger dans la même négociation,
voici dans toute la force de la vérité celui qui a eu lieu :
i. Voy. Liste des sujets des pays réunis à l* Empire français ou pris au service des
armées de VEmpereur, actuellement esclaves dans le royaume de TunU : 39 Génois,
16 Suisses, 3 de Tile d'Elbe, 36 Corses ou Cisalpins, 73 Napolitains, 5 Romains, au
total : 172 individus.
2. — PariSy 18 mars i802. — Rapport à Sa Majesté sur les propositions de Devoize
concernant la pèche du corail, et approuvées par le Conseil général du commerce et
le Ministre de Vinténeur : «... 11 m'a en conséquence paru nécessaire de soumettre
à Tattention de Sa Majesté Impériale les propositions du Commissaire général
Devoize, propositions tendantes à ce quUl soit procédé au renouvellement des
anciens traités relatifs à la pèche du corail, sous Tobligation, de la part du Bey,
d'accorder un nombre illimité de passeports pour les pécheurs et de les faire
jouir de toute l'assistance et tranquillité convenables; de la part de la France, de
payer exactement à ce Prince une redevance annuelle de 3,000 sequins, environ
22,000 francs, redevance dont la charge serait supportée par les pécheurs eux-
mêmes, au moyen d'une contribution en corail que chaque bateau serait obligé
de fournir; et quant aux Urnes arriérées, qui s'élèvent à 30,000 sequins, environ
220,000 francs, d'en faire le payement à l'époque de la paix générale... > (Affaires
étrangères^ C'** de Tunis.)
3. Voy. la note 2, p. 351.
30
466 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1806]
Sur la première demande du Consul de France à Alger, 230 esclaves
furent délivrés et embarqués dans un seul jour; le Dey accepta à titre
de présent, et non de rançon, une somme de 80,000 piastres fortes, ce
qui fit revenir chaque esclave à 348 piastres fortes.
La rançon ordinaire et fixée d'un esclave à Alger est de 2,000 piastres
fortes; le sacrifice de la Régence en faveur de la France a été dans
cette occasion de 381,000 piastres fortes.
Votre Excellence a fixé depuis longtemps le taux delà rançon de ses
esclaves à 300 sequins vénitiens Tun, évalués aujourd'hui 2.825 piastres
de Tunis; en me traitant avec la réduction proportionnelle accordée au
Consul de France à Alger, il reviendrait à Votre Excellence 506 piastres
de Tunis pour chaque esclave, ce qui formerait pour raffranchissemenl
général une somme d'environ 100,000 piastres de Tunis que j'offre
à Votre Excellence, franc de tout droit quelconque. Votre Excellence
doit d'autant plus accueillir favorablement cette proposition que je
suis fondé à réclamer la délivrance gratuite de la majeure partie des
esclaves portés sur ma liste; tels sont : 8 Napolitains pris dernièrement
avec pavillon et passeport français, sortant de Civita-Vecchia; 9 Lon-
donais expédiés sous pavillon toscan pour le service de la place de
Porto-Ferrajo; 2 hommes et 3 femmes enlevés sur le territoire de
Piombino qui nous appartient; 80 marins de la Fouille munis du passe-
port des généraux français.
Votre Excellence ne peut que convenir que les commandants d'une
armée qui, depuis trois ans, occupe une province conquise, et où le
pavillon français flotte Sur tous les forts, ont le droit incontestable d'en
employer les habitants à leur service, et leur doivent protection. Ils
ne devaient pas s'attendre que des armements d'un Prince en paix avec
la France viendraient croiser leurs opérations, intercepter les trans-
ports et les subsistances de la troupe, au mépris de leurs passeports
qui, bien loin de garantir ces malheureux marins, les ont fait devenir
la proie de vos corsaires, en leur inspirant une confiance qui les a
empêchés de fuir comme ils Tauraient pu.
Votre Excellence m'objectera que ses corsaires se sont emparés de
ces Napolitains, parce que les Napolitains sont ses ennemis. Je répon-
drai à Votre Excellence que le pavillon français flotte sur toutes les
forteresses de la Pouille, il y a plus de trois ans, et que là où flotte le
pavillon français. Votre Excellence ne trouvera que des amis.
Je la supplie de mettre un terme à toutes ces difficultés, en acceptant
la proposition que je lui ai faite. Il me sera bien agréable de pouvoir
mettre sous les yeux de Sa Majesté l'Empereur et Roi ce nouveau témoi-
[1806J AVEC LA COUR DE FRANCE 467
gnage des bonnes dispositions de Votre Excellence, de laquelle j'ai
rhonneur d'être avec le plus profond respect, etc. »
(Archives de la Régence, Palais Dar-el-Bey, Carton France, 1710-1833.)
DEYOIZE A TALLEYRAND.
874. — Tunis, i 4 juillet i 806. — « ... Dès les premières ouver-
tures que j'ai faites au Bey pour le renouvellement du traité relatif à la
pèche du corail, j'ai reconnu que la perspective d'être payé, six mois
après la signature de la paix générale en Europe, des lismes arriérées
aplanirait bien des difficultés, dont la principale est l'article des passe-
ports en nombre indéfini... Le Bey a, en attendant, prescrit à ses
corsaires de ne point troubler les pécheurs de corail, et aux Aghas de
les protéger dans les ports. 300 bateaux pèchent en vue de Tabarque.
Mais les petits corsaires anglais les inquiètent beaucoup. Une rixe
entre Corses et Anglais à Tabarque a causé la mort d'un officier et
d'un matelot anglais. Devoize a rappelé au Consul anglais qu'il n'a
jamais payé l'indemnité promise pour les gondoles de pêcheurs enle-
vées l'année précédente. Le Bey a menacé de faire tirer sur les corsaires
anglais, s'ils ne respectaient pas les bateaux corailleurs dans ses ports...
J'ai insinué au Bey que la pêche ainsi livrée aux pirateries de nos
ennemis ne pouvait être d'aucun fruit pour ceux qui l'exerçaient, et
que les frais mêmes d'armement tourneraient en pure perte. Je tâcherai
d'éluder dans le nouveau traité la redevance de cette année, et
d'engager le Bey à être satisfait comme l'année dernière avec une
petite caisse de corail du poids de 140 livres. Je suis embarrassé de
savoir à quel nom je renouvellerai ce traité, car j'ignore si l'ancienne
Compagnie d'Afrique est rétablie sous cette même dénomination.
J'attendrai les directions que je prie Votre Excellence de me donner à
ce sujet... »
D'ailleurs Devoize est d'avis que, tant que durera la guerre, on ne
retirera pas de la pêche du corail les avantages qu'elle peut procurer.
{Affaires étrangères, C'"* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
875. — Tunis, 14 juillet 1 806. — Il a conclu avec le Bey un arran-
gement pour l'affranchissement des esclaves. « Gomme quelques-uns
des captifs portés sur ma liste ont apostasie et que d'autres sont
morts dans l'intervalle, je n'ai pu fixer la somme qui doit former le
présent à faire au Bey, mais je suis convenu avec ce Prince que, lorsque
le nombre des captifs existants sera connu, la somme que j'aurai à lui
remettre sera calculée sur 1,100 piastres de Tunis par chaque individu,
ce qui opérera une différence de 205 piastres de Tunis de moins qu'à
468 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1806]
Alger, environ 40,000 piastres sur la totalité... » Parmi les circonstances
qui ont nui à la négociation, Devoize cite la résolution que le Bey a
prise tout à coup de rétablir les fortifications des places frontières
d'Alger, ce qui a exigé l'emploi d'un grand nombre d'esclaves chréticDS
qui ont été destinés à ces travaux. Il faudra un mois pour réunir les
esclaves épars dans le royaume. Les intérêts politiques de la France
en Italie ne pouvaient que souffrir de la prolongation de la captivité de
tous ces malheureux. (Affaires étrangères, C^ de Tunis,)
TALLBYRANO A DEVOIZE.
876. — Paris^ 18 septembre i 806. — Le renouvellement des traités
pour la pèche du corail ne demande pas qu'on brusque les négociations.
L'essentiel est d'amener le Bey à souscrire à nos propositions, parti-
culièrement à celle qui se rapporte à la délivrance des passeports en
nombre indéfini... Les traités doivent être renouvelés au nom de
Sa Majesté Impériale et Royale, ainsi qu'on l'a fait à Alger. Le Ministre
approuve l'arrangement pour l'affranchissement des esclaves.
(Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
877. — Tunis^ 12 octobre 1806. — Dubois-Thainville a été arrêté
à Alger avec tous les Français, et 32 bateaux corailleurs ont été
capturés ^ Les Anglais sont les instigateurs avérés de ces violences.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
DEVOIZE A TALLEYRARD.
878. — Tunis, 28 octobre 1 806. — Le prix de l'affranchissement des
170 esclaves sera approximativement de 350,000 francs. Devoize fera
dorénavant ses traites sur son fondé de pouvoirs à Paris, M. Nicolas.
Ayant appris que ses premières traites ont été protestées, il supplie le
Ministre de ne pas le laisser à la merci des Juifs de Tunis.
(c Le mauvais état de ma santé rend toujours plus pressant le besoin
d'un congé. Je ne peux que vous l'assurer, le service de Sa Majesté
Impériale ne souffrira nullement de mon absence ; au surplus, ayant à
passer la mer avec ma femme et des enfants en bas âge, je ne m'embar-
querai que le printemps ou l'été prochain. Encore faudra-t-il, si la
guerre continue, que je trouve une occasion qui m'offre quelque sûreté
pour la traversée. » (Affaires étrangères, O'' de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
879. — T'unis, 20 novembre 1 806. — « ... Le Bey a différé la con-
clusion du traité sur la pêche du corail, pour connaître préalablement
les propositions qui lui seront faites par le nouveau gouvernement de
1. Voy. Correspondance des Deys tT Alger avec la Cour de France, t. II, p. 511.
[1806] AVEC LA COUR DE FRANCE 469
Naples, tant pour la paix que pour la délivrance de près de 800 Napo-
litains esclaves. Vu l'incertitude sur les dispositions du Bey, la situation
actuelle de nos affaires à Alger, et la guerre qui subsiste entre cette
Régence et celle de Tunis, il paraîtra à Votre Altesse convenable que
la pèche du corail soit interdite pour Tannée prochaine; elle serait
inquiétée par les corsaires anglais et algériens. Le port de Tabarque
n'est pas à l'abri d'un coup de main de ces derniers ; Tespoir d'y enlever
2 ou 3,000 marins suffirait pour leur en inspirer l'idée, et ce serait un
événement trop fâcheux. » (Affaires étrangères, C»" de Tunis.)
DBVOIZS A TALLBYRAND.
880. — Tunis, 10 décembre i 806. — « Le Bey vient de me dire qu'il
a un pressant besoin de 6,000 fusils de munition des plus légers et
sans baïonnettes. H m'a demandé si , en écrivant lui-même à Sa
Majesté Impériale et Royale, il pouvait espérer qu'Elle lui en accorde-
rait l'extraction. Je lui ai répondu que je lui en donnerais l'assurance
la plus positive, s'il m'était permis de ne considérer dans cette occasion
que les sentiments de bienveillance de Sa Majesté envers Son Excel-
lence. Ce Prince s'est décidé, en conséquence, à écrire à Sa Majesté une
lettre que j'adresse dans un sac de satin, par un corsaire français qui
passe directement à Barcelone et qui a ordre de jeter mes paquets à la
mer, en cas de rencontre d'un ennemi supérieur. Si Sa Majesté daigne
accorder au Bey la faveur qu'il sollicite, je prie Votre Altesse de faire
mettre le plus tôt possible ces 6,000 fusils à la disposition de Mes-
sieurs Fuzier frères, de Marseille. Ces négociants sont chargés d'en payer
la valeur et d'en faire l'expédition sitôt après que le Directeur des
douanes aura reçu l'ordre de les laisser embarquer. La confiance du Bey
dans les bonnes dispositions de Sa Majesté k son égard est telle qu'il
expédiera dans quinze jours un bâtiment tunisien à Marseille, destiné à
y charger ces fusils... » {Affaires étrangères, C" de Tunis.)
HAMOUDA, BEY DE TUNIS, A NAPOLÉON.
881. — Tunis, 15 décembre 1 806. — « Au plus noble des Princes
qui professent la religion du Messie, au plus glorieux des souverains de
l'Europe, le très fortuné, très honoré, très grand, très redoutable et
sincère ami l'Empereur des Français Napoléon.
Nous avons l'honneur d'exposer â Votre Majesté que, constamment
attentif à multiplier les relations d'amitié et de bonne intelligence qui
existent heureusement entre les deux États et également empressé de
nous informer de l'état de ses dispositions à notre égard, nous rem-
plissons ce devoir avec une joie toujours nouvelle.
Dans les circonstances présentes, nos troupes victorieuses ayant
470 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1807]
besoin pour leur service d'une certaine quantité d*armes à feu, et ces
armes ne pouvant venir ici que des contrées soumises à votre vaste
domination, ou bien par une sorte de contrebande, il nous importe
que Votre Majesté veuille bien autoriser en notre faveur Texportalion
de 6,000 fusils seulement.
C'est dans cette intention et pour renouveler à Votre Majesté nos
hommages respectueux que la présente lettre amicale lui a été écrite.
Nous Ja prions, en considération des liens de parfaite amitié qui nous
unissent à elle, de daigner accorder l'autorisation demandée pour l'ex-
portation de 6,000 fusils destinés à nos troupes, et de daigner aussi
conserver dans son cœur impérial le souvenir de notre sincère amitié. »
(Sceau) {Affaires étrangères, C^** de Tunis.)
DEVOIZE A TÀLLEYRANO.
882. — Tunis, 10 janvier 1 807. — Faillite du négociant français
Barthez^ Nécessité absolue pour le corps des nationaux de régler celte
affaire au nom de la Chambre de commerce de Marseille.
DBVOIZB A TALLEYRAND.
883. — Tunis, 29 mars 1807, — Nouvelles de la guerre entre
Tunis et Alger. Le Rey a 40,000 hommes sur le territoire de Couslan-
tine, à deux lieues de la ville ". {Affav^s étrangères, O*' de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
884. — Tunis, 14 mai 1 807. — L'armée de Conslantine vient d'être
mise en déroute. « Le Bey est riche en munitions de guerre de toute
espèce, en soldats de bonne volonté, mais il est pauvre en généraux,
en officiers; il n'est environné que d'êtres dégradés, avilis par la plus
infâme dépravation; ce n*est pas dans des âmes de cette trempe qu'il
trouvera l'énergie, les talents et le courage nécessaires aux soutiens
d'un trône. Ce souverain est peut-être le seul de son royaume qui ait
toutes ces qualités, mais, n'étant pas secondé, la tentative qu'il a faite
pour sortir d'une dépendance humiliante n'aura servi qu'à la cimenter
1. Devoize à la Chambre de commerce de Marseille. — Tunis, 10 janvier ISOl.—
• M. Barthez s'est refusé à payer sa quote-part des dépenses nationales, ainsi que la
rente de la maison qu'il occupe dans le Fondouk, en alléguant qu'il n'en avait pas
les moyens. Les ordonnances n'ont rien prévu pour ce cas; quelques mesures
qu'on prenne, on ne pourrait se dispenser de payer une somme de 3,000 piastres
pour dettes criardes contractées par M. Barthez, postérieurement à sa faillite,
parmi lesquelles il en est une de 1,000 piastres, qu'il avait empruntées pour
quelques jours seulement au Consul de Suède, chargé d'une nombreuse famille,
et très gêné dans ses moyens; il n'est aacun Français sur l'Échelle qui ne soufTre
de voir un agent étranger soupirer après une dette aussi sacrée. • (Affaires étran-
gères, C"» de Tunis.)
2. Voy. Annales tunisiennes, p. 252, — et Notice sur les événements survenus entre
les Régences de Tunis et d'Alger (Chambre de commerce de Marseille, B, i70 de
Vinventaire).
[4807 1 AVEC LA COUR DE FRANCE 471
davantage, et lui faire perdre toute considération dans l'étranger et
son pays, si toutefois il conserve son royaume... »
(Affaires étrangères, C'"* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
885. — Tunis, 2 juin i 807. — Le plus coupable des Aghas qui ont
abandonné Tarmée tunisienne devant Constantine est venu cherche^ un
asile dans la maison de Devoize. Celui-ci a obtenu du Bey grâce de
toute peine corporelle, mais TAgha sera exilé.
{Affaires étrangères, C** de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
886. — Tunis, i^' juillet 1807. — Il constate combien il avait
raison d*însinuer Tannée dernière de ne pas laisser venir des bateaux
corailleurs. Sur les 100 qui sont venus contre son avis, 65 sont bloqués
à Tabarque par les Algériens, et le Bey refuse des permis d'extraction
de provisions jusqu'à ce qu'on lui ait payé tous les arrérages échus.
{Affaires étrangères, C'*' de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
887. — Tunis, 15 juillet 1 807. — Le Garde des sceaux, comman-
dant en chef l'armée tunisienne, vient d'envoyer la nouvelle d'une vic-
toire remportée par l'armée du Bey sur l'armée algérienne. 7,000 Algé-
riens ont, parait-il, été faits prisonniers.
Des bâtiments anglais ont apporté des munitions de guerre pour le
Bey. « Les Anglais n'épargnent aucun sacrifice pour conserver leurs
liaisons avec les Régences, quoiqu'en guerre avec le Grand Seigneur.
Je n'ai pas dissimulé au Bey, il y a deux jours, qu'on ne pouvait
s'empêcher de remarquer que, dans une circonstance semblable, il
avait tenu une conduite bien différente avec la France. »
• {Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
888. — Paris, 8 août 1 807 . — Il approuve en tous points la con-
duite de Devoize durant les derniers événements, et l'engage à lui
adresser exactement tous les avis qui paraîtraient dignes de quelque
intérêt. {Affaires étrangères, C'*» de Tunis.)
DEVOIZE AU C'« DE CHAMPAGNY *.
889. — Tunis, 27 août 1807. — Les Algériens ont attaqué sans
succès Tabarque... « Les Corses et les Génois, m'écrit l'agent de cette ile,
le sieur Rainbert, sont repartis pour les ports de leurs armements, après
1. Jean-Baptiste Norapère comte de Champagny, duc de Cadore, Ministre des
Aiïaires étrangères du 9 août 1807 au 16 avril 1811.
472 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1807]
avoir beaucoup souffert tant de la part des corsaires anglo-russes que
de celle des Algériens, et je peux ajouter du fiey de Tunis, qui leur a
refusé jusqu'à la sortie du biscuit que ces pécheurs ont été obligés d'aller
chercher en Sardaigne à grands frais... J'avais prévu tous ces incon-
vénients. » Le Bey attend toujours les redevances arriérées.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
LE C^^' DE CHAMPAGNY A DEVOIZE.
890. — Paris, 30 septembre i 807. — « Sa Majesté a bien voulu se
prêter à la demande que lui a adressée le Bey de 6,000 fusils, et je me
suis empressé d'informer de sa décision le Ministre de la guerre^ avec
invitation de faire mettre le plus tôt possible ces 6,000 fusils à la
disposition de MM. Fuzier, négociants èi Marseille, comme étant chargés
d'en payer la valeur et d'en faire Texpédition. Le moyen de payement
que vous indiquiez n'a pas pu être adopté, parce qu'il ne se concilierait
que difficilement avec les mesures arrêtées pour opérer le rembourse-
ment des sommes dues au Bey, pour le rachat des esclaves dont vous
avez il y a quelque temps négocié la mise en liberté... »
(Aff'aires étrangères, C**' de Tunis.)
DEVOIZE AU C^^* DE CQAMPAGNY.
891. — 7u;m, ^6 octobre i 807. ~ Devoize résiste à la prétention
du Bey et de son Grand Douanier de faire payer iO 0/0 de droits
aux importateurs de Gênes. Les Génois sont devenus Français et ne
doivent payer que 3 0/0. Il espère toujours que le Ministre mettra les
170,000 piastres dues au Bey et au Garde des sceaux à la disposition de
son fondé de pouvoirs, M. Nicolas, afin qu'il puisse donner des traites
au Bey ; c'est le seul moyen de tirer le Consul général de la situation
pénible où il se trouve. {Aff'aires étrangères, C de Tunis.)
DEVOIZE AU C^'' DE CUAMPAGNY.
892. — Tunis, 3i décembre i 807. — Il a vu par une lettre de son
collègue Lesseps ^ du 26 octobre, que le Ministre a envoyé des ordres
relativement à une somme de 6,478 fr. 30 qu'il réclame, pour frais de
nourriture de 170 captifs au lazaret de Livourne... « Ces ordres ne me
sont pas parvenus... J'ai appris indirectement que, lorsque mon état de
liquidation a été mis sous les yeux de l'Empereur, Sa Majesté n'avait
admis que 68 Français, et avait laissé le montant de la rançon de
iOrl individus à la charge de leurs gouvernements respectifs. Ce mode
de remboursement me laisse ici dans la position la plus critique... »
{Affaires étrangères, C» de Tunis,)
i. Voy. la note 2, p. 358.
fl808] AVEC LA COUR DE FRANCE 47^
LE C^® DE CHAMPAGNY A DEYOIZE.
893. — Parisy 22 janvier J808, — Le Ministre ne croit pas devoir
autoriser encore Devoize à reprendre la négociation pour la pêche du
corail ; les circonstances ne sont pas assez favorables pour que l'on puisse
se flatter de la faire avec succès. Il l'approuve dans TafTaire des droits
de douane imposés aux Génois, et lui annonce que TEmpereur vient de
prendre dans l'afTaire des 170 esclaves une décision conforme à ses
désirs. {Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
DEVOIZB AU C^* DE CHAMPAGNY.
894. — Tunis f iô mars i 808. — Une contestation s'est élevée entre
M. Coxe, Chargé d'affaires des États-Unis, et le négociant français
Henry Ghapelié. Le Bey s'est prononcé en faveur de M. Goxe. Il devient
de plus en plus nécessaire de donner à ce Prince les satisfactions qu'il
attend. (Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
DEVOIZE AU C^^ DE CHAMPAGNY.
896. — TuniSy 25 avril i 808. — M. Doriol, son collègue à Cagliari *,
lui mande qu'il se prépare à quitter la Sardaigne, par suite des mauvais
procédés de ce gouvernement envers lui. Devoize rappelle les ser-
vices qu'il a rendus aux Sardes & Tunis; dans l'espace de cinq ans,
1,000 individus de celte nation ont été rendus à la liberté par ses bons
offices. (Affaires étrangères, C^* de Tunis.)
DEVOIZE AU C^* DE CHAMPAGNY.
896. — TuniSj iO mai 1 808. — 11 envoie une liste de 36 esclaves
sept-insulaires. Aujourd'hui que les Sepl.*Iles ont passé sous la domi-
nation française, ces individus demandent que le gouvernement leur
accorde des secours et s'occupe de les délivrer. Un des capitaines, natifs
de la Dalmatie vénitienne, a contribué à la victoire des Tuni^ens sur
Alger; le Garde des sceaux, pour l'en récompenser, voulait à force de
mauvais traitements le contraindre à apostasier. Devoize a obtenu son
affranchissement. (Affaires étrangères, C*"* de Tunis.)
DEVOIZE AU C^® DE CHAMPAGNY.
897. — Tunis^ i3 mai i 808. — Il espère que son collègue d'Alger
prendra les mesures voulues pour protéger la nation française de Tunis,
dans le cas où les Algériens arriveraient jusqu*à la capitale de la
Régence. <f La nation a conservé le triste souvenir de tout ce qu'elle
a souffert et des dangers qu'elle a courus pendant le sac de cette ville
i. Joseph Doriol, ancien capitaine de hussards, commissaire des relations com-
merciales & Cagliari en 1803, Ck>nsul général & Naples en 1809, à Odessa en 1814,
en disponibilité en 1822.
474 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS ilSOS]
en 1756 *. Les négociants durent se réfugier avec leurs familles dans
rhôtel du Consul anglais, qui devint un lieu d'immunité au moyen d'un
corps de garde algérien à sa porte avec un drapeau turc... »
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
DEVOIZE AU C^ DE CQAMPAGNY.
898. — Funisj 17 mai 1 808. — Il signale la relâche à La Goolelle
d*un brick de Sa Majesté, Ze/f^^um, à bord duquel se trouve un passager,
M. Boulin, officier du génie, qui parait avoir une mission du Ministre
de la marine *. {Affaires étrangères, C*' de Tunis.)
DEVOIZE AU C^*" DE CHAMPAGNY.
899. — Tunisy 27 juin i 808. — Devoize ayant parlé au Bey des
relations actives de commerce qui se sont établies entre Tunis et Malle,
le Prince lui a répondu que « les ports de France étant en quelque
sorte fermés à ses sujets par la rigueur des décrets de Sa Majesté, ils
s'étaient vus forcés de tourner leurs spéculations d*un autre côté, mais
qu'ils étaient prêts à reprendre leurs liaisons avec Marseille, sitôt qu'ils
cesseraient de craindre la confiscation à laquelle ils étaient exposés par
la visite d'un corsaire anglais »; cette seule modification apportée au
décret impérial du 17 décembre suffirait pour ranimer le commerce de
cette Échelle... Le gouvernement anglais a fait assurer le Bey par son
agent qu'il n'entendait pas mettre le moindre obstacle à la libre naviga-
tion des bâtiments portant pavillon tunisien, quand même ils seraient
destinés pour les ports de France, ni les soumettre aux formalités
exigées des neutres... Depuis qu'ils occupent Malte, les Anglais s'éver-
tuent à entretenir les bonnes diapositions des souverains de Barbarie...
{Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
DEVOIZE AU C^<^ DE CHAMPAGNY.
900. — Tunis, 8 juillet I 808. — Tableau de tous les droits perçus
par la chancellerie. Devoize est rigoureusement borné au traitement
annuel qui lui est accordé comme Consul, excepté seulement pour le
droit très modique de 1/âO/O sur le produit net de la vente des prises,
alloué aux Consuls par l'arrêté du 6 germinal an YIII.
{Affaires étrangères, C*"' de Tunis.)
DEVOIZE AU C^* DE CBAMPA6NY.
901. — Tunis, 19 août 1808. — Il lui est difficile d'empêcher
i. Voy. le Journal du siège de Tunis, t. II, p. 500.
2. Vincent-Yves Boulin, ingénieur, officier du génie, en mission à Constanlinople
en 1807, & Alger et Tunis en 180S, pour lever les plans topograpbiques des Régences,
assassiné en 1813 par des brigands, pendant une nouvelle mission en Egypte et
en Syrie. C'est à Taide de ses notes qu*a été publié en 1830 Aperçu hisloriquej sta-
tistique et topographique sur l'État d'Alger, à l'usage de Varmée expéditionnaire
dAfHque.
[1808] AVEC LA COUR DE FRANGE 475
l'introduction des marchandises anglaises en France. « A Tunis, les
certificats d'origine sont Técueil du zèle du Consul... Mon avis serait,
si Votre Excellence me permet de l'exprimer, que je ne fusse autorisé
à délivrer des certificats que pour les productions de ce royaume et
les cotons qui seraient débarqués à Tunis, venant directement du
Levant... » {Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
DEVOIZE AU C^^ DE CHAMPAGNY.
902. — Tunis, 5 septembre i 808. — Aujourd'hui qu'il n'existe plus
de sujets de crainte du côté des Algériens, Devoize demande un congé...
« L'élève Vice-Consul Billon ' a acquis par un travail assidu de près de
sept ans l'expérience nécessaire pour gérer avec succès l'intérim... »
{Affaires étrangères, 6''* de Tunis.)
DEVOIZK AU C^® DB CHAMPAGNY.
903. — Tunis, 10 septembre i 808. — Le brick de l'État Ze Requin
a été pris et emmené à Malte. M. Boutin ', chargé des paquets du Consulat
d'Alger, a réussi à se soustraire à la vigilance des gardes. Il attend,
dans une maison où il a trouvé asile, l'occasion d'un bâtiment tunisien
pour passer à Tunis.
« Malte regorge de marchandises qu'elle reçoit par convois et qui s'y
vendent à 30 0/0 au-dessous du prix de fabrique. Trois à quatre cents
petits bâtiments grecs portant pavillon de Jérusalem et munis d'un
passeport anglais les chargent en retour des approvisionnements qu'ils
apportent à Malte, et vont les répandre dans les iles du Levant. Les
Autrichiens et les Américains font le même commerce... »
{Affaires étrangères, C'*' de Tunis.)
DEVOIZE AU C^^ DE CHAMPAGNY.
904. — Tunis, i 2 septembre i 808. — « Il existe à Tunis un hospice
de Capucins missionnaires composé de six individus prêtres ou laïques '.
Le Préfet remplit les fonctions de curé de la chapelle consulaire, dont
l'établissement est un des plus beaux que puissent nous assurer les
traités dans un pays musulman. Elle a été supprimée par un Envoyé du
Comité de salut public en l'an V. Je l'ai rétablie en l'an X, après avoir
conclu la paix avec la Régence. Peu après, j'observai que la chapelle
consulaire ne pouvait plus comme anciennement être entretenue
décemment avec 600 francs et je proposai de porter la somme à
1,200 francs.
Je viens de calculer avec le Père Préfet la dépense d'entretien ; elle
1. Voy. la note 2, p. 455.
2. Voy. la note 2, p. 474.
3. Voy. Mémoires pour sei^vir à V histoire de ta mission des Capucins dans la
Régence de Tunis, par le P. Anselme des Arcs, p. 93.
476 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [1808]
consiste : en 50 rotes de cire pour le service extraordinaire de sept
fêtes et le service courant de Tannée, à 4 piastres la rote, 200 piastres;
traitement du curé qui le verse à Thospice, 200 p. ; traitement du sacris-
tain desservant, chargé de Tentretien des ornements, du linge et de la
propreté de la chapelle, 100 p. ; à trois prêtres choisis parmi les esclaves,
qui servent dans les sept grandes fêtes, i piastre À chacun d'eui.
21 piastres fortes à 3 p. 8, soit 76 p. 8; pour les sermons, 3 seqoins
vénitiens, 27 p. 81, ce qui fait environ 900 francs. En autorisant le
Consul h payer 150 piastres au Préfet par chaque quartier et à en
faire article dans ses états de dépenses, tout ce que le Préfet pourra
économiser sur cette somme, en maintenant toutefois la chapelle
dans un état convenable, restera au profit de la Mission, qui a degranà
besoins. Elle ne subsiste que par la charité des chrétiens, surtout des
navigateurs, qui, vu les circonstances, n*abordent plus que rarementà
Tunis. Le Père Préfet m'entretient souvent de l'impossibilité où il est
de soutenir Thospice avec si peu de moyens; c'est ce qui m'a engagea
lui fournir quelques secours que Votre Excellence a bien voulu
approuver jusqu'à présent, et qui cesseraient par l'abonnement annuel
de 900 francs. » (Affaires étrangères, C de Tunis.)
DBVOIZE AU C^ DE CHAMPA6NY.
906. — Tunis, H septembre i 808, — « Près de 120 bateaux fran-
çais et napolitains ont péché cette année le corail, et jamais la pèche
n'a été aussi fructueuse. Elle n'a été inquiétée ni par les corsaires
anglais ni par les corsaires algériens... Le douanier s'est désisté de
sa prétention de percevoir un droit de 10 0/0 sur les marchandises
provenant de la rivière de Gênes... » Devoize suivra la même ligne de
conduite à cet égard pour les autres pays de Tltalie.
{Affaires étrangères, C*" de Tunis.^
LE C^ DE CHAMPAGNY A DEVOIZE.
906. — Erfurt, 30 septembre 1 808, — Le Ministre l'approuve « de
consommer l'exécution d'une négociation confiée à ses soins par le
ministère sarde, à l'effet d'obtenir l'échange d'un certain nombre d'es-
claves sardes contre un pareil nombre de Tunisiens détenus en Sar-
daigne... » Il a remarqué avec plaisir que Devoize a constamment
refusé les témoignages de reconnaissance que le ministère sarde lui a
fait offrir. « Il m'est agréable d'avoir à vous marquer que vous avez en
cela manifesté un esprit de désintéressement digne des plus grands
éloges... » Il lui fait connaître ensuite les décisions de l'Empereur au
sujet des esclaves sept-insulaires et des bâtiments portant pavillon
tunisien. « Vous devrez faire tous vos efforts pour engager les Tunisiens
[1808] AVEC LA COUR DE FRANCE 477
à reprendre sur-le-champ, ainsi que le Bey vous a annoncé qu'ils y
étaient disposés, leurs liaisons habituelles avec Marseille.
Je vous recommande de ne rien négliger de tout ce qui vous paraîtra
propre à les y déterminer, et de faire surtout en sorte qu'ils ne donnent
point de suite à leurs relations actuelles avec Malte... » Il demande au
Ministre des finances une décision au sujet des certificats d'origine à
délivrer à Tunis. (Affaires étrangères, C» de Tunis,)
DEVOIZB AU C^® DE CnAMPAGNV.
907. — lunis^ 30 octobre i 808. -r- « N'ayant pas trouvé à affermer
les douanes de son royaume, le Bey s'est décidé à les faire régir pour
son compte. Ce Prince a d'abord mis de côté le tarif, et a établi que le
droit de 3 0/0 fixé par nos traités serait perçu à l'avenir sur les prix
courants des bazars, de manière que ce droit porte non seulement sur
la valeur réelle de la marchandise, mais encore sur le profit que peuvent
y faire et le Français qui la vend et le Tunisien qui l'achète pour la
revendre. Ce nouveau mode de perception quadruple les droits sur tous
les principaux articles de nos importations... » La note que le Bey a
remise à Devoize dit que « la douane de 30/0 que payaient les Français
continuera sur le même pied, mais cette douane se payera sur la propre
marchandise ou au prix du bazar en argent ».
Devoize rappelle que les Français ne pouvaient extraire le blé du
royaume de Tunis qu'après avoir acquitté le droit exorbitant de
90 0/0 d'extraction et celui de 150 0/0 sur l'orge...
Les Tunisiens payaient précédemment à la Douane un droit de
1 1 0/0 sur toutes les marchandises qu'ils recevaient des ports de France ;
le Bey vient de réduire ce droit & 5 et demi 0/0. Devoize pense que le
Bey cherche à dégoûter les Européens de trafiquer dans son royaume;
le commerce sera concentré dans les mains de son ministre et de
quelques officiers puissants qui en font déjà plus des trois quarts.
Le Bey refuse de reconnaître la domination française dans les Sept-
Ues. Un moyen certain de prévenir de nouvelles difficultés serait une
lettre de Sa Majesté... « Je sais que le Bey attache infiniment de prix à
recevoir une lettre amicale de l'Empereur, ce qui faciliterait le service
de son Consul général à Tunis... »
(Affaires étrangères^ O*^ de Tunis.)
908. — Tunis, 30 octobre i 808. — Tarif des marchandises d'impor-
tation à Tunis, arrêté le 7 février 1753 :
478
CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS
[1808;
MARCHANDISES
PRIX
DE l'anCIBN tarif
PRIX ACTUEL
DU BAZAR
servant de nouveau tarif
Café
50 piastres le quintal.
28 — —
100
12 — la livre.
15 — la pièce.
200 — —
12 — le quintal.
180 — —
12 — la douzaine.
5 — la livre.
20 —
35 — le quintal.
1 p. 1/4 la livre.
10 — —
7 — le quintal.
16
100 — —
320 —
200 piastres le quintal.
100
600 — - j
45
225 —
600 —
30
500
24 -
i6
50 1
il5
5 —
40
15 — -
40 — -
400 — - ,
900 — -
Sucre
Girofle
Cochenille
Draps londrins
Fil.
Fer en barres
Laines d'Espagne
Mouchoirs de soie ....
Noix muscades
Papiers gris, 24 rames. .
Sucre en pain
Salsepareille
Safran
Soufre en canon
Tarlre
Verdet
Vermillon
{Affaires ftrangères^ C*** de Tunis.)
DEYOIZE AU C^« DE CHAMPAGNY.
909. — Tunis^ 2 novembre 1808. — La paix vient d'être conclue
entre les deux Régences de Tunis et d'Alger '.
{Affaires étrangères, C"» de Tunis.)
LE C^^ DE CHAMPAGNY A DBVOiZB.
910. — Paris^ 7 novembre 1808, — L'Empereur lui accorde le congé
qu'il a demandé. {Affaires étrangères, C" de Tunis.)
DEVOIZE A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
911. — T'unis, 8 décembre 1 808. — « Excellence,
c< Voire Excellence m'a fait informer que le corsaire français qui 8*était
emparé d'un chebek anglais et qui Ta conduit à Tripoli a relâché à
Sousse et que vous avez envoyé un Mamelouk pour le saisir et conduire
le capitaine à Tunis. Votre Excellence n'a aucun motif légitime d'exer-
cer cet acte de violence, car c'est un abus d'autorité qui fait mieux res-
sortir la partialité de Votre Excellence en faveur des Anglais, et le
peu d'égards que vous observez envers la France. La prise susdite est
sous séquestre à Tripoli, et Votre Excellence ne peut craindre qa elle
lui soit enlevée, si elle a été faite indûment. Toutes les pièces qui doi-
vent servir au jugement ont été expédiées à Tripoli, et il n'y avait pas
besoin de faire une insulte au pavillon français et de prétendre arracher
1. Voy. Annales tunisiennes, p. 265.
[4808J AVEC LA COUR DE FRANCE 479
par la force ce que vous auriez toujours obtenu de la justice et loyauté
du gouverDcment français, qui non seulement s'est empressé dans
toutes les occasions d'ordonner la restitution de toutes les propriétés
tunisiennes trouvées à bord des bâtiments de prise, mais encore a été
jusqu'à prévenir vos réclamations, de quoi vous avez des preuves trop
récentes pour les pouvoir démentir.
Les corsaires anglais ont exercé impunément sur les cotes de la
domination de Votre Excellence, dans le golfe, dans la rade même de La
Goulette, les déprédations les plus violentes. Celui qu'on appelle il Birbo
a pillé un bâtiment français près du cap de Carthage en présence des
Bédouins, qui l'ont attesté. Il en a poursuivi un autre à coups de canon
jusqu'à La Goulette et jusqu'à ce qu'il eût jeté l'ancre; il a visité tous
les bâtiments qui entraient et a tenté de s'emparer d'un bâtiment fran-
çais qui partait pour Marseille, en mettant immédiatement à la voile
après lui. Je réclamai en vain la neutralité et l'immunité du golfe sti-
pulées par un traité. Votre Excellence se refusa à ma demande de
le faire arrêter. Votre Excellence me témoigna au contraire le désir
qu'elle avait que les corsaires français s'abstinssent de conduire leurs
prises dans les ports tunisiens. Il est évident que Votre Excellence a
résolu d'éloigner les corsaires français de ses côtes pour laisser le
champ libre aux Anglais. Que Votre Excellence révoque l'ordre injuste
d'enlever un capitaine français au bâtiment qu'il commandait pour le
conduire comme un délinquant à Tunis, où il venait de lui-même, car
cet acte de violence ne peut produire d'autre effet que d'indisposer le
gouvernement français, et attirer à Votre Excellence la réclamation
d'une juste indemnité pour le préjudice que vous occasionnerez aux
armateurs du corsaire.
Je ne puis comprendre ce qui a donné lieu à un changement si
étrange de la part de Votre Excellence depuis quelque temps, et j'ai eu
avec déplaisir plusieurs occasions de le remarquer, parmi lesquelles
j'en citerai de bien récentes.
Deux artisans français ont été arrêtés par un Mamelouk, au milieu
de la rue, jetés dans une prison, dans laquelle Votre Excellence s'obs-
tine à les retenir et à les faire souffrir, non pas sous la conviction,
mais sous le simple soupçon qu'ils avaient favorisé l'évasion de quelqu'un
de vos esclaves. En vain j'ai réclamé contre cette injustice ; je n'ai rien
pu obtenir, et Votre Excellence m'a fait entendre, au mépris de mon
caractère, qu'elle ne me croyait pas étranger à ce complot.
Votre Excellence a fait lever l'ancre à La Goulette à un capitaine que
j'avais promis de retenir à Tunis jusqu'à ce que ses discussions avec
480 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [1808;
ses armaleurs fussent terminées, et la demande d'un Juif a prévalu sur
la garantie d'un Consul de France, à qui il vous a plu de donner cette
nouvelle mortification.
Votre Excellence a refusé sous un vain prétexte de reconnaître la
réunion des Sept-Iles aux États d'Italie, alors qu'il n'y a pas de puis-
sance humaine qui puisse empêcher l'existence de cette réunion.
Les ministres de la religion sont respectés en tout lieu et il n'y a pas
d'exemple, dans les Régences de Barbarie, qu'un prêtre esclave ait été
jamais employé aux travaux, et il n'était réservé qu'au maître du Père
Bonaventure de le donner, et à son digne fils daller l'insulter jusque
sous le panier qu'ils lui faisaient porter, et de rendre ridicule son carac-
tère de religieux à qui était due l'exemption du travail. Je représentai
qu'il desservait la chapelle consulaire et qu'il était nécessaire à l'hospice,
011 manquent les religieux ; et, pour toute réponse, il me fut dit que le
Père Bonaventure était esclave et que son maître pouvait en disposer
comme il lui plaisait.
Depuis que le royaume de Naples est occupé par un Prince français,
il a suffi à n'importe quel esclave de dire qu'il était Tunisien pour être
aussitôt mis en liberté, et ce n'est que par un généreux procédé
de Sa Majesté que Votre Excellence a vu arriver successivement
divers officiers et marins de votre marine affranchis sans condi-
tions et défrayés jusqu'à Livourne. Non seulement Votre Excellence
n*a pas répondu à tous ces témoignages d'égardss, mais elle les a
reçus avec dédain, refusant même de payer les avances faites par le
€onsul de France à Livourne pour la traversée et la nourriture de vos
sujets.
Depuis que Sa Majesté l'Empereur Napoléon a pris les rênes du gou-
vernement en France, il n'a donné à Votre Excellence que des preuves
d'estime et de bienveillance, et je me suis constamment appliqué dans
mes rapports à cultiver ces sentiments, instruisant les Ministres de
Sa Majesté Impériale et «Royale des bonnes dispositions de Votre Excel-
lence envers les Français établis dans ses États. Aujourd'hui je ne
retrouve plus ces dispositions dont il m'était agréable d'assurer au gou-
vernement la continuation ; au contraire il m'est aussi désagréable, à
la veille d'abandonner une longue et pénible carrière, d'avoir à Tin-
former de la déplorable condition des Français à Tunis, triste résultai
du crédit que trouvent à la cour de Votre Excellence les mensonges
absurdes que les ennemis de la France ne cessent de répandre, et qui
semblent être la règle et la loi de la conduite étrange de Votre Excel-
lence envers elle, depuis quelque temps. Un avenir qui n*est pas très
[1808] AVEC LA COUR DE FRANCE 481
lointain instruira Votre Excellence de ses intérêts et du crédit que
méritent les détracteurs acharnés de ]fL France.
Je supplie Votre Excellence d'agréer les hommages de mon profond
respect. » (Archives de la Bégencej Palais Dar-el-Bey.)
MARIANO STINCA, SECRÉTAIRE DU BRY DE TUNIS <, A DEYOIZE.
912. — Du Bardo, iO décembre 1808. — Le Bey reproche aux
corsaires français de ne pas avoir d*égards à la neutralité de son pays.
Son Excellence n'a jamais été partiale et ne le sera jamais; elle s'est
toujours montrée jalouse de faire observer la neutralité de ses ports...
Le secrétaire déclare que le Bey n'a donné aucune réponse au sujet des
Sept-Iles. Au sujet du prêtre esclave, le Bey dit que cela ne regarde
point la France. Son Excellence proteste de ses bons sentiments envers
Sa Majesté Impériale et Royale, mais « tel est son plaisir d'avoir de
l'estime et de l'amitié pour tous, et elle ne prête pas l'oreille aux
mensonges et aux absurdités de certaines personnes... »
{Affaires étrangères^ C"* de Tunis.)
DEVOIZE A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
913. — Tunhy tO décembre 1 808. — « Les prises faites par les Fran-
çais ont eu lieu surtout sur les côtes de Sicile, dans le canal de Malte,
et à Tabordage en pleine mer. Les Français ont toujours respecté la
neutralité des ports tunisiens; Son Excellence ne pourrait pas en dire
autant des Anglais. Votre Excellence observe les plus grands ména-
gements envers l'Angleterre et fort peu envers la France... En ce qui
concerne le prêtre esclave, je pense qu^il m'est permis, qu'il est même
de mon devoir de chercher à adoucir le sort d'un ministre de la religion
que je professe, d'un sujet d'un Roi frère de l'Empereur de France,
en demandant son affranchissement des travaux auxquels il n'a jamais
été d'usage de soumettre un prêtre... Votre Excellence voudra bien
observer que, par l'article VIII du dernier traité que j'ai conclu avec elle,
elle a reconnu d'avance la réunion des Sept-Ues.
Son Excellence veut bien m'exprimer les sentiments les plus favora-
bles à la France, et m'assurer de leur continuation. Ils ne me laisse-
raient rien à désirer, si je ne voyais avec autant de douleur que de
surprise que Votre Excellence persiste dans les mêmes dispositions
qui ont donné lieu aux plaintes que j'ai eu l'honneur de lu. adresser. »
{Affaires étrangères^ C'* de Tunis.)
DEVOIZE AU C^^' DE CUAMPAGNY.
914. — Tunisy 13 décembre 1 808. — Le Bey a fait une insulte au
pavillon français et Devoize s'en est plaint amèrement au Prince, à qui
1. Voy. la note 2, p. 413.
31
482 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [i809|
il a exposé plusieurs autres griefs. « Depuis que le Bey est parvenu à
secouer le joug d'Alger, son caractère est tellement changé qu*oa peut
dire que le gouvernement d'Alger est aujourd'hui à Tunis. Ce souverain
n'a plus que quelques ménagements pour les Anglais...
Ce n'est que depuis les événements d'Espagne que le Bey s'est écarté
des égards qu'il avait constamment manifestés pour la France... Tunis
est inondé d'écrits incendiaires ' imprimés à Séville et à Malte, annon-
çant entre autres choses l'existence d'une armée d'Afrique destinée à
faire la conquête de la Barbarie, et dont les circonstances actuelles
avaient fait abandonner le projet; le Bey a cru à tous ces bruits...
Je n'attends le redressement des griefs dont je me suis plaint et le
retour du Bey à ses anciennes dispositions que de la nouvelle officielle
que Votre Excellence m'ordonnera de lui notifier de l'installation de
Sa Majesté le Roi Joseph Napoléon sur le trône de Madrid, et j'aime à
espérer que ce sera bientôt. » (Affaires étrangères, C*' de Tunis.)
DEVOIZB AU C'« DE CQAMPAGNY.
915. — Tunis^ 20 décembre i 808. — Le Bey lui a proposé de traiter
avec le gouvernement sarde d'un armistice de trois ans. Devoize a
refusé, en observant à ce souverain que l'état de guerre existant entre
la France et la Sardaigne ne le lui permettrait pas. Il fait passer des
secours aux esclaves sept-insulaires par les soins de Tévêque grec,
mais il pense qu'il serait préférable de les racheter.
Depuis que Sa Majesté a consenti à faire quelques modifications aux
décrets relatifs au commerce de l'Angleterre, divers bâtiments tuni-
siens sont partis pour Marseille, mais Devoize aperçoit la même activité
dans les relations de cette place avec Malte...
{Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
DEVOIZE AU C'° DE GHAMPAGNV.
916. — T'unis, 30 janvier i 809. — Il compte laisser au Vice-Consul
Billon * la gérance de son poste et s'embarquer sur un navire tunisien
à la fin de mai. Le Bey et son Garde des sceaux ayant élevé de nouvelles
prétentions au sujet de la rançon des 170 esclaves italiens affranchis,
Devoize lui a signifié formellement qu'il n'y avait plus à revenir sur une
affaire depuis longtemps terminée. {Affaires étrangères^ C»** de Tunis.)
LE C'® DE CHAMPAGNY A DEVOIZE.
917. — Parts, 25 février i 809. — L'ambassadeur de Russieréclame
l'intervention du gouvernement français pour obtenir la mise en liberté
1. Voy. rimprimé italien : Indiriszo a Sapoleone Buonaparte, primo Console per la
vita (Affaires étrangères, C" de Tunis.)
2. Voy. la note 2, p. 455.
[1809] AVEC LA COUR DE FRANCE 483
de l'équipage de VAssomption, et la restitution du bâtiment pris il y a
quatre ans par un corsaire tunisien. Devoize ne devra rien négliger
pour obtenir satisfaction dans cette affaire.
(Affairet éfrangères, C*'* de Tunis.)
DEVOIZE AU C^^ DE CHAMPAGNY.
918. — Twnw, 9 mai i 809. — Les Anglais ont réellement des vues
sur les anciennes Concessions de la Compagnie d'Afrique. Devoize s'en
est convaincu par les propositions qui ont été faites au Bey de l'admis-
sion exclusive dans les ports de Tabarque des patrons munis de pas-
seports anglais, propositions que ce Prince a rejetées... Il importe de ne
pas perdre de vue ces convoitises, qui pourraient bien un jour atteindre
nos droits séculaires *. {Affaires étrangères, C"» de Tunis,)
DEVOIZE AU C^ DE CQAMPAGNY.
919. — Tunis^ 9 mai i 809, — Déprédations exercées par les Anglais
sur des bâtiments français dans les parages de Tunis. <c ... La proximité
de Malte, la recette immense que procure à la Douane de Tunis son
commerce très actif avec celte lie et les fréquentes apparitions à La
Goulette des bâtiments de guerre anglais inspirent au Bey beaucoup de
ménagements pour cette nation... » Le meilleur parti à prendre serait
de brusquer une expédition de deux frégates et de quelques bâtiments
légers qui détruiraient même aux mouillages (bors celui de La Goulette)
tous ces petits corsaires, et enlèveraient les bâtiments marchands enne-
mis ; ce ne serait qu'user du droit de représailles...
(Affaires étrangères^ C*** de Tunis,)
BILLON > AU C^ DE CQAMPAGNY.
920. — Tunis, i 8 septembre i 809, — Devoize s'est embarqué le 15
de ce mois sur un gros navire tunisien appartenant au Garde des sceaux.
1. Voy. Lettre de Baimbert, agent à Tabarque, à Devoize, 3 avril 1809, relative aux
vues des Anglais sur Tabarque, — et notre introduction du présent ouvrage, t. II,
p. XXX. — Voy. aussi le carton Agence consulaire de France à Tabarque (Archives
de la Résidence française à Tunis),
2. Voy. la note 2, p. 455, — et Instructions données par Devoize à Billon Vice-Consul :
— Tunis, 7 septembre 4809. — « Sa Majesté ayant bien voulu permettre au sieur
Devoize, son Consul général, de passer en France, ce Consul remet au sieur Billon,
Vice-Consul, les affaires de Sa Majesté et du Consulat... Ses devoirs, ses pouvoirs
sont déterminés par les ordonnances; mais il doit suspendre ou modérer Texécu-
tion lorsque les dispositions ou Tintérét du Bey peuvent contrarier TelTet qu'il se
propose, ou produire celui plus fâcheux encore de compromettre les droits et
l'autorité de Sa Migesté... Rien ne saurait justifier le sieur Billon d'avoir mis par
trop de précipitation et un zèle mal entendu Sa Majesté dans le cas d'abandonner
son orficier ou ses droits à Tunis, si d'autres intérêts ne lui permettent pas de les
y soutenir; il ne saurait en avoir l'idée dans les circonstances actuelles, où le Bey
est dominé par l'influence anglaise... » Devoize lui recommande l'affaire du diamant
appartenant à MM. Bastide, que le Bey n'a d'autre prétexte de retenir que son
insatiable avidité; il l'invite à cultiver l'amitié du Garde des sceaux et à faire
484 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [18091
« Ce Consul général emporte les regrets da Prince, de son ministre, des
grands de la cour, et généralement de tous les gens de bien... Le Bey
m'a témoigné qu'il verrait avec satisfaction que ma conduite dans les
affaires fût basée sur celle de M. Devoize... »
(Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
BILLON AU C*^ DB CQAMPAGNY.
921. — Tunis, ^6 septembre 1 809, — Ha porté plainte au Bey, au
sujet d*une nouvelle agressioii des Anglais dans le port de Porto-Farine.
« Ce Prince m*a répondu qu'il n'avait aucun moyen d'empêcher les
armements anglais de tenir une pareille conduite... Je lui ai répondu
que tous les actes de déprédation que commettaient fréquemment les
Anglais sur ces mouillages finiraient bien par tomber à sa charge... ^
(Affaires étrangOi*es, C"* de Tunis.)
BILLON AU C*"^ DP. CBABIPA6NY.
922. — Tunis^ 25 octobre i 809. — Renseignements sur les disposi-
tions des agents consulaires d'Espagne, leur mérite, leur conduite
publique et privée, et leur façon d'agir et de penser relativement aux
changements survenus en Espagne '. (Affaires étrangères^ a*' de Tunis.)
LE C^® DE CQAMPAGNY A BILLON.
923. — Fontainebleau, 7 novembre (809, — Le Ministre approuve
sa conduite dans les affaires de prises. En ce qui concerne les aventu-
riers français et italiens débarquant à Tunis, il l'invite à user de h
faculté qui lui est donnée par les ordonnances de renvoyer tous les
individus dont le séjour ne lui paraîtrait pas suffisamment motivé, ou
dont il jugerait la présence capable de compromettre la tranquillité des
nationaux. (Affaires étrangères, C de Tunis.)
DEVOIZE AU C^^' DE CHAMPAGNY.
924. — Lazaret de Marseille^ 7 novembre i 809. — Il est arrivé hier
au lazaret, après une navigation de cinquante jours. Le navire a dû
relâcher dans le golfe do Palmas, où, contre son attente, Devoize n'a eu
qu'à se louer des bons précédés du gouvernement sarde (de Cagliari),
quelques légers sacrifices pour Mariano Stinca, le secrétaire italien du Bey. Il le
prie de se méfier de tous les Consuls étrangers, dVviler l'occasion de prétendre la
préséance sur eux, mais de ne pas la céder aux agents suppléants, de surveiller le
chef de la Mission, de dénoncer au Ministre les négociants en train de s'égarer, el
de n'agir, en matière commerciale, que de concert avec ses nationaux. (Affaitrts
étrangères^ C'*' de Tunis.)
1. Francesco Segui, ex-Consul d'Espagne, endetté de 400,000 piastres emprantées
en partie au Garde des sceaux Sidi ben Younès, arrêté pour cette raison tit
mars 1814, par ordre du Bey, et incarcéré avec toute sa famille dans la maison
consulaire, pendant quinze mois, puis finalement destitué par le gouvernement de
Madrid. 11 eut pour successeur à Tunis Arnoldo Soler, neveu de Nyssen, Consul
de Hollande.
[1810] AVEC LA COUR DE FRANCE 485
«n dépit de Tétat de guerre existant entre la Sardaigne et la France, et
qu'il faut déplorer, car les corsaires français pourraient faire beaucoup
plus de tort aux Anglais, si les ports sardes ne leur étaient pas fermés.
Une tempête Ta fait rétrograder à Bougie, où il a pu constater un acte
éclatant de justice du Dey envers un corsaire français qui avait pris deux
navires anglais. On dut relâcher ensuite à Mahon. « Madame la duchesse
d'Orléans était de passage sur une frégate, avec un fils qu'elle allait
{disait-on) marier avec une Princesse de Palerme... Ma quarantaine est
fixée à vingt-huit jours; après quelque séjour dans ma famille, je me
propose de me rendre à Paris pour vous présenter mes hommages... »
{Affaires étrangères, C*"' de Tunis.)
DlLLOn AU C^^" DB CUAMPAGNY.
925. — luniSy /" décembre 1809. — Vingt-deux esclaves grecs
réclament leur liberté comme ayant été enrôlés au service des Sept-
Iles. {Affaires élrangèi*es, C de Tunis.)
BILLON AU C^^ DE CHAMPAGNY.
926. — Tujiis, 18 décembre 1 809. — Il a eu une discussion avec
le Bey à propos d'un Juif toscan, Léon Servadio, établi à Tunis depuis
quelques années et inscrit comme Français. Le Bey refuse de le recon-
naître en cette qualité. 11 se fonde « sur la loi adoptée anciennement
•chez toutes les nations en général que les Juifs n'avaient proprement
point de domicile, qu'ils étaient errants dans chaque pays et n'étaient
citoyens nulle part... »
Billon n'ayant pu trouver dans les archives du Consulat Tordonnance
•du 4 février 1727, portant règlement sur ce qui doit être observé dans
les Échelles du Levant et de Barbarie par les Juifs qui y jouissent de la
protection de la France, demande qu'on lui en envoie un exemplaire.
{Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
BILLON AU C^^ DE CHAMPAGNY.
927. — 7 unis, 8 janvier 1 810. — Rapport présenté au Vice-Consul
français par le Père administrateur de l'hôpital espagnol *, en vue de
solliciter de la cour de Madrid un envoi de fonds pour le maintien de
cet établissement, consacré au soulagement des esclaves chrétiens. Le
Père administrateur, ayant perdu par la suppression de l'Ordre de la
Trinité à Madrid tout espoir de recevoir à l'avenir les fonds nécessaires
pour faire face aux dépenses qu'exige l'entretien de cet établissement,
•«spère que Sa Majesté Catholique décrétera les fonds nécessaires pour
1. Le p. Gabriel de Santa Coionna, administraleur de Thôpilal royal d'Espagne,
de l'Ordre des P. Trinilaires chaussés de la Rèdemplion des caplifs de la province
•de Castille.
486 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1810]
solder le déficit de 5,500 piastres d'Espagne et pour entretenir cet hôpital.
Jusqu'au jour heureux de l'extinction de l'esclavage dans ces contrées.
Les deux Pères Trinitaires ont toujours montré beaucoup de zèle et de
désintéressement pour soulager les esclaves, notamment les Français,
pendant la rupture de 1799. Il existe à Tunis 1,500 Napolitains et
Siciliens, et 118 des ci-devant États du Pape ^
{Affaires étrangères^ C'** de Tunis,)
DEVOIZE AU C^* DE CHAMPAGNY.
928. — Marseille^ 9 janvier 1810. — 11 demande au Ministre de
lever le séquestre mis sur les navires tunisiens dans les ports de
France . {Affaires étrangères, C^' de Tunis.)
BILLON AU C^" DE CHAMPAGNY.
929. — Tunis, 30 janvier 1810, — 11 a porté ses plaintes au Bey
contre la nouvelle croisière des Anglais dans le golfe de Tunis. Il a
secouru 75 prisonniers français venant de Malte. Il prend des mesures
pour empêcher la vente à Tunis et l'introduction en France des mar-
chandises du Levant apportées de Malte. Quant au Bey, il faciiile
actuellement la vente à Tunis des prises faites par des Français.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
BILLON AU C^ DE CHAMPAGNY.
930. — Tunis, 22 février 1810. — Les reïs d'un convoi tunisien se
sont plaints ici de toutes les vexations de la douane de Marseille.
« N'ayant reçu d'autre avis que celui que m*a donné M. Famin ' que
la douane avait beaucoup vexé les reis tunisiens, mais que le gouver-
nement s'était empressé de tout réparer en faisant offrir au comman-
dant du convoi une paire de pistolets, qui lui ont été présentés au nom
de Sa Majesté, comme une preuve de sa bienveillance, je me suis appuyé
de cette marque d'amitié envers la Régence pour faire entendre au
Garde des sceaux que ces vexations étaient inévitables avec le système
que nous avait obligé d'adopter le gouvernement anglais... Le Garde
des sceaux goûta mes raisons; il finit par me dire que son mattre était
dans l'intention d'écrire une lettre à ce sujet à Sa Majesté. »
(Affaires étrangères, C'"* de Tunis.)
BILLON AU C*" DE CHAMPAGNY.
931. — TuniSy 24 février 1810. — Il analyse toute la correspon-
dance échangée entre lui, le Consul d'Angleterre à Tunis, Richard
l.Voy. sur les captifs de la Régence à celte époque Mémoit^s pour servir à
l'histoire de la Mission des Capucins dans la Régence de Tunis, par le P. Anselme des
Arcs, p. 87.
2. Voy. la note 1 , p. 266.
[1810] AVEC LA COUR DE FRANCE 487
Oglander, et le Bey, relativement aux violations de territoire exercées
par les Anglais sur les côtes ^ Le véritable but de la mission de Sidi
Gelulli à Londres est « d'obtenir du gouvernement anglais la permis-
sion de laisser librement fréquenter les ports de France aux bâtiments
tunisiens ». (Affaires éiangères, C*'* de Tunis.)
BILLON AU C*^ DB CHAMPAGNY.
932. — 7 unis j 6 mars i 8i 0. — Le Bey a nommé un Consul général
en France qui résidera à Marseille. Il a choisi M. Peretier, sujet du
Grand Seigneur, né à Smyrne.
« Le Bey voulant écrire à Sa Majesté, je fus invité à indiquer le titre
qu'il devait lui donner en écrivant en langue turque, et je désignai celui
de Padischah, le même que donne le Grand Seigneur... » M. Peretler a
réclamé la protection du Bey pour se soustraire à l'autorité de
l'Empereur. Il n'aura aucune espèce de traitement ou de droit consu-
laire. Billon a déjà annoncé que le Bey avait établi un droit de douane
sur les effets provenant de prises; mais il pense que ce droit ne sera
perçu que si Peretier n'obtient pas une réduction sur le droit de tonnage
en faveur des Tunisiens. {Affaires étrangères, a^' de Tunis.)
DEVOIZE A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
933. — Paris, iO juin 1810, — « C'est avec autant de douleur que de
surprise que j'ai appris qu'à leur retour à Tunis, les reïs et principa-
lement le reïs du Gambo avaient porté à Votre Excellence des plaintes
contre moi, m'accusant de les avoir abandonnés à Marseille, d'y avoir
mal parlé de Votre Excellence et de votre ministre et d'avoir donné lieu
à la relâche à Mahon. Ces plaintes sont d'une injustice criante, d'une
fausseté notoire. Je n'ai prolongé mon séjour à Marseille pendant deux
mois, dans la saison la plus rigoureuse, et à grands frais pour moi, que
pour correspondre avec les Ministres de l'Empereur et les faire intervenir
auprès du Directeur général des Douanes dans TalTaire des 6,000 fusils.
J'y ai mis toute la chaleur, toute l'activité que j'ai constamment mon-
trées, lorsqu'il s'est agi de la défense des intérêts de vos sujets et de ce
qui pouvait vous être agréable personnellement. Le Ministre des rela-
tions extérieures, témoin du zèle que j'ai déployé, informé de l'ingra-
titude de vos reïs, en a été indigné...
Je dois au reïs du Gambo la justice qu'il a eu les plus grands
égards pour moi et ma famille, et je me plais à la lui rendre. Il a reçu
un témoignage honorable de la reconnaissance de mon gouvernement.
Je lui en ai donné de la mienne particulière.
1. Voy. Note des bâtiments français pris par des corsaires anglais aux mouillages
en violation du territoire tunisien, {Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
488 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [I8IO;
Je n'ai jamais parlé de Votre Excellence que dans les termes du respect
qui lui estdû;8i je m'en étais écarté,je me serais manqué à moi-méoie;
j*ai encore moins médit de Sidi Yussuf, qui a toujours eu les meilleurs
procédés envers moi. J'ai pu dire, dans les derniers temps de ma rési-
dence à Tunis, que les sentiments de celte bienveillance que Voire
Excellence m'avait montrée anciennement et qu'elle avait portée jusqu'à
me défendre généreusement contre mes ennemis, étaient absolument
changés; en effet, si Votre Excellence veut bien se rappeler la réception
froide qu^elle m'a faite, lorsque, accompagné des négociants français,
je me suis présenté à elle pour prendre congé et ses ordres, elle con-
viendra que j'en ai dû être pénétré; un Consul qui pendant vingt ans
s'était montré dévoué à votre personne, qui avait vécu honorablement
dans votre pays, qui s'était rendu utile à vos sujets dans tous les cas
qui dépendaient de sa place, méritait que Votre Excellence lui donnai
quelque démonstration publique de son estime, comme mon collègue
l'a éprouvé à Alger, et c'est un usage pratiqué par tous les souverains
envers les agents étrangers; j'y comptais tellement que je demandai
à Votre Excellence deux juments et une lettre pour l'Empereur, dans
laquelle elle voudrait bien exprimer qu'elle était satisfaite de la con-
duite que j'avais tenue dans mon Consulat. Ce cadeau aurait été agréable
à mon souverain, dont j'ai toujours eu à cœur de vous ménager ]a
bienveillance et l'amitié, et il n'eût pas manqué dans sa générosité de
le reconnaître.
Votre Excellence m'a juge dans les derniers temps non sur mes prin-
cipes et mes actions, mais sur les discours de ces mauvais Français.
dont l'emploi est de déchirer leur patrie, de mendier aux dépens de
leurs confrères, sous le titre d'hommes du Bardo, des petites faveurs
de commerce, de dénigrer l'agent qui les protège, lorsque leur propre
intérêt les invite, au contraire, à imprimer sur leur pays l'exemple du
respect qu'ils lui doivent, et qui leur est impérieusement prescrit;
aucun de ceux qui ont joué ce triste rôle ne s y est enrichi; le dernier
est mort dans la misère et le mépris. Son successeur, qui, comme le
serpent, se cache toujours dans l'ombi^e, d'où il lance des traits enve-
nimés, ne jouira pas longtemps du fruit de ses insinuations, des con-
seils perfides qu'il fait parvenir au Ministre de Votre Excellence et de
ses cabales contre moi et mon suppléant. Votre Excellence a trop de
sagacité, est trop éclairée par la conduite scandaleuse de cet intrigant,
pour lui accorder une confiance dont il est indigne sous tant de rapports.
Votre Excellence ne pouvait me donner une preuve plus frappante
du changement de ses dispositions à mon égard qu'en nommant un
[1810] AVEC LA COUR DE FRANCE 489
Consul qu'elle a chargé de ses réclamations, sans daigner m*en écrire
un mot. Je n*ai rien à me reprocher qui ait pu m'attirer TafTectation de
ce silence, qui a enchaîné le désir que j'avais de donner à Votre
Excellence de nouveaux témoignages de mon attachement à ses intérêts
pendant mon séjour à Paris. Agréez, etc. »
(Archives de la Régence,, Palais Dar-el-Bey, Car Ion France 4710-183$.)
BILLON À CHAMPAGNY.
934. — Tunis, 24 juillet i SiO. — Au sujet du 7e Deum qu'il a fait
chanter dans la chapelle consulaire, à l'occasion du mariage de l'Empe-
reur avec Marie-Louise, archiduchesse d'Autriche.
[Affaires étrangêi^es, C*" de Tunis.)
BlIXON AU C^* DE CHAMPAGNY.
935. — Tunisy S 0 juillet i SiO. — Dorénavant il y aura 7 établisse-
ments français à Tunis (3 de Marseille, 4 de Gênes). « C'est le chiffre que
M. de Saizieu en fit fixer en 1776 et qui est suffisant pour les ressources
du pays, depuis la peste de 1784 qui enleva près du tiers de la popu-
lation de ce royaume, et surtout depuis que le gouvernement a envahi
tout le commerce, dépouillé les plus riches particuliers et tué l'agri-
culture en pressurant jusqu'aux cultivateurs... »
[Affaires étrangères, C** de Tunis.)
BUXON AU C'* DE CHAMPAGNY.
936. — Tunis., 28 août iSIO. — Le gouvernement tunisien est
devenu tout à fait marchand; il fait enlever aux enchères publiques
toutes les marchandises qu'il juge à sa convenance, et il essaie d'inti-
mider les concurrents... A ce sujet, Billon a eu un différend avec le
Garde des sceaux, et leurs rapports sont depuis fort tendus. Cependant
le Bey vient de faire enlever de vive force une prise française illégale-
ment capturée par les Anglais et l'a restituée à son propriétaire.
{Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
BILLON AU C^' DE CHAMPAGNY.
937. — Tunis, 3 septembre i SiO. — « Le sénateur Lucien Bonaparte *
a été conduit à Malte, avec sa famille et sa suite composée de 40 per-
sonnes, à bord d'un navire américain sur lequel il était parti de Civita-
Vecchiapour se rendre dans lesËtats-Unis d'Amérique... Le gouverneur,
M. Oukes, a fait mettre le dit Lucien Bonaparte dans une maison où il
sera détenu jusqu'à la réception des ordres de la cour de Londres... »
(Affaires étangéres, C'*' de Tunis.)
i. Lucien Bonaparte, prince de Canino, membre puis Président du Conseil des
Cinq-Cents en 1797, ministre de l'Intérieur en 1799, ambassadeur en Espagne en
1803, voulut se retirer aux Étals-Unis en 1810. Pris en mer par les Anglais, il fut
retenu prisonnier jusqu'en 1814.
490 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [1811]
LE C^ DE CHAMPAGNY A BILLON.
938. — Fontainebleau^ /••" octobre i 8i 0, — « M. Dubois-Thainville se
rend à Tunis, d'après les ordres de Sa Majesté, pour inspecter leConsalat
général dont la gestion vous est confiée i... Le Bey verra sans doute
dans la mission de M. Dubois-Thainville une nouvelle preuve de la
bienveillance de Sa Majesté, et de Tintérêt qu'elle prend à mainteniret
à consolider de plus en plus les relations de bonne intelligence entre
l'Empire et l'État de Tunis. » {Affaires étrangères, C»« de Tunis.)
BILLON AU C** DE CHAMPAGNY.
939. — Tunis, Je 6 décembre 1810, — Le Garde des sceaux de la
Régence sollicite l'extraction des marbres qu'il a achetés à Massa
Carrara pour une mosquée qu'il fait bâtir à Tunis.
(Affaù^s étrangères, C"* de Tunis.)
BILLON AU C^° DE CHAMPAGNY.
940. — Tunis, 4 janvier 1811. — 11 se plaint de ne plus avoir de
nouvelles directes de France depuis six mois, ce qui nuit au succès de
toutes les affaires soumises au Bey. 11 croit devoir ûxer particulièrement
l'attention du Ministre sur la nécessité d'établir un courrier léger, por-
teur de la correspondance, à des époques Gxes et régulières.
{Affaires étrangères, O*^ de Tunis.)
LE C<° DE CHAMPAGNY A BILLON.
941. — Paris, 4 janvier 1811. — 11 a appris avec déplaisir que le
Bey a persisté dans sa résolution d'assujettir au droit de 3 0/0 la vente
de nos prises. « Ce Prince continue à exiger de nos armateurs qu'ils lui
vendent en bloc les prises qu'ils ont faites, au prix qu'il veut y mettre.
C'est un abus contre lequel vous ne sauriez réclamer avec trop de
fermeté... » { A ff'aif^s étrangères, C" de Tunis.)
LE C^" DE CHAMPAGNY A BILLON.
942. — Paris, 6 février 1811. — La sortie des marbres pour le
Garde des sceaux n'éprouvera aucune difficulté, mais le bÀtimeot
tunisien devra payer le droit de tonnage dans les deux ports où il
s'arrêtera. {Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
1. Voy. Note des présents destinés à la Régence de Tunis à cette occasion : Au Bey,
une montre d'or garnie de brillants, à soleil et carillon, un yatagan à fourreau d'or
massif, garni de pierres précieuses, un fusil et deux pistolets incrustes d'or et
diamants; — & Youssouf-Kliodja, un yatagan, un fusil, deux pistolets, une bague, une
tabatière, une montre à sonnerie ; — à Mustapha-Khodja, une montre à soQDerie,
une tabatière, une bague ; — au Kiaya de Porto-Farina, une montre, une chaîne et
deux pistolets; — au Kaznadar ou Trésorier, une montre, une chaîne et une bague; —
aux Khodjas, au frère et aux neveux du Bey, etc., des montres, bagues et taba-
tières; ces présents sont inventoriés pour 41,950 francs. (Affaires étrangères, C*^ de
Tunis.)
[18H] AVEC LA COUR DE FRANCE 491
BILLON AU C^° DE CUAIIPÀGNY.
943. — Tunis, 9 février iSii , — « M. Nyssen, Consul général de
Hollande, n'a encore pris aucune disposition pour remettre ses archives
au Consulat de France; il continue à faire flotter le pavillon hollandais,
bien qu'il ait appris la réunion de la Hollande à la France. Nyssen est
aussi ragent de TAutriche. Ne pourrait-on l'éloigner de Tunis, ainsi
qu'un officier de génie hollandais, M. Homberg, beau-frère de Nyssen,
que le Bey a longtemps employé & construire des forts à La Goulette,
et auquel il donne encore 4,500 piastres de traitement '? Ils sont tous
deux colporteurs de nouvelles anglaises et dénigrent le gouvernement
de l'Empereur en toute occasion... » (Affaires étrangères, C"' de Tunis.)
BILLON AV C**' DE CHAMPAGNY.
944. — Tunis, 3 mars 1 S I i . — État des missionnaires italiens
actuellement à Tunis '. « ...Leur ministère me parait être indispensable
pour soutenir la patience et la résignation de 1,200 chrétiens romains,
napolitains et siciliens, qui sont encore en esclavage dans cette Régence. »
[Affaires étrangères, C" de Tunis.)
BJLLON AU C^" DE CHAMPAGNY.
945. — Tunis, 4 mars iSli, — H ne se rédige aucune feuille
publique & Tunis; aussi les Anglais et leurs partisans donnent-ils
fréquemment de fausses nouvelles; mais on lit avidement une feuille
périodique française d'un sieur Peltier, imprimée à Londres, appelée
V Ambigu. «... Nos ennemis cherchent à insinuer au Bey depuis quelques
années que TEmpire ottoman deviendra la conquête des Russes, des
Autrichiens et des Français ; que la France fera passer des armées en
Afrique, aussitôt que l'Espagne et la Sicile seront entièrement con-
quises; que son but est de dépouiller les Princes barbaresques de leurs
États; qu'ainsi il est de Tintérèt du Bey de favoriser plutôt les Anglais,
attendu que, par la présence de leurs escadres dans les mers, ils élèvent
un obstacle que la France ne pourra surmonter de longtemps pour
mettre ses projets à exécution. On ajoute aujourd'hui que la guerre
est sur le point d'éclater entre la Russie et la France...
Le Bey n'ajoute pas beaucoup de foi & toutes les nouvelles que
débitent les partisans anglais,... mais il parait croire au passage tôt
ou tard d'une armée française en Afrique, et l'avidité avec laquelle il
recherche les richesses s'accorderait assez avec l'idée qu'il a souvent
émise de fuir dans les montagnes, si une armée étrangère venait à
1. Voy. la note 1, p. 349.
2. Voy. la noie 1, p. 461.
492 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1811]
débarquer sur ses côtes; il aurait, dans ce cas, à sa disposition ud
trésor qui lui fournirait les moyens de s'établir avec avantage dans
l'intérieur. » {Affaires éimngèreSy C*** de Tunis.)
UEVOIZE AU C'^ DE CHA3JPAGNY.
M6. — Voiron [Isère), 12 mars i SI t . — Il demande un passeport
pour l'ancien agent du Consulat de Tunis à Tabarque, M. Rai(nbcrt',qui,
dégoûté de son poste par les intrigues des corailleurs napolitains, avait
passé à Naples, et où le marquis de Galio % revenu de ses préventions.
Ta invité à continuer à se charger des intérêts des Napolitains de
Tabarque. « Il paraît que les Napolitains qui fréquentent Tabarque.
plus éclairés sur leurs véritables intérêts, ont reconnu qu'il était plus
aisé de calomnier M. Raimbert que de le remplacer.
Le port de Tabarque exige la présence d'un agent intelligent et
actif. Il a acquis une nouvelle importance par l'abord des corsaires
français, qui y trouvent moins d'obstacles qu'à Tunis pour y vendre
leurs prises, par l'affluence des bateaux corailleurs qui, sous le régime
de la Compagnie d'Afrique, étaient fixés par son traité avec la Régence
de Tunis au nombre de vingt, et pèchent aujourd'hui en nombre
indéfini '. Cette petite île offre à l'industrie nationale une source inta-
rissable de richesses. Il est fâcheux que la trahison Tait livrée ao
souverain qui la possède. Elle appartenait à la République de Gênes;
nous en serions en possession depuis la réunion. Fortifiée par la
nature, il y aurait peu de travaux à faire pour la mettre à l'abri de
toute entreprise de la part de l'ennemi... »
Raimbert avait informé Devoize que le sieur Barthez intriguait pour
avoir la place de l'agent du Consulat de Tunis à Tabarque.
{Affaires étrangères, C'*» de TunLf,)
LE C^* DE CHAMPAGNY A DEVOlZB.
947. — Paris, 26 mars iSIL — Il a appris avec plaisir que
M. Raimbert s'était pleinement justifié près du gouvernement napoli-
tain. Il envoie un passeport pour que cet agent puisse retourner à
Tabarque. {Affaires éirangét^s, C»-' de Tunis.)
1. Voy. la noie 1, p. 457.
2. Minisire des Aiïaires étrangères du royaume des Deux Siciles.
3. Voy. les Étais de ta pèche du corail faite en 4810 : 123 livres de corail, d'une
valeur de 5,150 fr., ont élé données au Bey, 4 au Vékii de Tabarque. La contribu-
tion de 11 sequins par bateau a produit 2,216 francs pour la France, 12,388 francs
pour Naples : total de la contribution : 20,814 francs, somme à peu près égale à
l'ancienne redevance de 3,000 sequins (21,000 fr.). — 127 bateaux, dont 18 français
et 109 napolitains, ont péché 41,278 livres de corail, évalué 50 francs la livre, soil
2,860,900 francs; il faut déduire 508,000 francs pour frais d'armement, exploitation,
salaires et nourriture des équipages, à 4,000 francs par bateau; le produit net de
la pèche en 1810 a donc été de 1,555,900 francs.
[1811] AVEC LA COUR DE FRANCE 49S
BIKLON AU C^* DE CHAHPAGNY.
948. — 7 unis, 7 avril i SI i, — Malte lui envoie des centaines de
prisonniers de guerre français et italiens qu'il ne sait où loger. Le
Consul anglais refuse de faire continuer aux navires anglais qui les
ont amenés la route jusqu*en Italie, même aux frais de la France.
Naufrage de sept bateaux corailleurs napolitains, dont les équipages
ont été pillés par les Bédouins insoumis près de La Galle. En attendant
le retour de M. Raimbert à Tabarque, Billon a confié ses fonctions
à M. François AlzeltO *. {A/Taires étrangères, C» de Tunis,)
DEVOIZE AU DUC DB BASSANO '.
949. — Paris y i7 avril i 81 i. — Il réclame le remboursement de
45.2^0 francs en capital, avancés pour rachat d'esclaves. « La privation
d'une somme aussi importante me jette dans une gêne pécuniaire
excessivement pénible et m*oblige d'en solliciter de nouveau le paye-
ment... Un moyen de faire droit à ma juste demande serait d'en
faire parvenir la connaissance à Sa Majesté le Roi de Naples qui se
trouve aujourd'hui à Paris; je dois croire que son âme grande et
généreuse ne souffrira point que mon dévouement à son service puisse
tourner à ma ruine. » (Affaires étrangères, C" de Tunis,)
BILLON AU DUC DB BASSANO.
950. — Tunis, i 8 avril i 81 1 , — Il envoie la liste de neuf bâtiments
de guerre armés par le Bey, auxquels il a délivré des passeports. Le
Prince envoie cinq navires à Smyrne pour recruter des Turcs; ces bâti-
ments porteront de riches présents à Gonstantinople. La milice turque
du Bey sera bientôt portée à 6,000 hommes; le Bey y entretient la
meilleure discipline, il exerce également sa marine de façon à la rendre
supérieure à celle d'Alger. [Affaires étrangères, C» de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
951. — Tunis, 4 mai i 81 /, — Il a écrit une lettre très ferme au
Bey, au sujet d'un Italien qui, étant sous la protection française, a eu
recours à la juridiction de ce Prince contre un autre Français.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
952. — Tunis, 12 mai 1811. — « Il paraît que le commerce de Tunis
avec la France va cesser entièrement. Les trois derniers bâtiments
français viennent d'appareiller; il n'en est plus arrivé depuis deux
i, Voy. p. 306.
2. Hugues-Bernard Maret, duc de Dassano, ambassadeur, Ministre Secrétaire
d'État des Aiïaires étrangères du 17 avril 1811 au 19 novembre 1813.
494 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1811;
mois... Le change de Tunis sur Marseille perd journellement en ce que
le pair est de i fr. 60 centimes pour 1 piastre, et il a baissé jusqu'à
1 fr. 25 pour de bonnes signatures, ce qui nous est extrêmement avan-
tageux '. » L'extraction de grains et d'autres comestibles est défendue
par le Bey. « L'Ile de Malte est remplie de Génois. Il serait instant que
le gouvernement prit des mesures pour faire rentrer ces Français dans
leur patrie... » (Affaires étrangèresy C" de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
963. — 7 unis, 16 mai i Si i , — Prise d'une frégate tunisienne, com-
mandée par Mahmet Morali, par les Algériens près de Sousse.
{A /faites étrangères, C* de Tunis,)
YOUSSOCF-KHODJA ' AU DUC DB BASSANO.
954. — luniSj i 8 mai iSii , — Demande d'un passeport pour le
marbrier livournais Dominique Castelpoggi, chargé d'importer à Tunis
des marbres destinés au palais du premier ministre.
{Sceau) {Affaires étrangèreSy O*^ de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
955. — Tunis, 3 juin i 81 i , — IL a reçu avec la plus vive joie la
nouvelle de la naissance de S. M. le Roi de Rome. Il a fait tirer plusieurs
salves de bottes et chanter un 7e Deum; l'allégresse a été générale à
Tunis. {Affaires étrangères, C'*» de Tunis.)
BIIXON AU DUC DE BASSANO.
956. — Tunis, 4 juin 1811, — 11 annonce l'arrivée, avec deux vais-
seaux, de M. Hope, commissaire anglais chargé d'une mission auprès
du Bey. « M. Hope ayant demandé au Bey l'expulsion des corsaires
français des ports du royaume de Tunis, le Bey répondit que cet acte
serait une déclaration de guerre à la France; que cette Puissance, avec
laquelle il avait depuis longtemps des traités, ne lui avait donné aucun
sujet de plainte qui pût le porter à changer sa conduite pacifique à son
égard; que d'ailleurs il aurait alors tout à redouter tant de son voisi-
nage que de ses forces imposantes.
M. Hope voulut entreprendre de persuader le Bey qu*il était dans
l'erreur sur les moyens de la France. Il ne négligea rien pour lui faire
sentir que notre situation actuelle ne nous permettait point de porter
la guerre en Afrique... Il lui représenta les échecs des Français en
Portugal, en Espagne, la probabilité d'un soulèvement de Napies, de
l'Italie, des Hollandais, des Allemands, les forces des Anglais dans la
1. Eu 1811, le change sur Marseille était de 26 sols pour une {Mastre de Tunis.
2. Premier ministre du Bey.
f18H] AVEC LA COUR DE FRANCE 495
Méditerranée^ où ils sont plus de 100 bâtiments; il assura le Bey de la
protection anglaise...
Ce Prince, qui avait prêté la plus grande attention à ce vain étalage
de forces et de puissance, se borna à répondre avec sagacité à M. Hope
qu'il avait sous les yeux les exemples de Naples, du Portugal, d'Es-
pagne, de Suède et de bien d'autres Puissances pour servir de règle à
la conduite qu'il avait à tenir dans ces circonstances...
M. Hope est reparti. Cette visite n'a eu d'effet désavantageux pour
nous que celui de maintenir le Bey dans sa résolution de ne point per-
mettre la vente de nos prises dans les ports de son royaume, à moins
de les vendre à ses agents à des prix au-dessous de leur valeur. »
{Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSÀNO.
957. — Tunis, i 8 juin i Si i , — Il a annoncé au Bey la mission de
Dubois-Thainville, et il a voulu profiter de l'occasion pour obtenir la
vente des prises à Tunis; mais le Bey s'y est refusé. En ce qui concerne
l'approvisionnement des places de Corfou et de Barcelone, il s'est con-
vaincu qu'il n'y a rien à espérer des négociants français de Tunis; les
risques sont trop grands, et il n'y a jamais eu d'assureur sur la place.
Le seul moyen d'obtenir un bon résultat serait de faire les expéditions
pour le compte du gouvernement.
11 n'a cessé de surveiller les négociants de l'Échelle sur leurs opéra-
tions. II en soupçonne quelques-uns d'avoir des relations avec Malte et
l'Angleterre, mais il n*a pas encore pu réunir entre ses mains les preuves
de leur désobéissance. (Affaires étrangères, C'*' de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
958. — Tunis, 2 juillet f 8i i . — M. Wiesé, de Dresde, lieutenant-
colonel au 9® régiment d'artillerie à pied, fut pris par les Anglais et
renvoyé de Malte sur parole. Ëtant tombé malade à Tunis, il fut
guéri par M. Lombard, fils du célèbre chirurgien de ce nom de la ville
de Strasbourg et médecin de la nation française. Le Bey voulut garder
cet officier à son service, mais Billon s'y refusa et le fit embarquer
pour Marseille. (Affaires étrangères, C*« de Tunis,)
LE DUC DE BASSANO A BILLON.
959. — Tunis, 26 juillet i 8 1 i . — Approbation pleine et entière de
la conduite de Billon dans toutes les affaires de son poste.
[Affaires étrangcreSy C*** de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
960. — Tunis, 26 juillet i81i, — Le Bey ne veut plus laisser
M. Raimbert retourner à son poste, parce qu'il a l'intention de s'occuper
496 GOKRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1811]
de plus près de la pêche du corail et d'augmenter les bénéfices quH
en tire et les perceptions d'impôts. Pour arriver à son but, il se sert de
son secrétaire, Mariano Stinca, qui est napolitain', du sieur Rouchi,
qui est conseillé par le sieur Chapelié, et du sieur Alzetto, qui avait fait
l'intérim h Tabarque '. Billon a engagé Raimbert à se mettre en rela-
tions avec le sieur Pastron, officier de santé français, entreteoa à
Tabarque par les armateurs des felouques françaises et napolitaines.
aGn que le service n'éprouvât aucune interruption... •
« Le Bey ne met plus de bornes à son avidité;... il ne cesse
d'enfreindre les usages et même les traités... »
{Affaires élrangëres, C** de Tunis.)
DILLON AU DUC DE BASSAXO.
961. — 7 unis ^ 3 août iSil. — «... Le sieur Scarniccia, venu à Tunis
en qualité d'ambassadeur du Prince du Brésil pour négocier la paix du
Portugal avec le Bey, a écrit à ce Prince qu'il ne devrait nullement être
surpris si les armements du Prince-Régent se réunissaient aux forcer
algériennes pour renforcer le blocus de Tunis... »
Billon a rassuré le Bey, en lui disant que les armées françaises, qai
occupaient en ce moment la majeure partie du Portugal, avaient mis
cette Puissance hors d'état d'exécuter une pareille menace.
Le Consul demande s'il doit administrer le secours journalier de
4 caroubes (30 centimes) aux esclaves originaires de l'ex-territoire
romain, «qui ne cessent de solliciter la bienfaisance de leur souveraine
Le Bey a acheté à Malte la gabarre Le Dromadaire^ prise française
faite par les Anglais *. {Affaires étrangères, C" de Tunis.)
DEVOIZE AU DUC DE BASSANO.
962. — Paris, il août i81 L — « L'inaction de la marine fran-
çaise, la durée de la guerre d'Espagne, la suspension des entreprises
annoncées contre la Sicile, l'occupation de Malte et des îles Baléares
contre les Anglais, les apparitions fréquentes de leurs bâtiments de
guerre dans les ports de la Barbarie, sont autant de causes de l'influence
qu'ils y exercent aujourd'hui, et des excès auxquels les souverains de
ces contrées se portent envers la France, au mépris des capitulations.
1. Voy. la noie 2, p. 413.
2. Voy. p. 306.
3. Voy. la correspondance de BiUon avec Mariano Stinca, secpclaire du Bey de
Tunis, relative au sieur Raimbert, que ce Prince a menacé d'expulsion, et aui
violations de territoire commises au préjudice des pécheurs de corail par les Tuni-
siens et par les Anglais. {Affaires étrangères^ C'"* de Tunis.)
A, Voy. Êlat des prises conduites dans les ports de la Régence de Tunis de 4809 à ISIO,
— et État des iS bâtiments composant la flotte tunisienne partie de La Gofdettele
7 mai 18 U pour aller combattre la flotte algérienne. {.Affaires étrangères, C^^ de Tums.)
(i8H] AVEC LA COUR DE FRANCE 497
Le Bey de Tuqîs, qui s'en était constamtneat montré le Adèle obser-
vateur, dont toutes les décisions portaient un caractère de ménagement
et de prédilection envers la France, a tout à coup changé son système. »
Devoize énumère les griefs de la France contre le Bey : les violations
de territoire tunisien par les Anglais, les injustices de toute sorte com-
mises contre des corsaires français, les persécutions des Juifs origi-
naires des pays conquis, le vol d'un diamant de 52,000 francs, apparte-
nant à M. Bastide, diamant que le Bey ne veut pas rendre...
Il passe ensuite aux pêcheurs de corail et à Raimbert, qui s'est attiré
le ressentiment du Bey parce qu'il ne voulait pas admettre dans les
équipages des matelots maures. Le vrai but de ce Prince était d'exercer
2 à 300 Tunisiens à la pêche du corail, pour en exclure ensuite les étran-
gers et nous arracher la plus belle branche de l'industrie française sur
les côtes de Barbarie... Il est poussé à cet acte de prépotence par les
suggestions de Ronchi, le médecin napolitain, et Mariano Stinca, esclave
du même pays. Quant à Raimbert, « il serait d'un dangereux exemple
que le Bey s'arrogeât le droit de repousser un agent qui lui déplairait;
il pourrait l'étendre insensiblement jusqu'au Consul, puisqu'il a déjà
insinué qu'il n'agissait envers M. Raimbert que comme on l'avait fait
à l'égard du sieur Peretier * dont on n'avait pas voulu souffrir l'établisse-
ment en qualité de son Consul à Marseille. 11 a confondu une innovation
qu'il voulait introduire sans négociation préalable avec la faculté qui
existerait de part et d'autre de nommer des agents dans les deux
États. Dans tous les cas d'une réciprocité convenue, elle est stipulée à
la fin de chaque article du traité. Il porte qu'il sera établi à Tunis un
Consul de Sa Majesté; il ne dit pas qu'il pourra être établi un Consul
tunisien en France... »
<c Le sieur Henry Chapelié, négociant résidant depuis près de vingt
ans à Tunis, n'est pas étranger à cette cabale. Ronchi serait un homme
précieux pour lui à Tabarque, pour son commerce avec Malte et
Londres, hors de la surveillance du Consul de la capitale. Chapelié est
très astucieux. Il ne se montre pas au Bardo, mais il est très habile,
tout en se tenant dans l'ombre, à y faire agir des Maures qui jouissent
du crédit que la plus affreuse corruption donne dans cette cour; sous les
formes hypocrites de la soumission & l'autorité consulaire, il s'est con-
stamment attaché h la contrarier en secret et à déprimer ceux qui
en sont revêtus;... son expulsion pourra contenir quelques Génois qui
semblent vouloir marcher sur ses traces... » Il faudrait remettre en
1. Voy. p. 487.
32
498 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [IHll
vigueur Fordonaaace qui fixe à dix ans la résidence des Français dacs
les Échelles. »
Devoize passe aux griefs du Bey : ennuis causés aux bâtiments
tunisiens dans les ports de France et dltalie, séquestres, droits exces-
sifs de tonnage et de douane, confiscations, droit de 5 0/0 de douao^
sur la valeur des 6,000 fusils qu'il a payés 16â,000 francs et qu'il aban
donne à Marseille, où ils sont dévorés de la rouille, enfin créaare>
d*Élias Attel et d'Abraham Paz.
Si l'on tient à ramener le Bey à ses anciennes dispositions, il TâL!
laisser les Tunisiens exporter librement les marchandises françaises.
restituer le bâtiment confisqué à Trieste, ne pas percevoir de droit dr
sortie sur les 6,000 fusils, indemniser le reïs du Gambo, faire quelques
cadeaux an Bey, au Sahib-Tapa, demander à Sa Majesté une lettre pour
le Bey, etc. (Affaires étrangèt-es, C^ de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
963. — Tunis^ 28 août ï 81 L — Un nouveau conflit s'est cleTtr
devant le Bey entre un corsaire français et le commandant d'une fré^a!^
anglaise. Billon lui a reproché vivement sa partialité... «Le Bey (il
entièrement dominé par l'influence anglaise, surtout depuis qu'il <i
conçu le projet de rivaliser avec Alger. »
{Affaires é( rangeras ^ C'** de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
964. — Tunis^ I 2 septembre i 81i . — il raconte la révolte des Turc?
composant la milice de Tunis contre le gouvernement du Bey, le siè;'
de la citadelle par les troupes de ce Prince, aidées d'un officier anglais.
de deux officiers et de dix artilleurs français, prisonniers revenus de
Malte. La rébellion a été étouffée dans le sang ^
{Affaires étrangères, C'** de Tunis,)
LE DUC DE DASSANO A BILLON.
966. — Paris, 23 septembre 1 Si 1 . — Il Tinvite à poursuivre Tiûs-
tallalion de Raimbert, actuellement à Bizerle, à son ancien poste éi
Tabarque, à continuer à surveiller les relations de Chapelle, et à pour-
suivre le redressement de tous les griefs que la France a contre le Bey.
(Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
966. — Tunisy 15 octobre 181 L — Il a reçu les instructions da
directeur de l'administration de la guerre, relatives aux 10,000 quin-
taux de blé que chaque Consul de Barbarie aura à fournir à Corfou.
1. Voy., sur la révolte des Janissaires turcs et sur la répression i laquelle elle
donna lieu, les Annales tunisiennes, de Rousseau, p. 268 et suiv.
[1812] AVEC LA COUR DE FRANCE 499
Ces expéditions de Tunis ne seront possibles que si le gouvernement
les fait pour son compte.
« Il ny a jamais eu de prix établi pour le fret à Tunis. 11 est bien
rare que Ton y nolise un navire. C'est ordinairement dans les ports
d'Europe que se font les affrètements de ceux que Ton destine à venir
charger à Tunis. Pour les assurances, on n*y en contracte jamais, et le
négociant de cette place qui doit faire une expédition quelconque en
ordonne d^abord les assurances à Gènes, Marseille et Livourne, ou à
Malte, s'il commerce avec TEspagne ou la Sicile... »
(Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
BlIXON AU DUC DE DASSANO.
967. — TuniSy i6 octobre 1811 . — Il donne des renseignements sur
la législation et le commerce des grains en Tunisie. Le Teskeret ou per-
mission de sortie est vendu par le Bey 27, 36 ou 45 piastres par kafll ; un
kaffî représente 5 hectol. 3 décal. ; le poids du kafO est de 438 kilos pour
le blé, et de 351 kilos pour Torge. On ne cultive ni seigle ni avoine dans
la Régence. Lorsque la récolte est ordinaire, on exporte 100,000 kaffis
(438,000 quintaux métriques), et trois fois autant lorsqu'elle est abon-
dante. La récolte peut s'élever jusqu'à 800,000 kaffis *.
[Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
Bir.LON AU DUC DE DASSANO.
968. — Tunis, 26 février 1812. — Un transport anglais ramène
100 prisonniers de guerre français de Malte. Parmi eux se trouvent
deux Français partis d'Alger en janvier : MM. Parodi, armateur de cor-
saire, et le capitaine Yeronèse, de Livourne, qui apportent des détails
sur la douloureuse situation où se trouve M. Dubois-Thainviile à
Alger, à la suite des réclamations du Dey et des Juifs Bacri. Ces derniers
demandent 12 millions pour fournitures de grains à l'armée d'Egypte et
pour des cargaisons confisquées en France '.
{Affaires étrangères, C*' de Tunis.)
BILLON AU DUC DE DASSANO.
969. — Tunis^ 29 février 1 812. — Le Bey ne veut pas payer les
470,000 piastres qu*il doit pour acbat de prises, avant d'avoir satisfac-
tion sur des répétitions qu'il prétend pouvoir exercer depuis 1806, et
si livraison n'est pas faite des 6,000 fusils achetés il y a quelques années.
1. Prix courants des principaux articles d*e$itrée à Tunis, en 1811 : ■ Tarlre
ioO piastres le quintal, café 95 p. le q., sucre 85 p. le q., poivre 80 p. le q.,
vitriol 18 p. le q., riz 30 p. le q., papier de 3 à 4 rames par balle, 200 p. la balle,
drap 18 p. le pied, velours de Gènes 9 p. le p., satin de Florence 2 p. le p., mou-
choirs de soie 28 p. la douzaine, laines d'Espagne 750 p. le q., vermillon 8 p. le q.,
toile 30 p. la pièce. »
2. Voy. Con'espondance des Deys d'Alger avec la Cour de France, t. II, p. 451 et suiv.
500 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [181Î]
La première condition est inacceptable. Quant à la seconde, le Bey n'a
qu'à faire le payement complet des 6,000 fusils à MM. Fuzier, à Marseille,
qui les ont en dépôt. {Affaires étrangères, C^ de Tunis.)
BILLOrV AU DUC DE BASSANO.
970. — Tunisy 2 mars i S i2. — M. Sidney Smith ^ commandant de
la corvette anglaise Le Cosmos, est venu à Tunis pour proposer la paix
entre la Sicile et le Bey, et demander des permis d'extraction de graJDs.
Le Bey a tout refusé. {Affaires étrangères, C** de Tunis,)
BILLON AU DUC DB BASSANO.
971. — Tunis, 4 mars ISi2. — Il annonce Tarrivée à Tunis de
M. de Martini, nommé Consul général de Sa Majesté le roi des Deux
Siciles auprès du Bey. Dans une conversation que Billon eut à ce sujet
avec le Prince, celui-ci compara la position du Prince Joachim * eovers
Sa Majesté TEmpereur à la sienne envers le Grand-Seigneur... M. Renato
de Martini est neveu du sieur Mariano Stinca, Napolitain, premier
esclave favori du Bey et secrétaire des commandants de ce dernier... Il
est spécialement chargé de s'entendre avec le Vice-Consul de France
pour conclure un traité entre Tunis et Naples.
(Affaires étrangères, C**' de Tunis.)
Bn.LON AU DUC DE BASSANO.
972. — 7 unis, 12 mars 1812. — Billon a proposé aux négociants
français une souscription pour libérer le sieur Claude Piccaluga, capi-
taine français arrêté sur un navire sarde. Il a obtenu 2,500 piastres, la
moitié de la rançon des capitaines, en échange desquelles le Bey a
affranchi Piccaluga. Billon réclame des instructions relativement aui
esclaves provenant de l'ancien territoire du Pape.
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
BU.LON AU DUC DB BASSANO.
973. — Tunis, i 8 mars 1 812. — Il a fait relâcher trois faux mon-
nayeurs, militaires français de retour de Malte: A. Gramagli, du 111' de
ligne, Jean Defard, de la 3' légion de réserve, et Louis Monnet, de
Cassel, du 14« de ligne, qui avaient été arrêtés par ordre du Bey.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
BILLON AU DUC DB BASSANO.
974. — l'unis, 24 mars 1812. — ... Le roi de Suède a écrit une lettre
i. Sir W. Sidney Smith, chargé d'incendier la (lotte française k Toulon en 1193.
prisonnier au Temple de 1195 & 1797, contre-amiral en 1805, amiral en 1821.11
avait été chargé de protéger la Sicile pendant que les Français occupaient le
royaume de Naples. — Voy. Annales tunisiennes, de Rousseau, p. 276.
2. Joachim Murât, lieutenant colonel en 1794, aide de camp de Bonaparte eo
Italie et en Egypte, gouverneur de Paris en 1804, maréchal et Prince en 1805, en
mission en Espagne en 1808, roi de Naples de 1808 à 1812.
[1812] AVEC LA COUR DE FRANCE 801
au Bey pour rassurer de Ja continuation de son amitié, en lui faisant
entrevoir que Tétat actuel de laguerre qu'il soutenait contre l'Angleterre
ne lui permettait point de faire partir pour Tunis les présents qu'il
lui envoyait ordinairement, mais qu'il espérait pouvoir les lui offrir
aussitôt que la paix serait conclue. Toutefois Billon a appris qu'à Tripoli
M. Burstrom, Consul de Suède, était gardé à vue et empoché de partir,
jusqu'à ce qu'il eût réglé les annuités dues à la Régence, et Billon a
conseillé au ch®'' Tulin, Consul suédois à Tunis, de différer son départ.
c< L'amitié qui subsiste entre la France et la Suède, où un Prince français
se trouve aujourd'hui l'héritier de la couronne, engage M. Tulin, lorsqu'il
demandera au Bey la permission de partir, à lui annoncer qu'il remettra
au Consul de France la suite des affaires de son gouvernement... »
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
BU^LON AU DUC DE BASSANO.
975. — TuniSy i 6 avril i 812, — Une division anglaise aux ordres
du contre- amiral Freemantle est arrivée à La Goulette, dans le but, dit-
on, de négocier la paix de la Sicile avec le Bey... « Lady Bentinck* a
débarqué du vaisseau Le Milford\ on assure qu'elle est chargée de suivre,
par acte d'humanité, la négociation du contre-amiral en ce qui concerne
le rachat des esclaves. C'est l'œuvre de la Rédemption de Palerme qui
fournit les fonds nécessaires... » {Affaires étrangères, C*" de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
976. — Tunis, i 8 avril i 8i2. — Il donne des détails au Ministre
sur la visite de cérémonie faite au Bey par le contre-amiral Freemantle.
« Ce Prince Ta reçu dans Tune des salles de justice, et ne lui a pas fait
par conséquent l'accueil distingué que M. Devoize obtint en fructidor
an X, lorsqu'il présenta le contre-amiral Leissègues et les officiers de
sa division, qui furent admis daus le grand salon de l'intérieur du
palais. Lady Bentinck ayant fait demander d'être admise à la visite, le
Bey s'y est refusé, à moinsqu'ellen'y vînt couverte d'un voile, suivant la
coutume observée par les femmes du pays. Elle s'y est rendue sous le
costume d'un officier de la marine et n'y a reçu aucune espèce de dis-
tinction. La demande qu'elle a fait adresser au Bey, comme la manière
de se rendre chez ce Prince sous l'uniforme d'un officier, ont produit ici
le plus mauvais effet.
Les réponses du Bey aux premières ouvertures faites pour la négo-
ciation de la paix de la Sicile sont les suivantes : ce Prince demanda si
la Sicile était une possession anglaise, ajoutant que, dans ce cas, il atten-
1. Femme de Lord Williams Bentinck, commandant les troupes anglaises d'occu-
pation de la Sicile.
502 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1812]
drait une notification officielle; qu*alors ce serait pour lui une négocia-
tion différente; qu'à défaut on lui notifiât également d'une manière
officielle que la Sicile forme un gouvernement séparé de TAngleterre;
dans ce dernier cas il ne considérera les Anglais que comme simples
médiateurs et la négociation changera pour lui de face. Il paraît que
les Anglais refusent de notifier officiellement que la Sicile leur appar-
tient...
Je dois informer Votre Excellence que le Bey se fait expliquer chaque
soir quelques articles du Code Napoléon. Il serait à désirer qu'un pro-
fesseur de langue turque, mais plutôt arabe, entreprît d'en faire la
traduction. Cet ouvrage nous serait très utile dans ces contrées, où les
habitants en ont déjà une opinion des plus avantageuses. »
(Affaii^s étrangères, C^ de Tunis.)
DII.LON AU DUC DE DASSANO.
977. — 7uni5, 27 avril 1 842, — Les Anglais ont conclu avec le
Bey un traité de rachat d'environ 500 esclaves siciliens, et une trêve
entre le gouvernement sicilien et la Régence, tant que les Anglais occu-
peront militairement la Sicile; ils s'engagent à ne pas reconnaitre le
blocus des ports de Tunis que les Algériens leur ont fait notifier *.
Il ne restera plus à Tunis que 500 esclaves environ, dont 100 Hoœaios
et 400 Napolitains. {Affaires étrangères, C" de Tunis.)
BII.LON AU DUC DE BASSANO.
978. — Tunis, 3 1 mai i Si 2. — Le Bey lui a signifié qu'il n'entre-
rait en négociation avec lui sur l'admission du Consul de Naples (M. de
Martini), et le rachat des esclaves napolitains, que lorsque ce Consul
aurait produit une lettre de Sa Majesté lui en donnant rautorisatiou...
Billon rencontre un adversaire acharné dans la personne de Nysseu
qui, ayant repris faveur auprès du Bey, donne son avis dans les affaires
qui concernent les Européens, et laisse souvent éclater sa haine contre
la France... « Les autres Consuls n*ont pas moins à s'en plaindre, parce
qu*il plaide toujours les intérêts de la Régence... 11 continue à porter
Tuniforme hollandais et la cocarde noire;... il prend le titre d'Agent
impérial d'Autriche, qui n'a point ici de Consul... H jouit d'un traite-
ment de 400 francs que Sa Majesté lui a accordé, lors de la réunion delà
Hollande, et qu'il ne devrait toucher que sur le territoire de l'Empire...
Le Bey lui fait passer de temps en temps quelques secours qui le mettent
1. 64 esclaves capturés avec des passeports anglais furent relâchés sans rançon;
394 furent rachetés moyennant 315 piastres fortes d'Espagne par tète. — Voy. les
conventions passées le 2 mai 1812 entre Tunis et Naples d'une part, Tunis ei l'An-
gleterre d'autre part, publiées dans les Annales tunisiennes, p. 437 et 537.
[1812] AVEC LA COUR DE FRANGE 503
en état de subsister... Il paraît avoir acquitté la majeure partie de ses
dettes. » {A/faires étrangères, C" de Tunis.)
BILLON AU DUC DE DASSANO.
979. — Tunis, 9 juillet 4 Si 2. — Malgré tous les efforts de Billon,
le Bey retient esclaves des Italiens français, enrôlés dans les troupes
sardes et qui ont déserté à Tunis.
« A Texception de quelques personnes attachées au gouvernement
tunisien, chacun ici regarde cette décision du Bey comme un acte des
plus barbares qu'il ait encore commis. Ce Prince, que les affaires de
l'Europe mettent pour le moment à Tabri des inconvénients que son
peu d*égards pour les traités est susceptible de lui attirer, croit aujour-
d'hui qu'il peut tout oser. Les malheureux habitants de ces contrées
gémissent sous la plus cruelle tyrannie, attendant avec confiance que
Sa Majesté daigne jeter un regard sur leur situation... »
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
LE DUC DE BASSANO A BILLON.
980. — Wilna, 24 août i Si2, — « Je vois avec peine par votre
correspondance qu*à cette époque vous n'êtes point encore parvenu à
amener le Bey à une opinion raisonnable sur nos discussions qui, en
se prolongeant ainsi, prennent un caractère de plus en plus désagréable.
Yous devez persévérer dans vos démarches et insister surtout pour que
chacune des affaires en contestation soit examinée et décidée séparé-
ment... En ce qui concerne l'affaire des fusils, faites bien concevoir au
Bey que la contestation survenue entre son agent Hassan Morali et une
maison de commerce de Marseille, à l'occasion d'un achat d'armes,
n'est autre chose qu'une affaire privée et de négoce... »
(Affaires étrangères, (?■* de Tunis.)
DEVOIZB AU DUC DE BASSANO.
981. — Voiron, 2 septembre 1812. — Il annonce l'arrivée à Marseille
du reïs tunisien Hassan Morali, chargé d'embarquer les 6,000 fusils dont
il a été question précédemment.
« Le Bey est parvenu à secouer le joug du Dey d'Alger; on doit s'at-
tendre à le voir non seulement l'imiter dans ses prétentions, mais
même renchérir sur son attitude insolente à notre égard.
Il serait bien à désirer qu'il fût possible de concilier les intérêts
des sieurs Fuzier et de M. Âguillon, l'armateur èi qui le Bey doit
125,000 fr. pour une prise, avec les ménagements que les circonstances
peuvent encore exiger de garder envers la Régence de Tunis... »
(Affaires étrangères, C'"* de Tunis.)
504 CORRESPONDANCE DBS DEYS ET DES CONSULS ;1813]
BILI.ON AU DUC DE BASSANO.
982. — TuniSy 6 octobre i SI 2. — Les Anglais renvoient de Palerme
à Tunis 450 disgraciés ou prisonniers de guerre napolitains, italiens
ou français. Bilion a dû s'en charger, parce que les Anglais affectaient
d'insinuer au Bey de les réduire en esclavage si le Consul de France
refusait de les recevoir. {Affab-es étrangères, C de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
983. — Tunis, 6 novembre i 8 12, — Il raconte la vive discussion
qu'il a eue avec le Bey, lorsque Hassan Morali est revenu de Marseille
sans les 6,000 fusils attendus par ce Prince. Ce Tunisien avait embarqué
à Marseille trois femmes anglaises, dont une dame épouse d*un oflîcier
supérieur, lorsqu'il fut visité par l'escadre anglaise. L'amiral Peiiewfit
venir cette dame à son bord et l'y garda. Il prit également les journaoi
de TEmpire, datés du 2:2 septembre au 8 octobre. Ce reïs rapporte en
outre que Sir Pellew Ta entretenu du projet d'incendier l'escadre de
Toulon par le moyen de brûlots...
Sur la nouvelle de l'entrée de Sa Majesté dans la ville de Moscou, Billoo
a fait chanter un Te Deum, et il a voulu ajouter à la cérémonie des
salves de boites, mais le Bey lui en a refusé la permission; il a cherché
depuis à excuser son refus en disant « qu'il s'était trouvé dans ce moment
trop indisposé contre nous, pour n'avoir point reçu les 6,000 fusils com-
mandés ». (Affaires étrangères, C" de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
984. — Tunis, 2 janvier ISIS. — Il envoie la liste nominative
des Français domiciliés à Tunis, et qui réprésente une population de
373 personnes. « Les négociants, facteurs, artisans et Juifs non cau-
tionnés forment un total de 230 individus, qui étaient originaires de
l'ancienne Ligurie ou de la Toscane, et qui, à la réunion de ces pays à
la France, se trouvaient depuis longtemps établis à Tunis, sans esprit
de retour dans leur première patrie. Pour prévenir les inconvénients qui
peuvent résulter de ces établissements irréguliers sur l'Ëcheile, il ^^
semble qu'il conviendrait de leur retirer la protection, s'ils n'obéissaient
point à l'intimation qui leur serait faite d'en partir. C'est le seul
moyen que j'entrevoie praticable dans ces circonstances, pour tâcher
de débarrasser l'Échelle d'un nombre d'individus dont le séjour est
nuisible à notre considération sans aucun avantage pour le commerce
français, et peut occasionner en outre des embarras sans nombre au
Consul de Sa Majesté... » '
1. Tunis, ï janvier 181 S. — Liste nominative des Français résidant ou élabhà
Tunis au i" janvier 4843 :
François Bilion, Vice-Consul, Astoin-Sielve, chancelier-interprète, Frédéric Lom-
I
[1813] AVEC LA COUR DE FRANCE ^05
Étant donnés les préparatifs de guerre faits à Alger et à Tunis, Billon
est d'avis que les pécheurs de corail ne viennent pas cette année dans
les eaux de Tabarque *. (Affaires étrangères, C de Tunis.)
985. — Tunis, 2 janvier i Si 3. — a Contrat par lequel le capitaine
Sidi Hassan Morali ' s'engage à conduire au royaume de Tunis le
sieur Paul Dejean, artiste musicien, et k lui faire occuper la place de
premier trompette dans larsenal de LaGoulette, avec le salaire jour-
nalier de 2 piastres de Tunis, la ration de quatre pains de 14 onces
chaque et de deux rotes de viande fraîche, sans retenue pour les jours
de fêtes chrétiennes ou musulmanes... »
(Affaires étrangères, C" de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
986. — Tunis, 2 janvier 1815, — Le Bey se met ici en état de
défense contre les Algériens; on a élevé de nouvelles batteries en
maçonnerie à La Goulette, qu'on arme de canons de gros calibres...
Il y aura 50 chaloupes canonnières et 1,000 marins pour faire le service
des batteries et des chaloupes. Le Bey fait administrer des rations de
bard, médecin du Consulat et de la nation française avec 1 enfant, Antoine Berle,
courtier du Consulat général, Joseph Vernier, secrétaire particulier du Consul,
Pierre Gay, fils du médecin du Bey, commis à la chancellerie, Côme Bottari, agent
du Consulat général à Bizerte, son épouse et 8 enfants, Jean Gaspary, Id. à Porto-
Farine, son épouse, 4 enfants, sa belle-mère, ayant un enfant et une sœur, sa sœur
veuve Bernard, et 3 enfants : Au total, pour le Consulat général, 30 personnes.
Pour les négociants cautionnés et leurs familles on relève 28 personnes, parmi
lesquelles François Arnaud fils, Bernard Conques, L. A. Chapelle, Jean Fuzier.
Parmi les négociants et autres non cautionnés (31 personnes) : L. Gay, premier
médecin du Bey, son épouse et 5 enfants; Michel Fesler, médecin au service du
Bey; Fr. Cubisol; J. Esclapon; 2 PP. Missionnaires : le P. Alex*^* de Massignano,
Capucin, Préfet de la mission; le Frère Nicolas d'Ancône, Capucin.
Femmes veuves et leurs familles : 16 personnes. Facteurs de commerce cau-
tionnés et leurs familles : 23 personnes, parmi lesquelles J. B. Sacoman, Joseph
Sacoman et A. Gandolphe, pourvoyeur de la nation française.
Facteurs non cautionnés : 61 personnes, parmi lesquelles Joseph Perret, homme
d'alTaires du gouverneur de S fax.
Artisans cautionnés et leurs familles : 45 personnes, parmi lesquelles P. Pottier,
joaillier, Jean Eymon, aubergiste national, et sa famille, Ambroise Eymon, aubergiste
national, Clément Michel, boulanger national, Jean-André Sicard et sa sœur Dimitri,
femme du valet de chambre et maître d'hôtel de M. Devoize, François Aubin,
également boulanger national, Pierre Beau vais, perruquier national, Simond
Roubaud, fabricant de vermichels.
Artisans non cautionnés : 80 personnes. Juifs : 36 personnes, parmi lesquelles
Raphaël Koën, Moïse Carmin, les Lunei. Domestiques : 15 personnes, parmi lesquelles
Jean Eymon, cuisinier de M. Billon, Antoine Pesoly, valet de chambre, maître
d'hôtel de M. Billon.
1. Produit de la pèche du corail par les bateaux français et napolitains en iSli :
3,598 livres de corail, péchées par 14 bateaux et évaluées à 60 francs Tune, soit
215,925 francs. Frais d'exploitation & déduire à 4,000 francs par bâtiment: 56,000 francs.
Bénéfice net : 159,925 francs.
2. Chef des corsaires du Bey de Tunis.
506 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [18131
vivres abondantes à ces derniers et, en outre, une solde de 15 piastres
par mois (21 francs). (Affaires étrangères, C^' de Tums.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
987. — Tunis^ 8 janvier 4 813. — « Le capitaine Cacace, prêtre napo.
iitain qui commandait une polacre sicilienne chargée de 250 condamnés
napolitains, usait de tous ses moyens pour parvenir à faire mettre ces
hommes à terre, parce qu'il était dans l'intention de charger ensuite
son navire de grains. N'ayant rien pu obtenir de la part du Pro-Consul
anglais ni du Consul générai des Deux-Siciles, il imagina le coupable
projet de les faire apostasier, espérant de pouvoir ainsi s'en débar-
rasser... » Mais Bilion envoya des missionnaires à bord pour exhorter
les malheureux à la résignation et fit admonester le capitaine Cacace...
Néanmoins 44 d'entre eux embrassèrent la religion musulmane.
D'autres se sont sauvés; la polacre est repartie avec les 150 restants.
(Affaires étrangères, C>' de Tunis.)
LE DUC DE BASSANO A BILLON.
988. — Paris, 2 février J 8 J 3. — « ... Le peu de succès de vos efforts
pour vaincre la partialité du Bey en faveur des Anglais ne doit point
refroidir votre zèle à cet égard ; il faut au contraire les renouveler sans
cesse ; il faut opposer à ce système, dont nous avons tant à nous
plaindre, tous les moyens que peuvent vous offrir les termes de nos
traités et les intérêts de la Régence elle-même... »
(Affaires étrangères, C**» de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
989. — Tunis, 4 mars 1813. — « Nos ennemis les Anglais ne cessent
d'insinuer au Bey que S. M. l'Empereur a des projets sur l'Egypte
et la Barbarie, qu'ils avaient même été consentis par l'Empereur
de Russie dans les articles secrets du traité de paix de Tilsitt. Ils
s'appuient sur quelques notes trouvées à ce sujet dans YAmbi^^
imprimé en Angleterre par le sieur Peltier.
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
990. — 7 unis, 3 avril 1813. — La douane de Marseille a voulu
exiger pour les 6,000 fusils un droit de sortie de 5 0/0. Sa Majesté
ayant, par décision du mois de janvier, exempté les 6,000 fusils du droit
de sortie, la douane réclame à la corvette du Bey un droit d'ancrage
de 2,417 fr. 13. D'après le traité de paix avec Tunis de 1742, renouvelé
en l'an X, les bâtiments de l'État sont exempts du droit d'ancrage,
et la corvette tunisienne, quoiqu'elle ait débarqué 100 balles de
laine, ne doit lien payer, pas plus que des corsaires français qui
[1813] AVEC LA COUR DE FRANCE 507
débarquent dans les ports du Bey des marchandises enlevées à leurs
prises. (Affaires étrangères, C" de Tunis.)
DILLON AU DUC DE BASSANO.
991. — Tunis^ 14 at>ril i 8i3. — Le Dey d'Alger a menacé de faire
trancher la tête aux chrétiens employés dans les armées du Bey de Tunis.
Billon veillera donc à ce qu'aucun Français n'entre au service de ce
Prince. {Affaires étrangères, C^'^ de Tunis.)
BILLON AU DUC DE DASSANO.
992. — 7ums, /7 avril 1813. — La corvette du Bey vient d'ap-
porter les 6,000 fusils de munition... « Le Bey a reçu avec la plus vive
satisfaction la nouvelle de cette marque de bienveillance de la part de Sa
Majesté, en faisant en présence de tous les grands de sa cour des vœux
réitérés pour la conservation de notre souverain et le succès de toutes
ses entreprises... » Billon sollicite le payement des 173,000 piastres dues
par le Bey pour achats de prises françaises, et va reprendre les négo-
ciations pour le royaume des Deux Siciles.
(Affaires étrangères^ C"* de Tunis.)
DILLON AU DUC DE BASSANO.
993. — 7 unis, 2 mai 1 81 3. --Il a fait annuler le contrat signé par
un artiste musicien de Marseille, qui se chai'geait d'un service militaire
à la cour du Bey. (Affaires étrangères, C"» de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
994. — Tunis^ 4 mai 1813. — Rapport sur les nouvelles négocia-
tions pour l'admission du Consul général de Naples et l'affranchisse-
ment des esclaves napolitains et romains. Le Bey élève des prétentions
trop au-dessus des offres de la Gourde Naples. Celle-ci allait jusqu'à
150,000 piastres fortes; le Bey en demande 400,000, et Billon n'est pas
d'avis que Sa Majesté écrive à ce sujet au Bey... Le Consul général de
Naples est toujours logé chez Billon.
(Affaires étrangères^ O*^ de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
996. — Tunis, 18 mai 1813. — Le chevalier Serrati, vieillard de
quatre-vingt-quatre ans, ancien ministre des finances de Naples sous
le roi Ferdinand, en dernier lieu ministre et conseiller d'État en Sicile,
a été capturé sur un parlementaire sarde par un corsaire tunisien *.
Billon le réclame en vertu de l'art. VIII du traité du 4 ventôse an X. Il
constate une différence entre la rédaction française et le texte turc de
l'art. YIII précité ; il y est dit : « et qui se trouverait captif dans le
1. Voy. Tacte de décès du chevalier François Serrali, daté du 4" février 1814.
(Affaires étrangères, C" de Tunis.)
SOS CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1813;
royaume de Tunis », tandis qu'on lit dans le texte turc « et qui tom-
berait captif dans le royaume de Tunis ». Cest l'inlerprétation de
M. Sielve, chancelier-interprète de ce Consulat général. De sorte que le
texte turc renferme précisément le sens applicable au cas dans lequel
se trouve le chevalier Serrati...
Le Consul anglais aurait pu le faire relâcher; il a répondu qu'il
attendait les ordres de Lord Bentinck. Le Bey lient à garder sa proie,
parce que le chevalier Serrati possédait 131,000 fr. d'or monnayé.
14 caisses contenant une collection précieuse de gravures des meilleurs
sculpteurs, représentant des tableaux de Michel- Ange, etc., et une gra-
vure originale et très recherchée de Zani, de Florence, en plus une
bibliothèque, 12 montres d'or, 15 brillants solitaires, etc. « On assure
que, parmi ces caisses, il en existe une contenant des papiers relatifs an
ministère des finances de Naples pendant que le chev*' Serrati éUit
chargé du portefeuille sous le roi Ferdinand... »
Le premier ministre tunisien voulait vendre la collection de gra-
vures, mais Français comme Anglais refusent de Tacheter.
« Le chevalier Serrati se trouve dangereusement malade, ayant perda
Fusage de plusieurs sens, et il est vraisemblable qu'il finira ses jours
à Tunis, si sa captivité y est prolongée. »
{Affah^es étrangères^ C'** de Tunis,)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
996. — Tunis, 26 mai fSiS. — « Le Pro-Consul anglais s'est plaint
de l'attachement que le Bey montrait pour la France, de raccueil
distingué que je recevais journellement au Bardo, que lui-même dV
était point traité avec les mêmes égards, que nos corsaires fréquen-
talent les ports de Tunis en infraction aux articles supplémentaires des
deux traités signés Tannée dernière par le contre-amiral Freemanlle^
que les prises continuaient à s'y vendre. Mon collègue demanda au
Bey que nos corsaires fussent entièrement repoussés de ses ports. Ce
Prince lui observa qu'en adhérant à sa demande, ce serait rompre
avec la France. Cet officier lui donna alors l'assurance que les Anglais
garantiraient constamment ses États de toute agression de notre part.
Le Bey répondit qu'il voulait demeurer en paix et bonne amitié avei:
la France, dont il n'avait jamais eu à se plaindre, mais que, dans aucun
cas, il ne compterait jamais sur les promesses des Anglais, puisque
ayant été entraînés dans la lutte contre la France, en 1799, ils avaient
conclu leur paix avec elle, en 1801, sans rien stipuler en sa faveur, et
1. Voy. la note 1, p. 502.
[1813] AVEC LA COUR DE FRANCE 809
ravaieat ainsi laissé exposé au ressentiment de son ennemi dont il
avait dû implorer la générosité... »
{Affaires étrangères, C'* de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
997. — Tunis^ 3 juin i Si 3. — Il surveille les artisans domiciliés
à Tunis, qui n'ont pas rempli les conditions prescrites par les ordon-
nances, et il fera embarquer ceux dont la conduite pourrait compro-
mettre le bon renom de la France. Il demande qu'on n'en laisse pas
venir un plus grand nombre. Quant aux négociants non cautionnes, la
plupart vivent de quelques spéculations qu'ils font sur la place, ou de
l'intérêt de leurs fonds. Les établissements cautionnés forment seuls
le corps de la nation.
Le fiey a été satisfait des 6,000 fusils, mais n'a pas encore consenti
à payer les 173,000 piastres qu'il nous doit. 28 barques coraillères
napolitaines sont déjà arrivées à Tabarque; le sieur Bottari, agent à
Bizerte, y remplacera Raimbert pendant la saison de la pêche. Il
faudrait autoriser Bottari à percevoir trois piastres fortes par bateau,
car il ne pourra plus faire la fourniture des comestibles. Mariano
Stinca et le frère du Consul général de Naples ont accaparé ce com-
merce. Le Bey protège les pécheurs de corail comme il l'a promis. 11 a
donné des ordres pour que les corailleurs siciliens ou anglais ne soient
pas admis. . . (Affaires étrangères, C" de Tunis.)
LE DUC DE BASSANO A BILLON.
998. — Dresde, 25 jtiin i SI 3. — Le Ministre charge Billon de récla-
mer la liberté du chevalier Prieur François Serrati, ancien ministre
des grands-ducs de Toscane, domicilié à Florence, originaire de
Sienne, tombé en esclavage lors de son voyage à Livourne & l'âge de
soixante-dix-sept ans, et d*obtenir également la restitution de tous ses
effets. Il avait donné sa démission dès 1807. Son âge et ses infirmités
Tavaient empêché de retourner en Toscane auprès de sa famille.
{Affaires étrangères, C" de Tunis,)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
999. — Tunis, 29 juillet 1Si3. — Les armements algériens, au
nombre de 54, dont 25 chaloupes canonnières, sont depuis le 23 juillet
sur la rade de Tunis ^
Le Grand Seigneur a ordonné dans tous ses ports la saisie des pro-
priétés barbaresques, sans doute par suite des actes de piraterie
exercés par les corsaires des trois Régences contre les navires grecs-
ottomans. {Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
i. Yoy. sur les hoslilités enlre Algériens et Tunisiens les Annates tunisiennes,
p. 286.
510 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1813;
BILLON AU DUC DE BASSARO.
1000. — Twfùs^ôaoàt JSJ3. — Récit de deux combats en mer entre
Algériens et Tunisteas^ Les marins des deux Régences semblent igaorer
absolument Tart de la guorre, n'ayant pas su diriger rartillerie de
leurs cbaloupes, ni même affronter les dangers des combats. Les con-
naissances maritimes des Européens, ei la bravoure de nos troupes
en général, offrent des avantages incalculabkft contre les peuples dir
ces contrées. [Affaires éirangèrm^ C de Tunis.)
BILLON AU DLX DE BASSANO.
1001. — 7u/ii5, 6 août J 813. — f< On a à déplorer Tapostasie d;:
sieur Cunéo d'Ornano, d*Ajaccio, âgé de vingt-trois ans, arrivé àTacii
le mois dernier avec un passeport du gouverneur général des tfe
Ioniennes, et déclarant qu*il était lieutenant au iii* rég. d'infanleric
de ligne et fils de M. Cunéo d'Ornano, Consul de France aux ik
Canaries ^ On ignore le motif qui a pu le déterminer à cette démarche,
mais on soupçonne ici qu'ayant été fait prisonnier, il s*était enrôlé dao:
les chasseurs corses au service de TAngleterre, et qu*il en avait ensuite
déserté. » (Affaires étrangères, C" de Tunis,)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
1002. — Tunis, 5 septembre 18 13, — Le Bey refuse de lui fairt
rendre deux marins français enlevés par les Anglais à bord da vais-
seau V Écureuil,,. Tout ce qu'à force d'insistances Billon est parvenoà
obtenir de lui, c'est Faveu de son impuissance. Le Bey use de beauccu:
d'égards envers les Anglais, à cause des craintes que lui inspirent lel]^
forces maritimes. L'agent anglais èr Bizerte ayant arboré sur sa maisoQ
un petit pavillon, Billon a ordonné à l'agent français d'en faire autaol.
{Affaires étrangères^ C*'* de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
1003. — Tunis, 6 octobre i 813. — 11 rend compte des préparatifs de
guerre faits par le Bey, à l'approche inopinée d'une armée algérienne..
Le premier ministre est disposé à faire les sacrifices pécuniaires d'usa*;''
pour engager la milice turque & se battre, et prévenir en outre par '^^
moyen une défection. Dans le cas où les gorges du Kef viendraiiû-
à être forcées, les Algériens, n'ayant plus aucun obstacle à vaincre.
seraient sous peu de jours sous les murs de Tunis.
L'armée du Bey est forte de 40,000 hommes, parmi lesquels on eo
compte 25,000 de cavalerie et 5,000 Turcs et Zouaves. Ces derniers
composent seuls la troupe réglée du Bey...
i. Voy. la noie 1, p. 453.
[1813J AVEC LA COUR DE FRANCE 5H
Le Prince a fait élever des fortificatioas et un château au Kef,
distant de Tunis d'environ 50 lieues. Les Algériens pourraient tourner
la chalue des montagnes en passant par le Djerid, comme en 1756.
Gomme les chevaux arabes ne sont pas accoutumés à la détonation du
canon, Billon craint que la nombreuse cavalerie ne soit d'aucune utilité.
Il signale ensuite les nouvelles propagées par les Anglais sur les armées
françaises, et rapporte que le sort de Tex-général Moreau * a été
considéré comme un châtiment réservé par la Providence à sa trahi-
son...
On annonce Tarrivée prochaine à Tunis d'un Envoyé extraordinaire
anglais près les Puissances barbaresques. Il se trouve encore à Alger,
où Ton assure qu'il est parvenu à conclure un traité de paix entre le
Portugal et la Régence. On pense qu'il doit ici remplir le même objet...
{Affaires étrangères y (7** de Tunis,)
BILLON AU DUC DB DASSANO.
1004. — l'unis, 14 octobre J 8J3, — Le Bey a fait arrêter le sieur
Jean Bonthoux, sujet napolitain demeurant à Tunis depuis 1809 et y
exerçant la profession de pacotilleur. Bonthoux vivait depuis quatre
ans dans la maison d'un renégat napolitain exerçant la charge de Gar-
dien-Bachi des malheureux esclaves chrétiens. Ce renégat, en dehors
de sa famille musulmane, entretenait depuis quatorze ans une femme
chrétienne, corse. Bonthoux est accusé d*avoir eu des intelligences
avec cette femme. La loi musulmane défend aux femmes chrétiennes
cohabitant avec des Maures d'avoir des communications avec des chré-
tiens. A défaut du Consul général de Naples, Billon a pris la défense de
Bonthoux. Le Bey a exigé d'abord que les cinq enfants de la femme
corse fussent confirmés dans la foi musulmane, et les mâles ont été
circoncis. Billon craignait qu'il ne fallût recourir à quelque donative
pour garantir le sieur Bonthoux du châtiment dont le Bey le menaçait,
ainsi que cela se pratique dans toutes les affaires où les nationaux peu-
vent se trouver compromis pour intelligences avec des femmes du
pays. Toutefois le Bey a fini par relâcher le prisonnier.
{Affaires étrangères, C'* de Tunis,)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
1005. — 7'unis, 25 octobre J 8/3. — Le Consul général de Naples
élève la prétention d'administrer les pêcheurs de corail napolitains, et
1. Jean-Victor Moreau, volontaire en 1791, général en 1794, s'était compromis
dans le complot de Pichegru. Arrêté en 1804 et condamné à l'exil, il s'était retiré
aux États-Unis. Mais séduit par les ofTres du parti royaliste, il avait repris du
service sous les drapeaux des souverains alliés, et venait d'avoir les jambes em-
portées par un boulet sous les murs de Dresde (août 1813).
i
512 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1818]
d'établir des agents dans les ports des concessions françaises en
Tunisie*.
« M. de Martîno était logé dans la maison consulaire de France,
jusqu'au jour où Billon pria le premier ministre de lui faire bâtir une
maison, que le Consul de Naples obtint pour le loyer de 200 sequin$
vénitiens par an, quoique la maison fût plus belle que celle du Consul
des États-Unis, que le premier ministre avait fait également bâtir et
louait au même prix. Billon n'a cessé de rendre des services aux Napo-
litains, ce qui n'empêcha pas M. le Consul général de Naples de heurter
les convenances et nos droits dans les ports de nos concessions.il m'eût
été facile de m'y opposer même par la force; mais le Bey n'eût pas
manqué de profiter de celte division pour élever des prétentions plos
fortes dans les négociations entamées pour l'établissement du Cod>>j1
et la délivrance des malheureux esclaves napolitains... » Billon ne dis-
simule pas au Ministre que « si les Napolitains obtenaient de pouvoir
établir des agents dans les ports de nos concessions, il en résultenit
en apparence un abandon de nos droits, et le Bey pourrait même s'en
prévaloir pour y faire mettre des corailleurs d*autres nations... Le
Consul général susnommé parait s'appuyer de la protection de son
oncle, le sieur Mariano Stinca, premier esclave et secrétaire du Bey.
C'est ce qui l'a enhardi dans la démarche qu'il vient de faire. J'ai dû
m'apercevoir dans toutes les occasions que M. de Martino cherche à
s'affranchir des égards qu'il doit observer envers la France. 11 n'a eu
recours à mon ministère que lorsque ses affaires l'y ont obligé impé-
rieusement. Il n'est pas douteux que les Napolitains travaillent depuis
quelque temps à empiéter sur nos droits. Le tort porté à M. Raimbert
en 1811 fut provoqué par eux avec le conseil du sieur Chapelié, et ce
qui se passe aujourd'hui n'est qu'une suite de ce système adopté depuis
quelques années pour évincer l'autorité française dans la pêche do
corail. » {Affaires étrangères, C** de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
1006. — Tunis, 26 octobre 1 S 1 3, — Il annonce l'arrivée de M. A'Court,
Envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire d'Angleterre prés les
Puissances musulmanes de l'Afrique, qui apporte au Bey des préseols
de la valeur de 4,000 piastres fortes et lui impose la paix avec le
Portugal. Le Bey ayant soulevé des difficultés, M. A'Court l'a engagea
1. Voy. État de la pêche du corail sur les côtes de Tunis par les bateaux français et
napolitains en 4813 : 10,147 rôles de corail, péchées par 34 bateaux napolitains et
4 bateaux français comprenant 368 hommes d'équipage, et représentant. 6 60 (nna^
la rote, 608,642 fr. 50 c. Frais d'exploiUlion : I5i,000 fr. Produit oet : 436,642 fr. 50.
[1814] AVEC LA COUR DE FRANCE 513
terminer de bon gré, « sous peine de s'y trouver contraint ». Après
cette menace, le Bey a signé une trêve de trois ans avec le Portugal *•
(Affaires étrangères, O*^ de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
1007. — luuiSi 3 novembre iSiS. — 11 rend compte de « Fissue
honteuse» de la seconde expédition des Algériens contre Tunis*.
12 bâtiments sont entrés dans les ports de Tunis pendant le mois
d'octobre. Le Grand Seigneur a fait lever le séquestre mis d'abord sur
les navires et les propriétés barbaresques, et se borne aujourd'hui à
arrêter ou détenir les bâtiments ou corsaires des Régences.
{Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
BILLON AU DUC DE BASSANO.
1008. — Tunis, 5 novembre i S 1 3, — Malgré toutes ses démarches,
BilloD ne peut obtenir du Bey rafîranchissement du chevalier Serrati,
parce que ce Prince ne veut pas restituer les effets précieux et l'or que
ledit chevalier Serrati avait avec lui.
{Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
BILLON AU DUC DE VICENGB ^
1009. — Tunis, 20 novembre 1813.-- Sur les demandes de Billon, le
Bev vient de relâcher le sieur Sauveur Travi, ex-Ligurien détenu pour
dettes. Il signale une nouvelle démarche faite par M. de Marlino,
Consul général de Naples, de concert avec son oncle Mariano Stinca,
pour être reconnu par le Bey. [Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
BU.L0N AU DUC DE VlCENCB.
1010. -— TuniSy 3 janvier 1814,— ^i Depuis quelque temps les Anglais
ne font que propager les nouvelles les plus alarmantes sur le sort de la
grande armée française qui a dû se retirer sur le Rhin, ainsi que sur le
sort de celle du Prince Vice-Roi... Les Consuls d'Espagne *, de Suède *, de
Danemark® et d'Amérique' qui, depuis douze ans, avaient très rarement
donné des fêtes chez eux, vieunent tout à coup de faire des invitations
dans lesquelles se sont trouvés compris les Français et les plus chauds
ennemis de la France ; on dirait que ces fêtes n'ont lieu que pour se
réjouir de quelques avantages que les Anglais assurent que leurs
\, Le traité conclu par Williams A'Coiirl au nom du Portugal, le 16 octobre 1813,
a été publié dans les Annales tunisiennes, de Rousseau, p. 528.
2. Après un mois de blocus, la (lotte des Algériens avait dû renoncer au siège de
La Goulette et avait remis à la voile au commencement d'août 1813.
3 Armand-Augustin Louis de Caulaincourt, duc de Vicence, général de division,
ambassadeur. Ministre des Affaires étrangères du 20 novembre 1813 au 2 avril 1814,
et du 21 mars au 22 juin 1815.
4. M.Arnold Soler.
5. Le chevalier Tulin.
6. M. Gierlew.
1. M. Coxe.
33
514 GORRESPONDANCB DES BEYS ET DES CONSULS 1814
alliés sur le continent ont obtenus sur nos armées... Le Consul de Naples
fréquente ouvertement la maison du Consul d'Espagne ; il reçoit dail-
leurs indistinctement les Français, les Anglais, les Espagnols... »
{Affaires étrangères^ O^ de Tunis.)
BILLON AU DUC DE VICBNCB.
1011. — Tunity i 6 janvier / 8 14, — Le sieur Bonthoux, sujet napoli-
tain, dont Billon a raconté les méfaits, s*est enfui sur un brick anglaLv
après s*étre rendu coupable de plusieurs escroqueries.
(Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
BILLON AU DUC DE VICENCE.
1012. — Tunis, 20 janvier 1 SI4» — Le Bey refuse de nouveau de
payer les 173,000 piastres qu'il doit à des armateurs pour achal de
prises, à moins que les compensations qu*il veut établir ne soient
admises. « Le Bey met une si forte obstination dans cette affaire qui!
sera bien difDcile de la vaincre dans ces conjonctures. M. Devoize n'a
pu y réussir pendant plus de dix-huit mois avant son départ, et depuis
plus de quatre ans je ne cesse de faire inutilement les plus granè
efforts pour y parvenir... » {Affaires étrangères. C* de Tums.)
LE DUC DE VICI^NCE A BILLON.
1013. — Paris, 27 janvier 1814. — Envoi d'un passeport dao;
lequel le chevalier François Serrali est qualifié de sujet français. Le
Bey ne pourra plus fonder son refus de délivrer le chevalier sur ce
qu'il est sujet de Naples. {Affaires étrangh^s, C*' de Tunis.)
BILLON AU DUC DE VICENCE.
1014. — Tunis, 3 février 1814, — «... Les différentes proclamationî
des révoltés de la Hollande rapportées dans les papiers publics 'les
journaux anglais) ont exalté ici Fesprit de quelques Hollandais. Id
sieur Homberg, ofûcier du génie au service du Bey ', a mis à son cha-
peau une cocarde orange, et Tex-Consul de cette nation, le sieur Nyssen.
qui n'a jamais fait aucune soumission à la France, mais qui avait pour-
tant amené son pavillon , se propose d'arborer lancien pavillon de
Hollande et de reprendre la cocarde orange très incessamment. II
devra en obtenir l'agrément du Bey, mais je suis presque assuré que ce
Prince se prêtera d*autant plus facilement à sa demande que je oe loi
ai jamais notiGé la réunion de la Hollande à l'Empire, n'ayant reçu
aucun ordre ni instruction à ce sujet... »
{.Affaires étrangères, C'*' de Tmis.)
BILLON AU DUC DE VICENCE.
1015. — Tunis, 24 février 1814. — L'ex-Consul de Hollande,
\, Voy. la note \, p. 350.
1814] AVEC LA COUR DE FRANCE 515
M. Nyssen, a arboré, en présence des Consuls d'Angleterre *, de Suède *,
d'Espagne ' et de Naples ^, l'ancien pavillon hollandais. Billon refuse aux
négociants français, invités aux fêtes données par Nyssen, la permission
d'y assister. Le premier ministre presse actuellement Nyssen d'expédier
un navire anglais en Hollande pour en rapporter les présents d'usage.
{Affaires étrangères^ C*'* de Tunis,)
BU.LON AU DUC DE VICENCE.
1016. — 7«nw, 25 février 1814, — 11 a appris par les gazettes de
Naples, avec autant de douleur que de surprise, la défection du roi
de Naples, l'invasion des départements méridionaux de TEmpire, etc.
Le Consul de Naples a reçu des ordres pour négocier un armistice d'un
an avec le Bey, lequel a déclaré, à cause de la guerre avec Alger, vou-
loir rester en l'état actuel de suspension provisoire d'hostilités jusqu'à
nouvel ordre, en lui faisant observer « qu'il n'avait traité ce pays amica-
lement que par considération pour Sa Majesté l'Empereur de France ».
{Affaires élrangereSy C'* de Tunis,)
BII.LON AU DUC DB VICENCE.
1017. — Tunis^ 2i mars i 814, — Le Bey, qui a loué ses fours et
affermé le biscuit pour 17,000 piastres par an, défend à la boulangerie
établie depuis près d'un siècle dans l'intérieur de l'hôtel consulaire de
vendre du biscuit pour les bâtiments français. Billon ne parvient pas à
lui faire révoquer cet ordre, si préjudiciable à nos nationaux ^.
(Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
BILLON AU DUC DE VICENCE.
1018. — 7unis, 28 mars 1814, — Le Consul de Naples, M, de Mar-
tino, a conclu une trêve d'un an avec le Bey. Parmi les conditions, Billon
note que « les bateaux corailleurs napolitains continueront à être
admis & pécher en nombre illimité dans les mers de Tunis, et moyen-
nant les mêmes droits qu'ils acquittaient, pourvu qu'ils se munissent
chacun du passeport du Bey ».
La trêve coûtera au roi de Naples, en présents consulaires et autres
(poudre et boulets), 50,000 piastres fortes. Elle doit finir le 26 mars 1815.
{Affaires étrangères, C" de Tunis,)
BILLON AU C'^ DE LAFOREST '•
1019. — lunisy 20 avril 1814, — Le roi de Naples, ignorant le décès
1. M. Val. Robinson.
2. M. ie chevalier Tulin.
3. M. Arnold Soler.
4. M. De Martino de Renalo.
5. Voy. la leUre de Billon à Hamouda-Bey, 19 juin iSll.
6. Le 3 avril 1814, le gouvernement provisoire nomma commissaire aux AfTaires
étrangères Antoine-Réné-Charles-Mathurin, comte de Laforest, ambassadeur, qui
remplit les fonctions ministérielle? jusqu'au 13 mai suivant.
516 CORIIESPONDÂNCE DES BEYS ET DES CONSULS '1814
tout récent du chevalier Serrati, vient de rendre un décret accordant
une indemnité et une pension viagère au chevalier, et d'ordonner à son
agent de faire des démarches pour sa délivrance.
Le premier ministre de la Régence vient d'envoyer à Malte les
caisses contenant la bibliothèque et la précieuse collection de gravures
du chevalier. Billon annonce l'arrivée de Malte de M. Dumont, de Paris,
capitaine attaché à Tétat-major des places, renvoyé sur parole. Ce
dernier a donné sa démission au Consul de Naples, et rentre en France
avec les autres prisonniers que Billon renvoie par un navire marocain»
battant pavillon parlementaire. {Affaires étrangères, C" de Tunis.)
BILLON AU C** DE LAFOREST.
1020. — Tunis, 9 mai i 8/4. — « La goélette du roi La Biche, aui
ordres de M. Pinet, lieutenant de vaisseau ', mouilla sur cette rade le
premier de ce mois, apportant la nouvelle du changement de gouver-
nement. Je ne puis exprimer à Votre Excellence combien je fus pénétré
de joie en apprenant le retour de Tauguste famille des Bourbons, nos
anciens et légitimes souverains, sur le trône de France Je m'empressai
de publier le récit de cet événement mémorable*, en annonçant à nos
nationaux le terme de Toppression qui pesait depuis longtemps surnous,
et qu'une réconciliation sincère entre les nations de l'Europe allait
nous procurer le bonheur et les prospérités de la paix sous un gouver-
nement tutélaire. La joie de nos nationaux fut également à son
comble. » Le 3, Billon se rendit auprès du Bey pour demander son
agrément, afin de pouvoir arborer de suite le pavillon blanc. Le Bey,
très satisfait de cette démarche, a permis de le faire arborer de suite,.
et ordonné que les forts salueraient, lorsque le Consul le voudrait, le
pavillon du roi, ainsi que le commandant de la goélette à son débar-
quement. Billon a convoqué une assemblée extraordinaire de la nation
française, << pour lui faire connaître les heureux changements survenus
en France' ». Le pavillon blanc a été arboré le 4 mai. Le Bey a fait le
i. Germain-Maurice Pincl, aspirant de marine en 1793, enseigne de vaîsseaa en
1791, lieutenant en 1808, sous-aide-major en 1816, retraité en 1811.
2. Voy. les lettres de faire part et de congratulalions échangées à ce sujet entre
le Vice-Consul Billon et les Consuls d'Anulelerre, de Hollande, d'Espagne, de Suède,
de Danemark, de Naplcs et des États-Unis. {Affaires étrangères, C*"» de Tuni^,)
3. Assemblée générale de la nation française du 5 mai 1814. — Le Vice-Consul
Billon ayant annoncé ravènement de Louis XVIII, l'assemblée Ta assuré de son
adhésion à tous les actes du nouveau gouvernement, et a promis fidélité et obéis-
sance à Sa Majesté.
Extrait du registre des assemblées. Procès-verbal de la cérémonie du 4 mai. — Le
pavillon blanc n été arboré au soleil levant ; les forts de La (jouletle ont salué de
21 coups de canon. La bicfie a rendu le salut. Puis il y eut service à la chapelle
consulaire et le lieutenant de vaisseau M. Pinet avec tous ses officiers y assistèrent.
Le Vice-Consul reçut les félicitations de ses collègues d'Angleterre, d'Espagne, de
[1814] AVEC LA COUR DE FRANGE 817
meilleur accueil à M. Pinet, Ta fait asseoir et prendre du café en sa
présence...
« Le Préfet de la Mission des Capucins ayant célébré dans |son église
un service divin pour le retour de S. S. Pie VII à Rome, j'y ai assisté
avec le corps de la nation, et les prières pour le roi y ont été faites
suivant l'ancien usage. »
Billon signale ensuite les difficultés survenues avec la Régence par
suite des mesures adoptées par Tanciea gouvernement, les séquestres
des navires tunisiens, les excès des corsaires armés dans les ports
d'Italie. « Les violations du territoire du Bey de la part des Anglais ont
coûté une perte de près d'un million à nos commerçants ou à nos navi-
gateurs. » Pendant plus de deux ans, Billon « a été livré à ses propres
moyens ». Mais, « il n'est pas douteux que le retour aux principes de
sagesse et d'équité que le gouvernement de nos rois a toujours professés
ne porte ce Prince à nous traiter avec plus d'égard et de justice. Il me
parait trop satisfait des changements survenus pour que l'on ne doive
l'espérer. Je considérerai donc dès ce moment les affaires de cette rési-
dence sous un nouvel aspect... » Billon revient sur la question des
173,000 piastres, et des dettes contractées à Tunis pour le soulagement
des prisonniers de guerre *, il envoie son acte d'adhésion et son serment,
«t termine en demandant les sceaux aux armes du roi.
{Affaires éirangères^O'^ de Tunis.)
BIIXON A TALLEYRAND *.
1021. — l'unis, /4 mai J 8 J4, — Il envoie la liste nominative des
Français établis à Tunis ', ainsi que celle des Génois, Piémontais
et Toscans qui y sont encore sous la protection de la France, et
demande des instructions au sujet de ces derniers. Les anciens établis-
sements français de Marseille sont réduits à deux. 80 bateaux napoli-
Hollande, de Danemark, de Suède, de Naples, des États-Unis. Un dîner réunit la
nation française et les officiers de La Biche; le soir il y eut cercle pour les Consuls.
Toutes les armoiries impériales du Consulat avaient été enlevées dès le 2 de ce mois.
(Affaires étrangères, C" de Tunis.)
1. Les dépenses du Vice-Consul, pour les prisonniers de guerre envoyés de Malle
à Tunis pendant sa gestion, s'élevaient à 15,000 piastres.
2. Voy. sur Talleyrand la note 1, p. 324.
3. Liste nominative des 143 Français établis à Tunis : Au Consulat général, François
Billon, Vice-Consul; Astoin-Sielve, chancelier; Frédéric Lombard, médecin; Joseph
Vernier, secrétaire particulier du Consulat; Pierre Gay, commis de chancellerie, au
total, 7. Agents du Consul et leur famille : Côme Botlari, agent consulaire à Bizerte,
et Jean (Jaspary, constructeur à La Goulette, au total : 23. Négociants reconnus, 4;
autres non reconnus, 16. Le Père Alexandre de Massignano et le frère Nicolas
d'Ancône, missionnaires Capucins (Italiens), 2. Facteurs du commerce et aspirants,
87. Domestiques, 4. Les deux Capucins italiens sont comptés parmi les Français et
non parmi les Italiens.
318 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS 1814
tains vont faire la pèche du corail. Le Bey se propose de faire courir
sur les pavîlloDS des différents Étals italiens.
(A failles étrangères, C'** de Tunis.)
1022. — Paris, 20 mai i SI4. — Provisions de Consul général à
Tunis en faveur de Jacques Devoize (3* fois).
{Affaires étrangères, C" de Tunis,)
LOUIS XVllI A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
1023. — PaHs, 20 mai 1814. — « Illustre et magnifique Seigneur,
Dieu a daigné mettre un terme aux discordes et aux maux qui afilî-
geaient depuis trop longtemps TEmpire de France. Le droit de noire
naissance et les lois fondamentales de TÉtat nous ont appelé au trône
de nos ancêtres, et nous avons pris les rênes de TEmpire français au
milieu des acclamations de nos peuples, qui nous ont donné les
marques les plus vraies de leur respect et de leur amour pour notre
personne sacrée. Dieu, qui lit dans tous les cœurs, est témoin que nous
n'avons d'autre désir que de marcher sur les traces de nos augustes
aïeux.
La droiture et la justice seront toujours le fondement et le lien de
l'attachement de nos sujets comme de l'amitié des nations étrangères.
Nous confirmons d'autant plus volontiers les traités qui existent
entre la France et la Régence de Tunis que nous sommes convaincu
que vous en remplirez fidèlement les conditions, et que vous rendrez à
notre Couronne impériale et à nos sujets tout ce qui peut affermir de
plus en plus la paix, l'amitié et la correspondance la mieux établie.
C'est dans cette confiance que nous avons voulu vous assurer nous-
même de notre affection et haute bienveillance.
Nous envoyons nos pleins pouvoirs au sieur Devoize, que nous confir-
mons dans la place de Consul général et de Chargé de nos affaires
auprès de vous *. Nous lui donnons ordre de vous présenter celte lettre
et nous vous requérons d'ajouter entière foi et créance à tout ce qu'il
vous dira en notre nom.
Sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait, illustre et magniOque Sei-
gneur, en sa sainte et digne garde. »
{Affaires étrangères, C'* de Tunis.)
TALLBYHAND A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
1024. — Paris, le 25 mai 1814.--' « Très illustre et magnifique
Seigneur,
C'est avec la plus vive satisfaction et au milieu de l'allégresse de tous
les Français que je vous apprends le retour de Louis XVIII à la Couronne
1. Voy. p. 520.
[1814] AVEC LA COUR DE FRANCE 819
de France. Sa Majesté a repris les rêaes du Gouvernement selon les
droits de sa naissance et à la satisfaction entière de ses sujets. Ses
qualités personnelles et ses hautes vertus sont du présage le plus
heureux. Sa Majesté Impériale ayant daigné me confier le Ministère des
affaires étrangères, je désire n'être jamais auprès d'elle que l'interprète
de votre attachement envers la France, et l'organe de la bienveillance
de Sa Majesté Impériale dont je chercherai toujours à vous assurer les
marques. C'est tout ce qu'il m'est permis d'ajouter par respect pour
les nobles caractères de Sa Majesté Impériale, dont je vous remets la
lettre comme le signe et le sceau d'une bonne correspondance dont
il ne tiendra qu'à vous de rendre les liens durables et les effets
heureux. Je suis, etc. » {Affaires étrangères, C" de Tunis,)
DEVOIZE A TALLEYRANO.
1025. — Paris, 30 mai 1814, — « ... Le Bey, constamment assiégé
par nos ennemis, s*est défendu de leurs suggestions et nous a conservé
son amitié; mais le régime de nos douanes a porté de si fréquentes et
de si vives atteintes aux capitulations de 1742, et par conséquent aux
intérêts de ce Prince, propriétaire, sous le nom de ses ministres, de
plusieurs cargaisons expédiées dans nos ports, qu'il en est résulté une
foule de réclamations de sa part, sur lesquelles je n'ai obtenu aucune
satisfaction. L'intérêt de notre commerce, de notre navigation, je dois
ajouter, Thonneur national, exigent que ce Prince soit amené à con-
sentir l'exécution littérale du traité de 1742 et des additions qu'en ma
qualité de Consul j'y fis ajouter sous la date du 23 février 1802.
Mais, pour décider le Prince à ce sacrifice (car c'en est un pour ses
finances), il est indispensable de lui promettre, à titre de récipro-
cité, la suppression en France des droits de douane contraires aux
traités *. »
Devoize pense qu'il y aura lieu de faire des cadeaux pour se confor-
mer à l'usage... « On sait qu'en Barbarie comme dans tout l'Orient les
usages font loi, et que nous avons intérêt à les respecter comme le plus
solide fondement de nos privilèges... »
{Affaires étrangères, C"" de Tunis,)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
1026. — Paris, 20 juin 1 8 14, — « Le Ministre de la marine vient de
donner des ordres pour qu'il soit armé une frégate, afin de vous transpor-
ter de nouveau à Tunis. Je m'empresse de vous en prévenir pour que
vous vous rendiez sans retard à Toulon.
1. Voy. le Tableau de perception des douanes^ et des articles qui devraient jouir
de la franchise ou de modifications de droits, d'après le traité de i74i. {Affaires
étrangères, C* de Tunis,)
530 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1814^
... Vous pouvez, en insistant auprès du Bey pour obtenir labolition
des droits extraordinaires dont il avait, en représailles, frappé notre
commerce et notre navigation à Tunis, lui donner Tassurance que dos
traités avec la Régence seront à l'avenir plus exactement observés, et
vous pouvez compter sur une observation efficace de ma part dans
toutes les circonstances où les sujets tunisiens pourraient avoir à élever
de justes réclamations... »
Le Ministre s'en remet du reste entièrement à Texpérience de Dévoue;
il lui rappelle cependant TafTaire des 173,000 piastres dont leBeyesl
reliquataire; il espère queDevoize réussira à convaincre le Bey de lin-
convenance de ses « répétitions ». Il Tinvite en outre à éluder, autant
qu'il lui sera possible, toutes les demandes de donatives auxquelles la
restauration du pavillon blanc pourrait donner lieu.
{Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
BILLON k TAIXEVRAND.
1027. — J'unis, 28 juin 1814, — Le Consul d'Angleterre a fait
reconnaître au Bey le pavillon hollandais, en lui annonçant que cette
nation se trouvait dorénavant placée sous la protection immédiate
de son gouvernement. Il lui a annoncé encore qu'il était chargé &.
l'agence de S. M. l'Empereur d'Autriche. Le Bey refuse de conclure la
paix avec Naples... « L'esclavage sera maintenu dans ces contrées, si les
grandes Puissances ne se hâtent de jeter un regard de compassion sur
les malheureuses victimes de la piraterie des Barbaresques. Il serait
temps que le nom chrétien cessât d'être ainsi avili et outragé... »
[Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
BILLON A TALLEYRAND.
1028. — Tunis, 30 juin i 814. — Devoize devant retourner à son
poste, Billon demande un congé pour passer en France. Il y a prèsdr
douze ans que Talleyrand le nomma Vice-Consul à Tunis; pendant cinq
ans il a géré le Consulat. Il a besoin de revoir sa famille, et de mettre
ordre à ses affaires particulières. Son père et son oncle sont morts en
émigration, son frère dans l'expédition de Saint-Domingue. Leurs suc-
cessions lui sont dévolues. {Affaii^s étrangères, C'** de Tunis.)
BILLON A TALLEYRAND.
1029. — Tunis, 2 8 juillet i S / 4. —Billon rend compte des préparatifs
de défense du Bey contre les Algériens, et réitère sa demande de congé,
en vue de la prochaine arrivée du Consul Devoize. On insinue au Bpv
que Naples ne restera pas au roi Joachim, mais sera de nouveau réuni
avec la Sicile sous la domination de la maison de Bourbon. Le Bey
se refuse toujours k conclure la paix avec Naples.
(Affaires étrangères, C'»' de Tunis]
fi8l4! AVEC LA COUR DE FRANCE 821
DEVOIZE A HAMOUDA, BEY DE TUNIS.
1030. — A bord de la Dryade^ La Goulet te y 1 6 août i8i4. — \\ s'at-
tendait à UD bon accueil, mais devant l'interdiction qui lui est faite de
débarquer, il éprouve une humiliation qui est une. insulte à son souve-
rain. « Je me félicitais de devenir encore Torgane auprès de Votre
Excellence des sentiments d'un monarque dont j'ai servi la dynastie
dans ma jeunesse, et qui m'en avait laissé la plus honorable récom-
pense. Gomment pouvez-vous me laisser comme un malfaiteur à bord
d'un bâtiment? Je n'ai pas oublié l'appui qui m'a soutenu contre les
opinions déréglées qui, pendant la révolution, avaient corrompu
jusqu'aux Français résidant dans vos États, contre les trames d'un
Envoyé qui m'avait destitué. J'ai proclamé partout les obligations que
de ce côté j'avais à Votre Excellence. Je n'ai jamais parlé d'elle
qu'avec des expressions du respect qui lui est dû. Si j'avais quelques
torts envers vous, il suffirait de me les faire connaître pour me faire
employer tous les moyens de les réparer, et vous me les ôtez en
m'écartant de vous ignominieusement avec une famille toute née sous
votre pavillon.
Reconnaissez l'injustice d'un traitement que je n*ai jamais mérité... »
(Affaires étrangères, C'* de Tunis.)
BILLON A TALLEYRAND.
1031. — Tunis, 23 août 1814, — Il a à rendre compte de la con-
duite étrange et sans exemple que le Bey vient de tenir envers
M. Devoize, qui est arrivé en rade de La Goulette le 12 août. Billon a
sollicité les permis nécessaires pour le- débarquement de ce Consul, de
sa femme et de ses deux filles. « Le Bey a demandé à voir d'abord le
commandant de La Dryade ; il a donné cependant l'ordre aux ports de
saluer le pavillon de Sa Majesté. Le commandant, accompagné d'un
officier de marine et du gendre de Devoize, ainsi que de Billon, se
rendit au Bardo le 14. Le Bey remit l'audience au lendemain et les
reçut fort bien. Il a déclaré qu'il avait résolu de ne point admettre
M. le Consul général Devoize pour de simples motifs personnels \ et
comme ayant payé par des ingratitudes les services qu'il pouvait lui
avoir rendus dans le temps, surtout celui de lui avoir, dit-il, sauvé la
vie pendant la révolution, lorsqu'un Envoyé extraordinaire cherchait à
l'opprimer... Le commandant fit comprendre que la résolution du Bey
tendait à humilier le Roi dans la personne de son représentant; il lui
1. Voy. la lettre d'Hainouda-Bey à Devoize, 19 août 1814, lui déclarant qu'il ne
répondra pas à sa demande de débarquement, a étant prouvé et reconnu qu'ils ne
peuvent sympattiiser ensemble », — et la correspondance entre Billon, le ch" de
Garât et Mariano Stinca, du 12 au 17 aoiH 1814. (Affaires étrangères, C" de Tunis,)
S22 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [iSUl
dit que ce n'était point dans un moment où les quatre grandes Puis-
sances de TEurope étaient unies avec la France par des liens durables
et prêtes à la soutenir en toute occasion que le Bey devait prendre une
mesure semblable... Le Bey persista dans son refus... S'il avait pa
prévoir le retour de Devoize à Tunis, il aurait écrit en France pour le
prévenir... » (A flaires étrangères, C^ de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
1032. — Rade de Foulon, /•' septembre I SI4. — Il annonce son
retour en France et Tenvoi d'un rapport circonstancié sur les causes de
son départ. Il conseille d'envoyer à Tunis une division sous les ordres
du baron de Saizieu, capitaine de vaisseau ', pour prouver au Beyqoe
la marine française n'est pas encore anéantie. Une frégate sufBrait pour
empêcher les bâtiments de guerre de la Régence, désarmés à LaGoo-
lette, de prendre la mer. {Affaires étrangères, C- de Tunis.)
DEVOIZE A TAIXEYRAND.
1033. — Lazaret de Toulon, 5 septembre I S 14. — Il lui rend compte
de l'impossibilité dans laquelle il s'est trouvé de reprendre possessioD
de son poste. Au reproche que le Bey lui a adressé de l'avoir trompé, eD
lui parlant d'une manière et en écrivant au gouvernement d'une
autre, Devoize répond en ces termes : « Comment le Bey a-t-il été
informé de ce que j'ai pu écrire au gouvernement de sa cupidité, de
ses injustes prétentions, etc., lorsqu'il m'en a fourni le motif? Il serait
bien dur d'avoir à en soupçonner le seul confident de ma correspon-
dance. » ... Le 19, M. Gay, premier médecin du Bey, est venu abord,
par une sorte d'invitation de ce Prince, qui lui a dit : — Tu ne Tas
donc pas voir le Consul? c'est ton ami. — Je ne l'ai pas osé, parce qui)
vous a déplu. — Va, et fais-lui mes compliments. — Le Sahib-Tapay
joignit les siens. M. Gay en lira le meilleur augure, et il m'apprit que
l'affaire des 6,000 fusils et des doubles rançons, envenimée par le
Consul de Hollande, formait le premier nœud de Tintrigue ourdie
contre moi en mon absence... »
Il attribue ces calomnies en partie au sieur Nyssen, Consul de Hol-
lande, « qui a souvent prostitué sa plume à servir le ressentimeDt da
Prince... » Il cite le cas de M. Magra, Consul anglais, & qui l'on renvoya
une lettre du Bey, de l'écriture de Nyssen...
i. Louis-Pierre-François-Richard-Barlhélemy, baron de Saizieu, l'un des trois fils
de Tancien Consul général de France à Tunis, né dans cette ville en 1713, aspirant
de marine en 1192, enseigne de vaisseau en 1795, lieutenant en 1802, capitaine de
frégate en 1803, capitaine de vaisseau en 1809, retraité en 1816. Il avait reçu, au siège
de Malte, une balle qui lui avait traversé la poitrine de part en part. Le général
de Vaubois lui avait remis à cette occasion un fusil d'honneur.
[1814 AVEC LA COUR DE FRANCE 533
« Après la réunion de la Hollande, M. Nyssen pria M. de Winler de
solliciter pour lui le Consulat de Tunis. Cet amiral voulut s'assurer,
avant de faire cette démarche, si je voulais quitter le service. Ce fait
est à la connaissance de M. d'Hauterive *. M. Nyssen, apprenant que je
ne songeais pas à ma retraite, imagina alors de faire servir le Bey à
son ambition de me succéder...
Les plaintes du Bey n'ont été qu'un moyen de détourner l'attention
du brigandage qu'il a exercé, sitôt après mon départ, sur les prises
que les corsaires français ont conduites dans les ports de sa domina-
tion, brigandage tel qu'il a presque dévoré tout le fruit de leurs croi-
sières. » Au fond le Bey a peur des réclamations très sérieuses que
Devoize pourrait appuyer, et croit que la marine française n'existe
plus. Il a outragé Sa Majesté dans son représentant. 11 a compté sur son
impuissance de le châtier. En voyant tant d'arrogance et si peu de
moyens, on ne peut se défendre d'un mouvement d'indignation et de
pitié... 6,000 Français qui débarqueraient au sud et au nord, tout près
de La Goulette, s'empareraient facilement de ce poste et iraient atta-
quer le Bey dans un palais presque sans défense. Il ne pourrait
emporter ses trésors, qui lui seraient ravis par les Arabes des mon-
tagnes, et cette leçon très facile à donner au Bey replacerait la France
au rang qu'elle a toujours occupé à Tunis.
Devoize montre ensuite « quel est l'ingrat que le Bey a comblé de
ses bienfaits ». Il n'a jamais reçu le moindre cadeau de lui. Ses bien-
faits étaient des démonstrations publiques mais très stériles de son
estime... Pour donner une idée de la délicatesse du Bey, il cite l'histoire
des commissions qu'il fit exécuter en l'an X, à Saint-Étienne, pour le
Bey, à Lyon, pour sa sœur la princesse Cadoucha, soit au total 11,000 fr.
que le Bey et la princesse ne lui ont jamais remboursés.
Un des bienfaits de ce Prince a été de le retenir prisonnier en
l'an VII, dans son hôtel, avec toute sa famille pendant vingt-deux
mois, tandis que son collègue Moltedo ne subit à Alger qu'une déten-
tion de sept jours. A cette occasion, le Bey lui a volé deux chevaux
et une mule. « Pardonnez-moi, Monseigneur, ces détails. Le vice d'in-
gratitude dont je suis accusé est si hideux que je n'ai pu résister au
1. Alexandre-Maurice Blanc de Lanautte, comte d'Hauterive, professeur d'histoire
à rOratoire, puis attaché d'ambassdde à Constantinople en 1183, secrétaire de
rhospodar de .Moldavie de 1785 à 1791, Consul à New-York en 1793, destitué la
même année, chef de la division du midi au Ministère des Affaires étrangères en 1799,
conseiller d'Ëlat en 1805, Garde des archives des Affaires étrangères en 1807, chargé
de l'intérim du Ministère en 1814 et 1818, pendant les Congrès de ChÀtiilon et
d'Aix-la-Chapelle, décédé en 1830.
-S24 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [ISi*
•devoir de m*en justifier. Le 24 courant, je conduirai ma famille à VoiroD,
où j'attendrai les ordres du Ministre. »
(Affaires étrangères, C*" de Tunis.)
ASTOIN-SIELVE * AU C^« DE JAUCOURT *.
1034. — Tunisy 12 septembre 1814. — Il annonce le départ dr
Billon, élève Vice-Consul, ainsi que du médecin de la nation française,
'M. Frédéric Lombard, de Strasbourg.
(Affaires étrangères, C** de Tunis.)
DBVOIZE AU C^ DE JAl'COL'RT.
1035. — Lazaret de Toulon, 16 septembre I Si4. — Il faut mettre un
frein aux intrigues des négociants de cette Échelle. L'appât d'une
commission les met à la dévotion du Bey et de ses ministres. «lise:
entretiennent l'avidité en provoquant leurs spéculations au détrimeiii
de celles de leurs collègues. On conçoit que nos établissements à Im
ne peuvent soutenir une semblable concurrence, et que le commem
<le cette ville, si avantageux autrefois pour la place de Marseille, est
menacé de passer tout entier dans les mains des Tunisiens.
La correspondance des négociants français avec les laioistres dj
Bey présente le grave inconvénient d'instruire ce Prince, soit en poli
tique, soit en commerce, de ce que souvent nous serions iotéressési
leur laisser ignorer. C'est la révolution qui a amené ce désordre dans
la police de TÊchelle. Une sage et ancienne ordonnance interdi>ai'
toute communication d'un Français avec le Bardo, sans en avoir m
permission expresse du Consul, et la résidence des négociants sur
rÉchelle était fixée à dix ans... »
Devoize conseille d'ordonner à la maison Fuzier de cesser toole
relation avec Tunis et de rembouser les 65,000 piastres de frais occa-
sionnés à l'occasion des 6,000 fusils achetés par le Prince, ce qui pousst
<:e dernier à retenir 125,000 piastres dues par lui à la maison Âguilloo.
armateur de Toulon, et 48,000 piastres dues au sieur Pontus, au total
173,000 piastres. (Affaires étrangères, C>«' de Tunis.)
ASTOIN-SIELVE AU C^ DE JAUCOURT.
1036. — 7 unis, 16 septembre 1 S 14, — « Je me hâte d'annoncer à
Votre Excellence que le Bey Hamouda-Pacha est mort hier au soir, à
1. Billon avait obtenu de Devoize, le 21 août 1814, rautorisation de prendre ud
-conpé et de remettre son service au chancelier-interprète Asloin-Sielve, dont on a
parié plus haut.
2. Arnal-François comte de Jaucourt, colonel de dragons à l'époque delaReT""-
lution, député à rAssemblée législative, émigré en Angleterre et en Suisse, membrt
<iu Tribunal, pair de France sous la Restauration et Minisire des Affaires étran-
gères du 11 septembre 1814 au 20 mars l8lo. 11 fut ensuite Ministre de la manne
et lieutenant général du roi.
[1814] AVEC LA COUR DE FRANCE 525-
sept heures, d'une attaque d'apoplexie foudroyante. Les Princes de la
famille se sont réunis et ont choisi pour son successeur son frère
puiné Sidi Othman. Aucun trouble ne s'est produit, grâce aux mesures^
de police qui ont été prises ^ {Affaires étrangères, C'*» de Tunis.)
ASTOIN-SIELVE AU C'« DE JADCOURT.
1037. — Tunis, 21 septembre i 814, — Il donne des détails sur les-
événements qui se sont passés à la mort du Bey. «Le 15, k sept heures
du soir, une attaque d'apoplexie a terminé ses jours dans quelques
minutes, malgré tous les secours de Tart, et en présence des Grand»
du royaume rassemblés chez lui à son coucher pour célébrer le lende-
main la fête du premier Beïram. Le trône fut offert, à l'instant même
du décès, à Sidi Mahmoud et ensuite à Sidi Ismaïl, Beys, cousins du
défunt et prétendants, qui le refusèrent et sollicitèrent Sidi Othman^
frère d'Hamouda-Pacha, de Taccepter... Celui-ci prit possession du-
trône, en s'asseyant sur le même fauteuil d'où le défunt venait d'être^
enlevé... Cet événement ne fut connu dans la ville de Tunis et dans le
Bardo même qu'après que l'on eut pris les mesures les plus sages...
Le lendemain le corps d'Hamouda-Pacha fut transporté en grande
pompe à Tunis et déposé auprès de son père Ali-Bey; les canons-
annoncèrent Tavènement du nouveau Prince, et tous les Consuls arbo-
rèrent leurs pavillons.
Le surlendemain, le canon annonça la cérémonie du baisemain^
Sielve, accompagné de tous les Français, eut le pas sur tous les Consuls
des autres Puissances européennes, en conformité des traités.
Le Prince défunt Hamouda possédait de grandes connaissances rela-
tives à son royaume et à ses sujets, un coup d'œil pénétrant, des idées-
justes, un caractère ferme... Sidi Othman est moins sévère peut-être
dans ses principes; il a déjà proposé de faire la paix avec les Algériens.
Son fils aîné, Sidi Salah, âgé de trente-deux ans, relégué depuis sa nais-
sance dans son palais, annonce un successeur digne de son père et de-
son oncle. Le Bey actuel a deux autres fils, Sidi Ali, âgé de vingt-cinq
ans, et Sidi Hossein, âgé de huit ans. Les tribus arabes et les régiments^
turcs ont prêté serment. Othman-Bey et son fils ont été jusqu'ici favo-
rables aux chrétiens. Rien n'est encore changé dans l'administration... »-
(Affaires étrangères, C" de Tunis.)
i. Hamouda-Pacha avait régné pendant 3â ans. On verra plus loin qu'il mourut,
non d'une attaque d'apoplexie, mais d'un breuvage empoisonné que lui fit prendre*
Mariano Stinca, son secrétaire des commandements. Voy. sur le caractère de ce
Prince et sur son entourage Nouceau xwyage à Tunis, par Thomas Maggill, traduit.
de l'anglais par Ragueneau de la Chaisnaye, p. 13 et suiv. (Paris, 1815). — Voy..
aussi, sur la transmission du pouvoir à Sidi Othman son frère, les Annales tuni-
siennes, p. 280.
^26 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [181 i;
DEVOIZE A TALl.EYRAND.
1038. — Lazaret de Toulon^ 2 i septembre I S 14. — Il lui annonce k
mort du Bey Hamouda. « Son successeur Sidi Olhman, âgé de cinquanU-
deux à cinquante-quatre ans, est un Prince sans talent pour régner,
ayant toujours vécu dans une sorte d'obscurité, tenu éloigné des
affaires, couvert de dettes, et empruntant sur gages.
Si le Prince s'abandonne au Sahib-Tapa, il lui inspirera les mmt^
maximes que celles de son maître, et fînira peut-être par cabalerpou:
le détrônera II est fâcheux que le Bey soit mort sans avoir reçu laleroi
qu'il méritait et qui seule pourrait, même sous le nouveau règoe.
rétablir nos relations dans ce royaume sur un pied respectable, si le
Sahib-Tapa y conserve son influence. Le moment est bien favorable
pour opérer, avec une simple apparition de forces un peu imposantes
une diversion qui permettrait aux partisans de la France, en bon nombre
parmi les Grands, de se montrer... » Il attendra les ordres du Minislreâ
Marseille. {Affaires étrangères, C**» de Tunis.)
LE C^ DE JAIXOURT A DEVOIZE.
1039. — PariSf 7 octobre i SI4, — Il a engagé le Minisire delà
marine â faire paraître sur les côtes de Tunis Tescadre du Roi deslioce
à former une station dans la Méditerranée. Il invite de nouveau
Devoize à venir à Paris sans délai, pour s^entretenir avec lui des
affaires de la Régence. (Affaires étrangères, C**' de Tunis.)
ASTOIN-SIELVE AC C**^ DE JAUCOLRT.
1040.— Tunis, 4 7 octobre 4 S J4. — iOe bateaux ont fait lapêcbe
du corail, qui rendra 4,500,000 fr. au royaume de Naples. C'est un agent
du Consul de Naples â Tabarque qui fait les expéditions.
{Affaires étrangè9*es, C*** de Tunis.)
LE C"' DE JAUCOIRT A ASTOIN-SIELVE.
1041. — Paris, 28 octobre 1814. — a. Votre lettre du 16 septembre,
par laquelle vous annoncez la mort inopinée du Bey Hamouda-Pacha,^
été mise sous les yeux du Roi. Quoiqu*Hamouda-Pacha ait récemmeot
refusé de recevoir la personne qui lui était envoyée en qualité de Chargé
d'affaires et Consul général du Roi, et qu'il ait ainsi manqué au respect
et à Tamitié que ses prédécesseurs et lui-même avaient toujours témoi-
gnés envers la Couronne de France, cependant Sa Majesté a donné des
regrets à la mort de ce Prince, persuadée qu'il ne s'était laissé aller à
une démarche aussi inconsidérée que par des suggestions étrangères, el
qu'il se serait montré disposé à réparer bientôt Toffensc qu'emporte
avec lui un semblable procédé.
1. Voy. la lettre tiu 30 janvier 1815, p. 533.
[1814] AVEC LA COUR DE FRANCE 527
Le Priace a sacrifié à la satisfaction d'une vengeance personnelle le
respect et les égards qu'il devait à Sa Majesté... Ses griefs reposent sur
des imputations vagues. Devoize a eu une conduite honorable pendant
trente-six ans, dont dix-neuf à Tunis; on est donc amené à poser le
dilemme :
Où ce Prince aurait eu Tintention formelle d'offenser le Roi dans la
personne de son agent, ou bien, trompé par d*obscures intrigues, il se
serait laissé aller à une résolution dont il a méconnu les véritables con-
séquences... )> Le Ministre ne croit pas possible de s'arrêter à la pre-
mière supposition, et considère la seconde comme fondée, en désignant
en termes voilés Nyssen comme l'auteur de l'intrigue.
a La sagesse du Roi lui a fait connaître que la modération ajoute à
la puissance, et Sa Majesté ne s'éloignera pas à l'égard de l'Etat de Tunis
de cette maxime, dont la vérité lui est constatée tous les jours par l'ex-
périence. Ainsi, la mort d'Hamouda-Pacha pourra éteindre le souvenir
de ce qui s'est passé, mais j'aime à croire toutefois que le Bey actuel,
Sidi Othman, s'empressera de témoigner le regret qu'a dû lui faire
éprouver la résolution funeste prise par son prédécesseur contre
l'Envoyé du Roi, qu'il fera connaître ses vrais sentiments et le désir
qu'il a sans doute de voir se rétablir les anciennes relations d'amitié
qui ont toujours subsisté entre la France et l'État qu'il est appelé à
gouverner. Il ne peut bien manifester ces louables intentions qu'en
demandant lui-même le retour de M. Devoize à Tunis. Vous êtes auto-
risé, Monsieur, à faire au gouvernement de Tunis une communication
conforme à la présente dépêche. Vous demanderez une prompte déter-
mination, et j'attendrai votre réponse pour prendre les ordres définitifs
de Sa Majesté. Si le nouveau Bey avait fait ou se disposait à faire
quelques ouvertures qui eussent pour objet de provoquer le retour de
M. Devoize à Tunis, vous vous abstiendriez de toute démarche et vous
vous borneriez à me rendre compte de Tétat des choses. »
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
DEVOIZE AU C^'' DE JAUCOURT.
1042. — PariSy II novembre 1814. — « Il existe à Marseille un
M. Charles Nyssen, portant titre de Yicc-Gonsul de Hollande à Alger. Il
est frère de M. Antoine Nyssen, Consul de Hollande à Tunis. Ce dernier
est bien connu pour être l'ennemi le plus éhonté du nom français, et
l'instigateur principal, par ses intrigues, du refus du Bey de me recevoir.
M. Charles Nyssen habite Marseille depuis environ dix ans; il n'y
occupe aucun poste, il n'y fait aucun commerce; il n'a pas de fortune.
Il parait n'avoir d'autre état que celui d'entretenir une correspondance
528 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i8H
régulière d'espionnage avec son frère, qui s*empresse (surtout lors-
qu'elles ne sont pas favorables à la France) de les répandre dans une
cour à laquelle il est bassement dévoué...
Le séjour d'un étranger pendant dix ans dans un port de mer, sans
motif apparent d'intérêt ni de santé, est bien fait pour attirer lalten-
tiou et la vigilance de la police de Marseille. M. Charles N3'sseQ, à «e
que m'a mandé M. Famin, agent du Ministère', s'est fort égayé de
l'insulte faite par le Bey de Tunis au pavillon de Sa Majesté, CDlui
refusant le salut... »> [Affaires élrangèrrs, C" de Tunu.)
0THMA7I, BEY DE TIMS, A LOUIS XVUI '.
1043. — Tunis, décembre I S 11. — « Parla faveur du Très-Haut,
Celle lettre affectueuse est adressée par nous à l'Empereur de Fram e,
la gloire des Princes qui professent la religion du Messie, l'honneur des
souverains des peuples chrétiens, notre très estimé, très honoré, très
magnifique, très sincère, très fidèle et très grand ami.
L'objet de celte lettre amicale est de lui annoncer que, dans res
temps fortunés, la volonté toute- puissante de Dieu ayant fixé le terme
de la vie de noire frère Hamouda-Pacha, Son Altesse a cédé aux ordres
de la destinée, et a passé dans le royaume éternel. En conséquence, les
membres du Divan et les chefs de la glorieuse milice de Tunis la bien
défendue, unis par le même sentiment, nous ayant appelé à hériter da
gouvernement de celle Régence victorieuse, nous avons pris, dans les
formes d'usage, possession de celle dignité héréditaire et méritée, le
vendredi 1*' du mois de Choual de cette année 1229. En vous faisaol
connaître notre heureux avènement, très honoré et très grand ami.
nous devons vous donner l'assurance que nous maintiendrons et respec-
terons avec soin la paix et la bonne intelligence qui subsistent depuis
longtemps entre vous et la glorieuse Régence; et c'est pour donner une
force nouvelle à nos liaisons et à notre amitié que nous vous avoos
écrit et fait transmettre celle lettre affectueuse. L'état présent des
choses vous étant connu par celte lettre amicale, nous espérons et
désirons ardemment que vous ne nous priviez point de votre amiliéel
que vous ne nous éloigniez pas de voire cœur. »
{Sceau) {A /faire t étrangères, C'*' de Tunis.)
1. Voy. la note 1, p. 266.
2. Colto letlre avait d'abord été remise an Vire-Consul de France le 24 septem-
bre 18U, et avait été refuséi\ — Voy. la lettre d'Astoin-Sieive à .Mariano Slina.
25 soploiiibrc 1814 : - ... J'ai bien rev" la lettre que vous m'avez Tait adresser pour
S. M. J'ai été bien surpris de voir qu'on ne donne à mon souverain que le titre dt
Kral au lieu de Padischaii (|u'on a toujours donné aux rois de France, tant àCon^•
tantinople qu'ici et À Alger. Cvt chanf^'ement me faisant craindre que cette lettre
ne soit pas reçue par ma Cour, je crois devoir vous la renvoyer... •
[1814] AVEC LA COUR DE FRANCE 529
1044. — Païis^ 20 décembre 1814, — Provisions de Consul général
à Tunis en faveur de Jacques Devoize (4° fois).
(Affaires étrangères^ C'* de Tunis.)
ASTOIN-SIELVE AU C^* DE JAUCOURT.
1045. — Tunis ^ 23 décembre 1814. — « Dans la nuit du 20 au 21 de
ce mois, Sidi Mahmoud, cousin du Bey Sidi Othman, aidé de son frère
Sidi Ismaïl et de ses deux fils Sidi Hossein et Sidi Mustapha, avec une
centaine de conjurés, prit les armes et marcha droit aux appartements
du Bey. Ce Prince se trouvait incommodé, depuis quelques jours, d'une
forte tumeur qui lui était sortie au col. A peine avait-on terminé de le
panser que Sidi Mahmoud entra, et lui lâcha un coup de pistolet qui le
renversa. Il ordonna ensuite qu^on lui coupât la tête. Pendant que Sidi
Mahmoud avec une partie des conjurés était à opérer dans les apparte-
ments du Bey, son fils aîné, Sidi Hossein, cherchait â s'introduire dans
ceux de ses cousins Sidi Salah et Sidi Ali. Ceux-ci n'eurent que la fuite
pour échapper h la mort qui les attendait. Us forcèrent, le pistolet â la
gorge, pour effectuer leur projet, un renégat maltais, qui se trouvait
apparemment de garde près de leurs appartements, de les aider à
s'évader par le moyen d'une corde qu'on lui fit attacher en dehors de
la fenêtre. Ce malheureux reçut mille coups de bâton pour avoir fait
échapper ces deux Princes. Ils vinrent de suite se présenter aux portes
de la ville où on leur refusa l'entrée; ils promirent beaucoup d'argent
aux Turcs qui s'y trouvaient de garde, mais ceux-ci n'épousèrent point
leur querelle, parce qu'ils voyaient bien qu'ils leur promettaient ce
qu'ils n'étaient plus dans le cas de leur donner. D'ailleurs les Turcs
n'étaient nullement portés pour cette famille ^
Us vinrent alors à la Marine et s'embarquèrent dans un sandal pour
se rendre à La Goulette, dans l'espoir de se sauver à bord de quelque
bâtiment. Ils y arrivèrent au point du jour et le gouverneur, qui avait
été prévenu par un exprès de ce qui s'était passé, les fit entrer dans sa
maison; mais peu de temps après, plus de 150 cavaliers arabes vinrent
pour les prendre. Us leur lièrent les mains derrière le dos et les condui-
sirent par terre au Bardo, lorsque Sidi Hossein, qui se rendait à La Gou-
lette pour les faire supplicier^ les rencontra à moitié chemin et leur fit
trancher la tête et la première forteresse. Ainsi ces deux malheureux
Princes n'ont retardé que de quelques heures la mort qu'il leur était
presque impossible d'éviter ^ Sidi Mahmoud, aussitôt après l'assas-
1. Voy. sur celle révolulion de palais Annales tunisiennes, p. 291.
2. Avec eux s'éleignit la branche cadellc des Hossein-ben^Ali, el le gouvernement
de la Régence tunisienne revint à la branche a|née, qui en avait élé dépouillée
depuis le règne d'AIi-Bey.
34
530 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [181i]
sinat de son cousin, se plaça sur le trône et fit appeler le sieur Mariano
Stinca, et, après lui avoir fait de violents reproches sur la manièrf
dont il s*était comporté envers les Princes de la famille et même envers
les chrétiens, et lui avoir fait avouer qu*un médecin renié, Véuilien '. d
lui avaient empoisonné Sidi Hamouda-Bey, il lui fit couper )a tète, b
médecin renié fut aussitôt assassiné. Ces deux êtres ont reçu le jusU
prix qu'ils méritaient pour les méfaits qu'ils avaient commis. Sidi Oth-
man n*a point eu de parti en sa faveur; le généralissime des armées
tunisiennes et trois reniés seulement se battirent contre les coDspira-
teurs... Le nouveau Bey leur pardonna. On avait pris des mesures pour
maintenir l'ordre dans la ville, et les Turcs avaient reçu 6 sequini
d'augmentation pour qu'ils restassent tranquilles...
Cet événement s'est passé avec la plus grande tranquillité pour là
ville et pour le pays, n'y ayant eu personne qui ait voulu se déclarer
en faveur de Sidi Othman et de ses enfants. 11 a mis fin à la branche
cadette issue d'Ali-Bey, qui avait usurpé Tautorité sur celle de Mohain
med-Bey qui était Talné.Toutle monde en général, soit Turcs, GolouL'ih
ou fils de Turcs, Maures, Arabes, etc.^a été content de ce changement,
ayant toujours vu avec chagrin le trône occupé par des Princes qu'on
traitait d'usurpateurs *.
Ce changement de règne ne peut que nous être favorable, le nouveau
Prince et son frère ayant été constamment les amis et les partisans ic
la France, et ayant donné dans toutes les occasions des marques d'inté-
rêt et de bienveillance aux négociants et autres Français. Ils ont toujours
honoré de leur estime et de leur amitié M. Devoize. Sidi Ismaîleua
donné un témoignagne public le :21, dans l'audience que j'ai eue de lui
après le baisemain du Bey et des deux Princes ses fils, & laquelle jai
été introduit à la tele du corps de la nation et précédant tous les Con-
suls. Après lui avoir fait mon compliment et lui avoir présenté tous le>
Français qui m'accompagnaient, il me demanda à haute voix, de maniènr
à être entendu de tous les assistants, des nouvelles de son grand ami.
M. Devoize, ajouta qu'il savait qu'il devait revenir, et tînit par me dirt*
de lui écrire de hâter son retour; et entendant Sidi Youssuf-Khodja, ci-
devant Sahib-Tapa et actuellement Khaznadar, répéter le nom de
M. Devoize d'un ton d'exclamation et de surprise, il se retourna du
côté de ce ministre qui se tenait debout derrière lui, et répéta par deux
fois : — Oui, M. Devoize; qu'il revienne bientôt! — D'après une pareille
1. Mondrici, dont on a parlé plus haut.
2. Voy. au sujet de la dynastio tunisienne arluellenicnt régnante l'introduclion
du tome IJ, p. v.
[1815; AVEC LA COUR DE FRANCE 531
déclaration solennelle et publique, je pense qu'il convient que M. Devoize
ne tarde pas à reparaître ici */.. »
(Affaires étrangères, C" de Tunis,)
ASTOIN-SIELVE AU €*• DE JAUCOURT.
1046. — Jurns^ 24 décembre ISI4. — Il annonce l'arrivée de
M. Agrel, Envoyé de Suède, et de M. Noah, Consul américain. Âgrel va
négocier pour qu'à l'avenir la Suède puisse payer en argent la rétribu-
tion en munitions de guerre dont elle est débitrice envers cette
Régence '. {Affaires étrangères, C" de Tunis.)
MAHMOUD, BEY DE TUNIS ', A LOUIS XVIH.
1047. — Tunis, 6 janvier 18/5. — « A la gloire des souverains de
la nation du Messie, à la colonne des Grands de la religion de Jésus, le
Padischah actuel du royaume de France, notre très estimé, très bonoré,
très magniflque, très cher et grand ami.
Après vous avoir offert nos salutations qui ont pour but votre bien-
être, et nos vœux pour votre sanlé, nous vous annonçons amicalement
que l'illustre BeyHamouda- Pacha, possesseur de la Régence victorieuse,
ayant, la nuit du dernier Beïram, vu arriver le terme prédestiné de ses
jours, et ayant accepté Tinvitation de passer dans Tautre monde, en ma
qualité de neveu du défunt, et comme le plus grand et le plus digne de
tous les seigneurs, je devais, suivant Tordre de succession, prendre pos-
session de la Régence victorieuse; mais avec mon consentement et
avec celui de tous les seigneurs, et par Taccord unanime des sénateurs
du Divan et des membres de la Régence et de la milice, Othman-Bey,
frère du défunt, me fut préféré et généralement reconnu comme Bey.
Mais n'ayant pas rendu grâces h Dieu pour un bienfait aussi inattendu,
et ayant prêté l'oreille aux instigations pernicieuses de Satan, il forma
le dessein de faire périr moi, mon frère et mes enfants, et il fut connu
qu'il voulait nous assaillir dans la nuit du 8 du présent mois de
Moharrem. De mon côté, plaçant toute ma confiance dans le secours du
maître absolu de l'univers, prévenant avec un cœur droit et pur les mau-
vais desseins du susdit, et assisté par le Tout-Puissant, Othman-Bey passa
avec ses enfants, une heure et demie après minuit, dans le séjour de
l'éternité. Mon action ayant été approuvée par tous les Grands et les
six membres de la Régence, le Divan fut assemblé, suivant Tusage de la
Régence victorieuse, et avec le consentement unanime je montai sur le
i. Voy. la note 1, p. 521.
2. Ces présents consistaient d'ordinaire on 44 canons, 4,000 boulets, planches,
voiles, corda{;es, poudre, etc., évalués 75,000 piastres d'Espagne. M. Âgrel dut
revenir en Suède sans avoir pu rien obtenir du Bey.
3. Voy. p. 525.
532 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS ;i8lo;
siège du gouvernement, et tous les membres de la Régence me recon-
nurent.
Dans cet état de choses, je viens d'apprendre qu'afîn de nous faire
connaître que Tamitié qui existe entre Votre Majesté et notre Régence
prendra de nouveaux accroissements et que les pactes qui subsistent
entre votre Cour et la Régence victorieuse seront observés, l'ancien
Consul, le loyal Devoize, notre ami, avait été, dans le temps du défunt
Hamouda-Pacha, envoyé à Tunis pour y résider comme précédemment,
en qualité de Consul, mais que, n'ayant pas été reçu par le défunt, il
avait été obligé de retourner sur ses pas. Comme le sus-mentionné est
un ancien Consul, qu'il connaît mon caractère et que je connais le sien,
si votre intention est de le renvoyer auprès de moi, je vous annonce
que vous pouvez me l'envoyer, et qu'ayant, depuis plusieurs années,
résolu d'envoyer des présents à la Sublime Porte d'éternelle durée, il
avait été demandé à l'Espagne et à l'Angleterre une frégate et un bâti-
ment de transport, mais que cette demande avait été refusée sous
divers prétextes. Or, comme la France est notre ancienne et grande
amie, j'adresse à vous, qui êtes notre grand ami, la demande de n'en-
voyer, pour transporter à Constantinople les présents du gouvernement,
une frégate et un bâtiment de transport. Je me flatte de l'espoir que
vous voudrez bien faire accompagner par une polacre la frégate qui
conduira notre ami Devoize, le Consul, à Tunis, et que vous m'enverrez
ces deux bâtiments. Et c'est pour vous faire connaître cette demande et
pour vous renouveler mon amitié que la présente lettre vous a été
écrite et expédiée. Lorsque, avec la grâce divine, vous aurez pris con-
naissance de sa teneur, j'espère que vous aurez égard à ma demande.
et que vous n'exclurez jamais votre sincère ami de votre bienveillant
souvenir. »
(Sceau) {Affaires étrangères^ C* de Tunis,)
ASTOIN-SIELVE AU C^ DE JAUCOURT.
1048. — Tunis, 8 janvier f S fô. — Il envoie l'état des dépôts en
chancellerie jusqu'au {"janvier dernier, et le procès-verbal de l'assem-
blée qui a élu comme député Jacques-Henry Chapelié *.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
1. Il s'agit de dépôts d'argent provenant de successions, prises, etc., et cet état
contient des renseignements assez curieux sur les Français de Tunis. 11 est dressé
par un sieur Gay, chancelier substitué. — Voy. en outre les 60 cartons intitulés:
Actes (contrats, polices, droits de douane, procès -verbaux, manîTestes, assu-
rances, etc.) 1678-1818, — les 40 registres des Actes notariés dressés par les Consuls
de France à Tunis, 1681-1850, — et les Registres des passeports, brevets^ dépoli., etc.
(Archives de la Résidence française à Tunis).
[1815j AVEC LA COUR DE FRANCE 533
ASTOhN-SlELVE AU C^® DE JAUCOURT.
1049. — Tunis^ I S janvier 1815, — Les douanes de Tunis ont été
afîermées à Soliman Belache pour 237,000 piastres. Un Envoyé suédois
a eu de la peine à faire admettre ses présents, que le Bey ne trouvait pas
assez considérables *. {Affaires étrangères, a*' de Tunit.)
LOUIS XYIU A MAHMOUD, BEY DE TUNIS.
1050. — Pa7*is, 20 janvier 1815. — « Illustre et magnifique Seigneur,
Nous nous sommes fait lire votre lettre amicale qui a pour objet de
nous annoncer votre avènement au Gouvernement du royaume de
Tunis, auquel vous avez été appelé par le vœu du Divan et les chefs de
la milice, et par le droit que vous aviez de succéder à Sidi Hamouda,
Pacha-Bey, votre frère.
Nous nous réjouissons de cet événement, que nous apprenons avec
le plus vif intérêt et une satisfaction d'autant plus grande que vous
manifestez des dispositions propres à raffermir la bonne harmonie qui
a été ébranlée un instant. Nous espérons que la cordiale, sincère et
parfaite amitié qui va régner entre nous ne sera obscurcie par aucun
nuage, que cette paix, si nécessaire à la tranquillité des peuples et à la
prospérité de leur commerce, ne sera pas troublée. Nous formons les
vœux les plus ardents pour le bonheur et la durée de votre règne et le
succès de toutes vos entreprises.
Sur ce, nous prions Dieu, illustre et magnifique Seigneur, qu'il vous
ait en sa sainte et digne garde. »
(Affaires étrangères, C" de Tunis.)
ASTOIN-SIELVE AU c'* DE JAUCOURT.
1051. — TuniSy 30 janvier 1815. — « A l'avènement au trône de Sidi
Mahmoud-Bey, Sidi Youssuf-Khodja, Sahib-Tapa et premier ministre,
reprit les anciennes faveurs dont il jouissait du temps d*Hamouda-Pacha,
et qu*il avait perdues sous Sidi Othman ; mais son ambition démesurée
vient de le perdre en causant son supplice '.
Ce ministre tramait depuis quelque temps une conspiration contre
les Princes régnants... Tout était disposé pour le lendemain, 23 du cou-
rant, lorsque le Dolely et le grand Écrivain maure écrivirent au Bey ce
qui se passait en ville; le premier envoya la lettre que le premier
ministre lui avait adressée pour l'engager à se mettre de son parti...
Le Bey fît appeler Youssuf... A peine devant ce Prince, il tira son yata-
gan avec lequel il blessa trois hommes qui étaient près de lui pour
l'exécuter en présence du souverain... On lui coupa la tête sur-le-
i. Voy. la note 2, p. 531.
2. Voy. pour les détails de cette conspiration et la mort du Sahib-Tapa les
Annales tunisiennes, p. 299.
534 CORRESPONDANCE DES BEYS RT DES CONSULS .I8I0
champ... Le peuple poussa des cris de joie en voyant son cadavre
étendu ; il força les Juifs de l'attacher par les pieds et de le traîner
par les rues de Tunis... Le lendemain 23, le Bev fit arrêter et mettre
en prison une trentaine de personnes qui avaient trempé dans cette
conspiration... Quelques-unes ont été exilées, renvoyées en Levant ou
étranglées. » (Affaires étrangères, C* de Tunù.)
LE C^ DE JAUCOURT A DEVOIZB.
1052. — Pans, 13 février 1 8I0, — « Sidi Mahmoud a témoigne
qu'il vous verrait avec plaisir résider auprès de lui, et Sa Majesté a
pensé que votre départ ne devait pas être retardé... Vous trouverez
chez le Préfet maritime de Toulon les nouvelles expéditions et instru
tions qui vous concernent... » (Afl'aires étrangères, C'** de Tunis.)
LE C** DE JAUCOURT A DEVOIZE.
1053. — Paris, 13 février 1815. — « ... Les dispositions amicale
du Bey doivent donner l'assurance que vous serez bien reçu à Tuni?
S'il arrivait cependant, par des circonstances impossibles à préwir
qu'il fût mis obstacle à votre débarquement, je vous autorise, Mud-
sieur, à appeler auprès de vous les Français établis sur l'ËchelIe e!
à leur ordonner de se rendre immédiatement en France.
... Si le pouvoir de Sidi Mahmoud ne vous paraissait pas asse:
affermi, je vous engage à différer de lui remettre vos présents et de vou^
accréditer auprès de lui; et vous vous ménagerez, sous des préttxl-
quelconques, le temps de recevoir de nouvelles instructions... »
Quant à la frégate et au transport, une semblable demande ne p^n
être accordée, parce que, indépendamment des dépenses qu'elle occa
sionnerait, elle pourrait donner lieu à des plaintes de la part du go-i
vernement algérien... Devoize dira au Bey que Sa Majesté a besoin
toutes ses forces maritimes pour le recouvrement de ses colonies, et 1
lui présentera toutes autres raisons « qui paraîtront devoir faire elî i
sur l'esprit de Sidi Mahmoud et lui rendre moins pénible notre refu'
forcé ». Billon ayant été soupçonné d'avoir pris part aux intrigues (}i
empêchèrent la réception de Devoize à Tunis, le Ministre prescrit à<^
dernier une enquête à ce sujet. (Afl'aires étrangères, C'»* de Tunis.)
i'
DEVOIZE AU C^"" DE JAUCOURT.
1054. — Marseille, 4 mars f 8/5. — Il attend les instructions de a
Cour que le Préfet maritime de Toulon devait lui envoyer...
Il attribue ce retard u au mouvement qu'a causé à Toulon la nouvelle
du débarquement à Fréjus de Bonaparte. Tous les bâtiments prêts h
appareiller ont été envoyés à la poursuite d'une frégate et d'une floltiil-
[ISloj AVEC LA COUR DE FRANCE 535
napolitaiae qui l'ont transporté. Il est vraisemblable que la frégate La
Néréide^ qui devait être en état de mettre sous voile demain pour me
transporter à Tunis, aura été employée dans cette expédition... »
{Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
DEVOIZB AU C^* DE JAUCOURT.
1055. — Marseille^ 5 mars i 8/5. — ... « Tout présage que Sidi
Mahmoud se soutiendra sur un trône dont il était le légitime héritier
et où l'appelait depuis longtemps le vœu de la nation. Il a toutes les
vertus d*Ali-Bey, son oncle, si chéri des Tunisiens par la douceur de
son gouvernement, et il ne reste plus aucun membre de la branche
usurpatrice ^ Le ministre qui vient de périr * était le seul qui pût conce-
voir le projet audacieux de s'emparer de la couronne, parce que les
trésors accumulés par ses extorsions lui offraient tous les moyens de
corruption, gages certains de tous les genres de succès en Barbarie;
mais il avait l'esprit trop borné pour savoir les employer avec la cir-
conspection nécessaire à la réussite d'un vaste complot; aussi a-t-il été
découvert par une lettre qu'il a eu l'imprudence d'écrire à un Agha turc,
qui Ta remise au Bey. 11 est à croire que le danger que ce souverain a
couru deux fois de perdre le trône et la vie lui fera prendre toutes les
mesures de précaution propres à lui conserver l'un et l'autre. J'aurai
bientôt reconnu tout ce qu'il y aura à craindre ou espérer. »
Les circonstances actuelles offriront à Devoize un prétexte pour
expliquer le refus de la frégate, mais il ne saurait voir le moindre
inconvénient du côté d'Alger, quant à la faveur sollicitée par Sidi
Mahmoud, et il cite des exemples à l'appui de ce qu'il avance. Il pense
qu'il ne peut pas se dispenser de remettre au Bey la lettre du Roi qui
annonçait son avènement à Hamouda-Bey '.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
DEVOIZE AU DUC DE VICEN'CE *.
1056. — Toulon^ 14 avril i 8 15, — « ... Il est d'un intérêt pressant
pour le commerce et la navigation des Français dans la Méditerranée
que les Princes de Barbarie soient officiellement instruits, et le plus
tôt possible, des derniers événements et du changement de pavillon qui en
est la suite. Dans cette saison, la mer est couverte de corsaires. Ils arrê-
teront les navires venant d'Amérique et du Levant avec pavillon blanc,
sous le prétexte que le pavillon tricolore flotte en France; ils arrêteront
4. Voy. p. 329.
2. Le Sahib-Tapa Youssuf.
3. Voy. la lettre du 20 mai 1814, p. 518.
4. Voy. la note 3, p. 513. — II faut se rappeler ici que le gouvernement des
Cent-Jours comprend les dates du 20 mars au 22 juin 1815.
536 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS jl81o
le pavillon tricolore, sous prétexte que sa substitution au blanc naura
pas été signifiée à leurs souverains, ce qui donnera lieu à dmlermi-
nables discussions. Pour les prévenir, il n*y a pas un instant a perdre
pour faire arborer sur les hôtels consulaires, dans les Ëtats barba-
resqucs, le pavillon aux trois couleurs avec toute la pompe d'usage...»
Il attendra les ordres de Son Excellence à Marseille.
(Affaires étrangères, C**' de Tuni»,)
DEVOIZE A NAPOLÉON*.
1057. — Toulon^ 25 avril J 8 1 5. — «... Une révolution de palais
vient de placer un nouveau Prince sur le trône de Tunis. La guerre
entre ce pays et la Régence d'Alger subsiste toujours. Ces deux circnr-
stances réunies porteront sans doute le Bey à demeurer étranger aux
dissensions de l'Europe et à reconnaître le Gouvernement établi en
France. Le sieur Devoize, ancien titulaire du Consulat général de Tunis
et qui avait été confirmé dans ce poste, se trouve actuellement à TouI'H,
où il s'était rendu pour efTectuer son départ sur une frégate dont !
destination a été changée à la nouvelle de l'arrivée de Voire Majesté.
il suffirnit de régulariser sa nomination, de lui faire parvenir une kiin
de notification pour le Bey et de nouvelles expéditions, avec Tordre de
se rendre à Tunis. Des présents avaient été remis À M. Devoize pour)-*
nouveau Bey, et l'on pense que, pour assurer le succès de sa rais?ioû.
il serait bon de les laisser à sa disposition. C'est un usage pratiqué p^r
toutes les Puissances de l'Europe de faire des présents aux Prioc?
barbaresques à leur avènement. »
{Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
LE DUC DE VICENCB A ASTOIN-SIELVB.
1058. — Paris, 29 avril /^/5. — « M. Dubois-Thainville doit se
rendre à Tunis, et il est autorisé à y faire l'inspection du Consul^:
général que vous gérez aujourd'hui. La mission de M. Dubois-Thainvill^
ne doit apporter aucun changement à vos relations ordinaires avn
mon Ministère; et vous devez seulement lui donner tous les renseigna
ments dont il pourrait avoir besoin.
Je vous invite, Monsieur, à faire connaître au Bey la mission de
M. Dubois-Thainville ; cette notification lui paraîtra sans doule uo>r
nouvelle preuve de la bienveillance de S. M. ï. et de l'intérêt quelle
prend à maintenir et à consolider les rapports de bonne intelligence
qui existent entre TEmpire de France et l'État de Tunis. »
{Affaires étrangères^ C**» de Tunis,)
\. Napoléon avnit débarqué au golfe Jouan le 1" mars, el avait fait son entP'
triomphaux à Paris le 20 du même mois. Louis XVIII avait quitté les Tuileries U
veille el s'èlail réfugié à Gand.
[1815] AVEC LA COUR DE FRANCE 537
NAPOLÉON A MAHMOUD, BEY DE TUNIS.
1069. — Pariss 30 mai I S i 5. — « Illustre et magnifique Seigneur,
Vous aurez sans doute appris mon retour sur les côtes de France, monr
entrée à Paris, et le départ de la famille des Bourbons. Ce grand événe-
ment, inscrit en caractères ineffaçables sur la table de lumière, a été
TefTet d'une irrésistible puissance, secondée par la volonté unanime
d'une grande nation qui connaît ses devoirs et ses droits. La dynastie
que la force avait rendue au peuple français n'était plus faite pour
lui. Les Bourbons n'ont voulu s'associer ni à ses sentiments ni à ses
mœurs. La France a dû se séparer d'eux, et ils ont quitté son territoire^
sans qu'il ait été tiré un seul coup de fusil ni versé une goutte de sang
pour leur défense. La voix de mes peuples m'appelait pour libérateur;
et du point où j'ai touché le rivage, leur amour m'a porté jusqu'au sein
de la capitale. Le premier besoin de mon cœur est de payer tant d'affec-
tion par le maintien d'une honorable tranquillité, et ma plus douce pensée-
est de concourir par tous les moyens qui sont en mon pouvoir à l'affer-
missement du repos de l'Europe. La France se plaît à proclamer avec
franchise ce noble but de tous ses vœux. Jalouse de son indépendancer
le principe invariable de sa politique sera le respect le plus absolu pour
rindépendance des autres nations. Toujours disposé à maintenir la
meilleure intelligence entre nos deux gouvernements, c'est pour vous
donner l'assurance de ces sentiments que je m'empresse de vous'
adresser cette lettre, témoignage sincère de notre affection et haute
bienveillance pour votre personne. Sur ce, nous prions Dieu, illustre et
magnifique Seigneur, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. »
{Affaires étrangères, C"* de Tunis,)
LE DUC DE VICENCE A MAHMOUD, BEY DE TUNIS.
1060. — Pans, 30 mai 1815. — « Très illustre et magnifique Sei-
gneur,
L'Empereur, mon maître, ayant jugé à propos d'envoyer à Tunis-
ie sieur Devoize, en qualité de Consul général et chargé de ses affaires,
je m'empresse de saisir cette occasion pour vous exprimer la satisfac-
tion que j'éprouve à correspondre avec votre personne. Je suis biei>
persuadé que les mêmes sentiments vous animent pour le maintien de-
la plus parfaite intelligence entre l'Empire français et vos États; et le
principal but du Consul général de France sera d'employer tous ses^
soins à écarter ce qui pourrait y porter la plus légère atteinte. Ses
excellentes qualités me font espérerqu'il réussira à justifier la confiance
de Sa Majesté Impériale et à mériter son approbation.
Il me sera bien agréable d'apprendre, très illustre et magniflquQ-
S38 COllRESPONDANCB DES BEYS ET DBS CONSULS ISl-T
Seigneur, qu'il trouvera toujours près de vous la faveur et la proleclion
dont il aura besoin pour exercer ses fonctions, surtout lorsqu'il aara à
vous entretenir des intérêts et du commerce de la nation française dans
vos États. Vous pouvez compter sur des dispositions aussi favorables
de la part de TEmpereur, mon maître, pour tout ce qui pourra concourir
à la prospérité de votre gouvernement.
C'est avec un plaisir bien véritable que je profite de cette circon-
stance pour vous convaincre de la sincérité de mes sentiments et pour
vous donner des témoignages de la considération distinguée avec les-
quels je suis, etc. »
P.-S. « Vous avez sans doute été instruit des malheureux événements
survenus en France depuis le i®' mars dernier et qui ont retardé jusqu'ici
le départ du Consul de Sa Majesté Impériale, auquel il est enjoint de se
rendre sans délai à Tunis. J'ai la satisfaction de vous annoncer quà
l'aide de la divine Providence tout a été terminé à Paris à la satisfac-
tion de la nation française, qu'il ne restera aucune trace des maux qui
l'ont accablée, et que rien ne pourra désormais troubler la bonne bar-
monie que Sa Majesté Impériale veut entretenir entre les deux Etat^. ^
{Affaires étrangères , C*"* de Tunis.)
LE DUC DE VICENCE À DEVOIZE.
1061. — Paris, 4 juin 1815. — Il lui envoie une expédition du décret
impérial qui le nomme de nouveau Consul général et chargé d'affaires
de France à Tunis, où un bâtiment de l'État va le conduire de suite.
L'objet de sa mission sera de faire reconnaître le pavillon impérial
et de s'assurer du maintien des traités.
« La considération personnelle que vous avez acquise pendant votre
longue résidence dans ce pays et les moyens d'influence que vous avez
su vous y ménager ne me laissent point de doute sur le succès de votre
mission... Il sera nécessaire, dans le cas de la guerre maritime, d'obtenir
du gouvernement tunisien que nos armements, ainsi que leurs prises,
trouvent dans les ports de l'État de Tunis tous les avantages dont ooos
jouissions autrefois, et que le prédécesseur du Bey actuel avait limités
par des prétentions auxquelles nous avons quelquefois été obligés de
céder... » Dubois-Thainville *, dans le cas d'une impossibilité absolue
de débarquer immédiatement à Alger, devait se rendre à Tunis et de là
négocier avec Alger, en même temps qu'inspecter le poste consulaire
de Tunis... « Je conçois que cette mission pourrait porter atteinte à la
considération dont vous devez jouir auprès du Bey, et nuire ainsi au
succès des affaires qui vous sont confiées. J'écris donc à M. Dubois-
I. Voy. la note 1, p. 415.
[1815] AVEC LA COUR DE FRANCE 839
ïhainville que, vu votre retour à Tunis, il n'y a point lieu à ce qu'il
y paraisse comme inspecteur, et qu'il ait & se concerter avec vous sur
le meilleur prétexte à donner à son apparition dans ce pays. Dans le
cas où il se serait rendu à Tunis avant vous et s'y serait fait connaître
comme inspecteur, il doit considérer sa mission comme terminée
par le fait de votre arrivée en ce pays. »
(Affaires étrangères^ C*** de Tunis,)
ASTOIN-SIELVE AU DUC DE VlCENCE.
1062. — Tunis, iO juin 1815. — Il annonce l'arrivée de M. Dubois-
Thainville à Tunis. Il a porté à la connaissance du Bey les derniers
événements ' et l'assurance que TEmpereur veut vivre en paix avec la
Barbarie. « Ce Prince a reçu avec plaisir cette communication, et m'a
témoigné toute la part qu'il prend à Tbeureux retour de Sa Majesté
dans ses États et au bonheur de la France, avec laquelle il ne désire
pas moins vivre en paix, et conserver et entretenir les liens d'amitié et
les relations commerciales, qu'il ne verra avec plaisir arriver un Consul
au choix de Sa Majesté Impériale, pour lui porter l'assurance de ses
sentiments... La reconnaissance du pavillon tricolore n'a pas éprouvé
la moindre difficulté et il a été arboré sur la maison consulaire. »
Il a présenté M. Dubois-Thainville au Bey, qui Ta fort bien accueilli '.
(Affaires étrangères, C^^de Tunis.)
DEVOIZE AU DUC DE VIGENCE.
1063. — Toulon, 21 juin J 8/5. — Il a quitté Paris le 8 de ce mois,
pénétré des bontés de Son Excellence, et il a dû passer à Grenoble pour
y prendre sa famille... La frégate La Dryade devait transporter Devoize
de Toulon à Tunis, mais le Préfet maritime a reçu une lettre de
M. Dubois-Thainville annonçant que toutes les affaires étaient arrangées
tant à Alger qu'à Tunis, et ledit Préfet n'a pas osé ni voulu risquer
une frégate pour le voyage de Devoize. Il lui a promis un brick dans
quatre ou cinq jours. En attendant Devoize est toujours à Toulon, et
il se plaint des dépenses que son séjour l'oblige à y faire.
(Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
DEVOIZB A TALLEYRAND '.
1064. — Marseille, 21 juillet i 8 1 ô. — «C'est dans l'ivresse de la joie
que j'ai appris l'entrée du Roi dans sa capitale. Ainsi se trouve rempli le
vœu le plus ardent que j'ai formé pour ma patrie. Le souvenir déchi-
rant de nos maux passés sera bientôt effacé par la consolante perspec-
tive qu'offre pour l'avenir la sagesse d'un gouvernement dans lequel
1. Le retour de Napoléon.
2. On voit plus loin que cet agent fut aussitôt après rappelé à Paris.
3. Voy. la note 2, p. 324, et la note 4, p. 535.
340 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [ISlô]
Votre Allesse, investie de toute la confiance de Sa Majesté, occupe une
dignité que lui décernait depuis longtemps la voix publique.
Le maréchal Brune ' s'étent mis en révolte ouverte contre le gouver-
nement, j'ai cru devoir quitter Toulon le 15 de ce mois pour venir
attendre & Marseille les ordres de Votre Altesse. »
(Affaires étrangères, 0< de Tunis.)
TALI.EYRAND A DEVOIZE.
1065. - Pari,, 2 août /«/5. - « Les circonstances fâcheuses qui
vous ont empêché, au mois de mars dernier, de partir pour votre desti-
nation ne rendent que plus nécessaire votre présence à Tunis II
importe d'effacer promptement les impressions défavorables que cet
événement a pu y produire. Je sais que le sieur Dubois-Thainville, qui
na pu être reçu à Alger comme l'agent de Bonaparte, s'est réfugiée
Tunis, et qu'abusant de la facilité du gouvernement de ce pays, étranger
aux règles et aux principes qui régissent les Puissances civilisées, ih
a fait arborer «n pavillon autre que celui du roi. On doit considérer la
démarche du sieur Dubois-Tbain ville comme un acte irrégulier, faitsans
la participation d'aucune autorité légitime, et l'assentiment donnéparie
Bey à cette entreprise comme lui ayant été surpris par un faux exposé
et ne devant par conséquent produire aucun effet. Vous vous bornerez
donc, Monsieur, après vous être expliqué avec le Bey, à faire reparaître
le pavillon du roi, en vous abstenant des cérémonies et démonstrations
publiques qui accompagnent l'érection d'un nouveau pavillon, celui du
roi n'ayant pas dû cesser d'être arboré à Tunis. Vous aurez en même
temps à faire connaître à M. Dubois-Thainville qu'il doit quitter immé-
diatement cette résidence et se rendre en France...
La connaissance parfaite que vous avez des affaires de votre Échelle
me dispense de vous donner de nouvelles directions... Je vous recom-
mande toutefois de pourvoir à ce que les dissemblances et les irrégula-
rités apparentes qui pourront se trouver dansles passeports de nos bâti-
ments marchands ne puissent servir de prétexte à ce que ces bâtiments
soient arrêtés ou molestés par les armements tunisiens. Il fautfairebien
comprendre au Bey que, dans l'état de trouble où s'est trouvé momenta-
nément le midi de la France, il a dû nécessairement s'introduire des
irrégularités dans les expéditions de nos bâtiments... Tous les bâtiments
français doivent être indistinctement respectés... »
[Affaires étrangères, C" de Tunis.)
1796 '1"'"!"'"?'"''"*';^""^ ^'■""''' ***'"'' '""P"-'™*"'. colonel en 1792, général en
en 1800 Zh,« r ^"o"" "" *?^^' *" '•*"« *' ''" """•"<'« «" "» " Vendée
«ôuvPrn<!.T H m""" t Conslanlinople de 1800 h 180*. maréchal de France en 1805,
gouverneur dos ville» hanséaliqucs en 1807, assassiné à Avignon en 1815
[1815] AVEC LA COUR DE FRANCE S41
DEVOIZE À TALLEYRAND.
1066. — Tunis, 23 août i 815, — Il est parti de Toulon le 43 août
sur la frégate Fleur de Lys et est arrivé à Tunis le 17; il a pu débar-
quer de suite. Le Bey, en attendant son arrivée, avait décidé qu'on
n'arborerait ni le pavillon blanc ni le tricolore. Le pavillon blanc est
réinstallé. « Il n'est sorte de témoignages de satisfaction et d'intérêt que
le Bey ne m'ait donnés, à Toccasion de mon retour à mes fonctions... »
Conformément à Tordre de Son Altesse, Dubois-Thainville vase rendre
en France. Le contre-amiral hollandais Tulleken est en rade avec une
division; il a conclu un traité de paix avec le Bey et remis des présents
pour plus de 500,000 francs. (Affaires étrangères, C"» de Tunis,)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
1067. — Tunis, 30 août i 81 ô. — « Depuis longtemps l'ancien Bey
avait supprimé l'usage d'envoyer des rafraîchissements aux bâtiments
de l'État. Ce souverain a rétabli cet usage et a même augmenté la
quantité de ces rafraîchissements ^ Le 22, je me suis rendu au palais
du Bey, accompagné de M. de Kerveguen ', commandant de La Fleur
de Lys, de son état-major, des aspirants et du corps de la nation.
Nous fûmes bientôt introduits dans la salle d'audience, où des sièges
étaient préparés. Le Bey fît signe de s'asseoir et on servit le café. Mais
chacun s'est levé lorsque j'ai remisa ce Prince la lettre du roi. Je l'ai
félicité sur son avènement à un trône dont il était en naissant le légi-
time héritier, et duquel il avait fait deux fois le généreux abandon à
des Princes ingrats, pour se livrer tout entier à la pratique des vertus
privées. Il m'a répondu dans les termes les plus affectueux, en me
serrant la main pour me témoigner sa joie... »
Sidi Hossein, l'aîné des fils du Bey, étant absent, je me suis rendu à
i'audience de Sidi Mustapha, le second fils, qui m'a reçu avec plus de
gravité. Nous sommes allés ensuite, toujours dans le même ordre, chez
le Prince Ismaïl, frère du Bey. J'avais cultivé son amitfé dans des
temps où, lorsqu'il vivait dans la retraite, je ne pouvais prévoir le rang
où il est monté. 11 s'en est rappelé et m'a accueilli avec la plus gra-
cieuse bienveillance. Au lieu de me donner sa main à baiser, il m'a
sauté au cou pour m'embrasser. J'ai reçu la visite de tous les Consuls et
leurs compliments sur mon retour, même du Consul des Pays-Bas... *i
1. Voy. la note des rafraichissemenls que le Bey a envoyés à bord de la frégate
de Sa Majesté La Fleur de lys le 20 août 1815 : 100 pains, 8 moutons, 4 bœufs,
150 livres de riz, 4 jarres de beurre, 4 mesures d'huile, 50 poules, 40 pigeons,
200 œufs, 200 citrons, 2 charges de verdure, 2 charges de pastèques, 2 charges de
melons, 2 rotes de café, 26 rotes de sucre, 50 bougies, 6 charges de bois à brûler,
6 charges de charbon. (Affaires étrangères, C'* de Tunis.)
2. 11 venait de remplir une mission à Corfou.
SW CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULs [i8i5]
Il a célébré la Saint-Louis, à roccasion de lacfuclle il y a eu cérémonie
religieuse, banquet de cinquante couverts, thé et feu d^arlifice.
[Affaires étrangères, C**' de Tunis.)
MAHMOUD, BEY DE TUNIS, A LOl'IS XVltl.
1068. — Tunis, 20 septembre 1 8 1 j. — « Gloire des Princes de la
religion du Messie, élite des Grands de la nation de Jésus, Padischah
actuel du royaume de France, notre très cher, très respectable, 1res
magnifique et très grand ami ; après vous avoir offert nos salutations
amicales et nos compliments sincères, nous vous annonçons amicale-
ment que nous avons reçu la lettre bienveillante que vous nous avez
envoyée par votre Consul pour nous faire connaître qu'en vertu de la
paix et de la bonne harmonie qui existent entre notre Régence \kw
rieuse et le gouvernement français, et que par un effet de rancience
amitié et du constant attachement qui nous unissent depuis un temps
infîni, un de vos Chargés d'affaires, le très loyal Devoize, a été nomm^
Consul, et que vous désirez que nous lui accordions notre proteclioo
dans toutes les affaires qui lui surviendront. Après avoir pris connais-
sance du contenu de votre dépêche, nous vous avons écrit et envové h
présente lettre d*amitié pour nous informer de Tétat de votre précieuse
santé et pour vous donner l'assurance que, conformément à vos désirs.
nous reconnaîtrons le sieur Devoize en qualité de Consul près notre
Régence victorieuse, que nous lui accorderons assistance et proleclion
dans toutes les affaires qui lui surviendront, que de plus nous avoQS
éprouvé la plus grande satisfaction en apprenant J'avènement au trûae
de Votre Majesté, et que Tamitié qui subsiste entre nous depuis de longues
années prendra nuit et jour de nouveaux accroissements. Lorsquave:
la grâce divine notre lettre vous sera parvenue, nous espérons que von^
ne nous éloignerez point dans la suite de votre souvenir amical. *>
{Sceau) (Affau^s élrangètvs, C" de Tunis:
MAHMOUD, BEY DE TINIS, A TAI.LE\RAND.
1069. — TuniSy 20 septembre i Si 5, — « Au Ministre actuel du gou-
vernement français, noire très cher, très estimé et très sincère ami
Nous vous annonçons amicalement que nous avons reçu votre If^Urf
affectionnée que vous nous avez envoyée pour nous faire connaître
qu'en vertu de la paix et de la bonne intelligence qui existent enln
notre Régence victorieuse et le gouvernement français, et que par un
effet de l'ancienne amitié qui nous unit avec le Padischah du royaume
de France, un de vos Chargés d'affaires, le très loyal Devoize, acte
nomme Consul, et que vous désirez que nous lui accordions notre pro-
tection dans toutes les affaires qui lui surviendront.
[1815] AVEC LA COUR DE FRANCE 543
Après avoir pris connaissance de la teneur de votre lettre, nous vous
avons écrit et envoyé la présente dépêche pour vous donner l'assurance
que, conformément à vos désirs, le sieur susdit sera reconnu en qualité
de Consul près noire Régence victorieuse, que nous lui accorderons
assistance et protection dans toutes les affaires qui lui surviendront, et
que l'amitié et la bonne harmonie qui subsistent depuis de longues
années entre nous prendront de nouveaux accroissements; pour vous
instruire, en outre, qu'ayant besoin d'un artilleur français expérimenté
dans la science de jeter des bombes et de lancer des boulets de canon,
nous espérons que vous choisirez et nous enverrez un artilleur expéri-
menté dans la susdite science ; et pour nous informer enfin de l'état de
votre illustre santé. Lorsque, avec la grâce divine, notre lettre vous sera
parvenue, nous nous flattons de l'espoir que, d'après notre désir, vous
choisirez et vous enverrez un artilleur dans la science des bombes et
du canon, et que dans la suite vous ne nous exclurez point de votre sou-
venir amical. »
(Sceau) {Affaires étrangères, C'* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLBYRAND.
1070. — lunisy 2 1 septembre 1815. — Devoize a fait délivrer quatre
matelots corses de Bastia, enlevés il y a quatre mois. « C'est la pre-
mière réclamation dont j'ai dû m'occuper, n'ayant pu en présenter
aucune pendant l'absence de Sidi Hossein, fils aîné du Bey, comman-
dant le camp du Djérid. Appelé à succéder à son père, il dirige avec lui
les afTaires intérieures et étrangères et prend part à toutes les déci-
sions. Il a aussi sa salle de justice. Son frère cadet, Sidi Mustapha,
prend aussi part aux délibérations et veut être consulté, de manière
qu'un Consul doit aujourd'hui traiter avec Irois Princes... »
[Affaires étrangères, C" de Tunis,)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
1071. — Tunis, 30 octobre 1 S 1 5. — Devoize envoie le rapport qui
lui a été demandé sur la conduite de Billon. Les faits et les témoignages
qu'il a recueillis établissent des présomptions qui ne sont point en
faveur de ce Vice-Consul. « Toute sa gestion offre une série de traits qui
l'ont couvert de ridicule... Je crois qu'il est à peu près démontré que
le sieur Billon était informé de l'injure que l'ancien Bey me préparait,
en refusant mon débarquement, et que cet agent l'a provoquée par de
coupables confidences *... » . {Affaires étrangères, C" de Tunis.)
i. Voy. la pétition de la nation française à Tunis pour demander le remplace-
ment de Billon comme Vice-Consul, en raison de ses vexations et de sa tyrannie/
16 août 1814. {Affaires étrangères, C"» de Tunis.) — Voy. aussi les cartons intitulés :
Gestion de Devoize et de Billon, Consul et Vice-Consul de France, leur correspon-
dance, etc. {Archives de la Résidence française à Tunis,)
o44 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS iSLV
MAHMOUD, BEY DE TUNIS, À LOUIS XYIII.
1072. — Tunis, 6 novembre 1815, — « Gloire des Princes de la reli-
gion du Messie, élite des Grands de la nation de Jésus, Padischah
actuel de France, notre très cher, très respectable, très magnifique et
très grand ami. Après vous avoir offert nos salutations amicales et do>
'Compliments sincères, nous vous exposons que nous vous avons déjà
fait connaître précédemment que notre intention est d^envoyer à la
Sublime Porte d'éternelle durée des présents, et qu'en considération
de l'ancienne amitié qui existe depuis les temps les plus recules
^ntre Votre Majesté et nos illustres ancêtres, et qui reçoit de jour eo
jour de nouveaux accroissements, nous vous avons prié de nous
envoyer une frégate pour y charger les présents destinés à Sa Hau-
-tesse, en les faisant accompagner par notre Agba et les chefs de noire
Régence.
Nous vous écrivons et adressons cette lettre amicale pour doc^
informer de votre illustre santé, et vous faire savoir que les préseoU
que nous destinons à la Sublime Porte sont actuellement prêts, que
nous attendons l'arrivée de la frégate que nous avons demandée à
Tolre Majesté pour les y charger, et que nous nous flattons de Tes-
poir que celte frégate sera sans retard expédiée pour le port de notre
Régence.
LiOrsqu'avec la grâce divine notre lettre vous sera parvenue, et que
Votre Majesté saura que notre demande n'a été formée qu'en verta du
sincère attachement que nous avons pour Votre Majesté nous espé-
rons qu'elle enverra aussitôt la dite frégate dans le port de notre
Régence et qu'elle n'exclura point son sincère ami de son souvenir
bienveillant, o
{Sceau) [Affaires éh-angères, (?■• de Tunis,)
TALLEYRAND A DBVOIZB.
1073. — Paris, J 3 novembre I S 1 5, — 11 a appris avec une véritable
satisfaction la manière honorable dont Devoize a été accueilli par l6
Bey de Tunis. Il invite le Ministre de la guerre à choisir l'officier do
génie qui devra partir pour Tunis.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
1074. — Paris, 2 décembre i 8 15, — Prière de faire les recherches et
•démarches nécessaires pour obtenir la restitution des objets pris sur
«trois bâtiments français qui viennent d'être pillés par des corsaires,
•et pour réclamer au Bey la punition exemplaire des coupables.
(Affaires étrangères, O*' de Tunis.)
[1815] AVEC LA COUR DE FRANCE 548
TALLEYRAND A DEVOIZE.
1075. — PariSj 12 décembre i 8 Jô. — Il lui recommande des sujets
sardes enlevés à Tile d'Antioche par des Tunisiens ^
{Affaires étrangères, C*" de Tunis,)
DEVOIZB A TALLEYRAND.
1076. — TuniSy 20 décembre 1815. — Journal de séjour du vaisseau
anglais Le Bombay, parti de Malte, ayant à bord lord Maitland, gou-
verneur de rile. Ce dernier voyage pour raison de santé, mais il s'est
néanmoins occupé de quelques aiTaires. Le Consul de Naples, M. de
Martino, a été rappelé, mais le Bey ne veut pas reconnaître M. Richard
Oglander, Consul anglais, comme agent de Naples.
(Affaires étrangères, C* de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
1077. — Paris, 26 décembre 1815. — « Le Consul de S. M. à Cagliari "
me transmet quelques détails dont il a dû aussi vous faire part sur
les dernières expéditions des Tunisiens dans la Méditerranée.
Les forces et Thabileté extraordinaires que ces Barbaresques y ont
développées ont donné lieu de soupçonner que ces expéditions tenaient
à un plan plus vaste et qu'elles avaient été dirigées par des chefs nou-
veaux et plus expérimentés... » En Sardaigne, on craint une nouvelle
attaque contre Saint- Pierre... Le commandant de la marine tunisienne
serait TAnglais Smith. Le Sarde Raniéri aurait servi de guide dans le
pillage de Saint-Antioche.
« Je vous invite, Monsieur, à chercher soigneusement jusqu'à quel
point ces bruits sont fondés, et à me transmettre toutes les informa-
tions que vous pourrez recueillir à ce sujet, en cherchant surtout à
pénétrer si Timpulsion extraordinaire donnée à la course tunisienne ne
se lierait point au projet, annoncé par quelques personnes considérables
de TAngleterre, d'amener une révolution dans les États barbaresques,
dans la vue ou sous le prétexte d'abolir la course et Tesclavage des
blancs. Quelle que soit Topinion du gouvernement de S. M., il est très
important qu'il connaisse tout ce qu'on tenterait de faire à cet
1. La flotte tunisienne, commandée par Mustapha-reîs, Tenait de faire un
audacieux débarquement de corsaires à nie Saint-Antioche, dans la baie de Palma
(Sardaigne), et d'assiéger les habitants. 160 d'entre ces derniers avaient été emmenés
en esclavage à La Goulette, au mois d'octobre 1815.
2. Jean-François Mimaut, Consul à Cagliari en 1814, à Carthagène en 1817, gérant
du Consulat d'Alexandrie en 1819, Consul à Varsovie en 1826, à Venise en 1826,
Consul général & Alexandrie en 1830. — A la même époque on rencontre Alfred
Mimaut attaché à Constantinople en 1824, élève Vice-Conaul en 1829, attaché au
Consulat générai de Milan en 1831, Vice-Consul puis Consul, à Yassy en 1833, &
Rotterdam en 1839, Consul général en retraite en 1862.
35
546 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1816]
égard... » Parmi les esclaves de Saint-Aniioche S il se trouve deux on
trois Français. Le Ministre prie Devoize de les réclamer.
{Affaires étrangères, C*" de Tunis.)
TALLBYRAND ▲ DftVOIZE.
1078. — Paris^ 22 janvier 1816. — La Cour de Naples a rappelé
son Consul, M. de Martino, et elle désire traiter de la paix avec Tunis
par l'intervention de la France ; le roi veut bien déférer à la demande qai
lui a été faite... « A Tunis on doit savoir que Topinîon de TEuropeest
contraire à la guerre perpétuelle faite aux États d'Italie, èi l'esclavage;
si les Régences ne sont pas tout à fait dépourvues de prudence, ellei
doivent rechercher la paix, seul moyen de conjurer l'orage... »
{Affaires étrangères^ C*" de Tunis.)
TALLEYRAND A DEVOIZB.
1079. — Parn^ 25 janvier f 816. — Par ordonnance du 15 décembre
dernier, le Roi a décidé rétablissement de Vice-Consuls à Alger et à
Tunis. M. Malivoire, ci-devant Yice-Consul à Andrinople, est désigné
pour Tunis *. (Affaires étrangères, C*' de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
1080. — 7 unis, 3 février 18/6, — Il envoie quelques renseigne-
ments sur le prix des grains à Tunis '.
[Affaires étrangères, C* de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
1081. — T'unis, 6 février 1816, — Le gouverneur de Sardaigne &
prié Devoize de s'occuper de nouveau, comme il l'avait fait en 1801, du
1. Voy. la note de la page précédente.
2. Charles-Élienne Malivoire, élève des langues à Constantinople en 1784, dro^an
en Morée en 1783, à Alexandrie en 1791, Vice-Consul à Andrinople en i8H,gèrar.t
du Consulat de Salonique en 1814, Vice-Consul à Tunis en 1815, à Alexandrie en
1825, Consul au Caire en 1825, à Alep en 1827, retraité en 1831. 11 arriva à Tunide
18 juin 1816.
3. Voy. Mémoire sur la situation commerciale de Tunis. « Le royaume de Tunis
est appelé ajuste titre le grenier des pays méridionaux. Dans les années d'abon-
dance on peut extraire de ses ports jusqu'à 80,000 kaffis de blé. La surabondance
de ce pays vient de la fertilité de son sol, qui, sans repos et sans engrais, n'a besoin
que d'être sillonné par un soc de bois pour produire de 30 au 60" de sa semence.
Il n'y a point de greniers publics, mais les propriétaires des grandes fermes s)nt
le Bey et les principaux officiers de la Régence, qui spéculent sur la misère publi-
que en soutenant les cours les plus élevés... La récolte en 1815 a été de 50,000 kaflis
(le kaffis valant 4 quintaux métriques et 10 kilos, soit 3 charges i/2 de .Marseille •
Le blé valait, le 16 décembre 1815, 80 piastres, et, le 3 février 1816, 104 piastres le
kaffi, soit 22 fr. 60 et 29 fr. 40 l'hectolitre. L'orge vaut 32 p., les fèves 48 p.Jfc
pois 60 p., le millet 48 p. Le prix du Teskeret ou permis de sortie pour le bie est
de 45 p. le kafll, de 22 p. pour l'orge, de 9 p. pour les légumes. Les assurances de
Tunis à Marseille se font à 1 1/2 0/0. Muni d'un Teskeret, on n'a plus à payer qu'un
droit de passage, mesurage, facturage, et des frais de transport s'élevant ensemble
& 5 ou 6 p. par kaffl, plus une commission de 3 à 4 0/0. Le fret est d'ordinaire de
i p. par kaffî pour la chrétienté... •
[1816] AVEG LA GOUR DE FRANQB B47
sort des esclaves sardes à Tunis, au nombre d'environ 300. Le Consul
demande au Ministre l'autorisation de traiter la paix de cette Puis-
sance avec le Bey. (Affaires étrangères, (?•« de TunU.)
DEVOIZB k TALLBYRAND.
1082. — 7'iinw, JiJ^ mars 1816. — Son collègue Mimaut *, à Cagliari,
était mal instruit, lorsqu'il a envoyé au Ministre des détails sur la
prise de Saint-Antioche. Ce n*est pas Thabileté des Tunisiens qui a
fait réussir leur entreprise, mais la faiblesse de la garnison, qui
n*avait que 28 soldats... Suit le récit détaillé de l'expédition barba-
resque.
<( Je suis tous les mouvements de la politique tortueuse des Anglais
dans ces contrées. Ils font insérer dans leurs journaux et ceux dltalie
le plan d'une croisade destinée à abolir l'esclavage des blancs; ils se
placent à la tète, mais ce n'est (du moins c'est mon opinion) que pour
paraître conséquents, et uniquement dirigés par ces maximes philan-
thropiques sous lesquelles ils ont cru déguiser le vrai but qui leur a fait
provoquer l'abolition de la traite des noirs. On sait que l'intérêt de son
commerce et de sa navigation est la base de toutes les combinaisons
du gouvernement anglais... » {Affaires étrangères, C"» de Tunis.)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
1083. — Tunis, 22 mars 1816, — Aucune action près du gouverne-
ment tunisien n'est possible avant le retour du Prince Hossein, à qui
son père a déjà en quelque façon remis les rênes du gouvernement.
« Une ouverture faite à un gouvernement qui ne sait rien garder de
secret n'aurait produit d'autre effet que de donner plutôt une dange-
reuse publicité au désir, manifesté par la Cour de Naples, d'avoir la
paix avec la Régence... »
Il sondera les dispositions du Prince Hossein envers Naples. « J'aurais
pu, il y a quelque temps, les trouver et même les rendre conciliantes, en
lui tenant le langage que Votre Excellence a bien voulu me tracer dans
ses instructions. J'aurais été secondé par le bruit d'une ligue annoncée
depuis longtemps dans toutes les gazettes, qui désignaient Ancône
comme le port choisi pour le rassemblement des troupes de débarque-
ment. Ce bruit avait fait une telle impression sur l'esprit du Bey qu'il
avait ordonné le désarmement de ses corsaires, mais la Cour de Naples
a contribué elle-même à affaiblir cette impression si favorable à ses
vues, en envoyant des pouvoirs pour traiter de la paix ou d'une pro-
longation de la trêve à Richard Oglander, Consul anglais, qu'elle a
1. Voy. la note 2, p. 545.
548 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS ,1816;
nommé en même temps Ck)nsul général et chargé de ses affaires à
Tunis <.
Tout récemment le Consul de Suède ' a été chargé de négocier la paix
de la Prusse et a fait les premières ouvertures. J'ai lieu de croire que
cette paix se conclura sans difficulté, dès le retour du Prince Hosseio.
parce qu'elle est toute à Tavantage de la Régence. Je ne conçois pas
quel intérêt si pressant a pu inspirer à la Prusse, qui n'a que quelques
ports sur TOcéan, d'acheter si chèrement des Puissances barbaresques
une paix dont, à Texemple de l'Autriche et de la Russie, elle a pu s«
passer jusqu'à présent sous la garantie de la Porte.
Il est résulté de toutes ces propositions que le Bey ne croit plus à
la coalition qui semblait menacer la Barbarie, et que la trêve de la
Régence expirant vers la fin de ce mois, il a assemblé son conseil, et
qu'on y a résolu la guerre. »
Devoize joint à sa dépêche un État de la marine du Bey, sur lequel
il fait figurer 402 navires, dont 84 chaloupes, 3 gabares, 3 corvelles,
3 bombardières et 5 chebeks. (Affaires étrangères, C* de Tunis.)
DEVOIZE A TiaLEYRÀND.
1084. — Tunis, i 6 avr-il 1816, — Il a dû attendre le retour du Prioce
Hossein pour lui faire ses premières propositions de paix avec Naples...
« Ce Prince ne s'est occupé pendant trois ou quatre jours qu*à donner
des fêtes brillantes à la Princesse de Galles '...
Lord Exmouth a paru avec une escadre de 18 bâtiments de guerre.
Le bruit s'est bientôt répandu que cette escadre venait d'Alger avec
1,500 esclaves, que l'amiral avait fait délivrer gratuitement par celte
Régence, en lui signifiant que, par décision du Congrès, la course était
interdite aux Barbaresques à l'avenir ^.
Je vis bien que le Lord venait, en eiïet, remplir la même mission à
Tunis... Cet Envoyé demanda au Bey rafTranchissement des Sardes
enlevés de Saint-Antioche (le reïs Mustapha était entré dans l'Ile avec
un pavillon anglais); il exigea que le reïs lui fût livré, que les Napoli-
tains fussent affranchis, et qu'un traité de paix fût proposé avec la Sar-
1. Pour les négociations de la paix de Naples avec Tunis, yoy. les Annales tuni-
siennes, p. 282 el suiv.
2. Le chevalier Tulin.
3. Voy. Journal de téjour de la Princesse de Galles à Tunis, du 4 au Si avril /«/*•
(Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
4. Le baron Edouard Exmouth, ch*' Grand-Croix de Tordre du Bain, amiral dt*
l'escadre bleue de la flotte de S. M. Britannique, membre de rinstitulion des
chevaliers libérateurs des esclaves blancs en Afrique. — Voy. Journal de séjour de
Vescadre anglaise de Lord Exmouth, du 40 au tS avril 4Bi6. (Affaires étrangères,
C"* de Tunis,)
[1816] AVEC LA COUR DE FRANCE 549
daigoe et Naples. Le Bey lui répondît qu'en ce qui concernait Naples,
des négociations étaient engagées avec le Consul de France. Exmouth
prétendait avoir des pouvoirs postérieurs à ceux délivrés à Devoize; il
demanda par écrit au Consul français de se désister des siens, ce qui
fut fait.
... Je n'ai pu me permettre de demander à un personnage revêtu
du caractère de Lord Exmouth Texhibition de ses pouvoirs; j'ai dû le
croire sur parole... Mais je serais tenté de croire qu'il n'est muni que
des ordres de la cour de Londres, d autant plus que sa mission n'a pas
pour but d'exécuter une mesure générale, il a annoncé qu'il agissait pour
la Sardaigne, l'État de Gènes et la Principauté de Monaco, qui se trou-
vaient sous la protection de l'Angleterre, et dont la cour de Naples avait
demandé Tintervention pour l'affranchissement des Napolitains, et pour
sa paix avec les trois Régences... »
Le Bey paraissait braver l'attaque des vaisseaux anglais; les chré-
tiens s'alarmaient, le Consul anglais amena son pavillon. «... Peu de
temps après, les choses se terminaient à souhait ^ »
(Affaires étrangères^ C'* de Tunis.)
DEVOIZK A TALLEYRÀND.
1085. — Tunis^25 avril 1816. — L'amiral anglais Exmouth, ayant
voulu faire vérifier la traduction du traité qu'il avait conclu avec le
Bey et le Consul anglais, a prié M. Sielve ' de lui en faire la lecture ^. « Je
joins ici une note que ce chancelier a dressée de mémoire de ce qu'il
en a retenu. Il paraîtrait que Lord Exmouth n'a agi qu'au nom du
Régent d'Angleterre; que l'esclavage est aboli, mais que la course
subsiste toujours par la faculté de faire et retenir des prisonniers qui
n'auront changé que de nom, et dont la condition sera pire que celle
des esclaves, car ils seront chargés de fournir, jusqu'à l'époque d'un
échange ou d'une paix, aux besoins des vainqueurs. Ces malheureux
1. Voy. les iMités conclus le 17 avril 1816 par TAnglelerre, la Sardaigne et les
Deux-Siciles avec la Régence de Tunis, publiés dans les Annales tunisiennes^ p. 438,
530 et 538.
2. Àstoin-Sielve, chancelier du Consulat général de France. Voy. la note 1, p. 456.
3. Déclaration de Mahmoud, Bey de Tunis, à Lord Exmouth, — Le Bardo, 17 avril
i816. — « En considération du grand intérêt manifesté par S. A. R. le Prince-
Régent d'Angleterre pour mettre un terme à l'esclavage des chrétiens, S. A. le
Bey de Tunis, voulant témoigner son désir sincère de maintenir les relations ami-
cales qui existent entre elle et la Grande-Bretagne, en preuve de ses dispositions
pacifiques et de son estime pour les Puissances européennes, avec lesquelles S. A.
désire consolider une paix durable, déclare, par les présentes, qu'en cas de guerre
avec une des Puissances susdites, aucun des prisonniers ne sera réduit en escla-
vage,, mais qu'ils seront traités avec toute l'humanité possible et comme prisonniers
de guerre, d'après la forme adoptée et pratiquée en Europe, et qu'& la fin de la
guerre les prisonniers seront échangés et renvoyés dans leur pays. » (Affaires
étrangères, Mém. et Doc. Afrique, t. V, f 282.)
S50 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DBS CONSULS [1816
abandonnés ne seront-ils pas forcés, pour subsister et se couvrir, de
travailler moyennant un salaire très modique? Une paix arrachée par
la violence ne saurait être de longue durée. Les Barbaresques humiliés
useront bientôt du droit quHls ont de faire la guerre. Ils courent encore
sur les Toscans et les Romains.
Ce qui a encore décidé le Bey à céder aux Anglais, c'est le fait qu'on
retenait à Syracuse un navire venu de Constantinople, ayant à bord un
Capidji chargé d'apporter au Bey le caftan d'investiture. »
Devoize est certain maintenant que Lord Exmouth était réellement
muni de pleins pouvoirs du gouvernement de Naples. Si Devoize avait
été instruit à temps, il aurait prévenu la mission du Lord anglais.
(c La Princesse de Galles va à Athènes; elle m'a demandé une lettre
pour M. Fauvel '; en vain j'ai observé à S. A. R. que son nom, son
penchant pour les arts, la protection qu'elle leur accordait, la mettaient
trop au-dessus d'une recommandation pour qu'une lettre de ma part
pût rien ajouter à tant de titres à l'entier dévouement des savants de
seconder S. A. R. dans ses recherches... »
(Affaire» étrangères^ C*"* de Tunis,)
DEVOIZE A TALLEYRANO.
1086. — Tunis, 4 mai i 8J6. — Une conspiration de Turcs contre les
chefs de la Régence s'est terminée par l'enlèvement de cinq corsaires
tunisiens, qui ont pris la route du Levant; ils vont probablement se
joindre aux forbans de l'Archipel ou de la Morée. Devoize prévient le
commandant de la station du Levant à Smyrne '.
{Affaires étrangères^ C**' de Tunis,)
DEVOIZE A TALLEYRAND.
1087. — Tunis^ 15 juin i SI6, — Relation du massacre et du pillage
des bateaux corailleurs français dans le port de Bûne.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
TALLEYRAND A DEVOIZE.
1088. — Paris^ 17 juillet 1816, — « Je reçois de tous côtés des
plaintes sur les pirateries continuelles que commettent les Barba-
resques à l'égard de nos navigateurs. Parmi tous les faits de ce genre
qui sont venus à ma connaissance, j'ai jugé convenable de vous faire
part des plus positifs et des plus détaillés. »... Suit le récit des prises
de nombreux navires. Le Consul est prié de faire des perquisitions sur
la nationalité des corsaires « ...Toutes les plaintes s'accordent à désigner
1. Consul à Athènes de 1810 h 1820, & Smyrne de 1820 à 1825.
2. Voy. la Relation d'une conjuration tramée par les Turcs au service du Bey pu»
renverser le Gituvemement {Affaires étrangères, (?•• de Tunis), — cl les Annales tvnir
siennes, p. 318.
[1816] AVEC LA COUR DE FRANCE 551
les Tunisiens comme les plus entreprenants et les plus redoutables de
tous en ce moment... » {A/faires étrangères, C»'* de Tunis.)
DKVOIZE À TALLEYRAND.
1089. — Tunis, 19 août i 8i6, — Les Envoyés toscans ont quitté
Tunis sans avoir conclu la paix; leurs présents, consistant en bijouterie
et horlogerie, ont paru trop modiques. Ils n*ont pu obtenir qu'une
trêve de deux ans '. (Affaires étrangères, C*' de Tunis.)
MAHMOUD, BEY DE TUNIS, A LOUIS XVIII.
1090. — TuniSj 21 août 1816. — «Gloire des Princes de la religion
du Messie, élite des Grands de la nation de Jésus, Padischah actuel du
gouvernement français, notre très estimé, très honoré^ très sincère,
très cher et grand ami. Après avoir offert à Votre Majesté des compli-
ments qui ont pour objet votre bien-être, nous vous faisons savoir
qu'en vertu de l'amitié qui règne en votre personne douée de sagesse
et nous, Votre Majesté nous a constamment accordé tout ce que nos
besoins exigeaient, et que par ces procédés notre amitié intime a sans
cesse pris de nouveaux accroissements. C'est un point sur lequel il est
inutile de donner de plus longues explications. Un ingénieur bombar-
dier et un ingénieur canonnier nous étant nécessaires pour enseigner la
science des mathématiques aux bombardiers et canonniers qui sont au
service de notre Régence victorieuse, nous espérons que vous nous
enverrez incessamment ceux qui sont à votre solde, avec la condition
qu'ils pourront retourner en France après deux ans, espace de temps
que nous croyons suffisant pour faire apprendre les mathématiques.
C'est pour vous adresser cette demande, et pour nous informer de
votre précieuse santé, que nous vous avons écrit et envoyé la présente
lettre amicale. Lorsqu'avec la grâce du Très-Haut elle vous sera par-
venue, nous espérons que vous aurez soin de nous expédier les susdits
ingénieurs de la manière expliquée plus haut. Et le salut. »
(Sceau) (Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
DEYOIZE A TALLEYRAND.
1091. — Tunis^ 6 septembre 1816. — M. Oglander, Consul anglais,
a eu l'attention de venir lui-même me donner lecture des dépèches que
lui a envoyées Lord Exmouth sur l'expédition contre Alger '.
Lord Exmouth, de retour en Angleterre, a fait le même récit au Bey
de Tunis, lui déclarant qu'il détachera dans quelques jours un bâtiment
de son escadre pour venir prendre les Romains, afin qu'il ne reste plus
1. Voy. les traités passés entre la Toscane et Tunis les 26 avril, 12 et 18 août 1816,
publiés dans les Anna f es tunisiennes, p. 548 et suiv. ♦
2. Voy. Histoire d*Alger et du bombardement de cette ville en iSiS (Paris, 1830).
552 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [1816
un seul chrétien esclave en Barbarie. Uamiral a ajouté qu'il s'était
empressé de rendre compte à sa Cour des procédés aimables dont la
Princesse de Galles a été Tobjet. Les événements d'Alger ont fait à la
Cour du fiey et surtout parmi les Turcs une impression difficile à
décrire... {Affaires étrangères^ C* de Tunis.)
DEVOIZB AU DUC DE RICHELIEU '.
1092. — Tunis ^ 30 octobre 1816. — Le chevalier Baroni, comman-
dant une frégate napolitaine, est venu solliciter de nouveau TérectioD
du pavillon napolitain. Le Bey a refusé de reconnaître le Consul d'An-
gleterre comme Consul de Naples.
Le chevalier Palma, Consul de Sardaigne, est arrivé; « c'est le pre-
mier Consul de cette nation qui ait été accrédité à Tunis ».
Enfin une frégate anglaise est venue prendre les esclaves romaiûs,
au nombre de 80. Devoize ignore s'ils ont été délivrés sans rançoQ.
L*œuvre est restée incomplète, en ne mettant pas un terme à l'état de
guerre entre le Saint-Siège et la Régence.
{Affaires étrangères^ C'* de Tunis,]
DEVOIZE AU DUC DE RICHELIEU.
1003. — Tunis, 30 octobre 1 816. — Le roi de Sardaigne a fait
remettre à Devoize une boîte en or, enrichie de diamants, avec le por-
trait de Sa Majesté, en reconnaissance du zèle que ce dernier a misa
adoucir le sort des Sardes enlevés à Saint-Antioche.
{Affables étrangèfvs, C'* de Tunis.)
LE DUC DE RICHELIEU A DEVOIZE.
1094. — PariSy 15 novembre 4 816. — Le Ministre expose longue-
ment ce qu'est devenue la pêche du corail sur les côtes d'Alger, l/s
Anglais en ont la concession. Les Français fournissent aux Anglais uoe
partie de l'argent nécessaire pour acquitter les lismes dues au Dey Alger.
Il s'agirait de réserver la pêche sur les côtes de Tunis à la France. Il
convient donc d'étudier le traité de 1790, afin d'en obtenir le renouvel-
lement ■. « Votre longue expérience et votre résidence actuelle sur les
lieux devront d'ailleurs vous suggérer à vous-même des remarques
tant sur le fond que sur la forme du traité et sur les moyens d'exécu-
tion... » Le Ministre prie Devoize de lui adresser sur ce sujet un rapport
très circonstancié '. {Affaires étrangères, O*' de Tunis.)
{. Armand- Emmanuel du Plessis, duc de Richelieu, pair de France, Ministre de*
Affaires étrangères du 24 septembre 1816 au 28 décembre 1818.
2. Voy. p. 183. — La redevance annuelle était de 13,500 piastres, mais Antoine
Peyron, directeur de l'Agence d'Afrique & Marseille, avait émis Tavis d'offrir le
double.
3. Voy. Notice sur les concessions d'Afi^ique, par Alexandre deLaborde (Paris, 1S30,
— Histoire de La Calle, par Féraud (Alger, 1877), — et Les grandes Compagnies dt
commerce, par Bonnassieux, déjà cité, chapitre Compagnies d'Afrique.
fl817] AVEC LA COUR DE FRANCE 553
DEVOIZE AU DUC DE RICHELIEU.
1095. — Tunis, 31 décembre 1816, — « ... Au sujet de Texpédition
de Lord Ëxmouth dans la Méditerranée, je sais de bonne part que le
Prince-Régent n'en avait conçu Tidée que dans Tintention de faire
avorter le plan de Sidney Smith. On pourrait ajouter que, dans la vue
de conserver Malte, dont la possession assure aux Anglais Tempire de la
Méditerranée, le Cabinet de Londres a voulu, en se parant delà philan-
thropie, abolir l'esclavage, qui était l'objet de l'institution d'un Ordre
qui, se trouvant éteint, le dispenserait d'abandonner une conquête si
précieuse pour la rendre à ses premiers maîtres.
L'Angleterre a cherché en même temps à porter un coup mortel à
notre navigation et au commerce que Marseille faisait presque exclusi-
vement dans les mers du Levant et en Barbarie, en nous mettant en
concurrence avec les deux principaux États d'Italie, principalement les
industrieux Génois.
Ne pourrait-on pas encore raisonnablement soupçonner que l'Angle-
terre, en affranchissant les peuples de ces contrées de l'esclavage, a
cherché, par ce bienfait, quoiqu'elle l'ait fait chèrement payer, surtout
à Naples, à s'en attirer l'affection pour les faire servir à l'exécution
d'un plan plus vaste contre la Barbarie, qui nous en écarterait tout à
fait? Certains que leur pavillon sera respecté, après avoir déclaré, à la
face de l'Europe, qu'en abolissant l'esclavage ils remplissaient le vœu
de toutes les Puissances, les Anglais vendent aujourd'hui aux Barba-
resques des munitions et des bâtiments pour qu'ils fassent encore des
esclaves sous le nom de prisonniers. Cette conduite dévoile assez leur
politique pour me dispenser de m'étendre davantage.
Le Bey vient de mettre en armement trois corvettes et un brick qu'il
destine à passer le détroit pour courir sur le pavillon hanséatique. Il a,
en outre, dans le port trois gabares prises ou achetées à Malte.
Les événements d'Alger ont fait la plus vive sensation sur la Régence
de Tunis. Elle a été consternée du triomphe d'une Puissance chrétienne
sur un Prince musulman, quoique son ennemi. Le prompt succès obtenu
avec si peu de forces employées contre une ville réputée inexpugnable
a stupéfait le Bey. J'ai saisi cette occasion de citer le bombardement
d'Alger, sous le règne de Louis XIV, et la réparation éclatante faite à
Sa Majesté, qui en fut la suite... »
(Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
DEVOIZB AU DUC DE RICHELIEU.
1096. — Tunis, ^janvier 1817. — Il annonce l'arrivée d'une frégate
554 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [MiT\
portugaise dont le cominaadant, le chevalier Pinto, voulait conclure la
paix avec le Bey. La trêve a été prolongée d'un an *.
{Affaires étrangères^ C"» de Tim» .)
DBVOIZE AU DUC DE RICHBLIEU.
1097. — TuniSy i 6 janvier iSH . — « C'est seulement le 4 janvier
qu'il a reçu la lettre du Ministre concernant la pèche du corail. Il en a
parlé à Sidi Soliman*. Ce ministre m*a appris ce que je ne faisais que
soupçonner et que j*avais prévu, que le nouveau Consul de Naples avait
déjà fait des ouvertures et qu'on lui avait dit de présenter ses proposi-
tions par écrit. Je sais qu'il s'en occupe. Ce même ministre a ajouté
qu'il me les communiquerait, et m'a renouvelé l'assurance qu'aucune
convention relative au privilège exclusif de la pèche du corail ne serait
conclue avant de m'en avoir fait connaître les clauses, et que la préfé-
rence serait toujours accordée à la France, comme la plus ancienoe
amie de la Régence, la première et la seule qui ait été en possession
du privilège...
Les droits de pêche s'élèvenl actuellement à 930 piastres. Le plus
onéreux a été imaginé par cet esprit fiscal qui s'est introduit dans le
gouvernement de la Régence, souillé par des chrétiens. C'est lïmpôt
forcé sur le biscuit. Le Bey fait payer 58 piastres tunisiennes le quintal
que le boulanger vend 20 piastres. »
11 a envoyé à Tabarque, comme agent, le sieur Bottari, fîls de l'agent
de Bizerle. «J'ai dû lui faire un sort pour subsister.... (2 piastres i/1
par jour, plus 2 piastres fortes sur chaque gondole ') ». Gaspary père et
fils sont agents consulaires à Porto-Farine et à La Goulette *.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
DEVOIZE AU DUC DE RICHELIEU.
1098. — 7u?ws, i 8 janvier 1817. — Il annonce l'érection du pavillon
de Naples et de celui de Sardaigne. Le Bey a refusé les présents du
Consul sarde, parce qu'ils n'étaient pas assez considérables '.
1. Voy. le traité passé entre le Portugal et Tunis le 20 novembre 1816, publié
dans les Annales tunisiennes^ p. 529.
2. Successeur du Sahib Tapa ou premier ministre Youssuf.
3. Droits payés par les patrons corailleurs è Tabarque : Passeport da Bey
88 piastres tun.; magasinage, etc. 35,4; au grand écrivain 6,8; au drogroan du Con-
sulat 2,4; excédent du prix du biscuit 800 : total 932 piastres tunisiennes. Les
Anglais à Bône ne font payer que 695 piastres.
4. Voy. les cartons Agents diplomatiques et consuhii*es de France, 1794-1830 ; -
Vice-Consulats de Sous^e et de La Goulette, 1306-1860; — Agences consulaires di
Bizerte, Porto-Farine, S fax, Gabès et Djerba {Archives de la Résidence française à
Tunis).
5. Voy. Note des présents offerts par le cA*' Palma, Consul général de Sardaigm
à Tunis : un fusil, 4 pistolets, un solitaire en diamants, 4 tabatières en or, 4 montres
à répétition, etc.
[1817] AVEC LA COUR DE FRANCE 858
« C'est toujours le même système de cette Régence de rendre les
Puissances tributaires. Les traités de Lord Ëxmouth n'ont rien changé
à cet égard. »
Suit une nouvelle liste des Français résidant à Tunis.
(Affaires étrangères^ C* de Tunis.)
DBYOIZB AU DUC DE RICHELIEU.
1099. — Tums, 12 mars i 8i7. — État des importations et exporta-
tions des navires français et étrangers pour 1816.
Navires français : 27.
Importations françaises 1 103 622 fr.
Importations étrangères 1 049 900 fr.
Exportations françaises 819 943 fr.
Exportations étrangères 1 113 500 fr.
{Affaires étrangères, (7" de Tunis.)
DBVOIZE AU DUC DE RICHELIEU.
1100. — Tunw, 2 avril 1817. — Il a eu une contestation avec le
Consul anglais au sujet du baisemain au fils aine du Bey. « Il n'est pas
question de la préséance, que j'ai toujours conservée, mais d'un désa-
grément que ce Consul s'est attiré de la part de Sidi Hossein, fils aîné
du Bey, et que par un faux raisonnement il a attribué à l'intention que
j'ai déclarée de ne pas baiser la main de ce Prince dans les cérémonies
où tous les Consuls sont réunis, si j'en voyais un dispensé de la lui
baiser... »
Le Bey, courbé sous le poids de l'âge et des inûrmités, a remis les
rênes du gouvernement à son fils, et celui-ci a signifié à M. Oglander qu'il
ne traiterait plus avec lui. Le Consul anglais éprouve beaucoup d'em-
barras dans l'arrangement des affaires de Naples et de Portugal. Ces
deux Ëtats voulaient le prendre comme agent auprès du Bey...
{Affaires étrangères, C"* de Tunis»)
DEVOIZE AU DUC DE RICHELIEU.
1101. — Tunis, i4 avril J 817. — Il envoie copie du rapport signé
de tous les Consuls et adressé à leurs gouvernements respectifs contre
M. Nyssen, Consul des Pays-Bas et agent de l'Autriche à Tunis. « Nyssen
ayant ourdi une scène scandaleuse et insultante pour le corps consu-
laire, réuni à propos d'un arbitrage concernant Antoine Filippi, natura-
lisé américain, et le négociant tunisien Hadgi Yunès, les Consuls
déclarent rompre toute communicalion avec lui. Ils ont pris l'en-
gagement verbal de ne plus admettre dans leur société un espion de
la Régence, le colporteur de toutes les nouvelles vraies ou forgées qui
peuvent nuire aux gouvernements sans mieux servir le sien/parce que
556 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1817]
ses bassesses ne lui donnent de TinQuence que pour faire le mai.
Méprisé des ministres du Bey qui se servent de lui, il a reçu publique-
ment des coups de pied du Garde des sceaux ^.. »
{Affaires étrangères, C^ de Tunis.)
DEVOIZE AU DUC DE RICHELIEU.
1102. — Tunis, 14 mai i 817. — 11 signale la relâche d'une division
hollandaise aux ordres de l'amiral Wan der Gapellen.
(Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
LE DUC DE RICHELIEU A DEVOIZE.
1103. — Pans, i7 mai i Si7. — 11 lui annonce que la partie des
Concessions d'Afrique située dans les États algériens vient de nous être
rendue, et qu'il y a lieu de rechercher le privilège de la pèche dans les
mers de Tunis et de compléter ainsi notre réintégration dans nos
anciennes Concessions '. Le motif en est qu*il faut éviter qu^une autre
nation ne se rende indépendante de nous pour l'exploitation du corail,
et qu'elle n'obtienne par ses nouvelles liaisons avec le Bey une inOuence
que nous devons conserver...
Il autorise Devoize à conclure immédiatement un traité avec le Bej,
pour l'ancien prix de 13,500 piastres tunisiennes, et le prie de Tinformer
s'il a dû débattre un prix supérieur avec le Bey... « Je n'ai pas besoin de
vous rappeler que pour déterminer le Bey à se contenter des anciennes
redevances, ou du moins d'une augmentation modérée, vous aurez à
faire valoir nos anciens droits de possession sur le privilège de la pèche
que consacrent les traités et nos droits de propriété encore subsistants
à l'égard de rétablissement de Tabarquc, dont le Bey s'est indûment
attribué l'usage... » {Affaires étrangères, C**» de Tunis.)
DEVOIZE AU DUC DE RICHELIEU.
1104. — 7 unis, 5 juin 1817, — Un vieux médecin français, M. Tou-
tel, a failli être assassiné dans un guet-apens dressé par les sieurs
i. « Les soussignés Consuls généraux résidant à Tunis, etc., dans le dessein de
prévenir les faux rapports et les calomnies que la malveillance pourrait répandre
sur leur conduite dans une affaire que S. E. le Bey de Tunis avait soumise à leur
décision, ont cru devoir à leur caractère d'en faire un exposé Adèle pour le mettre
sous les yeux de leurs gouvernements respectifs.
« On est d'abord surpris qu'un agent chargé d'un ministère public, honoré de la
confiance de deux souverains, soit capable de ternir son caractère; mais Tétonne-
ment cesse lorsqu'on sait que M. Nyssen, né et élevé dans le pays, y a contracté
de bonne heure tous les vices que les anciens ont si bien caractérisés sous le nom
de foi punique... •
• Us demandent les ordres de leurs gouvernements respectifs sur la conduite,
qu'ils devront tenir envers cet agent. » Signé : Devoize (France), Oglander (Angle-
terre), Gierlcw (Danemark), Tulin (Suède), ch*' Palma (Sardaigne) et ch*' de Martino
de Renato (Naple$^).
2. Voy. notre Correspondance des Deys d^ Alger avec La Cour de France, L II,
p. 546, n. 2.
[1817] AVEC LA COUR DE FRANCE 557
Pierre Soler, élève Vice-Consul, gérant le Consulat d'Espagne, et son
frère, à cause de la mort de leur oncle Arnold Soler. Les sieurs Soler
sont les neveux de Nyssen, Consul de Hollande. Depuis lors, Devoize a
rompu avec le Vice-Consul espagnol ^
(Affaires étrangères ^ C*" de Tunis,)
DEVOlZË AU DUC DE RICHELIEU.
1105. — Tunis, 9 juin i 817. — Devoize a entamé les négociations
relatives à la pêche avec Soliman-Kiaya, et lui a insinué que le Bey
courait la chance d'une désertion totale des corailleurs, qui iraient sur
les côtes d'Alger, s*il ne se décidait à s'assurer une redevance solide par
le renouvellement de l'ancien traité.
[Affaires étrangères, C'"* de Tunis.)
LE DUC DE RICHELIEU À DEVOIZE.
1106. — Paris, J 5 juillet 1817. — «...Au sujet de la pèche du corail,
il me parait que vous avez négligé de faire valoir auprès de la Régence
les droits que nous donnent les traités à la jouissance de ce privilège.
L'art. XII de nos Capitulations avec la Porte ottomane accorde aux
sujets de Sa Majesté la faculté de se livrer à la pèche du corail sur les
côtes dépendant de Tunis, comme sur celles dépendant d'Alger. Cette
stipulation est d'obligation pour le gouvernement tunisien ; c'est ce qu'il
a solennellement reconnu lui-même dans plusieurs traités et notamment
dans celui de 1742, renouvelé le 4 ventôse an X (23 février 1802). Il est
donc évident que nous avons sur la pèche du corail un droit que la
Régence^ne saurait nous enlever ni même nous contester. Or, Tinten-
tion bien positive du gouvernement de Sa Majesté est de n'y renoncer
dans aucun cas, et c'est ce que vous devez déclarer à la Régence de la
manière la plus formelle.
Quant au droit d'exercer exclusivement la pêche sur les côtes de Tunis»
nous ne prétendons le tenir que du consentement de la Régence, et
c'est le but de l'arrangement que nous lui proposons. Cependant nous
avons encore à cet égard à faire valoir des titres et des considérations
que ne pourrait présenter aucun autre peuple : l'ancienneté de nos rela-
tions de commerce et d'amitié avec Tunis, une possession immémo-
riale du privilège, consacrée par les conventions de la Compagnie d'Afri-
que de 1782, 1790, par le traité du 13 septembre 1770.
i. Le médecin Jean-Baptiste Toutel était arrivé à Tunis à la fln de 1815. Lombard,
médecin du Bey, devant revenir en France, Tavait recommandé à la famille Soler,
ce qui n'avait pas empêché Arnold Soler de mourir du typhus. Voy. sur cette que-
relle les lettres de Pierre Soler à Toutel, et de Devoize au c** d'Agoult, Chargé
d'affaires de France à Madrid, 20 août 1816 et 4 juin 1817, — et le certiûcat de
Gay, ex-chirurgien de la Compagnie d'Afrique à La Calle, premier médecin du Bey.
{Affaires étrangères, C*"' de Tunis,)
888 GORRESPONDANGB DES BEYS ET DES CONSULS [1817
Si le Bey nous refuse le privilège exclusif de la pêche, il nesaorail
raccorder à d'autres, puisque nous avons sur cette pèche un droit qu'il
n*a pas le pouvoir d*abolir. Or ce Prince prendra-t-il le parti de rendre
Texploitation du corail commune à tous les peuples, moyenDant uoe
rétribution? Dans ce cas nos corailleurs se rendront sur ses côtes et
ne lui payeront point de rétribution; car ce n*est pas pour obtenir la
faculté de pécher qui nous est déjà acquise que nous entendons nous
soumettre À des redevances, mais seulement pour en obtenir la faculté
exclusive.,, » Si depuis 1790 on a payé des rétributions au Bey, c'était
de la part de la France un acte de pure bienveillance. Le Bey peut
demander une augmentation modérée aux anciennes redevances, mais
il n*a pas le droit de mettre le privilège de la pèche aux enchères.
Le taux des redevances payées à Alger ne saurait servir d'exemple
(50,000 piastres).
Le nombre des bateaux peut être limité à 30, pour ménager l'eiploi-
tation des mers de Tunis. {Affaires étrangères, C* de Tunù.)
DEVOIZE AU DUC DE RICHELIEU.
1107. — Tunw, ^5 juillet 1817. — Il l'informe du massacre de l'équi-
page d'une gondole corse par des Bédouins entre Bizerte et la Galle.
{Affaires étrangères, C"* de Tunis,)
LE DUC DE RICHELIEU A DEVOIZE.
1108. — Paris, 29 août 1817. — L'ambassadeur d'Espagne accuse
Devoize d'avoir permis au sieur Toutel d'exercer la médecine sans loi
avoir fait subir les examens d'usage. Il dit que ce médecin a causé la
mort du sieur Soler, frère du Consul espagnol, et que par suite une
mésintelligence fâcheuse à tous égards s'est produite entre Devoize
et les Soler '. Le Ministre engage Devoize à rétablir dans ses relations
avec le Chargé d'affaires d'Espagne cet esprit de conciliation et de bien-
veillance que commande à tous deux l'union intime de nos gouverne-
ments. {Affaires étrangét^s, C*"* de Tunis.)
DEVOIZE AU DUC DE RICHELIEU.
1109. — Tunis, 1 8 septembre 1817. — Devoize donne des détails sur
les négociations de MM. Shaler, Consul général des États-Unis à Alger,
et Anderson, Consul àTunis *. Ils refusent de baiserla main du Bey, «un
sujet américain ne baisant pas la main du Président des États-Unis».
Devoize demande des ordres, d'autant plus nécessaires qu'il jouit de
la préséance et qu'il doit donner l'exemple.
1. Voy. la lettre du 5 juin 1817.
2. Voy. Esquisse sur VÊtat d'Alger, par Williams Shaler, Consul général des ÉUU-
Unis à Alger, traduit par Bianchi (Paris, 1830).
[1817] AVEC LA COUR DE FRANCE 539
« Anciennement le Consul de France était seul dispensé de baiser la
main. Il ne s*y est soumis comme les autres qu'en 1740, lorsque Ali-
Bey força Gauthier à venir lui baiser la main, avec menace de lui faire
couper la tête '. »
Si le Consul américain n'est plus reçu, les autres Consuls sont d*accord
pour observer Tusage du baisemain. Le Consul anglais souffre d'ailleurs
dans son service depuis qu'il ne voit plus Sidi Hossein. Il consent à lui
baiser la main, si on lui déclare par écrit que ce n'est qu'un acte de
politesse. {Affaire» étrangères^ O"' de Tunis.)
DEVOIZE AU DUC DE RICHELIEU.
1110. — Tunis, 20 septembre i 81 7. — Devoize a lu et expliqué à Sidi
Hossein la dépêche du Ministre sur la pêche du corail. Le Prince n'a
point contesté le droit que les Capitulations accordent aux Français.
Ces Capitulations sont obligatoires pour la Régence ; seulement il
pense que les temps sont changés, et que Sa Hautesse ne peut pas
aujourd'hui permettre à des étrangers de s'emparer gratuitement de la
pêche du corail, qui est devenue une des principales branches du
revenu de la Régence... Le ministre a fait des menaces. Devoize s'est
borné à lui offrir une redevance annuelle de 20,000 piastres, qui ont
été refusées.
M. de Martino a donné certaines assurances à Devoize. « Mais je suis
fondé par l'expérience à ne pas plus croire aux protestations du cheva-
lier de Martino qu'à la sincérité des démonstrations du Cabinet de
Naples. Les Napolitains veulent Tabarque, parce que là ils seront à
portée de pécher en contrebande dans les eaux d'Alger... »
[Affaires étrangères, C*'' de Tunis,)
DEVOIZE AU DUC DE RICHELIEU.
1111, — TuniSj 20 septembre 1 SU. — Il informe le Ministre du
résultat négatif de ses réclamations auprès de la Régence. « J'ajoute
qu'il n'y a rien à espérer de la mauvaise foi qui règne dans le gouver-
nement de cette Régence, que par la force. Les Américains en ont fourni
la preuve aux trois Régences, avec Tappareil d*un seul vaisseau et
quelques frégates. Je pense donc qu'il conviendrait d'ajourner toute
réclamation et surtout celle bien majeure qui concerne les bâtiments
enlevés par les Anglais, en violation du territoire tunisien, jusqu'à
l'époque à laquelle Sa Majesté jugera convenable de les appuyer de la
présence d'une escadre. Il n'y a point de leçon pour les Barbaresques
dans le passé; ils braveront jusqu'au bout l'opinion de toute l'Europe.
1. Voy. t. II, p. 315.
r
't.
\
• 860 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 4818;
Le Bey considère maintenant les captifs comme prisonniers de guerre,
et réclame des rançons d*esclaves... »
• (Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
DEVOIZE AU DUC DE RICHELIEU.
1112. — Tunis^ 12 novembre i 817 , — « ... J'ai appris que, par une
convention secrète, le Bey s'était engagé à faire respecter par ses cor-
saires les navires dont les cargaisons seraient assurées en Angleterre,
ce qui dévoile bien le système de cette Puissance à l'égard des Régences
barbaresques. Elle pouvait, en leur interdisant le passage du détroit,
assurer la libre navigation de TAtlantique. J*ai cru pouvoir demander
au Consul anglais une explication franche sur un objet d'un si grand
intérêt pour les nations qui trafiquent dans TOcéan. II m'a répondu
d'une manière évasive, qui explique assez que la convention n'est pas
douteuse, et qu'on ne veut pas lui donner une publicité qui ferait baisser
le prix des assurances et contrarierait les calculs de la politique
anglaise... » (Affaires étrangères, C*« de Tunis.)
DEVOIZE AU DUC DE RICHELIEU.
1113. — Tunis y 31 décembre 1817, — « Le Journal des Débats du
21 novembre a publié des impostures sur le compte des deux fils du
Bey. L'ainé, Hossein, fait enlever des femmes et des filles...; le cadet,
Mustapha, maltraite les personnes qu'il rencontre... »
Devoize affirme que ces calomnies révoltantes ne peuvent que rendre
odieux aux Princes le nom français. Hossein est bon père et bon époux
et s'occupe beaucoup du sort de son peuple...
« J'ai cru devoir en informer Votre Excellence pour qu'elle veuille
bien obliger le rédacteur du Journal des Débats à une rétractation, par
l'insertion dans sa feuille de Thommage que j'ai cru devoir rendre à la
vérité *. » (Affaires étrangères^ C*^ de Tunis.)
LE DUC DE RICHELIEU À DEVOIZE.
1114. — Paris, 11 juin 1818. — « ... Vous avez très bien fait de
suspendre vos négociations avec le Bey, relativement au privilège de la
pèche du corail dans ses mers. Ce Prince, auquel l'affluence extraordi-
naire des bateaux corailleurs et les nombreuses perceptions qu'il a
recueillies ont fait concevoir des prétentions exagérées, se montrera
néce<«saireinent plus traitable lorsque les choses auront repris leur
cours naturel... »
Devoize reste autorisé à conclure un traité de 13,500 piastres turques.
« Depuis que nous sommes rentrés en possession de la partie des
i. Rétractalion fut faite au Journal des Débats le 1** mars 1818.
[1818] AVEC LA COUR DE FRANGE S61
anciennes Concessions d'Afrique qui est située dans les États algériens,
la partie située dans le royaume de Tunis n'a plus pour nous la même
importance; et je pense d'ailleurs, ainsi que vous, qu'elle ne peut
manquer de suivre le sort de la première et de nous revenir par la
force seule des choses et dans l'intérêt du Bey lui-même... Si le Bey
allègue les changements à faire à Tancien traité, il faut renoncer à
ces changements et demander le renouvellement pur et simple du dit
traité. » (Affaires étrangères, O*"^ de Tunis.)
DEVOIZE AU DUC DE RICHELIEU.
1115. — 7'tinw, 25 octobre i 8f 8, — M. Peyron, qui vient inspecter
les établissements de la pêche du corail sur les côtes d'Alger, est en
ce moment à La Galle, à bord de La Coquilley commandée par M. de
Reverseaux * ; il y a été accueilli avec des transports de joie.
« Des intérêts domestiques et surtout l'éducation de mes enfants,
dont deux sont encore près de moi, me font vivement désirer que Votre
Excellence veuille bien m'accorder un congé pour le printemps prochain.
Le service de Sa Majesté ne saurait souffrir de mon absence, étant
confié au zèle et à Texpérience de M. le Vice-Consul Malivoire '.
Je saisirai les premiers instants pour presser avec plus de force et de
dignité la conclusion de nos affaires avec la Régence, et n'en laisser
en arrière aucune qui serait susceptible d'être terminée avant mon
départ '. » {Affaires étrangères, C"» de Tunis.)
. DEVOIZE AU DUC DE RICHELIEU.
1116. — TuriM, 22 novembre 1818, — M. Peyron vient d'arriver à
Tunis, et il a vu le Bey au sujet de la pêche du corail. Devoize sait
maintenant que le gouvernement de Naples a promis au Bey de cou-
vrir les offres de la France. Le ministre tunisien, avec la complicité du
Consul napolitain, a tiré des pêcheurs de Naples un bénéfice person-
nel de 15,000 piastres. « J'ai fait sentir au Bey que nous ne cherchions
pas des avantages de pèche dans la possession de Tabarque, mais que
nous voulions garantir nos Concessions de la contrebande et diminuer
les frais d'une croisière pour l'empêcher, et pour lever en même temps
la difficulté de distinguer les limites des deux Régences. 11 m'a
répondu qu'un petit ruisseau qui se jetait dans la mer près de La Caile
formait la ligne de démarcation, bien aisée à reconnaître... »
{Affaires étrangères, C*' de Tunis,)
i, Guéau, chevalier, puis comte de Reverseaux de Rouvray, enseigne de vais-
seau en 1809, lieutenant en 1815, en mission à Bône en 1811 et à Tunis en 1818,
pour protéger la pèche du corail, capitaine de vaisseau en 1828.
2. Voy. la note 2, p. 546.
3. Le congé fut accordé par lettre du duc de Richelieu du 23 janvier 1819.
36
S68 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1819
DEVOIZE AU DUC Dl RICHBLIBU.
1117. — Funis^ 2 décembre i S I S. — La peste qui régne à Tunis^ a
enlevé le sieur Fassy, maître-voilier français au service du Bey, sa
femme et un enfant. Le Bey s*est chargé de nourrir les cinq orphelins
restants, en attendant leur départ. La peste a enlevé le Préfet aposto-
lique qui desservait la chapelle consulaire *. Le nombre des victimes
varie entre 250 et 500 par jour. Elle dure depuis le mois d*octobre 1817.
{Affaires étrangères, C*" de Tunis,)
MAHMOUD, BEY DB TUNIS, AU DUC DE EICHBLIBU.
1118. — Tunis^ janvier 1 S 19. — « A Son Excellence le Vizir actuel do
gouvernement de France, le plus glorieux parmi les commandants delà
nation du Messie, notre très cher, très estimé, très sincère ami, le duc
de Richelieu; après vous avoir offert nos salutations amicales et nos
VŒUX pour votre santé, nous vous faisons savoir qu'étant nécessaire
d'établir à Marseille un agent pour soigner les affaires des négociants
de la victorieuse Régence de Tunis qui vont et viennent dans TintentioD
de commercer soit dans la ville et le port de Marseille, soit dans
d'autres ports français qui se trouvent dans la juridiction de cette cité.
et pour nous informer de tous les objets qui intéressent la Régeoiv
victorieuse, nous venons de nommer agent de notre Régence notre
estimé ami Elias BoudJ ara, demeurant présentement à Marseille. Lorsque
Votre Excellence saura qu'un diplôme d'agent a été écrit et envoyé ao
susdit, nous espérons qu'elle voudra bien lui accorder sa protection t\
assistance amicales dans toutes les affaires qui concernent notre victo-
rieuse Régence. C'est à cet effet que celte lettre d'amitié a été écrite
à Votre Excellence. Lorsqu'avec la gr&ce du Tout-Puissant elle lui sera
parvenue, nous nous flattons de l'espoir que Votre Excellence ne nous
exclura pas de son souvenir bienveillant. »
{!^ceau) (Affaires étrangères^ C**» de Tunis.)
DEVOIZE AL' m'* DESSOLLBS ^.
1119 — Tunis\ I S janvier I S 19, — Devoize est d'avis de suspendre
la négociation relative à la pêche du corail. Le gouvernement de Tunis
1 . Rousi^eau évalue les décès à 500 par jour en 4818, à 40 parjour en 1819. La seule viile
de Tunis perdit, d'après cet auteur, près de 50,000 habitants pendant cette épidémie.
2. Le P. Michelange de Portana, qui avait succédé en 1815 au P. Alexandre de
Massignano, avait eu fréquemment recours à la protection de Devoize, pour ne
pas ôlre expulsé, /aute de payement du loyer, de la maison qu'occupaient les
missionnaires italiens. 11 succomba au fléau le 26 novembre 1818. Le P. Alexaniirr
de Massignano vit mourir également ses autres confrères, et fut chargé une
seconde fois de la Préfecture apostolique (avril 1819). La Mission n'avait alor>
d'autre ressource que les 600 fr. alloués par le Consulat de France.
3. Charles-Louis marquis Dessolles, général de division, pairde France, Président du
Conseil et Ministre des Affaires étrangères du 29 décembre 1818 aa 18 novembre iiil^-
[1819] AVEC LA COUR DE FRANGE 563
veut exploiter directement rétablissement de Tabarque, c*e8t-à-dire
percevoir 240 piastres sur chaque gondole ^
{Affaires étrangères^ C"* de Tunis.)
DEVOIZC AU M*' DESSOLLES.
1120. — Tunisy SO janvier 1819, — Détails sur les abus qui se sont
introduits dans la perception des droits de douane payés par les Fran-
çais à Tunis. (Affaires étrangères, C^« de Tunis.)
DEVOIZE AU M** DESSOLLES.
1121. — Tunis, 2 juillet i8J9. — États du commerce de la nation
française à Tunis pour 1818 :
Importations : 947 890 francs.
Exportations : 782 228 francs. (Affaires étrangères, C de Tunis.)
DEVOIZE AU M*' DESSOLLES.
1122. — Tunis, 5 juillet i 81 9. — Le vice-amiral hollandais Van
Braam est venu à Tunis avec une escadre. Il a rapporté une lettre du
Roi des Pays-Bas déclarant au Bey qu'il entendait ne pas payer les rede-
vances stipulées dans les traités. Il consent néanmoins à payer les
arrérages '. (Affaires étrangères, C"« de Tunis.)
CIRCULAIRE AUX CONSULS d'aLGER, TUNIS ET TRIPOLI.
1123. — Pains, 8 juillet 1819. — « Vous savez que dans les Confé-
rences d'Aix-la-Chapelle les grandes Puissances de l'Europe se sont occu-
pées des moyens de réprimer les pirateries des Barbaresques. Pour déter-
miner les Régences à y mettre elles-mêmes un terme, elles se sont déci-
dées à leur adresser des représentations sérieuses, et aies prévenir que
si elles persistaient plus longtemps dans un système d*hostilité contre
tout commerce pacifique, les États de l'Europe formeraient contre elles
une ligue sur les résultats de laquelle elles feraient bien de réfiéchir à
temps et qui pourrait éventuellement les atteindre jusque dans leur
existence. Telle est la substance du protocole qui a été arrêté sur ce
point le 20 novembre ' .
1. Une lettre de Devoize à Hossein-Bey, du 10 décembre 1818, avait reoouvelé les
propositions de la France, rappelant que la préférence lui avait été promise, et ce
Prince venait de lui répondre qu'il ne voulait affermer la pêche à personne.
2. Une fois de plus le Bey céda devant la force, mais il exigea les arrérages des
anciennes redevances de la Hollande, montant à 50,000 piastres.
3. Protocote du ^0 novembre 1818 au Congrès d'Aix-la-Chapelle. — « MM. les Pléni-
potentiaires étant convenus de donner suite à l'examen de différents projets, mis
en avant dans les Conférences ministérielles de Londres, pour réprimer efficace-
ment les pirateries des Barbaresques, M. le c'* Capo d'Istria a réclamé encore une
fois l'attention de la Conférence sur celte question, et ayant reconnu combien il
importait d'opposer le plus tét possible une barrière quelconque au mal que ces
pirateries font au commerce de l'Europe, et de préparer les résolutions à prendre
à. cet égard par quelque démarche directe et Importante vis-à-vis des Régences de
la côte d'Afrique, on a invité MM. les PP. de France et de la Grande-Bretagne,
S64 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1819
Il a été convenu que la France et TAngleterre, comme étant les deux
Cours dont TinQuence est la plus puissante auprès des Etats barbares-
ques, se chargeraient de faire au nom de toutes la notification sur
laquelle on s'était accordé; elles se sont concertées à cet égard et ont
décidé qu*elles enverraient chacune et simultanément un Commisâaire
pour faire connaître aux Régences leurs dispositions et celles de l'Eu-
rope. Le Roi a confié cette mission à M. le contre-amiral Jurien '. Le
gouvernement britannique a nommé de son côté le coatre-amiral
Freemantle, qui commande les forces navales anglaises dans la Médi-
terranée. Les deux Commissaires qui rempliront conjointemeol leur
mission doivent se réunir le 28 juillet à Mahon, où ils se rendront cha-
cun sur un vaisseau de haut bord.
Arrivé à cette première destination, M. le contre-amiral Jurien doit,
Monsieur, vous faire passer une dépêche. 11 vous fera coDoaître en
même temps Tépoque probable de son arrivée. Si elle doit être pro-
chaine, vous voudrez bien en prévenir la Régence.
Si on vous questionne sur Tobjet de sa mission, vous répondrez que
vous n'en êtes point informé; seulement s'il vous paraissait qu'on le
soupçonne, vous mettriez tous vos soins à préparer les esprits d*uoe
manière favorable au succès de la démarche des deux Cours, mais et
sera à la dernière extrémité et dans le cas où la Régence en concevrait
assez d'inquiétude pour montrer de la disposition à refuser de recevoir
les Commissaires. Comme Tintention des deux Cours est que les Régeace^
ne soient pas informées longtemps d'avance de l'arrivée des Commis-
saires, si elle ne devait pas suivre de peu de jours la réception de ma
dépêche, vous retarderiez. Monsieur, la communication dont je vou?
comme représentant les deux Cours dont l'autorité doit naturellement avoir le pluï
de poids auprès de ces Régences, à leur adresser des paroles sérieuses, les avertis-
sant que l'efTet infaillible de leur persévérance dans un système hostile au coii-
merce pacifique serait une ligue générale des Puissances de TEurope, sur les rey^!
tats de laquelle les États barbaresques feraient bien de réfléchir à temps et qn
pourrait les atteindre jusque dans leur existence. M. le duc de Richelieu el Lord
Castiereagh se sontengagés à donner les instructions nécessaires pour qu'une pareils
démarche soit faite, et à donner connaissance aux autres Cabinets de l'efTel qu e!!*^
aurait produit. Et les cinq Cours se réservent de faire également prévenir laPort<-
ottomane dans les formes amicales des dangers auxquels les Régences s'expose-
raient, en persistant dans leur système actuel et en provoquant des mesures déci-
sives de la part des Puissances européennes. » Signé ; Metlemich^ Richelieu, Casti^
reagh, Wellington, Hardenberg, Bernstor/f, \esselrode, Capo distria.
i. Pierre-Roch Jurien de la Gravière, pilote en 1786, aspirant eu 1191, enseigne
de vaisseau en 1793, lieutenant en 1796, capitaine de frégate en 1798, capitaine de
vaisseau en 1803, contre-amiral en 1816, vice-amiral et pair de France en 1831, préfet
maritime à Rochefort de 1827 à 1832, à Toulon de 1834 à 1841, retraité eo i^- -
Voy. Les souvenirs d^'un amiral, par le vice-amiral Jean-Pierre-Edmond Jurien dé U
Gravière, son (Ils. (Paris, 1860.)
f1819] AVEC LA COUR DE FRANCE S65
charge. Lorsque le contre-amiral Jurien paraîtra devant Tunis et vous
fera connaître qu'il est prêt à débarquer, vous demanderez une
audience pour lui. Vous aurez soin de vous entendre sur ce point avec
M. le Consul d'Angleterre et vous ferez en sorte que l'audience soit
accordée promptement. Les Commissaires ont Tordre de faire leur
communication par écrit, de la remettre et de demander une réponse
également écrite. Si la Régence faisait quelques diffîcultés de la don-
ner, vous mettriez tous vos soins à l'y déterminer.
Je crois, Monsieur, avoir prévu le cas où votre intervention sera
utile à M. le Commissaire du Roi. S'il s'en présentait de nouveau, votre
zèle pour le service de Sa Majesté me répond à l'avance de l'em-
pressement que vous mettriez à faire ce qu'il aurait à réclamer de
vous. Après vous avoir fait connaître ce que vous avez à faire pour secon-
der M. le contre-amiral Jurien dans l'exécution des ordres du Roi, il
n'est pas inutile de vous dire un mot des intentions du gouvernement de
Sa Majesté quant à l'objet de sa mission. Elles sont parfaitement d'accord
avec les paroles que doivent porter les Commissaires, et il est probable
que nous désirons plus franchement que personne le succès de la
démarche des deux Cours.
En effet, si les Régences répondent convenablement et annoncent une
véritable disposition k faire cesser la piraterie, les Puissances qui ont
conçu l'idée d'une ligue générale, que nous regardons comme pouvant
offrir un très grand danger pour le repos de l'Europe et pour nos pro-
pres intérêts, n'auront point l'occasi.on d'y donner suite. Si, au contraire,
la réponse n'est pas satisfaisante, nous serons dans le cas de concourir
avec les autres Cours aux mesures de répression qui serontjugées con-
venables ; et nous ne pourrons sans regret rompre les relations que nous
entretenons avec les Régences et perdre les avantages qu'en retire notre
commerce. Vous pourrez donc. Monsieur, en vous abstenant toutefois de
faire connaître des motifs, faire entendre par vous seul à la Régence que
c'est très franchement que nous désirons qu'elle prenne en grande con-
sidération ravertissemcnt que lui donnent les Cours de l'Europe, et vous
acquerrez de nouveaux titres à la bienveillance de Sa Majesté eu con-
tribuant de tous vos efforts au succès de la mission qu'elle a confiée à
M. le contre-amiral Jurien *. » {Affaires étrangères, Cde Tunis.)
1. — Instructions pour le contre-amiral Jurien. — Saint-Cloud^ 8 juilict 4819, —
« Les Puissances qui se sont réunies l'année dernière & Aix-la-Chapelie s'élunl occu-
pées dans leurs Conférences des moyens de réprimer les piraleries exercées par les
Barbaresques, se sont déterminées à déférer & deux d'entre elles le soin de faire,
au nom de toutes, des représentations sérieuses aux Régences d'Alger, de Tunis et
(Je Tripoli pour les engager à y mettre un terme. La France et l'Angleterre, comme
866 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1819]
les deux Cours dont Tiofluence était la plus puissante sur ces Régences, ont été
désignées pour faire la démarche convenue. Tel est Tobjet d'un protocole arrêté i
Aix-la-Chapelle le 20 novembre 1818. Les deux Cours se sont entendues entre eUes
sur les moyens de Texécuter, et elles ont décidé qu'elles enverraient chacune on
Commissaire à l'elTet de faire aux Régences la notification des dispositions de Tëq-
rope. Le Roi, qui connaît le zèle et les talents de M. le contre-amiral Jurien, a roula
lui donner une marque de sa bienveillance, en faisant choix de lui pour remplir
cette mission.
Le gouvernement britannique a désigné de son côté M. le contre-amiral FreenaDlIe,
commandant des forces navales anglaises dans la Méditerranée. Les Cominissaires
devant s'acquitter conjointement de leur mission, il a été réglé qu'ils se réuniraieoi
& Mahon, dans l'Ile de Minorque, le 28 juillet, en l'époque fixée pour leur réuoiofi.
Monsieur le contre-amiral Jurien fera ses diligences pour y être exactement rendu.
Il s'y transportera h. bord du vaisseau de Sa Majesté Le Coiosse, armé à cet eOet
dans le port de Toulon.
A son arrivée h. Mahon, et après s'être réuni à M. le Commissaire anglais, M. le
contre-amiral Jurien expédiera h. Messieurs les Consuls du Roi à Alger, à Tripoli et
à Tunis les lettres ci-jointes, dont Tobjet est de leur donner connaissance de sa
mission et de les invitera en prévenir le gouvernement des Régences. Il ioformen
en même temps chacun d'eux de l'époque présumée de son arrivée dans sa rési-
dence. U est probable que le Commissaire anglais aura une transmission semblable
k faire aux Consuls de sa nation. M. le contre-amiral Jurien s'entendra donc aveclui
sur cet objet. Si M. le Commissaire anglais jugeait inutile cette communication préa-
lable, M. Jurien s'en abstiendrait également de son côté et garderait la lettre desti-
née aux Consuls. Lorsque les deux Commissaires se seront rendus chacun sur sod
bord devant le port d'Alger, M. le contre-amiral, qui prendra toutes ses mesores
de concert avec M. le Commissaire anglais, fera prévenir de son arrivée M. le Consoi
de France, et demander par son intervention une audience du souverain.
L'objet spécial de l'envoi des deux Commissaires est de notifier dans les lerme:
les plus forts aux Régences barbaresques que toutes les Puissances de l'Europe sool
irrévocablement déterminées à faire cesser un système de piraterie qui n'est pis
seulement contraire aux intérêts généraux de tous les États, mais qui encore déirnit
toute espérance de bonheur et de prospérité pour ceux qui le mettent en pratique:
Que l'eflTet de leur persistance dans un système ennemi de tout commerce pai-
sible serait d'amener une ligue générale de toutes les Puissances de l'Europe, et
que les Régences doivent considérer avant qu'il ne soit trop tard que le résultat de
cette ligue peut mettre leur existence en danger;
Qu'en leur faisant entrevoir les conséquences funestes qu'entraînerait la coot}-
nuation de leurs pirateries, les gouvernements alliés, si elles consentaient à y renoo-
cer, sont disposés non seulement à maintenir avec elles les relations de bouie
intelligence et d'amitié, mais encore k encourager toute espèce de rapports com-
merciaux qui pourraient être avantageux aux sujets respectifs;
Qu'enfin toutes les Puissances de TËurope sont parfaitement unies d'inteolioDs
et de vues sur cet important objet, et que les Commissaires des deux Cours ensoai
les fidèles interprètes.
Tel est le fond des communications que M. le contre-amiral Jurien aura à faire
successivement et de concert avec le Commissaire anglais aux Régences d'Alger,
de Tunis et de Tripoli. Il sera essentiel de conserver dans les communications )ei
termes dont on vient de faire usage, attendu qu'ils ont été adoptés par les deux
Cabinets. H a été réglé que les communications seraient faites par écrit et con-
jointement de la part des deux Commissaires; que pour éviter toute difficulté qusot
à l'idiome dans lequel elles seront faites, elles seront écrites en français et en
anglais, et que chaque Commissaire signera l'exemplaire rédigé en sa langue, lle^t
également convenu que, dans leurs communications verbales avec les gouTe^o^
ments près desquels ils sont envoyés, les Commissaires prendront allernattvemeol
la préséance.
Ils feront tous leurs efforts pour obtenir des réponses écrites aux communier-
lions qu'ils pourront faire, et ne se contenteront de réponses verbales que lorsqu'ils
auront tenté inutilement tous les moyens de se les procurer par écrit. Dans ce dernier
cas, ils consigneront immédiatement par écrit et dans les deux langues les réponses
[1819] AVEC LA COUR DB FRANCE 567
DBYOIZB AU M^ DB8S0LLES.
1124. — Tunis^ 30 août i S19. — Depuis rabolitioQ de la course,
le Gouvernemeiit de la Régence a étudié tous les moyens de se dédom-
mager de la perte des avantages qu'elle lui procurait, en créant de
nouveaux droits qui pèsent principalement sur les chrétiens...
Il a soumis à une quarantaine de dix Jours et à une taxe de dix-huit
piastres fortes tous les bâtiments étrangers. Les principaux comesti-
bles sont affermés à des particuliers qui imposent des taxes arbitraires
sur ces objets. Les Consuls réclament contre cette mesure. Le Bey
reconnaît les droits des Consuls; mais il importe de s*explîquer avec
lui sur les privilèges des nationaux stipulés par Tarticle 18 du traité
de 1742.
« On a célébré la Saint-Louis le 25 août. Un ballon a été lancé; il est
allé tomber à Carthage, près du lieu où le même jour est mort, il y a
six siècles et demi, le saint dont nous célébrions la fête. »
{Affaire» étrangère», C" de Tunis.)
NOTE REMISE A MAHMOUD, BEY DE TUNIS, PAR LE CONTRE-AMIRAL JURIEN.
1125. — Le BardOy à V audience du 27 septembre 1819. — « Prince,
Les Puissances de l'Europe, qui se sont réunies Tannée dernière à
Aix-la-Chapelle, ont déféré à la France et à la Grande-Bretagne le soin
de faire, au nom de toutes, des représentations sérieuses aux Régences
barbaresques sur la nécessité de mettre un terme aux déprédations et
aux violences exercées par les bâtiments armés de ces Régences.
verbales qu'ils auront reçues et en garantiront l'authenticité par leurs signatures
respectives. M. le contre-amiral Jurien verra dans cette instruction commune aux
deux Commissaires ce qu'il aura à faire de son côté pour remplir dans tous ses
détails la mission qui lui est confiée. En réglant à Tavance ces différents détails,
on a cherché à prévenir tout conflit et toute difficulté entre deux agents dont les
fonctions sont exactement les mêmes et qui sont placés sur le même rang. L'alter-
nat surtout est ce qui doit tout concilier, attendu que l'avantage que l'un d'eux
peut avoir en quelque occasion que ce soit est compensé au proflt de l'autre, lors-
qu'une occasion semblable ou analogue vient à s'offrir pour décider quel est le pre-
mier qui doit jouir de la préséance. Les deux Commissaires ne peuvent que se
régler sur ce qui a été fait dans des occasions toutes récentes et consulter l'ordre
alphabétique du nom des deux Puissances. Cette méthode, qui assure au Commis-
saire français ce léger avantage sur celui de la Grande-Bretagne, a été adoptée à
Vienne et à Aix-la-Chapelle pour déterminer la préséance des ambassadeurs des
Cours qui y étaient représentées, et il a été convenu qu'il en serait usé de même
sorte dans les occasions où elles auraient k faire des transactions ou des démarches
simultanées.
S'il se présentait quelque cas qui n'eût pas été prévu dans ces instructions,
M. Jurien s'entendrait avec M. le Commissaire anglais pour le résoudre dans le sens
le plus conforme à l'esprit dans lequel elles ont été rédigées, et en général il aura
soin, tout en maintenant la dignité du caractère dont il est revêtu, de mettre dans
les rapports avec son collègue toute la facilité et tous les égards personnels propres
à conserver entre eux la meilleure intelligence. •
(Affairée étrangère», O*^ de Tuni».)
568 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1819]
Nous venons au nom de S. M. le Roi de France et de Navarre, de
S. M. le Roi du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande
comme leurs Commissaires, vous notifier les dispositions des Puissances
de FEurope. Ces Puissances sont irrévocablement déterminées à faire
cesser un système de piraterie qui n'est pas seulement contraire
aux intérêts généraux de tous les États, mais qui encore est destructif
de toute espérance de prospérité pour ceux qui le mettent en pratique.
Si les Régences persistaient dans un système ennemi de tout com-
merce paisible, elles provoqueraient inévitablement contre elles une
ligue générale des Puissances de TEurope, et elles doivent considérer,
avant qu'il soit trop tard, que l'effet d'une telle ligue peut mettre en
danger leur existence même.
Mais en môme temps que nous vous faisons entrevoir les consé-
quences funestes qu'entraînerait la continuation des pirateries qaî
excitent les plaintes de l'Europe, nous nous empressons, Prince, de
vous assurer que, si les Régences renoncent à un système aussi
désastreux, les Puissances sont non seulement disposées à maintenir
avec elles des relations de bonne intelligence et d'amitié, mais encore
à encourager toute espèce de rapports commerciaux qui pourraient être
avantageux aux sujets respectifs.
Les Puissances au nom desquelles nous avons l'honneur de nous
exprimer sont parfaitement unies sur l'important objet de la mission
que nous avons été chargés de remplir près de Votre Altesse et non?
sommes les fidèles interprètes de leurs intentions.
Nous espérons, Prince, qu'éclairé sur vos véritables intérêts, vous
n'hésiterez pas à répondre d'une manière satisfaisante aux demandes
que nous venons vous présenter. Les Puissances alliées se borneot à
vouloir que les Régences barbaresques respectent des droits et des
usages consacrés par toutes les nations civilisées, et si les Régences pré-
tendai,ent pouvoir inquiéter à leur gré le commerce des autres nations,
elles attireraient inévitablement sur elles les armes de toute l'Europe.
Veuillez donc bien. Prince, nous donner les assurances que LL. MM.
les Rois de France et de la Grande-Bretagne attendent de vous et
sont impatientes de transmettre à leurs alliés sur un objet qu'elles ont
si profondément à cœur. Mais dans une circonstance aussi grave, d?s
promesses verbales ne suffiraient pas; il s'agit d'un pacte solennel de
la plus haute importance pour la sécurité des navigateurs et du com-
merce de tous les Ëtats ; et, puisque nous vous déclarons par écrit les
intentions des Puissances alliées, nous sommes fondés à croire que
vous répondrez de la même manière à une telle démarche.
[1819] AYBG LA COUR DE FRANGE 569
Nous nous empresserons de faire parvenir à nos gouvernements
l'engagement positif que vous nous remettrez, car nous vous le répé-
tons, Prince, nous n'admettrons pas que vous puissiez repousser des
propositions qui tendent à vous faire recueillir promptement tous les
avantages des rapports commerciaux garantis par le respect pour le
droit des gens. Nous sommes avec respect, etc. » '.
Signé : Jurien. Freemantle.
{Affaires étrangères, C'* de Tunis.)
MAHMOUD, BEY DE TUNIS, AU CONTRE-AMIRAL JURIEN.
1126. — Le Bardo^ 29 septembre i 8i9. — « De la part du serviteur
de Dieu miséricordieux dont il espère l'assistance, Mahmoud-Pacha,
1. Rapport sur Vaudience accordée par le Bey de Tunis à MM. les Commissaires
français et anglais. — • Le 24 septembre 1819, Messieurs le Commissaires de Leurs
Majestés les Rois de France et d'Angleterre firent demander par leurs Consuls res-
pectifs à Son Altesse le Pacha-Bey de Tunis une audience qui leur fut accordée
pour le 27 à 9 heures du matin. En conséquence, MM. les Commissaires se rendirent
en voiture h. l'heure indiquée au Palais de Son Altesse, accompagnés de MM. les
Consuls généraux et d'officiers d'état-major. Son Altesse les reçut assise dans un
grand fauteuil, entourée de son Pils, de ses ministres et de ses principaux officiers.
Messieurs les Commissaires dirent : — Nous avons l'honneur de remettre à Votre
Altesse les notifications de Leurs Majestés les Rois de France et d'Angleterre, et
nous vous prions de vouloir bien nous donner une réponse écrite que nous puissions
transmettre à nos souverains. — Son Altesse reçut de chacun de Messieurs les Com-
missaires cette pièce écrite dans leur langue, traduite en arabe et toutes les trois
revêtues de la signature des deux Commissaires. Son Altesse les remit à son fils,
qui s'éloigna pour en prendre connaissance; elle invita Messieurs les Commissaires
à s'asseoir dans deux fauteuils qu'elle avait fait placer près d'elle ; des chaises furent
données aux personnes de leur suite; et alors elle fit venir du café qu'elle prit
avec eux.
Son Altesse fit à MM. les Commissaires plusieurs questions relatives à leur mis-
sion ; la difficulté de se faire bien entendre les engagea à répondre que leurs demandes
étaient contenues dans les pièces qu'ils venaient de lui remettre, et qu'ils en atten-
daient la réponse par écrit.
Peu de temps après le fils du Bey revint, parla à son père et dit avec véhémence
que l'on accorderait sans doute une réponse, mais qu'il fallait le temps de réfléchir,
parce qu'il n'avait pas encore pu bien comprendre l'écrit qu'on avait remis 'à
Son Altesse.
Monsieur le Commissaire anglais observa qu'ils étaient depuis plusieurs jours à
Tunis, qu'il fallait peu de temps pour faire une réponse aussi simple, qu'ils Tatten-
daient au Palais, et qu'ils osaient espérer de la bonté de Son Altesse qu'elle voudrait
bien la hâter. Aussitôt le fils du Bey et les Ministres sortirent et revinrent annon-
cer, un quart d'heure après, que Son Altesse ferait parvenir une réponse écrite ce
même soir ou demain matin au plus tard, et que suivant leurs désirs elle leur serait
adressée en double expédition.
Les Commissaires allaient prendre congé de Son Altesse, qui déjà les avait chargés
de présenter ses hommages à leurs souverains, lorsqu'à la sollicitation de MM. les
Consuls généraux, ils présentèrent à Son Altesse une note par laquelle ils récla-
maient contre les atteintes portées aux capitulations avec cette Régence. Quoique
cet objet fût étranger à leur mission, MM. les Commissaires appuyèrent d'autant
plus volontiers ces observations que tous les Consuls européens formaient des
plaintes semblables. Son Altesse promit justice et MM. les Commissaires prirent
congé d'elle. »
Signe' : Jurieh. FRBBaiA:«Ti.E.
870 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1819
maître du trône de la ville de Tunis la bien gardée, etc., etc., — Qae
Dieu le conserve ! — Amen.
A notre ami le chevalier Jurien, commandant et contre-amiral fran-
çais.
Nous avons reçu votre notification et nous avons compris tout le
contenu de votre demande, dans laquelle vous nous dites que vous êtes
envoyé auprès de nous par le Roi de France et de Navarre, conjointe-
ment avec le vice-amiral chevalier Freemantle, commandant anglais,
pour nous entretenir au nom de vos souverains, ainsi qu'au nom de
tous les souverains de l'Europe, que vous nous dites avoir formé an
Ck)ngrès Tannée dernière à Aix-la-Chapelle, dans lequel les dites Puis-
sances sont convenues de s'adresser aux Puissances barbaresques pour
l'abolition des corsaires qui sortent de leurs ports, naviguent, font les
pirates et gâtent le commerce universel par leurs vols et leurs pira-
teries.
Notre réponse à ce sujet est :
Qu'on nomme voleur et pirate celui qui se rend maître de bàtimenU
et d'effets sans motifs, sans justice et hors de toute règle, abolil tous
les usages et annule aussi les traités. Quant à nous, grâces soiest
rendues à Dieul on n'a jamais éprouvé, ni ouï dire que dans nos ports
on ait manqué aux usages ni aux traités, pour recevoir une pareille
intimation de votre part, ce qui n'est pas convenant, puisque par le
passé on nous a pris le bien de nos négociants et manqué aux traités
d'amitié par des personnes dont nous n'aurions jamais cru que cela
eût pu avoir lieu. Us ont pris les bâtiments de leurs ennemis mouillés
dans nos ports, sous notre pavillon, et nous avons été obligé de payer
leur valeur â qui ils appartenaient, et cela s'est fait pour respecter
les traités; nous en avons demandé la restitution à la nation qui les a
pris; elle n'a jamais voulu y consentir, et n'a pas même daigné nous
répondre à ce sujet, et elle a oublié le respect dû aux traités.
Il est connu de tout le monde que, lorsque deux Puissances sont en
guerre entre elles, elles cherchent à se faire le plus de mal possible.
Nous étions en guerre par le passé avec les Napolitains, SiciiteDS,
Sardes, Romains; ils nous ont pris nos bâtiments et nos effets, et nous
avons pris de notre côté ceux qui leur appartenaient. Les usages et les
traités que nous avions à cette époque avec toutes les nations avec qui
nous étions en paix étaient qu'elles ne pouvaient protéger nos ennemis,
et nous ne pouvions, par représailles, protéger les leurs; mais il est
prouvé que les Puissances nos amies ont protégé nos ennemis et nous
ont obligé de payer tout ce qu'elles ont demandé, et nous les avons
[1849] AVEC LA COUR DE FRANCE 571
satisfaites par respect pour les circonstances et poar leur donner une
preuve de notre amitié; mais elles ont violé les traités. Ces mêmes
Puissances, nos amies, nous ont également obligé, en cas que leurs
ennemis amenassent des prises dans nos ports, à ne pas les laisser
vendre; nous l'avons accordé à notre détriment. Gomment appeler
pirate et voleur celui qui souffre de pareilles vexations, et comment ne
doit-on pas se fier à sa parole?
Vous nous dites encore que toutes les Puissances de TEurope sont
convenues de nous obliger d'abolir nos armements, et si nous n'y. con-
sentions pas, que toutes les Puissances se ligueraient contre nous, et si
nous nous repentions par la suite, ce serait trop tard. Notre réponse à
cet article est que depuis longtemps nous n'avons armé de corsaires,
et nous n'avons point d'ennemis à molester, et nous ne pensons pas
d'armer en ce temps-ci. Cependant, si quelqu'un cherchait à troubler
notre repos, ou s'il arrivait quelque chose qui touchât notre honneur,
nous nous défendrions de toutes nos forces et pouvoir, et nous ne
négligerions rien, parce que les vexations et le déshonneur ne sont pas
tolérables aux personnes de caractère et d'honneur...
Gomment pouvons-nous consentir à la demande que vous nous faites
de ne pouvoir plus armer nos bâtiments? Et si, par cas, la guerre
éclatait entre une Puissance et la Porte ottomane, que lui répondrions-
nous, lorsqu'elle nous requerrait d'armer nos bâtiments pour aller à
son secours, suivant l'usage que nous avons toujours pratiqué?
Yoilà tout ce que nous avons à dire; et c'est la vérité. Si puis vous
voulez mépriser la justice et venir nous inquiéter sans aucun motif, il
y a un Dieu tout-puissant qui veille sur tous. »
(Sceau) (Affaires étrangères^ C^*de Tunis.)
LE CONTRE-AMIRAL JURIEN AU M** DE8S0LLBS.
1127. — A bord du « Colosse », en rade de Tunis ^ 30 septembre i 819.
— «... Dès notre arrivée nous remîmes à nos Gonsuls respectifs une note
par laquelle nous les invitâmes à faire connaître au Bey que nous dési-
rions l'entretenir sur un objet fort important; cette démarche nous fut
dictée par l'assurance que l'on nous donna que Son Altesse ne voulait
pas nous recevoir et que son fils et ses ministres avaient l'intention
d'empêcher cette entrevue. La réponse que nous avons eue à la suite
de cette audience contient des récriminations qui portent particulière^
ment sur la conduite de la nation anglaise. Le mélange de fierté et
^humilité de cette pièce fera connaître à Votre Excellence l'inquiétude
que notre présence a donnée à cette Régence.
Depuis longtemps les Gonsuls européens avaient à se plaindre de
572 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1819;
la mauvaise foi du gouvernement tunisien; ils nous adressèreol ainsi
que les négociants français des réclamations à ce sujet, et quoique cet
objet fût étranger à notre mission, nous crûmes, M. Tamiral anglaise!
moi, devoir en entretenir Son Altesse et demander la réforme des trois
articles principaux suivants :
1* Celui des teskerets ou billets de sortie des denrées. Ils en reçoiveot
le payement, font naître des obstacles pour l'embarquement, et TaDDée
écoulée Targent est perdu ;
2<> La perception du droit de douane sur le prix de la vente du pays,
ce qui le fait monter non pas à 3 0/0, comme le portent les traités, mm
bien à 6 0/0 ;
3<> La protection accordée à des Français qui quittent celle de l'agent
du gouvernement pour le calomnier et traverser de toute manière les
intérêts de leur patrie.
Son Altesse promit justice et annonça qu'elle réglerait cette affaire
avec MM. les Consuls généraux... »
{Affaires étrangères y C»* de Tunis.)
LE CONTRE-AMIRAL JURIBN A MAHMOUD , BEY DE TUNIS.
1128. — Aade de Tunis ^ 30 septembre f 8/9. — Sa mission termi-
née, il lui restait plusieurs questions à régler avec le Bey. Il confie cette
tâche au zèle du chevalier Devoize, et il se borne à les recommander à
l'attention de la justice du Bey, particulièrement en ce qui concerne les
trois articles suivants :
Le mode de perception du droit de douane;
La prescription imposée après un an à des teskerets qui, acquis avec
du numéraire, doivent en conserver la valeur;
« La protection que cherchent dans les États du Bey de mau-
vais Français qui, abusant du respect que le Consul du Roi a pour ce
Prince, déchirent leur patrie, et poussent Taudace jusqu'à insulter daos
leurs discours la personne de leur souverain et de son représentant.
L'apostasie est le seul c.is qui puisse soustraire un Français à
l'autorité de l'agent de sa nation. »
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
DEVOlZE AU M^' DESSOLLES.
1 129. — Tunis, 20 octobre / 5 / 9. — « Le 21 du mois dernier, le vais-
seau du Roi Le Colosse, aux ordres de M. le contre-amiral Jurien,
jeta l'ancre vers le cap Carthage, en même temps qu'une division
anglaise composée d'un vaisseau, d'une frégate, d'un brick et d'une
goélette, aux ordres de M. l'amiral Freemantle. Quelques jours après,
la frégate française La Galathée, venant de Toulon, se joignit au
Colosse... »
[1819] AVEC LA COUR DE FRANCE S73
Suit le détail de la négociation du vice-amiral Jurien. « L'union
intime de deux Puissances toujours réputées rivales et Tharmonie par-
faite qu*on a vu régner entre les deux Commissaires ont fait une grande
impression sur le gouvernement de cette Régence... »
Les divisions françaises et anglaises sont parties le 1*' octobre pour
Tripoli, afin d'achever leur mission *.
Le Consul anglais Oglander et lui continuent les négociations avec le
Bey, qui a laissé entrevoir les dispositions les plus favorables. Devoize
espère pouvoir s'embarquer bientôt avec sa famille, afin de jouir du
congé qui lui a été accordé. {Affaires éirangèresy C" de Tunis.)
DEVOIZB AU M** DESSOLLES.
1130. Tunis, 20 octobre i 8J9. — Ia cour de Naples envoie de
riches présents au Bey, entre autres une calèche, et verse en payement
anticipé de la redevance 5,000 piastres fortes. Suit une description
détaillée de la voiture à quatre roues.
« Ces détails ne présentent pas un grand intérêt, mais j'ai pensé que
des attentions aussi recherchées de la part de la cour de Naples
envers cette Régence, dans une circonstance qui l'invitait à s'en dis-
penser, pouvaient arrêter l'attention de Votre Excellence sur une poli-
tique qui dévoile le projet d'obtenir la possession de Tabarque, avec le
privilège exclusif de la pèche du corail dans les mers de Tunis...
Peut-être la cour de Naples a-t-elle aussi le projet de nous supplanter
à Alger et d'obtenir à tout prix nos concessions... »
(Affaires étrangères, C*" de Tunis,)
MAHMOUD, BEY DE TUNIS, A LOUIS XVIII.
1131. — Tunis, 3 novembre J8J9. — « Au plus glorieux des Princes
de la religion du Messie, au modèle des Rois parmi les nations chré-
tiennes, notre sincère, grand, magnifique, illustre et très honoré ami,*
Sa Majesté le Roi de France. — Que Dieu lui accorde une longue vie ! —
Après vous avoir offert nos salutations abondantes, pris des informa-
tions de votre santé et fait des vœux pour votre bien-être, nous vous
informons que nous vous écrivons la présente lettre afin que vous vous
souveniez que, lorsque Dieu, par un effet de sa grâce, nous a accordé le
gouvernement de la Régence de Tunis, nous vous avons témoigné notre
désir de voir revenir votre Consul Devoize à la place qu'il occupait pré-
cédemment. Vous avez bien voulu avoir égard à cette demande. Mainte-
1. Voy. sur la mission des amiraux Jurien et Freemantle auprès du Dey d'Alger,
en septembre 1819, et sur la notification faite à ce Prince des décisions d'Âix-la-
Chapelle, Correspondance des Deys d'Alger avec la Cour de France, t. II, p. 543. —
Le Ministre adressa des félicitations à Tamiral Jurien, le 6 janvier 1820.
S74 GORRESPOtrUANGE DES BEYS ET DES CONSULS [1819]
nant nous apprenons qu'il va pwtir dans peu pour la France, confo^
mément au congé que vous lui aret accordé dans rintenlioD de se
reposer, motif auquel nous ne pouvons point nous opposer. Noos
éprouvons cependant beaucoup de regrets de la séparatioD d'oo
Consul que nous aimions d'une amitié sincère, à CiMse des scias qu il
prend pour entretenir la paix entre les deux empires, %i de la pureté
de ses intentions, comme aussi à cause de la bonne condûte qu'il a
tenue pendant un séjour de plus de trente ans. Nous lui rendons ce
témoignage du fond du cœur. Nous l'avons chargé de vous faire eoQ-
naltre que nous entretenons la paix qui existe entre nous et que nous
persistons dans les sentiments d*amitié et d'attachement, et cela grâc«
aux soins dudit Consul. C'est pour que cette amitié s'accroisse encore
de jour en jour que nous lui remettons pour vous cette lettre. Noos
espérons que vous vous souviendrez de nous tant que dureront les
nuits et les jours. »
(Sceau) (AfCairta étrangères^ C*** de Tum,)
MALIVOIRE ' AU M*» DESSOLLES.
1132. — Tunis y 4 novembre 1St9, — Devoize est parti aujourd'hui
avec toute sa famille. Ce Consul a emporté toute sa correspondance de
1792 à Tan X, et il lui a laissé des instructions auxquelles il ne man-
quera pas de se conformer *. {Affaires étrangères, C" de Tunit.)
1133. — Funisy 4 novembre 1819. — Inventaire des registres,
livres, pièces de réclamations du Consulat général de France à Tuois.
remis par Devoize à M. Malivoire, Vice-Consul, le 3 novembre 1819'.
(Affaires étrangères, C*» de Tunis.)
1. Voy. la noie 2, p. 546.
2. Instructions de Devoize à Malivoire, — Tunis, î novembre #*#9. — - Le sieur
Vice-Consul doit protéger les Français, favoriser leur commerce, leur coDserTer la
tranquillité et la considération dont ils jouissent dans ce moment. Mais il ne doit
jamais engager pour eux des affaires sérieuses avec le gouvernement de TudIs... •
Devoize lui signale les réclamations de la France restées en suspens : celle des
quatre bâtiments de guerre et de huit navires marchands enlevés par les Anglais
dans les eaux de Tunis; ensuite l'aiïaire des 173,000 piastres redues par le Bey à
Aguillon pour la prise anglaise VOaan et à Pontus pour la prise américaine U
Strabrock; enfln les prétentions du Bey dans TafTaire de La Mabrouka coofisqaeeâ
Trieste.
• Le sieiir Vice-Consul connaît le degré d'égards etde confiance qu'il peut montrer
à chacun des Consuls étrangers... Il soutiendra la préséance que Sa Majesté exigs
pour son Consul... La Mission des Capucins étant sous la protection immédiate dr
Sa Majesté, le sieur Vice-Consul doit en surveiller le chef, et lui rendre les meil-
leurs offices lorsqu'il les méritera. Cet établissement de piété jouit, ainsi que ceui
du commerce français, des droits et franchises déterminés dans nos traités avec 1^
Bey de Tunis. 11 faut en maintenir les avantages et les prérogatives a la nation
ainsi qu'à ces religieux... » {Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
3. Nous avons déjà signalé les cartons relatifs à la gestion de Devoize consenrès
dans les Archives de la Résidence française à Tunis,
[1819] AVEC LA COUR DE FRANCE 875
MALIYOIRB AU BARON PASQUIER '.
1134. — Tunis j 20 novembre i 819, — Le Bey a remis les rênes du
gouvernement à son fils aîné, Prince faible, enclin à faire le bien, mais
caractère facile à influencer. Les conseils qu'il écoute ne tendent qu'à
augmenter son goût pour la richesse et la dépense. Malivoire croit qu*il
y a lieu de renouveler les traités. Devoize a envoyé un projet, mais le
Bey ne veut pas exécuter l'article de ces traités qui nous met au
niveau des nations les plus favorisées.
Aucun bateau corailleur n'a paru sur les côtes de Tunis pendant la
dernière saison. (Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
DEVOIZE AU BARON PASQUIER.
1135. — Lazaret de Foulon^ 24 novembre 1 8i9. — Avant de partir,
il a réglé de concert avec Oglander TafTaire des teskerets surannés. Le
Bey reconnaît devoir 55,000 piastres pour ces teskerets, mais il les
retient comme acompte de ce que le gouvernement français lui doit.
Devoize a reproché au Bey de pratiquer une extorsion injurieuse au
gouvernement français et s'est retiré assez brusquement. Le Bey lui
a dépêché son interprète et a consenti à verser la somme. Hossein-Bey a
l'intention de concentrer entre ses mains tout le commerce d'exporta-
tion.
Le Bey a déclaré qu'il n'accorderait pas sa protection aux Français
ou aux Anglais qui voudraient se soustraire à l'autorité de leur Consul,
et qu'il traiterait les sujets de ces nations comme les Tunisiens sont
traités dans ces deux États. Il ne leur fera payer que 3 0/0 de droits de
douane, lorsqu'il apprendra qu'à Malte et à Marseille les Tunisiens ne
payent également que 3 0/0. {Affaires étrangères, C" de Tunis.)
MALIVOIRE AU BARON PASQUIER.
1136. — Tunis, /" décembre 1819. — Le Bey ne délivrera plus de
teskerets. Les négociants étrangers devront s'adressera leur Consul, qui
fera part des demandes au Bey, lequel désignera la personne qui fera
la vente. Les négociants français* ont envoyé une protestation; les
Consuls étrangers ' ont écrit une lettre collective au Bey, lettre qu'ils
ont prié Malivoire de rédiger, et à laquelle le Bey n'a pas encore
répondu. {Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
MÀLIV01RE AU BARON PASQUIER.
1137. — Twms, 5 décembre 1819. — Depuis longtemps le Bey, ne
1. Ëtienne-Denis baron Pasquier, pair de France, Ministre des Affaires étrangères
du 19 novembre 1819 au 13 décembre 1821.
2. MM. Fuzier, Chapelié, Pérasso, Ré, Arnaud, Bourrilhon.
3. MM. Malivoire (France), Oglander (Angleterre), Palma (Sardaigne), de Martino
(Naples), Stilh (États-Unis), Kénutsen (Danemark), Tulin (Suède), Scier (Espagne).
576 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1819]
croyant pas sa marine en sûreté à La Goulette, avait le projet de la
transférer de nouveau à Porto-Farina. L'ingénieur français Cubisol a
remis en état le canal de ce port, ainsi que la passe du lac. Le Bey est
persuadé que ses navires y seront à Tabri de toute entreprise hostile.
{Affaires élrangèreSy C**' de Tunis,)
MALIVOIRE AU BARON PASQUIER.
1138. — Tunisy i9 décembre 1 819. — Le Bey n'ayant pas répondu
à la lettre collective des Consuls, ceux-ci lui en ont écrit une seconde
dans le même sens \ {Affaires étrangères^ C^ de Tunis.)
MALIVOIRB AU BARON PASQUIER.
1139. — 7 unw, / 9 décembre J 819.-1,6 Bey a répondu aux Consuls
que les commerçants étrangers pourraient faire leurs achats comme
auparavant, à condition qu*ils ne se mêlent pas des articles déclarés de
contrebande. Malivoire croit que le Bey n'a qu*à déclarer tous les
1. TuniSy il novembre 18i9. — - Les soussignés Consuls généraux représenteot à
S. A. Mahmoud-Bey que Tarticle des Capitulations qui leur assure en termes for-
mels l'exemption de tous droits quelconques sur tous les objets de subsistaDce,
boissons et marchandises nécessaires à leurs maisons et celles de leurs oationaui,
est bien loin depuis quelque temps de recevoir sa pleine exécution. Les soussigiii^
comme agents diplomatiques, ont le droit incontestable de faire venir deTétraDEcr.
d'acheter sur le pays et dans les ports du royaume leurs provisions, sans être sou-
mis directement ni indirectement à aucune espèce de taxe, et rien de ce qui peut
servir à leur usage et doit être consommé dans leurs maisons ne peut être consi-
déré comme introduit en contrebande. Ces privilèges, consacrés par le temps et le?
traités, ont été constamment respectés par les gouvernements de Tunis depuis l'etv
blissement des Consuls... Les soussignés ne peuvent se dispenser d'adresser à S. A.
les plus sérieuses représentations sur des actes qui blessent leur caractère publi
et les confond avec les autres chrétiens des pays soumis A des impositions...*
TuniSy le tS décembre i819, — - Les soussignés Consuls généraux et chargés
d'alTaires accrédités près de V. A. pour les diverses Puissances que chacun d'eui
représente aimaient à se flatter que V. A. aurait eu égard aux observations qu'ils
ont pris la liberté de lui présenter concernant la notification qui leur fui fait^
d'un nouveau règlement de commerce qu'elle se proposait d'introduire dans ceiu
Régence; ils espéraient qu'elle voudrait bien faire une réponse â la lettre quib
ont eu l'honneur de lui adresser le 21 du mois dernier. 11 est bien fAcheux pour
eux de voir que leur attente jusqu'à présent est sans aucun résultat, et que Ieiir>
réclamations n'ont pas encore été l'objet de l'attention de V. A. L'alTaire cependani
leur semble d'une importance si grande et si sérieuse qu'ils ne peuvent se dispeoâcr
de renouveler leurs observations dans tout leur contenu, et de solliciter de V- A-
qu'elle veuille bien leur faire connaître ses intentions là-dessus.
Dans l'espérance d'être honorés d'une réponse, ils ont différé jusqu'à présent de
rendre un compte détaillé de celte affaire à leurs gouvernements. 11 leur eût éu
fort agréable d'avoir à transmettre un témoignage de la considératioo de V. A. i
leur égard. Sans se permettre d'interpréter le motif qui donne lieu au silence
qu'elle garde sur un objet qui est d'un intérêt majeur, ils supplient instammeDi
V. A. de faire cesser leur incertitude en les favorisant d'une réponse, qui, ils d^i^
doutent nullement, sera satisfaisante, afin qu'ils puissent donner une nouvelie
preuve de la sagesse et justice de V. A. dans cette occasion à leurs Cours respec-
tives. » Signe' : Malivoire, Oglander, Tulin, Palma di Borgo Franco, de Martino,
Stilh, Pierre Soler (Vice-Consul), Kénutsen.
[1820] AVEC LA COUR DE FRANCE 877
articles d'exportation de contrebande pour éluder les traités. Il joint la
traduction de la lettre du Bey *. [Affaires étranghes, C»*» de Tunis.)
MÀLIVOIRB AU BARON PASQUIER.
1140. — Tunis ^ 1 6 janvier 1 820, — 11 envoie le tarif des douanes de
Tunis. Le député du commerce et le courtier du Consulat l'ont beaucoup
aidé pour la traduction en français.
Il fait observer que le mode actuel de perception des droits qui a
remplacé le tarif du 7 février 1753 est fort nuisible au commerce.
MARCHANDISES
Acier
Alun
Amandes . . . .
Benjoin
Café
Cassonade. . . .
Cannelle
Girofle
Cochenille. . . .
Céruse
Camphre . . . .
Draps S*-Pons . .
— londrins .
— Elbeuf . .
Élain
Bois
Fer
Aspic
Gingembre. . . .
Garance
Laine d'Espagne.
Miel
Minium
Mouchoirs. . . .
Noix muscade. .
Opium
Poivre
Peignes
Papier
Sucre
Safran
Soufre
Tartre
Verdel
Vermillon . . . .
TARIF DE DOUANE
de 1753
18 piastres
12 —
20 —
350 —
50 —
28 —
3 —
100 —
12 —
12 —
3 —
40 —
60 —
150 —
60 —
40 —
12 —
4 —
30 —
30 —
180 —
20 —
15 —
12 —
5 —
4 —
70 —
10 —
20 —
35 —
10 —
7 —
16 —
100 —
320 —
TARIF JOURNALIER
de 1820
le quintal.
22 piastres
24 —
—
45
800
—
150
—
—
80
—
la rotte.
450
—
le quintal,
la rotte.
150
50
—
le quintal.
25
—
la rotte.
5
—
le pic.
5
6
I
14
—
le quintaL
150
180
I
—
18
—
—
18
—
80
—
—
60
—
500
—
—
35
—
25
—
la douzaine.
20
—
la rotte.
6
—
—
20
—
le quintal.
100
20
I
—
54
90
—
—
50
—
—
20
—
—
50
—
150
—
■_
900
—
le quintaL
la rotte.
le quintal,
la rutte.
le quintaL
la rotte.
le pic.
— le quintal.
la douzaine,
la rotte.
1. Le Bardo, 2M décembre 1819. — «... Nous n'avons prohibé à aucun de vos négo-
ciants de faire le commerce avec les nôtres, ni pour le passé, ni pour l'avenir, dans
tous les ports de notre royaume, mais pour les objets qui sont reconnus de contre-
bande, il est certain que personne ne pourra point s'en mêler, ni en acheter sans
un ordre exprès de notre part... »
37
578 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DBS CONSULS [iSiO]
MALIYOIRE AU BARON PASQUIER.
1141. — Tunis, 27 janvier iS20. — Il envoie l'état des forces
navales de la Régence, actuellement au mouillage à Porto-Farina.
« Il est bien difficile d'évaluer même approximativement la dépense
que peut occasionner cette marine, mais elle doit être bien médiocre.
Les ouvriers ont un salaire peu élevé ; les matériaux proviennent des
redevances payées par les Puissances du Nord. Suit le tableaa de la
marine tunisienne : 3 gabares jadis françaises achetées à Malte, de
28 canons chacune, i frégate de 50 canons, 4 corvettes de 24 et
18 canons, 1 de 22 canons, 1 brick de i8 canons, 1 de 14 canons,
2 chebeks de 14 et 12 canons, 1 goélette de 16 canons, 1 de 15, 1 de 8,
1 de 6, 2 bâtiments à voiles latines, 80 chaloupes canonnières de
1 canon, 4 de 2 canons, 1 bombardièreà 1 mortier, 2 autres à 1 mortier
et 2 canons, 1 corvette en construction, au total : 105 bâtiments, tous
désarmés. » {Affaires étrangères, C*** de Tunù,)
MALIVOIRE AU BARON PASQUIER.
1142. — Tunis, 27 janvier 1 820, — Dans une conversation qu'il eut
avec Malivoire et Oglander, le Bey a déclaré « qu'il ne souffrirait pins
désormais que Ton dépouillât son pays pour approvisionner les nôtres,
et que dorénavant il ne laisserait plus rien sortir... Les négocianU
français, en apprenant que les huiles étaient en hausse à Marseille,
ont commencé à négocier avec la personne préposée par le Bey pour
toutes les ventes faites pour son compte ^.. »
{Affaires étrangères, (?•* de Tunis.)
UALIVOIRE AU BARON PASQUIER.
1143. — Tunis, 25 mars i 820. — Le Bey se plaint que son agent à
Marseille, Alexandre Gierra *, n'ait pas encore été reconnu; il est allt
jusqu'à menacer d'exercer la réciprocité envers les agents français.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
MALIVOIRE AU BARON PASQUIER.
1144. ■— Tunisy 22 avril 1820, — Le Bey lui a fait de nouveaH
demander quels motifs s'opposaient à ce que son agent à Marseille
soit reconnu. Malivoire pense que cet agent devrait être tout au plus.
1. • Le quintal de Tunis, composé de 100 rottes, vaut 51 kilogrammes. Les droiUde
sortie varient suivant la fantaisie du Bey. Les blés et les orges ont payé 65 0 0, le»
autres graines 20 0/0, les huiles 64 0/0, les éponges 10 0/0, les laines et les dattes sont
exemptes de droits de sortie; les dattes payent 4 0/0 de douane, les laines 8 OD;
les cuirs et les cires sont afTermés. » {Affaires étrangères, C*" de Tunis.)
2. Chrétien d'origine tabarquine, ancien drogmanà La Galle, nommé par Hassuoa
Morali agent tunisien à Marseille. Voy. le diplôme qui lui a été délivré par ce
dernier pour l'exercice de cette nouvelle fonction. {Affaires étrangères, €^^ de Timi*.)
[1820] AVEC LA COUR DE FRANCE 879
comme ceux de Malte et de Gibraltar, un facteur destiné à servir les
Tunisiens dans leurs affaires commerciales.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
MÀLIYOIRE AU BARON PÀSQUIER.
1145. — Tunisy 18 juin 1 820. — La guerre avec les Algériens a
repris son cours. Ceux-ci ont capturé plusieurs bâtiments tunisiens ^
Les Américains ont déclaré aux Régences qu'ils ne souffriraient plus
aucune visite des corsaires barbaresques sur leurs navires.
{Affaires étrangères, C*'» de Tunis.)
LE BARON PASQUIER A MALIVOIRE.
1146. — Paris, 16 juillet 1 820. — Il revient sur les droits de la
France au sujet de la pêche du corail dans les eaux tunisiennes.
« ... Je n'ai point sollicité pour Gierra Vexequatur de Sa Majesté et je
Tai autorisé, par une simple lettre, à soigner les affaires des sujets de la
Régence qui viennent à Marseille dans Vintention d'y commercer-, on ne
lui donnera d'ailleurs aucun titre... De votre côté, vous vous conten-
terez, en cas de réclamations de la part du Bey, de lui citer l'exemple
des Anglais à Malte et à Gibraltar... »
Les propriétés des sujets tunisiens èi bord des bâtiments français
doivent être respectées. Le Ministre prie Malivoire de lui dire exacte-
ment le sens et le succès des démarches faites par les Américains, en
ce qui concerne le droit de visite des corsaires barbaresques. Malivoire
réclamera le traitement de la nation la plus favorisée.
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
UALIVOIRE AU BARON PASQUIER.
1147. — Tunis, 20 octobre 1820. — Malivoire a arraché au Bey la
promesse formelle que ses corsaires s'abstiendraient de visiter les bâti-
ments français, et que la reconnaissance se ferait sans aucune commu-
nication entre eux. {Affaires étrangères, C^^de Tunis.)
LOUIS XVIII A MAHMOUD, BEY DE TUNIS.
1148.— Pam, 20 décembre 1820. — « Illustre et magnifique Sei-
gneur, Nous avons reçu la lettre que vous avez écrite pour nous faire
connaître la satisfaction que vous a fait éprouver la manière dont le sieur
Devoize, notre Consul général et chargé d'affaires, a rempli la mission
que nous lui avions confiée près de vous. Il nous a été agréable d'appren-
dre que ce fidèle serviteur ait donné des soins pendant si longtemps et
avec un si heureux succès pour maintenir la bonne harmonie entre notre
1. Il s'agissait encore une fois de réprimer les incursions des Algériens de la
province de Gonstantine et les razzias de ces derniers sur le territoire tunisien.
Voy. sur ces nouvelles hostilités les Annales tunisiennes^ p. 338.
580 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [18^1
Empire et les États que vous gouvernez, et surtout que ce soit en se
conformant à nos ordres qu'il ait su se concilier votre estime particu-
lière et votre confiance, ce qui lui a mérité également notre approbation.
Nous sommes très touché des sentiments que vous nous avez exprimés;
nous ne doutons pas que vous ne nous les conserviez toujours, et la
preuve la plus forte que nous puissions en recevoir est que vous fassiez
exécuter les traités qui subsistent entre la France et la Régence, et que
vous accordiez à nos sujets dans toute l'étendue de vos États la plus
grande sûreté pour leurs personnes et pour leurs propriétés. C'est
avec un véritable plaisir que nous saisissons cette occasion pour vous
renouveler les assurances de notre haute bienveillance et de noire
sincère affection. Sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait, illustre et
magnifique Seigneur, en sa sainte et digne garde. »
{Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
LE BARON PASQUIBR A MALIVOIRE.
1149. — Paris, 14 mai i 821 , — «... D'après le peu de succès qu'ont
obtenu ceux de nos corailleurs qui ont été pêcher l'été dernier sur la
c6te de Bizerte, il faut espérer que cette année ils préféreront se rendre
dans les eaux d'Alger.
L'ordre que le Bey avait donné à ses corsaires de reconnaître nos
bâtiments sans les aborder, bien qu'il soit sans résultat immédiat, vq
la conclusion de la paix entre les deux Régences et la destruction
presque totale de la marine tunisienne, n'en est pas moins très heu-
reux pour nous, puisque c'est un précédent que nous pourrons invoquer
par la suite, et je vous félicite, Monsieur, d'avoir prévenu par vos
démarches à ce sujet les instructions qui vous auraient été données...»
(Affaires étrangères, (?*' de Tunis,)
LE BARON PASQUIER A MALIVOIRB.
1160. — Paris, 1 8 juillet 1 821 . — Hassuna Morali ' est venu à Paris,
pour demander au nom du Bey la faculté de faire construire deux frt-
gâtes dans nos chantiers et l'admission de diverses marchandises qu il
a rapportées de Tunis, moyennant un droit unique de 3 0/0 de leur
valeur. Après avoir accueilli la première de ces demandes, pour donner
au Bey une preuve non équivoque de ses sentiments d'amitié, le gou-
vernement du Roi a rejeté la seconde comme n'étant pas fondée sur les
traités... L'art. 10 du traité de 1742 ne s'applique qu'à la libre réex-
portation des marchandises invendues. L'art. 5 du traité de 1802 est
l. Secrélaire-interprèle du Bey, envoyé en France avec missioo d*acheter plu-
sieurs navires, une tempête ayant presque complètement détruit les b&timeDi? de
guerre tunisiens. .
[1821] AVEC LA COUR DE FRANCE 881
emprunté à Tarticle précédent. Les stipulations supplémentaires
signées à Tunis le 24 février 1743 (art. !«') maintiennent en vigueur
les capilulations avec le Grand Seigneur, lesquelles nous concèdent le
droit de 3 0/0 sans réciprocité. (Affaires étrangères, C>*i de Tunis,)
MALIVOIRE AU BARON PASQUIER.
1151. — Tunls^ 26 août 1 821 .— hdi goélette du Roi La Tore Ae, sous
les ordres du lieutenant de vaisseau Denis ^ a jeté l'ancre, lia eu une
explication avec leBey au sujet delà limite entre nos concessions algé-
riennes et les eaux de Tunis; cette limite est fixée au cap Roux. Le
Bey s'oppose absolument à ce que nos corailleurs fréquentent les eaux
de Tabarque. {Affaires étrangères, C*»» de Tunis,)
MALIVOIRB AU BARON PASQUIER.
1152. — Tunis, 12 septembre i 821 . — Un corsaire tunisien a enlevé
deux barques napolitaines, sous prétexte qu*elles avaient péché du
corail en dehors des concessions d*Alger. La Torche est revenue à Tunis
et son commandant a réclamé sans succès, avec Malivoire, la restitution
du corail que le Bey avait fait enlever.
{Affaires étrangères, C" de Tunis.)
LE BARON PASQUIER A MALIVOIRB.
1 153. — Paris^ 1 9 octobre i 821 . — «... Lorsque le Bey a donné Tordre
à l'un de ses bâtiments de guerre d'arrêter tous les bateaux corail-
leurs qui sortiraient des eaux de Bône pour pêcher dans celles de
Tabarque, vous auriez aussitôt dû lui faire observer qu'il n'avait pas
ce droit à l'égard des bateaux français, puisque la faculté de pêcher
dans le golfe d' Usturgha, dépendant d^ Alger et de Tunis, c'est-à-dire
dans cette même partie de la mer d'Afrique où ce Prince a envoyé son
corsaire, nous est assurée par nos capitulations avec le Grand Seigneur,
e| que ces capitulations sont obligatoires pour la Régence de Tunis
aussi bien que pour celle d'Alger. Je suis étonné que vous n'ayez pas
fait usage des instructions que je vous ai données dans une affaire aussi
importante pour notre établissement des concessions d'Afrique... »
Malivoire devra rechercher si les bateaux arrêtés avaient ou non un
congé et le pavillon dû Roi, ensuite s'ils se trouvaient dans les eaux
d'Alger ou de Tunis... « Vous n'avez pas. Monsieur, développé nos rai-
sons avec l'énergie nécessaire dans la persuasion où vous êtes, et qui
me parait assez fondée, que le Bey ne s'est point tant proposé d'écarter
les pêcheurs de sa mer territoriale que de les forcer à y revenir sous
les conditions qu'il lui plaira de leur imposer, en les inquiétant dans
1. Pierre-Guillaume Denis, aspirant de marine en 1798, enseigne de vaisseau en
1803, lieutenant en 1811, capitaine de frégate en 1824, retraité en 1833.
682 CORRESPONDANCE DBS BBYS ET DES CONSULS [18îi]
celle de nos concessions. Veuillez donc bien reprendre la discussion de
cette affaire, et lui demander la restitution du corail enlevé aux Napo-
litains... Vous profiterez d'ailleurs de l'occasion pour rectifier les idées
de ce Prince au sujet des droits que les capitulations nous donnent sar
la pêche du corail... » {Affaires étrangères, O*' de Tunis.)
LOUIS XYIII A MAHMOUD, BEY DE TUNIS.
1154. — Paris, 5 décembre i 821 , — « Illustre et magnifique Seigoear,
Le désir que nous avons de vous donner une nouvelle preuve de la
haute bienveillance que nous avons pour votre personne nous déter-
mine à ne pas différer davantage à donner un successeur au sieur
Devoize, qui a terminé sa mission à Tunis. En conséquence, nous avons
fait choix du sieur Guys (Hyacinthe-Constantin) ^, et nous Tavons nommé
notre Consul général et Chargé d'affaires dans cette même résidence, où
il doit se rendre incessamment pour y remplir les fonctions que nous lui
avons confiées. Son expérience dans la carrière consulaire, et le zèle
que nous lui connaissons pour notre service, nous persuadent qu il se
conduira de manière à mériter notre approbation et à se concilier
également votre confiance et votre estime. Nous vous prions de l'ac-
cueillir favorablement et d'ajouter une foi entière à tout ce qu'il vous
dira de notre part, surtout lorsqu'il vous rappellera les sentiments que
nous avons pour vous, et qu'il vous entretiendra de ce qui pourra con-
cerner les intérêts de nos sujets et de leur commerce dans vos États.
Sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait, illustre et magnifique Seigneur,
en sa sainte et digne garde. » {Affaires étrangères, C** de Tunis.)
1156. — Pains, 5 décembre i82i . — Provisions de Consul général à
Tunis en faveur de Constantin Guys, à la place de Jacques Devoize.
{Affaires étrangères, C**^ de Tunis.)
1 156. — Tunis, janvier 1 822. — États du commerce français à Tunis
en iSâi :
Importations 3,164 964 fr.
Exportations 2,497 093 fr.
{Affaires étrangères, C^* de Tunis.)
BIALIVOIRE AU DUC DE MONTMORENCY *.
1157. — Tunis, i 2 janvier i 822, — Une des frégates dont la con-
struction a été autorisée à Marseille par le gouvernement du Roi est
1. Voy. la note 1, p. 325.
2. Malhieu-Jean-Félicité de Monlmorency-Laval, vicomte, puis comte et duc de
Montmorency, fit partie de l'expédition de Lafayetle en Amérique, fut député de la
noblesse aux États Généraux de 1789, et éraigra en Suisse jusqu'en 1795. Aide de
camp de Monsieur en 1814, puis pair de France, il fut Ministre des Affaires étran-
gères du 14 décembre 1821 au 27 décembre 1822.
[1822] AVEC LA COUR DE FRANCE 583
arrivée avec un équipa ge et le pavillon français, sous le commande-
ment du capitaine Mourgues, de Marseille.
Le Bey avait le plus grand désir de la voir. Il fit taire les personnes
malintentionnées qui critiquaient son prix de 500,000 francs et dit :
— Je savais bien que les chrétiens faisaient de très belles choses, mais je
reconnais maintenant que c'est en France que la construction est arri-
vée au plus haut degré de la perfection. — Le Bey a fait distribuer à
Téquipage 1,600 piastres et une quantité considérable de vivres. Les
marins rentreront en France aux frais du Prince.
{Affaires étrangères^ C*" de Tunis.)
MALIVOIBE AU DUC DE MONTMORENCY.
1153. — T'unis, / 6 mars / 8^2. — M. de Martinoest revenu de Naples,
d'où il a rapporté des présents au Bey et à ses deux flls. Il a aussitôt
repris Taffaire de la pêche du corail et l'a conclue, en obtenant du Bey
une réduction de 100 piastres environ par bateau.
« Lorsque le Bey m'en parlera, comme j'ai lieu de le présumer, je me
réserve bien de lui représenter que l'arrangement flxé avec le Consul
de Naples ne peut être commun anx barques françaises... »
{Affaires étrangères, C^' de Tunis.)
LB DUC DE MONTMORENCY A MALIVOIRE.
1159. — Paris^ i 6 avril i822. — «...La côte qui s'étend à Test de La
Galle jusqu'au cap Roux, ou, pour parler plus exactement, jusqu'à la
rivière de Faradge, habitée depuis un temps immorial par les Arabes
Nadis, nous a été cédée par eux longtemps avant l'existence de la
Régence de Tunis. Or, les droits de souveraineté que ce gouvernement
s'attribue aujourd'hui sur les Nadis, fussent-ils aussi complets qu'il l'af-
firme, ne sauraient porter atteinte à ceux de propriété que ces Arabes
nous ont transmis à l'époque de leur indépendance. C'est ainsi que
la côte qui se prolonge à l'ouest de La Calle jusqu'à la rivière de Sébas,
et qui nous a été cédée par la tribu de la Mazoule avant l'établissement
de la Régence d'Alger, nous appartient aujourd'hui en toute propriété
et sans aucune contestation de la part de ce dernier gouvernement, bien
qu'il affecte aussi une sorte de souveraineté sur cette tribu. Ces infor*
mations, Monsieur, vous ont déjà été communiquées à l'occasion de l'af-
faire des deux dernières coralines napolitaines arrêtées par les Tuni-
siens. Mais vous n'avez pas profité, ce me semble, de tous les moyens
qu'elles vous offraient pour combattre avec avantage les objections
du Bey. La prétention qu'élève ce Prince à la possession de tout le
terrain habité par les Nadis est non seulement incompatible avec nos
droits de propriété, mais encore contradictoire avec cet aveu qu'il fait
684 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1822;
ensuite que le cap Roux est la limite des eaux françaises et tunisiennes.
Le Monte- Rotondo, qui est situé entre La Galle et le cap Roux, ne saurait
être confondu avec ce cap et se trouve incontestablement dans notre
territoire. Or, comme c^est dans les environs du Monte-Rotondo que
les coralines napolitaines en question ont été arrêtées par les agents
tunisiens, il est évident que le Bey doit réprimander ses agents et leur
enjoindre d'être plus circonspects à l'avenir et restituer aux patrons
napolitains le corail qui leur a été enlevé. Veuillez donc renouveler
auprès de ce Prince les démarches que vous avez déjà faites dans ce
sens et lui déclarer que le gouvernement du Roi, parfaitement informé
de tous les détails de TafTaire, ne saurait renoncer à la réparation qu'il
demande, et serait obligé de considérer tout nouveau refus de la part
de la Régence de Tunis comme un acte essentiellement contraire à la
bonne foi et à Tamitié qui doivent diriger les relations des deux États. »
(Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
MALIVOniE AU DUC DE MONTMORENCY.
1160. — Tunis, i 0 mai / 82J2, — Le Bey a enfin restitué le corail des
deux barques napolitaines. Selon toutes les apparences, Tabarque sera
encore abandonnée cette année-ci par les pécheurs. Une douzaine de
barques seulement ont demandé un permis du Bey. A Bône il y a
250 COrailleurS. (Affaires étrangères, C de Tunis.)
MAUVOIRE AU DUC DE MONTMORENCY.
1161. — Tunis, 24 mai i 822. — Les Nadis ne reconnaissent pas la
domination du Bey, qui n*a jamais réussi à les soumettre et ne peut
élever la prétention d'un droit de souveraineté sur eux. Les plaintes
que Malivoire a été forcé de porter au Bey contre cette tribu n^ont
jamais abouti qu'à prouver Timpuissance du Prince tunisien.
La limite des eaux françaises et tunisiennes a été solennellement
reconnue par le Bey. Les eaux de La Galle s'étendent jusqu'au cap
Roux ou jusqu'à la rivière de Faradge; le Monte-Rotondo tient au ter-
ritoire français . (Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
LE DUC DE MONTMORENCY A MALIVOIRE.
1162. — Paris, 25 mai i 822. — M. de L'Étang, qui vient d'être nommé
chancelier-interprète du Consulat de Tunis, a tenté de se suicider pen-
dant la traversée à bord de La Torche. On croit qu'il est atteint d'alié-
nation mentale. Malivoire le surveillera et le renverra en France, s'il y
a lieu *. (Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
i. Les foDctions de chancelier-interprète étaient alors remplies par Pierre Gay.
déjà elle. — Léon-François de L'Étang devait tenter une seconde fois de se suicider
en janvier 1824, et rester jusqu'à son retour en France (en février 1834) sous la
surveillance du médecin de la nation française, Jacques Ricord. Il fut nommé,
l'année suivante, chancelier à Port-au-Prince.
[1822] AVEC LA COUR DE FRANCE 885
MALIVOIRE AU DUC DE MONTMORENCY.
1163. — Tunis, 2 juin i 822, — Le commandant de La Torche * lui a
donné connaissance des instructions d'après lesquelles il lui est enjoint
de ne pas permettre la croisière des Tunisiens dans nos eaux. Il Ta
engagé à faire part au Bey de cette mesure et à lui faire adopter aussi
que, dans le cas où son corsaire arrêterait une barque coraline, elle
serait conduite devant lui pour constater sur les lieux mêmes si elle
avait été réellement prise en fraude...
{Affaires étrangères, C* de Tunis.)
MALIVOIRE AU DUC DE MONTMORENCY.
1164. — Tunis, 28 juin i 822. — La seconde frégate du Bey con-
struite à Marseille est arrivée avec pavillon du Roi, sous les ordres du
capitaine Louis Gayraud, d'Antibes. Hassuna Morali est revenu en même
temps de Marseille, et a entraîné six Français à venir s*établir à Tunis.
{Affaires étrangères, C«* de Tunis.)
MALIVOIRE AU DUC DE MONTMORENCY.
1165. — TuniSj 2 août i 822. — Il annonce l'arrivée de la corvette
anglaise L'Aventure, commandée par le capitaine Smith, qui a pour mis-
sion apparente et connue de lever la carte hydrographique des côtes de
Tunis. {Affaires étrangères, C^'* de Tunis.)
LE DUC DE MONTMORENCY A MALIVOIRR.
1166. — Paris, 17 août i 822. — Il recommande au Vice-Consul de
réclamer à l'avenir contre tout acte du Bey qui pourrait porter atteinte
aux droits de la France sur la côte ouest du cap Roux et sur Texercice
de la pêche dans les eaux de Tunis.
« Quant à l'intention qu'a manifestée le commandant de la goélette
du Roi en station dans nos eaux de ne plus y souffrir cette croisière,
vous voudrez bien la signifier au Bey de la manière la plus positive et
engager ce Prince à donner à ses armements des instructions en con-
séquence. Il serait fort à désirer d'ailleurs que vous puissiez lui per-
suader d'ordonner à ses corsaires de conduire à la goélette du Roi, pour
la vérification des faits, tous les bateaux étrangers qu'ils trouveraient
en fraude dans la mer de Tunis.... »
{Affaires étrangères, C»'* de Tunis.)
MALIVOIRB AU DUC DE MONTMORENCY.
1167. — Tunis, 17 août 1 822. — Le Bey lui a signifié que doréna-
vant les bâtiments venant des ports de France devraient faire signer
leurs patentes par son agent à Marseille Alexandre Gierra, sous peine
de double quarantaine à Tunis. affaires étrangères, C»'» de Tunis.)
1. Voy. la note 1, p. 581.
S86 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i8â<
MALIVOIRK AU DUC DE MONTMOHENGT.
1168. — Tunis, 10 septembre 1822. — M. Nyssen, Consul de Hol-
lande et agent de rAutriche, a conclu la paix entre la Toscane et le Bey.
Ce Prince reçoit une somme de 25,000 piastres fortes. Les marchandises
toscanes ne payeront plus que 3 0/0. Quant à Nyssen, il sera recomiQ
comme Consul de Toscane *. {Affaires étrangères^ Q^ de Tunis.)
LE DUC DE MONTMORENCY A MALIVOIRE.
1 169. — Paris^ 3 / octobre 1 822. — « Vous devez repousser expressé-
ment la prétention qu'a le Bey de faire soumettre au visa de son agent
à Marseille les patentes de santé délivrées dans cette ville aux bâti-
ments français qui se rendent à Tunis, comme une innovation qu'aQCun
motif d'utilité ne justifie, et qui n'a d'autre but que d'attribuer à Tagent
tunisien de Marseille des perceptions onéreuses à notre navigation...
Je suis d'ailleurs étonné, Monsieur, qu'en cette occasion vous vous
soyez borné à me présenter les faits sans y joindre aucune observation
ni aucun renseignement propres à les faire apprécier... Le Consul dlo-
gleterre a-t-il reçu une notification semblable? De quelle manière
l'agent tunisien est-il traité à Malte? »
{Affaires éirangèresy C**« de Tunis.)
MALIVOIRE AU DUC DE MONTMORENCY.
1170. — 7'ums, /«' décembre 1822. — Le Vice-Consul a fait de^
représentations au Bey, au sujet du visa de son agent à Marseille sur les
patentes sanitaires, et ce Prince s*est aussitôt désisté de sa prétention.
Rien de semblable n'a été demandé au Consul d'Angleterre, le port de
Marseille étant seul dans le cas d'être contaminé, vu sa proximité des
côtes d'Espagne où règne la fièvre jaune.
{Affaires étrangères, C^^ de Tunis.)
MALIVOIRE AU DUC DE MONTMORENCY.
1171. — Tunis, 8 décembre 1822. — Une des corvettes en construc-
tion à La Goulette, sous la direction de Gaspary père*, a été lancée arec
tout le succès désirable, en présence du Bey, qui a donné à cet agent
une gratification de 100 sequins (25 louis).
{Affaires étrangères^ C*'' de Tunis.)
MALIVOIRE AU DUC DE MONTMORENCY.
1172. — Tunis, 15 décembre 1 822. — Le gouvernement de Naples
a fait verser au Bey sa redevance annuelle de 5,000 piastres'. Le Yice-
1. Le traité du 10 juillet 1822 entre la Toscane et Tunis a été publié dans les
Annales tunisiennes^ p. 552.
2. Voy. la note 1, p. 381.
3. La Suède avait envoyé à Tunis, en novembre 1822, des munitions de guerre en
plus grande quantité que précédemment : 24 canons, 4,000 boulets, 200 barils de
poudre, 300 quintaux de fer, 10 mâts, 22 antennes, 100 planches de sapio, 8 cài)Ies,
[1823] AVEC LA COUR DE FRANCE 887
Consul signale une prise française faite par un corsaire espagnol et
conduite à Tunis où elle a été vendue. Le Bey prétend qu'il ne peut se
mêler des différends entre la France et l'Espagne.
(Affaires étrangères^ C^»' de Tunis,)
MALIVOIRE AU V'« DE CHATEAUBRIAND *.
1173. — lunis, 19 janvier 182$. — Depuis nombre d'années, les
Juifs avaient pris Thabitude de s'habiller à l'européenne et de porter
des chapeaux. Le Bey a voulu les forcer tous, tunisiens et étrangers, à
mettre un bonnet ou un chapeau à cornes. Un Juif de Gibraltar a
refusé de se soumettre à cette mesure, qui finalement a été rapportée
en ce qui concerne les étrangers.
Il y a deux Juifs français à Tunis : Cohen Sacerdote, de Marseille,
courtier de change, et Moïse Carmi, d'Avignon. Ils n'ont pas été inquié-
tés. Les Juifs tunisiens se soumettent et prennent le bonnet. Deux Juifs
de Livourne ont été bâtonnés, puis relâchés sur l'intervention deNyssen.
(Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
MALIVOIRE AU V^^ DE CHATEAUBRIAND.
1174. — Tunis, le 20 janvier 1823, — Il envoie l'état de commerce
et de navigation française pour 1822.
Importations 2,643 316 fr.
Exportations 4,657 031 fr.
(Affaires étrangères, C*" de Tunis,)
MALIVOIRE AU V^*' DE CHATEAUBRIAND.
1175. — 2'u?iis, 22 janvier 1 823, — Le Bey va envoyer à Naples et
à Bruxelles un ambassadeur, pour obtenir satisfaction au sujet de
l'esclave Paterno.'Le prince Paterno avait, en 1797, promis d'envoyer
sa rançon de 400,000 piastres fortes, lorsqu'il serait revenu en Sicile, et
le gouvernement napolitain s'est emparé de la somme, que la Régence
va réclamer. L'Envoyé du Bey passera par Paris. Il ira discuter à
Bruxelles la dette de 400,000 piastres tunisiennes dues par Nyssen au
Bey et contractée pendant l'occupation de la Hollande par la France.
(Affaires étrangères, C*" de Tunis,)
MALIVOIRE AU V*® DE CHATEAUBRIAND.
1176. — Tunis, 20 avril 1 823. — Une centaine de barques sont
arrivées à Bizerte et Tabarque, pour reprendre la pêche du corail dans
les eaux de Tunis abandonnées depuis trois ans. Le Bey a réduit le
24 cordages et 150 barils de goudron. — Le Danemark venait d'envoyer de son côté
600 planches, 7 câbles, 4 ancres, 250 cordages, 50 pièces de toile à voile et 150
barils de poudre.
1. François-René vicomte de Chateaubriand, ambassadeur, pair de France, membre
de l'Académie française, Ministre des Affaires étrangères du 28 décembre 1822 au
5 juin 1824.
888 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1823]
permis de pêche à 60 piastres fortes pour six mois. A B6ne il est de
180 piastres fortes. {Affaires étrangères, C*'» de Tunis.)
MALIYOIRE AU V^ DE CHATEAUBRIAND.
1177. — TuniSy 30 avril i 823. — Le premier médecin du Bey, Lau-
rent Gay, est mort le 15 avril, après 35 années d*exercice dans le pays.
Il était né à Roanne (Loire); il vint à Tunis en 1788, et ne tarda pas à
être appelé auprès d'Hamouda-Pacha. Mahmoud-Bey le traitait avec la
plus grande intimité; « il l'admettait à sa table lors même que ses
femmes y étaient présentes ». Le défunt laisse une veuve et sept
enfants. Sa fortune peut être estimée 150,000 piastres. Il jouissait à
Tunis d'une considération universelle.
Plusieurs personnages marquants protégeaient le sieur lombard, qoi
a obtenu la succession de Gay. Devoize avait signalé ce dernier comme
un homme dangereux. Aussi Malivoire craint-il qu'il n'intrigue contre
la France. {Affaires étrangères, C*'« de Tunis.)
MALIVOIRE AU V^° DE CUATËAUBRIAND.
1178. — 7'unis^ 6 mai i 823. — Nyssen a conclu et fait ratifier parla
Toscane un traité avec la Régence. La Toscane a fait une fois pour
toutes un cadeau de 25,000 piastres fortes. En ce qui concerne la douane.
elle est assimilée à la France *. (Affaires étrangères, O de Tunis.)
LE V*« DE CHATEAUBRIAND A GUYS *.
1179. — Paris, 9 juillet 1823. — La France doit réclamer à la
Régence, pour diverses affaires en souffrance, 411,364 francs. De son
côté la Régence réclame de la France 889,776 francs '.
[Affaires étrangères, C** de Tunis.)
GUYS AU V'^' DE CHATEAUBRIAND.
1180. — Paris, 1 8 juillet / 823. — Étant donné le fait qu'à Tunis le
pouvoir est divisé entre le père et deux flls, Guys croit que 40,000 francs
de cadeaux ne sont pas suffisants pour ces trois Princes et les person-
nages qui les environnent. Il demande 10,000 francs de plus. On a
accordé 100,000 francs au Consul général d*Alger.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
LE V^« DE CHATEAUBRIAND A MALIVOIRE.
1181. — Paris, 13 septembre 1 823. — « Il résulte des renseigne-
ments et des correspondances de votre Échelle : 1° Que le Bey exige de
nos négociants une douane de 5 0/0 sur leurs marchandises importées
par des bâtiments étrangers;
i. Voy. la note i, p. 586.
2. Voy. la noie 1, p. 325.
3. Voy. plus loin le détail de ces réclamations dans les Instrnclions de la Cour à
M. Guys.
[1823] AVEC LA COUR DE FRANCE 589
2® Qu'il a admis dans le port de Tunis un corsaire espagnol avec une
prise française, la bombarde U Alexandre venant de Chypre, destinée
pour Marseille, et qu41 a autorisé la vente de cette prise au profit du
capteur. U y a dans le premier fait une infraction manifeste du traité
de 1801. Dans le âecond fait, il y a d'abord violation de la promesse
que vous a faite le Bey... Il y a en outre un manquement laux devoirs
d'une stricte neutralité. Car si l'admission des corsaires et de leurs
prises peut se concilier avec la neutralité, c'est lorsque la concession
est commune aux deux belligérants, et par conséquent impartiale;
mais il n'en est pas ainsi dans la guerre actuelle où la France a pris la
résolution de ne point délivrer de lettres de marque, résolution qui a
été annoncée au Bey et à laquelle il a répondu par la promesse précitée.
Il est à remarquer d'ailleurs que tous les gouvernements de la Médi-
terranée, ainsi que ceux du reste de l'Europe, ont fait et tenu la même
promesse. La Porte ottomane elle-même a assuré ofQciellement h.
l'ambassadeur du Roi à Gonstantinople qu'elle ne permettrait dans ses
ports ni l'armement des corsaires espagnols ni la vente de leurs
prises.
Vous voudrez bien notifier au Bey de Tunis de la part du Gouverne-
ment du Roi : Que le droit de douane à percevoir sur les marchan-
dises françaises importées par bâtiments étrangers, pendant la durée de
la guerre, doit être de 3 0/0, comme il est stipulé par l'art. VI du traité
.de 4801, et que ce qui aurait été exigé au delà devrait être restitué à
qui de droit;
Que tout accès doit être interdit aux corsaires espagnols dans les
ports de l'État de Tunis; que ceux qui y entreront par force majeure
ou autrement devront être désarmés et leurs prises séquestrées pour
être remises ensuite à la disposition du Consul de France, et que dans
le cas où la Régence aurait laissé consommer la vente de la bombarde
V Alexandre ou d'autres bâtiments français amenés subséquemment dans
ses ports, elle en demeurerait responsable comme auteur des pertes
qu'auraient ainsi subies les sujets du Roi, attendu que ces bâtiments
seraient infailliblement retombés en notre pouvoir, puisqu'à l'exception
de Tunis, toutes les Puissances maritimes de la Méditerranée refusent
asile à ces prétendus corsaires, qui ne sont en effet que les pirates
agents d'une faction vaincue, et qui n'ont pas même de refuge dans
les ports de la péninsule, rentrés déjà sous l'obéissance du gouverne-
ment de l'Espagne, ou bloqués par nos forces maritimes.
Après avoir fait au Bey cette notification, vous lui donnerez à
entendre que le nouveau Chargé d'affaires de Sa Majesté près de lui
690 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i823]
doit se rendre incessamment à Tunis, muni des instructions néces-
saires, soit pour rétablir d*une manière stable les anciens rapports de
bienveillance qui ont toujours existé entre le gouvernement de nos
Rois et la Régence, soit pour assurer k la France les satisfactions
qu'exigerait la dignité de la Couronne, si le Bey prétendait persister
dans des procédés aussi contraires à ses obligations qu*à ses véri-
tables intérêts. Vous éviterez ainsi d'entrer dans aucune discussion sur
les termes de cette notiBcation jusqu'à l'arrivée de M. Guys. Vous pro-
fiterez d'ailleurs de toutes les occasions qui se présenteront d'éclairer
le Bey sur les fausses suggestions auxquelles il a cédé jusqu^icl, et de
lui inspirer une juste crainte des moyens de répression que la France
sera dans le cas d'employer à son égard. »
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
MALIVOIRE AU Y^ DE CnATEAUBRIAND.
1182. — Tunis^ 9 octobre f 823, — Il a reçu la dépêche du Ministre
du 13 septembre par le brick L* Inconstant et fait les notifications qui
lui étaient demandées.
Sur la question du 3 0/0 de douane, le Bey cède conditionnellement;
il se réserve le droit d'appliquer 5 0/0, si les sujets tunisiens oe sont
pas mieux traités en France que par le passé. Sur l'aiïaire des corsaires
espagnols, le Bey n'a rien voulu entendre.
{Affaires étrangères, €'■» de Tunis.)
LE V^^ DE CHATEAUBRIAND A GUYS.
1183. — Paris^ 28 novembre i 825, — « L'intention de Sa Majesté
est, Monsieur, que vous vous rendiez immédiatement à Tunis et que
vous y entriez en négociation avec le Bey sur les deux points qui for-
ment en ce moment Tobjet essentiel de votre mission :
1** L'affaire des droits de douane ;
2® La conclusion d'un nouveau traité et l'extinction des réclama-
tions réciproques des deux gouvernements et de leurs sujets.
Ces deux points sont traités avec les développements convenables
dans les instructions qui vous sont remises '. »
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
1. Ordre du Roi. — Paris, 28 novembre 18i3. — ■ Louis, par la grâce de Dieo
Roi de France et de Navarre, à notre cher et ami le sieur Constantin Guys, noire
Consul général et chargé d'affaires à Tunis, membre de notre Ordre royal de la
Légion d'honneur, salut. Le désir que nous avons de maintenir et d'étendre le
commerce de la France avec les États du Bey de Tunis nous portant à prendre les
mesures les plus propres h pourvoir à la sûreté des personnes et des propriétés de
ceux de nos sujets qui veulent se livrer au dit commerce ainsi qu'à la navigation
qu'il exige, nous avons pensé qu'il ne pouvait qu'être convenable et avantageux
d'entrer en négociation avec la Régence de Tunis, à l'effet de renouveler les traités,
conventions et autres actes existant entre la France et ledit Gouvernement, et
[1823] AVEC LA COUR DE FRANCE 591
INSTRUCTIONS POUR H. GUYS, CONSUL GÉNÉRilL, CHARGÉ D*AFFA1RE3 A TUNIS.
1184. — Paris, 28 novembre i 823. — « Nos relations avec Tunis,
comme avec les autres Régences barbaresques, se trouvaient, à la paix
de 1814, entièrement altérées par diverses causes : savoir Tirritation
que l'entreprise sur TÉgypte avait produite dans tous les pays musul-
mans, l'influence ennemie de TAngleterre pendant la durée de la
guerre maritime, nos règlements de commerce à Tégard des neutres
appliqués rigoureusement aux Barbaresques sans acception des traités
et des maximes constamment suivis envers ces peuples, enfin les griefs
respectifs provenus de ces causes et qui s'étaient multipliés et invétérés
pendant de longues années. Le prédécesseur de M. Guys est parvenu
avec beaucoup de soins à prévenir les inconvénients attachés à un tel
état de choses. Mais il n'a pas été en son pouvoir de rétablir nos
afTaires sur un pied stable et aussi satisfaisant qu'il est à désirer. La
conclusion d'un nouveau traité parait être le seul moyen de rendre à
nos relations avec ce pays la consistance et la direction convenables,
d'autant plus qu'il y a inconvenance, au moins selon les Tunisiens, à
laisser subsister comme base de ces relations le traité de 1801, qui est
Tœuvre de la précédente administration. Or, les présentes instructions
ont pour objet de déterminer les bases du nouveau traité à conclure
et que M. Guys est chargé de négocier.
Sous le point de vue politique, il nous importe de recouvrer notre
ancienne prépondérance à Tunis et de l'accroître autant que possible.
L'intérêt de notre politique ne réclame toutefois aucune stipulation
nouvelle qui s'y rapporte directement; le traité à conclure y aura
pourvu suffisamment, si son effet est de mettre M. Guys en position de
prendre crédit sur l'esprit du Bey, et de lui inculquer les raisons qui
doivent l'attacher au gouvernement français comme à celui dont la
protection est la plus bienveillante et la plus désintéressée. M. Guys
se trouvera dans cette position favorable, lorsque nous serons parvenus
même d'arrêter les stipulations nouvelles qui seront jugées nécessaires pour par-
venir à un but si salutaire. A ces causes, nous confiant entièrement dans vos
talents, votre expérience et votre zèle pour notre service, nous vous avons nommé,
commis et constitué, et par ces présentes signées de notre main, nous vous nom-
mons, commettons et constituons notre Commissaire pour vous rendre de la part
de la France en la ville de Tunis, pour procéder aux [dits arrangements de concert
avec les personnes à ce dûment autorisées de la part du Gouvernement de Tunis.
Nous vous avons donné en conséquence et nous vous donnons pouvoir, commis-
sion et mandement spécial de négocier, arrêter, conclure et signer tels traités et
actes qui seront jugés devoir être utiles et avantageux aux intérêts respectifs des
parties contractantes, en vous conformant toutefois aux instructions qui vous
seront remises de notre part. * ,
592 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [18^3]
à procurer à notre commerce une plus grande consistance dans cette
Échelle; carie négoce n'est pas à Tunis comme ailleurs seulement qq
bien entre les peuples, mais il touche à Tintérêt personnel du Prioce,
par les avantages particuliers qu*il en tire; lorsque surtout nous aurons
mis fin à la méfiance et à l'aigreur qu'entretient la discussion sans
cesse renouvelée des griefs respectifs.
11 y aurait bien à négocier avec le Bey notre réintégration à des con-
ditions convenables dans la jouissance de la partie des concessions
d'Afrique dépendant de son domaine; ce point intéresse direclemen!
notre influence politique, mais cette négociation doit être ajournée
jusqu'à ce qu'il ait été pourvu en France à une administration réguliène
des concessions qui nous ont été déjà restituées par la Régence
d'Alger... Les circonstances donnent à nos intérêts commerciaux à
Tunis une importance toute particulière ; les troubles de l'Orient nou^
rendent cette Échelle plus précieuse pour l'extraction des huiles, elle
nombre des établissements français y augmente sensiblement depuis
quelque temps. Nous avons d'ailleurs à remédier sous ce rapport à ce
que le traité de 1801 présente de défectueux :
I. Art. VI. Les marchandises provenant de France sous pavillon et
pour compte français jouissent seules de la faveur de ne payer que
3 0/0. Les Anglais et les Sardes ont obtenu 3 0/0 pour tous les cas.
II. Les négociants français devraient être traités comme les Anglais
et les Sardes en ce qui concerne l'importation du riz et d'autres
.grains, etc.
IIL II s'agit d'établir un tarif fixe pour le calcul du 3 0/0, qui est no
droit ad valorem. Le tarif des douanes du 6 novembre 1816 pourra
servir de base à la négociation. Il s'agit encore de défendre le com-
merce contre l'inclination du Bey à s'arroger le monopole de plusieurs
articles, et contre les perceptions abusives auxquelles donnent lieu le;
quarantaines.
lY. Il faut mettre fin au système en vertu duquel le Bey saisit de>
propriétés particulières en cas de discussion avec le gouvernement
français.
Y. Enfin l'art. Y du traité de 1801 est conçu dans des termes qai
peuvent autoriser le Bey à réclamer la réciprocité en France en faveur
des marchandises de Tunis. Il faut prévenir cette prétention.
D'autre part voici les griefs de la Régence :
1. Affaire du rachat des esclaves italiens en 1806. La prétentioD des
doubles rançons pour les captifs ayant grade d'officier a toujours clé
repoussée.
[1823] . AVEC LA COUR DE FRANCE 893
II. AfTaire des 6,000 fusils. Réclamation de 18,000 piastres reconnue
sans fondement.
III. Affaire des annuités, des lismes stipulées en faveur de la Régence
comme prix des concessions d*Âfrique. Le Bey réclame les arrérages
depuis 1793 jusqu'en 1802. 11 oublie que la Régence a déclaré la guerre
à la France en janvier 1799, que le traité de concession a été rompu à
cette date. Il est donc dû au Bey, à raison de 13,500 piastres par an,
81,000 piastres de Tunis, de 1793 à 1799.
lY. Remboursement d*un prêt d'argent fait en 1793 par Elias Attet
au Consul de France. En 1801, il a reçu un acompte de 72,727 piastres
de Tunis. Enfin le solde de la créance de ce Tunisien a été fixé par
arrangement conclu, le 13 août dernier, entre son fondé de pouvoirs et
M. Guys, dont il sera remis une copie certifiée à ce dernier, pour la
somme de 532,185 francs.
Y. Le payement de la valeur d*un bâtiment chargé de grains et appar-
tenant à Abraham Paz, sujet tunisien, et capturé en 1795 par un cor-
saire français et conduit à Livourne, où il a été condamné par le Consul
français. En 1801, le négociateur français a également pris renga-
gement par déclaration verbale (ce qui dans Tusage du pays est
une forme solennelle) de régler Paz. Créance actuellement fixée à
104,183 francs.
YI. L'affaire des navires tunisiens de 1810.
La France a jusqu'à présent réclamé de la Régence de Tunis :
L 125,000 piastres de Tunis, solde de la vente de la prise L'Océan dû
par le Bey à M. Âguillon. Le payement doit en être exigé.
II. 48,000 piastres, valeur de la prise Le Slrabrock^ due par le Bey à
M. Pontus. Le payement devra en être également exigé.
III. Remboursement d'une délégation de 8,655 piastres dues au sieur
Dalmont par Elias Attel sur les sommes dues à celui-ci par le gouver-
nement français.
lY. Remboursement d'une délégation de 67,657 piastres tunisiennes
faite par le même au sieur Isnard.
Y. L'affaire du diamant de 60,000 francs appartenant au sieur Bas-
tide, conûé en 1804 au Juif Settebon, qui le présenta au Bey, lequel
garda le diamant sous prétexte que le grand-père du Juif était mort
débiteur d'une somme assez considérable envers la Régence. L'opinion
du précédent Consul général est qu'il y aurait de l'inconvenance à
reproduire cette réclamation au nom de la France. M. Guys tâchera de
terminer cette affaire selon l'équité... »
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
38
894 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSJJLS [lfâ3j
INSTRUCTIONS SUPPLÉMENTAIRES POUR M. GUYS, CONSUL GÉNÉRAL,
CHARGÉ D*AFFAIRES A TUNIS.
1185. — Parts^ 28 novembre 1823, — Les instruclions supplé-
mentaires relèvent deux faits déjà signalés par Malivoire, savoir que
le Bey exige 5 0/0 de droits de douane, et qu'il a admis un corsaire
espagnol avec une prise française. « Ces écarts du Bey paraissent avoir
pour cause immédiate les suggestions de l'agent des Gortès en rési-
dence à Tunis, le sieur Soler, et surtout Tappât des avantages per-
sonnels que ce Prince se promet de l'augmentation de ses droits de
douane et de la vente des prises dans ses ports. Quoi qu'il en
soit, ils font sentir d'autant plus la nécessité de replacer cette Puis-
sance inférieure dans les rapports convenables à la dignité et aux
intérêts du royaume. C'est dans cette vue principalement que M. Guys
a été chargé de renouveler les traités avec la Régence; mais pour
préparer les succès de sa négociation et en même temps pour prévenir
de nouvelles injures de la part du Bey, il a paru indispensable de
démontrer dès à présent une ferme intention de réprimer par la force
des armes, s'il en est besoin, la malveillance de ce Prince, en apportant
toutefois dans cette démonstration les tempéraments convenables pour
éviter, s'il est possible, une rupture qui ne serait pas sans inconvé-
nient pour le commerce... A son arrivée à Tunis, M. Guys n'acceptera
point d'audience, à moins que le Bey n'ait donné satisfaction sur ces
nouveaux griefs. Il devra toutefois entrer en communication avec le
gouvernement tunisien, et faire tous ses efforts pour l'amener à des
dispositions favorables.
Si, après avoir épuisé toutes les voies de persuasion et laissé écoulé
un délai raisonnable, il trouve le Bey persistant dans ses refus et dans
ses mauvaises intentions, il se retirera avec tous les sujets français en
résidence à Tunis sur les vaisseaux du Roi, qui l'accompagneront et
dont le commandant agira immédiatement contre Tunis, selon les
instructions qu'il aura reçues pour ce cas du Ministère de la marine.
M. Guys est autorisé à disposer jusqu'à la concurrence de 20,000 francs
en dépenses secrètes, tant pour déjouer les intrigues qui ont amené
le Bey à ces actes répréhensibles que pour faciliter la négociation qui
lui est conQée. »
{Affaires étrangères^ C*** de Tunis,)
LE V^ DE CHATEAUBRIAND A GUYS.
1186. — Paris, 17 décembre 1823. — Il a décidé que M. Thierry,
élève Vice-Consul, irait à Tunis. <c II devra d'ailleurs justifier devant
[1824] AVEC LA COUR DE FRANCE 895
vous des connaissances voulues par le règlement du li juin 1816, et
sur lesquelles il n'a pu être examiné avant son départ de Paris ^ »
{Affaires étrangères ^ C'** de Tunis.)
MALIVOIRE AU V'^' DE CHATEAUBRIAND.
1187. — Tunis, 50 décembre i 823. — Il annonce Tarrivée d'une
escadre anglaise sous les ordres du commodore Hamilton. Celui-ci
s'est rendu avec le Consul anglais à Hammam-Lif, où le Bey prend les
eaux minérales. Malivoire ne connaît pas encore le véritable objet de
cette mission •. {Affaires étrangères, C*» de Tunis.)
GUYS AU V*« DE CHATEAUBRIAND.
1188. — Tunis^ 16 janvier i 824. — Il annonce au Ministre son
arrivée à Tunis, avec Tescadre de M. Drouault ^, après six jours de
traversée. Ses conférences avec le Bey auront lieu le plus tôt pos-
sible *. (Affaires étrangères, C'* de Tunis.)
PRÉLIMINAIRES DU 30 JANVIER 1824.
1189. — « Articles préliminaires arrêtés et convenus au nom de Sa.
Majesté le très baut, très excellent, très puissant et très invincible
Prince Louis XVIII, par la grâce de Dieu Empereur de France et de
Navarre, et le très illustre Pacha-Bey et le Divan de Tunis.
I
Conformément aux traités de paix et de commerce existant avec la
Régence de Tunis, qui seront conflrmés, les Français établis dans le
royaume de Tunis continueront à jouir des mêmes privilèges et exemp-
tions qui leur ont été accordés et à être traités comme appartenant à la
nation la plus favorisée, et il ne sera accordé, suivant les mêmes capi-
tulations et traités, aucun privilège ni avantage à d'autres nations
qui ne soient également communs à la nation française, quand bien
même ils n'auraient pas été spécifiés dans les dites capitulations et
traités.
1. Florent Thierry, élève Vice-Consul à Tunis en 1823, à Alger en i82o, en
Egypte en 1831, Vice-Consul & Tripoli en 1833, en disponibilité pendant la même
année. — Guys au V^'de Chateaubriand: — Marseille, 85 décembre 1823. — M. Thierry
est arrivé; « c'est un jeune homme instruit, jouissant d'une bonne réputation,
appartenant à des parents distingués par leur mérite et par leur dévouement à la
dynastie légitime... • {Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
2. Il s'agissait d'obtenir la mise en liberté des esclaves grecs conduits dans la
Régence par des navires anglais.
3. Jacques- Pierre-Charles Drouault, aspirant de marine en 1790, enseigne de
vaisseau en 1196, lieutenant en 1802, capitaine de frégate en 1805, capitaine de
vaisseau en 1819, tué en 1826 à bord de VAmphytrite par un accident de manœuvre
de cette frégate.
4. Malivoire revint en France en vertu d'un congé au commencement de mai 1824,
sur la frégate La Galathée, qui avait conduit à Tunis le nouveau Consul général.
596 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS '1824'
II
En conséquence de l'article ci-dessus, toutes les marchandises qui
viendront de France ou d* autres pays, et sous quelques pavillons que ce
soit, à la consignation des négociants ou de tous autres Français, ne
payeront, conformément à ce qui a été accordé à l'Angleterre et à ta
Sardaigne, que 3 0/0 de douane, sans autre contribution quelconque,
laquelle somme sera acquittée en argent, monnaie courante du pays,
et non en nature.
Il ne sera de même perçu, sur l'introduction faite par les Français
du riz, des grains et des légumes secs, que le droit d'une piastre et an
quart par kaffi, payable au chef de la Rahaba, sans aucune antre
douane.
III
Pour prévenir toute discussion au sujet de Tévaluation des marchan-
dises dont le cours varie journellement, et établir un mode de payement
fixe pour la douane, il sera formé à la fin du bail actuel un tarif d'éra-
lualion de tous les articles d'importation pour le temps d'une année
seulement, lequel sera censé confirmé, s'il n'y a demande de renoavel-
lement et changement de la part de l'une ou de l'autre Puissance.
L'exportation étant actuellement soumise à un mode particulier d'ad-
ministration dans lequel la douane n'intervient pas, il ne sera rien
statué pour le présent à ce sujet. La rédaction et fixation de ce tarif
seront confiées à une commission composée de quatre personnes, dont
deux nommées par Son Excellence le Bey et deux Français nommés par
le Chargé d'affaires de l'Empereur de France. Ce tarif sera ensuite
approuvé définitivement par Son Excellence le Bey et provisoirement
par le Chargé d'affaires de l'Empereur, sauf la ratification de son gou-
vernement.
IV
En cas de discussion entre les deux gouvernements, les deux Puis-
sances renoncent expressément et irrévocablement à toutes représailles
sur des particuliers, qui dans aucun cas ne sauraient être responsables
des faits de leur gouvernement.
V
Sa Majesté l'Empereur de France et Son Excellence l'illustre Pacha-
Bey de Tunis, voulant terminer définitivement tous les différends et
réclamations qui existent encore, soit entre leurs gouvernements, soit
entre eux et leurs sujets respectifs, s'obligent réciproquement à payer
les créances par eux contractées depuis 1796, dont ils ont reconnu ou
reconnaitraient la validité, d'après le mode qui sera établi par le nou-
[1824] AVEC LA COUR DE FRANCE 597
veau traité qui va être conclu et arrêté très iDcessamment, pour le
renouyellement de tous les articles sur lesquels se fondent leurs rela-
tions politiques et commerciales et qui en sont la garantie.
Fait au palais du Bardo entre S. E. l'illustre Pacha-Bey de Tunis et le
Consul général, Chargé d'affaires de S. M. TEmpereur de France, le
29 Djoumazi-eUewel de l'an 1239, ou le 30 janvier de Tan 1824. »
{Voriginal est à TuniSy Palais Dar-el-Bey. Une copie se trouve aux Affaires étran-
gères, Salle des traités,)
GUYS AU V^« DE CHATEAUBRIAND.
1190. — Tunis, 3 i janvier i 824. — « J*ai dû me restreindre aux cinq
articles principaux contenus dans les préliminaires et renvoyer le reste
de la discussion au nouveau traité à conclure... Le Bey a désiré que
la réclamation de la bombarde, étant relative à un fait extraordinaire,
ne fût point comprise dans les articles préliminaires... Je suis convenu
avec lui que je lui enverrais une note à ce sujet, à laquelle il répon-
drait par une lettre adressée à Votre Excellence, contenant toutes les
déclarations et obligations que j'exigeais de sa part...
Sur l'article second, il y eut une longue discussion qui resta sans ré-
sultat... J'écrivis le lendemain à son premier interprète, HassunaMorali,
pour lui annoncer que je persistais dans la rédaction de l'article II,
en lui exposant que le Gouvernement français non seulement n'avait
point dévié de ses anciennes obligations, mais même que, dans l'état
actuel des choses, les Tunisiens étaient mieux traités en France que par
les anciens traités, attendu qu'ils payaient la douane au même taux
que les Français, au lieu qu'en 1742 et lors des traités subséquents, les
3 0/0 auxquels ils étaient imposés devenaient une véritable charge pour
eux, puisque les Français ne les payaient pas, parce que le port de
Marseille jouissait alors d'une entière franchise, et que toutes marchan-
dises y étaient admises sans aucun droit de douane; que plus tard, indé-
pendamment de cette contribution de 3 0/0, ils auraient été soumis,
s'ils eussent voulu faire notre commerce, à un droit supplémentaire de
20 0/0 imposé sur le commerce des étrangers en faveur des Français, de
sorte qu*il8 auraient dû payer 23 0/0 de plus que les nationaux, tandis
qu'aujourd'hui ils étaient traités comme eux, et par conséquent comme
les nations les plus favorisées, ce qui constitue véritablement la plus
exacte réciprocité et la même dont nous demandions à jouir dans les
États de Tunis... Le Bey a accepté le lendemain tous les articles.
La dernière conférence, où tous les points ont été arrêtés définitive-
ment en plein Divan, s'est tenue en présence de M. Drouault, comman-
dant de la division qui m'a conduit à Tunis, et de M. Boniface, capitaine
S98 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1824'
de vaisseau, qui ont été très biea accueillis du Bey, et édiûés du ton
amical et obligeant de ce Prince et des compliments flatteurs qu'il leur
a adressés : — Quand je vois, leur a-t-il dit, des vaisseaux de guerre
français, mon cœur s'épanouit, parce que je sais que ce sont des amis
qui viennent me voir; je les ai vus entrer de ma maison de campagne,
et je les trouve bien supérieurs à ceux des Anglais. — Il venait, il y a
peu de jours, d'avoir une discussion assez vive avec le commandant de
la division anglaise, le commodore Hamilton, qui est reparti pour
Malte. Bien qu'on ne puisse pas prendre à la lettre des expressions aussi
amicales, il n'est pas moins vrai que le Bey a été flatté du ton
modéré et bien différent de celui d'une autre nation, que j'ai cru
devoir mettre à mes réclamations, en présence d'une division qui l'inti-
midait. »
Guys discute ensuite l'article III. Pour l'exportation, il constate que le
monopole n'est pas aussi défavorable aux négociants qu'on pourrait le
croire. On discutera plus tard la question de la quarantaine. Il pense que
par son article II il a obtenu plus que les Anglais. Le Bey a envoyé aus-
sitôt après la signature des préliminaires buit bateaux chargés de
provisions à l'escadre française .
Le Bey a Tintention d'envoyer un agent supérieur en France, notam-
ment pour obtenir le droit d'avoir un Consul à Marseille. Guys le lui a
déjà refusé, en lui exposant que le gouvernement ne voulait admettre
qu'un Consul pour toutes les Puissances musulmanes, et que, s'il
reconnaissait le sien, il faudrait également accorder la même faveur
aux autres Régences, ce qui ne pourrait lui convenir.
{Affaires étrangères, C* de Tunis.)
SOLIMAN, KIAYA DE TUNIS, AU V*« DE CHATEAUBRIAND.
1191. — Le Bardo^ mars i 824. — « A la gloire des commandants
de la religion du Messie, Tun des Ministres actuels de la Cour de
France, notre très affectionné, très considéré et très honoré ami
Chateaubriand.
Après vous avoir offert des salutations amicales et des compliments
affectueux, nous vous annonçons qu'un corsaire, se fondant sur les hos-
tilités qui avaient eu lieu précédemment entre le gouvernement français
et celui d'Espagne, s'étant emparé d'un navire français et l'ayant
amené dans notre Régence victorieuse, le Consul Malivoire, qui avait
précédemment rempli les fonctions de Consul près notre Régence,
s'est présenté devant notre illustre Maître et a fait des représen-
tations de ne point accorder la permission de vendre le vaisseau
que des Espagnols avaient amené. Le véritable état des choses loi
[1824J AVEC LA COUR DE FRANCE 899
ayant été demandé, il a répondu : — Cette prise n'a pas été faite du con-
sentement du roi d'Espagne ; nous n'avons pas la guerre avec le roi
d'Espagne, mais à cause de la guerre que nous avons seulement avec
un petit nombre de rebelles, ceux-ci ont lié le roi d'Espagne et ont
armé des corsaires pour un acte de rébellion et s'emparent de nos vais-
seaux; nous, au contraire, nous cherchons à punir ces rebelles et à déli-
vrer leur roi. — Le lendemain le Consul d'Espagne (Soler) se présenta
devant notre Maître et dit : — Notre corsaire n'a agi que d'après l'ordre
de notre roi et d'après une autorisation de sa part; notre roi n'est point
lié; l'autorité est encore présentement dans ses mains. — Et il nous
porta et nous fît voir les actes du roi pour prouver que les corsaires
existaient avec l'autorisation du roi; et il ajouta : — Nous demandons
que conformément à nos traités cette prise soit vendue. — D'après sa
demande, la permission de vendre la prise avait été accordée par mon
Maître.
Sur ces entrefaites, notre très estimé ami, le Consul général Guys, qui
avait été nommé et envoyé pour résider près notre Régence victorieuse,
arriva, eut une audience de mon Maître, et après s'être entretenu sur les
objets nécessaires, il exposa l'afTaire de la prise, affîrma itérativement
que le roi d'Espagne n'avait point accordé d'autorisation de faire de
pareilles prises et demanda la restitution du navire. A cause de la grande
amitié que notre Maître a pour la Cour de France, mon Maître a ordonné
que, jusqu'à l'arrivée d'une nouvelle de la part du roi d'Espagne, on
ferait venir en sa présence le Consul espagnol Soler, que les produits de la
prise seraient mis en dépôt, qu'on écrirait à son roi, et qu'il serait décidé
conformément à la réponse qui arriverait, quelle qu'elle fût. Et quoique
de pareilles contestations qui existent entre les deux Gouvernements
soient hors de la juridiction de notre Maître, cependant en considéra-
tion de la grande amitié qui existe entre lui et la Cour de France, il a
ordonné que, jusqu'à l'arrivée de la réponse du roi d'Espagne concer-
nant les produits de la prise, ces produits seraient mis en dépôt sous la
responsabilité de son Consul. Et c'est pour vous informer amicalement
de cet ordre que la présente lettre vous a été écrite et envoyée. »
{Affaires étrangères^ C'*' de Tunis.)
GUYS AU V*« DE CHATEAUBRIAND.
1192. — 7'wms, 6 avril 1 824, — Le Bey Mahmoud est mort le
28 mars. Son fîls et successeur Sidi Hossein ^ a été installé sans difficul-
tés. Mais il y aura forcément un retard dans les négociations en cours
pour le traité déflnitif. (Affaires étrangères^ C'** de Tunis.)
i. Voy. p. 529.
600 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1824]
GUYS AU V** DK GHATEAUBRIAND.
1193. — Tunis, 5 mai i 824, — Il a eu le bonheur inespéré de voir
revenir à La Goulette La Galathée et La Victorieuse, Il a conduit
M. Drouault ^ à l'audience du nouveau Bey, auquel cet ofOcier a déclaré
qu'il avait été expressément envoyé dans la Régence pour exprimer le
mécontentement du gouvernement sur les retards apportés au reaoa-
vellement des anciens traités... « Cette admonition sévère a produit un
eiTet merveilleux... J'ai tout lieu de croire que sous peu de jours je
pourrai annoncer à Votre Excellence la conclusion définitive do
traité... »
M. Drouault prendra à bord l'Envoyé du Bey, et il a promis une
escorte pour les bâtiments français et européens transportant des pèle-
rins à La Mecque, à condition que le Bey « reconnaisse des services
aussi distingués par des procédés également obligeants ».
{Affaires éirangèret, C'*» de Tunit.)
GUYS AU y^^ DE CHATEAUBRIAND.
1194. — TuniSy 23 mai 1 S 24, — Il envoie le traité qu*il est parvenu
à négocier après beaucoup de difficultés*... « Les gens ici ne savent rien
accorder de bonne grâce, et mettent une grande importance aux moin-
dres concessions... La confirmation des capitulations faites avec la
Porte ottomane a souffert quelques difficultés, parce qu'elle n'avait
point été exprimée dans les traités précédents, et que ce gouvernement-
ci tient beaucoup à conserver son indépendance. i>
Le tarif n'est pas encore terminé. Jusqu'à ce qu'il le soit, Guys con-
seille aux négociants de payer le droit de douane en nature, chose désa-
vantageuse pour le fisc et qu'on se hâtera de faire cesser.
« Dans les conférences que j'ai eues avec les ministres du Bey, ils se
sont fort récriés sur ce que le Gouvernement français ne voulait point
leur permettre, à l'instar de TAngleterre et de la Sardaigne, d'avoir un
agent à Marseille pour veiller à leurs propres intérêts. Cette faculté
leur avait été accordée par le traité de 1720, article XXI, mais ils l'igno-
rent, parce qu'ils ont perdu leurs anciens traités. Le Bey insiste beau-
coup pour obtenir cette faveur, et il se propose d'en adresser directe-
ment la demande à Votre Excellence. » Guys prie le Ministre de faire
vérifier le texte turc du traité ; il n'a pas été possible de le faire tra-
duire ici. {Affaires étrangères, C^ de Tunis.)
1. Voy. la note 3, p. 595.
2. Ce traité fut signé le 21 mai 1824, mais ne fut confirmé et approuvé déOniti-
vement que le 15 novembre suivant, après avoir été renvoyé de Paris à Tanis pour
y faire corriger le texte turc. — Voy. plus loin, p. 604.
[1824] AVEC LA COUR DE FRANCE 601
LE B<»" DE DAMAS * A GUYS.
1195. — Paris^ 12 août 1 824, — Il a fait faire par le secrétaire-
iaterprète du Roi Kieffer ■ une Iraduction littérale du texte turc du
traité. Ce texte turc diffère sur plusieurs points très importants du texte
français. On renvoie donc les originaux pour qu'il les fasse rectifier,
ainsi que la lettre du Bey à Sa Majesté, pour faire changer le titre de
Kral en celui de Padischah '.
{Affaii'es étrangères, C'** de Tunis.) .
CHARLES X A HOSSEIN, BEY DE TUNIS.
1196. — Saint'Cloudt 20 septembre i 824. — « Illustre et magnifique
Seigneur,
Dieu vient d'appeler à lui notre très aimé frère Louis XYIII, Empe-
reur de France, de glorieuse mémoire. Il nous serait impossible de
vous exprimer la douleur et Taffliction où nous a jeté un coup aussi
affreux qu'inattendu. Ce Prince a succombé à une maladie qui était la
suite de ses anciennes infirmités. La Pipvidence nous a enlevé le plus
tendre des frères et a privé la France du meilleur des Empereurs. Les
étrangers perdent un ami de Thumanité, un allié fidèle et sincère.
Nous connaissons trop les sentiments qu'il vous avait inspirés pour
n'être pas assuré que vous donnerez des regrets à la mémoire de cet
auguste Monarque. Le droit de notre naissance et les lois fondamen-
tales de l'Empire de France nous ont appelé au trône de nos ancêtres,
et nous avons pris les rênes de l'Empire français au milieu des acclama-
tions de nos peuples, qui nous ont donné les marques les plus vraies
de leur respect et de leur amour pour notre personne sacrée. Dieu, qui
lit dans tous les cœurs, est témoin que nous n'avons d'autre désir que
de marcher sur les traces de notre auguste frère. La droiture et la jus-
tice seront toujours le fondement et le lien de l'attachement de nos
sujets comme de l'amitié des nations étrangères.
Nous confirmons d'autant plus volontiers les traités entre la France
et la Régence de Tunis que nous sommes convaincu que vous en rem-
plirez fidèlement les conditions, et que vous rendrez à notre Couronne
1. Ange-Hyacintbe-Maxence baron de Damas, officier dans rarmée russe jusqu'en
1814, maréchal de camp en 1814, lieutenant général en 1815, Ministre de la guerre
du 19 octobre 1823 au 3 août 1824, et Ministre des AlTaires étrangères du 4 août 1824
au 3 janvier 1828, époque à laquelle il devint gouverneur du duc de Bordeaux.
2. Daniel KielTer, attaché au secrétariat du Comité de salut public en l'an III,
secrétaire- in ter prête à Constantinople en Fan IV, prisonnier aux Sept Tours en 1802,
secrétaire-interprète au Ministère des Affaires étrangères en 1803, premier secré-
taire-interprète du Roi pour les langues orientales en 1819, professeur de langue
turque au Collège de France, retraité en 1820.
3. Voy. la note 2, p. 600.
602 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1824]
impériale et à nos sujets tout ce qui peut aCTermir de plus en plus la
paix, l'amitié et la correspondance la mieux établie. C'est dans cette
confiance que nous avons voulu vous assurer nous-mème de notre affec-
tion et de notre bienveillance.
Nous envoyons nos pleins pouvoirs au sieur Guys, que nous confir-
mons dans sa place de Consul général et de Chargé de nos affaires
auprès de vous. Nous lui donnons ordre de vous présenter cette lettre,
et nous vous requérons d'ajouter entière foi et créance à tout ce qu'il
vous dira en notre nom. Sur ce nous prions Dieu qu'il vous ait, illustre
et magnifique Seigneur, en sa sainte et digne garde. »
(Affaires étrangères^ C"* de Tunis.)
LE B*"" DE DAMAS A HOSSEIN, BET DE TUNIS.
1197. — PariSy 20 septembre i 824. — «Très illustre et magnifique
Seigneur,
C'est du sein de la douleur la plus profonde et au milieu des larmes
de tous les Français que je vous apprends la mort de l'Empereur de
France Louis XYllI, et l'avènement à la Couronne de son auguste
frère, Monsieur, comte d'Artois, mon maître actuel, qui a pris les rênes
du gouvernement selon les droits de sa naissance et à la satisfaction
entière de ses sujets. Ses qualités personnelles et ses hautes vertus sont
du présage le plus heureux.
Je désire de n'être jamais auprès de Sa Majesté Impériale que l'inter-
prète de votre attachement envers la France et l'organe de la bienveil-
lance de Sa Majesté Impériale dont je chercherai toujours à vous assurer
les marques. C'est tout ce qu'il m'est permis d'ajouter par respect aux
nobles caractères de Sa Majesté Impériale, dont je vous remets la lettre
comme le signe et le sceau d'une bonne correspondance dont il ne
tiendra qu'à vous de rendre les liens durables et les effets heureux. *
(Affaires étrangères, C'*' de Tunis,)
LE B^*" DE DAMAS A GUYS.
1198. — PariSy 24 septembre J 824. — « Les inexactitudes que pré-
sente le texte turc du dernier traité que vous avez signé avec la
Régence n'ayant pas permis au feu Roi de le ratifier, j'ai l'honneur de
vous adresser de nouveaux pleins pouvoirs qui vous mettront en mesure
de poursuivre vos négociations. Le cas où il devrait être procédé au
renouvellement de nos traités avec la Régence à l'occasion de l'avène-
ment de Sa Majesté y a été prévu. Cependant l'opinion anciennement
reçue et accréditée chez les Puissances barbaresques que leurs traités
avec un Prince chrétien expiraient et étaient anéantis à sa mort a pro-
bablement cessé d'exister... Vous devrez d'ailleurs prendre pour règle
[1824] AVEC LA COUR DE FRANGE 603
ce qui a été pratiqué entre la Régence et TAngleterre, lors de l'avène-
ment au trône du Roi Georges IV... »
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
GDYS AU B""" DE DAMAS.
1199. — TuniSy 25 septembre 1824. — Le Ministre de la marine a
autorisé le chef de la division du Levant à faire toucher à Tunis les bâti-
ments qu'il renvoie en France... Ces apparitions plus ou moins fré-
quentes font le meilleur effet dans la Régence.
Renseignements sur le Fondouk de la nation française à Tunis.
Le loyer de 600 piastres n'est susceptible d'aucune augmentation,
pour quelque motif que ce soit. Mais le Divan n'est obligé qu'à main-
tenir le mur d'enceinte. Les habitants doivent supporter les frais des
réparations intérieures, qui sont urgentes. Guys a fait réparer plusieurs
chambres, tant pour sa famille que pour les officiers des bâtiments du
Roi. Il faut aussi une nouvelle prison.
Le Consul anglais Oglander prend sa retraite. Il sera remplacé par
un colonel qui était commandant en second à Sainte-Hélène.
{Affaires étrangères^ C*'» de Tunis.)
GUYS AU B""" DE DAMAS.
1200. — Tunis^ 22 octobre i 824. — M. Desgranges, secrétaire-inter-
prète du Roi *, est arrivé à Tunis.
i( Je m'occuperai très incessamment, avec l'assistance de M. Des-
granges,à faire rétablir le texte turc conforme à la rédaction française
sur le dernier traité. Les différences sont trop fortes pour les mettre
tout à fait sur le compte de l'ignorance d'une langue que les autorités
de ce pays ne possèdent pas très bien. L'intention d'affaiblir le sens et
même de le dénaturer est manifeste... »
Il pense qu'une nouvelle commission du Roi lui sera inutile... Lors de
la mort du Roi Georges d'Angleterre, il n'y a eu aucun renouvellement
de traité.
Guys a eu une vive altercation avec le Bey, au sujet d'un bâtiment
français que des négociants tunisiens avaient nolisé, mais qu'ils refu-
saient finalement de charger et d'indemniser. Le Bey ne veut pas les y
1. An toi ne- Jérôme Desgranges, jeune de langue en 1793, élëve-interprète à Gons-
tantinople en 1803, Vice-Ck>nsul à Bassora en 1808, deuxième secrétaire-interprète
& Paris en 1811, en mission à Tunis en 1824, drogman à Alexandrie en 1826, pre-
mier secrétaire- interprète à Paris en 1854, retraité en 1857. — Mathieu-Antonin-
Florent Desgranges, que nous croyons être le frère du précédent, était jeune de
langae à Constantinople en 1812, drogman & Salonique en 1816, à Constantinople
en 1821, secrétaire-interprète du roi en 1829, professeur de langue turque au Collège
de France en 1832, attaché à la mission de Perse en 1839, premier secrétaire-
interprète pour les langues orientales en 1842.
604 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1824]
obliger. Guys lui a représenté qu*uae pareille décision ne permeUait
plus aux Européens de faire le commerce à Tunis. — « Eh bien ! me
dit-il, que ceux qui ne seront pas contents s'en aillent. — S'il en est
ainsi, répondis-je, nous ne serons pas certainement des derniers. —
J'allais aussitôt me retirer, lorsqu'on me rappela... Les gens de sa
cour lui donnaient tort : — Puisque vous vous fâchez, il faut bien
vouloir ce que vous voulez. — » Et il consentit à la demande de Guys.
Puis on régla à l'amiable l'affaire pendante entre les négociants tuni-
siens et le capitaine français. Les Tunisiens lui exprimèrent leur recon-
naissance, en disant : — Les Français sont véritablement nos amis. —
{Affaires étrangères^ C** de Tunis.)
TRAITÉ OU 15 NOVEMBRE 1824.
1201. — « Traité fait pour le renouvellement des capitulations et
articles de paix et confirmation d'icelles, arrêté et accordé, au nom de
Sa Majesté le très excellent, très puissant et très invincible Prince
Charles X, par la grâce de Dieu Empereur de France et Roi de
Navarre, par nous Hyacinthe-Constantin Guys, chevalier de la Légion
d'honneur, Consul général et Chargé d'affaires de l'Empereur et son
Commissaire spécial, muni de ses pleins pouvoirs à cet effet, au très
illustre et très puissant Prince Sidi Hossein, Pacha-Bey, et au Divan du
royaume de Tunis.
I
Les Capitulations faites et accordées entre l'Empereur de France et le
Grand Seigneur ou leurs prédécesseurs, ou celles qui seront accordées
de nouveau par l'ambassadeur de France près la Sublime Porte pour la
paix et l'union des dits États, seront exactement gardées et observées,
sans que de part et d'autre il y soit contrevenu directement ou indirec-
tement.
Il
Tous les traités antérieurs et suppléments sont renouvelés et confir-
més par le présent, sauf les changements et additions mentionnés dans
les articles ci-joints.
III
Les Français établis dans le royaume de Tunis continueront à jouir
des mêmes privilèges et exemptions qui leur ont été accordés, et à être
traités comme appartenant à la nation la plus favorisée, et il ne sera
accordé, suivant les mêmes capitulations et traités, aucun privilège ni
aucun avantage à d'autres nations qui ne soient également communs
à la nation française, quand bien même ils n'auraient pas été spécifiés
dans lesdites capitulations ou traités.
[iSU] AVEC LA COUR DE FRANCE 605
IV
Les marchandises qui viendront de France ou d'autre pays, sous quel-
que pavillon que ce soit, quand bien même ce serait de pays ennemis
de la Régence, pourvu qu'elles soient & la consignation d'un négociant
ou de tout autre Français, ne payeront que 3 0/0 de douane, sans
autre contribution quelconque, laquelle douane sera acquittée sui-
vant l'usage ordinaire jusqu'à l'établissement du nouveau tarif. Et si
des marchandises appartenant à quelqu^un d'une autre nation étaient
envoyées à un Français, la douane serait payée suivant l'usage de la
nation à qui cet individu appartiendrait.
V
Il ne sera perçu, sur l'introduction faite par les Français du riz, des
grains de toute sorte et légumes secs, que le seul droit d'une piastre et
quart par kaffî, payable au chef de la Rahaba, sans aucune douane.
VI
Il a été accordé, à la demande du Chargé d'affaires de Sa Majesté
l'Empereur des Français, par les articles préliminaires, qu'il serait
formé un tarif d'évaluation des marchandises pour le payement de la
douane. Aussitôt que ce tarif aura été définitivement statué et adopté
réciproquement par les parties intéressées, il sera joint au présent
traité.
VII
Suivant les anciens traités, toutes les marchandises que les négo-
ciants français apporteront et qu'ils ne pourront pas vendre
ne payeront aucun droit ni douane, dans le cas où elles seraient
réexpédiées.
VIII
Les Français pourront transporter d'un bâtiment à un autre les mar-
chandises, sans les mettre à terre et les porter autre part, et ils ne
seront tenus pour cela à payer aucun droit.
IX
Les marchandises qui auront acquitté le droit de douane pourront
être expédiées dans un autre port des États de la Régence, sans être
soumises à aucun droit d'entrée ni de sortie dans l'endroit où elles
seront débarquées.
X
La boulangerie française établie dans le Fondouk aura la faculté,
comme anciennement, de fournir de la galette ou biscuit aux bâti-
ments français et non à d'autres, et pour jouir de ce droit, elle payera
606 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [18i4]
deux piastres par quintal au fermier du biscuit, saos aucune autre
redevance.
XI
Les censaux juifs ou autres du pays qui sont au servico des
Français, soit à Tunis, soit dans les ports de la Régence, continueront
à jouir de la même protection et aussi des mêmes avantages qui
leur sont accordés par les traités précédents pour les affaires de com-
merce.
xn
Il sera loisible au Consul général, Chargé d'affaires de France,
de choisir et de changer à son gré les drogmans, janissaires, cen-
saux ou écrivains à son service, sans aucune opposition ou restriction
quelconques.
XIII
Dans le cas de guerre entre la France et une autre Puissance, les
négociants français qui expédieront ou recevront des marchandises
sous des noms étrangers et simulés jouiront nonobstant des mêmes
faveurs et privilèges qui leur sont accordés, mais ils devront en faire la
déclaration assermentée par devant le Consul général de France, à
laquelle déclaration il sera ajouté foi.
XIV
En cas de contestation entre un Français et un sujet tunisien pour
affaire de commerce, il sera nommé par le Consul général de France
des négociants français et un égal nombre de négociants du pays qui
seront choisis par TAmin ou toute autre autorité désignée par Son
Excellence le Bey. Si le demandeur est sujet tunisien, il aura droit de
demander au Consul général d*étre jugé de cette manière, et si la Com-
mission ne peut terminer la contestation, pour cause de dissidence on
de partage égal des opinions, l'affaire sera portée devant Son Excel-
lence le Bey, pour être prononcé par lui d*accord avec le Consul général
de France, conformément à la justice.
XV
Les bâtiments français seront à Tavenir traités, pour les droits d'an-
crage et de port, comme ceux de la nation la plus favorisée.
XVI
En cas de discussions entre les deux gouvernements, les deux Puis-
sances renoncent expressément à toutes représailles sur les particu-
liers, qui dans aucun cas ne sauraient être responsables du fait de leur
gouvernement.
[1824] AVEC LA COUR DE FRANCE 607
XVII
Tous les Français indistinctement, résidant dans le royaume de
Tunis, seront sous la juridiction du Consul général de France.
Le présent traité sera ratifié et confirmé par Sa Majesté TEmpereur
de France.
Ainsi arrêté et conclu au palais du Bardo, entre Tillustre Pacha-Bey
et le Consul général, Chargé d'affaires de Sa Majesté l'Empereur de
France et son Commissaire muni de ses pleins pouvoirs, le lo novembre
de Tan 1824, ou le 23 de Rebi-el-ewel de l'an de Thégire 1240*. »
(Sceau) GuYS.
{L'original est aux Archives des Affaii^s étrangères. Salle des Traités,)
CONVENTION SUPPLÉMENTAIRE.
1202. — Tunis, Jô novembre i 824. — « Nous Hossein- Pacha-Bey,
Seigneur et possesseur du royaume de Tunis,
En conformité de l'article Y des Préliminaires signés le 29 Djoumazi-
el-ewel de cette année, et à la demande du Consul général de l'Empe-
reur de France, Chargé d'affaires auprès de nous et son Commissaire
spécial, reconnaissant la justice d'appliquer autant qu'il est possible
les principes adoptés pour l'avenir par le dernier traité aux choses
passées, qui sont de ne pas faire souffrir les particuliers des discussions
qui peuvent exister entre les gouvernements, toutes les fois que leurs
droits sont reconnus, consentons par la présente Convention à ce qu'il
soit disposé en faveur des sieurs Âguillon et Pontus, négociants arma-
teurs, en acompte de la somme de 173,000 piastres qui leur a été
retenue du produit de la vente des deux prises L'Alexandre elLeStabrock
qui leur appartenaient, de la somme de 81,000 piastres de Tunis, dont
le gouvernement français se reconnaît débiteur envers la Régence, pour
la contribution de six années du privilège de la pêche du corail ; mais
il est bien entendu que la présente délégation ne portera aucun préju-
dice à nos prétentions, et ne pourra être considérée comme la recon-
naissance d'un débet qui ne peut être que le résultat d'une liquidation
définitive des prétentions et des réclamations réciproques, liquidation
à laquelle les deux gouvernements sont convenus de travailler inces-
samment, s'engageant respectivement à payer le solde qui sera dû à
celui des deux reconnu pour en être le créancier.
Ainsi arrêté et convenu au palais du Bardo, le 21 mai de l'an 1824 ou
le 23 de ramadan de Tan de l'hégire 1239 *. »
{Sceau) GuYS.
{L* original est aux Archives des Affaires étrangères. Salle des Traités,)
1. Approuvé par Charles X, le 31 juillet 1825.
2. Voy. au sujet de la date de cette convention la note 2, p. 600.
608 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [I8i4|
GUYS AU B"» DE DAMAS.
1203. — Tunis, 19 novembre i 824. — Le traité est rétabli dans son
exactitude, et M. Desgranges va retourner en France. Le Bey veut
envoyer féliciter le Roi sur son avènement. Il a désigné à cet effet Sidi
Mahmoud, (ils du ministre de la marine et commandant de La Goulelte,
et il voudrait un bâtiment de guerre français pour conduire son
ambassadeur, et embarquer tous les présents qu'il destine à Sa
Majesté. Cette détermination du Bey est un hommage d'autant plus dis-
tingué qu'il n'a pas eu lieu envers l'Angleterre, lors de Tavènement de
Georges IV... (Affaires étrangères, C^ de Tunis.)
GUYS AU B<'<' DE DAMAS.
1204. — TuniSy i7 décembre 1824. — Il lui renvoie par M. Des-
granges le traité original avec les rectifications. L'article IV est légère-
ment modifié. Les marchandises de propriété étrangère consignées à
des Français payeront la douane imposée à la nation du propriétaire.
Le Bey n'a eu en vue avec cette clause que ses propres sujets, notam-
ment les Juifs qui payent 5 0/0. Guys a senti aussi la nécessité de laisser
aux négociants la faculté de payer en argent ou en nature, suivant leur
convenance, afin d'empêcher des évaluations exagérées.
Au sujet de l'article VII, il fait observer que les négociants, parce qu'ils
ont la faculté de se faire rembourser les droits de douane, préfèrent
payer ces droits et rester en possession de leurs marchandises jusqu'au
moment de la réexportation. Il n'a pu obtenir l'insertion de l'article XI
du traité de 1728 dans le nouveau traité.
{Affaires étrangères, O^ de Tunis.)
HOSSEIN, BBT DB TUNIS, A CHARLES X.
1205. — Le Bardo, 1 7 décembre / 824. — « Gloire des Princes de la
nation du Messie, élite des Grands de la religion de Jésus, Padischah
actuel du gouvernement de France, notre très cher, très respectable,
très magnifique et grand ami, — que ses fins se terminent dans le
bien ! —
Nous avons Thonneur d'annoncer amicalement à Votre Majesté qae, le
dimanche 28 du mois de Redgeb de la présente année 1239, avant le lever
du soleil, notre très illustre père, Mahmoud-Pacha, étant parvenu au
terme destiné à sa vie, a passé au séjour de l'éternité, que le Gouverne-
ment général de la Régence de Tunis nous étant échu par droit d'hérédité
et de succession de père en fils, et que, d'après la règle ancienne et
l'usage constant le Divan ayant été tenu, et tous les membres de la
Régence et du Conseil ainsi que les habitants des villes ayant été assem-
;1^/^;--
[1824] AVEC LA COUR DE FRANCE 609
blés au palais dit Bardo, nous nous sommes assis sur le siège du Gou-
vernement avec des acclamations universelles.
C'est aussi pour faire savoir à Votre Majesté que Tamitié et la bonne
harmonie qui existent depuis de longues années entre la Cour de
France et la Régence de Tunis ont été confirmées sur l'ancien pied, et
que les traités seront religieusement observés, et pour nous informer de
votre précieuse santé que la présente lettre amicale a été écrite et
envoyée à votre illustre Majesté. Lorsque, avec la grâce du Tout-Puis-
sant, elle sera parvenue à Votre Majesté, nous espérons qu'elle ne nous
exclura pas dans la suite de son souvenir bienveillant.
{Sceau) Votre dévoué et sincère ami. »
{Affaires étrangèresy C*** de Tunis.)
GUYS AU B^*"" DE DAMAS.
1206. — TuniSy 19 décembre 1 824, — Guys raconte le supplice d'un
jeune marchand juif qui, étant ivre, s'est permis en promenade publi-
que quelques plaisanteries avec une vieille Maure très Âgée.
Il devait être brûlé vif; pour obtenir sa grâce il s'est fait Musulman,
mais le Bey l'a livré à une populace effrénée qui Ta haché en morceaux.
Ses biens ont été confisqués.
L'ancien Consul américain Williams Coxe est revenu en cette qualité
à Tunis.
Le Bey vient de prendre la détermination d'altérer sa monnaie,
croyant par ce moyen qu'il en empêchera la sortie ; l'altération sera,
dit-on, de i/8 de la valeur...
u Ce Prince prohibe la sortie de toutes les monnaies quelconques et
matières d'or ou d'argent, et ce sous peine de confiscation de Tobjet
saisi et même du bâtiment qui le recevra. J'ai fait, de concert avec le
Consul d'Angleterre, de fortes représentations sur le mode d'exécution
de cette mesure... Nous avons provisoirement obtenu que la peine delà
confiscation serait ajournée jusqu'à ce qu'on fût mieux informé... »
{Affaires étrangères^ C*'* de Tunis.)
LE B°^ DE DAMAS A GUYS.
1207. — Pains ^ 24 décembre i 824. — Par ordonnance du 45 de ce
mois, le traitement du Consul général de France à Tunis est porté de
18,000 à 20,000 francs.
{Affaires étrangères^ C" de Tunis.)
GUYS AU B°» DE DAMAS.
1208. — Tunis^ 30 décembre i 824. — Malgré ses représentations, le
Bey a conclu un marché pour la pêche exclusive du corail sur les eûtes
de Tunis avec un particulier anglais qui se dit agent de plusieurs mai-
30
610 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS :iiiS
sons de banque *. Les conditions en sont très onéreuses. Le prix delà
ferme est de 10,000 piastres fortes, soit 50,000 piastres tonisiennes. La
France payait jadis 18,000 piastres tunisiennes. Cet agent devra de
plus 100 livres de corail de première qualité, sans compter les frais
d*usage pour chaque bateau. {A/faireê étrangères, C**" de Tunis.)
1209. — TuniSy janvier i 825. — États du commerce et de la Dari-
gation française pendant Tannée 1824 :
Bâtiments français 19
Importations 1,495,606 fr.
Exportations 1,221,634 fr.
{Affaires étrangères^ C* de Tunis.)
GUYS AU B^" DB DAMAS.
1210. — l'unis, 4 janvier 1825, — Le Bey, avant de signer le traité
avec l'Anglais Thatscher pour le privilège exclusif de la pêche do
corail, a fait appeler les Consuls de France, de Naples et de Sardaigne
pour qu'ils puissent enchérir sur les offres anglaises.
Les deux Consuls se sont réunis à Guys pour essayer de laisser les
choses en Tétat actuel, dans Tespérance que tôt ou tard la France rèa-
nirait la totalité de la pèche des deux Régences et qu'alors toutes les
difficultés seraient aplanies...
Guys a demandé au Bey de lui laisser le temps d'informer son goorer-
nement. Le Bey a refusé d'y accéder. Le Consul a allégué les Capitula-
tions avec la Porte qui donnent aux Français le droit de la pèche. Le
Bey lui a répondu que, depuis que la guerre est terminée, aucun bateau
français n'était venu dans les eaux tunisiennes et que, par amitié pour
lui, il fallait le laisser profiter de cette occasion d'augmenter ses
revenus. Le fermier anglais ne retirera pas de la pèche le quart de la
somme qu'il devra payer.
... On prétend que son principal but est d'employer des moyens
nouveaux pour augmenter le produit de la pèche, tels que la cloche
sous-marine, & Taide de laquelle un homme peut descendre au foud de
la mer... a Je n'ai pas manqué de confirmer mes premières oppositions,
fondées sur le droit de pèche du corail qui nous est concédé par les
Capitulations; je dois cependant observer èi Votre Excellence que ce
droit de pêche est limité au golfe d'Usturgha appartenant aux deai
Régences d'Alger et de Tunis; la concession ne serait donc pas totale
pour cette dernière. » {Affaires étrangères, C»*» de Tunis.)
1. Le sieur Thatscher. Voy. sur la Compagnie anglaise Thatscher les Âwnalet
tunisiennes, p. 363.
i^ij^:
[1825] AVEC LA COUR DE FRANGE 611
GUYS AU Bon DE DAMAS.
1211. — TVints, 3 1 janvier 1 825. — La convenlion pour la pêche du
corail conclue entre le Bey et un agent anglais n'est « obligatoire pour
le fermier que pour la première année avec faculté, après le terme expiré,
de la confirmer pour neuf autres années... » Les Consuls de Naples et
de Sardaigne sont convaincus, comme lui, que le contrat sera résilié
après la première année ; Guys conseille de traiter alors de la pèche
jusqu'au Gap Nègre pour assurer aux bateaux le droit de relâche à
Tabarque.
Le Bey a prohibé Fimportalion du fil d'or, les négociants fran<;aîs
refusant de payer, en plus du droit de douane, le droit d'une demi-
piastre par once au fermier de In fabrique.
11 a depuis longtemps réclamé, mais en vain, des réparations à la mai-
son consulaire ; récemment, une partie du mur de sa chambre s'est écrou-
lée au moment où il y entrait. {Affaires étrangères, (?■' de Tunis.)
LE B<» DE DAMAS A GUYS.
1212. — PariSy 3 février i 8.25. — Le Roi agrée la mission que le
Bey veut lui envoyer, et la frégate La Cybèle a Tordre de recevoir l'En-
voyé tunisien. Guys devra s'arranger avec le commandant de la frégate
pour le passage de cet Envoyé, de sa suite, de ses effets, et des présents
destinés à la Cour. Il réglera les honneurs à lui rendre, la manière de
le traiter et de le nourrir ainsi que sa suite.
Il le prie de lui envoyer une copie des lettres de créances de l'En-
voyé. « Vous aurez sans doute surveillé la composition des présents
qu'il sera chargé d'offrir au Roi au nom de son maître, et vous ferez,
dans tous les cas, ce qui dépendra de vous pour remplir sur ce point
comme sur tous les autres toutes les conditions de convenance et de
décence que nous devons désirer... Vous m'enverrez un mémoire
circonstancié sur le caractère personnel de l'Envoyé, une note des pré-
sents qu'il conviendra de faire au Bey, à TEnvoyé et à sa suite. Vous
y observerez toute l'économie compatible avec la dignité et la générosité
de Sa Majesté... '>
M. Desgranges ^ recevra l'Envoyé à Toulon, qui « ne devra d'ailleurs
rester à Paris que deux mois et demi à trois mois; au besoin Guys
devra s'expliquer sur ce sujet avant son départ... »
(Affaires étrangères, C*^ de Tunis.)
GUYS AU B^" DE DAMAS.
1213. — Tunisj le 4 février i 825. — Il recommande au Ministre
l. Voy. la note 1, p. 603.
612 GORRESPONDANGB DES BEY8 ET DES CONSULS [1825]
Joseph Garpary S qui n'a d'autres émoluments que 5 francs environ
qu'il reçoit de chaque bâtiment. II mérite un traitement annuel de
1,200 francs. En attendant une décision il lui accorde, comme par le
passé, une gratification de 300 piastres. Quant à Bottari, agent consu-
laire à Bizerte ', il est réduit à Tindigence.
(Affcdres étrangères^ C^ de Tunis,)
GUTS AU ^^ DE DAMAS.
1214. — TVinû, 3 mars 1 825. — La Cybèle, commandée par le
capitaine Fouque', est arrivée le 26 février. La frégate ne pouvant
prendre tous les animaux qui font partie des présents, le Bey a nolisé
une bombarde française au prix de 4,200 francs. Ces présents seront
plus considérables que ceux envoyés en l'an YIII au Premier Consul *.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
HOSSEIN, BEY DE TUNIS, A CHARLES X.
1215. — Le Bardo, / / mars 1 825, — « A la gloire des Princes de la
religion du Messie, l'élite des Grands de la nation de Jésus, Sa Majesté
l'Empereur actuel du Gouvernement de France, notre très affectionné,
très honoré, très respectable, très magnifique ancien, sincère et cons-
tant ami.
Après avoir offert à Sa Majesté des compliments qui ont pour but
son bien-étre et des salutations remplies de vœux pour son bonheur,
et après avoir payé à sa magnifique personne le tribut de respect qai
lui est dû, nous avons l'honneur de lui annoncer ce qui suit :
Il serait inutile d*énumérer et de faire connaître ici l'amitié, la bonne
harmonie, la paix, la bonne intelligence et les égards réciproques qui
existent depuis un temps infini entre la Régence victorieuse de Tunis
et la Cour de France.
Ayant appris qne, par droit d*héritage et de succession légitime,
Sa Majesté s'était assise sur le* trône impérial du Gouvernement de
\, Voy. p. 616.
2. Voy. la note 1, p. 380.
3. Pierre-Valentin Fouque, de Toulon, mousse, matelot, puis commis aux revues,
de 1183 à 1796, enseigne de vaisseau en 1796, lieutenant en 1799, capitaine de fré*
gâte et aide de camp du Préfet maritime de Toulon de 1806 à 1811, capitaine de
vaisseau en 1821, retraité en 1832.
4. État des présents offerts au Roi par Vambassadeur tunisien : 6 chevaux (de race
numide), 2 juments, 2 lions, 4 autruches noires, 4 gazelles, 2 moutons de Guinée^
6 chameaux (2 noirs, 2 blancs, très rares, 2 roux), 24 couvertures en laine de Djerba.
6 mouchoirs, 6 voiles brodés, 16 essuie-mains brodés en or, 6 ceintures soie et
or, 1 superbe selle à la turque, 4 peaux de lion, 2 de tigre, 1 coffre contenant
12 flacons d'huile de rose rouge, blanche, etc., boites de parfum, musc, ambre, etc ,
1 habillement complet à la mauresque qu'on se propose de présenter à S. A. R.
Madame la dauphine, 1 très gros oiseau (vautour).
Guys a évalué ces présents à 65,000 francs.
[1826J AVEC LA COUR DE FRANCE 613
France, nous avons, dans rintention d*exalter son rang et sa dignité
parmi les autres Cours nos amies, d'augmenter l'amitié de cœur et de
consolider la paix et notre bonne harmonie, disposé des présents, frété
un navire pour les y placer et chargé notre ûls (titre de bienveillance)
rillustre Sidi Mahmoud, Kiaya du ministre de la marine de notre
Régence, de s'embarquer sur la frégate qui vient d'arriver de la part
de Sa Majesté à la Régence victorieuse. C'est pour annoncer ces dispo-
sitions à Sa Majesté et pour nous informer particulièrement de sa pré-
cieuse santé que notre présente lettre amicale a été écrite et envoyée.
Lorsque, avec la grâce divine, elle lui sera parvenue et que Sa Majesté
saura que nous lui avons payé le tribut de respect dû à son illustre
rang, et que la paix qui existe depuis de longues années entre nous et la
Cour de France aura une durée éternelle, nous espérons que Sa Majesté
ne nous exclura pas dans la suite de son souvenir bienveillant. »
(Sceau) (Affaires étrangères ^ C*"' de Tunis.)
HUSSEIN-KHODJA ^ AU B°» DE DAMAS.
1216. — Le BardOy i i mars i 825, — « A Son Excellence le Ministre
des Affaires étrangères, le baron de Damas, notre très affectionné, très
honoré et très sincère ami.
Après avoir offert à Votre Excellence des compliments qui ont pour but
votre bien-être et des salutations remplies de vœux pour votre bonheur,
et après nous avoir acquitté de l'obligation de nous informer de votre
santé, nous vous annonçons amicalement qu'en vertu de l'amitié et de
la bonne harmonie qui existent depuis un temps infini entre la Cour
de France et la Régence de Tunis, et qui prennent chaque jour de nou-
veaux accroissements, et afin d'exalter la dignité et le rang élevé et
de raffermir la paix et la bonne intelligence, notre illustre Seigneur
et Maître le Pacha-Bey a préparé des présents pour Sa Majesté, frété un
b&timent pour les y placer, et chargé notre frère (titre d'amitié) le
fortuné Sidi Mahmoud, Kiaya du ministre de la marine de la Régence
victorieuse, de s'embarquer sur la frégate française qui est arrivée à
Tunis. Et pour donner une preuve de l'amitié et de l'attachement que mon
susdit Maître a pour Votre Excellence, il a confié à mon susdit frère des
présents destinés particulièrement à Votre Excellence. C'est pour vous
annoncer l'envoi de ces présents et pour nous informer de votre précieuse
santé que notre présente lettre a été écrite et expédiée. Lorsqu'avec la
grâce divine elle vous sera parvenue, nous espérons que Votre Excel-
lence ne nous exclura pas dans la suite de son souvenir bienveillant, n
(Sceau) (Affaire» étrangères, C^ de Tunis,)
1. Premier ministre, chef des Mamelouks et gendre du Bey de Tunift.
614 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i82S]
GUTS AU B«" DE DAMAS.
1217. — Tunis, 42 mars / 825. -^ L^Envoyé de Tunis Sidi Mahmoud '
8*einbarqaera demain et mangera à la table du commandant. Guys n a
pa obtenir communication de sa lettre de créance; du reste, il n*a
personne sur rÊcbelle sachant lire le turc. M. Desgranges informera le
Ministre de son contenu.
Guys n*a rien retrouvé dans la correspondance de Devoize relative-
ment aux présents à rendre à l'Envoyé. Il conseille de faire comme en
l'an XI. Un sieur Nicolas Pléville fut alors chargé de pourvoir à toutes
les dépenses de l'ambassade. Il faudra des présents pour le Bey et son
principal ministre, qui est le gendre et le favori du Prince. Celui-ci s'est
d'ailleurs personnellement mis en frais par les présents qu'il envoie au
Ministre de la marine. Il faudra gratifier en outre le secrétaire, donner
des bijoux de valeur intrinsèque, draps, brocarts et bijoux; il signale
la maison Séguin comme étant celle qui travaille le mieux dans le
genre oriental. {Affaires étrangères, C^ de Tunis.)
GUTS AU B^"" DE DAMAS.
1218. — TuniSj 7 avril 1 825. — Le Bey a nolisé Le Saint-Pierre
pour envoyer à la Cour de France 14 chevaux, 6 chameaux, 2 lions,
4 gazelles, 2 moutons de Guinée et 6 autruches. Il a appris avec plaisir
l'arrivée de son Envoyé à Marseille.
{Affaires étrangères, C^ de Tunis.)
LB B<^ DE DAMAS A GUYS.
1319. — PariSy 8 avril 1825. — Il annonce la nomination de
M. Marcescheau * comme Yice-Consul à Tunis, en remplacement de
M. Malivoire ', appelé au Yice-Gonsulat du Gaire.
{Affaires étrangères, C^ de Tunis.)
1. Note du Consul Guys sur Sidi Mahmoud, Envoyé extraordinaire du Bey de
Tunis. — • Sidi Mahmoud est le second fils de Sidi Mahamet-Rhodja, ministre de la
marine. 11 est lui-même Riaya ou commandant de La Goulette; sa famille est des
plus anciennes et des plus distinguées. Le père fut envoyé en France et en Angle-
terre du temps de la rîëTOlution.
L'Envoyé actuel a environ trente ans, parle l'italien, est d'un caractère doux,
même timide, sans fanatisme ni préjugé, mange à l'européenne, est digne d'être
admis dans la haute société. On n'aura pas encore vu un ministre oriental de meil-
leure composition. 11 a toujours été, comme son père, obligeant pour les Français.
Son secrétaire est Raphaël Gaêta, ancien esclave napolitain, un brave homme,
peu éclairé pour les affaires; c'est le beau-frère du Bach-Kalak, maître de la garde-
robe, Joseph Raiïo, chargé de la correspondance avec les Consuls. L'EuToyé aura
une suite de neuf personnes. •
2. Armand-Jean-Baptiste-Louis Marcescheau, élève Vice-Consul en 1816, Vice-
Consul à Larta en 1821, à Tunis en 1825, Consul à Bahia en 1828, à Dublin en 1837,
Consul gcncra! à Chuquisaca en 1842, Chargé d'affaires en Bolivie en 1843, en inac-
tivité en 18iô, Consul général à Tunis en 1848, retraité en 1849. Il arriva à Tunis
le 14 juin 1825, et Thierry qui faisait l'intérim partit pour Alger.
3. Voy. la noie 2, p. 546.
fl828] AVEC LA COUR DB FRANCE 618
GUYS AU B<^ DB DAMAS.
1220. — luniSf 25 avril i 825, — État estimatif des réparations
indispensablement nécessaires à la maison consulaire, à la chapelle,
ainsi qu*à la maison du Vice-Consul, dressé avec l'asaistance du maître
maçon ordinaire du Fondouk. Ces réparations ont été évaluées à
i9,S49 fr. 40 centimes. (Affaires étrangères, C'-* de Tunis.)
LE B*"* DE DAMAS A GUYS.
1221. — Paris, 9 mai i 825. — M. Duchenoud' est nommé inter-
prète-chancelier à Tunis. Il est alloué à Guys 6,000 fr. pour les travaux
auxquels il a été employé pendant son séjour à Paris. On Tinvite à con-
certer ses démarches avec les Consuls des autres Puissances, pour
obtenir que les mesures du Bey concernant la sortie du numéraire
soient révoquées. On lui recommande de faire cesser la prohibition des
fils d'or. Il devra renouveler ses protestations contre le contrat de
pèche passé avec les Anglais, les Capitulations, obligatoires pour Tunis,
nous donnant le droit de pèche sur tout le golfe d'Usturgha.
Les demandes concernant les sieurs Gaspary et Bottari sont con-
traires aux règlements du Ministère, qui n'allouent aucun traitement
aux agents des Consuls. Mais le Ministre est disposé k reconnaître par
des faveurs particulières le zèle de ces agents. Il conseille à Bottari de
quitter Bizerte, s'il n'y trouve pas à faire ses affaires.
L'Envoyé Sidi Mahmoud a fait ses visites aux Ministres ; il assistera
au sacre de Sa Majesté, qui doit avoir lieu à la fin du mois. Il a un grand
désir de plaire et beaucoup d'honnêteté '.
(Affaires étrangères, C" de Tunis.)
GUYS AU B^ DE DAMAS.
1222. — Tunis, 7 juin 1 825. — Il envoie copie d'un mémoire adressé
1. Jean-Charles Duchenoud, jeune de langue à Constantinople en 1816, drogman
à Seyde de 1816 h 1821, à St-Jean-d*Acre de 1822 & 1823, à Larnaca de 1824 à 1825,
interprète-chancelier à Tunis de mai 1825 à octobre 1826, drogman-cbancelier à
Tunis d'octobre 1826 à septembre 1839, secrétaire-interprète à Tunis de octobre
1840 à avril 1844, en inactivité de 1844 & 1847, secrétaire-interprète à Paris de 1848
à 1858. Il avait épousé en 1830 la fille de Laurent Gay, premier médecin du Bey
de Tunis.
2. Guys annexa à cette dépêche un État nominatif de la famille du Bey et des prin-
cipaux officiers de la Régence : Le Bey, 6 garçons et 6 filles; Sidi Mustapha, seul
frère du Bey, et ses 5 fils; Soliman, premier ministre et beau-frère du Bey; Mahamet-
Hassan, Bach-Kateb ou grand écrivain; Hussein- Khodj a, Bach-Mamelouk ou capi-
taine des gardes, chargé en chef de toute Padministration ; Mehemet-Rhodja, ministre
de la marine; Chakir, Sahib-Tapa ou garde des sceaux ; Jehlick, président du Divan;
Mahmoud, fils du Riaya de la marine, commandant La Goulette; Hassuna Morali,
Gardien-Bachi et premier interprète du Bey; Joseph Raffo, chrétien; Bach-Kalakou,
maître de la garde-robe, chargé de correspondre avec les Consuls; Mehemet Geluli,
ancien Grand Douanier, fermier des huiles et autres produits du pays; enfin Soli-
man Belhar, Grand Douanier de Tunis.
616 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [18S5]
par les négociants français à la Chambre de commerce de Marseille,
au sujet des dépenses jugées nécessaires dans Tintérét de la nation.
État estimatif des dépenses proposées :
A Gaspary, agent à La Goulette i.200 fr.
Aux agents de Sfax, Sousse et Bîzerte 1.200 —
Caisse de secours pour les Européens et en parti-
culier les Français indigents 2.000 —
Établissement d*un hôpital 4.000 —
Son entretien et un concierge 2.000 —
10.400 fir.
Signé : J.-F. Ré, député, J.-H. Chapelle, Jean Monge, F. Arnaud, P. Gaj,
P. Pottier. {Affaires étrangères, C^ de Tunis,)
GUTS AU B^ DB DAMAS.
1223. — Tunis, ^0 juin i825. —La demande du Bey d'établir un
Consul à Marseille présente plusieurs inconvénients et presque aucune
utilité, même pour le gouvernement de la Régence. C'est une prétention
de vanité plutôt que d*intérét, suggérée au Bey par Hassuna Morali.
Guys ne trouve que Fart. XXI du traité de 1720 qui pourrait donner
quelque valeur à cette demande; cet article n*est ni rappelé ni con-
firmé par les traités postérieurs. (Affaires étrangères, (?'* de Tunis.)
GUTS AU B<^ DB DAMAS.
1224. — Tunis, 26 juin i S25. — Les dispositions annoncées par
le Bey pour empêcher la sortie du numéraire étaient purement com-
minatoires. La fabrication de la nouvelle monnaie continue lentement.
Au sujet du golfe d'Usturgha, « M. Dupré ' est bien plus à même que
je ne le suis de connaître les localités. Voici ce qu'il m'écrit à ce sujet :
Il n'est pas étonnant que vous n'ayez pas trouvé sur la carte le golfe
d'Usturgha ; c'est un nom impropre qu'on a donné dans la traduction
de nos Capitulations avec la Porte ottomane au golfe de Stora, situé
derrière le cap de Fer. D'après sa position, vous jugerez qu'il ne dépend
nullement de la Régence de Tunis, mais bien de celle d'Alger... 11
parait qu'à l'époque de nos traités avec la Porte, le golfe de Stora
appartenait également aux deux Régences. »
(Affaires étrangères, O*^ de Tunis.)
GUYS AU V^ DB DAIUS.
1226. — Tunis, 27 juin 1825. — M. Wilson, secrétaire particulier
i. Jean-François-Pierre- Adrien Dupré, Vice-Consul à Colberg en 18H, Consul i
Trëbizonde en 1814, à Béne en 18il (22 juillet), à Larnaca, puis à Salonique en
1825, Consul général à Tripoli de Barbarie en 1830.
[1825] AVEC LA COUR DE FRANCE 617
du marquis d'Hastings, gouverneur de Malte, et M. Mackensie sont
arrivés dans Tintention de visiter Tancienae ville de Spitula.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
CHARLES X A HOSSEIN^ BBY DE TUNIS.
1226. — Saint-Cloud^ 3 juillet i 825. — « Illustre et magnifique
Seigneur,
Sidi Mahmoud, votre Envoyé auprès de nous, s*est rendu à notre
Cour impériale pour exécuter la commission dont vous Tavez chargé.
Nous lui avons donné une audience favorable. Il nous a remis la
lettre que vous nous avez écrite et nous a offert les présents que
vous nous avez destinés. Nous les avons reçus avec plaisir, nous vous
en remercions, et rien ne pouvait nous être plus agréable que ces nou-
velles marques de votre attachement pour notre personne. Vous ne
devez pas douter non plus de l'intérêt sincère que nous prenons à tout
ce qui vous regarde et du désir que nous avons de rendre les liaisons
des Français et des Tunisiens de jour en jour plus intimes. Nous aimons
à vous en confirmer ici l'assurance, ainsi que celle de notre bienveil-
lance et de notre considération particulières. Sur ce, nous prions Dieu
qu'il vous ait, illustre et magnifique Seigneur, en sa sainte et digne
garde. » (Affaires étrangères^ C*'* de Tunis.)
LE B<» DE DAMAS A HOSSEIN, BEY DE TUNIS.
1227. — -Parts, 4 juillet 1 825. — « Très illustre et magnifique
Seigneur,
Sidi Mahmoud, votre Envoyé auprès de l'Empereur mon maître,
m'a remis, à son arrivée, la lettre que Hussein-Khodja, commandant
de vos Mamelouks, m'a écrite par votre ordre. J'ai lu avec beaucoup
de satisfaction les témoignages d'amitié qui y sont exprimés, et
rien n'est plus sincère que le désir que j'ai de m'employer pour votre
service. Ces sentiments sont conformes aux intentions de l'Bmpereur,
et à la confiance où est Sa Majesté Impériale que vos bonnes disposi-
tions, d'accord avec ses vues, rendront de plus en plus intimes les
liaisons des Français et des Tunisiens. Je serai flatté d'en être l'heu-
reux instrument, et vous me trouverez disposé, en tout temps, à vous
assurer les effets des bonnes grâces de Sa Majesté Impériale. J'espère
que, de votre part, vous voudrez bien m'en procurer tous les moyens,
en facilitant de tout votre pouvoir les rapports des deux nations et
contribuant ainsi à leur avantage réciproque.
J'ai présenté à Sa Majesté Impériale Sidi Mahmoud, qui en a reçu
Taccueil le plus gracieux. Cet Envoyé a bien rempli sa mission, et
618 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [1825]
toute la faveur dont il pouvait être Tobjet lui a été accordée *. 0 a
éprouvé d'ailleurs, dans le cours de son voyage et pendant son séjour
à Paris, les meilleurs traitements et tous les agréments que, par con-
sidération pour vous, il m'a été possible de lui procurer*. Je lui dois la
justice de déclarer qu'il s'est conduit, en tout point, de la manière la
plus convenable, et j'espère que vous serez satisfait de ses relations.
Sidi Mahmoud sera ramené avec les mêmes attentions à Toulon, où
il s'embarquera sur un bâtiment de Sa Majesté Impériale, dont le
commandant a ordre de le conduire à Tunis. Je lui ai remis la réponse
de Sa Majesté Impériale, et je n'ai plus à ajouter aux expressions qu'elle
contient que l'assurance de mon attachement et de mon zèle, sur les-
quels je vous prie de compter dans toutes les occasions où mes services
pourront vous convaincre que je suis plus que personne, très illustre et
magnifique Seigneur, votre parfait et sincère ami. »
(Affairée étrangères^ C*'* de Tunià.)
LE B<» DE DAMAS A GUYS.
1228. — Paris^ 15 juillet 1825. — L'Envoyé de la Régence va se
rendre & Toulon et s'embarquera sur La Galatée qui le ramènera dans
sa patrie. On n'a eu qu'à se louer de sa discrétion et de son urbanité.
Sidi Mahmoud a présenté plusieurs demandes, entre autres celle d'un
Consul tunisien à Marseille. « Je me suis borné à lui faire une réponse
1. Liste des présents offerts à Sidi Mahmoud^ Envoyé extraordinaire du Bey de
Tunis à Paris, dressée par le Secrétaire-iaterprète du roi Rieffer, 8 juillet 1S25 :
une montre & répétition et sa chaîne, une boite d'or ciselée, 12 tasses de vermeil
et leur plateau, un fusil de chasse, une paire de pistolets, 30 aunes de drap écarUte,
bleu, noisette, etc., 3 schals, 4 écharpes, 98 aunes de satin cerise, jaune, bleu,
blanc, rose, barège, etc., 42 aunes de damas cramoisi, 124 aunes de batiste, 3 paires
de vases de porcelaine, un cabaret à thé de 12 tasses et leur plateau, 3 douzaines
de tasses.
Présents pour Raphaël Gaëta, secrétaire de VEnvoyé du Bey de Tunis : une montre
d'or à répétition, chaîne, clef et cachet, un nécessaire en argent, 10 aunes de drap
aurore. 5 aunes de drap bleu, 5 aunes de drap vert, 2 aunes de drap blanc, 5 aones
de drap Casimir, 2 schals, 14 aunes de satin jonquille, 14 aunes de salin rose,
14 aunes de satin bleu, 5 écharpes, 27 aunes de moire argent et vert, 12 aunes de
batiste.
Présents pour le Bach-Mamelouk, premier ministre du Bey de Tunis : un nécessaire
en vermeil, 6 montres d'or à répétition et à sonnerie, chaînes et clefs, 3 paires de
vases en porcelaine, un cabaret à thé de 12 tasses, 42 aunes de draps multicolores,
5 schals, 3 écharpes, 2 robes de gaze, 12 aunes de cachemire, 62 aunes de satins
multicolores, 71 aunes de brocarts de Lyon, 192 aunes de batiste.
Présents pour Sidi Hossein, Bey de Tunis : 4 pendules en bronze doré, un plateau
et 12 tasses en or émaillé, un coffret en racine de frêne, 2 nécessaires à musique,
6 paires de vases de porcelaine, un cabaret à thé et 12 tasses, 6 douzaines de tasses,
75 aunes de drap, 9 schals, 7 écharpes multicolores, 8 robes de gaze à palmes d'or,
24 aunes de cachemire, 98 aunes de satin, 290 aunes de damas et étoffes de Lyon,
16 coussins de velours violet et vert, 48 aunes de velours multicolores, 288 aunes
de batiste.
2. L'Envoyé tunisien fit partie du corps diplomatique qui assista à Reims ao
sacre de Charles X.
[1825] AVEC LA COUR DE FRANCE 619
évasive, en lui donnant à entendre que la lettre du Bey dont il était
porteur n'annonçait nullement qu'il fût chargé de traiter cette affaire. »
Ci-joint la liste des présents destinés au Bey. Jamais on n'en a
envoyé de plus beaux à Tunis. {Affaires étrangères, C^' de Tunis.)
GUYS AU B""» DE DAMAS.
1229. — Tunis y 17 août 1825, — La Galatée, aux ordres de
M. Maillard de Liscourt S est arrivée avec l'Envoyé du Bey. Celui-ci a été
extrêmement sensible aux preuves d'attachement de Sa Majesté PEm-
pereur. Le père de Mahmoud, Kiaya de la marine, a été si satisfait qu'il
a pour la première fois permis à son fils de s'asseoir devant lui.
Le Bey a un agent à Trieste, mais TAutriche n'a pas voulu le recon-
naître officiellement comme Consul.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
GUYS AU B«° DE DAMAS.
1230. — Tunis^ 20 août 1 825, — Rapport sur une insulte faite au
capitaine Salvat à la Mehedia. Guys a obtenu la punition des coupables.
{Affaires étrangères, C*"* de Tunis,)
GUYS AU B*"" DE DAMAS.
1231. — TuniSy 26 septembre 1825. — Le Bey prétend que l'État
romain lui a promis une redevance annuelle de 5,000 fr., et qu'il a refusé
de traiter avec l'Angleterre pour la paix à conclure entre lui et le Pape.
Il n'y a rien à craindre pour le moment des corsaires tunisiens, qui
ne s'éloignent pas de la côte. {Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
GUYS AU B""" DE DAMAS.
1232. — Tunis j 14 octobre 1 825. — L'agent de la « Compagnie
anglaise des perles et des coraux » a dû abandonner sa méthode d'ex-
traction du corail. Guys propose un arrangement avec les Anglais pour
le cas où ils obtiendraient les concessions d'Alger.
{Affaires étrangères, (7" de Tunis.)
LE B^»*" DE DAMAS A GUYS.
1233. — Paris, 2 novembre 1 825. — Il le prie d'adresser à la Caisse
des dépôts et consignations les fonds provenant de dépôts antérieurs
à 1815, et dont le total s'élève à 26,762 piastres.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
GUYS AU ^"^ DE DAMAS.
1234. — Tunis, 5 novembre 1 825. — L'agent anglais pour la pèche
du corail, M. Thatscher, est parti pour Londres. Il paraît qu'il veut
traiter avec la France pour les concessions de Bône.
(Affaires étrangères, C'* de Tunis.)
1. Louis-Charles Maillard de Liscourt, de Langres, novice en 1794, aspirant en
1796, enseigne de vaisseau en 1803, lieutenant en 1808, capitaine de frégate en 1819,
capitaine de vaisseau en 1824, décédé à Toulon en 1835.
620 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1825]
LE ^ DE DAMAS A GUYS.
1235. — Paris y i 7 novembre / 825. — Le Roi envoie deux frégate
à Tripoli pour demander la restitution d'un bâtiment romain. Ces fré-
gates passeront ensuite à Tunis. « Vous voudrez bien expliquer au Eey
que Sa Sainteté le Pape étant le chef suprême de la religion de TÉtat
en France, la France lui doit son appui et ne peut s'empêcher de res-
sentir les injures qui lui sont faites, comme si elles s'adressaient à elle-
même... La France ne saurait du reste souscrire à aucune redevance
en argent au profit de Tunis. La Régence d'Alger n'a pas balancé à
faire respecter les bâtiments romains, et le Bey ne voudra pas témoi-
gner à la France moins d'amitié que le Dey. II faut obtenir une réponse
catégorique du Prince. Si cette réponse était de nature à troubler la
bonne intelligence qui règne entre les deux pays, ce ne serait pas le
gouvernenient du Roi mais bien la Régence de Tunis qui prendrait
toute la responsabilité des conséquences... »
(Affaires étrangèreSy C*** de Tunis.)
LE B<» DE DAIUS A GUYS.
1236. — Paris^ 29 novembre 1825, — Si le Bey tient à avoir un
ingénieur pour ses travaux de La Goulette, il doit allouer au moins
4,500 fir. de traitement et a,000 fr. de frais fixes. Si la somme qu'il
offrira se rapproche de celle-ci, le gouvernement du Roi acquittera la
«
différence. {Affaires étrangères^ C*** de Tunis,)
LE B"* DE DAMAS A GUYS.
1237. — Paris, 6 décembre 1 825, — « Vous ne devrez épargner
aucune recherche pour bien constater les limites de nos eaux et de
notre territoire du côté de la Régence de Tunis... Vous engagerez le Bey
à insister comme de lui-même, auprès des Anglais concessionnaires
de la mer de Tunis, sur la nécessité de respecter nos limites...
Je dois vous faire connaître que Sa Majesté a bien voulu approuver,
le 31 juillet dernier, le traité de commerce signé par le Bey de Tunis
et vous, le 15 novembre 1824. Quant à la convention supplémentaire
arrêtée le 21 mai précédent, comme une loi est nécessaire pour assurer
le payement de créances qui en est la suite, le Roi ne pourra prendre à
cet égard de détermination qu'avec le concours des deux Chambres. •
(Affaires étrangères, C^' de Tunis,)
GUYS AU B<» DE DAMAS.
1238. — Tunis, 27 décembre 1 825, — M. Duchenoud * vient d'arriver
ainsi que trois Capucins siciliens.
1. Voy. la note 1, p. 615.
[1826] AVEC LÀ COUR DE FRANGE 621
Un brick hollandais a amené de Marseille M. Henri Nyssen, nommé
Vice-Consul de Hollande en cette résidence. Il a rapporté le brevet de
Consul général à son père, nommé à la place de son frère décédé à Mar-
seille lorsqu'il revenait à son poste. Guys demande le portrait du Roi
pour décorer le salon du Consulat de France.
(Affaires étranghrts^ C*** de Tunis,)
6UTS AU BO» DE DAMAS.
1239. — 7\inw, 13 janvier i 826. — Il résulte des renseignements
qu'il a pu recueillir que les concessions sont une propriété delà France
antérieurement acquise à l'établissement des gouvernements actuels
d'Alger et de Tunis, et non une ferme révocable à terme fixe... Guys
voudrait proposer une combinaison qui allégerait les charges du gou-
vernement sans dénaturer ses droits, et éviterait les sujets de contes-
tation ; c'est pour ce motif qu'il voudrait obtenir pour nos bateaux le
droit de pèche jusqu'à la limite du Cap Nègre. Dans les trois derniers
traités (1781, 1782 et 1790) de la Compagnie d'Afrique, la pèche lui fut
concédée depuis Tabarque jusqu'aux confins de Tripoli. Ducbenoud n'a
rien trouvé de nouveau sur le golfe d'Usturgha.
(Affaires étrangères^ C*** de Tunis,)
MARCESCUEAU * AU B<» DE DAMAS.
1240. — Sousse, i 8 janvier i 826. — Rapport sur son voyage dans
l'intérieur de la Régence avec Mustapha-Bey :
« ... ATozeur il a appris que M. Wilson, secrétaire du gouvernement
de Malte, a présenté au Bey un projet de colonisation dont voici les
principales dispositions :
l^* Une colonie maltaise aurait la permission de s'établir sur un terri-
toire voisin de la côte et choisi d'un commun accord ;
2^ Elle pourrait y bâtir une ville sur laquelle flotterait le pavillon
anglais ;
3^ Elle ne reconnaîtrait d'autre autorité que celle d'un gouverneur
qui serait, pour la nature de ses relations avec le Bey, assimilé aux
Consuls;
4<^ Si quelqu'un des colons se rendait coupable de commerce avec les
femmes moresques, il ne serait justiciable que d'un tribunal mixte ins-
titué à cet effet, et ne pourrait en aucun cas être condamné à mort
pour un délit de cette nature.
Il est à croire que cette proposition était appuyée de la promesse de
quelque bonne somme d'argent, car on m'a assuré qu'elle eût été
1. Voy. la note 2, p. 614.
622 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1826]
acceptée sans Topposition vive et énergique de Mustapha-Bey, qu'indi-
gnaient surtout le second et le quatrième de ces articles. »
(Affaire8 étrangères^ C»"* de Tunis:)
LE B«" DB DAIUS A GUTS.
1241. —Paris, 28 février 1826. — Le Dey d'Alger a élevé la préten-
tion de rendre les Puissances européennes responsables des dommages
soufferts par des Algériens sur les navires de ces Puissances, d'après le
principe : le pavillon couvre la marchandise.
(c Mais le résultat de cette maxime de droit maritime est seulement
de mettre les cargaisons couvertes d*un pavillon neutre à l'abri des
atteintes des belligérants, et non d'imposer à un gouvernement neutre
l'obligation d'indemniser des sujets étrangers des pertes qu'ils peuvent
avoir éprouvées en mer, sous son pavillon... Guys exposera ces
réflexions aux Tunisiens.
M. Thatscher, qui est à Paris, a demandé au Ministre si le gouverne-
ment français serait disposé à conclure avec lui un arrangement,
moyennant lequel sa Compagnie obtiendrait le droit de pèche sur les
côtes algériennes. J'ai répondu à M. Thatscher que le traité dont il
parlait n'était point expiré et que sa durée était au contraire illimitée,
mais qu'il pouvait compter que les bateaux de la Compagnie anglaise
seraient admis sous des conditions absolument semblables à celles qui
seraient appliquées aux autres étrangers. Or il est constant qu'une de
ces conditions sera de n'employer aucun des procédés particuliers dont
se servent les bateaux de M. Thatscher^, et que par conséquent la
promesse que je lui ai faite ne saurait offrir aucun danger... »
Guys est autorisé à prendre sous sa protection les sujets du Saint-
Siège. {Affaires étrangères^ C"» de Tunis.)
GUYS AU B^^ DE DAMAS.
1242. — Tunis, 2 mars i 826, — M. Thatscher vient de lui faire noti-
fier que la pèche du corail sera libre cette année pour toutes les nations.
La redevance par bateau est fixée par lui à 50 piastres fortes et une
rotte (une livre poids de marc de corail). 11 est probable qu'il résiliera
son bail à la fin de l'année. {Affaires étrangères, C»« de Tunis,)
1243. — Tunis, 14 mars / 826. — Note présentée par le Consul géné-
ral Guys à Hossein-Bey, demandant que la navigation des bâtiments
romains soit respectée, les Régences d'Alger et de Tripoli ayant favora-
blement accueilli cette proposition.
{Affaires étrangères, C**» de Tunis.)
1. Les Anglais faisaient la pèche à la- drague; ils enlevaient ainsi, dit le Consul
Guys, non seulement le corail, mais encore les pierres sur lesquelles il se reprodaîsait.
[1826] AVEC LA COUR DE FRANCE 623
DÉCLARATION DU BEY DB TUNIS EN FAVEUR DES ÉTATS ROMAINS.
1244. — Tunis^ 14 mars i S26. — « Comme Sa Majesté le très magni-
fique et très puissant Empereur de France Charles X, notre allié, nous
a demandé par l'entremise de son Consul général et Chargé d'affaires,
muni de pleins pouvoirs, que lorsque les bâtiments de la Régence de
Tunis rencontrent des navires romains, ils ne commissent envers eux
aucun acte d'hostilité, mais qu'ils agissent au contraire conformément
à ce qu'exigent la paix et la bonne intelligence, et que les sujets
romains résidant dans le royaume de Tunis fussent considérés comme
étant sous la protection du Consul de France et qu'ils jouissent des
faveurs et privilèges attachés à ce titre ; voulant donner à la Cour de
France une preuve de notre vif et sincère attachement et être agréable
à Sa Majesté, la Régence de Tunis accède et se conformera à la demande
qui lui a été adressée en faveur de la navigation romaine et des sujets
romains résidant à Tunis, tant que subsisteront la paix et la concorde
qui existent présentement entre la Cour de France et la Régence de
Tunis. »
{Sceau) {V original est aux Affaires étrangères , C'*' de Tunis,)
GUYS AU Roo DE DAMAS.
1245. — Tunis^ 15 avril 1 826» — Le port de La Goulette est si
bien ensablé que le Bey renoncera peut-être à faire venir un ingénieur.
Le comte d*Âugier ^ lui a envoyé le dessin d'une machine à vapeur
employée à Liverpool. M. Mauby, qui a installé une fabrique à Cha-
renton, près de Paris, pourrait en fournir une pareille au Bey.
(Affaires étrangères^ C*** de Tunis,)
LE D^*' DE DAMAS A GUYS.
1246. — PariSy 5 mat 1 826. — Dans le budget des dépenses des
établissements français en Levant et en Barbarie pour 1826, l'Échelle de
Tunis se trouve comprise pour 10,549 fr. 20 qui seront employés aux
réparations de la maison consulaire.
{Affaires étrangères, C'** de Tunis,)
1247. — Tunis, 7 mai 1 826. — Rapport de M. Marcescheau, Vice-
Consul, au baron de Damas, intitulé : Réflexions sur le commerce de
Marseille avec la Barbarie. {Affaires étrangères, C*"rfc Tunis,)
1. François- H en ri-Eugène, comte d'Augier, de Courtezon (Vaucluse), garde de la
marine en 1782, lieutenant de vaisseau en 1789, destitué comme noble en 1794,
réintégré en 1795, capitaine de vaisseau la même année, chef de division en 1796,
membre du Tribunal en 1801, Préfet maritime À Lorient en 1809, contre-amiral
en 1814, créé comte la même année (6 septembre), commandant de la marine et
Lorient en 1816, à Rochefort la même année. Député en 1816, vice-amiral en 1825,
commandant de la marine à Toulon en 1826, membre du Ck)n8eil d'Amirauté en 1827,
décédé en activité de service à Paris en 1834 (52 ans de services).
624 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1826]
1248. — Tunis, i'' juin i 826. — État des Agences dépendaDt du
Consulat général de France à Tunis :
La Goulette, — Titulaire : Joseph-Gaspard Gaspary, Français, nommé
par M. Devcize le 15 septembre 1815. Il a succédé à son père qui était
précédemment à Porto-Farine depuis 1788.
Bizerte — Titulaire : Gosme Bottari, Français, nommé par De Gh&r
teauneuf le 12 juillet 1789.
Sousse^ Monastir et Mehedia. — Titulaire : Jérôme Saccoman, Fran-
çais, nommé par M. Malivoire, le 15 mai 1822.
Sfax. — Titulaire : Jean Quejrolo, Sarde, nommé par Guys le
24 octobre i824.
Djerba. — Titulaire : Sidi Mustapha-ben-Ibrabim, négociant arabe,
nommé par Guys le 30 octobre 1824 ^
{Affairet étrangères, C*** de Tunis,)
GUYS AU fio" DE DAMAS.
1249. — Tunis, 2 juin i 826. — Il vient d*avoir un entretien avec
le Bey sur les limites de la pèche du corail. Ce Prince lui a déclaré
qu*il ne pouvait se persuader que le gouvernement de TËmpereur
voulût favoriser la Régence d*Âlger à ses dépens, que c'était le faire
que de lui contester un territoire qui lui appartenait... Guys répondit
qu'il était constant que la France avait été reconnue propriétaire de la
côte jusques auprès de Tabarque,... que pour le territoire entre le cap
Rose jusqu'à TGued-el-Harg, le Bey était seigneur suzerain et non pro-
priétaire. Ali-Pacha et Hamouda-Pacha y ont exercé leurs droits de
suzeraineté, mais ils n'ont rien changé dans leurs traités avec la
C*^ Royale d'Afrique à la limite de la pèche, toujours fixée à Tabarque.
Soliman-Kiaya, dans une lettre à Malivoire, exposa également que le
cap Rose fut de tous temps la limite de la pèche tunisienne.
Guys a correspondu en arabe avec le Bardo. Ducbenoud s'exprime
avec clarté et élégance, néanmoins il désirerait avoir les dictionnaires
de Meninski et de Golino, les meilleurs auteurs à consulter pour l'expres-
sion et la signification propre du langage.
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
GUYS AU Bon DE DAMAS.
1250. — Tunis, 2i juillet i 826. — Il demande une augmentation
de traitement. L'Échelle de Tunis est une des plus importantes, et
la dépense obligée du Consul est considérable. 11 a une indemnité pour
l'entretien des voitures, mais cette dépense va devenir encore plus
grande, car le Consul d'Angleterre veut avoir une voiture à quatre
1. Voy. la note 4, p. 554.
[18S6] AVEC LA COUR BE PRANGE 625
roues, et le Ck)nsul de France ne peut faire moins. Les Consuls d'Angle-
terre et de Sardaigne ont 25,000 francs de traitement...
(Affairée étrangèrei^ C^ de Tunis.)
6UTS AU B<^" DE DAMAS.
1251. — TuniSf 2 août 1S26,. — M. Nyssen, Consul des Pays-Bas,
de Toscane et agent d'Autriche, réclame un droit de 50 piastres pour
chaque car^aièoh apportée ou envoyée sur un navire soumis à sa juri-
diction. Divers négociants français ont refusé de le payer. Guys leur a
ordonné d'acquitter le droit, mais le député de la nation, le sieur
Monge, a protesté, et a écrit au Ministre que l'autorité de Nyssen ne
s'étendait nullement sur les marchandises, mais seulement sur les
navires *. (Affaires étrangères^ C^^ de Tunis,)
GUYS AU B*^ DE DAMAS.
1252. -^ Tunis, 25 août i 826, — « Aperçu ou terme moyen annuel
des dépenses ordinaires de l'Échelle de Tunis, réparties jusqu'à ce jour
à raison du loyer entre les divers locataires qui occupent le Fondouk
français. »
1. — Dépensez du Fondouk. Piastrea.
Salaire pour nettoyage et éclairage, 18 p. 1/2 par mois. 222
Huile à brûler 140
Salaire pour balayage public des immondices, 10 p.
par mois 120
Réparation et entretien des murs extérieurs du Fondouk
et blanchissage des terrasses et galeries 500
Entretien des conduites d'eau 100
Entrelien du pavé des cours, évalué 1/6 de la dépense
d'un pavage général 400
Entretien des carreaux des galeries, évalué 1/6 de la
dépense d'un nouveau carrelage 125
Frais divers 150
1.757
//. — Dépenses nationales.
Frais de bateaux des courriers 300
Loyer de la maison nationale à Bizerte 500
Entretien d'un Janissaire chargé des affaires de com-
merce des négociants 300
A reporter 2.857
1. Voy. la correspondance échangée à ce sujet entre Giiys et Nyssen, agent
d'Autriche à Tunis, en janvier 1827. (Affaires étrangères, C»*» de Tunis.)
40
636 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1826'.
Pûatres.
Beport 2.857
Dépenses d'utilité générale 50
Secours à des familles françaises indigentes et à des
chrétiens de diverses nations 2.000
Total en francs : 6.379, 10, ou en piastres. . . 4.907
{Affaires étrangères, C^ de Tunis.)
LE B<^ DE DAMAS A GUYS.
1253. — PariSy 26 septembre 1 826. — « ... Je ne saurais approuver
Tordre que vous avez donné à des négociants français de votre rési-
dence de payer à M. Nyssen, Consul général des Pays-Bas et agent
d'Autriche, les droits qu'il leur a demandés pour des marchandises
qu41s avaient fait apporter à Tunis par navires autrichiens...
Lors même que les prétentions de M. Nyssen ne seraient pas inad-
missibles en principe, elles le seraient par cela seul que rautorisation
dont il les appuie, et qui pouvait leur donner à ses propres yeux une
apparence de légalité, n'existait plus au moment où il les a formulées.
En effet, ce Consul, quoique agissant comme agent d'Autriche, ne se
fonde que sur les usages du Consulat de Hollande et sur le consente-
ment des autorités hollandaises. Or le gouvernement des Pays-Bas a
supprimé les taxes et aggravations sur le commerce du Levant...
Vous voudrez bien engager ce Consul à restituer à nos négociants le
montant des droits contre le payement desquels ils ont protesté et
qu'ils n*ont acquitté que par votre ordre. 11 est d*autant plus probable
que M. Nyssen y consentira qu'en soutenant cette discussion, il n'avait
sans doute pas connaissance de l'abolition des taxes précédemment
autorisées par le gouvernement hollandais. Dans le cas cependant où
il s'y refuserait, je vous prie de m'en informer immédiatement, ainsi
que des motifs de son refus, et d'en écrire également à M. l'ambassa-
deur <iu Roi à Gonstantinople qui fera auprès de l'Internonce, dont
M. Nyssen tient les pouvoirs comme agent d'Autriche, les démarches
nécessaires pour que nos négociants obtiennent restitution. »
(Affaires étrangères, (7** de Tunis.)
GUYS AU B^"" DE DAMAS.
1254. — Tunis, 5 octobre i 826. — Le contre-amiral de Rigny * a
1. Henri -Marie-Daniel Gaultier, chevalier de Rigny, de Toul, novice en 1797,
aspirant en 1798, enseigne -de vaisseau en 1803, lieutenant en 1809, capitaine de
frégate en 1811, capitaine de vaisseau en 1816, contre-amiral en 1825, vice-amiral
en 1827, fait comte en 1829, en raison de la bataille de Navarin, membre du
Conseil des ministres, décédé en 1835.
[1827] AVEC LA COUR DE FRANCE 627
sauvé de la mort 200 Hadjîs tombés aux mains des Grecs. Parmi eux
se trouvaient 50 Maures de Tunis, qui ont parlé au Bey de leur recon-
naissance pour le service qui leur était rendu.
(Affaires étrangèreSj C*'* de Tunis,)
GUYS AU B<"' DE DAMAS.
1255. — Tunisy i 7 novembre i 826, — Le cardinal délia Somaglia,
Préfet de la Propagande, a écrit deux lettres au Père missionnaire
Gaëtano de Nicosia, Capucin de Thospice de Tunis, pour qu'il prenne
des informations sur l'état des négociations relatives aux hostilités
commises envers les bâtiments et les sujets de .Sa Sainteté par les
Algériens. « Il est informé que la Cour de Rome a vu avec le plus
grand étonnement et un vif déplaisir que le Consul général de Naples
se soit permis d'exciter Tavidité du gouvernement algérien, et de donner
lieu à des hostilités en promettant, au nom de son souverain, d'obtenir
une contribution de 30,000 piastres fortes pour le prix de la paix... »
(Affaires étrangères^ C" de Tunis,)
GUYS AU B'"'' DE DAMAS.
1256. — TuniSy i S novembre i 826, — Il annonce l'arrivée de plu-
sieurs négociants français, disposés à s'établir à Tunis : MH. Vangaver,
cautionné par la maison respectable de MM. Roux frères, dont l'un est
député de Marseille à la Chambre; Félix Authier, de la maison Soulia,
et Authier de Toulouse; Jean Demeure Debillow, de Saint-Ëtienne ;
Martin Rivaltz, de l'Aude, étetbli ici avec le sieur Cassan, et Louis Robert,
de Brignolles.
Il signale en outre la récente arrivée à Tunis d'un sieur Bineau, ancien
élève de l'Ëcole polytechnique, commissaire des poudres et salpêtres
sous l'Empire, entraîné à Tunis lors du passage à Marseille d'Hassuna
Morali en 1822. Il s'est engagé à fabriquer de la poudre pour la Régence,
et vient d'épouser la nièce du Consul de Danemark, M'^" Glorfeldt.
(Affaires étrangeresy C*'* de Tunis,)
LE B^"" DE DAMAS A GUYS.
1257. — ParUy 6 janvier i 827, — « C'est bien sous le prétexte
d'une médiation que le Consul de Naples aurait exercée au nom de sa
Cour entre le Saint-Siège et la Régence d'Alger, et en alléguant que,
jusqu'à la conclusion d'un traité de paix, la Régence était libre de faire
la guerre au gouvernement romain; c'est, dis-je, sous d'aussi vains pré-
textes que le Dey d'Alger a recommencé les hostilités contre le pavillon
romain. Mais la promesse solennelle qu'il avait faite de le respecter ne lui
laisse aucun moyen de justifier sa conduite, et la prétendue médiation
de Naples n'est qu'une intrigue qu'il a imaginée lui-même ou à laquelle
628 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1827,
il s'est prêté avec complaisance pour déguiser Todieux de ses procédés
envers la France et le Saint-Siège. Il a donné la mesure de ses inten-
tions, en refusant de restituer les bâtiments romains capturés par ses
corsaires et en déclarant que le gouvernement pontifical n'obtiendrait
la paix qu'en s'obligeant par un traité à lui payer une subvention;
mais le gouvernement du Roi ne tolérera point une conduite et des
prétentions si contraires à la foi jurée et n'hésitera point à prendre,
pour obtenir satisfaction, le parti qui convient à l'honneur et à la dignité
de la France.
Le langage que le Bey de Tunis vous a tenu au sujet des événe-
ments d'Alger vous faisait craindre avec raison qu'il ne fût tenté
d'imiter le chef de cette Régence. Des rapports que le Consul de Naples
à Tunis a adressés à son gouvernement, et dont la Cour des Deux-
Siciles s'est empressée de donner connaissance à celle de Rome, ne
semblent laisser aucun doute à cet égard. 11 résulte de ces rapports
que le Bey de Tunis, ayant mandé le Consul napolitain, lui aurait déclaré
qu'à l'exemple du Dey d'Alger, il allait exiger du Saint-Siège le paye-
ment d'une contribution, menaçant, en cas de refus, de recommencer
la course contre le pavillon romain. 11 aurait même engagé le Consul
à se porter pour médiateur entre la Régence et le gouvernement pon-
tifical et à négocier un arrangement conforme à ses prétentions. Mais
cet agent s'y serait refusé, en faisant observer qu'il n'en avait ni les
instructions ni les pouvoirs nécessaires.
Quoi qu'il en soit, vous voudrez bien adresser au Bey de nouvelles et
fortes représentations sur la nécessité d'observer fidèlement rengage-
ment qu'il a pris de ne point inquiéter la navigation romaine. Cet
engagement résulte de la déclaration solennelle qu'il a signée le
14 mars dernier; il ne mit point alors de condition à ses promesses, et
en les énonçant de la manière la plus positive, il n'a nullement fait
pressentir qu'il ne les regarderait comme obligatoires qu'après la con-
clusion d'un traité de paix entre la Régence de Tunis et le Saint-Siège.
Sa déclaration a tout le caractère et toute la force d'une transaction de
ce genre, et les devoirs qu'elle lui impose subsistent dans toute leur
étendue. Vainement il s'appuierait sur l'exemple du Dey d'Alger pour
élever les mêmes prétentions ou pour tenir une conduite semblable.
Les actes hostiles auxquels ce dernier s'est porté sont une infraction
manifeste aux engagements les plus formels, et ce manque de foi ne
saurait en motiver, encore moins en justifier un autre de la part du
Bey de Tunis.
Il est une autre observation que vous avez déjà présentée au Bey et
[18271 AVEC LA COUR DE FRANGE 629
sur laquelle vous ne pouvez trop appuyer, c'est que la France saura
faire respecter les obligations qu'on a contractées envers elle et qu'elle
ne laissera point impunies les atteintes qu'y porterait la mauvaise foi.
Vous ajouterez que le Roi aime cependant trop à compter sur les sen-
timents de déférence et d'amitié dont le Bey Hossein-Pacha lui a déjà
donné des témoignages, ainsi que sur les rapports satisfaisants qui sub-
sistent entre les deux pays, pour croire que ce Prince veuille en com-
promettre la bonne harmonie en violant sans motif une promesse
solennellement jurée ; qu'au surplus, s'il en était ainsi, le Roi sau-
rait user des moyens qui sont en son pouvoir pour réprimer toute
insulte à sa dignité, et pour couvrir de sa puissante protection les inté-
rêts d'un gouvernement au Chef duquel elle est unie par le double lien
de la religion et de l'amitié.
Vous aurez soin d'ailleurs de faire remarquer que ces observations
s'appliquent également à la conduite tenue par le Dey d'Alger, dont il
serait possible que l'impunité actuelle fût pour le Bey de Tunis un
motif d'encouragement et de confiance. Il sera bon de lui faire entendre
que la France ne perd pas de vue ses justes griefs contre Alger, et
qu'elle ne tardera point à exiger la satisfaction qui lui est due. Enfin,
puisqu'il faut revenir encore sur une question que tout devait faire
considérer comme décidée, vous insisterez pour que le Bey s'explique
d'une manière positive et catégorique sur ses intentions, et vous
mettrez tous vos soins à obtenir le renouvellement de la promesse
qu'il a déjà faite de respecter la navigation du Saint-Siège.
... Je remarque que les Consuls de Sa Majesté près les Régences entre-
tiennent souvent, soit avec le Secrétaire d'Ëtat de Sa Sainteté, soit avec
la Propagande, une correspondance directe sur des matières politiques
et religieuses. Ces communications peu régulières entraînent plusieurs
inconvénients dont il importe de prévenir le retour. Elles embarrassent,
en certains cas, le gouvernement romain lui-même, qui ne saurait
leur reconnaître une attache officielle. Elles rendent, parfois, la posi-
tion de l'ambassadeur de France à Rome désagréable et fausse, en le
mettant dans le cas d'apprendre du Saint-Siège des informations qu'il
serait plus naturellement appelé à lui donner. Enfin, comme la Propa-
gande recueille sans les communiquer les motions ou les demandes qui
lui sont adressées, l'ambassade du Roi se trouve ainsi privée d'infor-
mations utiles dont elle pourrait faire usage pour le bien du service.
C'est donc à la fois dans un esprit de convenance et dans le but de
remédier à ces inconvénients que je crois devoir vous inviter à ne cor-
respondre désormais avec le Ministère romain ou avec la Propagande
630 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [1827]
que par Tentremise de Tambassade du Roi, à laquelle vous voudrez
bien adresser des renseignements directs sur les faits qui, dans des
circonstances urgentes et particulières, pourraient intéresser le Saint-
Siège ou la France en raison de ses rapports avec la Cour de Rome... »
(Affaires étrangères^ C'* de Tunis.)
GUTS AU B<» DE DAMAS.
1258. — Tunù, 14 janvier iS27. — La communication indiscrète
des lettres reçues par le missionnaire capucin, et dans lesquelles il était
question de Tingérence du Consul de Naples à Alger dans les affaires
du Saint-Siège, avait inspiré au Bey de Tunis le désir de savoir « si la
France avait abandonné la cause des Romains et sur quelles bases était
fondée la nouvelle négociation que le gouvernement napolitain parais-
sait avoir entreprise ». La réponse de M. le chevalier de Martine a sans
doute éclairci ses doutes, et il n'en a plus été question.
{Affaires étrangères, C'** de Tunis,)
GUYS AU B^" DK DAMAS.
1259. — Tunis, 17 janvier 1827. — M. Pierre Gay, actuellement à
Marseille où il va épouser Mlle Blancard, a été élu député.
Guys voit avec peine les Sardes en concurrence avec les Français
pour la navigation entre Tunis et Marseille. Ces derniers se contentent
de 3 francs là où les Français exigent 5 et 5 1/2.
[Affaires étrangères, C^* de Tunis.)
GUTS AU B<» DE DAMAS.
1260. — Tunis, 7 février 1827. — Le Consul de Sardaigne avait
offert au Bey 30,000 piastres fortes pour la pèche du corail suivant les
anciennes limites. L'offre a été rejetée.
Le droit de 2 0/0 frappant les importations d'huile faites à Marseille
par des étrangers, calculé sur un ancien tarif, n'est plus en réalité que
de 1/2 0/0. (Affaires étrangères, C^ de Tunis.)
GUYS AU B<>» DE DAMAS.
1261. — Tunis, 1 0 février 1 827. — La conduite du Bey de Tunis dans
la question du pavillon romain est plus réservée et plus conciliante que
celle du Dey d'Alger. Son intérêt lui commande de maintenir des rela-
tions amicales avec la France, qui fait la plus importante partie du com-
merce de ses produits, si nécessaire à son existence. Guys demande la
permission de suspendre la démarche que le Ministre le charge de faire
auprès du Bey. Ce serait inspirer des doutes sur la validité de ce traité '
que d'en demander la confirmation alors qu'on l'exécute. « L'accueil ami-
cal que le Bey a fait à un bâtiment romain, et les égards qu'il observe
1. Voy. p. 623.
[1827] AVEC LA COUR DE FRANCE 631
pour ceux qui habitent le pays, sont une nouvelle preuve de ses senti-
ments, qu'on doit considérer comme la confirmation formelle du traité. »
{Affaires étrangères, C"* de Tunis,)
GUYS AU B®'* DE DAMAS.
1262. — Tunis^ 20 mar$ i 827. — « ... Je suis aujourd'hui parfai-
tement d'accord avec le Bey de Tunis pour les limites de la pêche
française; ainsi il ne peut plus y avoir de contestations à ce sujet. Si
le gouvernement était maître des deux pèches, il pourrait augmenter
le prix des licences; les corailleurs profiteraient du port de Tabarque..^
Je ne verrais d'autre objection que celle que pourrait présenter le golfe
d'Usturgha, dans le cas où l'on acquerrait la preuve qu'il comprendrait
l'espace contenu entre le cap Nègre et le cap de Fer...
La Compagnie d'Afrique, qui stipulait pour ses propres intérêts, lors-
qu'elle jouissait de toutes les concessions de la pèche du corail, aurait-
elle pu transiger sur ses droits, en s'obligeant à payer au Bey de Tunis
un fermage pour la pèche de toute sa côte jusqu'à Tabarque, si elle avait
pu porter la limite de celle dont nous sommes propriétaires jusqu'au
Cap Nègre, et le Ministère aurait-il approuvé à plusieurs reprises celte
transaction?... »
M. Louis-Antoine Chapelle s'établissant en dehors de la maison de son
oncle Jacques-Henry Chapelle, il y aura 8 maisons françaises à Tunis.
Le commerce est actif. £n ce moment, il y a 55 bâtiments sur charge à
la côte. Guys observe que la majeure partie de ces bâtiments sont
équipés, commandés ou dirigés par des Sardes naturalisés Français ou
du moins domiciliés à Marseille.
(Affaires étrangères^ C*"* de Tunis,)
LE B^^" DE DAMAS A GUTS.
1263. — Paris^ 12 avril i 827. — « ... J'ai vu avec plaisir que les
dispositions du Bey de Tunis envers le Saint-Siège n'ont point le carac-
tère d'hostilité qu'on leur avait supposé, et que les rapports dont ce
gouvernement nous a donné communication étaient exagérés. » Les
instructions du Ministère portaient donc sur une base inexacte; il
approuve Guys aujourd'hui d'avoir suspendu sa démarche auprès
d'Hossein-Bey. {Affaires étrangères, C?** de Tunis.)
GUYS AU B°n DE DAMAS.
1264. — Tunis, 23 avril i 827. — « On a refusé au Consul d'Angle-
terre ^ la communication du dernier traité conclu avec la France. Il
i. Les agents européens à Tunis étaient alors : Thomas Read, colonel, ancien
lieutenant d'Hudson Lowe à Sainte-Hélène, Consul général d'Angleterre, Crow,
Vice-Consul, et Santillana, chancelier; — Don Carlos Soler, Vice-Consul, gérant du
Consulat d'Espagne; — le ch*' Renato di Martino, Consul général de Naples; *- le
632 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [18!7]
paraît qu'il s'en est procuré d'autre part une copie qu'il a présentée au
Barde pour en obtenir la vérification. Il a ensuite adressé au Bey une
note pour lui exposer que, dans ce dernier traité, on a voulu favoriser
les Français au préjudice des Anglais, en réduisant à 3 0/0 la douane
de 5 0/0 qu'ils payaient antécédemment sur les marchandises venant
de pays étrangers et les mettant ainsi au même niveau que les Anglais;
que cette disposition était contraire au traité de 1751 qui stipulait à
l'article XVII qu'en cas de réduction des droits perçus sur les Français,
il serait accordé un avantage de 2 0/0 aux Anglais sur les mêmes droits,
qu'en conséquence il demandait le rétablissement de la douane de 5 0/0
pour ceux-ci ou une diminution de 2 0/0 sur celle imposée à ses natio-
naux. Le Bey a rejeté cette singulière proposition et a même invité le
Consul à s'abstenir d'y donner suite, parce qu'il ne lui répondrait plus.
Il n'y a point eu de réplique jusqu'à ce jour«
(Affaire» étrangères^ O*^ de Tunû.)
GUYS AU B"» DE DAMAS.
1266. — Tunis ^ 28 avril 1 827* — Il envoie les états de commerce
pour l'année 1826. « Ce pays-ci serait un des plus favorisés par
la fertilité de son sol et par le caractère sobre et laborieux de ses
habitants, si l'administration était plus sagement dirigée... »
Importations françaises : 34 navires 2.069.354 fr.
— étrangères : 127 — 4.168.764 —
Exportations françaises : 60 — .... « 1.981.519 —
— étrangères : 141 — 3.912.462 ->
{Affaire» étrangères^ C*** de Tunis.)
GUYS AU B""" DE DAMAS.
1266. — Tums, i 1 mai 1 827. — Le courtier juif de la maison Cba-
pelié a été arrêté par l'ordre du rabbin et condamné k recevoir la
bastonnade en punition d'un délit religieux. Il avait simplement
invoqué dans une conversation particulière le nom de Dieu, pour
donner plus de force à son témoignage. Guys a eu une vive discussion
avec le Bey, le rabbin ayant acheté la protection d'un des ministres; le
Bey n'a cédé que lorsque le Consul lui a déclaré qu'il irait lui-même à
Paris informer son souverain du peu d'égards dont jouissaient les
Français. Le rabbin fut livré à Guys qui lui a épargné la bastonnade,
mais qui l'a fait destituer. {Affaires étrangères, O^ de Tunis.)
ch* Philippi, Consul général de Sardaigne, et Louis Eurico, Vice-Consul; ~ Henri
Myssen, Consul général des Pays-Bas, et son frère César Nyssen, Vice-Coosal et
Chancelier; — Charles Tulin, Consul général de Suède et Norvège; — le ch* Falbe,
Consul général de Danemark ; — Williams Coxe, Chargé d'affaires des États-Onis.
— Le Consul général des Pays-Bas était chargé des affaires de Toscane, d'Aotricbe
et de Russie.
[1827J AVEC LA COUR DE FRANGE 633
GUYS AU B"^ DE DAMAS.
1267. — Tunw, J29 mai 1S27. — Un jeune Français, M. Raynaud,
ayant eu une violente querelle avec les fils de Nyssen, le Consul de
Danemark, M. Falbe, fit arrêter Raynaud par son janissaire. Les
Français le délivrèrent. Guys s*étant plaint au Bey, ce Prince a défendu
à M. Falbe d*employer ses janissaires à des arrestations qui n'étaient
pas de sa compétence '. (A/f aires étrangères, C^' de TunU.)
GUYS AU B<'<' DE DAMAS.
1268. — Tunis, M 6 juin 1827, — « .... Ce gouvernement-ci parait
infiniment satisfait des mesures de rigueur prises contre Alger; elles
nous placent auprès de lui dans la position la plus favorable. Nous
désirons tous que cette Régence soit mise hors d'état de continuer la
conduite insolente et téméraire qu'elle avait adoptée depuis quelque
temps envers toutes les Puissances, et qu'elle perde cette influence
perfide qu'elle s'était acquise sur le gouvernement tunisien par la
crainte qu'elle lui inspirait. » Suivent quelques nouvelles d'Alger.
(Affaires étrangères, C**» de Tunis,)
HOSSEIN, BEY DE TUNIS, A GUYS.
1269. — Tunis, 27 juin i 827, — « .... Sans l'intimité de nos rap-
ports avec votre Cour et la sincérité des sentiments qu'elle professe
envers la nôtre depuis si longtemps, il est hors de doute que nous
n'eussions jamais conclu de traité avec les Romains, ni pensé à faire
de paix avec eux; mais, par égard pour la France, notre bonne amie,
nous agirons sans aucune espèce d'opposition avec les Romains,
comme avec vos propres sujets, à la condition que la Régence de
Tunis soit traitée par les Romains.de la même façon que les autres
Régences '. » (Affaires étrangères, (?■* de Tunis.)
LE n^^ DE DAMAS A GUYS.
1270. — Paris^ 3 juillet 1827, — Guys a bien fait d'accepter la
direction du Consulat d'Espagne pendant l'absence du Consul Soler.
« Si l'occasion de protéger à Tunis les intérêts de cette Puissance et de
ses sujets venait à se présenter, je vous invite à la saisir '.
La division navale que le gouvernement du Roi avait chargée d'aller
demander réparation de l'outrage commis par le Dey d'Alger envers le
Chargé d'affaires de France est arrivée devant ce port le 12 du mois
1. Voy. Protestation de la nation française contre la conduite du Consul général
de Danemark, Tunis, 26 mai 1827, signée par P. Gay, F. Arnaud, F. Ré, J. H. Chape-
lle, J. Monge, P. Pottier, L. A. Chapelle, neveu.
2. Cette lettre répondait à la notification de la dépèche roinistèrieUe du 6 Jan-
vier 1827. Voy. p. 627.
3. Le P. Benedetto Osa, missionnaire trinitaire, aumônier de la chapelle consu-
laire, fut nommé, peu de temps après, Chargé d'affaires d'Espagne et Consul suppléant.
634 CORRESPONDANCE DES BEYS BT DES CONSULS \i%il]
dernier. La veille, M. Deval ^ et les sujets du Roi qui se trouvaient dans
sa résidence avaient pu sVmbarquer à bord de deux bâtiments fran-
çais. Aussitôt après l'arrivée de Tescadre, le commandant a notifié an
Dey l'objet de sa mission et lui a demandé satisfaction. Cette répara-
tion n'ayant pas été accordée dans le délai de vin^-qaatre heures ûxé
pour la recevoir, le blocus d'Alger a été effectué et sera maintenu rigou-
reusement par les vaisseaux de Sa Majesté. Tous les armements du
Dey se trouvent resserrés dans ce port, à l'exception d'une frégate et
d'une corvette qui avaient été envoyées à Alexandrie. Les comman-
dants des forces navales qui composent notre station du Levant ont
ordre d'intercepter ces deux bâtiments et de s'en emparer. Dans tous
les cas, les corsaires d'Alger se trouvent maintenant dans l'impossibilité
de nuire à notre commerce et h celui des autres nations. »
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
GUYS AU B""* DE DAMAS.
1271. — Tunis^ 5 juillet 4827. — La frégate Marie^Thérèse^ com-
mandée par le capitaine Fouque *, arrive d^Alger. Elle va croiser sur le
cap Bon pour s'emparer des deux bâtiments algériens qui doivent y
passer en revenant du Levant dans leur port.
« Le Bey de Tunis, sans que je le lui aie demandé, a fait armer
quatre barques canonnières pour protéger les bâtiments français qui
sont sur la rade contre les entreprises des corsaires algériens, dont la
témérité est connue. Mais il ne parait pas qu'il y en ait dehors d^autres
que ceux qui sont en Levant... » {Affaires étrangères, e" de Timii.)
GUYS AU B'"'' DE DAMAS.
1272. — Tunis, 24 juillet i 827. — Des lettres de Bône lui appren-
nent la destruction de l'établissement français de La Galle et l'enlè-
vement des effets et des matériaux'. « Les Européens et les chrétiens
désirent bien de voir humilier un gouvernement qui se fait gloire d'op-
primer tout le monde. Le gouvernement tunisien, s'il conçoit la même
espérance, n'ose pas la manifester, parce qu'il craint de se compro-
mettre et de voir réaliser les menaces qu'on lui a déjà faites. Si la
Régence d'Alger n'est pas traitée aussi rigoureusement qu'elle le mérite,
notre crédit et notre considération en souffriraient auprès des antres
Régences... » (Affav^es étrangères, €^ de Txtnis.)
LE B^° DE DAMAS A GUYS.
1273. — Paris, 26 juillet 1 827, — « Si le Bey veut fermer ses ports
1. Consul général à Alger. Voy. Correspondance des Deys d'Alger avec ta Cour de
France, t. Il, p. 522.
2. Voy. la note 3, p. 612.
3. Voy. Correspondance des Deys d'Alger, t. II, p. 563.
[1827] AVEC LA COUR DE FRANCE 635
aux bâtiments romains ou ne les y recevoir qu'à telles ou telles condi*
tions, c'est un droit qu'on ne peut, ce me semble, lui contester Ce
que nous avons eu principalement en vue d'obtenir, c'était que les
corsaires tunisiens ne troublassent point la navigation du Saint-Siège,
et que les sujets romains fussent à l'abri de toute violence dans leurs
biens et dans leurs personnes...
En supposant que le gouvernement pontifical se soumit de plein gré
à faire avec Tune des Régences un traité de paix, où serait stipulé le
payement d'un tribut ou d'une subvention quelconque, cette circon-
stance n'autoriserait aucunement le Bey de Tunis à exiger forcément
la conclusion d'un pareil traité avec le Saint-Siège et à violer^ en cas
de refus, le? obligations gratuites qu'il a contractées envers ce gou-
vernement. La France alors n'hésiterait point à réprimer une telle
conduite et à prendre la défense du Saint-Siège.
Je vois au reste que Ton raisonne à Tunis sur de très fausses données
en tout ce qui concerne Alger et le pavillon romain. En effet, parce
que le Chef de cette Régence s'est contenté de remettre en liberté les
équipages des bâtiments romains capturés par ses corsaires sans res*
tituer les navires mêmes, on a supposé que la France fermait les yeux
sur les hostilités qu'il a commises envers la navigation du Saint-Siège,
et l'on a même prétendu qu'elle songeait à prendre des arrangements
avec la Régence d'Alger, c'est-à-dire à lui faire des concessions pour la
rendre désormais plus fidèle à ses engagements. Les mesures de répres-
sion que nous avons adoptées contre cet État et l'expédition navale
qui bloque ses ports doivent avoir détrompé le Bey de Tunis sur les
intentions qu'il nous attribuait. Vous pourrez lui dire que la conduite
déloyale du Dey envers le pavillon romain est précisément une des
causes qui nous ont engagé à sévir contre la Régence, et que loin de
vouloir transiger avec elle en faveur du Saint-Siège, nous avons com-
pris au nombre des principales satisfactions que nous exigeons du Dey*
la restitution des bâtiments et des marchandises capturés sur les
sujets du Pape^ et le renouvellement formel de la promesse de res-
pecter à l'avenir, sans condition, le commerce et le pavillon des États
romains.
La division navale aux ordres de M. le capitaine Collet * continue de
1. Joseph Collet, né à nie Bourbon, volontaire sur des bâtiments de commerce
en i78i, officier auxiliaire sur les vaisseaux du rot en 1790, lieutenant de vaisseau
en 1797, capitaine de frégate en 1803, capitaine de vaisseau en 1808, en mission dans
les mers d'Alger sur La Provence en 1827, contre-amiral en 1828. Pendant les 13 mois 1/2
qu'il dirigea l'escadre chargée du blocus d'Alger, il en passa 11 sans rel&cher nulle
part. Forcé par la maladie de revenir à Toulon, le 30 août 1828, il y mourut au mois
d'octobre suivant.
636 CORRESPONDANCE DES BSYS ET DES CONSULS [18i7J
bloquer Alger. Cependant nous avons appris que quatre barques
armées de quatre et six pierriers étaient parvenues à sortir de ce
porty dans la nuit du 18 au 19 juin, tandis que des courants très vio-
lents avaient rejeté nos bâtiments à douze lieues à Test d'Alger. On
supposait alors que ces barques avaient été expédiées en toute hâte à
Alexandrie et à Smyrne pour donner avis de la rupture aux comman-
dants de la frégate et de la corvette algériennes qui devaient se trouver
dans ces deux ports. On ne peut toutefois se dissimuler le danger dont
la sortie de ces quatre barques menace notre commerce dans la
Méditerranée. Vous voudrez bien donner avis de leur expédition aux
navires français qui peuvent se trouver à Tunis. »
{Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
GUYS AU B°" DE DAMAS.
1274. — Tunis, 28 juillet 1827. — Le Bey lui a renouvelé la
demande d*un ofScier d'artillerie ^
« J*ai remarqué que cette nouvelle instance m'a été faite après une
conférence que le ministre du Bey venait d'avoir avec l'agent d'Alger,
dont l'arrogance et les prétentions s'accroissent chaque jour. »
Guys a tout lieu de croire que les Algériens cherchent à mettre le
Bey dans leur parti, afin de compromettre nos intérêts commerciaux.
Il pense que la France devrait assister la Régence de Tunis contre le
Dey. L'agent d'Alger dit hautement qu'ils ont tenu tête à l'Angleterre
en obtenant le renvoi du Consul qui leur déplaisait, et qu'ils obtien-
draient bien la même chose de la France... Le Consul de Tunis propose
l'attaque des Algériens par terre. La destruction de notre établissement
à Bône serait un motif d'y porter un corps de troupes, pour protéger
la reconstruction et défendre ce bastion si nécessaire pour maintenir
notre privilège sur la pêche; la présence de ce corps qui pourrait, sou-
tenu par un ou deux bâtiments de guerre, s'emparer de Bône, suffirait
pour contenir les Algériens et mettre à l'abri le Bey de Tunis de toute
agression de leur part. Guys mentionne encore le projet d'attaque par
i,LeB^de Damas au Af" de Clermont-Tonnerre, ministre de la guerre. — Pitris,
9 août 1827, — « Le Bey de Tunis ayant formé le projet dMntroduire quelque régu-
larité dans Torganisation de ses troupes, m'a fait exprimer le désir d'ayoir à son
service un officier français qui pût lui discipliner un corps d'artillerie selon la
tactique européenne. Indépendamment des relations amicales que nous entre-
tenons avec le Bey de Tunis, dont nous n'avons qu'à nous louer, des considérations
politiques doivent engager le gouvernement du Roi à déférer à cette demande. Je
vous prie donc de me faire part des dispositions que vous croirez devoir adopter
à cet égard... •
Les deux départements de la Guerre et des Affaires étrangères discutèrent long-
temps sur les conditions poli tiques. et matérielles de cette mission, qui finalemen
ne partit pas, en raison de la guerre d'Alger.
[1827] AVEC LA COUR DE FRANCE 637
Ceuta, enfla une opération directe contre Alger « qui serait certaine-
ment la plus désirable ». Le Bey de Tunis pread, de son côté, des me-
sures de défense le long de ses frontières.
{Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
GUYS AU B^'» DE DAMAS.
1276. — Tunis^ 6 août i 827. — « Malgré la croisière de La Marie-
Thérèse, un corsaire algérien a pris le brick français L'Aimable Clarisse
et l'a amené à Tunis. Guys a étudié les moyens qu'il convenait d'em-
ployer pour faire restituer cette prise. Il va demander au Bey de sus-
pendre toute décision à cet égard. Ce Prince est dans une position qui
ne le fera pas balancer à s'exposer plutôt à en payer la valeur qu'à se
compromettre vis-à-vis des Algériens... »
{Affaires étrangères, C**' de Tunis,)
1276. — Paris, 8 août i 827. — Provisions de Consul général et de
Chargé d'affaires à Tunis pour M. Mathieu de Lesseps ^
{Affaires étrangères^ C*'* de Tunis,)
GUTS AU h^^ DE DAMAS.
1277. — Tunis, 4 septembre f 827. — Le Faune, commandé par le
capitaine Fauré ', est arrivé d'Alger, amenant M. Alexandre Deval. La
Vestale a pris la croisière du cap Bon; La Marie-Thérèse rallie la divi-
sion devant Alger '. Le désarroi dans le commerce est très grand, par
suite de la présence des corsaires grecs et algériens. Il faudrait recom-
mander à M. Collet, commandant la division devant Alger, de donner
un peu plus de latitude aux bâtiments de guerre placés sous ses
ordres.
« Je ne suis pas sans inquiétude sur les intentions des Algériens
contre la Régence de Tunis. 11 est possible qu'ils les démontrent, aus-
sitôt que la saison leur donnera lieu de croire qu'ils sont à l'abri d'une
attaque plus sérieuse de la part de la France. »
(Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
LE B^n DE DAMAS A GUYS.
1278. — Paris, 6 septembre i 827. — A propos de la prise de L'At-
1. Voy. la note 2, p. 359.
2. Paul-Joseph-Marie Fauré, de Brest, mousse en 1794, novice en 1795, aspirant
en 1799, enseigne de yaisseau en 1803, sous-adjudant à Tétat-major général en 1812,
à la direction du port de Brest en 1816, lieutenant de vaisseau en 1816, capitaine
de frégate en 1827, capitaine de vaisseau en 1836, contre-amiral en 1842, décédé à
Alger en 1843 (49 ans de services). Il avait perdu deux frères à Saint-Domingue,
l'un lieutenant de vaisseau, l'autre aspirant de marine.
3. Le O* de Chabrol au B^ de Damas, — Paris, S septembre i897. — « ... La goé-
lette La Cigogne est en route pour aller à Tunis seconder La Marie-Thérèse. Mais
les felouques algériennes trouveront toujours moyen de tromper la surveillance de
nos bâtiments de guerre. » (Affaires étrangères, O^^ de Tunis,)
638 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [1827]
mable Clarisse^ le Ministre pense qu'on ne peut pas invoquer Tarticle
supplémentaire de 1795. « Nous pouvons nous appuyer avec plus d'avan-
tage sur Tarlicle 7 du traité conclu le 17 avril 1816 entre la Régenee et
l'Angleterre, pour exiger que du moins cette prise ne soit pas vendue.
L'article dont il s'agit porte en effet qu'aucune prise faite sur la
Grande-Bretagne ne pourra être vendue ou aliénée dans le port ou le
royaume de Tunis... Cette stipulation nous devient applicable en vertu
de l'article 3 du dernier traité entre la France et le Bey... Les lois géné-
rales de la neutralité défendent d'ailleurs au Bey de Tunis de permettre
dans ses Ëtats la vente d'aucune prise faite sur le commerce français...
Dans les circonstances actuelles, il est important que les corsaires algé-
riens ne puissent être admis à vendre leurs prises dans les ports de la
Régence de Tunis. Si le Bey, par des raisons particulières, craint de se
compromettre avec les Algériens en leur enlevant cette faculté, c'est là
une considération qui lui est personnelle, mais que nous ne pouvons
ni ne devons admettre, en ce qu'elle a de contraire à nos droits ainsi
qu'à nos intérêts...
En conséquence, veuillez insister pour que la vente du brick
V Aimable Clarisse ne soit point autorisée et n'ait pas lieu dans les
ports de Tunis, et déclarer au Bey que, si cette vente était effectuée,
le gouvernement du Roi l'en rendrait responsable et s'adresserait
à lui pour obtenir la restitution du prix du navire et de sa car-
gaison.
J'approuve entièrement les mesures que vous avez prises pour la
sûreté de nos navires de commerce et je rends justice à votre zèle pour
le service du Roi.... » {Affaires étrangères, C»*» de Tunis,)
GUYS AU B^" DE DAMAS.
1279. — Tttnw, i 7 septembre i S27. — Le Bey avait promis de dif-
férer la livraison de la prise V Aimable Clarisse jusqu'à ce que Guys eût
pu recevoir des instructions. Il vient de la livrer à l'agent d'Alger. Le
Bey explique sa conduite par la nécessité où il s'est trouvé d^adhérer à
une sommation du Dey d'Alger.
Guys a aussitôt répliqué par la remise d'une protestation écrite con-
formément aux instructions ministérielles.
(Affaires étrangères, O** de Tunis.)
GUYS AU B"^" DE DAMAS.
1280. — Tunis, 20 septembre i 827 . — Le commandant GoUet a
envoyé LÉclipse, brick-goélette, qui sera suivi d'un autre b&tlment,
pour protéger le commerce à Tunis. Ils seront sous les ordres du comte
ri827] AVEC LA COUR DE FRANCE 639
d*OysoQville K MM. Deval ' et Marcescheau ' se rendent à Alger sur La
Maine-Thérèse.
(Affaires étrangères^ C"* de Tunû,)
LE B*^" DE DAMAS A GUYS.
1281. — Paris, 25 octobre J 827. — « ... Le Bey est trop sage et
sans doute trop éclairé sur ses propres intérêts pour se laisser entraîner
par l'agent du Dey d*Alger dans la guerre que cette Régence ose sou-
tenir contre la France. Mais je vois qu*il aurait craint de se commettre
avec le Dey, en se refusant à autoriser la vente du brick L'Aimable
Clarisse... Vous voudrez bien réclamer près du Bey une indemnité pro-
portionnée à la valeur du navire et de sa cargaison...
Le Bey ayant manifesté plusieurs fois le désir d'avoir un artilleur
français, on a fait choix de M. Gourvoisier *, qui est tout disposé à se
rendre auprès de lui. Vous voudrez bien sonder les dispositions du Bey
sur les avantages dont M. Gourvoisier et les militaires de sa suile
devront jouir à Tunis, et m'informer des ilitentions de ce Prince à cet
égard. En lui annonçant la décision satisfaisante que le Roi a bien voulu
prendre sur sa demande, vous pourrez faire valoir cette nouvelle
marque de bienveillance et d'amitié à Tappui des réclamations que
vous êtes chargé de présenter, à l'occasion de la vente du brick
L'Aimable Clarisse.,. » (Affaires étrangères, C» de Tunis.)
GUYS AU B°'>' DE DAMAS.
1282. — Tunis, 8 novembre i 827. — Il envoie les états des dépenses
extraordinaires à faire à Tunis '.
1. André-Charles-Théodore Dupont d'Aubevoye, comte d'Oysonville, de Bocé
(Maine-et-Loire), novice en 1802, aspirant de marine en 1804, enseigne de vaisseau
en 1806, lieutenant en 1811, capitaine de frégate en 1815, capitaine de vaisseau en
1822, retraité en 1844.
2. Voy. p. 634.
3 Voy. la note 2, p. 614.
4. Lieutenant-colonel d'artillerie en retraite à Grenoble, qui devait recevoir
du Bey une indemnité de 12,000 francs et emmener avec lui MM. Blet et Amiet,
lieutenants d'artillerie démissionnaires, proposés chacun pour une indemnité de
5,000 francs.
5. Aperçu estimatif des réparations extraordinaires et d^utilité générale devenues
indispensables dans le Fondouk français à Tunis.
Maçonnerie et charpenterie : 11,715 piastres; menuiserie: 2,630 p.; peinture :
4,848 p.; articles divers : 805 p.; pavage de la cour du premier corps de b&tisse :
1,050 p.; total: 21,048 piastres.
État estimatif des réparations et dépenses accessoires pour la maison consulaire,
la chapelle et t hôpital, dressé avec l'assistance des sieurs Pabon, maître maçon
français, et François Bogo, maître menuisier, savoir :
Solde des réparations récemment faites, etc., 4,805 fr. 53.
Complément des réparations des bâtiments consulaires :
Chapelle : restauration de la peinture à fresque, réparation de l'autel, achat d'or-
nements : 1 chasuble, 2 dalmatiques, 1 chape, 1 écharpe pour donner la bénédic-
tion, 6 paires de chandeliers en cuivre argenté, 12 cierges de fer-blanc vernissé de cinq
640 GO
1283. — Tu
au Consul gén<
du 7 octobre e
comptaient 11
S4 mortB et 62
1284. — Tw
escadres coalisi
prodigieux et d
du gouvernemc
Gujs demanc
les bAtimeuts d
vaisseaux, en c
commerce jusqi
1286. — Pa
Clarisse, la coe
foit aucune déa
étonné, et je l'a
du Roi À Turin
aux gouvernem
Le Ministre 1
guerre en ce qu
« Quant aux
lui être alloué!
pieds l'un, un dcfi
Chancellerie : ca
Maîiott du Vict'l
Réparai] on de
ll,43i francs.
Frais du [iremie
Droit d'usage pa
turque concodée p.
36 cbalses, ctiand
1,0S3 francs. Loyer
t. Consul gËnérs
rendus par lui au i
et Doe. AlgMe, t.
!. Le» contingci
Dotle turque, «(ui
terre, de la t'rani
Consul du ta déce
navires h l'excepti
3. Yoy. la note i
t. Voy. la note t
[1827] AVEC LA COUR DE FRANGE 641
difticulté d*adopter les bases sur lesquelles le Ministre de la guerre a
^ru devoir en établir la fixation. Il sentira sans doute que la dépense
annuelle de 22,000 fr. à laquelle s'élèveront les traitements des officiers
ne saurait être mise en balance ni avec les sacrifices qu'ils font eux-
mêmes en s'expatriant momentanément, ni avec les avantages qu'il tirera
de leur coopération et de leur expérience. S'il en était besoin, vous pour-
riez lui faire observer que les officiers français qui étaient entrés au
service du Pacha d'Egypte en recevaient, à grade égal, des appointe-
ments trois et même quatre fois plus considérables. Vous voudrez bien
me faire connaître le plus promptement possible quelles sont, à cet
•égard, les intentions définitives du Bey... »
{Affaires élrangèreSy C"* de Tunis.)
LE B*"" DE DAMAS A GUYS.
1286. — Pam^ 10 décembre i 827. — Il lui recommande l'affaire
du bâtiment prussien L'Emma. « S'il avait été conduit à Tunis, vous vou-
driez bien faire des démarches pour que les personnes qui se trouvaient
à bord fussent remises en liberté le plus promptement possible et sans
rançon. Cette affaire intéresse trop directement l'humanité pour qu'il
soit besoin de vous recommander d'y mettre le zèle et la suite dont
vous êtes capable.... ' » (Affaires étrangères, C"* de Tunis.)
DE LESSEPS * AU B""" DE DAMAS.
1287. — Bade de lunis^ à bord de la gabare La Lamproie^ i 3 décembre
J 827. — Il est arrivé hier, suivant l'ordre qu'avait La Lamproie de le
<:onduire directement à Tunis. « Hier j'ai écrit à M. Constantin Guys
en lui annonçant mon arrivée, et en lui déclarant que j'étais prêt à rem-
plir les fonctions que me confiait le gouvernement du Roi... Guys
n'ayant reçu aucune dépèche pour moi, je me demande si je ne dois
1. Le baron de Werther au baron de Damas. — PatHs, € décembre 18%7. — Un
corsaire* barba resque a capluré VEmma^ capitaine Bockenhagen, de Stralsiind...
• Le gouvernement du roi désire vivement venir au secours des sujets prussiens qui
ont ainsi été conduits dans Tesclava^e. Ses relations avec les États barbaresques
ne sont malheureusement pas de nature à lui permettre de faire les démarches
directes que l'humanité réclame. 11 a pensé que le gouvernement de Sa Majesté
Très Chrétienne, qui lui a souvent donné des preuves de son amitié, serait disposé
à lui en donner une nouvelle dans cette circonstance. Je viens d'être chargé de prier
Votre Excellence de vouloir bien s'intéresser au sort de ces malheureux, et de faire
donner des ordres aux Consuls de France à Tunis et à Tripoli pour tâcher d'obtenir
leur mise en liberté... • (Affaires étrangères, C'*' de Tunis.)
Le baron de Damas au baron de Werther. — Paris, 40 décembre i8f7. —
« ... Conformément au désir que vous avez exprimé au nom de votre gouverne-
ment, je donne aux Consuls généraux de Sa Majesté à Tunis et à Tripoli l'ordre de
faire les démarches les plus actives pour obtenir la mise en liberté de l'équipage de
VEmma, dans le cas où ce bâtiment aurait été pris par un corsaire appartenant à
Tune ou à l'autre de ces deux Régences... • (Affaires étrangères, C"*de Tunis,)
2. Voy. p. 359 et p. 637.
41
642 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i8?7]
pas aller en France prendre les ordres de Votre Excellence , pénétré
du sentiment de mon devoir, du principe que m'a toujour» dieté une
obéissance passive, des expressions de M. rnmh— ndeur da Roi à
Constantinople qui me prévient, en date du 27 septembre 1827, que Votre
Excellence lui annonce que Sa Majesté m*a nommé son Consul générai
à Tunis, et que je dois me rendre directement et immédiatement à
mon poste en laissant le Consulat d*Àlep à M. Wiet *■ ; et enfin des termes
des instructions données à M. Hamelin, commandant La Lamproie \
pour me conduire directement à Tunis. Craignant d'ailleurs que mon
arrivée en France ne puisse être attribuée soit à un acte de pusilla-
nimité que pourrait causer la circonstance politique actuelle, ou bien
au désir, au reste pardonnable en toute autre occurrence, de revoir
ma famille après une absence de tant d'années, je me suis décidé à
descendre à terre comme simple particulier et à n'exercer tout an plus
que quelques fonctions purement consulaires, que M. Guys croira pou-
voir me déléguer, en attendant que j'aie reçu mes lettres de créance
et les présents consulaires... » {A/Taires étrangères, C*' de Tunis,)
LE B"» DE DAMAS A GUYS.
1288. — Paris, 15 décembre i 827, — «... Afin d'obtenir tous les
renseignements désirables au sujet de la guerre d'Alger, llntention
du gouvernement du Roi est que vous vous mettiez le plus prompte-
ment possible en communication avec M. le comte d'Attili de la
Tour, Consul général de Sardaigne dans cette Régence. Les témoi-
gnages d'obligeance qu'il nous a donnés, à l'époque de la retraite de
M. Deval, font espérer qu'il se prêtera également à vous informer
par une correspondance suivie de tout ce qui sera de nature à inté-
resser le service de Sa Majesté. Vous voudrez donc bien établir sans
1. Joseph-Marie-Ëtienne Wiel, jeune de langue en i192, 2* drogman par intérîm
à Andrinople en l'an X, drogman à Salonique en Tan XI, à Alep en 1806, i*' drogman
par intérim à Constantinople en 1816, 1*' drogman à Alep en 1821, retraité en 18^.
2. Alphonse baron Hamelin, de Pont-TËvèque (CaWados), mousse & l'âge de 10 ans
en 1806, aspirant en 1808, enseigne de yaisseau en 1812, lieutenant en 1821, capi-
taine de frégate en 1828, commandant V Action faisant partie de la flotte derant
Alger en 1830, capitaine de vaisseau en 1836, contre-amiral en 1842, vice>amiral en
1848, Préfet maritime à Toulon de 1849 à 1853, commandant en chef de Tescadre de
la Méditerranée en 1853, commandant Tattaque par mer des forts de Sèbastopoi en
1854, amiral en 1854, ministre de la marine de 1855 à 1860, grand chancelier de la
Légion d'honneur, sénateur, décédé en 1864 (57 ans de aerrices, dont 31 à la mer).
Il était le neveu de Jacques-Félix-Emmanuel baron Hamelin, d'Honfleur (Calvados's
pilote sur des bâtiments de commerce en 1786, matelot sur les bâtiments du roi en
1788, enseigne de vaisseau en 1793, lieutenant en 1794, capitaine de frégate en 1796,
capitaine de vaisseau en 1803, créé baron en 1811, contre-amiral en 1811, major
général de la marine à Toulon de 1818 à 1822, commandant une division navale à
Brest sur Le Colosse en 1823, directeur général du Dépôt des cartes et plans de
la marine en 1833, décédé dans ces dernières fonctions en 1839.
[1827] AVEC LA COUR DE FRANGE 643
délai et de la manière que vous jugerez la plus convenable de semblables
relations avec M. d'Attili de la Tour, en le priant de vous commu*
niquer tout ce qui viendra à sa connaissance sur Tétat des choses à
Alger, sur les dispositions et les projets du Dey, sur ses armements,
sur l'attitude de la milice, sur les germes de mécontentement et de fer-
mentation que la prolongation du blocus pourrait répandre parmi elle.
On a parlé d'une conspiration ourdie contre le Dey par son ministre
de la guerre, et dont la découverte aurait coûté la vie à ce dernier, ainsi
qu'à quarante autres individus; ce bruit mérite confirmation. Le mode
de communication que nous désirons de voir s*établir entre vous et le
Consul général de Sardaigne servirait à fixer notre opinion sur de sem-
blables nouvelles. En informant M. de la Tour de la nature des bons
offices que nous attendons de lui, vous voudrez bien l'assurer d'avance
de notre reconnaissance. On a annoncé que le gouvernement du Roi
préparait une expédition de terre contre Alger. C'est au moins une
idée qui mérite d'être examinée, et qui le sera en effet avec toute la
maturité convenable. En attendant, nous pouvons toujours nous servir
avec quelque avantage des bruits qui ont été répandus, afin d'inspirer
aux Algériens la crainte d'une vengeance beaucoup plus éclatante que
celle à laquelle nous avons recouru jusqu'à ce jour. Vous voudrez bien
en conséquence user de cet expédient, tant dans vos relations avec le
pays où vous résidez que dans vos communications avec M. le Consul
de Sardaigne, et me faire connaître l'impression que vos insinuations
et les siennes auront produites. » {Affaires étrangères, C*"» de Tunis.)
GUYS AU B'^'* DE DAMAS.
1289. — lunis, iô décembre iS27. — Il annonce au Ministre
l'arrivée de M. de Lesseps à Tunis. Il ne s'attendait pas à la venue aussi
prompte de son successeur. Il a écrit à M. Famin ' pour avoir les docu-
ments indispensables et les présents consulaires. En attendant, M. de
Lesseps ni lui ne verraient aucun inconvénient à laisser les choses en
l'état. Il ne négligera rien pour établir la considération de son suc-
cesseur.
Le Préfet maritime de Toulon lui envoie le brick Le Rusé, et l'invite
à prendre les mesures nécessaires pour pourvoir à la sûreté des Fran-
çais à Tunis et Tripoli. Guys enverra Le Rusé à Tripoli. La Lamproie
fera l'escorte à 7 bâtiments destinés pour Marseille.
1. Agent du Ministère des Affaires étrangères à Marseille, dont on a parlé plus
haut. — A cette époque, le sieur Gierra remplissait encore les fonctions d'agent du
Bey de Tunis & Marseille, fonctions qui se bornaient, on Ta vu précédemment, à
assister ses compatriotes par l'entremise de M. Famin précité.
644 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i8^;
Le ministre du Bey ne cesse de lui renouveler Fassurance des disposi-
tions les plus pacifiques et les plus amicales de son souverain. Ce der-
nier ne veut en aucune manière prendre part aux discussions de la
Porte qui lui sont tout à fait étrangères.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
1290. — Tunisy i6 décembre 1827, — Envoi d'un mémoire au
Ministre des Affaires étrangères intitulé : Projet d'expédition immédiate
contre B6ne, proposé par Marcescheau, Vice-Consul de France & Tunis ^
(Affaires étrangères. Mém. et Doc. Algérie, t. V, /• 300.)
GUYS AU B^»" DE DAMAS.
1291. — Tunis, 24 décembre i 827. — Il annonce l'arrivée de LAs-
trée, commandée par M. Ducrest de Villeneuve ', qui doit commander
la division stationnaire de Tunis et de Tripoli. Elle est partie d'Alger
le 18. Ce commandant annonce qu'il sera suivi de la frégate La Fleur
de Lys et d'un brick, qui renforceront sa division destinée à protéger
les Consuls, les nationaux et les bâtiments se trouvant sur les deux
Échelles. (Affaires étrangères, C*-' de Tunis.)
DE LKSSEPS AU B^"" DE DAMAS.
1292. — Tunis^ 31 décembre 1 827. — Comme ses provisions et ses
lettres de créance n'arrivent pas, de Lesseps va prendre les mesures
nécessaires pour entrer provisoirement dans l'exercice de ses fonctions
au commencement de l'année qui va s'ouvrir.
En ce qui concerne les présents consulaires, « l'observation de cette
formalité, remplie par toutes les Puissances et en dernier lieu par le
Consul général et Chargé d'affaires d'Angleterre, nous parait politique
et convenable, surtout en ces circonstances, et vu la satisfaction que
la conduite sage et mesurée du Bey de Tunis cause au gouvernement
du Roi ». {Affaii^s étrangères, C*»** de Tunis.)
1293. — Tunis f janvier 1 828. — Ëtats du commerce à Tunis pen-
dant l'année 1827 :
Importations françaises ( 82 navires). . . . 1,341,617 fr.
— étrangères (191 — ). . . . 7,440.278 —
Exportations françaises (112 — ). . . . 3,777,012 —
— étrangères (141 — ). . . . 5,043,258 —
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
1. Voy. la note 2, p. 614.
2. Aiexandrc-Louis Ducrest de Villeneuve, de Teil (lUe-et- Vilaine), novice sur les
b&timents de l'État en 1791, aspirant en 1796, enseigne de vaisseaa en 1800, Iieute>
nant en 1808, capitaine de frégate en 1810, capitaine de vaisseau en 1819, contre-
amiral en 1829, major général de la marine à Toulon en 1830, Préfet mariUme a
Lorient de 1833 à 1842, vice-amiral en 1842, retraité en 1846, décédé en 1852.
[1828] AVEC LA COUR DE FRANCE 648
GUYS AU Boa DE DAMAS.
1294. — Tunis, 2 janvier i 8.28. — « .... Je viens d'obtenir du Bey
que M. de Lesseps serait provisoirement accrédité auprès de lui comme
Consul général et Chargé d'affaires, et mis en relations directes avec lui
et ses ministres... » (Affaires étrangères, C'*» de Tunis.)
DE LESSEPS AU G^ DE LAFERRONNAYS ^
1295. — TuniSy 5 janvier i 828. — Le Ministre a prescrit au prédé-
cesseur de Lesseps de réclamer au Bey une indemnité proportionnée
à la valeur de L'Aimable Clarisse...
«... Comment se livrer à une telle demande, au moment où les événe-
ments de la Turquie peuvent avoir une si terrible influence sur le sort
du Bey, sur sa politique, sur Tesprit des peuples qu'il gouverne et des
soldats à sa solde, lorsque les finances de la Régence de Tunis sont
dans un tel état de délabrement que les paiements les plus urgents
sont ajournés, que, pour se procurer les moyens nécessaires pour faire
marcher le corps de troupes qui va, à cette époque comme toutes les
années, recueillir les contributions des tribus avoisinant le désert, on se
voit dans la nécessité de vendre à vil prix les teskerets (permis de
sortie) des huiles de 1829, c'est-à-dire de dévorer son revenu de
deux années à l'avance, au moment enfin où, par une condescendance
qu'il croit très grande, le Bey a consenti à me reconnaître comme
Chargé d'affaires du Roi, quoique n'ayant d'autre titre k lui présenter
que l'allégation de l'agent supérieur de Sa Majesté déjà accrédité
auprès de lui, quoique non muni, en un mot, de lettres de créance et
surtout de présents d'usage?
...Cette affaire devait être le premier objet de ma sollicitude et d'une
profonde méditation de ma part. La France n'avait jamais signifié
au Bey qu'elle voulait profiter de la concession faite à l'Angleterre, en
ce qui concerne la vente des prises. D'autre part, le Bey avait tout à
redouter du Dey, s'il ne cédait pas à ses injonctions. Ce Prince est plein
de condescendance pour la France, dont il a tout à espérer et rien à
craindre... » Lesseps croît que, s'il débutait par cette réclamation, il
serait considéré comme chargé « d'une mission acerbe », comme
devant « jouer un rôle sévère », en harmonie avec les plans que Fou
prête à la France sur la cote africaine qui va du cap Bon à Gibraltar.
11 pense que la protestation de Guys suffit pour empêcher la réclama-
tion d'être périmée. D'ailleurs, le Bey pourrait tout au plus souscrire
des engagements à échéances éloignées...
(Affaires étrangères , C" de Tunis.)
1. Auguste-Ferron comte de Laferronnays, ambassadeur, pair de France, Ministre
des AfTaires étrangères du 4 janvier 1828 au 22 avril 4829.
646 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [18%]
DE LESSEPS AU G^ DE LAFBRROlfHAYS.
1296. — l'unis^ 20 janvier i 828. — II envoie rengagement par écrit,
pris par le Bey de Tunis, au sujet de la mission des officiers d'artillerie.
« Connaissant la pénurie et le peu de bonne foi dans la tenue des enga-
gements des Barbaresques et des Turcs en général,... j'ai exigé etobt^nu
que les fonds de première mise fussent acquittés à Marseille, et que le
payement mensuel des traitements eût lieu à Tunis chez un négociant
responsable; toutes les mesures nécessaires sont prises pour que les
engagements de ce Prince ne puissent être éludés.
Je ne puis dissimuler à Votre Excellence que malgré le grand intérêt
qu'ont les Tunisiens à se mettre dans une attitude de défense envers
leurs redoutables voisins les Algériens, il existe de tels apathie,
désordre, prodigalité et pénurie dans les finances qu'il y a tout lieu
de craindre que, faute de moyens et de matériel nécessaire à mettre à
leur disposition, ces officiers ne restent dans une inaction qui ne sera
probablement troublée que par le plaisir enfantin de voir un projectile
atteindre son but, et de voir faire à l'oflicier le métier de chef de pièce.
Le Bey a fait des frais immenses pour établir une fonderie, qui a été
abandonnée avant qu'un seul canon y ait été fondu; il en a été de
même de toutes ses entreprises. Ces Princes sont de grands et ignorants
enfants ; tout ce qui est nouveau leur parait beau ; ils veulent tout ce
dont ils entendent parler qui puisse piquer leur curiosité, sans calculer
ni ce que l'objet qu'ils désirent ardemment peut leur coûter, ni s'il peut
avoir pour eux un but d'utilité réelle; ils veulent avoir tout et ne se
servent de rien. Après avoir admiré avec le plus vif enthousiasme les
objets de nos arts les plus précieux qui leur sont donnés en présent
par les Princes de l'Europe, ils en font les joujoux fragOes des enfants
et des esclaves du harem. Je demande pardon à Votre Excellence d'être
entré dans ces détails, au sujet de l'envoi des officiers d'artillerie fran-
çais; il m'importait de lui faire connaître mon opinion à ce sujet :
c'est que si, sous le point de vue militaire, l'envoi de ces officiers
ne peut être d'une grande ressource à ce pays par le fait du gouver-
nement même, il n'en sera pas de même pour le résultat et l'effet
politique qu'il peut produire en faveur de la France; aussi je pense
qu'on ne saurait trop hâter leur départ.
Le Bey a encore fait des fonds en France pour la prompte construc-
tion de machines et de bateaux à curer; cet objet est extrêmement
nécessaire même à notre commerce, car l'entrée des ports de La Gou-
lette, de Porto-Farine et de Bizerte devient de jour en jour plus
impraticable, et il nous importe de faire tous nos efforts pour que ce
[1828J AVEC LA COUR DE FRANCE 647
gouvernement donne suite à ce projet, qui a déjà été communiqué en
France par mon prédécesseur et reçu un commencement d'exécution '.
Toutes ces relations que le Bey continue de lier avec nous nous rendent
de plus en plus nécessaires à lui, et semblent confirmer les déclarations
verbales qu'il ne cesse de nous faire de l'intention qui l'anime de ne
se laisser influencer contre nos intérêts par aucune suggestion étran-
gère. » (Affaires étrangères ^ C^"^ de Tunis.)
DE LBSSEPS AU G** DE LAFERRONNAYS.
1297. — luniSy 23 janvier i 828. — « Dès mon arrivée ici, j'ai senti
combien il était important pour le gouvernement du Roi d'utiliser mon
séjour à Tunis pour avoir des avis de ce qui se passe à Alger, et je com-
mençais à organiser ce service et à surmonter les difficultés qu'il pré-
sente, devant me servir de gens du pays, lorsque les instructions de
Votre Excellence m'ont ordonné de bâter mes démarches pour avoir
des nouvelles d'Alger par la voie que je m'étais préparée; j'ai choisi le
seul intermédiaire que je pouvais avoir pour ma correspondance avec
M. d'Attili de la Tour; c'est M. le comte Filippi, Consul général de Sar-
daigne à Tunis, qui passe (je ne sais encore trop sur quel fondement)
pour anti-Français; mais comme sa passion dominante est la vanité,
et que ma première entrevue avec lui a commencé par la perspective
qu'il pourrait obtenir ce qui pouvait flatter cette passion, je l'ai vu
accueillir avec tant de joie et de grâce ma proposition que j'en ai con-
duit le développement au point le plus complet. Aujourd'hui, après
avoir écrit, en un chiffre qu'il a avec son collègue â Alger, les rensei-
gnements que nous désirons de lui, pour éviter les investigations de
l'agent d'Alger & Tunis, homme très adroit et actif, il a envoyé son
agent â Bizerte, en lui ordonnant d'expédier un Arabe bédouin intelli-
gent et de confiance â Alger, et de lui rapporter la réponse, moyen-
nant une bonne récompense que je rembourserai à M. Filippi. C'est
1. Hussein-Khodja^ Bach-Mamelouk de Tunis, à de Lesseps, — Tunis, 90 janvier iSJiS,
-• • De la part du serviteur de Dieu dont il implore la miséricorde et le pardon,
plein de confiance dans ses bontés infinies, Hussein-Khodja, deuxième Vizir de la
COUT de Tunis, que le Très-Haut la garde! à notre ami le chevalier de Lesseps,
Consul général de France à Tunis.
En conférant avec nous relativement aux trois officiers d'artillerie que nous
avions demandés à votre prédécesseur le chevalier Alexandre Guys et qu'il devait
faire venir de France, vous nous avez annoncé que votre Cour avait accédé à cette
demande et que ces officiers se rendraient auprès de nous aux conditions que
vous nous avez indiquées.
En conséquence, l'objet de la présente est de vous prier de faire venir sans délai
aux conditions précitées lesdits officiers. Us retireront de Marseille, du cheva-
lier Alexandre Guys, les 12,000 francs qui leur sont alloués pour leurs frais. Quanta
leurs appointements annuels, ils les toucheront ici du négociant français Pierre
Gay établi dans cette ville. • (Affaires étrangères^ C"* de Tunis.)
648 GORRESPONDÀNGG DES BEYS ET DES CONSULS [18i8J
ainsi que nous avons établi des relations qui, j^espère, satisferont Votre
Excellence. En attendant, M. Filippi m'a dit avoir reçu du Consul géné-
ral de Naples à Alger des lettres du 22 décembre, lui annonçant qn il
n'y avait rien de nouveau en cette ville, et qu'aucun corsaire n'était
sorti et ne se préparait à sortir. Votre Excellence peut être convaincue
de mon zèle à remplir une aussi importante commission.
Il est très vrai que le Dey d'Alger a fait ôter la vie à son ministre
de la guerre, personnage très influent et fortaimé des troupes ; il n'avait
point ourdi de conspiration, mais avait exprimé son indignation sur
la conduite et la brutalité du Dey. J'ai su que cette exécution avait
beaucoup mécontenté les troupes et que le Dey en paraissait repentaol.
Cependant, elle n'avait produit aucun mouvement insurrectionnel ei
il en a été là, comme il en ,est toujours partout ailleurs en Turquie,
après l'exécution des hommes les plus populaires; on murmure qd
moment, mais on dit : — C'est un Vizir qui Ta tué; il en avait le droitr
d'ailleurs c'est un arrêt de Dieu, et c'était écrit. — »
{Affaires étrangères^ C*'* de Tunis,)
DE LESSEPS AU G^ DE LAFERRONNAYS.
1298. — Tunis^ 26 janvier i 828, — « Un désir réciproque ayani
amené la présentation que j'ai faite au Bey de Tunis de M. le capitaine
de vaisseau du Roi Ducrest de Villeneuve, commandant la station
devant Tunis ', je crois devoir rendre compte à Votre Excellence des
circonstances favorables qui l'ont accompagnée.
Le Bey nous a reçus avec tous les honneurs possibles, et après nous
avoir fait asseoir sur des fauteuils préparés à cet effet et nous avoir
fait servir le café, nous protesta de son attachement respectueux et
reconnaissant à Sa Majesté l'Empereur de France, assurant qu'il oe
négligerait rien pour que les liens qui l'unissaient à la France ne
devinssent encore mille fois plus forts (c'est son expression), et que
tous les intérêts se réunissaient pour ne faire des deux peuples qu'un
seul; qu'il n'était jamais plus heureux que lorsqu'il voyait des Fran-
çais et surtout des ofOciers du plus grand des Princes. Je saisis cette
occasion pour lui rappeler les obligations récentes qu'il avait à la
France, la concession des officiers d'artillerie français, la construction
en France de machines à curer ses ports, la valeur que donnait aux
produits de son sol l'extraction qu'en faisait le commerce français, etc^
ce qui lui fit répéter les mêmes expressions de gratitude et de dévoue-
ment. Après avoir demandé au commandant quel était le nombre des
bâtiments du Roi employés au blocus d'Alger et reçu sa réponse, il m&
i. Voy. la note 2, p. 614.
[1828] AVEC LA COUR DE FRANCE 64©
dit : — Comment croyez-vous, Consul, que finira cette affaire désagréable
d'Alger? On parle d'une expédition qui se prépare en France. — Ayant
présentes à Tesprit vos instructions, je crus devoir saisir cette occa-
sion de voir confirmer Topinion que j'avais déjà de l'impression
extrêmement favorable que produisent ces bruits, et des résultats heu-
reux qu'aurait auprès de ce gouvernement leur réalisation ; je répondis
que je ne savais à l'égard d'une expédition que ce qu'en disait le puldic,
que par conséquent je ne pouvais confirmer ni démentir cette nouvelle;
mais que, dans tous les cas, le puissant souverain, mon maUre, avait
et la volonté et le pouvoir de ne jamais laisser une ofi'ense impunie, et
que si son humanité et sa bienveillance pour tous les peuples lui fai-
saient toujours user de longanimité et de modération, la persévérance
dans une injuste et hostile attitude et le non-repentir attireraient un
juste châtiment et la foudre sur le coupable. Car, Votre Excellence,
Prince, ajoutai-je, dont la belle conduite offre un si étrange contraste
avec celle de son déloyal voisin, surtout dans les affaires qui regardent
le pavillon romain (j'étais bien aise de faire considérer ce grief comme
un des principaux), ne peut se dissimuler les torts du Dey d'Alger.
Je m'attendais, Monseigneur, à une aussi formelle et positive déclara-
tion que celle qui suivit ma réponse, quoique celle-ci ait été faite pour
la provoquer, d'autant plus que les Princes, fils du Bey, les ministres
et toute la cour dans laquelle étaient certainement les espions de l'en-
voyé d'Alger, étaient présents, debout devant nous. Soit par un heu-
reux effet de mémoire, soit par justesse d'esprit naturel, le Bey s'écria :
— Oui, Consul, si la justice, la vérité et la foi due aux traités étaient
bannis du cœur des hommes, elles devraient se trouver dans le cœur et
la bouche des Princes. On ne peut certes avoir plus de torts ni une
conduite plus extravagante que celle qu'a tenue et que tient encore le
Dey d'Alger; c'est un enfant qui se révolte contre un homme parvenu
à son plus haut point de force et de raison. Le gouvernement d'Alger
est odieux à ses peuples; il est injuste et tyrannique. —
Le ministre (Bach-Mamelouk) ajouta, s*adressant à moi : — Cette
mauvaise conduite vient de ce que le Dey d'Alger n*est pas, comme
notre bon maître, Prince légitime et héréditaire; dès lors, un gouverne-
ment n'est rien moins que bon et paternel, comme l'est celui sous
lequel nous vivons, grâces à Dieu I —
Ce discours, qui n'a paru aux personnes présentes qu'une adulation
de courtisan, a été pour moi d'autant plus remarquable que des anté-
cédents et entre autres des discours tenus dans l'intérieur du sérail
entre le Bey, son frère Sidi Mustapha et quelques intimes confidents
650 GORRBSPONDANGB DES BEYS ET DBS CONSULS [i8%]
et à moi-même par ceux-ci, me feraient croire que cette cour nourrirait
Tespoir que la France, changeant le gouvernement d'Alger et Toulant
placer à la tète de cette Régence un Prince musulman, qui offnrait par
sa naissance et par ses précédents des garanties à ses peuples ainsi
qu'à l'Europe, pourrait jeter les yeux sur Sidi Mustapha, frère du Bev
régnant. Ce Prince effectivement est bon, humain, juste, assez instroit
et très grand ami des Européens, dont il parle la langue et adopte en
beaucoup de choses les mœurs. J'ai cru qu'il était important d'instruire
Votre Excellence de cette circonstance et de cet espoir du Bey. Ce simple
espoir peut nous servir utilement dans les circonstances présentes.
Cette audience, qui fut très prolongée par le plaisir que paraissait
trouver le Bey à nous entretenir, a été terminée par la prière que fit le
Bey à M. Ducrest de Villeneuve d'assurer son auguste maître, s'il avait
le bonheur de le voir, de son profond respect, de son admiration, et
de sa vive reconnaissance pour toutes ses bontés.
— Vous confirmerez, dit-il, tout ce que mon ami le Consul général
de France lui à sans doute exprimé de mes sentiments pour Sa Majesté
et pour sa nation. — » {Affaires étrangères, C«« de Tunù,)
DE LESSEPS AU C^* DE LAFERRORRAYS.
1299. — Tunis, 28 janvie}* 1 828, — v Le Bey a reçu la nouvelle que
beaucoup de ses sujets échappés aux désastres de Navarin se trouvent
dispersés dans les ports de Turquie, dans un état affreux de dénue-
ment. Il m'a fait dire encore une fois qu'il se jetait dans les bras de la
France. Puis il m'a demandé de Taiderjà rapatrier ses sujets : —Je
connais trop l'humanité qui distingue le Roi de France et ses sujetsje
compte trop sur l'obligeance de Sa Majesté h mon égard et sur les sen-
timents de ses officiers pour n'être pas assuré que ma demande sera
bien accueillie. — Je lui promis de faire mon possible pour le satisfaire
Ce Prince a nolisé un brick autrichien que j'ai muni de toute espèce
de recommandations pour les commandants du Roi en Orient. »
{Affairée étrangères^ C*** de Tunis.)
LB G<* DE LAFERRONNAYS A DE LESSEPS.
1800. — Paris, i4 février 1 828. — Il lui annonce que Sa Majesté
le Roi d'Espagne a rappelé Soler et nommé à sa place un Consul
général, Don J. H. Rizzo *... « En attendant son arrivée, je vous prie de
1. Il prit possession de son poste au commencement de Tannée 1833, et !a ges-
tion du Consulat d'Espagne fut confiée, en l'attendant, au Consul général de Fraoce.
— Voy. sur les différends entre Soler, Consul d'Espagne, et la Régence, les-^finate
tunisiennes, p. 373. — Lettre du duc de San Carias au c'* de Laferrannays, 5 février
i8i8. — « Soler a sérieusement compromis les intérêts du roi d'Espagne. S. M.C
nommé à sa place un Consul général, et réclame la bienveillante médiation du roi
de France à cette occasion... »
[1828J AVEC LA COUR DE FRANCE 661
faire connaître au Bey la résolution prise par la Cour de Madrid, et
dans le cas où le rappel du sieur Soler aurait inspiré quelques doutes
à la Régence sur la véritable intention de TEspagne, vos explications
suffiront, je n'en doute pas, pour les dissiper. »
[Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
DE LESSEPS AU C^* DE LAFERRONNATS.
1301. — Tunis, 28 février i 828. — Le Dey d'Alger a envoyé un
messager au Bey... « D'après les bruits qui courent, le Dey, ayant des
avis de l'expédition préparée en France contre lui, aurait écrit au Bey
de Tunis en lui demandant alliance, secours et assistance en hommes
et en denrées. Le Bey, pour se dégager poliment et sans trop exciter le
courroux de son fougueux ennemi, aurait employé une défaite en lui
faisant une promesse inexécutable, celle de lui envoyer, quand il serait
attaqué seulement, son frère Sidi Mustapha et ses troupes... »
De Lesseps a obtenu des confidences secrètes de gens intimement
attachés à la personne et au cabinet du Bey, et s'est fait raconter par
eux le contenu des lettres algériennes et tunisiennes. « Le bruit ayant
couru que la Porte avait déclaré la guerre à la France, l'Angleterre
et la Russie, les Européens commençaient à s'alarmer, lorsque je reçus
aujourd'hui un message du Bey qui me mit à même de rassurer mes
nationaux et me causa la plus vive satisfaction, puisqu'il m'enlevait
jusqu'aux plus petits doutes sur les intentions de cette Régence, tant
relativement à Alger que dans ie cas d'une rupture décidée entre la
France et la Turquie, et qu'en outre elle me fit connaître que le terrain
sur lequel j'étais parvenu à me placer, sans lettres de créance ni fîrmans,
s'était afi'ermi et consolidé sous mes pas.
Le gardien-bachi Sidi Hassuna vint de la part du Bey me dire :
— On cherche, malgré tous mes soins, malgré mes déclarations publi-
ques et répétées au sujet des torts du Dey d'Alger et de la justice
de la cause française, à me noircir auprès du Consul de France que
j'aime et estime ; je suis sûr que la France ne me fera pas de mal,
et moi je ne veux positivement non seulement lui faire et lui sou-
haiter aucun mal, mais lui démontrer par des faits mes vœux pour
sa prospérité; je prie mon loyal ami de venir lire au Bardo toute
ma correspondance, qui lui prouvera la fausseté de l'assertion que
le Dey d'Alger m'aurait demandé des secours et que je lui en aurais
promis; faites-lui le récit de ce qui s'est passé. Si le Consul le désire,
je suis prêt à lui donner par écrit la déclaration authentique de
ce que j'affirme; mais je le prie surtout de venir la recevoir de ma
bouche en présence de toute ma cour. Confirmez-lui en outre que
652 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1828]
si le Grand Seigneur, en déclarant la guerre à la France, m'envoyait
cent firmans afin de m*obliger à prendre parti contre la France, et
si cent messagers émettaient cent proclamations, je n'obéirais point
aux premiers, je n'écouterais pas les seconds, et j'empêcherais la
publication et la circulation des dernières. Dites-lui que j'ai déjà pris
toutes les mesures pour qu^aucune nouvelle qui pourrait indisposer
mon peuple ne circule, et pour détruire l'effet des bruits que des
malveillants pourraient répandre; que si ces malveillants étaient
mes sujets, je les châtierais sévèrement. Assurez le Consul de France
mon ami que mes sentiments sont inaltérables, et que je lui répète ce
que je lui ai dit publiquement : que je me jette entièrement entre les
bras de la France, et que je ne désire rien autant que le châtiment
exemplaire de l'injuste agresseur, le Dey d'Alger. —
Dans cette conférence, Sidi Hassuna me fit l'ouverture suivante :
— Le Bey se repose sur les intentions bienveillantes de votre Roi;
comme il craint que, si le Dey d*Alger fait la paix avec votre pays, il
ne dirige contre lui-même l'appareil guerrier qu'il déploie en ce
moment pour sa défense, il espère que l'arrangement ne se fera pas
à ses dépens, que la France ne le sacrifiera pas à la vengeance et au
ressentiment de son rival, et qu'au contraire elle stipulera ses intérêts
et le mettra à l'abri des hostilités du Dev. —
J'ai été extrêmement satisfait de voir que cet incident ait amené une
déclaration aussi formelle dans une circonstance comme celle-ci. Si
elle ne prouve pas entièrement la sincérité du Bey de Tunis et de ses
ministres au sujet de ses intentions futures, elle indiquerait au moins la
crainte extrême qu'il éprouve de ce que la France pourrait le confondre
dans ses ressentiments contre une autre Puissance barbaresque, et
enfin les favorables dispositions actuelles de cette Régence. Je ne
négligerai rien pour maintenir cet état de choses, et pour qu'aucune des
démarches de ce gouvernement, tant à la Porte qu'à Alger, ne puisse
échapper à ma vigilance... » (Affaires étrangères, C»" de Tunù,)
DE LESSEPS AU C^ DE LAFRRRONNAYS.
1302. — Tunis, 28 février 1 828. — Il a eu une explication avec
le Bey, au sujet de la libre pratique accordée aux bâtiments anglais
venant directement d'Angleterre. Le Prince dit que les Anglais l'ont
demandée comme mesure de réciprocité, et qu'il raccordera également
à la France, si celle-ci promet la réciprocité.
De Lesseps est d'avis de toujours réclamer les concessions faites aux
autres. Gomme les bâtiments tunisiens ne dépassent pas Gibraltar, la
réciprocité promise par les Anglais n'est pas réelle. « Ne pourrions-
[1828] AVEC LA COUR DE FRANGE 653
nous pas nous mettre dans la même position que les Anglais, en pro-
posant au Bey d'admettre sans réserve sanitaire les bâtiments tunisiens
venant de Tunis directement, sans avoir touché ni communiqué avec
qui que ce soit en route, dans les ports de France situés dans l'Océan,
et vice versa?... » {Affaires étrangères, C de Tunis,)
DE LESSBPS AU C^° DE LAFERRONNAYS.
1303. — Tunis, 6 mars 1 828. — « Dans une audience publique, le
Bey m'a renouvelé ses protestations d'amitié tant de fois répétées, et
comme je lui demandais de vouloir bien me confirmer formellement
toutes ses dispositions dans tous les cas, en y comprenant celui où
les événements amèneraient une guerre ouverte entre mon pays et la
Turquie, il n'hésita pas à me donner trois fois l'assurance que rien,
même ce déplorable événement, n'altérerait jamais ses sentiments, ni
ses rapports, ni ses relations avec la France. Ensuite le Bey me dit
confidentiellement et entre nous que je serais le premier et le seul,
excepté son ministre, auquel il communiquerait tout ce qu'il recevrait
de Gonstantinople, d'Alger et en général de Turquie, et avec lequel il
se concerterait pour toutes les mesures à prendre, et enfin que j'étais
le seul dans lequel il avait et aurait la plus entière confiance.... »
De Lesseps, néanmoins, se méfie. Il a cru devoir recommander en
secret aux négociants de s'abstenir d'opérations chanceuses, telles
que celle d'acheter dès maintenant les huiles de la récolte prochaine.
Le Bey lui a fait dire qu'il avait reçu le manifeste du Grand Seigneur
et qu'il n'en faisait aucun cas. Notre agent se plaint beaucoup d'être
privé de lettres et d'instructions de la part du Ministre. Son courrier
d'Alger l'inquiète aussi; on n'en a aucune nouvelle... « Les lettres
qu'ont reçues des particuliers disent que l'on est fort inquiet à Alger
des préparatifs que l'on dit être faits en France pour l'expédition
contre cette ville. Ces bruits, propagés à Tunis, sont également très
favorables à nos intérêts en ce pays, et l'on désire secrètement qu'ils
se réalisent. » (Affaires étrangères, C"» de Tunis.)
LE C^^ DE LAFERRONNAYS A DE LESSEPS.
1304. — Paris, 25 mars i 828, — « J'ai reçu les lettres que vous
m'avez fait l'honneur de m'adresser jusqu'au 28 janvier.
Je vois qu'à cette époque tout était parfaitement tranquille à Tunis
et à Tripoli, et que les chefs de ces Régences continuaient de nous mon-
trer des dispositions amicales. iVI. Rousseau ' pensait que la conduite du
1. Jean-Baptiste-Louis baron Rousseau, Consul à Bassora en 1805, Secrétaire d*am-
bassade à Téhéran en 1807, Consul général à Alep en 1808, à Bagdad en 1814, Consul
général à Tripoli de Barbarie en 1824 (15 décembre), décédé en 1831.
654 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1828]
vice-roi d'Ègypie influerait beaucoup sur les déterminations ultérieures
du Bey de Tripoli, mais nos dernières nouvelles d'Alexandrie annon-
cent que Méhémet-Ali persévère dans Tintention de rester en paix avec
les Cours alliées, et que loin de faire saisir les propriétés de leurs
sujets, comme on Ta mandé au Consul général de Sardaigne à Tanis,
il aivak pris soin de rassurer ceux-ci et de leur donner des garanties
de sécurité. C*eat un fait dont vous pourrez tirer parti dans vos conver-
sations avec les miftbires du Bey et les principaux personnages de la
Régence... »
Au sujet de la mission CourroisMr, le Ministre lui fait connaître que
le gouvernement a cru devoir TajounMr» vu les circonstances. « Vous
trouverez certainement dans votre prudMM et votre dextérité les
moyens de déguiser les véritables causes de ce relard qui cessera d'ail-
leurs, du moment où nous saurons définitivement à qmÀ nous en tenir
sur les dispositions du Bey.
Vous m*avez informé des mesures que vous avez concertées avec le
Consul de Sardaigne pour nouer une correspondance avec M. d'Attilî
de la Tour, Consul général de la même Puissance à Alger, et je dois
espérer que cet expédient vous mettra à portée de me transmettre sur
cette Régence d'utiles informations. Toutefois, si les sentiments de
«M. Filippi envers la France sont aussi peu bienveillants qu'on vous Ta
dit, vous ferez sagement de vous tenir avec lui sur un certain ton de
réserve. Je crains même que vous ne vous soyez peut-être un peu trop
avancé à son égard en faisant luire à ses yeux des espérances prématu-
rées. Nous sommes très disposés à reconnaître les services que
M. Filippi aura pu nous rendre; mais le gouvernement du Roi est
seul juge du genre de récompense à accorder, et je ne puis que vous
recommander d'être très circonspect à cet égard.
J'ai remarqué les détails de Taudience dans laquelle vous avez pré-
senté au Bey le commandant de la station française devant Tunis, l'ac-
cueil flatteur que vous avez reçu l'un et l'autre en cette circonstance, et
le langage amical que le Bey a tenu envers la France. Il faut espérer
que ces dispositions de sa part ne changeront pas, et que vous pourrez,
Monsieur, l'assurer de la bienveillance et de l'amitié du gouvernement
du Roi, tant qu'il s'en montrera digne. Quant aux questions que le
Prince vous a adressées relativement à nos démêlés avec Alger, vous
pourrez également lui dire que les bâtiments du Roi maintiennent
rigoureusement le blocus de cette place, que leur nombre a été récem-
ment et considérablement augmenté, et que les mesures prescrites par
Sa Majesté pour tirer satisfaction des ofl'enses dont le Dey s'est rendu
[1828] AVEC LA GOUR M nANGR 655
coupable envers elle n'auront de terme que le jour même où ces rép^
rations auront été accordées.... »
Quant à la réclamation de U Aimable Clarisse, « sans paraître aban-
donner la réclamation confiée à vos soins, vous voudrez bien cesser,
quant à présent, d'insister pour qu'elle soit accueillie. Vous aurez d'ail-
leurs soin de laisser croire au Bey que nous ne renonçons point à nos
prétentions et vous pourrez insinuer, comme de vous-même, que nos
déterminations ultérieures à cet égard dépendront beaucoup de la con-
duite que, dans les conjonctures actuelles et au milieu des événements
qui peuvent survenir, il aura tenue envers la France. »
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
DE LESSEPS AU G**' DE LAFERRONNAYS.
1305. — Tunis, 27 mars i S 28, — Le capitaine d'un corsaire capturé,
Harif Ibrahim-reïs, est un des plus influents de la haute marine algé-
rienne. De Lesseps, ayant appris que Raimbert, Chancelier du Consulat à
La Calle \ le connaissait, a envoyé celui-ci vers le reïs algérien, avec des
rafraîchissements, « afin de suppléer par le résultat de la conversation
qu'il aurait avec ce capitaine à la lacune que laisse à ma correspon-
dance sur Alger la perte de notre exprès envoyé en cette ville ». Il
envoie le rapport de Raimbert qu'il considère comme exact, sauf pour
le nombre de corsaires qu'il évalue à six '.
(Affaires étrangères, C** de Tunis.)
1. Voy. p. 457.
2. Raimbert à de Lesseps. — Tunis, S5 mars i898. — « Monsieur le Consul général,
d'après votre invitation, je me suis rendu à bord de la frégate du roi L'Astrée, com-
mandée par M. Ducrest de Villeneuve. J^ &i vu le reïs algérien Harif Ibrahim
Effendi, capturé par ce navire. J'ai eu avec lai conformément à vos ordres une
conversation assez étendue sur l'état actuel de son gouvernement, de ses disposi-
tions, de celles de sa nation, de sa milice et de l'attitude de celle-ci, de l'eiïet que
produit le blocus chez les uns et les autres. J'ai su quels sont les armements de la
Régence et dans quel état ils se trouvent, quels sont aussi les projets du Dey, rela-
tivement à la guerre contre nous; enûn je pense avoir pris toutes les informations
qui peuvent intéressser le gouvernement du Roi*
D'abord j'ai dû chercher à mettre ce reîs dans mes intérêts et pénétrer toutes
ses pensées, soit en lui laissant entrevoir quelque espérance d'une prompte liberté,
soit en Tentretenant de particularités propres à l'intéresser et à solliciter ses
réponses. D'après les rapports de ce reïs, il existerait à Alçer quelque fermentation
et même une espèce d'anarchie sur quelques points des Etats de cette Régence; à
Bône, où le reïs a rel&ché il y a quinze jours, les autorités sont absolument
méconnues, la milice y a déjà provoqué quelques troubles à la suite desquels des
Européens ont été maltraités et même bétonnés; un Juif y a été décapité et brûlé
il y a quelques jours, sans aucune espèce de motif légal, et malgré le gouverneur
du lieu qui a employé inutilement tous ses moyens pour empêcher ces actes de
violence. Ces événements coïncident parfaitement avec la relation que vous avez
eue dernièrement de cette ville. A Constantine, il y a également un mécontente-
ment prononcé; le Bey n'y est pas tranquille; il a été obligé dernièrement de cam-
per avec quelques troupes aux environs de cette ville pour être à même de se
porter où le besoin l'exigerait; le blocus, m'a dit le reïs, est la grande raison de
l'indisposition du peuple algérien. Privé de tout débouché pour les productions de
656 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS fl828]
son pays, et ne pouvant se procurer les objets d'Europe qu'à des prix excessifs et
par la voie de Tunis, il éprouve une gène voisine de Texaspération. Bône, Constan-
tine, diverses petites villes, tout rintérieur de la Régence, Alger même sont privés
de tous nos articles de commerce, et on ne voit dans cette capitale et à Béne que
quelques denrées coloniales provenant d'Oran, où quelques bâtiments anglais a.bor-
dent de Gibraltar ou de Livourne. Bône est aujourd'tiui sans défense. II y a six
mois que le Bey de Constantine y avait envoyé 1,200 soldats; les habitants soumis
jour et nuit k des corvées en faisaient eux-mêmes la garde; cette ville est mainte-
nant réduite à son état d'abandon primitif par la désertion des troupes qui se
sont retirées peu à peu; les habitants se refusent à toute sorte de service. Il
n'existe donc plus à cette ville que sa faible garnison montant à 150 soldats, et
c'est précisément ceux-ci qui y exercent ces désordres et ces actes de violences
dont j'ai déjà eu l'honneur de vous entretenir.
Cet endroit offrirait des facilités pour opérer un débarquement, une popula-
tion habituée à vivre avec nous n'existant depuis deux siècles que de son commer.e
avec la France, accoutumée à nos usages, à notre manière de traiter, à celte dou-
ceur de relations qui caractérise notre nation, enfin une population qui, exposée
aux vexations les plus intolérables, ne désire qu'un changement quel qu'il soit. Ses
environs, habités par quelques Arai>es qui nourrissent le même esprit, ceux de Test
particulièrement jusqu'au Bastion de France, sont on peut dire francisés. Leur
cheik, qui est plutôt le nôtre que celui du Prince, n*entretient plus que quelque^
relations de convenance avec le Bey de Constantine et ne lui payerait plus aucun
droit, s'il n'en était dédommagé par le Bastion. La moindre circonstance le sépare-
rait pour toujours de ce Gouverneur qu'il ne voit plus depuis vingt ans. La paKie
de l'ouest est toutà fait insoumise et peu importerait aux hordes qui Thabitent de
traiter avec les seuls Européens, pourvu qu'ils trouvassent dans leurs relations leurs
sûretés et leurs avantages.
Constantine, dépourvue de toute défense, n'ayant qu'une garnison de cent
hommes, et le camp du Bey composé de 300 Turcs et d'un millier d'Arabes, est à
25 lieues sud-ouest de Bône, les chemins praticables pour la marche d*une armée
qui, se rendant maîtresse de cette ville, mettrait certainement la Régence en
danger; nul doute que sa présence là n'occasionnât un mouvement dans la capi-
tale, un changement, peut-être la chute du gouvernement actuel. A Alger, les
marques du mécontentement sont aussi manifestes que dans la province de Cons-
tantine, la population n'est pas habituée à tant de privations, touchant encore, pour
ainsi dire, aux beaux jours que lui procurait la course; elle souffre impatiemment
de cet état de choses.
Le commerce paralysé excite les murmures et les plaintes des négociants et des
marins. La marine du Dey jette les hauts cris de son inaction et de son inutilité,
elle prétend surtout que, sans la guerre de la France qui la retient dans le port,
les prises toscanes, romaines et autres aftlueraientà Alger; enfin ce Prince, force
de désarmer tous les bâtiments qui ont si mal réussi devant notre croisière, a cm
apaiser les marins les plus notables^ en armant quelques barques, et vous voyez
ici, m'a dit le reîs, une des suites de cet armement. Il paraîtrait même, ajouta-t-il,
qu'il a voulu se débarrasser de nous. Voici deux mois que j'ai quitté Alger; j'ai
fait voile aux détroits de Gibraltar J'y ai trouvé des bâtiments de guerre français,
sur les côtes d'Espagne, à Magon, en Sardaigne, à Bône, enfin sur le cap Bon,
partout j'ai vu de vos navires qui m'ont poursuivi. Nous sommes partis tous;
j'ai succombé et je pense (|ue les deux autres échapperont diflicilement à la vigi-
lance de vos croiseurs, que l'on dirait n'être en mer que poumons seulement. Le
reïs s'est montré très réservé sur les questions que je lui ai faites relativement à
l'esprit de la milice; mais lorsque je lui ai dit que je savais à quoi m'en tenir à ce
sujet, et que la fin tragique de son chef que je connaissais Pavait beaucoup indis-
posée contre le Dey, il n'a pu disconvenir qu'elle était peu portée pour lui, et m'a
avoué qu'effectivement cet Agha injustement sacrifié était très aimé des troupes et
que ses libéralités l'avaient fait extraordinairement respecter. Le reîs m'a dit que
le Dey fait des préparatifs surprenants de défense contre l'expédition des Français,
à laquelle tous les Algériens croient positivement; de nouvelles fortifications ont
été fabriquées en ville et hors des portes nommées Baba Souk et Baba Azoun, le
long des plages ouest et est; on y a placé une infinité de canons; les garnisons de
[1828J AVEC LA COUR DE FRANCE 6Î)7
DE LBSSEPS AU C^® DE LAFEKRONNAVS.
1306. — Tunis^ 12 avril J 828. — « Devant présumer que M. Marces-
cheau, Vice-Consul de France à Tunis *, sera probablement promu à un
avancement justement mérité, je supplie Votre Excellence, dont les sen-
timents paternels pour les anciens agents de son Département sont bien
connus, de daigner permettre que je lui exprime le vœu de voir
nommer h sa place mon fils aîné, Théodore de Lesseps, qui a déjà géré
à la satisfaction du Ministère un Vice-Consulat en Levant '.
C'est moins (du moins j'aime à le croire) mon bonheur personnel et
une grande consolation à de grands revers que le véritable intérêt du
service qui me portent à former cette demande... »
(Affaires étrangères j C*"* de Tunis.)
DE LESSEPS AU C^ DE LAFERRONNAYS.
1307. — TuniSy 15 avril 1 828. — « Je n'aurais jamais osé entre-
tenir Votre Excellence, dont les moments sont si précieux, d'un incident
très futile dans son principe, si les conséquences n'étaient un démêlé
très grave avec la Sardaigne, et une distinction en faveur du Consul
général d'Angleterre au détriment de la considération française en ce
pays. Celle-ci est un dépôt sacré qui m'est conQé et dont je ne me des-
saisirai qu'avec la vie.
Le Bey a seul le privilège d'avoir une voiture à quatre roues. Celles
à deux roues, espèces de cabriolets incommodes et dangereux, parce
qu'ils sont traînés par des mules quinteuses et ombrageuses, dans des
chemins non tracés et non pratiqués par l'art, sont réservées aux Con-
suls. Le Consul de Sardaigne en avait une à quatre roues qui ne sortait
l'intérieur de la Régence ont toutes été diminuées et appelées à Alger. Divers cheiks
fournissent du monde qu'on emploie à construire de nouvelles forliflcations et à
les garder. Cependant le Prince est inquiet, et malgré la persuasion où il est
qu'une expédition contre Alger échouera, il n'en désire pas moins un rapproche-
ment et ne sait à quoi attribuer le silence de la France, qui n'avait fait encore
aucune communication jusqu'à l'instant du départ d'Alger du reTs. Ce marin m'a
dit encore que nous avons à Alger 19 prisonniers français, qui sont libres dans la
ville et qui sont bien mieux nourris que ne l'étaient autrefois les esclaves; que
i3 bâtiments de la Régence sont désarmés, sans apparences de les voir réarmer
de longtemps; enfln il m'a assuré que le Dey avait employé la force pour faire
sortir les trois armements dont je viens de parler, et que chacun des matelots qui
étaient à bord du corsaire avait été conduit par les chaouchs du Dey.
Voilà, Monsieur le Consul général, l'exposé fidèle des renseignements que je suis
parvenu à me procurer du reîs algérien; ils me paraissent d'une nature à pouvoir
remplir l'objet que vous vous proposez. Je me félicite si j'ai pu, comme employé
du gouvernement, vous être de quelque utilité; heureux s'il se présente encore
quelque occasion de vous témoigner mon zèle et mon dévouement pour le service
de Sa Majesté, je suis, etc. • [Affaires étrangères C'"* de Tunis.)
i. Voy. la note 2, p. 614.
2. Voy. la note 2, p. 359.
42
658 CORRESPONDANCE DES BEY8 ET DES CONSULS [1828]
jamais de la remise. Guys ne put obtenir du Bey de se servir d^une voi-
ture semblable. Sir Thomas Read, Consul général d'Angleterre, en fit
venir une que le Bey ne voulait pas laisser débarquer.
Sur ces entrefaites de Lesseps vit le Bey pour affaires...- Ce Prince
exhala avec une fureur tout à fait puérile sa mauvaise humeur. Je
lui répondis que certes il serait vivement à désirer pour nous, qui nous
voyions obligés chaque jour de risquer notre existence pour aller lai
présenter nos hommages, d* avoir un moyen de transport plus sûr;
mais je ne lui demandais à cet égard que de jouir du même avantage
que celui qui pourrait être accordé au Consul anglais... » Nouvelles
digressions du Bey. Lesseps lui répète qu'il prétend jouir des mêmes
faveurs que son collègue. « Il me dit alors solennellement, en présence
de toute sa cour : — Non seulement vous jouirez des mêmes faveurs,
vous, homme sage et raisonnable, mais si Ton m'oblige à accorder la
voiture à quatre roues, je vous enverrai la mienne propre et vous y
monterez le premier. — Je remerciai et pris congé... »>
Après plusieurs jours de dispute avec le Bey, le Consul anglais
avoua que c'étaient les Consuls de Sardaigne et de Naples qui Favaient
poussé en avant, afin de pouvoir se prévaloir de son exemple, et fît
cadeau de sa voiture à quatre roues au Prince, qui la mit à la disposi>
tion de Mme Read.
Lesseps réclama la même faveur pour Mme Guys, mais non officiel-
lement... « Je m'en gardai bien, mon dessein étant de conserver intacte
ma position uniquement dépendante des ordres du Ministère, sans
engager d'un côté ma responsabilité et sans compromettre de l'autre la
dignité du Roi dont j'ai l'honneur d'être l'agent politique, et de laisser
enfin Votre Excellence maîtresse de ma conduite à venir, et de choisir
entre l'alternative ou d'exiger mon assimilation absolue au Consul
général anglais (ce que j'obtiendrai positivement quand je pourrai
parler avec l'autorisation de Votre Excellence), ou bien de faire regarder
le refus comme un procédé personnel, peu aimable pour moi. Je n*ai
rien changé à mes relations ni à ma manière d'être, à une légère modi-
fication de contenance près, qui dénote seulement la froideur et un
mécontentement personnel... La vue d'une faveur publique accordée
au Consul d'Angleterre, à quelque titre que ce soit, et refusée à celui de
France, influerait d'une manière très sensible sur notre considération
et même sur mes négociations futures. Je dois ajouter qu'il m'est
impossible de me défendre du soupçon que le Consul général anglais,
jaloux de notre position politique et commerciale, n'ait cherché et
ne cherche à nous faire perdre et à gagner pour lui du terrain. Je
[1828] AVEC LA COUR DB FRANCE 659
sais jusqu'à a*en pouvoir douter qu*il a dit, dans une conférence secrète,
au Bey que c'était la France qui avait monté toute l'intrigue contre la
Porte et excité la Russie, et que l'Angleterre ne 8*était mêlée de cela
que pour arrêter les desseins des deux Puissances et surtout de Vambi-
tieuse trance, »
Au moment où il terminait sa lettre, le ministre du Bey lui a fait dire
qu'on ne pouvait envoyer la voiture à quatre roues pour Mme Guys*
M. Guys n'étant plus qu'un particulier, mais qu'on renverrait à Mme de
Lesseps le jour de son arrivée. Il répondit qu'il n'avait rien demandé
officiellement.
« Au moment où j'allais monter dans ma voiture à deux roues pour
conduire Mme Guys à La Goulette, le Bey m'a envoyé son premier
interprète Sidi Hassuna pour s'informer de ma santé avec le plus vif
intérêt, et me dire que j'étais le premier ami de Son Altesse, que rien ne
serait accordé & qui que ce fût sans qu'il le soit aussi à moi, que
sachant que j'étais indisposé, il me priait d'accepter sa voiture, pour
conduire Mme Guys qui s'embarquait à La Goulette afin de revenir en
France... » {Affaires étrangères^ C*'» de Tunis,)
DE LESSEPS AU C*« DE LAFERRONNAYS.
1308. — Tunis^ 16 avril J 828. — « Une altercation suivie de voies
de fait entre le jeune Monge, fils d'un négociant français, et le fils du
Muphti du corps des Levantins et du Divan, a jeté le trouble dans
la ville; le jeune Monge allait être la victime de la populace lorsqu'il
fut sauvé par le chef des gardes de la police. Le Muphti criait partout
justice : — La religion de Mahomet est foulée aux pieds ; c'est le moment
de nous venger de ces chrétiens qui viennent chez nous nous ruiner, nous
assassiner, etc. — Les cafés ouverts la nuit (c'était le Ramadan) retentis-
saient des clameurs les plus funestes ; des témoins turcs se succédaient
toute la nuit chez le Cheik-el-Medina pour attester, la culpabilité du
chrétien et demander vengeance. Pendant ce temps, mes janissaires et
des gens bien intentionnés que j*avais répandus partout cherchaient à
calmer les esprits, pariant de ma justice... »
Grâce aux efforts du Bey, de Lesseps, de Sidi Hassuna et du Gheik-
el-Medina (maire de la ville), l'effervescence est apaisée et le Muphti a
pardonné. Le Consul a publié un avis où il a déclaré que, quand il y
aura eu des voies de fait de la part d'un national ou protégé fran-
çais, celui-ci sera immédiatement embarqué ; s'il est Tunisien, la pro-
tection française lui sera retirée. « Cet avis ne fit qu'augmenter la
fureur de Monge père, et de plusieurs autres des plus mutins et des
plus tapageurs de ce qu'on appelle ici la nation française de Tunis, et
660 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS ^^828]
qui avaient déj& abreuvé de chagriu mes prédécesseurs. Je leur ai
répondu avec fermeté, menaçant du renvoi immédiat le premier qui
s'élèverait contre mes ordres, que je saurais avec fermeté aussi bien
réprimer leurs excès comme magistrat que défendre leurs droits légi-
times comme leur protecteur, et que je ne laisserais jamais, dût-il m'en
coûter la vie, non seulement avilir mais affaiblir Tautorité que la con-
fiance du Roi avait remise entre mes mains... »
{Affaires éirangéres^ C*** de Tunis.)
DE LESSEPS AU G** DE LAFERRONNATS.
1309. — Tunis, 2f avril 1 828. — Il a présenté aujourd'hui ses let-
tres de créance au Bey en présence du Divan, des Grands de la cour,
des chefs d*établissement français, de quatre officiers de marine, avec
M. Deloffre ', commandant de La Comète^ en tète.
Le Bey a déclaré de nouveau solennellement « que jamais aucun évé-
nement ne pourrait rompre la bonne harmonie existant entre les deux
pays ». (Aff'aires étrangères, C" de Tunis.)
DE LBSSBPS AU C^ DE LAFERRONNATS.
1310. — TuniSy 25 avril i 828, — La vie du jeune Monge est menacée
par des Turcs fanatiques; il va le faire reconduire à Marseille. Toutefois
il a cru devoir écrire à Sidi Hassuna, pour ne pas avoir Tair de se
laisser intimider : « J'ai trop de confiance dans l'autorité du Prince et
dans sa bonne police pour croire la sûreté de mes nationaux me-
nacée... Si je croyais le contraire et que Son Altesse ne pût garantir
mes nationaux des actes de violence de quelques mauvais sujets de son
royaume, je la prierais de me le déclarer, afin que je puisse solliciter du
gouvernement de l'Empereur de France, mon auguste maître, la permis-
sion de me retirer avec mes nationaux d*un pays où leur vie peut être
compromise et à la merci du premier scélérat... »
{Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
LE C^ DE LAFERRONNATS A DE LBSSEPS.
1311. — Tunis y 19 mai 4 828. -—En ce qui concerne l'abolition de
la quarantaine à Tunis pour les bâtiments anglais venant directement
d'Angleterre, abolition accordée à charge de réciprocité, « nos traités
1. Théodore DelofTre, de Lorient (Morbihan), mousse el matelot sur les bAti-
ments de TÉtat en 1791, à l'âge de dix ans, aspirant en 1808, lieutenant de Tais-
seau en 1821, capitaine de frégate en 1829, commandant le brick Le Dragon devant
Alger de 1830 à 1832, détaché de l'escadre pour commander la plage de débarque-
ment de Sidi Ferruch et plus tard le port d'Alger, capitaine de vaisseau en 1835^
commandant de la marine à Béne en i831 et 1838, contre-amiral en 1845, major
général de la marine & Toulon dans la même année. Préfet maritime à Cherbourg
en 1846, retraité en 1852, membre du Bureau des longitudes en 1854, décédé à
Paris en 1864.
1.1828] AVEC LA COUR DE FRANGE 661
avec la Régence nous assurent d'une manière absolue le traitement de
la nation la plus favorisée, et nous devons être immédiatement admis
à partager les avantages qui auraient été concédés à titre gratuit et
ceux qui ne l'auraient été qu*à charge de réciprocité. »
(Affaires étrangères^ C^^ de Tunù.)
DE LKSSKPS AU C^ DE LAFERRONNAYS.
131*2. — Tunis, 2i mai I S28, — « La présence de M. Ducrest de
Villeneuve me permet d'écrire au Ministre sur des événements qui ont
fait de ces derniers huit jours une des plus pénibles et des plus cri-
tiques époques de ma vie, de cette vie sillonnée par tant d'orages...
Le Hussard a emmené à Gonstantinople le Ghaouch de la Porte, dan-
gereux artisan de troubles et de conspirations, qui était venu à Tunis.
Les autres bâtiments de la station étaient partis pour intercepter les
deux bâtiments algériens de retour d'Alexandrie.
Le Bey, ne pensant qu'au plaisir, plongé dans la mollesse, adulé,
fainéant, imprévoyant, et n'ayant aucune personne auprès de lui douée,
je ne dis pas seulement d'un esprit d'ordre et d'administration, mais
encore du moindre jugement et du moindre amour pour les vrais inté-
rêts du souverain et des sujets, malgré la détresse du trésor, ses dettes,
les nombreuses réclamations et l'épuisement de ses dernières res-
sources, avait fait beaucoup de préparatifs et de dépenses pour un
voyage de plaisir à Bizerte. Il était au moment de l'exécuter, après le
départ du Ghaouch qui lui causait des inquiétudes, lorsque je fus averti
que le départ du Bey était le signal du massacre de tous les Européens
sans distinction, et de celui du Bey même dont on aurait eu bon marché
en rase campagne. D'un autre côté, les insultes partielles et les menaces
faites à presque tous les Européens, frappés de terreur, et ce que moi-
même, qui ai une longue expérience de ces peuples et qui juge de leurs
sentiments en les voyant, je remarquais sur toutes les physionomies,
lors des fréquentes apparitions en public que je n'ai jamais cessé de
faire, dans mes excursions continuelles au Bardo et à La Goulette, la
disparition absolue des Turcs de toutes les tavernes de la ville (ce qui
indique toujours un complot qu'on veut cacher), et surtout des avis
secrets sur lesquels je pouvais compter, me décidèrent à réveiller le
Bey de sa léthargie et à l'avertir; j'obtins l'assurance avec beaucoup
de remerciments qu'il renonçait à son voyage de Bizerte. »
Le 12 mai, de Lesseps eut la visite du Gonsul d'Angleterre qui avait
également reçu des avis alarmants. Le feu allumé par le Ghaouch était
entretenu par l'Oukil d'Alger et par les trois cents marins et soldats
turcs échappés à l'affaire de Navarin. Le gouverneur de Malte signalait
662 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [i8S8|
qu'on avait intercepté une correspondance très suspecte du Bey avec
son amiral et ses agents dans le Levant, ce qui devait faire soupçonner
ses véritables dispositions à Fégard des infidèles. Lesseps et Read con-
vinrent donc de s'unir étroitement contre le gouvernement du Bey, qui
pouvait fort bien chercher à se débarrasser, par un massacre des
Francs, de ses créanciers, des menaces d'Alger et des plaintes des
Musulmans. Le premier fit prévenir la station du cap Bon, et 'le 19
LAslrée et La Comélie vinrent mouiller sous le fort de La Goulette.
(c Ce qui augmentait mes inquiétudes, c'est que des dissensions
existaient, disait-on, dans la famille du Bey, que Ton supposait des
vues d'ambition à son frère et surtout au fils de celui-ci, qui semblait
avoir un parti considérable parmi les Zouabas, milice barbaresque,
vénale et indisciplinée, créée depuis quelques années pour être mise en
opposition à la milice turque, et qui est encore plus dangereuse que
celle-ci pour les Européens... »
Le 15 mai, M. Blanchenay, sujet anglais, était assassiné sur la porte
de sa maison... « Nous crûmes pendant toute la nuit que c'était le
signal du massacre général; cependant le Bach-Hamba, chef de la
police et des patrouilles turques, maintint la tranquillité avec trois
cents hommes.
Je me décidai à présenter de suite une note au Bardo. En route, je
rencontrai un des affidés du Bey dans lequel j'ai la plus entière con-
fiance. Il venait chez moi pour me dire en secret que les propos les
plus menaçants étaient tenus au Bardo contre les chrétiens, et que le
Bey avait dit en sa présence : — Que voulez-vous que je fasse, si les
troupes et le peuple sont contre eux ? Je serais moi-même compromis
et ne pourrais les aider. —
Je demandai alors une audience secrète au Bey; seuls son beau-frère,
son premier ministre et Hassuna y assistaient. Après lui avoir
exposé l'état d'alarmes dans lequel se trouvaient plongés tous les
Européens, et lui avoir rappelé qu'ils vivaient ici sous sa protection que
leur assuraient les traités et le caractère bien connu de Son Altesse, je
lui demandai s'il pouvait garantir leur existence, s'il en avait les
moyens; sinon je lui dis qu'il devait à temps favoriser leur embarque-
ment, parce qu'il répondait d'eux à toute l'Europe. Il m'écouta attenti-
vement et me parut frappé de la profondeur de l'abime que je décou-
vris à ses yeux sans aucun ménagement. Il me répondit qu'il était le
maître de son peuple et des troupes, qu'il n'y avait rien à craindre, que
c'étaient les Juifs protégés par les Européens qui excitaient le méconten-
tement, et que pour les chrétiens on ne leur en voulait pas. Je lui dis
[1828] AVEC LA COUR DE FRANGE 663
alors qu'il n'ignorait pas son propre danger et les menaces faites à sa
personne même. — Eh bieni s'écria le Prince, oui! on m'en veut, mais
parce que je favorise et protège les chrétiens! — Étrange et importante
contradiction que je m'empressai de relever, pour insister encore plus
ou sur le déploiement de toute son autorité et sur l'adoption des
mesures de police que je lui indiquai, ou bien sur l'embarquement de
mes nationaux. Après m'avoir assuré qu'il adopterait les mesures les
plus efficaces, qu'il répondait des chrétiens, qu'il ne fallait pas qu'ils
s'embarquassent, que seulement à l'entrée de la nuit personne d'eux
ne devrait sortir de sa maison, je lui présentai ma note ^ On vint alors
lui annoncer que le Consul général d'Angleterre était dehors avec son
Yice-Gonsul. Il me demanda si je permettais qu'il fût introduit... Sir
Thomas Read, à qui je us part en anglais de TafTairey déclara s'unir à
moi et vouloir signer la note... Le reste de la conférence fut tout
employée à la discussion sur les moyens de police et de répression
nécessaires... Le Bey et les ministres rejetèrent tout le mal sur Tin-
fortunée et innocente classe des Juifs, au service des Européens, les-
quels, abusant de la protection dont ils jouissent, disaient les ministres,
insultaient leurs maîtres les Musulmans et (ce qui est peut-être plus
fondé) sur une foule de vagabonds et d'indigènes maltais qui se mêlent
au bas peuple et occasionnent de fréquentes altercations et tumultes...
1. Note remise par MM, de Lesaeps et Read y Consuls généraux de France et de la
Grande-Bretagne, à S, A, le Bey de Tunis, i6 mai 18^8, — « Les soussignés, Consuls
généraux, etc., ayant exposé à Son AUesse, dans Taudience qu'il leur a accordée ce
matin, avec toute la franchise qu'ils désirent toujours employer dans leurs commu-
nications, les causes des craintes qu'éprouvent leurs nationaux établis dans cette
Régence, ont maintenant l'honneur, d'après ce qui a été alors convenu, de prier Son
Altesse de vouloir bien leur manifester sans réserve quels fondements ces craintes
peuvent avoir, et, en les supposant fondées, quelles assurances Son Altesse sera
dans le cas de leur offrir pour la sûreté des personnes et propriétés de leurs natio-
naux. Et, en cas qu'elles ne soient pas suffl santés, les soussignés demanderaient
qu'on favorise leur embarquement provisoire jusqu'à ce que la tranquillité soit
parfaitement rétablie. Ils la prient, en outre, de vouloir bien leur faire connaître
par écrit sa réponse pour servir, en tout état de cause, de preuve qu'ils ont rempli
entièrement leurs obligations tant envers Son Altesse qu*envers leurs gouverne-
ments et leurs administrés. »
Réponse de S. A, le Bey de Tunis à la Note de MM. les Consuls généraux de France
et d'Angleterre. « Modèles des Grands de la nation du Messie, nos très désirés et
très honorés amis les ch**" de Lesseps et Thomas Read, etc. La lettre que vous
nous avez adressée relativement à certains bruits alarmants qui ont circulé ces
jours passés à Tunis est venne à notre connaissance. La milice et les habitants qui
se trouvent dans cette capitale sont tous sous notre obéissance ; il existe pour ceux
qui y résident la même sûreté et la même tranquillité que celles dont ils jouissaient
précédemment. En conséquence, nous nous rendons garants et responsables des
personnes et des propriétés des sujets français et anglais résidant à Tunis, ainsi
que de celles de leurs protégés. L'amitié et la bonne intelligence qui existent entre
nos cours ne doivent vous laisser à ce sujet ni soupçons ni inquiétudes. Salut. «
{Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
664 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1828]
Lorsque je me préparais à repousser la sortie contre les Juifs, le 6ey
prit la parole vivement et m'adressa ces mots, en présence du Ck)Dsul
anglais et de son Yice-Consul, de mon chancelier et de tous les assis-
tants : — Homme sage et raisonnable, que Dieu vous comble de bénédic-
tions! Nous sommes informé de tout ce que vous avez fait pour le brm
ordre et le bien général, aussi nous n'avons jamais eu de Consul comme
vous et nous savons que vous nous seconderez toujours pour le bien. » ~
Au moment où il sortait avec le Consul général d^Angleterre, un mes-
sager du Bey le rappelait. Le Bey était fort agité; le gouverneur de
Tabarque venait de lui mander que deux vaisseaux de ligne français
avaient débarqué cinq cents hommes à Ttle de la Galite. Pendant les
journées du 16 et du 17, les patrouilles procédèrent à Tunis à de nom-
breuses arrestations et même à des exécutions. Le 18, deux Tares
essayèrent de nouveau un soulèvement contre les giaours. Le Bach-
Hamba en assomma un lui-même. Les familles franques continuaient à
fuir à la Marsa, sur le littoral de Carthage et à La Gouiette. Le 18,
Lesseps reçut l'avis que la nouvelle du débarquement des Français à la
Galite était fausse. 11 demanda la punition du gouverneur de Tabarque,
et imposa silence au premier interprète qui parlait de rintérét que lui
inspirait la position du Grand Seigneur.
En sortant du palais, il apprit enfin l'arrivée de Z'As^rée et de La Cor-
nélie. Toutes les physionomies étaient changées. Celles des Turcs
avaient perdu Tair menaçant, remplacé par quelque chose qui annon-
çait le repentir et la bienveillance. Celles des Francs respiraient l'as-
surance... Le commandant de La Gouiette dit k Gaspary : Les Francs ont
eu peur, c'est à nous à l'avoir présentement. M. Ducrest de Villeneuve
offrit son assistance à tous les Consuls et aux Européens, qui m ont
chargé de lui témoigner leur profonde reconnaissance...
De Lesseps demande que la station de Tunis soit renforcée.
M. Duchenoud ^ s'est admirablement conduit durant cette affaire. Ses
liaisons avec les officiers turcs et notamment avec le Bach-Hamba, de
même que son talent dans les langues orientales, ont été de la plus
grande utilité. Il a examiné les lettres écrites à leurs parents par des
prisonniers algériens; ces lettres prouvent qu'ils n'étaient pas étrangers
à la conspiration de Tunis.
« J'ai été très satisfadt de la contenance et des dispositions de mon
jeune fils Jules *, auquel le Ministère a daigné permettre d'aspirer à l'ad-
mission dans la carrière parcourue par ses pères. Je me bornerai à
1. Voy. la noie 1, p. 615.
2. Voy. sur les trois fils de Mathieu de Lesseps la note 2, p. 359.
[1828J AVEC LA COUR DE FRANCE 665
citer un seul trait qui donne des espérances sur ce jeune homme ; car,
quand on est dévoué à son père, on Test à son Roi. Au moment du
danger, un sentiment paterne), qui trouve son excuse dans Tabsence de
toute obligation positive et officielle imposée à mon fils, m'engagea à
le faire partir,... il s'y refusa absolument et me dit que c'était le seul
de mes ordres qu'il n'exécuterait jamais; qu'il ne me quitterait point et
qu'il saurait mourir, s'il le fallait, mais à mon côté... »
{Affaires étrangères^ C*'* de Tunis,)
LE G'<^ de LAFERRONNAYS A DE LBSSEPS.
1313. — Paris^ 21 mai i 828, — Le Roi a été satisfait des assu-
rances amicales du Bey, et lui sait gré de ses soins pour prévenir toute
irritation contre les Européens. Cette conduite prouve au moins qu'il a
calculé les dangers auxquels l'exposerait une rupture avec la France.
11 approuve la conduite de Lesseps dans les dernières affaires.
L'échange des prisonniers a été convenu le 29 avril entre le contre-
amiral Collet * et le Dey d'Alger. [Affaires étrangères, C»-» de Tunis.)
DE LESSEPS AU C^ DE LAFERRONNAYS.
1314. — Tunis^ 27 mai 1828, — Les Turcs sont désarmés; un
Boual, officier maure, qui a insulté le courtier juif d'une maison fran-
çaise, a reçu 500 coups de bâton et a été envoyé au bagne. Les choses
sont rentrées dans leur état normal. Le démêlé du Bey avec la Sar-
daigne est arrangé. Le Bey a ordonné de faire droit aux réclamations
des négociants français.
<i J'ai vu qu'on appréciait ma conduite et mes conseils, et j'ai recueilli
avec la plus vive satisfaction les expressions de la reconnaissance qu'on
croit me devoir tant au palais que parmi mes nationaux et mes collè-
gues... » Lesseps demande qu'on lui envoie les présents consulaires.
« Le Bey mérite vraiment une marque de gratitude... »
[Affaires étrangères^ C*'* de Tunis,)
DE LESSEPS AU G^ DE LAFERRONNAYS.
1315. — Tunis, 28 mai 1828. — U réclame une gratification de
i,200 francs ou un traitement de 600 fr. pour Joseph Gaspary *, agent
consulaire à La Goulette. Le Consul général s'impose pour lui venir en
aide des sacrifices personnels, parce qu'il lui est pénible de voir dans
la misère un agent du Ministère. 11 serait bien désireux aussi de voir
son traitement personnel assimilé à celui du Consul général d'Alger.
{Affaires étrangères, C"* de Tunis,)
DE LESSEPS AU C'® DE LAFERRONNAYS.
1316. — Tunis, 1 8 juin 1 828. — « Je remercie le Ministre pour le
1. Voy. la note 1, p. 635.
2. Voy. p. 623.
666 GORRESPONDANGB DBS BEYS ET DBS CONSULS [1828;
bienfait qu'il vient d'accorder à ma famille en admettant d'une manière
définitive dans ses bureaux mon fils aîné, Théodore, et en consacraDt
ainsi des arrangements qui me permettent de considérer d'un œil plas
calme l'avenir de mes autres enfants. Je n'aurais jamais osé, au moment
où je reçois la nouvelle consolante d'une faveur aussi signalée, demander
celle que mon Qls Ferdinand puisse venir le plus tôt possible me
rejoindre en qualité d'élève Vice-Consul auprès de moi, si mon isole-
ment et la position difficile où je me trouve ne me rendaient néces-
saire un tel collaborateur... » {Affaires étrangères, C^* de TunU.)
DE LBSSBPS AU G^ DB LAFERRONNAYS.
1317. — TunUj 20 juin i 828, — 11 se plaint du gouvernement espa-
gnol, qui laisse sans moyens le Consulat d'Espagne à Tunis et le gérant
de ce Consulat, le P. fienedetto Osa ^ Lesseps est forcé de le nourrir,
de le loger et de lui fournir des fonds pour ses frais indispensables.
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis,)
DB LBSSBPS AU C^ DE LAFERRONNAYS.
1318. — 7\<m«, 4 juillet i 828, — Une escadre suédoise est venue à
Tunis. Tulin, Consul général de Suède, a présenté le contre-amiral
Nordenskiôld et ses officiers au Bey. Ils assurent qu'à Alger on ne croit
plus à une expédition française.
M. Fouque, capitaine et commandant de La Marie- Thérèse, prend le
commandement de la station de Tunis '.
Ci-joint l'extrait d'une lettre de M. Filippi contenant des nouvelles
d'Alger, envoyées le 22 juin par M. d'Attili de la Tour.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
LE C^ DB LAFERRONNAYS A DB LBSSBPS.
1310. — Paris, 7 juillet 1 828, — Le Ministre a rendu compte au
Roi de la conduite de M. de Lesseps pendant les troubles de Tunis et
Sa Majesté Ta fort approuvée. On s'occupe des présents consulaires^ et
l'on fait acheter en Normandie deux chevaux qui doivent faire partie de
ces présents.
On a autorisé des corailleurs toscans à se livrer à la pèche dans les
concessions d^Alger, malgré la guerre contre cette Régence.
{Affaires étrangères, C** de Tunis,)
DB LESSEPS AU C^* DE LAFERRONNAYS.
1320. — Tunis, 20 juillet 1 828. — « Une division sarde, qui vient
d'arriver, a à bord Mgr Losana, Vicaire apostolique en Syrie, qui se
rend en cette province pour y remplacer le vénérable prélat Gan-
1. Voy. la note 3, p. 633.
2. Voy. la note 3, p. 612.
[1828] AVEC LA COUR DE FRANGE 667
dolfi, que la religion et la France ont eu le malheur de perdre... Ce
prélat m*a paru prêt à adopter entièrement le système de son respec-
table prédécesseur et à servir avec dévouement les intérêts de la
France. Il doit partir dans quelques jours et m'a prié de vous trans-
mettre une pétition. Il ne reçoit qne 500 écus par an de la Propagande,
et se voit obligé de recourir à la générosité de Sa Majesté. »
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
DE LBSSEPS AU C*<* DE LAPERRONNAYS.
1321. — Tunis^ 2 août i 828. — « ... Le Bey est retombé dans les
désordres de la mollesse et des plaisirs; il disait dernièrement à quel-
qu'un qui lui est attaché à cause de ses bonnes qualités et de son
excellent cœur et qui lui donnait quelques sages conseils : — Que
voulez-vous! je veux jouir tant que je vivrai. C'est ma principale
affaire. — »
Le Consul a eu avec lui des discussions très vives au sujet de la limite
de la pèche du corail. Il a signifié au Bardo que toute barque qui
dépasserait la limite du cap Roux serait arrêtée. Il conviendrait à
son avis de réunir les concessions des deux Régences.
{Affaires étrangét^s, C*'* de Tunis.)
DE LESSEPS AU C*^ DE LAFERROMNAYS.
1322. — Tunis, i 8 août 1828. — Le Consul anglais a reçu des avis
qui l'instruisent de l'arrivée d'Alexandrie à Sfax d'un bâtiment de sa
nation, La Lady Flora, qui a à bord des passagers turcs et 16 esclaves
grecs des deux sexes achetés en Egypte. Il a demandé à de Lesseps d'en-
voyer un bâtiment français à Sfax et de saisir le navire anglais. En con-
séquence Za Comélie, commandée par M. de Poligny *, se rendit à Sfax,
mais les passagers étaient déjà débarqués.
{Affaires étrangères, C**' de Tunis,)
LE C^ DE LAFERRONNAYS A DE LESSEPS.
1323. — Parisy 23 août i 828, — On l'autorise à allouer à Gaspari
une gratification de 500 francs, et on l'invite à ne pas sortir des règles
d'une stricte économie. Il est impossible de porter son traitement à
24,000 francs, comme l'a été celui du Consulat général d'Alger. On lui
fait remarquer qu'il est le seul des Consuls de Barbarie auquel il soit
alloué une indemnité de 3,000 francs pour frais de voiture. Il n'y a aucune
raison non plus pour élever ses frais ordinaires de 2,000 à 4,000 francs.
{Affaires étrangères,, C*'* de Tunis.)
1. Jacques-Adrien de Potigny, mousse en 1784, novice en 1786, matelot en 1787,
maître timonier en 1797, enseigne de vaisseau en 1804, lieutenant en 1811, capitaine
de frégate en 1824, chargé de croiser pendant 26 mois consécutifs, en 1827 et 1828,
devant les côtes barbaresques, directeur du port de Cherbourg en 1829, retraité
en 1833.
668 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1828]
DK LESSEPS AU C^ DE LAFERRONNATS.
1324. — TuniSy 2S août 1828, — « Lorsque j'étais accablé de
malheurs, sans doute mérités, car la divine Providence punit quand
elle frappe si fort, lorsque mon existence, mon avenir, ceux de mes
enfants étaient menacés, vouh m'avez tendu une main secourable,
vous m'avez comblé de vos bienfaits, vous avez séché mes larmes.
vous m'avez rendu les moyens de nourrir, d'élever ma famille, d'ajouter
de nouveaux services utiles à d'anciens méconnus; enfin je vous dois,
avec la vie et plus qu'elle, l'honneur et le bonheur de pouvoir léguera
mes enfants, à défaut de fortune, quelques titres à la bienveillaDce de
mon souverain et a l'estime de mon pays...
Mon fils Ferdinand, auquel le Ministre daigne accorder la permis-
sion de venir m'aider dans mes travaux, et qui a déjà appris à servir
le Roi auprès de son oncle à Lisbonne, a obtenu la permission de se
rendre auprès de moi. Que je serais heureux de l'y voir arriver en qua-
lité d'élève Vice-Consul, et de devoir encore à Votre Excellence une
satisfaction que je regarderais comme une récompense et un dédom-
magement de quelques dangers, de plusieurs maux et de beaucoup de
privations î » (Affaires étrangères, C" de Tunis.)
DE LESSEPS AU C^** DB LAFERRONNAYS.
1325. — Tunis, 16 septembre i 828, — Il se plaint de n'avoir que
Duchenoud et son jeune fils * pour faire tout le service, qui augmente
de plus en plus, et demande un Vice-Consul et un élève Vice-Coosul.
(Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
DE LESSEPS AU C^*> DE LAFERRONNAYS.
1826. — runisy 16 septembre 1 828. — Le capitaine du port ayant
retardé l'approvisionnement de la division navale, de Lesseps s*en est
plaint au Bey, qui a destitué le capitaine et réprimandé son^ ministre
de la marine et plusieurs de ses officiers, en leur disant : — « C'est
ainsi que votre mauvais esprit nous fait faire une grande affaire d'une
petite et finira par me compromettre avec mes meilleurs amis. — »
(Affaires étrangères, C*"* de Tunis.)
LE C^'' DE LAFERRONNAYS A DB LBSSEPS.
1327. — Pains, 24 septembre 1 828, — « .... La molle insouciance
dans laquelle le Bey lui-même annonce vouloir vivre pourrait tout au
plus s'excuser, s'il régnait sur des peuples plus tranquilles, s'il n'avait
pas de compétiteurs au trône, et s*il n'avait pas pour voisin le Dey
d'Alger, ennemi redoutable pour Tunis et toujours armé pour lui nuire.
Il faut croire toutefois que de nouvelles commotions n'auront pas lieu;
1. Voy. les note» 1 el 2, p. 615 et 359.
[1828] AVEC LA COUR DE FRANCE 669
mais, s*il en était autrement, les sujets du Roi auraient naturellement un
gage de protection et de sécurité dans la présence de notre station
navale, et la conduite ferme et prudente dont vous avez fait preuve
garantit que vous ne négligeriez rien pour maintenir leur sûreté... »
Le Ministre parle ensuite de Mgr Losana, des équipages des barques
tunisiennes, et lui annonce qu'il sera chargé du soin de délivrer des
patentes aux bateaux corailleurs de toute nation qui voudraient pécher^
au printemps prochain, dans les concessions françaises d'Alger. Si la
guerre se prolonge, il chargera Raimbert de s'occuper des détails.
{A flaires étrangères^ C"* de Tunis.)
DE LESSEPS AU C^^ DE LAFERRONNAYS.
1328. — Tunis, ^6 septembre i 828. — Il présente quelques obser-
vations sur les dépenses du Consulat. Il y a beaucoup plus de passa-
gers, de voyageurs et de bâtiments de guerre qui viennent à Tunis
qu'à Alger. La position topographique de Tunis les attire dans le pas-
sage de l'occident à l'orient.
A Tunis, à cause de l'éloignement du Bardo et du port, tout le monde
a besoin d'une voiture... « Il m'est aisé de prouver par des reçus bien
en règle que mes frais cette année, pour avoir eu deux voitures sans
ressorts et infiniment plus modestes que celles de tous mes collègues
étrangers, ont monté au delà de 8,000 francs... » C'est donc une charge
et non pas une faveur. (Affaires étrangères, C'»» de Tunis.)
DE LESSEPS AU C^^ DE LAFERRONNAYS.
1329. — Tunis, /" octobre J 828. — M. de Salmon, Ministre secré-
taire d'État d'Espagne, lui a confié les fonctions intérimaires du Consulat
général d'Espagne. M. de Lesseps demande les ordres du Ministre. Doit-il
continuer à se charger de cette gestion? Doit-il correspondre directe-
ment avec le secrétaire d'État d'Espagne pour des objets d'administra-
tion consulaire? {Affaires étrangèt*es, (7'» de Tunis.)
DE LESSEPS AU C^ DE LAFERRONNAYS.
1330. — Tunis, 4 octobre i 828, — Il demande des instructions pour
savoir s'il doit donner suite aux réclamations des négociants français,
pour des intérêts étrangers dont ils se sont chargés. Ils prêtent sou-
vent leurs noms à des Européens ou même à des Tunisiens pour couvrir
les opérations de ces négociants. {Affaires étrangères, C'« de Tunis.)
DE LESSEPS AU C^ DE LAFERRONNAYS.
1331. — Tunis, 10 octobre 1828, — Envoi d'un rapport sur les
sept bateaux corailleurs toscans arrêtés, par La Marie-l'hérèse, pour
avoir péché sans permission dans les eaux françaises ^
1. Voy. à ce sujet la correspondance de Raimbert et de Fouque avec le Consul
général de Lesseps, octobre 1828. {Affaires étrangères, C"' de Tunis.)
670 GORRESPOIVDÂNGE DES BBYS ET DES CONSULS [1828]
DE LR8SEPS AU C'^ DE LAFEERONNAYS.
1332. — Tunis ^ i4 octobre 182 S. — Un nouvel Oukil est arriyé
d'Alger. Il y a eu des conférences entre le Bach-Mamelouk et les Oukils
du Maroc, de Tripoli et d'Alger. Des fanatiques ont essayé de faire con-
sidérer l'expédition française eu Morée comme un acte d'hostilité contre
le Grand Seigneur. Mais le Bey et le Bach-Mamelouk ont déclaré ouver-
tement leurs sentiments d'indifférence et accablé d'attentions le Consol
général de France.
« Le Bey me disait même hier, lorsque j'allais prendre congé de lui
au sujet d'un voyage qu'il va faire, pendant un mois, à sa maison de
campagne de l'Hammam-Lif : — Je ne puis rester sans vous voir;
puisque vous ne pouvez venir avec moi à l'Hammam-Lif, venez-y passer
quelques jours et faites venir votre famille, atin que nous ayons une
garantie de plus que nous conserverons longtemps un homme tel que
vous . — Il ne m'est pas permis de répéter les épithètes flatteuses et
honorables qu'il a ajoutées à ces mots.
Cependant, j*ai vécu trop longtemps parmi les Turcs et les Maures
pour ne pas redoubler de précautions au fur et à mesure que leurs
caresses sont plus expressives. Des avis secrets, mais que cependant je
ne puis regarder comme positifs, m'ont été donnés sur ce que toutes les
Puissances barbaresques, Maroc, Alger, Tunis et Tripoli, cherchaient à
lier leurs intérêts, qu'elles regardent comme ceux de l'Islamisme
attaqué, disent-elles, par les Français et par les Russes, et à former une
ligue défensive cimentée parles serments de leur religion >»... De Lesseps
réclame de nouveau des présents consulaires et en particulier pour
Sidi Mustapha, frère du Bey, « qui prend chaque jour plus d'autorité
sur le peuple et parmi les troupes ».
{Affaires étrangét^ea, C'** de Tunis.)
DE LBSSBPS AU C^^ DE LAFERRONNAYS.
1333. — Tunis, 20 octobre 1 828. — Avant de demander au Bey
d'abolir la quarantaine pour les bâtiments français, de Lesseps a cherché
à circonvenir le ministre de la marine, homme fanatique et malveillant.
Celui-ci a osé lui dire : — « Eh bien I il paraît que la France veut abso-
lument commander ici; il vaut autant qu'elle nous fasse la guerre. «
— De Lesseps a relevé le propos comme il méritait de l'être, et s'est fait
prier pour ne pas le répéter au Bardo. Il a fini par obtenir la neutra-
lité du ministre do la marine.
« Après de fréquentes conférences, on nous a accordé l'exemption dont
jouissent les Anglais, mais sans réciprocité du côté de la France, la
libre pratique pour les bâtiments de guerre ayant patente nette, et la
[1828] AVEC LA COUR DE FRANCE 611
réduction à cinq jours d'observation pour les bâtiments marchands
venant de France avec patente nette. »
[Affaires étrangêi^es, C^ de Tunis.)
LE C*» DE LAFERRONNAYS A DE LESSEPS.
1334. — PariSy 2i octobre i 828. — «... Sur la pèche illicite du corail
au delà du cap Roux qui, de temps immémorial, a été considéré comme
la limite entre les eaux de Tunis et celles des concessions, je ne puis,
Monsieur, que me référer à toutes les instructions antérieures.
Vous voudrez bien, toutes les fois que l'occasion s'en présentera, insister
auprès du Bey et de ses ministres non seulement sur la validité de nos
droits, qui établissent bien clairement une constante possession, mais
encore sur le texte de nos traités avec la Porte ottomane et avec la Régence
d'Alger. Vous insisterez particulièrement sur la ferme intention où est
le gouvernement de Sa Majesté de ne pas tolérer que des pécheurs, qui
ne seraient pas munis de la patente française, s'introduisent dans nos
eaux, et sur les ordres qu'ont reçus et que recevront les armements du
Roi chargés de la police de la pêche de réprimer sévèrement toute ten-
tative contraire. Il n'est pas d'ailleurs convenable que vous demandiez
aux Consuls étrangers à Tunis de coopérer à. cette répression, puisque
le droit de Texercer appartient à la France seule.
La réunion de la pèche de Tunis avec celle des concessions présen-
terait de grands avantages, mais nous ne saurions nous occuper
sérieusement de cet objet que lorsque le rétablissement de nos rela-
tions avec Alger nous aura permis de reprendre possession de tous nos
établissements. » {Affaires étrangères, C*"» de Tunis.)
LE C*« DE LAFERRONNAYS A DE LESSEPS.
1335. — Pa7^is^ 28 octobre i 828. — « ... L'humanité, d'accord avec
les intentions des Cours signataires du traité du 19 juillet', justifie la
conduite tenue par de Lesseps dans l'affaire des esclaves grecques de La
Lady Flora. » Le Ministre lui explique ensuite la convention avec le
Pacha d'Egypte et le but de l'expédition française en Morée. Il le
charge de dire au Bey que la France n'a aucunes vues hostiles contre
l'Empire ottoman, aucun projet d'agrandissement à ses dépens. En
prenant part au traité du 19 juillet, elle n'a eu d'autre but que de foire
cesser en Grèce une guerre funeste à l'humanité et préjudiciable au
commerce de l'Europe.
Relativement aux affaires de Tripoli avec les Deux-Siciles et à
celles d'Alger, le Ministre charge M. de la Bretonnière • de s'entendre
1. Le traité de Londres entre la France, l'Angleterre et la Russie, relatif à
Texpèdition française en Morée.
2. Waldemar-Guillaume Botherelde la Bretonnière, de La Martinique, aspirant sur
672 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1828]
avec le comte d*Atlili de la Tour, pour faire connaître au Dey les condi-
tions préalables auxquelles le Roi consentirait à entrer en négociatioD.
a Nous ne saurions trop nous louer des bons offices de M. le Consul de
Sardaigne et du zèle qu'il montre pour nos intérêts dans les circons-
tances actuelles. Je lui exprime de nouveau la satisfaction du Roi, et je
l'ai précédemment invité à donner suite aux rapports qu'il vous a déjà
fait parvenir. » {Aff^aires étrangères, C*" de Tunu,)
LE C" DE LAFERRONNAYS A DE LESSBPS.
1336. — Paris j 6 novembre 18.28. — Il Tautorise à correspondre
avec le gouvernement espagnol sur des objets de simple administration.
« Quant aux corailleurs toscans arrêtés par la frégate La Marie-Thé-
rèse dans les eaux de nos concessions, où ils péchaient sans permission,
je dois vous faire observer qu*à défaut de l'amende qu'ils avaient
encourue et qu'ils se sont trouvés dans l'impossibilité de payer, il eût
été plus convenable de faire effectuer la vente des barques saisies en
flagrant délit que de requérir à leur égard la décision d*un tribunal qai
n'a jamais existé et qui ne peut être autre que l'autorité française, il
est d'usage, en effet, que l'amende fixée par nos règlements soit acquittée
sur les lieux mêmes, au moment où le délit est constaté, sans ménae en
donner avis aux gouvernements de ceux qui Tout commis... » Le
Ministre s'entendra avec le gouvernement toscan pour cette fois; mais
dorénavant de Lesseps devra exiger des délinquants le paiement immé-
diat de l'amende, ou faire vendre leurs bateaux.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
DE LESSEPS AU G^* DE LAFERRORIIATS.
1337. — 7'unisy 2 décembre i 828, — Un bâtiment toscan, partant de
Tunis pour Marseillle, avait chargé en contrebande, pour le compte de
divers négociants de toutes nations qui les avaient assurées en France,
des matières d'or et d'argent dont la sortie est prohibée. Le bâtiment
fit naufrage. Les matelots se sauvèrent dans la chaloupe et emportè-
rent les valeurs. Ils abordèrent à Bizerte. Sur la dénonciation d'un
Anglais, le Bey les fit saisir et menaça le Consul de déclarer la guerre à
la Toscane.
«M. Nyssen, consterné, vint me trouver et, en me faisant part des
instructions de la cour de Toscane qui lui prescrivaient de consulter le
les bfiliments de TÉtat en 1792, enseigne de vaisseau en 1796, lieutenant en 1802,
capitaine de frégate en 1811, capitaine de vaisseau en 1821, amiral en 1827 pour sa
belle conduite à la bataille de Navarin, contre-amiral en 1829, commandant succes-
sivement sur La Provence, La Duchesse de Berry, L'Oise eiL* Adonis, la division natale
devant Alger du 16 mai 1829 au 13 février 1830, commandant de la marine à Alger
du 9 octobre 1834 au 20 septembre 1835, retraité en 1848, décédé en 1851.
[1828] AVEC LA COUR DE FRANCE 673
Consul de France dans des conjonctures délicates, réclama mes bons
offices.... Ma position était embarrassante : je venais d*obtenir Touver-
ture du trésor du Bey^ et le payement intégral et avec un immense
bénéfice de tous les engagements pécuniaires de cette Régence envers
les Français; j'étais le seul ayant osé déchirer le voile qui dérobait
aux yeux du Bey les excès et les désordres tant de sa vie privée que de
son administration; j'ignorais encore qu'il avait adopté et suivi mes
conseils qui pouvaient paraître trop austères... »
De Lesseps se rendit à THammam-Lif, campagne du Bey. « L'accueil,
j'oserai dire fraternel, que me fit le Prince, les expressions dont il se
servit à mon égard en présence de toute sa cour, l'adhésion complète
et sans hésitation qu'il donna à toutes les demandes que je lui fis pour
terminer plusieurs affaires de mon service, dont quelques-unes assez
importantes, l'intimité dans laquelle il m'admit, en faisant retirer toute
sa cour, à l'exception des plus affidés, et la manière sage, calme et
réfléchie avec laquelle il écoutait et discutait avec moi plusieurs points
d'administration intérieure et de finance, m'encouragea à mettre sur
le tapis la grande affaire avec la Toscane...
Le Bey me fit juge du différend et s'écria, en s'adressant à ceux qui
l'entouraient : — Voyez-vous cet homme (je n'ose prononcer l'épithète
honorable qu'il ajouta); il est plus content d'avoir fait une bonne action
et d'avoir sauvé une famille que d'avoir gagné 100000 piastres, mais
nous savons tous qu'il n'aime pas l'intérêt. — Je n'eus besoin que de très
peu de raisonnements, tous puisés dans son intérêt et dans le besoin de
conserver sa réputation de Prince loyal et pacifique, pour qu'il me dit :
— Tout est terminé, tout vous est accordé, non à vous Consul de France,
qui en cette qualité n'avez rien à traiter pour la Toscane, mais à mon
sage ami particulier.... tout est fini, tout est oublié... c'est à vous l'ar-
gent; puis-je jamais ne pas acquiescer à vos moindres désirs? Ceux-ci
ne sont jamais dirigés que vers mon intérêt et vers celui de la justice.
— M. le chancelier-interprète Duchenoud, qui m'accompagnait, les assis-
tants et moi-même avions les larmes aux yeux à cette scène attendris-
sante...
Je dois faire part à Votre Excellence qu'il n'est malheureusement que
trop public que, sans doute pour satisfaire un ressentiment personnel
contre un agent d'une Puissance subalterne, compromis dans la mal-
heureuse affaire qui fait le sujet de celte dépêche, le Consul général
d'Angleterre a aigri et envenimé les ressentiments de ce gouvernement,
et énoncé l'opinion que le Bey agissait bien et conformément à son
droit. Cependant, comme il ne pouvait hautement et vis-à-vis de moi
43
674 CORRESPONDANCE DBS BBYS ET DES CONSULS [18S]
avouer la part odieuse qu'il avait prise à la détermination fâcheuse de Son
Altesse, il s^est réuni à tous pour me complimenter des succès qoe j'ai
obtenus, et cela n'a altéré en rien la bonne harmonie qui existe entre
nous et qui me parait essentielle à conserver, surtout dans ces circons-
tances. » (Affaires étrangères, (7** de Tunis,)
DE LBSSKPS AU C** DE LAFERRONNAYS.
1338. — TuniSy iO décembre i 828, — De Lesseps avait chargé Duché-
noud, qui rend beaucoup de services aux ministres du Bey, de demander
Toriginal de la convention du 21 mai 1824*. Le Bach-Mamelouk a souri
d'étonnement à sa demande. Il a promis de la chercher au Bardo « dan^
une chambre où il y a de vieux papiers... »
Le Bey et le [ninistre laissent traîner les correspondances; les enfants.
les esclaves et les domestiques s'en emparent. De Lesseps redemandf
même les lettres qu'il adresse au Bey, pour qu'elles ne s'égarent pas :
toujours est-il que la convention dont il s'agit est introuvable.
(Affaires étt^angêres, C**' de Tunis.)
DR LESSEPS AU C*« DE LAFERRONlfAYS.
1339. — T'unis, iO décembre i 828. — L'Oukil d'Alger continue à lui
faire des avances. Il lui a donné à entendre que son maître serait bieD
aise de le voir intervenir dans les difficultés pendantes entre la France
et la Régence d'Alger. (Affaires étrangères, C**» de Tunis,)
DE LESSEPS AU G** DE LAFERRONlfAYS.
1340. — Tunis, 23 décembre 1828. — Il a envoyé une lettre circu-
laire aux Consuls étrangers, pour leur faire savoir qu'il est autorisé à
délivrer des patentes aux bateaux corailleurs.
Les Consuls de Sardaigne, Naples et Toscane présentent quelques
observations au sujet des ports de refuge. Les corailleurs seront forcés
de payer la redevance à la France pour pouvoir pécher, et de se sou-
mettre aux conditions imposées par la Régence pour pouvoir profiter
des ports de Bizerte et Tabarque.
De Lesseps appelle l'attention du Ministre sur Raimbert', cet intéres-
sant et peu fortuné père d'une nombreuse famille. On lui a réduit sou
traitement à 1,500 fr. au moment où il a perdu ses meubles, ses
effets, etc. Il serait juste de lui rendre le traitement qu'il avait A La Galle.
(Affaires étrangères, C'*» de Tunis.)
DE LESSKPS AU G^' DE LAFKRRONNAYS.
1341. — Tunis, fO janvier i 829, — M. d'Atlili a écrit en chiffre à M,
Filippi et à M. de la Bretonnière en caractères formés de jus de citron.
qui doivent être chauffés pour pouvoir être lus. Les Anglais et le Consul
1. Voy. la note 2, p. 600.
â. Voy. la noie 1, p. 457. Son traitement de 3,000 fr. fut rétabli en mars 1S29.
[1829] AVEC LA COUR DE FRANCE 676
de Naples ne cessent d'intriguer contre lui et de traverser ses négocia-
tions. Il serait bon de lui faire tenir un chiffre. .
(Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
DE LBSSEPS AU C^*' DR LAFfiRRONNAYS.
1342. — Tunis, i 8 janvier i 829, — Il se plaint des articles de jour-
naux mensongers ou exagérés sur Tunis. Il n'y a rien de vrai dans la
prétendue conspiration du fils du Bey contre les jours de son père, ni
dans le projet prêté au Consul de placer la dynastie tunisienne sur le
trône d'Alger... Le Bey a été affecté de ces bruits, et il a envoyé à tous
les Consuls une lettre à ce sujet. De Lesseps lui a répondu que les minis-
tres du Roi ne pouvaient empêcher la publication de ce genre d'articles ^
(Affaires étrangères, C'*» de Tunis.)
LE t^ DE LAFERRONNAYS A DE LESSEPS.
1343. — Paris, 26 janvier i 829, — M. Vattier de Bourville' va
se rendre à Tunis en qualité de Vice-Consul aux appointements de
4,000 francs.
Le Consul général de Tripoli a eu de grands sujets de plainte contre
cet agent, mais on use d'indulgence à Tégard de ce dernier, parce qu'il
est le seul appui de sa famille. Le Ministre prie M. de Lesseps, s*il avait
lieu de se plaindre de Vattier, d*en rendre immédiatement compte au
Département. « J'ai d'ailleurs la satisfaction de pouvoir vous annoncer
que le Roi vient d'accorder à M. Ferdinand de Lesseps, votre fils, les
appointements de 2,000 fr. attachés à sa place d'élève-Consul '. »
(Affaires étrangères, (?■* de Tunis.)
DE LESSEPS AU C'^ DE LAFERRONNAYS.
1344. — Tunis, 5 février i 829. — Envoi de divers états de com-
merce et de navigation pour 1828 :
Importations totales 8,091,780 fr.
Exportations 5,086,195
Exportations en fraude 2,000,000
i. Voy. notamment la Gazette de Marseille du 6 décembje 1828.
2. Charles-Joseph-Auguste-Dësiré Vattier de Bourville, drogman-chancelier à Tri-
poli de Barbarie en 1821, Vice-Consul au même poste en 1828, à Tunis en 1829
(8 janvier). Consul à Tripoli de Syrie en 1833, à Alep de 1834 à 1837, au Caire en 1839,
à Damas en 1846, à La Canée en 1848, à Moscou en 1854, agent du Ministère des
Affaires étrangères à Marseille en 1854.
3. De Lesseps au C" de LafeiTonnays, i6 févHer 4829. « ... Je prie Votre Excel-
lence d'agréer l'hommage de ma profonde reconnaissance, pour la faveur que le
Ministère a daigné m'accorder en allouant à mon (ils Ferdinand, élève Vice-Consul,
les appointements de 2,000 fr. attachés k sa place. C'est lorsque je verrai tous mes
enfants placés sous Tégide paternelle du Ministère bienfaisant auquel ma famille
appartient depuis si longtemps, c'est lorsque j'aurai la conviction intime qu'ils sont
dignes de le servir, que je ne regretterai plus aucune fortune, que je n'aurai plus &
gémir d'aucune perte, d'aucun malheur, et que je croirai leur avoir laissé le plus
riche héritage. ■ (Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
676 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1839]
Pour le commerce français :
Importations 2,395,550 fr.
Exportations 877,270
somme à laquelle il faut ajouter Texportation en
transit par Nice pour Marseille 414,250
De Lesseps avoue « en rougissant » que quelques négociants français
prêtent sur gages (bijoux, diamants) au taux minimum de 1 1^ 0/0
par mois, à des particuliers, même à des membres du gouvernement.
Il est vrai que le taux légal est de 1 0/0 par mois.
{Affaires étrangères^ C**» de Tunis.)
DE LESSEPS AU C'^' DE LAFERRONNAYS.
1345. — Tunis, 1 0 février / 829, — L'Oukil d'Alger lui a fait de
nouvelles ouvertures, sur Tordre du Yekilhardji, principal ministre do
Dey de cette Régence.
«... Ce qui ne me paraît pas de très bon augure pour les dispositions
du Dey d'Alger, c'est que celui-ci réprimande de la manière la plus
outrageante le Bey de Tunis sur sa partialité très peu musulmane,
dit-il, en faveur des Français, puisqu'il accueille leurs vaisseaux et les
comble de prévenances. Il menace le Prince tunisien de se plaindre
au Grand Seigneur. Le Bey a répondu avec dignité et fermeté, en
disant entre autres choses qu'outre que les traités l'obligeaient à rece-
voir les Français, il y était encore porté par inclination, cette nation
étant sa plus ancienne et meilleure amie. J'ai remarqué cependant que
ses inquiétudes secrètes démentaient son attitude, et qu'il craignait
véritablement les suites du ressentiment de son inquiet et redoutable
voisin. » (Affaires étrangères, C de Tunis,)
DE LESSEPS AU C^ DE LAFERRONNAYS.
1346. — Tunis, 16 février 1 829. — Son fils Ferdinand de Lesseps,
qui est arrivé le 8, lui a remis les présents destinés au Bey. Il ne peut
dissimuler au Ministre que leur peu de valeur, et le petit nombre
d'articles qui les composent, l'ont placé dans un embarras d'autant
plus grand que deux favoris se disputent en ce moment le ministère
principal, l'un, le garde des sceaux (Sahib-Tapa), et l'autre, le Bach-
Mamelouk. {Affaires étrangères, (?•» de Tunis.)
DE LESSEPS AU C^* DE LAFERRONNAYS.
1347. — Tunis, 28 février i 829. — En l'absence de Duchenoud, il
a confié par intérim la chancellerie à son fils Ferdinand de Lesseps.
{Affaires étrangères, C'*' de Tunis.)
DE LESSEPS AU C^* DE LAFERRONNAYS.
1348. — Tunis, 3 mars 1 829. — M. Bineau, directeur des poudres et
[1829] AVEC LA COUR DE FRANCE 677
salpêtres de la Régence ^ parle de s^établir en même temps comme négo-
ciant français. « Le corps des négociants a été alarmé de ces bruits, et
m'a représenté les inconvénients majeurs qui résulteraient de cette
cumulation de privilèges tunisiens et français dans les mains d'un
homme entreprenant, et dont l'attachement aux intérêts nationaux
pourrait être contrarié par de puissants intérêts personnels. »
De Lesseps demande à ce sujet l'avis du Ministre.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
DB LESSEPS AU Ct« DE LAFERRONNAYS.
1349. — TuniSy 9 mars i 829, — Le Vice-Consul espagnol, Mi Alcala,
est arrivé èi Tunis, où il croyait trouver son Consul général M. Rizo V Le
ministre de la marine de la Régence, appuyé de courtisans, voulait le
faire arrêter, lui et tous les Espagnols, mais le Bey s'y est opposé en
disant : — « Non, cela ferait de la peine à mon ami le Consul de France,
et il ne mérite pas qu'on lui cause un désagrément. — »
De Lesseps a avancé des fonds à Alcala pour lui permettre de retour-
ner en Espagne. {Affaires étrangères^ C'*» de Tunis,)
LE C^^ DE LAFERRONNAYS AUX CONSULS GÉNÉRAUX DB TUNIS ET TRIPOLI.
1350. — Paris^ 17 mars i 829. — Il est informé que le nouveau
Consul général des Pays-Bas au Maroc a été admis au libre exercice
de ses fonctions sur la simple présentation de son prédécesseur et sans
avoir fait de donatives d*aucune espèce. Le Ministre pense que la France
a le droit d'imiter un pareil exemple. L'usage des présents n'ayant plus
de raison d'être, il le prie de lui faire savoir si quelque Puissance a
supprimé ou réduit les présents à la Régence de Tunis ou de Tripoli,
s'il convient d'imiter cet exemple, s'il y a des obstacles qui s'opposent
à ce que « nous commencions nous-mêmes à abandonner un pareil
usage ». {Affaires étrangères, C'*» de Tunis.)
DE LESSEPS AU C^ DB LAFERRONNAYS.
1351. — Tunis^ 4 avril i 829, — Le capitaine de frégate Du Petit-
Thouars', commandant le brick Le Voltigeur, est arrivé le 26 mars pour
se concerter avec de Lesseps au sujet de la pêche du corail. Celui-ci a
chargé son fils, Ferdinand de Lesseps, élève Vice-Consul, « qui est déjà
très bien vu par le Bey et par ses ministres et qui leur a inspiré quelque
1. Voy. p. 627.
2. Neveu du Ministre de la marine d'Espagne. Voy. la note i, p. 650. *
3. Abel-Aubert Du Petit-Thouars, mousse en 1804, aspirant en 1809, enseigne de
vaisseau en 1815, lieutenant en 1819, capitaine de frégate en 1824, en croisière
devant Alger sur La Provence du 26 mai au S août 1827, capitaine de vaisseau en
1834, contre-amiral en 1841, Préfet maritime àLorienten 1845, vice-amiral en 1846,>
membre du Ck>nseil de l'Amirauté en 1848, Député en 1849, membre de l'Académie
des sciences en 1855, retraité en 1858, décédé en 1864.
678 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1829]
confiance », de se rendre avec Raimberl, arrivé de Bizerte, chez le pre-
mier ministre Sahib-Tapa et chez le Bach-Kasak, premier maSlre
d'hôtel, qui dirige la pêche du corail en Tunisie... ' Ils ont conclu un
arrangement en vertu duquel les pécheurs ne payeront plus au Bey que
447 piastres; les droits sur le pain, la viande et les provisions seront
supprimés *. (Affaires étrangères, C^ de Tunis.)
DE LBSSBPS AU G^ DE LAPERRONIfAYS.
1362. — Tunis^ 14 avril 1S29. — «Le Bey prépare secrètement
l'armement des trois ou quatre bâtiments de guerre qui lui restent. Le
silence inconcevable du gouvernement espagnol et l'étrange apparition
d*un très jeune étourdi, le sieur Alcala, Vice-Consul d'Espagne, dont la
conduite, les discours, les mensonges et le dénûment tant à Marseille
qu'à Gènes et ici semblaient plutôt être Tapanage et l'annonce d'un
aventurier sans aveu que de l'agent d'un gouvernement qui se respecte,
ont singulièrement augmenté l'exaspération déjà très forte du Bey de
Tunis contre l'Espagne... » (Affaires étrangéi*es, C^' de Ttotw.)
DE LBSSEPS AU C^ DE LAFERRONNAYS.
1353. — Tiinis, iô avril iS29, — « Sir Thomas Read, agent et
Consul général de la Grande-Bretagne à Tunis, homme sans mesure
et sans esprit, a émis la prétention d'être reçu le premier chez le Bey
et d'avoir la préséance. Il se fonde sur l'article XY du traité de la Grande-
Bretagne avec Tunis et sur le protocole de Vienne, qui veut que les
agents diplomatiques d'une résidence plus ancienne dans le pays où
ils sont accrédités aient le pas sur ceux d'autres nations arrivés après
eux...
Ce qui a certainement excité le Consul anglais à vouloir changer cette
année pour la première fois l'ordre établi de temps immémorial, c'est
qu'il voit avec une jalousie qu'il témoigne par des actes puérils et
ridicules la position favorable dans laquelle je me suis placé auprès de
ce gouvernement, et la conflance qu'il me témoigne... »
(Affaires étrangères, C^ de Tunix,)
DE LESSEPS AU G^* DE LAFERRONNAYS.
1354. — Tunis j 1 7 avHl i 829, — «... Le retard et la modicité des
présents destinés au Bey à l'occasion de mon arrivée àTunis n'ont pas nui
à mes I dations avec la cour du Bardo. Mais les cadeaux sont en Orient
i. Voy. les instructions données par de Lesseps à Raimberl, agent consulaire à
Bizerte, enyoyé en mission k Tabarque, 10 mars 1829 (Affaires étrangères, C^ de
Tunis), — et les lettres de Raimberl & de Lesseps, 34 et 26 mare 1829 (Affaires étran-
gères, Mém, et Doc, Algérie, t. VII).
2. Voy. la lettre de Ferdinand de Lesseps à Mathieu de Lesseps, Consul général,
2 avril 1829, demandant à son père son approbation dans la première a/Taire
qu'il a mission de traiter. (Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
[1829] AVEC LA COUR DE FRANCE 679
d'un usage aussi sacré que le droit de l'hospitalité dont ils font partie.
L^absence de cette formalité est un manque de politesse... Ce qui serait
chez nous déshonorant, et regardé comme instrument et preuve de
corruption, est ici un titre d'honneur dont on se fait gloire. J*ai vu des
Gheiks arabes, bédouins et turcomans, chefs de puissantes tribus
nomades, m*apporter en présent chez moi quelques fruits ou autre chose
de très peu de valeur pour nous, et si, pour les éprouver, je feignais de
ne leur rien donner, je les entendais me dire les larmes aux yeux :
— Comment retournerons-nous dans nos tribus, si nous ne recevons
rien de vous; nous serons déshonorés; on dira que vous nous méprisez,
nous et les nôtres. — Alors un caftan de mauvais drap leur était donné;
ils Tétalaient avec soin et s'en paraient avec ostentation en disant :
C'est le Consul de France qui nous l'a offert; vous voyez que nous
sommes estimés par la plus puissante des nations chrétiennes — .
Ce qui fait le succès de certains Consuls en Orient, ce n'est pas tant
de connaître la langue que d'observer certaines coutumes, parties
essentielles et morales des mœurs orientales, observance qui seule les
identifie avec le peuple parmi lequel ils sont jetés, et qui modifie et
adoucit la nuance ineffaçable qu'a marquée la différence des cultes...
Ils entendent les gens s'écrier : — 11 connaît nos usages, il a mangé et
bu avec nous longtemps; il fait et accueille des présents; c'est un des
nôtres. — » (Affaires étrangères, C*'» de Tunis.)
DE LESSEPS AU C^^ DE LAFERRONNAYS.
1355. — 7'tims, ^7 avinl f 829. — « .... Le Grand Seigneur a envoyé
un Chaouch en cette Régence pour lui demander ses forces maritimes
disponibles. Le Bey n'est pas dans l'intention ni dans la possibilité de
mettre en mer ni de sacrifier ce faible reste de sa marine, mais il ne
peut s'empêcher d'avoir l'air d'accéder aux ordres de celui qu'il regarde,
dit-il, comme son souverain spirituel. Cet excellent Prince a ajouté :
— Je sais qu'on dit que je dirige cet armement contre l'Espagne; non.
Consul; j'ai trop de loyauté pour souffrir même que ce bruit se propage
et qu*il puisse être un épouvantail pour faire revenir l'Espagne à de
meilleurs sentiments. Quelle que soit la conduite de cette Puissance à
mon égard, quelques insinuations qui me soient faites, jamais je ne me
plaindrai seulement, tant que vous serez auprès de moi, par respect
pour l'Empereur de France et par égard pour vous. Je ne veux aucun
ennemi, aucune hostilité quelconque ^ — »
(Aff'aires étrangèi^es, C'' de Tunis.)
1. Le Chaouch était en outre chargé d'agir auprès du Dey d*Alger et de le décider
à satisfaire aux réclamatioDs de la France.
680 CORRESPONDANCE DBS BBYS ET DES CONSULS [i8ï»
DE LESSBPS AU C^« DE LAFERRORNAYS.
1356. — Tunis, 27 avril i 829. — Le Voltigeur, commaDdé par
M. Du Petit'Thouars, a capturé un bâtiment tunisien qui voulait entrera
B6ne. Comme le blocus de Bône n'avait jamais été signiûé au Bey, oo lai
a remis le bâtiment. Le Bey a promis de punir le reïs et pris ses mesures
pour que les Tunisiens ne dépassent pas Tabarque. Il a fait distribuer
des rafraîchissements à Téquipage du Voltigeur,
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
LE G^« DE LAFERRORNAYS A DE LESSEPS.
1357. — Paris, 4 mai / 829. — Il lui recommande l'entreprise de
MM. Pignatel frères, négociants de Lyon, qui vont créer un comptoir à
Tunis sous la direction de M. Beaumier.
(Affaires étrangères, C* de Tunis.)
LE C^ PORTAUS * A DE LESSEPS.
1358. — Paris, 15 mai i 829. — « M. Read ne saurait se foDder
comme il Ta fait, pour justifler sa prétention, sur le traité entre rAn-
gleterre et Tunis qui stipule un droit de préséance en faveur du Consul
britannique; car, bien auparavant, nos traités avec la Régence noua
ont assigné cette prérogative que l'usage a également consacrée; ils
nous ont d'ailleurs assuré le traitement de la nation la plus favorisée,
et quand bien même il en serait autrement, le titre dîploœatiqtte
dont vous êtes revêtu vous donnerait la préséance sur les autres God-
suls résidents à Tunis, y compris celui d'Angleterre, s'il n'avait pas
un caractère diplomatique égal au vôtre.
Cette dernière observation nous conduit à l'examen du règlement de
Vienne en ce qui touche la question actuelle, règlement que M. Read
parait invoquer en sa faveur, et qui a décidé que les employés diplo-
matiques de la môme classe prendraient rang entre eux d'après la date
de la notification officielle de leur arrivée. Ce règlement établit comme
vous savez trois classes d'envoyés diplomatiques : celle des ambassa-
deurs, légats ou nonces, celle des envoyés, ministres ou autres accré-
dités auprès des souverains, celle des chargés d'afifaires.
Le Congrès d'Aix-la-Chapelle, en 1818, a ajouté une quatrième classe,
intermédiaire entre les ministres plénipotentiaires et les chargés
d'affaires. Cette classe est celle des ministres résidents Il s agit
donc de savoir quel est le caractère diplomatique de M. Read. Si donc
M. Read venait à reproduire sa prétention, et si vous acquériez la
certitude qu'il a réellement un des caractères diplomatiques reconnus
par le règlement du 19 mars 1845, vous pourriez lui laisser prendre
1. Joseph-Marie comte Portails, garde des sceaux, pair de France, chargé du Minis-
tère des Affaires étrangères du 14 mai au 7 août 1829.
[1829] AVEC LA COUR DE FRANCE 681
rang avant vous, puisque sa résidence à Tunis est antérieure à la
vôtre. Mais aussi, s*il se trouvait à Tunis d'autres Consuls ayant le titre
de chargé d'affaires, vous devriez, pour éviter toute exception étran-
gère k Tesprit du règlement de Vienne, réclamer pour tous, et comme
devant servir désormais de règle générale, l'application de ce règle-
ment, qui a eu pour objet de substituer un droit d'égalité à des pré-
rogatives ou à des prétentions fertiles en embarras et en discussions.
Gomme cette concession, si elle devait avoir lieu, pourrait, dans un
pays tel que celui de Tunis, emporter aux yeux du gouvernement de
la Régence l'idée d'une déférence forcée de notre part envers l'Angle-
terre, vous auriez soin de prévenir de semblables impressions en expli-
quant au Bey et à ses ministres le règlement de Vienne, et l'esprit de
concorde et de conciliation dans lequel il a été fait par les Puissances
chrétiennes
Si M. Read n'a pas les titres voulus, vous feriez tous vos efforts pour
maintenir votre prérogative, et vous déclareriez au Bey que vous ne
pouvez en aucune manière y renoncer, et qu'il ne pourrait lui-même
montrer l'intention de vous en priver sans contrevenir aux traités et
sans encourir la responsabilité d'un pareil manque d'égards envers le
Roi et la France. » (Affav^es étrangères, C»-» de Tunis.)
DE LESSEPS AU G^^ PORTALIS.
1350. — Tunis, 22 mai 1 829. — Comptes des réparations faites
dans le Fondouk, à la chapelle, la chancellerie, la maison du Vice-
Consul, les galeries, etc. Les dépenses se sont élevées à 14,097 piastres ^
{Affaires étrangères^ C*'* de Tunis.)
DB LESSEPS AU C^® PORTALIS.
1360. — Tunis, 2 juin i 829. — M. Du Petit-Thouars, commandant
Le Voltigeur, a pris un bateau corailleur toscan péchant en fraude. Le
patron refusant de payer l'amende, deLesseps a fait vendre le bateau, et
cette vente a produit 223 p. f. qui ont été versées dans la caisse des
concessions d'Afrique. (Affaires étrangèi^es, C»"* de Tunis.)
DE LESSEPS AU C^'' PORTALIS.
1361. — Tunis, 27 juin i829. — Le Capidji-Bachi de la Porte est
revenu d'Alger. De Lesseps a eu une entrevue avec lui, à laquelle n'as-
sistaient que M. de Bourville, Vice-Consul % qui parle le turc, et les offi-
ciers du Consulat. L'officier turc a déclaré que les chefs du gouver-
1. Les quittances des ouvriers sont annexées à la dépêehe consulaire. L*état des
dépenses est signé de tous les chefs de maisons de commerce françaises à Tunis :
L. A. Chapelle, député, P. Pottier, F. Arnaud, J. H. Chapelié, François Ré, P. Gay,
J. Monge et Van Gaver.
2. Voy. la note 2, p. 675.
682 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i8â9j
nement algérien étaient des hommes grossiers et sans édacation...
— Que voulez-vous attendre, disait-il, de gens qui la veille sont save-
tiers et le lendemain sont élevés au pouvoir? — »
Le Gapidji n*a pas Tespoir que les choses puissent s'arranger. « L'em-
ploi de la force, ajoute le Consul de Lesaeps, est à mon avis le seul
moyen qui reste à la France pour obtenir satisfaction... »
(Affaires étrangères, C?*^ de Tunit.)
DE LBSSEPS AU C*« POBTAUS.
1362. — Tunu, iO juillet 1 829. — Nouveau différend du Consul
général avec Sir Thomas Read au sujet de la préséance. Il s'agirait de
savoir si le titre de Chargé d'affaires est supérieur ou seulement égal
à celui d'agent. Affairée étrangères, C^ de Tunù.)
DE LESSEPS AU C^* PORTALIS.
1363. — Tunts, i9 juillet 1829, — Atrocités commises par la
populace et la soldatesque d'Alger sur les cadavres de 25 marins fran-
çais qui ont péri au cap Matifoux. Le fanatisme se réveille à Tunis; on
dit partout que le Bey se laisse conduire comme le veulent les chré-
tiens, et que ceux-ci sont maîtres du pays. Le Bey de son côté est
tombé dans les excès les plus abrutissants et ne s'occupe plus d'affaires.
De Lesseps demande le retour de bâtiments de guerre à la station de
Tunis *. (Affaires étrangères, O*' de Tums,)
DB LBSSBPS AU P~ DE POLIGNAG *.
1364. — Tunis, 18 août i 829. — Le ministre du Pacha de Tripoli
est arrivé à Tunis, d'où il va se rendre à Londres pour s'expliquer sur
la mort du major Laing *. On l'accuse de s'être entendu avec Rousseau \
de lui avoir livré les papiers de Laing, et d*avoir voulu faire jouir la
France du fruit des découvertes de l'infortuné voyageur. De Lesseps a
repoussé cette infâme calomnie. Il a recueilli une relation de la mort
de Laing faite par un Marocain. « Un riche et bienfamé négociant maro-
cain, qui se trouvait à Tombouctou en même temps que le major
Laing, est venu à Tunis pour vendre ses esclaves et sa poudre d*or et
en est reparti aussitôt, voulant proGter de la caravane de Ghàdamès
pour retourner dans son pays... Il a fait ce récit à Sidi Mehemet
el-Haridchi, agent de l'Empereur du Maroc à Tunis, qui a été lui-même
1. Le Consul général de France à Tunis ayant renouvelé le li septembre sa
demande de croisière dans les eaux tunisiennes, le Ministre de la marine lui fit
répondre que « Tétat des armements destinés & Alger ne permettait pas d'en
détourner pour un service n'ofTrant aucun caractère d'urgence «.
2. Armand-Jules prince de Polignac, ambassadeur, pair de France, Ministre des
Affaires étrangères du 8 août 1829 au 28 juillet 1830.
3. Voy. la note 2, p. 686.
4. Voy. la note 1, p. 653, et plus loin la lettre du 10 décembre 1820.
[1829] AVEC LA COUR DE FRANCK 683
à Tombouctou et y a une maison, son oncle et quelques amis. » Suit le
récit du meurtre du major Laing. {Affaires étrangères, C»'» de Tunis.)
DE LBSSEPS AU PC® DE POLIGNAC
1365. — TuniSy 24 août 1829. — Il a été grossièrement insulté
par le Consul général d'Angleterre, parce qu'il a accordé la protection
française au sieur Carlo Moro, Tabarquin-Tunisien, ci-devant Vice-
Consul français et anglais à Sfax. Il demande énergiquement Tinterven-
tion du Ministère pour obtenir à Londres toutes les satisfactions aux-
quelles il a droit. {Affaires étrangères, C* de Tunis.)
LE P^ DE POLIGNAC A DE LESSBPS.
1366. — Paris^ 25 août i 829, — La supériorité du titre de Chargé
d'affaires sur celui d'agent est certaine. De Lesseps devra donc main-
tenir dans toute son étendue la priorité de rang que lui donne sur les
autres Consuls résidents à Tunis un titre diplomatique supérieur à celui
dont ils sont revêtus quant à présent. « Votre droit est incontestable
et vous n'avez par conséquent aucune concession à faire... »
{Affaires étrangères^ C*** de Tunis.)
DE LESSEPS AU P""* DE POLIGNAC.
1367. — Tttnw, 29 août i 829. — « Un incident singulier est venu
se joindre aux faits qui ont récemment signalé la haine du comte
Filippi, Consul général de Sardaigne à Tunis, contre la France; il
confirme les soupçons que j'avais depuis quelque temps sur le peu
de bonne foi des agents sardes, en ce qui regarde leur intervention
dans nos affaires avec Alger. Un chiffon de papier devant servir pour
papillotes est tombé entre les mains d'une Française, femme de
chambre de la comtesse Filippi, femme du Consul général de Sardaigne
à Tunis, et a été lu par elle. Il contenait à peu près en italien ces
mots écrits de la main du comte Filippi : — Mon cher, il faut que le
Dey d'Alger résiste aux insinuations et menaces de la France; qu'U ne
craigne rien; la Sardaigne le soutient, et, si des menaces jusqu'ici très
futiles étaient effectuées, qu'il résiste toujours, et dans le cas où le Dey
notre ami serait en danger, il pourrait compter sur l'appui de la Sar-
daigne, qui est maîtresse de la Méditerranée par sa navigation. —
Après que ce papier fut tombé entre les mains de la femme de
chambre, le comte Filippi vint l'arracher, en fureur, et sur sa réponse
négative à la question qu'il lui fit pour savoir si elle lisait l'italien, il
s'emporta avec la violence qui lui est propre contre la comtesse et sur-
tout contre son secrétaire intime qui, disait-il, laissait traîner des
papiers d'une telle importance. Le mari de cette femme de chambre,
maître d'hôtel lui-même de la maison du comte Filippi, est venu me
684 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [18^}
faire celte révélation, outré, dit-il, des propos infamants qu'il entendait
tenir tous les jours par son maître et ses officiers contre le gouverne-
ment et les agents du Roi de France. J'ai cru qu'il pouvait être utile
que cet avis, tel que je Tai reçu, fut communiqué au Ministère. »
(Affaires étrangères, C*** de Tunis.)
LE P«« DE POLIGNAC A DE LESSEPS.
1368. — Paris, 3 i août i 829. — Le Yice-Consul de Danemark étant
mort à Scio en 1822, sa veuve et sa fîUe subirent l'esclavage et furent
conduites à Tunis dans le harem du Bachi Mamelouk, où elles sont
assujetties au traitement le plus indigne et aux outrages les plus
cruels. De Lesseps est invité à faire les démarches nécessaires pour
obtenir la liberté des deux femmes dont il s'agit.
{Affaires étrangères, C*** de Tunis,)
DE LBSSEPS AU P"" DE POLIGNAC.
1369. — lunis^ 6 septembre i 829, — Il annonce l'arrivée du Cm-
rassier, commandé par M. de La Rouvraye *, qu'il a présenté au Bey.
Celui-ci a manifesté son indignation contre la conduite du Dey d* Alger
dans l'affaire de La Provence *. « On a enfreint, ce sont les propres
expressions du Bey, les lois musulmanes les plus sacrées. »
De Lesseps demande qu'on rétablisse une station à Tunis.
{Affaires étrangères, C*'* de Tunis.)
LE P«« DE POLIGNAC A DE LESSEPS.
1370. — Paris, i 9 septembre i 829. — Il l'autorise à accorder une
réduction sur la patente française aux pécheurs de corail obligés de
prendre la patente tunisienne.
« La question de savoir s'il nous convient de prendre à bail le privi-
lège de la pèche du corail sur les côtes de Tunis sera mûrement exa-
minée, aussitôt que l'état de nos rapports avec Alger nous permettra
de régler tout ce qui concerne l'organisation des concessions; mais en
attendant il est nécessaire que vous ne laissiez apercevoir au Bey
aucune disposition favorable à cet égard.... » On l'invite à maintenir
les droits de la France en ce qui concerne les limites des concessions
française et tunisienne. Les 7 corailleurs toscans arrêtés par La Marie-
Thérèse ont payé 600 piastres fortes, comme amende, au représen-
1. Charles-Louis-Viclor de la Rouvraye, mousse en 1799, aspirant en 1801, enseigne
de vaisseau en 1803, prisonnier de guerre chez les Anglais de 1806 à 18H, renvoyé
sur parole pour avoir sauvé sur mer un b&timent anglais sur lequel il était, lieute-
nant de vaisseau en 1811, auteur d'un ouvrage sur la tactique navale en 1815, capi-
taine de frégate en 1825, commandant le brick Le Cuirassier devant Alger en 1829,
seul officier supérieur ayant pris part à la guerre d*Alger depuis le commencement
jusqu'à la fin.
2. Voy. Correspondance des Deys cT Alger avec la Cour de France, t. II, p. 566.
[1829] AVEC LA COUR DE FRANCE 688
tant du Roi, qui fera verser la somme entre les mains du Consul de
Lesseps. (Affaires étrangères, C**' de Tunis,)
LE P«« DE P0LI6NAG A DE LESSEPS.
1371. — PariSf 26 septembre 1829. — En ce qui concerne son
différend avec le Consul anglais Read, « il n'y avait pas de motifs suffi-
sants pour risquer de porter atteinte à la bonne harmonie qui doit
exister entre les agents de deux gouvernements dont les derniers
traités ont encore affermi l'alliance... Je vous engage donc à faire tout
ce qui dépendra de vous pour que cette fâcheuse contestation n'ait
aucune suite, et à agir de la manière que vous jugerez la plus propre à
rétablir le bon accord qu'il importe de conserver entre les agents du
Roi et ceux des gouvernements étrangers *... »
(Affaires étrangères, C" de Tunis.)
DE LBSSEPS AU P*"* DE POLIGNAC
1372. — TuniSy 15 octobre 1 829. — « La désapprobation formelle
du gouvernement au sujet de ma conduite dans mon différend avec
Read a été le coup le plus accablant, au moment surtout où le Bey,
ses ministres, tous mes collègues, à l'exception d'un intéressé dans la
discussion, les habitants turcs, maures, juifs, européens et anglais
mêmes rendaient justice à ma modération dans les démêlés que m'a
suscités le Consul anglais... » De Lesseps explique très longuement
l'affaire Carlo Moro et la conduite de son collègue. 11 revient sur
l'affaire des papiers du major Laing, assassiné à Tombouctou. L'agent
du Maroc a entendu le récit de la mort de Laing de la bouche d'un
de ses compatriotes revenu de cette contrée.
{Affaires étrangères, C'** de Tunis,)
DE LESSEPS AU P^ DE POLIGNAC.
1373. — Tunis^ 2 novembre i 829. — « Une nouvelle conspiration
a menacé le gouvernement du Bey et les Francs.
Trois jours après le départ de ce Prince pour Hammam-Lif, le 18 du
mois dernier, notre curé * est venu me dire qu'un chrétien lui avait
confié sous le sceau du plus grand secret qu'il avait écouté, à une porte
de la taverne qu'il dirige, une conversation tenue entre quatre Turcs de
la milice, sur le complot formé par eux de massacrer et de piller tous
les Européens...
1. M. Roth, Chargé d'afTaires de France à Londres, fut prié par le Ministre de
parler de cette affaire à lord Aberden, et de faire en sorte que M. Read reçoive de
son gouvernement l'ordre d'avoir à l'avenir a plus de convenance et d'aménité dans
sa conduite ».
2. Le P. Alexandre de Massignano, Préfet de la Mission des Capucins. — Voy. Mé-
moires pour servir à Vhistoire de la Mission des Capucins en Tunisie, par le P. Anselme
des Arcs, déjà cité, p. i02, — et les Annales tunisiennes, de Rousseau, p. 387.
686 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [18^]
De Lesseps a prévenu le frère du Bey, qui fit faire un grand nombre
d'arrestations dans les casernes, et le complot avorta. On voulait ealever
le Bey, massacrer les Européens et les gens riches. Un Gheik marocain
devait fanatiser le peuple contre les chrétiens, en annonçant la prise de
Constantinople par les Russes et la fuite du Grand Seigneur. J'ai tout
lieu, ainsi que le Bey, de penser que le Yékil d'Alger n'est point étranger
à ce complot... Personne ne sait comment il a été découvert, et
Lesseps se gardera bien de dire que c'est lui, car le Consul anglais
n'hésiterait pas de le compromettre, s'il le pouvait, auprès des Turcs
de la garnison. Le Bey, au reste, et son frère me paraissent reconnais-
sants de l'avis que je leur ai donné... »
(Affaires étrangères, C'"* de TunitJ)
DE LESSSPS AU P'* DE POLIGNAG.
1374. — TuniSy 6 novembre / 8Jè9. — Il envoie l'état estimatif des
réparations qu*il est indispensable de faire au logement du Vice-
Consul, dressé avec Tassistance de Si Âli, maître naçon maure, et Fran-
çois Bogo, maître menuisier, soit au total une dépenee de 1,760 francs ^
(Affaires élrangèreSf C*** ^ Tunis,]
DE LESSEPS AU P*« DE POLiGNAC.
1375. — Tuni8y22 novembre i 829. — il a commencé ses démarches
auprès du Bey pour faire sortir du harem du Bach-Mamelouk la femme
et la fille du Vice-Consul du Danemark à Scio. Ce harem est celui de la
propre fille du Bey mariée à ce dignitaire. C'est une commission extrê-
mement délicate que celle dont il est chargé. Il y emploie un confideot
du Bey, ce qui lui donne l'espoir d'arriver à ses fins.
(Affaires étrangères, C'** de Tunis.)
DE LESSEPS AU V^ DE POLIGNAC
1376. — Tunis^ 10 décembre 1 S29. — Le hasard lui a fait rencon-
trer un maure de Ghadamès qui se trouvait à Tombouctou lors de la
mort du major Laing. Les informations données par ce Maure sont con-
signées dans le procès-verbal ci-joînt *. (Extrait des minutes de la Chan-
cellerie du Consulat général de France à Tunis.)
(Affaires étrangères^ C** de Tunis.)
1. 1/état est signé de tous les négociants français : MM. Chapelié, Fr^ Arnaud.
François Ré, Beaussier, Joseph Ventre, Van Gaver, député, P. Pottier, P. Gay.
Bineau, Beaumier, Jean Monge et J.-M. Rivalz.
2. « Aujourd'hui, 5 décembre 1839, a été introduit dans le cabinet de M. le Con-
sul générai de France à Tunis le nommé El-Hadj-Mohammed-ben-Abdulhamid, riche
négociant ghadamésien parti de Tombouctou il y a onze mois et arrivé à Tunis
depuis vingt-huit jours... qui nous a fait la déclaration suivante en présence des
sieurs Ël-Uadj-Mehemet-el-Haridchi, agent de Maroc à Tunis, et Gregorio Dernool^s.
négociant espagnol... 11 a raconté le voyage du major Laing de Tripoli à travers le
pays des Touaregs, à Tombouctou. Une fois à Tombouctou, Laing ne voulut pas
partir, malgré l'ordre du sultan des Fellahs, Elfah-Ahmed-Debleo, maître actuel de
[1830] AVEC LA COUR DE FRANCE 687
DE LESSBPS AU P«* DE POLIGNAG.
1377. — Tunis, 5 mars i 830. — Le local actuel de la chapelle consu-
laire est devenu insuffisant pour les Français et leurs familles. 11 se joint
à ceux-ci beaucoup de catholiques étrangers dont les Consuls ou sont
d*un rite différent ou n*ont point chez eux de lieu consacré à Texercice
d'un culte. De Lesseps demandeyen eonséqoeitcey une installation plus
vaste, la chapelle actuelle occupant une simple chambre du Fondouk,
et joint à sa requête un état estimatif d'une nouvelle chapelle, mon-
tant à 7,032 fr. 43.* (Affaires étrangères, O*' de Tunis,)
DE LESSEPS AU P^« DE POLIGNAG.
1378. — Tunis, 19 mars 1830. — « D'après des avis auxquels je
dois ajouter foi, le Pacha de Tripoli a reçu un Ghaouch de Méhémet-
Ali-Pacha, qui lui notifie que le gouvernement de cette Régence lui est
conféré par la Porte, et qu'il ait à lui en remettre les rênes; en outre,
il a eu l'avis qu'une armée doit se mettre en marche, après le Ramadan,
pour prendre possession de la Régence. Yousef, Pacha de Tripoli, paraît
résolu à se défendre et à envoyer des troupes, de l'artillerie et des
munitions à Bengazi. A Tripoli, où la nouvelle est répandue, plusieurs
Européens qui y sont établis font leurs préparatifs de départ.
Un autre Ghaouch du vice-roi d'Egypte est arrivé à Sfax, et quoi-
qu'on dise qu'il ne doive être que demain à Tunis, je sais positivement
que l'on connaît, au Bardo, la nature de sa mission, qui est la même
pour Tunis que celle de Tripoli. La consternation est extrême au
Bardo, et on la cache avec soin ; Sidi-Hossein ne sait encore quel parti
prendre. La population mécontente désire un changement, mais la
population n'a aucune force. La résistance sera de la part des troupes
qui ont tout à perdre. Une des personnes les plus considérables de
cette Régence, le ministre de la marine, m'a demandé très confidentiel-
lement s'il pourrait obtenir un asile à bord des bâtiments du Roi qui
seraient ici, lors du mouvement; je garde ces détails pour moi seul, de
crainte de répandre l'alarme, mais j'ai expédié un brick du Roi, Le Cui-
rassier, auprès du commandant de la croisière devant Alger, pour le
Tombouctou, qui a ordonné à son lieutenant-gouverneur défaire partir ce chrétien,
un espion probablement, mais biUaman, avec sùretét comme il était venu.
Le déclarant conjura en vain le major Laing de sortir de Tombouctou, qui n'était
point sous la juridiction du Pacha de Tripoli : — Voua êtes sur une terre étrangère;
prenez de ce sable, sentez-le, et vous verrez que ce n'est point là la terre de Tripoli. —
Laing fut assassiné à deux journées de marche de Tombouctou par le chef de la
tribu des Berebichs; ses papiers furent jetés au vent du désert. Le déclarant
afnrme sous serment qu'il n'avait pas connaissance que des effets ou des papiers
de Laing aient été portés à Tripoli... » Signé : Duchenoud, chancelier-interprète.
1. Suivent les mêmes signatures des négociants français.
688 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1830]
prier de nous envoyer uq ou deux bâtiments sous ses ordres. J'ai déjà
été pressenti indirectement sur le parti que prendrait le gouvernement
du Roi, mon maître, si le Bey de Tunis se mettait à sa discrétion et sous
sa protection. » {Affaires itrangèreê, Mém. et Doc. Algérie, L V, f* i8.)
DE LESSEPS AU P** DE POLIGNAC
1379. — Tunis, .20 mars 1 850, — « Hier dans le conseil secret du
Bey, où régnait la plus grande consternation, a été agitée la question
de renvoi d*un officier tunisien à Paris, pour implorer la protection du
Roi et représenter à Sa Majesté la légitimité du droit de cette ancienne
famille; mais au même moment s'est présenté au Bardo le Consul
anglais avec le commandant de la frégate anglaise Le Piloms, arrivée la
veille; ils ont été enfermés pendant une heure avec le premier ministre
et ensuite conduits au Bey, qui les a reçus avec des honneurs extraor-
dinaires. Je n*ai encore su autre chose, sinon que beaucoup de protes-
tations réciproques ont été faites ; qu'à Faudience, il n'a plus été ques-
tion de me faire demander, et que les figures étaient beaucoup plus
riantes. J*ai cru devoir faire part à Votre Excellence de cet incident et
de renvoi subit à Alger, par le Consul anglais, d'un courrier qui a
ordre, moyennant une forte récompense, de retourner ici avec la plus
grande diligence. »
{Aff'aires étrangères, Mém. et Doc. Algérie, t, V, /* i8,)
LE Pf« DE POLIGNAC A DE LESSEPS.
1380. — Paris, 22 mars i 830, — « Cette lettre vous sera remise
par M. Gérardin, officier d'état-major', que le Ministre de la guerre
1. Gérardin avait été auparavant employé au Sénégal, dans plusieurs explorations
à l'intérieur de ce pays. On l'envoya à Tunis avec le grade de colonel et de secré-
taire-interprète, • pour favoriser par ses négociations et ses démarches l'expédi-
tion contre Alger •. Il s'agissait surtout de recueillir des renseignements sur Alger,
ses forces, les dispositions de ses habitants, et de nous ménager, en vue du pro-
chain siège, des intelligences dans la place.
Rapport de M. Gérardin au comte de Bourmont. — Tunis, Î8 août 4830. — ■ L'hé-
sitation de certains chefs de cette partie de l'Afrique à imprimer à leurs relations
poliliques la direction que semblaient réclamer ces graves conjonctures, a été cause
du retard que notre mission a subie au début... D'après les informations que nous
avons recueillies, on peut admettre comme un fait 1res probable qu'Hussein, Dey
d'Alger, compte assez sur les forces qu'il possède pour la défense de la ville d'Alger,
et qu'il ne fait appel au concours des Beys et des Chefs Maures de la Régence que
dans le but de harceler l'armée française. Parmi ces Princes Maures les plus puis-
sants, on nomme Sedou Reba, chef des Kabyles, avec lequel nous avons cherché à
nous mettre en rapport. Voici les moyens que M. de Lesseps et moi avons adoptés
pour le succès de cette entreprise... La neutralité de ce chef est d'autant plus pré-
cieuse h. obtenir qu'on estime à 50,000 hommes le nombre des soldats qu'il peut
lever, et qu'il est le maître du défilé appelé les Portes de fer, par lequel il inter-
cepterait facilement nos convois de vivres...
Quant au Bey de Constanline, nous profilerons de la mésintelligence dans laquelle
il continue d'être avec le Dey d'Alger, pour l'engager à ne pas s'abandonner à un
zèle qui ne serait payé que de mépris et de dangers. M. Raimbert nous a facilité
[1830J AVEC LA COUR DE FRANGE 689
envoie à Tunis avec une mission relative à Texpédition contre Alger.
Il est accompagné d'un autre agent qui fait aussi partie de cette mis-
sion *. Je vous invite à donner à M. Gérardin tout Fappui et toutes les
cette négociation qui doit être prompte, si nous voulons qu'elle soit fructueuse, en
nous mettant en rapport avec le Vékil d'Alger, qui promet d'envoyer son flls à
Conslantine pour faire goûter au Bey nos premières propositions. Par ce service
seul, M. Raimbert a déjà mérité les bontés de Votre Excellence... Enfin il a été
décidé que les Zouaves étant la nation des Maures dont les troupes sont les plus
nombreuses près des diverses Régences, nous enverrions des émissaires dans leurs
camps, soit pour gagner les chefs les plus influents, soit pour répandre des procla-
mations propres à afTaiblir le zèle que les Zouaves témoignent contre les ennemis
du Coran...
Je termine cette lettre en rendant à M. de Lesseps le juste tribut de louange et
d'admiration que méritent ses talents et ses vertus. Le noble usage qu'il fait des
uns et des autres nous facilite tellement la mission que vous nous avez confiée que
nous manquerions aux devoirs les plus sacrés de l'honneur, si nous négligions d'in-
former Votre Excellence des sages conseils et de la puissante coopération dont il
nous aide pour assurer à nos armes le glorieux triomphe qu'elles sont à la veille
de remporter sur celles du tyran...
Notre armement produit l'influence la plus salutaire sur toutes les Régences...
Les Consuls étrangers voient avec jalousie le degré croissant de notre prépon-
dérance et par suite les avantages qui peuvent en résulter pour notre commerce...
Pour faire parvenir des proclamations dans la ville d'Alger, nous emploierons un
stratagème d'un eflfet immanquable. Il consiste à envoyer aux principaux négociants
de cette ville de petites caisses contenant des échantillons de marchandises, parmi
lesquels on insérera un certain nombre de proclamations sous enveloppe à l'adresse
de quelques notabilités d'Alger... Si nos propositions sont acceptées par le Bey de
Constantine, il sera facile d'opérer dans ce gouvernement plusieurs chargements
de vivres... L'agitation des esprits est à son comble dans Alger depuis que les Euro-
péens l'ont quittée. Malgré leurs protestations, les Consuls ne tarderont pas à s'em-
barquer quand l'époque des hostilités sera plus rapprochée... On assure qu'on doit
rassembler plus de 3,000 chameaux destinés à être chassés vivement sur la plage
au moment où les Français y débarqueront, pour que ces animaux les repoussent
ou les foulent aux pieds. On prétend aussi que les habitants d'Alger livreront les
Turcs k l'armée française, si on leur garantit la jouissance de leur religion... »
{Affaires étrangères^ Mém. et Doc. Algérie^ t. F, /* 242.)
{. Louis-Philibert Brun d'Aubignosc, ancien officier de cavalerie passé dans l'ar-
tillerie de marine, administrateur à l'armée d'Italie, employé à l'armée d'Egypte,
prisonnier des Turcs, commissaire-administrateur des domaines, des forêts et de
la contribution foncière en Russie en 1808, directeur général de la police à Hambourg
vers la fin de l'Empire.
Rapport de cTAubignosc au prince de Polignac. — A bord de la coi^ette du Roi
La Bayonnaise, 30 avril 1830. — « ... La corvette du Roi La Bayonnaise a mouillé
dans la rade de Tunis le 20 du courant. La corvette a appareillé le 27, pour retour-
ner & Toulon. C'est donc des travaux de cinq jours pleins que j'ai l'honneur de
rendre compte à Votre Excellence.
Ce court intervalle a produit d'utiles résultats, que je vais successivement expo-
ser en les classant sous trois titres : Politique, Economie et Stratégie.
Politique. — Le 22 avril, tout était en alarme à la résidence du Bey de Tunis. Trois
Chaouchs envoyés parle Pacha de Tripoli venaient lui apporter l'avis que Méhémet,
Vice-Roi d'Egypte, faisait marcher contre lui des forces qui avaient ordre de se di-
riger sur Tunis, après l'occupation de sa capitale, un Orman du Sultan ayant pro-
noncé la réunion des deux Régences au Gouvernement de Méhémet. Le Pacha de
Tripoli demandait à la cour de Tunis des secours en hommes et en argent pour
résister à l'ennemi commun. La pénurie du trésor du Bey de Tunis fut le prétexte
plus que la cause d'un refus formel. Trois jours avant, le capitaine d'une corvette
anglaise, arrivée la veille, avait été conduit à l'audience du Bey par le Consul de
sa nation. Leur conférence, longue et secrète, avait été suivie d'honneurs extraor-
44
690 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1830]
dinaires rendus au capitaine anglais; il parait que, par son organe, le Cabinet de
Londres promettait appui et protection. Cette conjoncture détermina M. de Lessep»
à présenter le 22, à l'audience, l'état-major et les passagers de La Bayonnaise, et à
rendre plus solennelle par leur présence la déclaration qu'il (it des sentiments non
équivoques de bienveillance du Roi de France en faveur du fiey. Cette assurance
fut reçue avec joie et gratitude.
Le Bey résiste aux intrigues des Anglais. Elles ne sont que trop réelles. Si elles
ne tendent point à porter ce Prince à secourir Alger ou à contrarier rexpédition,
elles ont au moins pour bdt de Tempécher de la favoriser.
D'une manière quelconque, leur tactique évidente est celle-ci : S'ils parlent à de^
indigènes, Alger, disent-ils, est imprenable; les Français échoueront. S'ils s'adres-
sent à nous : rien de si aisé que de réduire cette place.
Le Bey met sa confiance dans la France. Une lettre assez fraîche de date et très
menaçante du Dey d'Alger lui faisait entrevoir une attaque prochaine et une exter-
mination complète. L'armement de Toulon a pu seul détourner le coup. Ce Prince
verra donc avec plaisir l'abaissement et mieux encore l'anéantissement de cet en-
nemi. 11 autorisera tacitement l'envoi de provisions et fermera les yeux sur toute
négociation ouverte avec ses sujets dans l'intérêt de lexpédition. il ne demande
que des ménagements de nature à écarter tout soupçon de connivence avec les
chrétiens. Ce désir est raisonnable et raisonné de sa part. Il lui importe, en géné-
ral, de ne point paraître faire cause commune avec les ennemis de l'Islamisme, et
en particulier de prévenir tout prétexte de révolte dans sn garde, dont une partie,
tirée d'une tribu arabe du nom de Zouaves, est soupçonnée de nourrir le projet de
le déposer. Les Zouaves fournissent des soldats aux deux Régences, ainsi qu'au
Pacha de Tripoli. Le Bey de Tunis en entretient 8,000 à sa solde... Il éprouve de
grands besoins d'argent. Trois mauvaises récoltes succefisives, l'interruption des
affaires maritimes par TefTet du blocus d'Alger, et une sécheresse qui dure depuis
plusieurs mois, ont réduit ces peuples à une détresse qui nuit à la perception
des impôts. Des Tourniturcs en nature avec la certitude du payement au comptant
seront de son goût; il ne les fera pas directement, mais il s'y intéressent, et
peut-être sera-t-il l'unique bailleur. C'est M. Van Gaver, négociant français établi à
Tunis, commandité par l'ancienne maison Roux frères, de Marseille, qui paraîtra
pour le compte du Bey dont il fait les afTaires. Il a déjà obtenu l'assentiment du
Bey et de ses ministres; il n'attend plus que les ordres de M. de Lesseps pour
expédier les objets qui seront demandés. Les prix cotés par lui en regard de chaque
espèce d'objets pourront servir de terme de comparaison, pour Gxer l'opinion sur
l'opportunité de traités passés à Tunis par l'administration militaire ou par M. Sel-
lières, commissionnaire de l'armée. Je ne terminerai point l'article Tunis sans prier
Votre Excellence d'apprécier la convenance d'une lottre de Fa main au Pacha-Bey
de cette résidence. M. de Lesseps la désire vivement. Si Votre Excellence lui conGr-
mait qu'on n'a aucun projet hostile contre lui, que tous les préparatifs sont exclu-
sivement dirigés contre le Dey d'Alger, qu'on est loin de confondre avec ce chef
temporaire et chancelant sur son trône un Prince qui règne par droit de naissance
et qui succède & une longue suite d'aïeux; si enfin vous lui promettiez l'appui du
Roi de France contre quiconque chercherait à troubler la paix de ses États, je
pense que vous vous assureriez un allié précieux dans les circonstances présentes...
Le 24 avril, M. de Lesseps m'a procuré une entrevue confidentielle avec l'agent
du Maroc à Tunis... Ce Marocain a affaibli sa position diplomatique en se rendant
fermier d'un revenu public qui le soumet corps et biens à la juridiction du Bey...
Nous lui donnâmes à lire la proclamation de Votre Excellence. Il fit alors très judi-
cieusement observer que si cette pièce était connue dans Tunis, elle paraîtrait
adressée aux habitants et pourrait produire une émeute. M. de Lesseps s'empressa
de lui répondre qu'elle n'était destinée que pour le royaume d'Alger, et qu'il avait
eu l'attention de la communiquer orficiellement au Cabinet du Pacha-Bey... Nous
convînmes avec lui qu'on organiserait un service de correspondance par terre entre
Tunis et l'armée française, à l'instar de celui qui fut réglé par ses soins et pour le
compte du Bey, à l'époque de la dernière guerre entre ce Prince et Alger. Des
Marocains vêtus en pèlerins mendiants, courbés et appuyés sur leur bâton, se met-
taient périodiquement en route et portaient à Alger et aux chefs de tribus ennemies
du Dey la correspondance du Bey.
[1830] AVEC LA COUR DE FRANCE 691
La neutralité; à plus forte raison l'alliance du Bey de Gonstantine seraient d*an
grand poids. Il commande à toutes les tribus soumises de Test du royaume. Quand
il est appelé par le Dey pour une cause importante, il ramasse pendant sa marche
tout ce qui est susceptible de porter les armes, et peut paraître dans les plaines
d'Alger & la tête de plus de 60,000 hommes. Son inertie paralyserait tout ce qui ne
marche qu'à sa suite.
Il existe à Tunis un agent chargé des affaires du Dey d'Alger. Cet homme est
intimement lié avec le Bey de Gonstantine, dont la proposition Ta porté à cet emploi.
Mais il redoute la surveillance d'un Maure d'Alger, établi à Tunis et jouissant en
raison de sa grande fortune d'un crédit certain auprès du Bey. M. Raimbert, dès
son arrivée, a vu cet agent, son ami depuis trente ans, et l'a déterminé à une con-
férence en maison tierce où il a promis de se rendre très secrètement. Je devais
m'y trouver avec Messieurs de Lesseps et Gérardin. Au moment indiqué pour la
réunion, il fit dire qu'il ne pouvait surmonter la crainte des dangers que lui ferait
courir cette démarche, si elle était sue. Il avait d'ailleurs affaire à. la cour, où il était
appelé. Mais on nous garantit et l'on m'autorisa à affirmer à Votre Excellence qu'il
était gagné à la France et qu'il se ferait fort d'attirer le Bey de Gonstantine dans
son parti, ou tout au moins de l'engagera refuser d'obéir aux ordres de la Régence.
Le Chargé d'affaires d'Alger a été séduit par les termes de la proclamation. Il a fait
partir, le 26 avril, son propre fils pour en porter un exemplaire au Bey de Gonstan-
tine. M. Raimbert, avant son embarquement, Tarevu et l'a laissé dans les meilleures
intentions. Il a même consenti k se rencontrer avec Messieurs de Lesseps et Génar-
din, quelques jours après notre départ.
Les négociations avec le Bey de Gonstantine constituant la partie la plus essen-
tielle de la mission de M. Gérardin, et ne pouvant que dans un assez long espace
de temps aboutir à quelques résultats, je ne m'en suis plus occupé, mais de ce côté
le succès se présente sous l'aspect le plus favorable...
Après avoir parcouru cette première série de faits et de conférences auxquels j'ai
pris part, je crois compléter l'ensemble des renseignements politiques qu'il m'a été
possible de recueillir pendant un séjour de 120 heures à Tunis, en donnant ici les
réponses de M. le Chargé d'affaires de France aux questions politiques que j'avais
rédigées. M. de Lesseps, fort de son expérience et d'un séjour de 40 ans au milieu
des cours et des populations musulmanes, n'a voulu s'en rapporter qu'à lui-même
pour remplir cette tâche. C'est toujours chez lui le même zèle et la même chaleur
pour le service.
Il est regrettable que l'envoi des proclamations à M. de Lesseps ait été réduit à
200 exemplaires; il serait essentiel, il est indispensable de lui en adresser encore 500.
C'est sur l'est d'Alger, en communication plus active avec Tunis, que ce document
doit agir. Le texte renferme plusieurs fautes typographiques qui en altèrent le sens,
on a rectifié dans les exemplaires expédiés de Tunis. Je tenais beaucoup à une
publication auxiliaire plus simple et plus concise en arabe vulgaire. J'ai trouvé de
l'opposition. Je n'en persisterai pas moins à soumettre & Votre Excellence mes
idées à ce sujet. M. Raimbert les partage.
M. de Lesseps vient d'envoyer à Tabarque un de ses fils, très entendu dans la
langue et dans la connaissance du pays qu'il a parcouru très avant dans les terres.
De ce point, les proclamations pénétreront dans l'intérieur avec facilité. Le séjour
qu'y fera cet agent aura d'autres grands avantages...
Le Bey de Tunis a un frère qui est renommé juste et sage. Il se nomme Sidi
Mustapha. Il parle français et manifeste en tous temps une prédilection marquée
pour notre nation. La considération dont il jouit auprès des Arabes et surtout des
belliqueux Zouaves est prodigieuse. Ce Prince commande en ce moment les troupes
qui parcourent le pays pour la levée des impôts; je n'ai pu le voir. M. de Lesseps
m'a particulièrement recommandé de le signaler à Votre Excellence, comme un
homme sur lequel on pouvait faire le plus de fond, si quelque combinaison terri-
toriale exigeait qu'un naturel fiH investi de la puissance.
Je termine cette première section de mon rapport, en résumant les opinions les
plus accréditées sur la manière dont est vue l'expédition placée sous votre com-
mandement.
L'impression de la tyrannie du joug algérien est la même sur tous les esprits.
Le Bey et la cour d'Alger ont tout à redouter de ce dangereux voisin. La cour du
692 GORRESPONDÀNGE DES BEYS ET DES CONSULS [1830]
facilités qui seront en votre pouvoir pour Taider à remplir les instruc-
tions du gouvernement du Roi; il est autorisé à vous en donner une
communication confidentielle. »
{Affaires élrangèt^s, Mém, et Doc. Algérie, t. V, f 37.)
DB LBSSEPS AU P«* DE POLIGNAC.
1381. — Tunis, 26 mars i 830. — « ... Depuis mon dernier rapport,
les inquiétudes du Bardo sont bien calmées; tout me prouve que les
Maroc n'est jamais rassurée sur ses entreprises. II fait trembler le Bey de Constan-
tine et tous les autres chefs soumis à son action directe. Les peuples, tant ceux qui
habitent sa capitale que ceux qui habitent dans les provinces, sont en proie aux
plus dures exactions... La On d'un tel état de gêne et de misères ne peut qu'être
désirée par tous. Il y a cependant nn correctif à des vœux si unanimes : c'est l'inté-
rêt de la religion. Si chacun désire l'expulsion des tyrans, le plus grand nombre
frémit à l'idée de les voir remplacer par des infidèles. La perspective d'un gouver-
nement plus doux est un palliatif incomplet sur une blessure qui atteindra les
dévots jusqu'au cœur. C'est à concilier deux sentiments si différents, celui qui fait
soupirer après la vengeance et celui qui en fait redouter les suites, qu'il faudra s'étu-
dier. Cette tâche n'est point au-dessus des hautes lumières de Votre Excellence.
Un biais qui, sans rien préjuger, laissera toute la latitude aux vues ultérieures
du gouvernement du Roi, sera de combiner l'administration provisoire du pays, au
moment de la conquête, de manière à conserver au milieu des mesures réclamées
par nos usages le plus possible des coutumes locales.
Économie. — M. Van Gaver, un Français éclairé que j'ai déjà nommé, jouit de la
confiance du Bey et de celle de ses ministres; il opère presque toujours pour leur
compte. M. Scliières ne pourrait avoir un meilleur agent à Tunis. 11 serait cau-
tionné par Messieurs Roux frères, de Marseille, dont il est commandité. Ce négo-
ciant a été appelé par M. de Lesseps à deux de nos conférences. Je l'ai vu ensuite
en particulier. C'est lui qui a rédigé la note de ce que le pays peut fournir et les
prix auxquels chaque article reviendrait, rendu à Alger. Ce tableau pourra servir
de régulateur à l'administration militaire. Il faut observer que ces prix sont relatifs
à des expéditions d'urgence; plus tard, lorsque l'on opérerait avec calme et en pre-
nant le temps nécessaire, on obtiendrait des modifications sensibles. Je dois appe-
ler votre attention sur le sel. Il paraît que le blocus a nui aux arrivages, et qu'il
coûte quatre fois plus cher à Alger qu'à Tunis. On devra s'en pourvoir à Toulon.
M. Van Gaver est en mesure d'en fournir abondamment. Les navires seront prêts
à partir de La Goule tle, poste avancé de Tunis, au premier signal que vous en don-
nerez. La viande et les légumes frais pourront être expédiés avec la même rapidité.
Il faudra quelques jours de plus pour l'envoi des chevaux, mulets et chameaux.
Dans tous les cas, le point essentiel, c'est qu'un crédit soit ouvert par l'État au
Consul général ou à M. Van Gaver par le Commissionnaire de l'armée. Le comptant
est l'agent qui lève tous les obstacles. Son elTet sur les ministres du Bey est remar^
quable. J'ai déjà eu l'honneur de faire connaître à Votre Excellence que le Bey se
prêterait à autoriser toute espèce d'achat dans ses États, et à devenir lui-même
fournisseur, pourvu que sa coopération reste secrète...
Stratégie. — Des renseignements sur ce point sont consignés dans l'annexe ci-
jointe; ils ont été fournis par M. Raimbertetpar moi. J'ai laisse à Tunis, à M. Bineau,
cet ex-éléve de l'Kcole polytechnique et ex-commissaire des poudres en France,
chargé aujourd'hui des fabrications du Bey, une note renfermant quelques demandes
de renseignements stratégiques. 11 m'enverra les réponses au lazaret de Toulon
par le premier bâtiment qui fera voile pour les côtes de France...
Un capitaine génois, ami et partisan de la France, a fait connaître à M. de Lesseps
que le château de l'Empereur à Alger n'avait qu'une faible garnison et peu d'artil-
lerie... Les Algériens, dit-on, l'ont miné et conlreminé. Ce récit ne repose que sur
la foi de cet homme; il mérite cependant quelque attention... •
(Aff. étr., Mém. et Doc. Alger, L F, f. 249.)
{1830] AVEC LA COUR DE FRANCE 693
assurances et les promesses du Consul d*Angleterre et du commandant
de la corvette anglaise Le Pilorus y ont beaucoup sinon totalement
contribué. Après le départ de ce bâtiment, a paru dans la rade de
Tunis, sans y mouiller, le brick L'Infernal, dont le commandant est
descendu sur le môle de La Goulette, où il a eu une entrevue avec le
Consul d'Angleterre, après laquelle le brick mit à la voile, et ensuite le
Consul anglais alla s'enfermer pendant une demi-heure avec le premier
ministre du Bey. M. Read m'a dit à moi-même : — Que veut faire de ce
côté-ci Méhémet-Ali-Pacha? (mais avec un ton menaçant) Nous verrons
s'il osera venir. — Ses discours à d'autres personnes sont encore beau-
coup plus forts, mais non entendus par moi ; ils donnent lieu de croire
que son gouvernement s'opposera au projet qu'on suppose être conçu
par ce vice-roi ; qu'il a eu ordre de dissiper les inquiétudes du Bey à
cet égard, et même de prendre toutes les mesures pour s'y opposer.
Quant à. moi, dans toutes les questions qui me sont faites par ce
gouvernement, je me retranche sur mon ignorance absolue et sur la
privation où je suis de lettres du Département; j'évite même soigneu-
sement toute conversation politique et je me renferme dans la stricte
réserve que l'on me commande. On a fait répandre le bruit, qui actuelle-
ment est très accrédité au Bardo et en ville, que le Chaouch de Méhémet-
Ali, dont j'ai entretenu déjà Votre Excellence, soldat algérien, impos-
teur, qui n'a apporté aucune lettre et qui ne s'était dit envoyé que
pour gagner l'entretien et les avantages accordés à ces officiers, a
avoué son subterfuge, à son arrivée ici, et que le Bey toujours indul-
gent a borné sa punition à son renvoi de sa présence. Ce qui est cer-
tain, c'est que trois députés du Pacha de Tripoli sont arrivés ici, se
sont présentés au Bey de la part du Pacha de cette Régence, l'ont
entretenu des projets hostiles de celui d'Egypte contre son gouverne-
ment et probablement contre celui de Tunis, du dessein qu'il a de
résister de tous ses moyens à cet effet, enfin du besoin qu'il aurait du
secours du Bey, en argent seulement, dans l'intérêt de la cause com-
mune. On ne sait quelle réponse fera le Bey, mais la pénurie du trésor,
autant que sa politique, ne lui permettront sans doute que de colorer
du vernis le plus poli son refus réel.
D'autres personnes de l'intérieur du Bardo, bien informées, m'ont
rapporté que les lettres apportées par le Chaouch demandaient au Bey
quinze millions, qui forment la portion due par Tunis pour le contin-
rent de quarante millions auxquels sont taxées les trois Régences dans
la contribution de guerre que le Grand Seigneur doit à la Russie. »
{Affaires étrangères^ Mém. et Doc. Algérie, I. K, f* SU.)
694 GORRËSPONDANGE DES BEYS ET DES CONSULS [1830]
DE LESSEPS AU P«* DE POLIGNAG.
1382. — Tunis, 3 i mars i 830. — Il évalue les importations à Tunis
pendant Tannée 1829 à 8,078,392 francs;
les exportations à . . 4,807,366 —
En ce qui concerne le commerce de la France, l'importation
est de 2,790,308 francs,
et l'exportation de 308,900 —
Les récoltes paraissent devoir être mauvaises; le pays est dépourvu
de numéraire; la fabrication des bonnets de Tunis diminue. Les négo-
ciants français et européens sont trop nombreux et se font une con-
currence ruineuse. (Affaires étrangères, C^ de Tunis.)
LB PC<^ DE POLIGNAC A DE LESSEPS.
1383. — Paris, 2 avnl i 830, — Le Ministre lui annonce rallocalion
d'une somme de 1,420 fr. pour les réparations estimées nécessaires au
logement de son Vice-Consul. « En ce qui concerne la demande d'une
somme de 7,032 fr. à imputer sur le produit du droit de 2 7^, pour
l'acquittement des dépenses que la translation de la chapelle doit cau-
ser, il ne sera possible de prendre les ordres du Roi que lors de la fixa-
tion du budget de l'année prochaine. »
(Affaires étrangères, C" de Tunis.)
LE Pc« DE POLIGNAC A DE LESSEPS.
1384. — Paris, 13 avril i 830. — « Des avis qui nous sont parvenus
de différents points semblent indiquer que l'annonce de rexpédidon
qui doit incessamment sortir du port de Toulon a répandu de l'in-
quiétude sur tout le littoral de l'Afrique...
L'expédition qui se prépare à Toulon est dirigée contre le Dey
d'Alger. Les autres États mahométans de la côte d'Afrique n'y sont
point intéressés, et leur rôle dans ces circonstances doit se bornera
une parfaite neutralité. S'ils avaient l'imprudence de s'écarter de cette
ligne et de fournir des secours à nos ennemis, ils ne tarderaient pas à
attirer sur eux-mêmes les forces de la France.
La Régence de Tunis est trop éclairée sur ses devoirs et sur ses véri-
tables intérêts pour compromettre ainsi ses relations avec nous : loin
de souffrir que ses sujets prêtent aucune assistance à nos ennemis,
elle doit être portée à former les vœux les plus sincères pour le succès
de notre entreprise. Les Tunisiens ont souvent à souffrir des exi-
gences et des humiliations que leur impose la prépotence orgueil-
leuse d'un voisin plus puissant, et ils seront les premiers à profiterde
l'abaissement du Dey d'Alger.
C'est dans ce sens que vous aurez à vous expliquer avec le Bey et les
[1830] AVEC LA COUR DE FRANCE 698
principaux officiers de son gouvernement. Vous vous attacherez à
maintenir ce Prince dans la ligne d'une stricte neutralité, et vous
mettrez autant de vigilance que de fermeté à empêcher que des sujets
tunisiens, sous le prétexte d'opérations commerciales, ne procurent
des ressources à leurs coreligionnaires d'Alger. Vous veillerez égale-
ment à ce que les bâtiments du Roi que les accidents de la navigation
conduiront dans les ports de la Régence y reçoivent un accueil hospi-
talier. Je viens de recevoir votre dépêche du 19 mars. Quelque positifs
que soient les termes dans lesquels vous m'annoncez la sommation que
le vice-roi d'Egypte avait faite aux Régences de Tunis et de Tripoli, je
ne puis me déterminer à ajouter foi à une nouvelle aussi extrordi-
naire. Je suis porté à croire qu'elle aura été l'effet de quelque erreur,
et j'espère que vos premières dépêches me conOrmeront dans cette
opinion. Vous avez du reste très bien fait de témoigner au Bey, dans
cette circonstance, un intérêt que la France se plait depuis longtemps à
conserver à sa famille. »
{Affaires étrangères, Mëm, et Doc, AfiHque, t. V, p 175,)
DE LESSEPS AU P<» DE POLIGNAC.
1385. — Tunw, 25 avril i 830. — « A un point de vue général, les
dispositions des sujets de la Régence d'Alger sont défavorables aux
Algériens dominateurs. Ceux-ci sont détestés mais extrêmement
redoutés. Cependant une expérience de près de quarante ans passés
chez les Musulmans, la connaissance surtout des Magrebins plus spé-
cialement fanatiques et bien autrement indomptables sous ce rapport
que les humbles Fellahs égyptiens, me font persister dans l'opinion
non seulement que l'on ne peut compter dès Tabord sur une coopéra-
tion des naturels, afin de briser leurs fers et d'en frapper leurs tyrans,
mais encore que l'on éprouvera les plus grandes difficultés à les sou-
mettre et à les façonner à un joug modifié d'après nos idées de géné-
rosité, d'humanité et de civilisation, et surtout que l'on devra être
constamment en garde contre leurs discours, leurs promesses, leurs
simulations, contre l'esprit numide enfin, auquel le fanatisme musulman
ajoute encore des teintes plus sombres et plus variées. En un mot, je
trouve que l'armée française trouvera opposition de la part de toutes
les classes, jusqu'à l'assurance de la destruction des Turcs de la gar-
nison; cette destruction effectuée, la soumission générale aura proba-
blement lieu, mais il est à craindre qu'elle ne soit apparente et sus-
pecte; des Marocains arrivant d'Alger m'ont bien assuré qu'ils avaient
entendu les principaux habitants maures d'Alger se dire secrètement
et entre eux qu'ils allaient tout perdre, si leurs cruels oppresseurs
696 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1830]
n'étaient pas vaincus par les Français, et qu*ils exciteraient une
insurrection contre eux lors de l'apparition de la flotte française. Mais
je crains que quand même ce serait actuellement leur dessein, ce dont
je doute, ils ne Texécutent pas.
D'après les assurances du Chargé d'affaires du Maroc à Tunis,
homme avec lequel j'ai eu des relations dont la date remonte &
trente-cinq ans et qui m'a des obligations réelles, l'Empereur conser-
vera une stricte neutralité.
II y a moyen d'entrer en pourparlers avec un ou plusieurs des Beys
soumis directement ou indirectement à l'autorité du Dey d'Alger.
Parmi les chefs des tribus marabouts et autres influents dans les villes
et les campagnes de la Régence d'Alger, il y en a sur lesquels on
aura les moyens d*agir dans l'intérêt de l'aggression.
Je m'occupe avec activité et sans relâche, deconcert avec M. GérardinV
de cet objet important. 11 serait trop long et peut-être superflu de
détailler ici toutes les opérations et les moyens d'exécution. M. d'Au-
bignosc' a été témoin de nos premières démarches et de nos prépara-
tions. Nous n'avons rien négligé pour ouvrir des communications avec
le Bey de Constantine. Son Excellence peut se reposer sur nos soins et
sur les mesures que nous prenons pour organiser un service de messa-
gers qui puisse servir à nos communications par terre; il serait
important à ce sujet qu^elle me fit remettre le plus tôt possible un
chiffre qui puisse servir à notre correspondance secrète.
Les proclamations sont très bien, moyennant quelques corrections
d'errata de style que MM. Gérardin et Duchenoud, interprète de mon
Consulat, vont faire; elles produisent le meilleur effet. Je vais envoyer
sur-le-champ à Tabarque un de mes fils sur lequel je puis compter
pour tout, qui a beaucoup voyagé en Turquie et dans cette Régence,
qui en connaît les mœurs et les usages, et qui apportera l'influence que
ma position m'a attirée ici. De ce point, il aura les facilités de faire
répandre les proclamations dans toute la province de Constantine parmi
les Kabiles et les Arabes jusqu'aux portes d'Alger. J'en expédierai aussi
de Tunis. Je regrette seulement que les exemplaires ne soient pas en
plus grand nombre. Mon fils sera aux ordres de Son Excellence, qui peut
l'appeler, si elle le juge nécessaire, auprès d'elle de Tabarque. Il pourra
non seulement répandre les proclamations partout, mais encore
entretenir nos relations avec les Mazouls et les Nadis, qui ont toujours
été attachés aux Français, expédier plus secrètement et plus prompte-
1. Voy. la note 1, p. 688.
2. Voy. la note 1, p. 689.
[4830] AVEC LA COUR DE FRANCE 697
ment des agents que M. Gérardin et moi jugerons convenable d'en-
voyer. Il se trouvera placé sur le point le plus rapproché possible des
confins d'Alger et y sera Tintermédiaire de nos relations. Si des bâti-
ments de Texpédition y arrivent, il leur donnera l'assistance et les
informations nécessaires; si des embarquements de vivres, de bestiaux
et de bétes de somme ont lieu, pour éviter la publicité de l'extraction
de Tunis même, il les facilitera. J'ose espérer que Son Excellence verra
dans cette disposition une preuve de mon ardent désir de servir la
glorieuse entreprise à la tête de laquelle Ta appelée la confiance de Sa
Majesté. » {Affaires étrangères^ Mém, et Doc. Alger, t. V, f^ 235.)
DE LESSEPS AU P*"* DE POLIGNAC
1386. — Tunis, ^7 avril i 830, — Messieurs Gérardin et d'Aubi-
gnosc sont arrivés à Tunis, et, pour favoriser la mission dont ils ont
été chargés, de Lesseps leur a fourni toutes les informations que son
séjour dans le pays et sa situation poUtique lui ont permis de recueillir
en vue du grand événement qui se prépare. « Je les ai mis en rapport
avec les personnes qui pouvaient fournir les renseignements statis-
tiques, politiques et même militaires les plus certains et les plus inté-
ressants. Je leur ai désigné les agents et les intermédiaires que je
jugeais les plus propres à être employés par eux, je leur ai indiqué les
négociants qui sont h même de leur donner les informations les plus
sûres sur la nature, les prix et les lieux d'extraction des approvision-
nements de l'armée d'expédition. Je leur ai remis par écrit les réponses
aux questions qu'ils m'ont adressées dans l'intérêt de leur mission.
J'ai fait venir sur-le-champ de Bizerte, où il dirigeait le service des con-
cessions, M. Raimbert, que j'ai été heureux de voir appelé auprès de
M. le Général en chef de l'expédition d'Alger*, parce que je le regarde
comme un homme très utile dans cette circonstance. Avec son aide, et par
1. Louis-Auguste-Victor de Ghaisne comte de Bourmont, deBourmont (Maine-et-
Loire), officier aux gardes françaises à seize ans en 1789, à l'armée du prince de
Condé en 1793, chef du parti de l'insurrection en Vendée en 1794, déporté en Suisse
en 1796, de retour en France et reconnu de nouveau comme un des chefs de l'insur-
rection de 1799, incarcéré au Temple puis à la citadelle de Besançon, évadé et réfugié
en Portugal en 1804, rentré en France et emprisonné à Nantes en 1808, adjudant
À l'armée d'Italie, grâce à la faveur de Junot, et attaché à Tétat-major du prince
Eugène en 1810, général de brigade en Russie en 1812, général de division en 1814,
réfugié près de Louis XVIII en 1815, commandant une division de la garde royale
en 1823, commandant en chef à l'armés d'Espagne en 1824, pair de France et
gentilhomme de la chambre du Roi en 1825, Ministre de la guerre en 1829, com-
mandant en chef de l'expédition d'Alger en 4830, débarqué en Afrique le 14 juin
avec ses quatre fils, entré à Alger le SjuiUet, maréchal de France le 22 juillet, remplacé
par le général Clauzel après la chute de Charles X, déclaré démissionnaire pour
refus de serment en 1832, émigré en Portugal, puis en Italie, rentré en France
après l'amnistie en 1840, décédé à Bourmont en 1846.
698 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1830]
suite de ses aDcienoes liaisons avec rOakil (Chargé d'affaires) d'Alger
à Tunis, nous entamons avec le Bey de Gonstantine des négociations
qui peuvent avoir le résultat le plus avantageux. Nous lions des rela-
tions avec le puissant cheLde la tribu des Abdelgebbar, qui peut mettre
sur pied 60,000 hommes, et avec les tribus maîtresses des défilés qui
offrent la seule route praticable entre Alger et Gonstantine. Nous orga-
nisons, par le moyen de l'Oukil de Maroc à Tunis, des courriers qui
pourront servir à la correspondance par terre que M. le Général en
chef jugera convenable d'entretenir avec Tunis. Les proclamations
apportées par M. Gérardin seront, aussitôt que possible, répandues à
Alger et dans les provinces ; elles doivent y produire un effet admirable,
si j'en juge par celui qu'elles ont déjà fait sur les esprits des personnes
auxquelles elles ont déjà été communiquées. Enfin, j'envoie mon fils s
qui a beaucoup voyagé en Turquie et dans le royaume de Tunis, qui
en connaît bien les usages, les mœurs et les habitudes, à Tabarque,
l'un des points les plus rapprochés des frontières d'Alger, pour y pré-
sider à l'administration de nos concessions, dont était chargé M. Raim-
bert, pour y assister les bâtiments de guerre ou marchands de l'expé-
dition qui pourraient aborder là ou dans les environs, pour répandre
dans la province de Gonstantine et sur les côtes des confins d'Alger
des proclamations, pour entretenir ou faire naître des sentiments favo-
rables à l'armée française parmi les peuplades des Nadis, Mazouls et
Gala traversa, en un mot pour être l'intermédiaire de toutes les rela-
tions entre M. le Général en chef et moi, qui exigeront célérité et
secret. Enfin ces Messieurs ont été témoins de ma position avec le Bey,
avec les ministres, et avec les diverses classes des habitants de Tunis;
ils ont connu les dispositions extrêmement favorables du Bey de cette
Régence, qui aidera les Français de tous ses moyens, tant que ceux-ci,
qui doivent être intéressés à ce qu'il conserve sa popularité et son pou-
voir, s'entendront avec lui pour ne pas le compromettre avec ses sujets
musulmans. G'est ainsi, par exemple, que dans les ports secondaires
de ses États, il laissera à des négociants la faculté d'exporter des
approvisionnements de tous genres. M. d'Aubignosc va partir pour
Toulon sur la corvette La Bayonnaise^ et M. Gérardin, dont j'ai eu lieu
d'apprécier le bon esprit, la sagesse et le zèle, reste auprès de moi, et
rendra compte à Son Excellence le Ministre de la guerre du résultat
de ses premières démarches. Le fils de Raimbert, déjà au fait da
service des concessions, restera à Bizerte pour veiller à l'expédition
1. Jules de Lesseps.
[1830] AVEC LA COUR DE FRANCE 699
des bateaux corailleurs, avec les appointements de 50 piastres par
mois.
Je viens de m'assurer par des faits positifs du concours et de Tassis-
tance de TOukil d'Alger à Tunis. Ce soir, son flls part pour porter nos
lettres et les proclamations au Bey de Gonstantine, qu'il importe en ce
moment au moins de neutraliser et qui est au moment de partir pour
Alger, afin de porter le tribut qu'il doit payer tous les trois ans. Le fils
de rOukil, qui est un de ses officiers affidés et qui doit aller à Bône en
qualité de son délégué, nous promet une réponse favorable de ce chef. »
{Affaires étrangères, Mém, et Doc, Alger, t, V, p. 233.)
DE LESSEPS AU P^* DE POLIGNAC.
1387. — Tunis, 29 avril î 830. — « La dépêche que Votre Excellence
m'a fait l'honneur de m'adresser le 13 avril dernier a donné lieu à une
conférence secrète avec le Bey de Tunis. Je reviens du Bardo en ce
moment, et je me hâte de rendre compte à Votre Excellence que je me
suis assuré que la sommation prétendue faite par le vice-roi d'Egypte
n'avait pas eu lieu, et que le firman et le Chaouch arrivés à l'époque
annoncée n'étaient relatifs qu'aux démêlés de l'Autriche avec le Maroc
et à la prétendue assistance que recevait la dernière Puissance des
Régences barbaresques. L'alarme, la terreur et la panique qui s'étaient
emparés des esprits, les avis que m'avaient donnés les membres du
Divan, et la demande du personnage considérable qui m'avait été faite
au sujet d'un asile à bord d'un de nos bâtiments, m'ont fait écrire ma
dépêche à ce sujet et ont été occasionnés par les alarmes du Pacha
de Tripoli, qui s'était empressé dans les termes les plus forts de les
communiquer à cette Régence et de les lui faire partager.
Dans cette conférence, le Bey a été sensible à l'intérêt que le Roi
daigne conserver à sa famille. Il m'a renouvelé l'assurance de sa stricte
neutralité dans les circonstances actuelles, et il m'a promis de prendre
toutes les mesures pour que ses sujets, sous quelque prétexte que ce
soit, ne procurent aucune assistance aux Algériens, que nos bâtiments
recevraient dans tous ses ports l'accueil hospitalier qu'ils y avaient
toujours trouvé, et que toutes les ressources possibles de ses États en
approvisionnements seraient fournies; mais qu'il priait que ce fût avec
toutes les précautions propres à empêcher sa compromission avec son
peuple. Son premier ministre m'a montré une lettre qu'il venait de
recevoir du gouverneur de la province tunisienne de l'extrême fron-
tière, par laquelle il lui est annoncé que des hostilités ont été commises
par les peuplades voisines sous la domination d'Alger, et que cinq Arabes
algériens ont été faits prisonniers par les Tunisiens. Cet officier
700 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [1830]
demande à son mattre ce qu'il doit en faire. — Jugez par là, a-t-il ajouté,
s'il est possible que nous donnions des secours à nos voisins, et s*il
peut même exister des communications entre eux et nous. — »
{Affaires étrangères, Mém. et Doc. Algérie j t. V, p. 246.)
INSTRUCriONS POUR M. DE LESSEPS, CONSUL GÉNÉRAL A TUNIS.
1388. — Paris, i 8 juillet i 830. — « M. de Lesseps sait que lorsque le
Roi s'est décidé à envoyer contre Alger des forces considérables de terre
et de mer, Sa Majesté n'a pas eu seulement en vue de tirer une juste
vengeance des outrages commis par le Dey, mais encore de faire dispa-
raître à jamais des Régences barbaresques les institutions qui les ont
rendues, pendant plusieurs siècles, le fléau des peuples qui habitent les
bords de la Méditerranée. Le Roi a promis à l'Europe d'obtenir par les
armes l'abolition définitive et complète de l'esclavage des chrétiens,
celle de la piraterie et celle des tributs ou redevances que les Puissances
chrétiennes payaient aux gouvernements africains. Il exige en outre
des garanties suffisantes contre le retour de ces odieux usages.
Tandis que ses armées victorieuses s'emparaient d'Alger ^ et que son
escadre effectuait la réduction de Tripoli dont le souverain avait offensé
la France, le Roi a voulu reconnaître les égards que mérite la conduite
jusqu'à présent loyale du Bey de Tunis, en recourant d'abord à de simples
moyens de persuasion pour lui faire adopter des changements qui sont
devenus indispensables d'après l'état actuel de la civilisation, l'organi-
sation de la société européenne et les événements qui viennent de se
passer en Afrique.
Pour remplir une mission aussi honorable auprès du Bey de Tudîs,
le Roi a fait choix de M. de Lesseps; Sa Majesté se repose avec confiance
sur son zèle et sur son expérience des affaires de la Régence auprès de
laquelle il est accrédité. Aussitôt après avoir reçu ces instructions,
M. de Lesseps demandera une audience au Bey et lui remettra une tra-
duction du projet de traité qu'il trouvera ci-joint; M. de Lesseps est
autorisé à le signer avec le plénipotentiaire que le Bey de Tunis nom-
mera de son côté ; il trouvera annexés à cette dépêche les pleins pou-
voirs que Sa Majesté lui a donnés à cet effet.
Il est utile de faire connaître ici à M. de Lesseps les motifs qui ont
décidé Sa Majesté à adopter chacune des dispositions que contient le
projet de traité, et de lui indiquer les arguments qu'il pourra employer
pour les soutenir.
L'article I®' impose au Bey l'obligation de ne plus autoriser les bâti-
i. La prise d*Alger eut lieu le 5 juillet 1830.
[1830] AVEC LA COUR DE FRANGE 701
ments de l'État ou ceux des particuliers à faire en temps de guerre
la course contre les navires de commerce des nations qui renonceraient
à Texercice du même droit envers Tunis. Ce principe est conforme aux
vœux d'une politique humaine et généreuse, qui dirige, pendant la
guerre, tous les efforts contre les forces militaires de Tennemi, en
respectant les propriétés individuelles.
La France Ta déjà proclamé et observé dans la guerre d'Espagne
en 1823, quoique ses ennemis eussent encouragé à cette même époque
les armements des corsaires contre son pavillon. D'ailleurs, le Roi vient
d'imposer un semblable engagement au gouvernement de Tripoli. Il a
même exigé de Youssuf-Pacha de ne plus augmenter sa marine, tandis
qu'il n'impose aucune restriction semblable au Bey de Tunis, voulant
marquer par cette distinction la différence de ses sentiments envers les
deux Princes et la manière dont il apprécie les qualités du Bey.
L'effet de l'engagement qu'il demande à Sidi Hossein-Pacha sera de
rassurer les Puissances chrétiennes, en détruisant la cause des inquié-
tudes qui pourraient leur demeurer encore sur les intentions de la
Régence de Tunis, et de prévenir efficacement le retour de la piraterie,
en achevant de faire perdre aux sujets du Bey l'esprit aventureux et
intéressé qui les poussait à des spéculations criminelles et les empêchait
d'adopter un genre de vie plus profitable à TËtat.
Hossein-Pacha ne saurait regarder comme hostile la disposition qui
permettrait aux vaisseaux de guerre de toutes les nations de courir sur
les navires tunisiens qui croiseraient contre les bâtiments de com-
merce, puisque les capitaines de ces navires étant censés désobéir aux
ordres de leurs maîtres, ils se rangeraient ouvertement et volontaire-
ment dans la classe des pirates.
L'article II stipule Tabolition de l'esclavage des chrétiens, et la mise
en liberté de ceux qui pourraient se trouver encore dans la Régence de
Tunis. C'est un vœu hautement exprimé par toutes les Puissances, et la
France se glorifiera toujours d'avoir fait servir le triomphe de ses armes
à le satisfaire. L'obligation que le Bey contracterait d'indemniser les
propriétaires de ces esclaves ne lui imposera pas des sacrifices oné-
reux, puisqu'il s'en trouve actuellement très peu dans les Régences
barbaresques. M. de Lesseps prendra cependant les précautions con-
venables pour constater le nombre de ces captifs et reconnaître si
tous lui sont en effet remis.
Les pillages et les massacres auxquels les cargaisons et les équipages
des bâtiments jetés par la tempête, sur les côtes de Barbarie, ont été si
souvent exposés, rendaient nécessaire l'article III, qui met en usage
703 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1830]
le seul moyen efficace pour astreindre le goavernement tunisien à
prendre des mesures suffisantes pour prévenir le renouvellement de
semblables indignités.
L'article IV stipule la suppression des tributs et redevances de toute
nature que des États chrétiens payaient au Bey ; Thonneur de TËurope
réclamait depuis longtemps cette mesure. Le même article porte que
les Puissances chrétiennes pourront établir sur tous les points de la
Régence de Tunis, où elles le jugeront convenable, des Consuls et
agents commerciaux, et que ces agents n'auront désormais aucun pré-
sent à offrir aux autorités locales.
Par l'article V, le Roi demande la restitution du droit exclusif de la
pèche du corail sur une partie des côtes de Tunis, avantage que la
France a possédé jusqu'en 1799, et dont elle a été à cette époque privée
par violence; il réclame aussi la restitution des anciennes propriétés
françaises de l'Ile de Tabarka. Sa Majesté aurait pu demander des
indemnités pour la saisie de ces propriétés, pour la retenue illégale
que Tunis en a faite pendant si longtemps, et pour le tort que l'inter-
ruption du privilège dont jouissaient nos pêcheurs leur a causé; mais
elle se contente, pour toute réparation, de la suppression d'une rede-
vance que l'on payait autrefois pour la pêche du corail, suppression
que la diminution de la valeur de cette marchandise suffirait d'ailleurs
pour rendre équitable.
En s' abstenant de réclamer pour elle-même de nouveaux avantages
de commerce dans la Régence de Tunis, la France montre dans l'art. Yl
qu'elle agit véritablement dans un but européen, et qu'elle est moins
guidée par le sentiment de son intérêt particulier que par celui du
bien de tous les peuples. D'autres stipulations introduites dans cet
article sont destinées à rendre plus difficiles les accaparements et les
monopoles si usités par les gouvernements africains, et qui sont une
des causes principales de la misère de cette contrée, de même qu'ils
apportent des obstacles gênants aux relations commerciales des indi-
gènes avec les étrangers. M. de Lesseps fera sentir au Bey que, sous ce
rapport, la conclusion du traité proposé par la France procurera plus
d'avantages encore aux habitants de la Régence de Tunis qu'aux
Puissances chrétiennes, et lui démontrera par l'exemple de la France
et des États les plus florissants de l'Europe qu'en augmentant la pros>
périté de ses sujets, il prendra la voie la plus honorable et la plus cer-
taine d'accroître ses revenus. Il ajoutera l'observation que le Sultan a
déjà reconnu la justice de ces principes, et qu'il travaille actuellement
à les mettre en vigueur dans l'administration de ses États.
[1830] AVEC LA COUR DE FRANCE 703
L'article YII renouvelle et confirme les anciens traités.
Il était nécessaire de stipuler par Tarticle YIII la publication du
présent traité dans toutes les parties de la Régence de Tunis, parce
qu il impose à toutes les classes de la population des obligations qui
doivent leur être notifiées; le terme d'un mois a été indiqué dans la
supposition que la difficulté des communications pouvait exiger ce
délai; mais il serait fort avantageux que M. de Lesseps parvînt à le
faire réduire, s*il en voyait la possibilité.
Le traité tout entier ne contient rien d'onéreux pour le fiey. En
l'adoptant, ce Prince se mettra pour toujours à l'abri d'attaques que la
faiblesse de ses moyens de défense lui rendraient nécessairement
funestes, et, par rétablissement d'un régime plus régulier dans ses États,
il gagnera les avantages inestimables de Tordre au dedans et de la
sécurité au dehors. Le Bey devra donc reconnaître la justice et la modé-
ration des propositions auxquelles sa position lui fait une nécessité
indispensable de se soumettre.
M. de Lesseps pourra faire savoir au Bey que l'intention de Sa
Majesté est de rétablir sa souveraineté sur la portion du territoire algé-
rien qui est limitrophe du royaume de Tunis, et qui nous appartient
depuis déjà plusieurs siècles. Le Bey reconnaît facilement les avantages
que lui et ses sujets ne pourront manquer de tirer du voisinage immé-
diat de nos établissements en Afrique, avec lesquels il s'empressera
sans doute d'établir des rapports intimes, et qu'il fera scrupuleuse-
ment respecter par les tribus arabes vivant sous sa domination. Le
Bey connaît et M. de Lesseps lui rappellera les désastres que l'ambition
et la rapacité des Algériens ont infligés souvent à son pays ; il sait
qu'un Dey d'Alger, après avoir pris Tunis en 1755, l'a soumis à un
tribut onéreux qui a duré de longues années, et qu'une armée algérienne
est encore venue l'assaillir en 1807 ; il sait aussi que les peuplades vas-
sales n'ont cessé d'empiéter sur les frontières de Tunis et d'y com-
mettre des déprédations de toute nature. Le Bey devra donc se féliciter
d'être préservé, par l'interposition d'un Etat aussi redoutable que la
France, du renouvellement de semblables hostilités. L'abaissement du
Dey de Tripoli, dont le caractère entreprenant et dangereux est bien
connu, est également de nature à satisfaire le Bey.
M. de Lesseps devra faire connaître à ce Prince avec tous les ména-
gements convenables, mais de la manière la plus positive, que s'il
n'adhérait pas dans l'espace de huit jours au traité que le Roi lui pro-
pose, Sa Majesté se croirait obligée de faire usage de la force, pour
l'amener à donner une satisfaction que réclament impérieusement la
704 CORHESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [1830;
justice, rhumanité et Thonneur de la France ; le Bey devrait donc s'at-
tendre à voir bientôt paraître devant Tunis les forces de terre et de mer
que la soumission d'Alger et celle de Tripoli laissent en Afrique à la
disposition du Roi. Mais Sa Majesté aime à croire que le Bey ne la con-
traindra pas à cette extrémité, et qu'il ne se placera pas voiontaireoient
dans une position aussi fâcheuse que la sienne le deviendrait après la
déclaration des hostilités, puisque dans ce cas, et M. de Lesseps ne le
laissera pas ignorer au Bey, le négociateur français ne serait pas auto-
risé à se contenter de conditions aussi modérées.
M. de Lesseps voudra bien informer immédiatement le Gouverne-
ment du Roi du résultat de cette négociation. »
{Affaires éh^angères, Mém, et Doc. Algérie^ t, VU, f* 71).
TRAITÉ DU 8 AOUT 1830.
1389. — « Au nom de Dieu clément et miséricordieux !
Ce traité, qui comble tous les vœux et qui doit concilier, avec Taide
de Dieu, tant d*intéréts divers, a été conclu entre :
La merveille des Princes de la nation du Messie, la gloire des peu-
ples adorateurs de Jésus, Fauguste rejeton du sang des Rois, la cou-
ronne des monarques, Tobjet resplendissant de Tadmiration de ses
armées et de ses ministres, Charles X, Empereur de France,
Par Tentremise de son Consul général et Chargé d'affaires à Tunis,
muni de ses pleins pouvoirs, le chevalier Mathieu de Lesseps;
Et le Prince des peuples, Télite des grands, issu de sang royal, bril-
lant des marques les plus éclatantes et des vertus les plus sublimes,
Hosseïn-Pacha-Bey, maître du royaume d'Afrique ;
Lesquels, animés du désir de faire disparaître les désordres qui ont
souvent troublé la paix entre les Puissances, d'assurer les relations
amicales de tous les peuples et de garantir pour jamais leur sécurité
complète, sont convenus des points suivants, basés sur la raison et
Téquité :
I
Le Bey de Tunis renonce entièrement et à jamais, pour lui et pour
ses successeurs, au droit de faire ou d'autoriser la course en temps de
guerre contre les bâtiments des Puissances qui jugeront convenable
de renoncer à l'exercice du même droit envers les bâtiments du com-
merce tunisien. Quand la Régence sera en guerre avec une Puissance
qui lui aura fait connaître que telle est son intention, les bâtiments de
commerce des deux nations pourront naviguer librement sans être
inquiétés par les bâtiments de guerre ennemis, à moins qu'ils ne veuil-
{1830] AVEC LA COUR DE FRANGE 705
lent pénétrer dans un port bloqué, ou qu'ils ne portent des soldats ou
des objets de contrebande de guerre; dans ces deux cas, ils seraient
saisis, meds leur confiscation ne pourrait être prononcée que par un
jugement légal. Tout bâtiment tunisien qui, hors ces cas exception-
nels, arrêterait un bâtiment de commerce, devant être censé, par ce fait
seul, se soustraire aux ordres et à l'autorité du Bey, pourra être traité
comme pirate par toute autre Puissance quelconque, sans que la bonne
intelligence en soit troublée entre cette Puissance et la Régence de
Tunis.
II
Le Bey abolit à jamais dans ses États l'esclavage des chrétiens. Tous
les esclaves chrétiens qui peuvent y exister seront mis en liberté, et
le Bey se chargera d'en indemniser les propriétaires. Si, à l'avenir, le
Bey avait la guerre avec un autre État, les soldats, négociants, passa-
gers, ou tous sujets quelconques de cet État qui tomberaient en son
pouvoir seraient traités comme prisonniers de guerre, et d'après les
usages des nations européennes.
III
Tout bâtiment étranger qui viendrait à échouer sur les côtes de la
Régence recevra, autant que possible, l'assistance, les secours et les
vivres dont il pourra avoir besoin ; le Bey prendra les mesures les plus
promptes et les plus sévères pour assurer le salut des passagers et des
équipages de ces bâtiments et le respect des propriétés qu'il portera.
Si des meurtres prouvés étaient commis sur les passagers ou équi-
pages, ceux qui s'en seraient rendus coupables seraient poursuivis et
punis comme assassins par la justice du pays, et le Bey payerait en
outre, au Consul de la nation à laquelle la personne qui en aurait été
victime aurait appartenu, une somme égale à la valeur de la cargaison
du navire. S'il y avait plusieurs assassinats prouvés commis, le Bey
payerait une somme égale & deux fois la valeur de la cargaison, et dans
le cas où ces meurtres auraient été commis sur des individus de diffé-
rentes nations, le Bey répartirait entre les Consuls de chaque nation,
et en proportion des personnes assassinées, la somme qu'il aurait à
payer, de manière à ce que cette somme pût être directement trans-
mise aux familles de ceux qui auraient péri.
Si les propriétés et les marchandises portées sur les bâtiments nau-
fragés venaient à être pillées, après le fait constaté, le Bey en resti-
tuerait le prix au Consul de la nation à laquelle le bâtiment appartien-
drait, indépendamment de ce qu'il devrait payer pour les meurtres qui
auraient été commis sur les équipages ou passagers dudit bâtiment.
45
706 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1830]
IV
Les Puissances étrangères pourront désormais établir des Consuls
et agents commerciaux sur tous les points de la Régence où cHes le
désireront, sans avoir à faire pour cet objet aucun fM^ésent aux auto-
rités locales; et généralement tous les tributs, présents, dons et autres
redevances quelconques que les gouvernements ou leurs agents
payaient dans la Régence de Tunis, à quelque titre, en quelque cir-
constance et sous quelque dénomination que ce soit, et nommément à
Toccasion de la conclusion d'un traité, ou lors de l'installation d'un
agent consulaire, seront considérés comme abolis et ne pourront être
exigés ni rétablis à l'avenir.
V
Le Bey de Tunis restitue à la France le droit de pécher exclusive-
ment le corail, depuis la limite des possessions françaises jusqu'au
Gap Nègre, ainsi qu'elle l'a possédé avant la guerre de 1799. La France
ne payera aucune redevance pour la jouissance de ce droit; ses
anciennes propriétés, édifices, bâtiments et constructions diverses
dans nie de Tabarka, lui seront également restituées.
VI
Les sujets étrangers pourront trafiquer librement avec les sujets
tunisiens, en acquittant les droits établis. Ils pourront en acheter et
leur vendre, sans empêchement, les marchandises provenant des pays
respectifs, sans que le gouvernement tunisien puisse les accaparer
pour son propre compte, ou en faire le monopole. La France ne réclame
pour elle-même aucun nouvel avantage de commerce, mais le Bey
s'engage, pour le présent et pour Tavenir, à la faire participer à tous
les avantages, faveurs, facilités et privilèges quelconques qui sont ou
qui seront accordés, à quelque titre que ce soit, à une nation étran-
gère ; ces avantages seront acquis & la France par la simple réclama-
tion de son Consul.
VII
Les Capitulations faites entre la France et la Porte, de même que les
anciens traités et conventions passés entre la France et la Régence de
Tunis, et nommément le traité du 15 novembre 1824, sont confirmés
et continueront à être observés dans toutes celles de leurs dispositions
auxquelles le présent acte ne dérogerait pas.
VIII
Le présent traité sera publié immédiatement dans la ville de Tunis,
[1830] AVEC LA COUR DB PRANCB 707
et dans l'espace d'un mois dans toutes les provinces et villes de la
Régence, selon les formules et usages adoptés dans le pays.
Fait triple au Bardo, le dimanche 17 de Safer de Tannée de l'hégire
1246, correspondant au 8 d*août de Tannée 1830 de Tére chrétienne. »
(Sceau) M*" LfiSSBPS.
{Voriginal est aux Archives des Affaires étrangères. Salle des traités,)
ARTICLE SECRET.
« Article secret additionnel du traité conclu entre la France et Tunis
le 17 de safer de Tannée de Thégire 1246, qui correspond au 8 d'août
de Tannée 1830 de Tére chrétienne.
Louange à Dieu Tunique, auquel retourne toute chose!
Nous cédons à perpétuité à Sa Majesté le Roi de France un emplace-
ment dans la Malka, suffisant pour ériger un monument religieux en
Thonneur de Louis IX, à l'endroit où ce Prince est mort. Nous nous
engageons à respecter et à faire respecter ce monument, consacré par
l'Empereur de France à la mémoire d'un de ses plus illustres ayeux.
Salut de la part du serviteur de Dieu Hosseïn, Pacha-Bey. Que le
Très-Haut lui soit favorable! Amen. »
{Sceau) M**" Lessbps.
{Voriginal est aux Archives des Affaires étrangères^ Salle des traités.)
GflAKIR, GARDE DES SCEAUX, A DE LESSBPS.
1390. — Le Bardo, iO août i 830. — « Lorsque vous vous êtes pré-
senté à nous avec les nouvelles clauses d'un traité que vous désiriez
faire signer par notre magnifique Seigneur, que le Très-Haut le glorifie !
et que Son Altesse en a eu pris connaissance, elle a consenti à tous les
articles, hors Tarlicle V relatif à la demande de la pèche du corail qu'elle
a adopté, cependant, mais plutôt de force que de gré, et cela, parce
que vous Tavez pressé de signer et que vous avez fixé le terme si court
de huit jours, au bout duquel vous viendriez, disiez vous, avec toutes
vos forces de terre et de mer, et qu'alors vos demandes seraient plus
onéreuses pour nous.
Maintenant, 6 notre ami, notre maître ayant souscrit l'article relatif
à la pèche du corail, il nous a donné Tordre de réclamer pour que
l'exécution en fût suspendue jusqu'à ce qu'il ait envoyé à Sa Majesté
le Roi de France les titres à l'appui de ses réclamations, soit par votre
entremise, soit par celle d'une personne de confiance de sa cour. La
décision prononcée par Sa Majesté deviendra alors exécutoire pour
nous. Nous attendons votre réponse. »
{Affaires étrangères, C^* de Tunis.)
708 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1830]
DE LESSEPS AU COMTE MOLE ^
1391. — TuniSj 1 0 août i 830. — c< ...Je me rendis au Bardo accom-
pagné du c*^ de La Rochefoucauld ', de tous les officiers de mon Con-
sulat et des 15 officiers de marine de La Bcllone^ pour la signature du
traité...
Le comte Filippi est intéressé plus que personne à la non-admission
de l'art. V, aussi la discussion a-t-elle été très orageuse. Le plénipo-
tentiaire duBey Taccepte ; mais, soit par mon intermédiaire» soit par un
Envoyé, il portera sa réclamation au gouvernement du Roi. De Lesseps
consent d*autant plus volontiers à différer Texécution de cet article que
la pèche du corail est sur sa fin. Étant pressé par le prompt départ de
M. de La Rochefoucauld, je rendrai plus tard un compte détaillé de
l'affaire dans laquelle j'ai eu pour antagonistes indirects le comte
Filippi et Sir Thomas Read, dont le ministre tunisien me paraissait
répéter les propres paroles.
L'article YI, qui supprime le monopole et les accaparements, cet article
si important et si utile aux intérêts commerciaux de tous les peuples
et notamment de la France voisine, cet article enfin qui seul est tm
traité de commerce tout entier^ change la face de l'administration du
pays et prive le fisc de ses plus grandes ressources, en attendant qu'on
puisse adopter un nouveau moyen de revenu. A ce rejet, le Bey a eu
la bonté de me dire qu'il me demandait et me promettait de suivre
mes conseils; cependant cet article a été accordé avec beaucoup de
générosité et avec toute l'apparence de la conviction des principes de
haute et paternelle économie politique qui y sont développés. Celte
stipulation a produit l'effet le plus avantageux dans le pays et sur
toutes les classes d'indigènes; nous entendons de toutes les bouches
le cri de : Vive le Roi de France dont la sollicitude veille sur les peuples
opprimés/ »
Les VU® et YIII* articles n'ont pas offert d'objection.
De Lesseps appelle longuement l'attention du Ministre sur Duché-
1. Le 29 juillet 4830, le gouvernement provisoire avait nommé Commissaire au
département des AfTaires étrangères le baron Bignon, puis le maréchal Jourd an. Uoe
ordonnance royale du 10 août 1830 avait conOé le Ministère des AfTaires étrangères
à Mathieu-Louis comte Mole, pair de France, membre de l'Académie française.
Celui-ci céda son portefeuille au maréchal Maison le 1*' novembre suivant.
2. François-Joseph-Polydore comte de La Rochefoucauld, attaché d'ambassade à
Studgard en 1822, secrétaire à Saint-Pétersbourg en 1824, à Rio-Janeiro en 1826, à
La Haye en 1830 (1" octobre), à Naples en 1832, à Madrid en 1833, Chargé d'affaires
à Weimar en 1837, Ministre résident au même poste en 1838, révoqué en 1848. —
Une lettre de son père au Ministre des Affaires étrangères, du 6 août 1834, réclame
pour lui de l'avancement, • en considération de ses services en AUemagne, en
[1830] AVEC LA COUR DE FRANCE 709
noud, qui a dd faire toute la rédaction en arabe et en français, et
préparer les originaux et les copies de l'article secret dont la connais-
sance ne pouvait être confiée à des écrivains musulmans...
De Lesseps « dépose aux pieds du trône de Sa Majesté Thommage de
sa reconnaissance pour le choix qu'elle a daigné faire de lui, en le ren-
dant l'organe de ses augustes et magnanimes volontés dans cette con-
trée de l'Afrique ». {Affaires étrangères^ O^ de Tunis.)
DE LBSSEPS AU COMTB MOLÉ.
1392. — Tunisy i4 août i 830. — « Je ne sais encore si les récla-
mations de la Régence, relatives à l'article V du traité, seront portées
à Paris, soit par mon intermédiaire, soit par un simple messager du
Bey, porteur d'une lettre du ministre tunisien à Votre Excellence, soit
par un Envoyé de distinction revêtu d'un caractère diplomatique '. Je
chercherai à éviter cette dernière détermination autant que je le
pourrai, à cause des dépenses que cette mission pourrait occasionner,
ou du moins jusqu'à ce que Votre Excellence veuille bien me faire con-
naître le plus tôt qu'il lui sera possible s'il n'entrerait pas dans la poli-
tique du gouvernement du Roi d'autoriser, dans cette circonstance, une
mission qui pourrait être considérée comme un acte de vasselage et
produire sous ce rapport un effet salutaire...
Le Bey ne tirait pas 10,000 p. de Tunis (2,000 p. f.) delà pèche du
corail par an ; il en eût facilement fait l'abandon sans les visites des
Consuls d'Angleterre et de Sardaigne au Bardo. La décision paraissait
prise de déclarer qu'on ne s'opposerait jamais aux forces de la France;
qu'on pourrait venir prendre possession du Bardo même, entrer sans
coup férir et sans éprouver la moindre résistance à Tunis et dans toute
la Régence, mais qu'on ne pourrait arracher au Bey une signature qui
consacrerait sa spoliation. Ce n'est qu'avec quelque peu d'adresse, et à
cause de l'influence que les ministres me savent exercer sur l'esprit
Russie, dans FAmérique méridionale, en Afrique, en Hollande, à Naples et en
Espagne ». Une lettre du P^^ de Polignac à de Lesseps, du 15 juillet 1830, com-
mence ainsi : « Je charge le comte Polydore de La Rochefoucauld de vous porter
mes dépêches... Je vous prie de le réexpédier de suite, pour m'apprendre l'issue
de la négociation. > De Lesseps raconte, au surplus, dans sa lettre du 10 août,
qu'il fut chargé par le Bey de remettre à cet Envoyé • un léger témoignage de sa
satisfaction » (un sabre de Damas avec son baudrier). — Ainsi, bien que la mission
de Tunis ne soit pas mentionnée dans Tétat des services de ce diplomate, pou-
vons-nous affirmer qu'il se trouvait en France au milieu de Tannée 1830, et qu'il
fut chargé d'apporter les instructions ministérielles du 18 juillet et le projet de
traité qui y était joint. La frégate La Bellone, sur laquelle il était venu, avait
mouillé à La Goulette le 3 août 1830.
1. La question de la pêche du corail (article Y du traité) fut définitivement réglée
deux ans après, par le t rai lé du 24 octobre 1832.
710 CORRESPOND ANGB DES BEYS ET DES CONSULS [1830]
du Bey, que la déclaration que je leur fis très énergiquement devant
M. le comte de La Rochefoucauld, présent à la séance, que je gémis-
sais, moi, le véritable ami du Bey et de son peuple, de les voir par
des conseils perfldes entraînés dans le même abime que ces mêmes
conseils avaient peut-être creusé sous les pas de leurs deux proches
voisios; enfin ce ne fut que moyennant l'assentiment que je donnai à
ce qu'ils portassent aux pieds du trône du souverain de la France, et
nulle part ailleurs, leurs réclamations que je parvins à vaincre des
résistances évidemment suggérées et auxquelles, comme je l'ai su
depuis indirectement, ont donné lieu des protestations du Consul
général de Sardaigne, appuyé par celui de la Grande-Bretagne. »
De Lesseps n'a pas encore pu se procurer la protestation de Filippi. « Il
paraît que les Sardes ont cru que la France demandait l'extension
des limites de ses concessions jusqu'au Cap Nègre el la souveraineté
de l'Ile de Tabarque. Ils émettent depuis longtemps des prétentions
sur cette souveraineté, cette île ayant appartenu autrefois aux Génois
qui en ont été expulsés... » (Affaires étrangères, C»*' de TunU,)
DB LBSSEPS AU COMTE MOLE.
1398. — Tunis, 27 août i 830. — « ... Je me suis rendu hier aa
Bardo, accompagné de tous les officiers de mon Consulat, ayant & nos
chapeaux la cocarde tricolore. Là, en audience publique, j'ai notifié au
Bey de Tunis les événements à jamais mémorables qui viennent d'avoir
lieu en France, ainsi que l'avènement au trône de Sa Majesté Louis-
Philippe I", Roi des Français. Je lui ai annoncé en même temps que
j'allais arborer sur la maison consulaire et à bord de tous les bâtiments
français le pavillon national... » Le Bey l'a fait saluer de 101 coups
de canon. Les Français s'étant assemblés, de Lesseps leur a adressé un
discours de circonstance et l'on s'est écrié : Vive le Roi des Français ! Vive
la charte !
Il a notifié l'avènement de Louis-Philippe à tous les Consuls.
L'Isis a répondu au salut des forts de La Goulette ; cette goélette va
escorter un bâtiment du Bey qui ramène au Levant des Turcs venus
se mettre au service du Dey d'Alger.
« Je prie Votre Excellence de vouloir bien déposer aux pieds du trône
de Louis-Philippe I*', Roi des Français, l'hommage respectueux de mon
adhésion à son gouvernement et de celle de MM. de Bourville, Vice-
Consul, Duchenoud, chancelier-interprète, Ferdinand Lesseps, élève
Vice-Consul, et Jules Lesseps, inscrit sur la liste des candidats. »
{Affaires étrangères, C**' de Tunis.)
[1830] AVEC LA COUR DE FRANCE 711
DE LESSEPS AU G^ SÉBASTIANI ^
1394. — Ttims, 25 novembre i 830, — Il a présenté une note offi-
cielle au Bey, demandant formellement Tabolition de la ferme des cuirs
stipulée dans le dernier traité et la suppression de la quarantaine *. Ce
sont les deux seuls points qui restent à régler. « Je ne pourrai probable-
ment en finir qu'an retour du ministre dirigeant. En effet, ce dernier,
redoutant l'occupation de File de Djerba, dont le menace le vice-roi
d'Egypte, est en voyage dans les provinces du sud.
Dans les fréquentes discussions et les entrevues qu'ont entraînées
mes diverses négociations avec le Bey en particulier ou en plein divan,
avec ses ministres, je n'ai éprouvé quelque résistance que relativement
à la détérioration et à l'agiotage de la monnaie, qui devenait effrayante
et qui allait affecter celle d'or; mais j'ai eu beaucoup à me louer de la
fermeté que j'ai dû mettre dans mes protestations à cet égard et dans
la déclaration publique au Bey que mon affection pour lui, mes cbeveux
blancs et mon caractère m'obligeaient de lui dire que ses ministres,
en persistant dans ce système et dans celui d'oppression dont gémissait
le peuple, étaient assez aveugles pour ne pas voir le précipice où
venaient de tomber avec leur Prince de perfides et ignorants conseil-
lers. £t ce qu'on aurait peine à croire en Europe d'une cour aussi
despotique, d'une cour enfin barbaresque, c'est que mon langage, outre
quUl a produit l'effet que je désirais, a obtenu celui d'arrêter de dan-
gereuses et fatales opérations, et en outre n'a fait qu'augmenter la con-
fiance du souverain, l'infinence dont je jouis auprès du Prince et des
ministres eux-mêmes que j'accusais, et les égards et les démonstrations
les plus amicales de tous » {Affaires étrangères, C de Tunis,)
1. Horace comte Sébastiani de la Porta, général de division, ambassadeur, député.
Ministre des AflTaires étrangères du 16 novembre 1830 au 10 octobre 1832. Il eut
pour successeur le duc de Broglie, ambassadeur, pair de France, membre de
l'Académie française.
2. Voy. Observations relatives à la ferme des cires et des cuirs, présentées par les
négociants français à de Lesseps, 2 septembre 1830, — et Extrait des registres de la
chancellerie concernant les réformes à faire adopter au gouvernement local, même
date. (Affaires étrangères, (?•* de Tunis.)
FIN
TABLE ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE
DES MATIÈRES
Abdallah, reîs, p. 178.
ÂBBRDBBN (Lord), p. 685.
AciiMBT, pacha de Tripoli, p. 252, 266.
A' Court (W.), envoyé extrordinaire et
ministre plénipotentiaire d'Angleterre
près les Puissances barbaresques, p. 512,
513.
Actes passés par les Français dans les
Echelles du Levant et de Barbarie,
déposés à Marseille, p. 1 18, 135 ; •— Extraits
des actes passés à Tunis (1702-1796),
p. 308.
Action (L'), vaisseau, p. 642.
Adanson (J.-B.), chancelier du Con-
sulat de France à Tunis, p. 156, 158, 161,
256, 288, 301, 305, 307, 339, 345, 438, 455,
456 ; — (Pierre), son fils, p. 438.
Adonis (L'), vaisseau, p. 672.
Aérostat lancé & Tunis en présence du
Bev, p. 142.
Affaires Étranoérbs (Ministres des).
Voir Bassano, Broglib, Champaght, Damas,
Delacroix, Dbssollbs, Jaucourt, La Fbr-
RONMAYS, La Forbst, MoLé, Montmorency,
Pasquier, Polignac, Portaus, Richelieu,
Sébastiani, Tallbyrand, Vice>cb. — (Dépar-
tement des). Voir Consulat, Gazette de
France.
Afflige (CheV'), capitaine de frégate
anglais, p. 28.
Afrique (Compagnie royale (1741-1794),
puis Agence d'), p. 10, 11, 15, 23,
45, 70, 72, 79 à 81, 87, 89, 93/98, 109,
115, 119, 120 à 122, 126 à 130, 143, 145,
156, 160, 180, 183, 247, 258, 261, 266, 284,
357, 366, 367, 400, 436, 444, 448, 467, 552,
621, 624. -(Concessions d'), p. 592, 621,
681.
AoDB, p. 384.
AoosTiNO (J. d'), résident à Tunis, p. 306.
Agoult (comte d^, chargé d'affaires de
France à Madrid, p. 557.
Aorel, envoyé de Suède à Tunis, p. 531.
Agriculture* Voir Grains.
Aguillon, armateur de Toulon, p. 503,
524, 574, 593, 607.
Ahmed, envoyé de Tunis en France,
p. 106.
Aigle (L'), frégate hollandaise, p. 155.
Aiguillon (Emmanuel-Armand de Vigne-
rod du. Plessis- Richelieu, duc o*), secré-
taire d'Etat des Affaires étrangères, p. 10.
Aimable Clarisse (L'), brick, p. 637, 638,
639, 640, 645, 655.
Aix, p. 412.
Aix-la-Chapelle (Congrès d'), p. 563 k
567, 680.
Ajaccio, p. 11, 446.
Alcala, vice-consul d'Espagne à Tunis,
p. 667, 678.
Alcmènb (L'), frégate, p. 65, 67, 68, 69,
70, 73.
Alerte (L'), aviso, p. 223.
Albsia, p. 245.
Alexandre (L'), bombarde, p. 589, 607.
Alexandre de Massignano (Père), Capu-
cin. Voir Massignano.
Alexandrie, p. 132, 165, 357, 360, 363,
384, 405, 418, 634, 636, 667.
Alger, p. 11, 14, 28, 41, 46, 48, 49, 51,
52, 93, 103, 109, 113, 124, 134, 139, 146,
147, 167, 175, 193, 195, 200, 213, 217, 223,
224, 226, 227, 237, 238, 247, 257 à 259,
273, 274, 276, 291, 296, 297, 299, 301 à
304, 309, 313, 317, 331, 338, 350, 367, 369,
382, 388, 400, 439, 444, 464. — Alger
bombardé par les Espagnols, p. 132,
243. — Un agent du Dey cherche à pro-
voquer une émeute à Tunis au moment
de l'expédition d'Egypte, p. 366. —
Guerres avec Tunis, p. 372, 468 à 478, 496,
510 à 513, 521, 579. — Infiuence du Dey
à Tunis, p. 389, 390, 401, 459, 482, 503.
— Expédition anglaise, p. 171. — Le Dey
et la neutralité du pavillon, p. 622. —
Hostilités contre le pavillon pontifical.
714
TABLE ALPHABÉTIQUE
p. 626, 627. — Expédition française, p. 634
à 649, 642, 643, 647, 648, 651 à 653, 655
à 657, 670, 682, 683, 688, 690, 693, 698,
699, 703.
AlI'AOHa. Voir Ali-Chaouch.
Au, Bey de Tunis, p. 1. 2, 3, 4, 5, 7,
8, 16, 17, 20, 30, 31, 32, 33, 34, 39, 41,
44, 46, 49. 50, 56, 62, 63, 64, 67, 71, 94,
100, 106, 134, 140. 141, 199, 207, 202, 525,
529, 535, 559, 624; — parle italien, p. 19;
— a des médecins italiens, p. 28 ; — a des
esclaves corses comme domestiques, p.
55;~est malade, p.28, 30, 39;— demande
un médecin français, p. 15, 16, 17, 21,
23,25, 26, 27; — caduc, p. 117, 124; —
sa mort, p. 125.
Au (Sidi), fils d*Othman-Bey, p. 525,
529; — maître maçon maure, p. 686.
Au BoROuouL, pacha de Tripoli, p. 248,
251.
Ali-Chaoucm, envoyé de Tunis en
France, p. 16, 17, 18, 20, 21, 22, 23, 103,
104.
Au-Halas, écrivain de Mustapba-agba,
p. 440.
Au-REî8« chef des armements de Tunis,
p. 12, 75.
AujkRA, tailleur de Tunis, p. 307.
Alphonse (L*), vaisseau portugais, p. 389,
390.
Alzitto (François), résident à Tunis,
p. 301, 306, 438, 49i, 496; — (Antoine],
p. 306 ; —(Thomas), p. 306; — (Jean), p. 30é.
Ambigu, journal imprimé k Londres,
p. 491, 506.
Amérique. Voir États-Unis.
Amiet, officier d*artillerie, p. 639.
AMOUDA-BBif-Yonc, négociant tunisien,
p. 440, 445.
Ampuytritb (L'), frégate, p. 595.
Anconb, p. 547.
Ancrage (Droit d*) à Marseille, p. 506.
— à Tunis, p. 606.
Anderson, consul des Etats-Unis à
Tunis, p. 558.
Andr* (Joseph), agent de la Compagnie
d*Afrique au Coilo, p. 247.
A^DRÉ, négociant de Marseille, p. 251,
303, 312.
Anoevillbr (Charles-Claude la Billar-
derie, comte d*), directeur des jardins du
Roi, p. 145.
Anglais. — Guerre franco -an glaise,
p. 86 à 88, 92, 96, 102, 104, 105, 108, 129,
131. — Mission de l'intendant de Tar-
senal du Bey, p. 221, 290, 302, 309, 311.
— Escadre anglo-espagnole, p. 223, 224,
227, 229, 237, 245. — Corse occupée, 241,
252, 265, 271, 272, 214, 281, 287, 314, 341
à 343. — Voir Émigrés. — Escadre
anglaise & Tunis, p. 281, 287, 291, 292,
296, 300, 309, 347, 350, 351, 356. ~ Malte
et Alexandrie, 361,363, 365, 381, 388, 403,
414, 417, 418. — Coup de main sur Tri-
poli, p. 390, 397, 398, 416. — Intrigues en
Turquie, p. 419, 420. — Extension du
commerce anglais, p. 475. — Influence &
Tunis, p. 478, 479, 482, 483. — Vues sur
Tabarque, p. 483. — Croisière dans le
golfe de Tunis, p. 486. — Le commis-
saire Hope cherche à fermer les ports
tunisiens aux Français, p. 494, 495. —
Baléares occupées, p. 496, 497. — Guerre
avec la Suède, p. 501. — Sicile occupée,
p. 500 à 502. -> Faux bruits répandus à
Tunis, p. 491, 506. — Convention du
2 mai 1812, p. 502. — Diminution d*in-
fluence à Tunis, p. 508. — Paix avec le
Portugal imposée au Bey, p. 513. — Croi-
sade pour la délivrance nés chrétiens,
p. 547, 548. — Gènes, Monaco, la Sar-
daigne protégés, p. 549. — Expédition
contre Alger, p. 551. — Influence com-
merciale, p. 553, 560, 591. 619, 621, 622.
652. — Protestation contre le traité
franco-tunisien de 1824, p. 631. — Guerre
avec la Turquie, p. 605, 651, 671. — Ri-
valité franco-anglaise, p. 658, 639, 680 à
685. 688, 690, 693.
Angleterre. Voir Anglais.
Anuouléme (duc d\ p. 38, 40. — (Marie-
Tbérèse-Charlotle, duchesse d1, p. 38.
Animaux sauvages. Voir Ménagemf,
Muséum.
Apcron (chevalier d'), capitaine de
vaisseau, p. 6, 7, 53.
Arabe (Langue). Le consul du Rocher
sait Tarabe, p. 98. — Appointements de
l'écrivain maure pour la traduction des
pièces arabes en 1778, p. 77. — Le Bey
demande la traduction d'une dépêche en
arabe, p. 236. — Ecrivain arabe, p. 303.
Arabie. Voir Mecque (La).
Archambault (Jules-Julien d'), perru-
quier à Tunis, p. 147.
Archer de la Marine, accompagne les
chevaux et les lions envoyés en présent
k Louis XVI, p, 60, 61.
Archives du Consulat et de la Chancel-
lerie, p. 286, 294, 305, 311.
Armes offertes au Bey par la nation
française à Tunis, p. 134.
Armistice franco-tunisien (27 août 1800),
p. 410, 412, 419.
Arnaud (François - Jean - Baptiste • Sex-
tius, chev. n'), lieutenant de vaisseau,
p. 129, 130.
Arnaud (Dominique), résident à Tunis,
p. 132, 135, 140, 147, 233, 290, 291, 301,
305, 307, 438. — (Jean-Joseph), cuisinier,
p. 438. — (Lazare), résident k Tunis,
p. 438. — (François), p. 505, 575, 616,
633, 681, 686.
Arnoux, résident à Tunis, p. 71.
Arsenal du Bey, p. 221, 241, 242, 299.
Artés (J.-B.), commis à Tunis, p. 147.
ArtrAmisb (L*), frégate, p. 336.
Artillerie tunisienne. — Fonderie de
canons, p. 149, 151, 170, 194. — Machine
k forer des canons, p. 183, 187, 191, 202,
206, £15. — Bombes, p. 186, 187, 191,
209, 210, 215. — Munitions de guerre
demandées à la France, p. 145 à 148, 196,
200, 202, 207, 208, 211, 215, 235, 267, 268,
270. 274, 275, 276, 285. — Canons, p. 273.
— Fourneau k rougir les boulets, p. 274.
ET ANALYTIQUE
715
— AITûts, p. 274. — 120 canons achetés
en France, p. 446, 450, 453, 454. —
6000 fusils de munilion achetés en
France, p. 469, 410, 472, 499 à 609. —
Le Bey demande deux ingénieurs et un
officier français, p. 554, 634, 639, 640,
646. — Voir Poudre, Salpêtre.
Artois (Marie-Thérèse de Savoie, Com-
tesse D*), p. 38; — (Comte d';, voir Char-
les X.
AssAiLLAirr (L*), aviso, p. 369, 378, 388 ; —
arrêté & la Goulette, p. 374. 315, 377,
319; — armé en course par le Bey, p. 381.
Assemblée constituante, p. 182.
Assignats, p. 2il. — Les consuls seront
payés en numéraire (22 août 1793), p. 225.
Assomption (L'), bâtiment russe, p. 483.
Assurance maritime, ne se fait pas à
Tunis, mais à Gênes, Marseille et
Livourne, p. 499.
ASTOlN-SlELVE, voir SiELVB.
AsTRéE (L'), frégate, p. 644, 655, 662, 664.
AsTRUY, capitaine d'une tartane, p. 384.
Atalantb (L*), frégate, p. 6, 7, 18, 19, 81.
Athènes, p. 550.
Attel (Elias), juif résident à Tunis,
p. 280, 292, 295, 300, 315, 407, 418, 425,
498, 593.
Attili de la Touh (Comte d'), consul
de Sardaigne à Alger, p- 640, 642, 643,
647, 654, 666, 674.
Auberge de la nation française à Tunis,
p. 22; — jugée par M. de Totl, p. 87; —
établie hors du Fondouk, p. 88, 90,91,103.
AuBERT du Bayet (J.-B. Aunibal), général,
p. 336.
AuBiGNOSc. Voir Brun d'Aubignosc.
Aubin (François), boulanger, p. 438, 505.
Audibbrt-Caille (Louis d'), député de
la nation française & Tunis, régisseur de
la maison Viilet, p. 88, 132, 135, 139,
140, 147, 201, 290, 301, 305. — Plaintes
contre lui, p. 238, 243, 246.
Audiences du Bey, p. 6, 7, 9, 14, 18, 19,
25, 28, 33, 34, 36, 40, 46, 52, 56, 69, 81,
89, 91, 92, 96, 155, 159, 162, 193, 211, 219,
222, 223, 255, 256, 277, 304, 311, 321, 340,
342, 368, 378, 412, 420, 431. 439 à 441, 516,
521, 541, 569, 600, 648, 653, 654, 660, 662,
690, 710; — du Pacha de Tripoli, p. 322.
AuGiBR (François, comte d'), vice-ami-
ral, p. 623.
Auguste, joaillier, p. 451.
Aurore (L'), frégate, p. 37, 52, 53, 55,
91, 92, 102, 108.
Authier (Félix;, négociant de Toulouse,
p. 627.
AuTRAN, prisonnier & Tunis, p. 344.
Autriche, Guerre avec la Turquie,
p. 174 à 176. — Guerre avec la France,
p. 314, 339, 346. — Le consul de Hollande
est agent de TAutriche & Tunis, p. 491,
555, 625, 626, 632. — Démêlé avec le
Maroc, p. 699.
Autruches envoyées à Charles X, p. 614.
AuvELLY, négociant français & Tunis,
p. 88, 91.
Ayeicturb (L'), corvette anglaise, p. 585.
Baba Mustapha, drogman du Fondouk,
p. 132.
Bacri, p. 375, 382, 499.
Badine, corvette, p. 114, 211.
Baisemains du Bey de Tunis, p. 14, 19,
233, 304, 525, 530, 555, 558.
Baléares, occupées par les Anglais,
p. 496.
Balmette (Jacques), garçon boulanger,
p. 147.
Balt (Le Commodore), p. 403.
Barcelo (Antonio), chef d'escadre espa-
gnole, p. 132.
Barcelone, p. 495.
Bardo, palais du Bey de Tunis, p. 13, 14,
16, 18, 19, 37, 55, 75, 81, 97, 124, 157, 214,
219, 441.
Bargrton (Charles-Emmanuel de), capi-
taine de vaisseau, p. 102.
Barlow (Joël), consul d'Amérique à
Alger, p. 273, 376, 386.
Baron (Ursule), de Malte, p. 420.
Barratier, vice-consul & l'Ile Saint-
Pierre, p. 361.
Barry (François), député de la nation
française & Tunis, p. 23, 90.
Barthez (Joseph), résident à Tunis,
p. 132, 135, 140, 147, 186, 194, 290, 301,
305, 397, 438, 470, 492.
Basalini, diplomate espagnol, p. 167.
Bassano (Hugues* Bernard Maret, duc
de), ministre des AfTaires étrangères,
p. 493, 494, 495, 496, 499, 500, 501 , 502,
503, 504, 505, 506, 507, 508, 509, 510, 511,
512, 513.
Bastia, p. 163, 200, 234, 252, 272, 353,
357, 310, 407, 432, 450, 453, 543.
Bastide, p. 483, 497, 593.
Bastion de France, p. 45, 656.
Bastonnade (Français punis de la),
p. 395, 406.
Batavia (Le), vaisseau hollandais, p. 155.
Bayonnaise (La),corvette, p. 689, 690, 698.
Bbaubarnais (François, marquis de),
ministre de France en Toscane, p. 464.
Beaumier, négociant de Lyon, p. 680,
686.
Beaumont (Christophe de), archevêque
de Paris, p. 54.
Bbaussier (Bonaventure), consul géné-
ral de France à Tunis, p. 271, 218, 219,
281,282, 283, 290, 291, 294, 295, 296, 300,
301, 303, 304, 305, 301, 308, 311, 312, 316,
317, 318, 319, 322, 323, 327, 331 ; — cri-
tiqué par Herculais, p. 320, 334; — consul
à Tripoli, p. 323, 349, 351, 358, 362, 390,
398, 416; — négociant & Tunis, p. 686.
Beauvais (Joseph), perruquier à Tunis,
p. 301, 306, 438, 505.
Bédouins, pillent des corailieurs, p. 195;
— pillent une gondole corse, p. 558.
Bellier (César), négociant français à
Tunis, député de la nation française,
p. 132, 135, 140, 147.
Bbllonb (La), frégate, p. 708, 709.
Billot. Voir Bblot.
716
TABLE ALPHABÉTIQUE
Bklot, ingénieur au senrice du Bey,
p. 306, 379, 391, 394, 420.
Bpn-Atbt, voir Redjbb.
BbIram (fêles du], p. 13, 75.
Bbllbtbbtb (Nicolas-Henri), secrétaire-
interprète, p. 442, 452.
Bellbvillb, consul & Livoume, puis
chargé d'affaires en Ligurie, p. 321, 326,
360.
Bbutdick (Williams), commandant des
troupes anglaises en Sicile, p. 501, 508. —
(Lady), p. 501. 502.
Bbrlb (Antoine), courtier du consul,
p. 505.
BBiUfARD, caissier de la Marine & Mar-
seille, p. 218 ; — résident à Tunis, p. 300.
Bbrnardih (Le Père), capucin, p. 180.
Bbrmstorpf, p. 564.
Bbrtbllet (Louis-Antoine db), consul
de France à Livourne, p. 111, 115.
Bertrand, directeur de la Compagnie
d'Afrique à Marseille, p. 247, 266.
Bertrand de Mollbvillb (Antoine-Fran-
çois), secrétaire d'État de la Marine,
p. 198, 201, 203, 204, 205, 206, 212.
Biche (La), goélette, p. 516.
BiftRB DE Hollandb, p. 76.
Bionoh (Baron), p. 708.
BiLLON (Francis-Joseph), résident à
Tunis, p. 88, 91, 147, 251, 297, 312, 422,
438, 446, 447, 455. — Plaintes contre Her-
culais et Guiraud, p. 302, 303. ~ (Jean-
François), son frère, vice-consul, p. 455,
456, 475, 482, 483, 484, 485, 486, 487, 489,
490, 491, 492, 493, 494, 495, 496, 498, 499,
500, 501, 502, 503, 504, 505, 506, 507, 508,
509, 510, 511, 512,513, 514, 515, 516, 517,
520, 521, 534, 543.
BiNEAU, ingénieur, p. 627, 667, 686,
692.
BiRBO (11), corsaire anglais, p. 479.
Biscuits, p. 76, 554.
BizERTE,p. 11, 70, 72,79, 89,105,157,247,
305, 375, 378, 406, 437, 439, 450, 456, 498,
509, 554, 558, 580, 587, 612, 615, 624, 646,
647, 674, 697, 698.
Blancard (Mlle), de Marseille, p. 630.
Blancbenay. Anglais, p. 662.
Blet, offlcier d*artillerie, 639.
Blocus continental. Devoize ne peut
empêcher l'introduction des marchan-
dises anglaises en France, p. 475, 486.
Blot, ingénieur, p. 205, 206.
Blotbfier (Jean -François de), capitaine
de vaisseau, p. 24.
fiocKENHAGEN, capitaine de vaisseau,
p. 641.
fiooo (François), maître menuisier,
p. 639, 686.
Bombay (Le), vaisseau anglais, p. 545.
Bombes, voir Artillerie.
BoMPAR (Chevalier de), capitaine de
vaisseau, p. 6, 37, 91, 92, 99. 100, 102,
108.
Bon (Gap), p. 634, 637, 640, 656, 662.
Bonaparte, renvoie des esclaves au Bey,
p. 326, 331, 332; -- demande des vivres
au Bey, p. 350; — occupe Malte, p. 351
à 358; — en Egypte, p. 363 à 369, 371, 393,
398, 402, 422; — Premier Consul, p. 404,
413, 418, 419, 422, 429;— renvoie Devoize
k Tunis, p. 424; — remercie le Bey
d'avoir libéré des esclaves, p. 433; —
Président de la République italienne,
p. 438; — Consul à vie, p. 438, 440 à 442;
— Lettre de créance pour Mustapha-Agha,
p. 450; — Empereur, p. 46; — en Espa-
gne, p. 482; — Mariage avec Marie-
Louise, p. 489; — Naissance du Roi de
Rome, p. 494; — Entrée à Moscou,
p. 504; ~ Cent-Jours, p. 534, 536, 537.
Bonaparte (Joseph), ambassadeur à
Rome. Ses effets enlevés par un corsaire
tunisien sur une barque génoise, p. 351,
361, 377. — Roi de Naples, p. 465. — fioi
d'Espagne, p. 482.
Bonaparte (Lucien), p. 489.
BoNAVBNTCRB DE Prato (Père), capucin,
p. 461 ; — esclave, p. 480.
Bons, comptoir de la Compagnie d'Afri-
que, p. 45, 80, 119, 136, 137, 138, 247,372.
454, 550, 584, 5R8, 619, 634, 636, 655, 656,
698 ; — Projet d'expédition contre Mne,
p. 644;— Blocus, p. 680.
Bonipacb, capitaine de vaisseau, p. 597.
BONIPACIO, p. 105.
Bonnets envoyés de Tunis en Egypte,
p. 357.
BoNNBVAL (Philippe db Roux, comte de),
capitaine de vaisseau, p. 65, 69, 70, 71,
73.
Bonthoux (Jean), résident napolitain &
Tunis, p. 511, 514.
Boot, chef d'escadre hollandaise, p. 155.
Bosc ou BoscB, perruquier à Tunis,
p. 306, 420.
Botanique, voir Anoevillbr, Dbsfontai-
NBS, PeYSSONNBL.
Bottari, facteur à Tunis, p. 306; —
(Côme), agent consulaire à Bizerte, p. 378«
437, 438, 446, 448, 450, 457, 505, 509, 527,
554, 612, 615, 624.
BouDBUSE (La), frégate, p. 119, 123, 124.
BouDjARA (Elias), agent du Bey à Mar-
seille, p. 562.
Bougie, p. 485.
BouiLLET, négociant à Marseille, p. 147.
Boulanger (Gérard), résident è, Tunis,
p. 289.
Boulanger du Fondouk, p. 76, 88, 188,
515, 605.
BouLouvARD, chef du bureau des Con-
sulats, p. 335.
BouRDÉ, capitaine de vaisseau, p. 273.
BouRiLLON ou BouRRiLBOH, résioeut à
Tunis, p. 301, 305, 575.
BouRMONT (Louis de Ghaisnb, comte de),
p. 697, 698.
BOURVILLB, voir VaTTIER DE BOURVILLE.
BouTDf (Vincent- Yves), chargé d'uoc
mission topographique dans les Régences
barbaresques, p. 474, 475.
BouziOB, résident à Tunis, p. 233, 290,
291, 305; —expulsé, p. 316.
BoYNBS (Pierre-Étienne-François-Boui^
geois db), secrétaire d'État de la Marine,
BT ANALYTIQUE
717
p. 5, 6, 7, 8, 9, 10, H, 42, 43, 44, 45, 46, 47,
48, 49, 20, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29,
30, 34, 33.
Brbdi, voir Mambt Brady.
Broglir (Duc de), ministre des AfTaires
étrangères, p.. 741.
Rrouard (Etienne, baron), chef de
rétat-major de Malte, p. 352.
BuovES (Comte de), envoyé de Louis XV
h Tunis, p. 4, 41.
Brueys d'Aioalliers (François- Paul),
lieutenant de vaisseau, p. 492, 493; —
contre-amiral, p. 336, 350, 422.
Brdn d'Aubionosc (Louis), offlcier en
mission à Tunis, p. 689, 696, 697, 698.
BKiiNB(GuiUaume-Marie-Anne), général,
ambassadeur à Conslantinople , puis
maréchal, p. 459, 464, 462, 540.
BuGHOT (Philibert), commissaire des
relations extérieures, p. 224, 233, 234,
235, 236, 237,238, 239, 240, 244,242, 243,
250.
BoFFOir. Ses œuvres demandées par le
médecin du fiey, p. 325.
BuRSTRÔM, consul de Suède & Tripoli,
p. 504.
BuRTAT (Maurice), agent de la Compa-
gnie d'Afrique à Tabarque, p. 247, 412.
BuzARAïf, consul d'Espagne à Tunis,
p. 402.
Cabotage à Tunis en 1792, p. 220.
Cacack, capitaine sicilien, p. 506.
Cadeaux, voir Présents.
Cadoucha, sœur d'Hamouda-Bey, p. 523.
Café offert pendant les audiences du
Bey ou de ses ministres, p. 49, 320, 446,
541 , 569, 648.
Captan d'investiture envoyé par le
Sultan, p. 550.
Cagliari. p. 143, 150, 165, 215, 228, 237,
245, 259, 364, 388, 436, 445, 454, 473, 484,
545 547.
Caire (Le), p. 423, 363, 372, 402.
Caisse de secours pour les Français,
p. 616
Cajetan de Erboplo, provincial des
Capucins de Corse, p. 180; — de Bastia,
Capucin, p. 180.
Calabre (de), chancelier du consulat de
France à Tunis, p. 8, 10.
Calèche offerte par le roi de Naples au
Bey. p. 513.
Callb (La), comptoir de la Compagnie
d'Afrique en Algérie, p. 45, 80, 247, 366,
367, 36S, 312, 388, 493, 558, 560, 583, 584;
— détruit, p. 634.
Campbell (Commodore), p. 390.
Candélabres offerts au Bey, p. 257.
Candie, p. 365.
Canéb (La), p. 12, 458, 365.
Canons. Voir Artillerie.
Cap-Nègre (Comptoir français du), p. 41,
16, 23,79, 156, 159, 160, 601, 621, 631, 701,
710.
Capitulations, p. 604, 615, 646, 706.
Capo d'Istria (Comte), p. 563, 564.
Caprara (Cardinal), p. 455.
Caprera (Ile), p. 462, 463, 444, 449, 432,
Capucins, p. 68, 72, 73, 84, 480, 484, 288,
464, 475, 494, 517, 562. Voir Chapelle
consulaire. ClueTIÉRE.
Carbonel, boulanger du Fondouk, p. 88.
Carbonnbl (François), cuisinier & Tunis,
p. 307, 420.
Cardinbt (Alexandre), commis à Tunis,
p. 447.
Carmi (Moïse), juif d^Avignon, p. 587.
Carmin (Moïse), juif de Tunis, p. 505.
Caroni (Père Félix), antiquaire, p. 459.
Carrosses offerts au Bey, p. 66, 69,
256, 257, 324.
Carthaoe, p. 459, 664; — (Gap), p. 30,
454.
Cartographie de la Méditerranée,
p. 62.
Cassal (Félix), chargé d'une mission
pour la ménagerie de Versailles, p. 349.
Cabsan, résident à Tunis, p. 627.
Cassolettes offertes à Mustapha-
Khodja, p. 444, 459, 457.
Castlereagh (Lord), p. 564.
Castribs (Charles-Eugène-Gabriel de la
Croix de), secrétaire d'Elat de la Marine,
p. 443, 444, 445, 4)6. 447, 448, 449, 422,
423, 424, 425, 426, 429, 430, 134, 432, 433,
434, 435, 436, 431, 438, 439, 440, 444, 442.
443. 444, 445, 446, 141, 449, 450, 454, 452;
453, 454, 455, 456, 451, 458, 459, 460, 464,
462, 465, 166, 467, 468, 469, 470, 472.
Catalogne, p. 224, 399.
Catucart (Leander), diplomate améri-
cain, p. 376.
Cautionnements. Voir Commerce (Cham-
bre de).
Cave du Fondouk, p. 90.
Cbnsaux à Tunis, p. 606.
Céphalonie, p. 337, 339, 344, 355.
Cérémonial, p. 462. Voir Audiences, Bai-
semain, Consuls.
Cêrigo, p. 339.
Cbuta, p. 636.
Chabert (de), capitaine de vaisseau,
p. 44.
Chabot (Louis-François-Jean), général,
p. 350.
Chaix, négociant français à Tunis, p. 88.
Chakir, garde des sceaux, p. 645, 707.
Champagny (J.-B. Nompère, Comte de),
ministre des Affaires étrangères, p. 474,
472, 413, 414, 415, 416, 477, 418, 484, 482,
483, 484, 485, 486, 481, 489, 490, 494, 492,
493.
Chancelier du consulat de France à
Tunis. — Ses appointements, p. 85, 99.
— Son logement, p. 311, 315. — Plaintes
des résidents, p. 488. Voir Adanson,
Calabre, Duchenoud, Laudon, l'Etano,
SiBLVE, Vallière.
Chancellerie, droits perçus, p. 449, 474.
Chants patriotiques, p. 289, 304, 304.
Chapkuè (Jacques-Henri), résident à
718
TABLE ALPHABÉTIQUE
Tunis, p. 147, 186, 191» 194, 191, 202,
209, 210, 215, 217, SOI, 305, 438, 473, 496
à 498, 512, 532, 575, 616, 631, 633, 681,
686; — (Louis-Antoine) , son neveu,
p. 505,631,633,681, 686.
Chapelle corsulaihe, desservie par des
Capucins italiens, p. 74, 85, 140, 287,
288, 296, 297, 435, 443, 447, 452, 476, 489,
639,681,687,694.
Charbonnier, lieutenant de vaisseau,
p. 224.
Charles X, p. 601, 604, 607, 608, 612,
617, 618, 623, 704.
Charles (Père), Préfet des Capucins de
Tttnis, p. 288.
Cbaklis, capitaine de navire, p. 420.
Charmttbs couvertes servant à la
nation française pour accompagner le
Consul au Banlo* p. 75.
Châtaignes, p. Î5.
Château BRIAN 0 (FranoMS-René , vicom-
te de), ministre des Anaîr«a étrangères,
p. 587, 588, 589, 590, 594, 585^ 597, 598,
599, 600.
Chatbauneup (Pierre- Bazile-Françoîa de
L*EspiNE de), consul général de France à
Tunis, p. 158, 159, 160, 161, 162, 165, 166,
167, 168, 169, 170, 171, 172, 173, 175, 176,
177, 179, 180, 181, 182, 183, 185, 187,191,
192, 193, 195, 196, 197, 201, 202, 203, 204,
205, 209, 210, 214, 235, 280, 378.
Chaumartln (de), capitaine de vaisseau,
p. 46.
Chevaux envoyés en présents au Bey
de Tunis, p. 14, 347; — par le Bey a
Louis XVI, p. 57 ; — - par le Dey d'Alger
au Directoire, p. 317; — deinaudés pour
Malte, p. 353.
Chiesa (Jean), dit DgiafTec, esclave
renégat, p. 135.
Chuérb (La), frégate, p. 8, 9.
Chirurgien de la nation française à
Tunis; — ses appointements sont payés
Kar la caisse nationale , chacune des
uit maisons françaises et le Consul,
p. 27. Voir DupouR, Pou verdi, Salva.
Chocolat offert au Bey et à Mustapha-
Khodja, p. 75.
Chosallao, domestique à Tunis, p. 307.
Chypre (Ile de), p. 589.
CioooNA (chevalier Marco), capitaine de
vaisseau vénitien, p. 443.
CioooNE (La), goélette, p. 637.
CiOTAT (La), p. 52, 173.
Cimetière des esclaves chrétiens &
Tunis, p. 68, 72; — les clefs et le casuel
sont déposés dans une caisse à la
garde du Préfet des Capucins, p. 72.
Citerne du Fondoue, p. 77.
CiviTA Vecchia, p. 178, 181, 316, 407,
466, 489.
Clauzel (général), p. 359.
Clément (Victor), aubergiste à Tunis,
p. 306, 438.
Clermont-Tornbrre (marquis de), mi-
nistre de la guerre, p. 636.
Cloche SOUS-MARINE pour pécher le corail,
p. 610.
Cocardes hollandaises, p. 315, 502, 514.
Code napoléon expli(}ué au Bey, p. 502.
CoLCHBN, commissaire des rélations
extérieures, p. 224.
Collet (Joseph), capitaine de Taisseau,
p. 635, 637, 638, 640, 665.
CoLLo (Le), comptoir de la Compagnie
d'Afrique en Algérie, p. 45, 80^ 247. 457.
Colosse (Le), vaisseau français, p. 566,
572, 642.
Comète (La), vaisseau français, p. 660.
CoMrré DE SALLT public, p. 225, 226, 231,
232, 237, 243, 248, 249,250, 251, 252, 254.
255, 256, 257, 259, 260, 261, 263, 264, 26.^,
266, 267, 268, 269, 270, 271, 272, 282, 284.
Commerce. — Commerce français à
Tunis, p. 22, 25, 27, 59. 117 à 119. 123,
225, 260, 460. 474, 493, 494, 563. 582, 587,
610, 631, 632, 675, 694; — Commerce
général à Tunis, p. 173, 183, 219, 220, 5^5,
— Chambre de commerce de Marseille,
p. 10, 15, 39, 77, 78, 93, 94, 102, 106, 118,
153, 173, 228, 241, 248, 260, 426, 438,470.
Comptabilité des Échelles de Barbarie,
p. 118, 278, 219.
Condulmer (Tomaso), amiral vénitien,
j^ 143, 322, 330.
CoKGÉs du Consul de France, p. 8, 52,
68, 81, «25, 130, 187, 190, 195, 196, 468,
478, 483, 5(1.
CoNNiLuâRK (Les), p. 92.
Conques (Beimard), résident à Tunis,
p. 505.
Conseil exAcutip pamisoirb, p. 220, 221,
224.
Constantinr (Bey de), p. 80, 122, 134
à 138, 167, 169, 317, 367, 372, 454,470,
471, 655, 656, 688, 689, 691, 696, 698, 699.
CoNSTANTiNOPLK, p. 19, 87, 264, 2lt, 282,
283, 295. 336, 344, 363. 365, 389, 402, 419,
459. 461, 464. Voir Turquie.
Consul tltosibn. — Le Bey veut avoir un
Consul à Marseille, p. 598, 616. Voir
BouDJARA, GiBRRA. — à Trîeste, p. 619.
Consul de France à Tunis, — ses
appointements, p. 85, 98, 119, 225, 237,
474, 609, 624, 667 ; — son uniforme, p.
99: — Préséance, p. 525, 555, 558, 678,
680, 681. — Voir Bbaussier, Chateaunecp,
Dbvoize, Du Hocher, Guys, Lbsseps, Saiziso,
SULAUZB.
Consuls étrangers a Tunis : ~ d'Angle-
terre, p. 90, 97, 252, 256, 259, 260, 27t, 281.
289, 319, 371, 393, 400, 412, 467, 487, 492,
506, 508, 51 3, 516, 520, 525, 545, 547 , 555, 556.
575, 588, 625, 657, 680 à 683, 708 à 710 ; —de
Danemark, p. 14, 132, 240, 361, 513, 550,
575; — d'Espagne, p. 256, 274, 320, 361, 372,
402, 484, 516, 575, 666; — des États-Unis,
p. 348, 376, 385 à 387, 396, 463, 473. 513.
531, 558. 575, 609;— de Hollande, p. 133,
136, 256, 260, 295, 302, 361, 372, 384, 387,
391, 441, 516, 625, 626; — Agents d'Au-
triche, p. 136, 315, 361, 502, 520, 625, 626;
— de Raguse, p. 295, 315; — de Russie,
p. 315 ; — de Toscane, p. 586, 625. 674; —
de Naples, p. 556, 575, 610, 611,675; — de
Sardaigne, p. 552, 556, 575, 610, 611, 625,
ET ANALYTIQUE
719
640, 654, 657, 674, 683, 708 à 710; — de
&ttfedB«24^35&»3^56i^SU»&ift, 556, 575;
— de Venise, 143, 240, 257, 259, 289, m%
330, 331; — Liste, p. 630, 632.
Consulat db Tunis, p. 85, 117, 221, 222,
307.
Convention nationale, p. 224, 272.
Convois de vaisseaux marchands entre
Tunis et Marseille pendant les guerres
franco-anglaises, p. 102, 104, 109, 112, 119,
123, 124, 126, 129, 130, 214, 222, 223, 244,
247.
CoQuiLLB (La), frégate, p. 561.
Corail (Pèche du), p. 11, 15, 16, 23,
79, 80, 89, 93, 98, 101, 103, 115, 119 &
130, 143, 145, 183 à 185. 247, 357, 437,
439, 446, 448, 452, 454, 456 à 458, 462,
463. 465, 467, 468, 471, 473, 476, 492,
496, 497, 505, 509, 512, 526, 550; —
affermée aux Anglais, p. 552, 610, 615,
619, 622; — réclamée par les Français,
p. 535 à 563, 579, 621, 702, 706,708, 709; —
convoitée par les Napolitains, p. 573, 583.
CoRFOU, p. 332, 336, 337, 339, 341, 344,
346, 350, 3-25, 387, 402, 495, 498, 541.
Coriolis d'ëspinouse (Charles-Régis ,
marquis de), capitaine de vaisseau, p. 13,
18,53, 55,56.
Coriolis-Puymichel (marquis de), capi-
taine de vaisseau, p. 13.
Cornélie (La), frégate, p. 652, 664, 667.
Corsaires : algériens, p. 124, 374, 387,
388, 453, 469, 476, 494, 627, 637, 638; —
anglais (minorquins), p. 91, 92, 99, 104,
105,107, 108, 109, 112, 119, 222, 467, 469,
472, 476, 478, 479, 483 & 489, 496; —
espagnols, p. 589, 598, 599; — français,
p. 225, 226, 252, 349, 421, 452, 464, 471,
479, 481, 485, 492, 494, 497; 508; — grecs,
p. 637; — italiens, p. 459, 517; — mal-
tais, p. 25, 38, 41 à 43, 462; — russes, p.
176, 472; — suédois, p. 452; — tuni-
siens, p. 35, 52, 105, 137, 163 k 165, 167,
168, 170, 171, 178, 179, 181, 191, 195, 200,
207, 208, 211, 215, 217, 223, 227, 228, 245,
435. — Prises génoises, p. 171, 351, 379,
450; — Prises corses, p. 81, 88, 113, 179
à 181, 252, 235, 281, 341, 346; — Prises
françaises, p. 102, 135, 138, 374, 384, 423,
544; — Prises italiennes, p. 352, 463; —
Prises napolitaines, p. 458, 581 ; — Prises
romaines, p. 620; — Prises sardes, p.
507, 545; — Prises toscanes, p. 464; —
Prises grecques, p. 338, 344, 509; —
Prises russes, p. 270, 483; — Prises
vénitiennes, p. 332, 333, 336, 337 ; —
Prises prussiennes, p. 641.
Corse, possession anglaise, p. 241, 232,
271, 272, 274, 287, 314, 331, 341. Voir
CAPuaNs, Corsaires, Esclaves, Paoli.
CoRTÈs, résident à Tunis, p. 306.
Cosmos, corvette anglaise, p. 500.
Costa (Âmbrogio), patron d'une gon-
dole génoise, p. 168.
CosTE (François-Xavier), horloger à
Tunis, p. 306, 438; — envoyé à Cagliari
pour les approvisionnements de Malte,
p. 388.
Courrier. Nécessité d'un courrier régu-
lier entre Marseille et Tunis, p. 490.
Comai. Le Bey veut la restreindre
(1772), p. 12; — supprimée, p. 549, 563
à 567, 701, 704.
CouRvoisiER, officier d'artillerie, p. 639,
640, 654.
CoxE (William), consul des États-Unis
à Tunis, p. 473, 513, 609, 632.
Cri de nuit. Les négociants de Tunis
sont obligés de rentrer au Fondouk au
cri de nuit, p. 88, 90, 362.
Croisade pour la délivrance des esclaves
blancs en Afrique, p. 547, 553.
Crow, vice-consul d'Angleterre, p. 631.
CuBisoL (François), ingénieur, résident
h Tunis, p. 506, 525.
Cuirassier (Le), brick, p. 684, 687.
Cuirs, p. 225, 234; — abolition de la
ferme, p. 711.
Ctbâle (La), frégate, p. 611, 612.
Dalmatib, p. 473.
Dalmont, p. 593.
Damas (Ange, baron de), ministre des
Affaires étrangères, p. 601, 602, 603, 608,
609, 610, 611, 612, 613, 614, 615, 616, 617,
618, 619, 620, 621, 622, 623, 624, 625, 620,
627, 630, 631, 632, 633, 634, 636, 637, 638,
639, 640,.641, 642, 643, 644, 645.
Damas-Marillac (de), chevalier de Malte,
p. 419.
Danemark, p. 14, 131, 139, 141, 157,
215. 318, 320, 409, 412, 415, 424, 6S4, 686.
Davis, consul des États-Unis à Tunis,
p. 463.
Debard (Jean), faux-monnayeur, p. 500.
Deforgues (François-Louis-.Michel Che-
min), ministre des Affaires étrangères,
p. 224, 225, 231, 232.
Dejear (Paul) , trompette du Bev ,
p. 505.
Delacroix (Charles-Constant), ministre
des relations extérieures, p. 272, 273,
274, 275, 276, 277, 279, 281, 286, 287, 289,
290, 291, 293, 294, 295, 296, 297, 298, 299,
300, 301, 302, 304, 307, 308, 310, 311, 315,
316, 317, 319, 320, 322, 323; — Rapport au
Directoire sur tierculais, p. 312, 313.
Della Somaolia (Cardinal), Préfet de la
Propagande, p. 627.
Deliberti, Sicilien, p. 344.
Deloffrb (Théodore), capitaine de vais-
seau, p. 660.
Delon, résident & Tunis, p. 336, 347.
Demandolz de la Palu (de), lieutenant
de vaisseau, p. 18.
Dkmbure-Debillow (Jean), négociant de
SUÉtienne, p. 627.
Demolin, résident à Tunis, p. 306.
Démontés (Gregorio), Espagnol, p. 686.
Denis (Pierre-Guillaume), lieutenant de
vaisseau, p. 581.
Dépenses relatives aux envoyés de
Tunis, p. 4, 18 ; — du consul à l'occasion
720
TABLB ALPHABÉTIQUE
d'une fête, p. 54 ; — extraordinaires (1 187),
p. 172.
Dépôts en chancellerie, p. 532, 6i9.
Députés de la nation française à Tunis,
6. 426, 427, 438. Voir Audibbrt-Caillb,
ARRY, Chapblié, Famik, Gay, Guiraud,
Lbnadibr, Monob, Moubié, Ré.
Dbsbois, archer de la marine, p. 61.
Dkscorchbs (Marie-Louis-Henri), am-
bassadeur à Constantinople, p. 365.
DtSERTBL'R FRANÇAIS euvové en présent
par le Bey à Louis XVI, p. 56 ; — Amnis-
tie générale, p. 122, 145.
Dbspontainbs (René-Louiche) , chargé
d'une mission botanique en Algérie et
en Tunisie, p. 131, 133, 138, i40.
Dbsoranges (An toi ne -Jérôme), inter-
prète, p. 603, 608, 611, 614.
Dbsmouums, résident à Tunis, p. 420.
Dbssollbs (Charles-Louis, marquis), mi-
nistre des AfTaires étrangères, p. 562,
563, 567, 571, 512, 573, 574.
Dbstin (Le), frégate, p. 86.
Dbtht, capitaine de vaisseau, p. 103.
Dbux-Frbrbs (Les), tartane, p. 375, 376,
388.
Dbux-Siolbs. Voir Naplbs.
Dbval (Alexandre), consul de France à
Alger, p. 634, 637, 639.
Dbvai'x, cuisinier à Tunis, p. 307.
Dbybnet, lieutenant de vaisseau, p. 114.
Dbvoizb (Jacques-Philippe), vice-consul,
puis consul général de France h Tunis,
p. 60, 69, 70, 73, 81, 82, 86 à 93, 96, 98 à
104, 111, 114, 198 À 225, 227 à 233, 236 à
238, 240. 241, 245, 248, 249, 251, 252, 256
à 259, 264, 266, 270, 271 h 274, 277 à 279,
281 à 287, 289 à 304, 323 à 325, 327 à 329,
331 à 336, 339, 343, 344 à 354, 356 à 363,
368 k 384, 386 à 390, 392, 393, 396, 397,
399 à 403, 405 à 411, 414 à 420, 422 à
424, 427 à 430, 431, 434 à 440, 442 à 465,
467 à 487, 492, 493. 503, 514, 518, 520 à
523, 526, 527, 529, 530, 532, 534 à 563,
567, 572 à 575, 579, 582, 588. 614. — An-
toine, fils de Jacques-Philippe Devoize,
p. 60.
Diamants offerts au Bey, p. 211, 254, 257,
258 ; — Vol d'un diamant de 52 000 francs.
Voir Babtidb.
DicTiu?iNAiRBS français-arabes, p. 624.
DmiTRi. valet de Mustapha-Agha, p. 440,
505.
DiRBCTOiRB, p. 269, 272, 275, 276, 277,
278, 279, 282, 285, 286, 287, 293, 294. 298,
300, 301, 303, 308, 309, 310, 314, 324, 328.
333. 348, 355, 356, 360, 363, 364, 365, 370,
375, 381, 384, 393, 397, 399.
Divorce d'un Génois, p. 397.
Djbrba (lie), p. 248, 251, 711; — Agence
du consulat, p. 624.
Djerid (le), p. 136, 510.
Domestiques du Consul, p. 22.
Donativbs, p. 75, 223. Voir Présexts.
Dons patriotiques de la nation française
à Tunis, p. 182, 347, 355,356.
DoRioL (Joseph), consul à Cagliari,
p. 473.
Douane tunisibnnb (Droits de), p. 99,
117, 340, 346, 428, 429, 434, 436, 437, 472,
476, 477, 519, 533, 572, 588, 589, 592,
594, 597, 605. — Tarif, p. 577.
Dragon (Le), brick, p. 660.
Drague, pour pécher le corail, p. 622.
Drapeau. Voir Pavillon.
Draps français, p. 22.
Drooman du Fondouk. — Ses appointe-
ments, p. 74, 85; — Nomination d'un
adjoint, p. 182 ; — Présents, p. 305.
Daorr db consulat sur les importations
françaises à Tunis, p. 62, 67, 70.
Dromadaire (Le), gabarre, p. 496.
Drouault (Jacques-Pierre-Cfaarles), ca-
pitaine de vaisseau, p. 595, 597, 600.
Dryade (La), frégate, p. 521, 539.
DuBARRT (Madame), p. 22.
Dubois-Thaucvillb (Charles-François) ,
envoyé h Tunis, p. 406, 407, 415, 416,
450, 463, 468, 490, 495, 499, 536, 538. 539,
540, 541.
Du Châtia (Armand -Simon- Marie
Blanquet), capitaine de vaisseau, p. 212.
DucHENOUD (Jean-Charles), interprète-
chancelier à Tunis, p. 615, 620, 621, 624,
664, 668, 673, 674, 676, 696, 708, 710.
DucHBR, envoyé de France à Alger,
p. 226, 227, 231.
DucHBSSB DB Berry (La), vaisseau, p. €72.
DucREST DE Villeneuve (Alexandre), ca-
pitaine de vaisseau, p. 644, 648, 650, 655,
661, 664.
DucROT, capitaine en second d*une tar-
tane, p. 138.
DuGON, fabricant de vin à Porto-Farina,
p. 445.
DuMONT, capitaine d'état-major, p. 516.
DUMOURIEZ, p. 158.
Dupbtit-Thouars (Albert), capitaine de
vaisseau, p. 677, 680, 681.
DuPRÉ (Jean-François), consul de France
à Salonique, p. 616.
DuQiBSNE (Le), vaisseau de ligne, p. £t2,
223, 229, 439, 441.
Durand, résident à Tunis, p. 301, 306.
Durand d'Ubraye, lieutenant de vais-
seau, p. 114.
Doras (comte de), gouverneur de Pile
Grenade, p. 222.
DuRFOiT (baron db), capitaine de vais-
seau, p. 81.
Du Rocher (J.-B.), consul général de
France à Tunis, successeur de Saizieu,
p. 92, 93, 94, 95, 96, 98,104, 105,106, 108,
109, 110, 112, 113, 114,115, 116, 118, 119,
121,122, 123, 124, 125, 126, 128, 129, 130,
131, 141. 147, 152, 153, 15«, 159, 164, 262,
305; — Envoyé au Maroc, p. 160.
Eaton (William), consul des États-
Unis à Tunis, & la place de Jos. Famin,
p. 376, 386.
EcHSLLB de Tunis, érigée en consulat
général, p. 60.
ET ANALYTIQUE
721
Echelles du Leyant et de Barbarie,
p. 61.
Eclair (U), frégate, p. 24, 25, 52, 55, 93 ;
— corvette, p. 220.
Eclipse (L'), brick- goélette, p. 638.
Ecureuil (L'), vaisseau français, p. 510.
Ecurie do Fondouk, p. 14, 90.
Egypte. Expédition de Bonaparte,
p. 356, 356, 360, 362 à 371, 382, 393, 398,
406, 408, 415, 591 ; — Fournit des grains
à Tarmée française, p. 499; — Préten-
dues visées de la France en 1813, p. 506.
Voir Alexandrie, Mbbbmet-Ali.
EiNsiEDELN (Baron d'), explorateur,
p. 146.
Elbe (Ile d'), réunie h la France,
p. 423, 432.
Elpah-Ahmed-Deblio, sultan de Tom-
bouctou, p. 686.
Emigrb<< francai8àTunis,p. 265,384,289,
295, 304, 307; — Herculais demande leur
expulsion, p. 271.
Ëmiia (L'), vaisseau prussien, p. 641.
Emo (Angelo), amiral vénitien, p. 89, 138,
439, 142, 143, 144, 149, 150, 151, 152, 154.
Emperbur. Voir Autriche.
Engageante (L'), frégate, p. 11, 41, 46.
Enrico (Louis), vice-consul de Sardai-
gne à Tunis, p. 632.
Envoyés db France a Tunis. Voir
BrOVES , DuBOIS-Th AIN VILLE , HeRCULAIS ,
Listenois ;— de Tunis en France : Ahued,
Ali-Chaooch, Hassan. — Morau, Ibrahim -
Epfendi, Mahmoud, Mohabimed-Kuodja, Mus-
tapha-aoha, Sulbyman-agha.
EscLAPON (Jean), résident à Tunis, p. 505.
Esclaves chrétiens a Tunis : — améri-
cains, p. 221; — autrichiens, p. 402; —
corses, p. 37, 52, 55, 56,68, 72, 73, 77 à 81,
83, 93, 98, 100 à 104, 225, 331, 332, 341 à
346, 354, 355, 381, 444 à 446, 457;— fran-
çais, p. 227, 240, 374 à 375, 383, 388, 399,
405; — grecs, p. 331, 339, 346,335, 392,402,
403, 485 ; — maltais, p. 351, 354 à 356, 360 ; —
italiens, p. 338, 344, 345, 353, 360, 362, 392,
402, 414, 419, 430, 432, 449, 450; 452, 455,
457, 465, 466, 469, 473, 476, 477, 482, 485,
502, 507, 512, 547, 548; — suisses, p. 449,
452, 455, 465 ; — prisonniers de guerre,
p. 549, 560 ; — abolition, p. 549, 701, 705 ; —
ces esclaves sont employés aux travaux
publics, p. 79, 252, 253; — ils ont huit
sous par jour, 378, 380.
Esclaves tunisiens : — & Caglîari,
p. 165, 207, 208, 211, 218, 225, 227, 228,
234, 235, 237, 245, 259, 264, 272 ; — à Gè-
nes, p. 164; — à Livourne, p. 326, 331,
447, 452; — à Malte, p. 245, 259, 274,
285, 351, 355; — à Naples, p. 28; — à
Palerme, p. 392; — à Rome, p. 171,
316.
Espagne. — Expédition contre Tunis et
Alger, p. 46 à 51, 132. 139, 243, 361; —
Traités avec le Bev, p. 167, 172, 177,216,
274, 312; — Escadre anglo-espagnole en
1793, p. 222 à 229, 245 ; — Paix franco-espa-
gnole, p. 26i, 265; — Démêlés avec Alger
et Tunis, p. 409, 412, 455; — Guerre
d'Espagne en 1808, p. 482, 484, 494, 496; —
Guerre d'Espagne en 1823, p. 701 (Voir
Corsaires) ; — Consulat géré par Lesseps,
p. 669 ; — Différend avec Tunis, p. 678, 679.
EsFARRON (Antoine d'), vice-consul de
France à Tunis, p. 116, 130, 131, 132, 133,
134, 135, 136, 137, 138, 139, 140, 141, 142,
143, 144, 145, 146, 147, 149, 150, 151, 152,
153, 154, 155, 156, 157, 158, 159, 160, 161,
165, 166, 182, 209.
EspiNOusE (d'). Voir Coriolis.
Essence de rose envoyée en présent à
LouisXVÏ,p. 58.
Estaino (Comte o'), p. 222, 225.
États-Unis, p. 131, 227,231, 336; — Les
blés américains, p. 273 à 275; — Traité
avec Alger et Tunis, p. 270, 273, 304, 376,
396; — Démêlés avec Tunis, p. 448, 463;
— Le Consul refuse le baisemain,
p. 558; — Escadre, p. 559. Voir Bahlow,
Commerce, Eaton, Famin, Pavillon.
Etrennes, distribuées par le Consul à
Tunis, p. 75.
ÉTRURiE (Roi D*), p. 447, 449. Voir Li-
vourne.
Exmouth (Edouard, lord), chef d'esca-
dre anglais, p. 548, 549, 550, 551, 553,555.
Expilly (comte d'), p. 167, 243,312.
Eymon (Balthazar), aubergiste à Tunis,
p. 147, 301, 306; — (Pierre), son neveu,
aubergiste, p. 306 ; — (Jean et Bernard),
aubergistes, p. 438, 505; — (Ambroise),
p. 505.
Eymond. Voir Etmon.
Fabre, résident à Tunis, p. 801, 306.
Fabky (Louis de), capitaine de vais-
seau, 81, 86, 87, 88, 89, 90, 126, 130.
Fabssler (Antoine), médecin résident
à Tunis, 306, 438, 505.
Falbe (Ch'.), consul de Danemark à
Tunis, p. 632, 633.
Famin (Joseph -Etienne), résident à
Tunis, député de la nation française,
p. 256, 266, 275, 291, 301, 305, 315, 336,
347, 348; — consul des États-Unis, p. 348,
376, 396; — perd sa qualité de Français,
p. 385, 386, 411; — rétabli, 443, 447, 486,
528. — (Jean-Louis-César), frère du pré-
cédent, p. 266, 267, 268, 269, 274, 275,
285, 643.
Faradge (rivière), p. 583.
Fassy, maître voilier français au ser-
vice du Bey, p. 562.
Faucher (Louis- François db), capitaine
de vaisseau, p. 10, 41, 46.
Faulbt, résident à Tunis, p. 301.
Faune (La), frégate, p. 637.
Fauré (Paul), capitaine de vaisseau,
p. 637.
Fauvbl, consul à Athènes, p. 550.
Fauvette (La), corvette, p. 222, 319.
Faux monnayeurs, p. 500.
Faux quêteurs, p. 54.
< Félk Tritons (Père), capucin, p. 461.
46
722
TABLE ALPHABÉTIQUE
Ferdinand, roi de Naples, p. 507, 508.
Fbriund, joaillier de Tunis, p. 306.
Fbrrare (Jacques), tailleur, p. 420.
Pbsch (cardinal), ambassadeur à Rome,
p. 458.
Fbsler. Voir Fabsslbr.
FftTBS à Tunis. — SaintrLouis, p. 16,
265, 542, 567; ~ 14 juillet, p. 238, 289, 352;
— 10 août, p. 242; — avènement de Louis
XYI. p. 33; — naissance du duc d'An-
goulême, p. 40; — mariages du fils aîné
et du neveu du Bey, p. 54 ; — Consulat à
vie (1802), p. 440; — réouverture de la
chapelle consulaire, p. 46; — fête de la
Liberté, p. 301, 304. — Voir Bbiram,
Ramadan, Tb Dbcm.
Fèvbs. Chargements pour l'escadre de
Toulon, p. 263.
FxévRE JAUNB, en Espagne, p. 586.
Fil d'or (Importation du) à Tunis,
p. 611, 615.
FiLUPPi (Antoine), p. 555 ; — (chevalier),
consul de Sardaigne à Tunis, p. 632, 647,
648, 654, 666, 708, 710; — sa haine contre
la France, p. 683.
Flàchb (La), frégate, p. 10, 19, 212.
Flbur-db-lts (La), frégate, p. 541, 644.
Flboriru (Charles-Pierre Clarbt, comte
db), secrétaire d'Etat de la marine, p.
186, 188, 186, 189, 190,192, 193, 194, 195,
203. 204.
Florb (La), frégate, p. 28, 34, 41, 46,
129, 130.
Fondoue. — Entretien» p. 25, 26, 27,
76, 81, 88, 90, 98, 603, 613, 623, 639, 681;
— loyer annuel de 600 piastres, p. 88 à
90, 426; — fermé pendant la peste, p. 144,
145 ; — visité par Musiapha-Khodja, p. 162 ;
— les armes du roi enlevées, p. 219; —
les Français y sont gardés prisonniers,
ainsi que le consul, p. 311, 312, 318. --
Voir Aubebgb, Boulanobr, CUve, Citbr-
NBs, Cri db Nurr, Ëcurib, Nahon française,
Pavillon, Prison.
FoNTANA, esclave français, p. 240.
FoRBiN (Charles - Gaspard - Hyacinthe ,
comte de), capitaine de vaisseau, p. 52,
55, 102.
Fortunée (La), frégate, p. 222; — pin-
que vénitien, p. 401.
Foudre (La), aviso, p. 320, 350.
FouQUE (Pierre-Valentin), capitaine de
vaisseau, p. 612, 634, 666, 669.
Franc, capitaine d'une tartane, p. 137.
Franc Bosan, résident à Tunis, p. 306.
Frank (Louis), médecin du Bey, p. 443.
Frebmantle, contre-amiral, p. 501, 502,
508, 564. 566. 569, 572, 573.
Fréron, conventionnel, p. 241, 277.
Fret, p. 139, 188, 199.
Furet (Le), brick, 439, 44 0.
FuziER (Etienne), résident à Tunis,
p. 141, 290, 291, 301, 305, 306, 358, 515;
-^ négociant à Marseille, p. 469, 412, 500,
503, 524; — (Jean), 5 0 5.
Gabriel de Santa Colonva (Père), admi-
nistrateur de l'hôpital espagnol, p. 485.
Gaëta (Raphaël), napolitain, secrétaire
de l'envoyé du Bey en Fraiice (1825),
p. 614, 618.
Gaëtano de Nicosia (Père), capucin,
p. 627.
Galathéb (La), frégate, p. 572, 595» 60O,
618, 619.
Galères maltaises, p. 38; — pontifi-
cales, p. 178, 181, 182, 191, 195, 215; —
vénitiennes, p. 200.
Galibbrti, Milanais, p. 345, 353 ; —
(Thérèse), p. 432.
Gaupie vta), p. 12, 23, 112, 145, 664.
Galles (Princesse de), p. 548, 550,
552.
G ALLO (Marquis de), ministre des Af-
faires étrangères à Naples, 492.
Gandolpi (Mgr), vicaire apostolique en
Syrie, p. 666.
Gandolphe, résident à Tunis, p. 505.
Gantbaume (Honoré -Joseph -Antonio,
comte), amiral, p. 422, 423.
Garance (Glauae), domestique, p. 147.
Garât (Chevalier db), p. 521.
Garon (Joseph-Victor), agent de la
Compagnie d'Afrique, p. 11; — (Jean-
Antoine), résident à Tunis, p. 438.
Garbt (Joseph), résident à Tunis, p. 147.
Gaspary, constructeur, puis agent con-
sulaire à Porte-Farine, p. 306, 438, 554,
586; — (Jean), son fils, p. 379, 438, 505,
507, 554, 612, 615, 616; — (Joseph-Gas-
pard), 554, 624, 664, 665.
Gassbn, capitaine d'une tartane, p. 388.
Gauthier, consul de France à Tunis en
1740, p. 559.
Gavott (J.-B. Charles), capitaine de
vaisseau, p. 213, 214.
Gay, capitaine de vaisseau, p. 222; —
(Jean), résident à Tunis, député de la
nation, p. 301, 305, 438; — (Laurent),
médecin, p. 438, 505, 522, 557, 588, 615 ;
— (Pierre), son fils, commis de la chan-
cellerie, 505, 517, 532, 616, 630, 647, 681,
686.
Gaybt (Jean), secrétaire d'Herculais,
p. 251, 256, 438.
Gayraud (Louis), capitaine, p. 585.
Gazbl (Jean), emplové À l'arsenal du
Bey, p. Sil, 242, 246, 297.
Gazette de France, rédigée par le dé-
partement des Affaires étrangères (1771),
p. 10.
Gazzano, résident à Tunis, p. 306.
Gazzo, consul de Venise à Tunis, p. 143.
Gedzar-Pagha, général turc, p. 367.
Gelulu (Sidi). voir Mehehet-Geluli.
Gênes. — Les Génois, p. 376, 383, 390;
— pèche du corail, p. 89, 103; — cor-
saires tunisiens, p. 162 h 168, 178, 179,
450; — réunion à la France, p. 464, 472;
— sous la protection anglaise, 549 à
553.
Gennarà (Ile), p. 164.
ET ANALYTIQUE
723
Gbntiu (Antoine), général commandant
de Corfou, p. 336, 344, 355.
Gborgbs IV, p. 603, 608.
Gérardin, officier français en mission
à Tunis, p. 688, 689, 691, 697, 698.
Gbrbis. Voir Djbrba.
Gerfaut (Le), frégate, p. 281.
Ghadamès, p. 682, 686.
GiBON, Sicilien, p. 344.
Gibraltar, p. 349, 363, 653, 656.
GiBRLBMT, consul dc Danemark: à Tunis,
p. 513, 556.
GiERRA (Alexandre), agent du Bey à
Marseille, p. 578, 579, 585, 643.
GiNESTB (db). Voir Martihbnq.
Girard (Mathieu), boulanger à Tunis,
p. 147.
GiRADum, maître cordier au service du
Bey, p. 379.
Glorfelot, consul de Danemark, p. 627.
Gordon (Charles)', consul d'Angleterre^
p. 319; — (Mathilde), sa fllle, épouse
d'Herculaîs, p. 319.
GoRGOoLioriE (Agostino). chancelier du
consulat de Venise, puis vice-consul,
p. 143, 257, 316, 330, 331.
GouLBTTB (La), p. 7, 9, 13, 18, 20, 23, 24,
33, 34, 38, 46, 69, 70, 73, 86, 87, 92, 93,
99, 102, 104, 114, 124, 129, 131, 133, 135,
142 à 144, 149 à 152, 155, 157, 158, 177,
193, 211 à 213, 220, 221, 254, 281, 291,
296, 304, 313, 335, 347, 369, 373, 375, 379,
380, 381, 420, 421, 431, 432, 439, 441, 453,
479, 483, 529, 554, 579, 586 ; — frais de
relâche, p. 91, 100, 159; — travaux du
port, p. 261, 349, 376, 455, 505, 623, 646,
692.
Gracieuse (La), frégate, p. 102.
GRACiEUSB8-JuMBLLEs(Les), brlgantiu vé-
nitien, p. 332, 346.
Graines. Voir Akobvillbr.
Grains (Exportation des), p. 11, 12, 16,
19, 22, 27, 218, 224, 228, 232, 234, 241, 258,
261, 273, 315, 333, 363, 364, 370, 415, 421,
432, 477, 494, 499, 546. Voir Tbskerets.
Gramaoli, faux-monnayeur, p. 500.
Granoville (Notaire), ingénieur, p. 373,
385, 389, 393, 394, 395, 406. Voir Pontons.
Granet (Honoré), agent de la Chambre
de commerce de Marseille et de la Com-
pagnie d'Afric^ue à Toulon, p. 115.
Granbt (Louis), chancelier du comptoir
de B6ne, p. 115.
Gravures, collection appartenant au
chevalier P. Serrati, p. 508.
Grècb, p. 338, 344, 392, 402, 403, 475, 627.
Grégoire (Le Père), capucin, p. 180.
Grivolas (Pierre), boulanger, p. 420.
GuAsco, patron de barque, p. 36.
GuBUDRBViLLB (François-Étiennc-Bour-
geois de), intendant de la marine, p. 27.
GuiBBRT (François-Maurice), agent de la
Compagnie d'Afrique à Bône, p. 247,
366, 454.
Guillaume-Tell (Le), frégate, p. 336, 403.
GuiLLAUMiBR, négociant Irsuçais, p. 151.
Guiraud (Louis), résident à Tunis,
député de la nation française, p. 290, 292,
293, 294, 295, 296, 298, 300, 301, 305, 317,
318, 358, 438; — plaintes contre lui,
p. 302, 303, 348.
Guys (Hyacinthe-Constantin), consul
général de France à Tunis, p. 325, 582,
588, 590, 591, 594, 595, 597, 598, 599, 600,
601, 602, 603, 604, 607, 608, 609, 610, 611,
612, 614, 615, 616, 618, 619, 620, 621, 622,
623, 624, 625, 626, 627, 630, 631, 632, 633,
634, 636, 637, 638, 639, 640, 641, 642, 643,
644, 645, 647 ; — (Pierre-Alphonse), con-
sul h Tripoli, p. 322, 323, 359.
Hadji Ali, agent du Dey d'Alger, p. 302,
305.
Hadji Hamouda bbn Abd-bl-Aziz, histo-
rien tunisien, p. 2.
Hadji Mahamoud Calamata, corsaire
algérien, p. 124.
Hadji iuicès, néffociant, p. 555.
Hambkbm, consul de Danemark et de
Hollande à Tunis, p. 14, 155.
HAHELm (Alphonse, Baron), capitaine
de vaisseau, p. 642.
Haiulton, ambassadeur d'Angleterre h
Naples, p. 371; — commodore, p. 595,
598.
Hammam-Lif, station thermale près de
Tunis, p. 30, 595, 670, 673, 685.
Hamouda, Bey de Tunis, p. 32, 54, 61,
64, 67, 75, 76, 83, 117, 124, 125, 133, 141,
153, 154, 157, 160 h 162, 166 À 168, 170,
172, 174, 176, 178, 183, 185, 188, 189, 194,
198, 203, 212, 220, 221, 225, 234, 236, 239,
241, 244, 249, 267 à 269, 275, 282, 293,
29S, 303, 304, 310, 314, 323. 326, 328, :)30,
333, 348, 352, 381 à 383, 390, 397, 404, 405,
413, 420, 422, 424, 428, 429, 433, 435, 441,
448, 450, 451, 465,469, 478 & 481, 487, 498,
499, 518, 521, 524, 526, 527, 530 à 533,
588, 624; —son caractère, p. 227.
Hardbnbbrg, p. 564.
Hardi (Le), frégate, p. 86.
Harem (Chrétiennes mises au), p. 684,
686.
Harif-Ibrahim, reïs, p. 655.
Hassan, Dey d'Alger, p. 300, 350.
Hassan-Bby, p. 157.
Hassan-el-Rbbir , général tunisien ,
p. 134.
Hassan ou Hassuma-Morali, chef des
corsaires du Bey, envoyé en France,
p. 494, 503 à 505, 578, 580,585, 597, 615,
616, 627, 651, 653, 659, 660, 662.
Hassen, rets tunisien, p. 52.
Hassuna-Sidi ou Habsuna-Morau. Voir
Ha8SA5.
Hastimgs (M" D*),gouverneur de Malte,
p. 617.
Hautbrivb (Alexandre-Maurice Blanc de
Lanautte, comte d'), p. 523.
Hérault, capitaine de vaisseau, p. 376.
Herculais {Louis-Alex. d'ALLOis d'),
commissaire de France à Tunis, p. 226,
243 à 245, 248 à 251, 254 k 257, 259, 261,
724
TABLE ALPHABÉTIQUE
263 à 266, 270, 272, 273, 275 & 277, 279,
281, 283, 284, 286 à 293, 295, 300 à 309,
311 à 316, 319, 320 à 323, 328, 329, 334,
347, 348, 386.
HBRMAmi, commissaire des relations
extérieures, p. 224, 233.
Hburbux-J^ômb (L'), tartane, p. 92.
HoLLANDB, alliance franco-hollandaise,
p. 264, 314; — République batave, p. 315;
— ingénieurs hollandais, p. 349 ; — réu-
nion à la France, p. 491, 514; — soulè-
vement possible, p. 494 ; — sous la pro-
tection anglaise, p. 520; — traité avec
le Bey, p. 541; — escadre, p. 556, 563;
— dettes, p. 587.
HoMBBRO, ingénieur hollandais, p. 349,
491, 514.
HoNORfi (L'), brick, p. 373, 376.
HooGLAUD (db), contre-amiral danois,
p. 14.
UoPB, commissaire anglais & Tunis,
p. 494, 495.
Hôpital nécessaire à Tunis, p. 144,
147, 176, 616, 639; — hôpital espagnol,
p. 288, 435, 485.
Hdilbs, p. 228, 578, 592.
Hussard (Le), vaisseau, p. 661.
HussBiN (Sidi) , flls d'Olhman-Bey ,
p. 525; —fils de Mahmoud, p. 529, 541,
543, 547, 548, 555, 559, 560, 563, 575, 599,
601, 602, 604, 607,608, 612, 617, 629, 631,
687, 701, 704.
HrssKiM, Dey d^Alger, p. 688.
Hlssbin-Rbodja, premier ministre et
gendre d'Hussein, p. 613, 615, 617, 647,
649.
HYACiirrHB, second sur une tartane,
p. 388.
Ibrahim-Efpendi, secrétaire du divan,
envoyé d'Ali-Bey en France, p. 2, 3.
Illustrb (L'), frégate, p. 177.
Inconstant (L'), brick, p. 590.
Indb anglaisb, p. 365.
Indivisible (L'), frégate, p. 422.
Inpbrnal (L'), brick, p. 693.
Instructions aux envoyés, aux consuls,
aux capitaines de vaisseau français,
p. 6, 18, 28, 37, 41, 53, 61, 65, 81, 82, 96,
109, 123, 174, 199, 226 à 231, 245 à 248,
282 à 286, 406, 407, 425, 483, 565 & 567,
591 À 594, 699 à 704.
Instruments db navigation exigés par
des corsaires, p. 52, 124.
Ioniennes (Iles), p. 510.
Isaac-Bby, envoyé turc & Tunis, p. 338,
341.
Isacb-Bet, parent d'Ali, Bey de Tunis,
p. 76, 338.
Isis (L'), vaisseau français, p. 710.
Ismaîl, neveu et gendre d'Ali, Bey de
Tunis, p. 1, 76, 83, 115, U7; — son
mariage, p. 54; —sa fuite, p. 54; — sa
rentrée en grâce, p. 111, 114; — sa 2'
fuite, p. 130, 131.
IsHAîL, petit-flls d'Ali-Bey, p. 113, 525,
529, 530, 541.
ISNARD, p. 593.
Italie, p. 301, 332, 333, 346; — Répu-
blique italienne, p. 438, 442, 447, 452 ; —
soulèvement possible, p. 494.
Italienne (Langue), parlée par Ali-Bey
et le consul Saizieu en 1772, p. 19; —
secrétaire du Be^ pour la. — Voir Stciga.
Italiens h Tunis, p. 26, 28. Voir Capocehs.
Jacob, négociant k Marseille, p. 147.
Jacobin (Le), chebeckde 14 canons, p. 222^
224, 244; — donné au Bey, p. 245, 237.
Janissaires ou Consulat, p. 74, 75, 85,
91,305.
Janson, tailleur à Tunis, p. 307.
Jaccourt (Arnal- François, comte db),
ministre des Affaires étrangères, p. 524,
525, 526, 527, 529, 531, 532, 533, 534, 535.
Jauppret, négociant & Marseille, p. 147.
Jban-Baptistb d'Ajacgio (Le P.), capu-
cin, p. 180.
Jeanbon-Saint-Ardré, consul de France
à Alger, p. 278, 313, 350.
Jbhlick, président du Divan de Tunis,
p. 615.
Jérusalem. Navires grecs sous pavillon
de Jérusalem font le commerce de Malte,
p. 475 ; — Ordre de saint Jean détruit,
p. 351.
JouRDAN (Bruno), médecin, p. 93, 147;
— cuisinier à Tunis, p. 307, — (général),
p. 314, 708.
Journal des débats, calomnie les flls
du Bey, p. 560.
Juifs a Tunis, p. 118, 225, 234, 383, 418,
461, 468, 485, 497, 505, 608, 662 à 665; —
ont un bonnet ou chapeau à cornes,
p. 587 ; — un juif lapidé, p. 609 ; un
autre b&tonnè, p. 632. Voir Attel, Bacri.
JuLiANi (Dominique), patron d'une
polacre, p. 328.
JuNOT (général), p. 445.
JuRiEN DE la Gravièrb (Pierre-Roch),
contre-amiral, p. 564 à 567, 569, 570 à 573.
Jus DE CITRON. Lc consul de Sardaigne
envoie d'Alger des caractères formés de
jus de citron, qui doivent être chauJTés
pour être lus, p. 674.
Justice (La), frégate, p. 336, 337.
Kairouan, p. 134.
Ka!t-Osman, attaché à la suite de
Suleyman-Agha, p. 56, 67.
Kef (le), p. 134, 138, 142, 510,511.
Keith (amiral), p. 417.
Kenutben, consul de Danemark, p. 576,
Rergy, consul de France & Alger,
p. 262.
Rerveguen (De), capitaine de vaisseau,
p. 541.
BT ANALYTIQUE
725
KiiFFBR (Daniel), interprète, p. 601,618.
Rl&bbr (général), p. 408, 415.
Rledi, eeclave suisse, p. 412, 432.
Koën (Raphaël), Juif de Tunis, p. 505.
La BRBTONinéRB (Waldemar-Guillaume-
Betherel de), amiral, p. 671, 674.
La Clui (db), chef d'escadre, p. 24.
Lacombb • Saint - Mica bl Uean - Pierre ) ,
ambassadeur de France à Naples, p. 371,
372, 373, 383, 385.
Lacoste (B°"), secrétaire d'État de la
marine, p. 206, 208, 210, 211, 212, 213,
214, 215, 347.
La Croix de Mayraroues (de), capitaine
de vaisseau, p. 8, 9, 10; — Henriette-
Françoise (de), p. 34.
LADY-FLORA(La), vaisseau anglais, p. 667,
671.
Lapaybttb, p. 366.
Lapbrronnays (Auguste, comte db), mi-
nistre des AfTaires étrangères, p. 645,
646, 647, 648, 650, 651, 652, 653, 655, 657,
659, 660,661,665, 667, 668, 669, 670, 671,
672, 673, 675, 676, 677, 678, 679, 680.
LAPORB8T(Antoine-René-Charles-Mathu-
rin), ministre des Affaires étrangères,
p. 515, 516.
La Orahob (Prosper-Amauri-Louis de),
capitaine de vaisseau, p. 10.
Laino (Major), explorateur, p. 682, 685
à 687.
Lallemknt (J.-B.), envoyé de France à
Tunis, puis à Venise, p. 226, 227, 228,
229, 230, 233, 316,330, 331.
La Luzerne (César-Louis, comte de),
secrétaire d'État de la marine, p. 172,
173, 174, 175, 176, 177, 118, 179, 181,
185, 186, 189, 190.
Lambal (Le Père), général des capucins,
p. 180.
Lamproie (La), vaisseau, p. 641, 642,643.
La Pérocsb (Journal de), p. 338.
Lapibrbb (Joseph), canonnier à Tunis,
p. 194.
La Porte (de), négociant de Marseille,
p. 144.
La Portb d'Yssbrtibux (de), capitaine
de vaisseau, p. 114.
La Rochbpoucauld (François, comte db),
•courrier d'ambassade, p. 708, 709, 710.
La Rouvraye (Charles de), capitaine de
vaisseau, p. 684.
Lataquié, p. 116.
La Tour Saint-Quentin (bailli db), che-
Talier de Malte, p. 419.
Laudon (Jean-Tropez), chancelier du
consulat de France à Tunis, p. 10, 83,
88, 96, 99, 102, 108.
Ladtier (Joseph), capitaine de Saint-
Tropez, p. 323.
La Valléb (Robert-Louis-Langoisseur
db), consul de France à Alger, p. 48.
Lazaret. Voir Liyourne, Marseille,
Toulon.
Léandrb (Le), vaisseau anslais, p. 350.
Lear, consul américain à Alger, p. 463.
Lebrun -ToNDo (Pierre- Hélène -Marie),
ministre des Affaires étrangères, p. 221,
222, 223.
LioioN d'Honneur. L'aigle accordé à
Devoize, p. 462.
Lbouat, premier commis de la Marine,
chargé du service des consulats, p. 15,
23, 38.
LBissàouEB (Corentin-Urbain de), chef
d'escadre, p. 439, 440, 441, 442, 501.
Lbmadibr. Voir Lbnadieb.
Lbnadibr (Etienne), résident & Tunis,
député de la nation française, p. 233,
234, 256, 290, 291, 301, 305, 438.
Lbssbps TMathieu de), consul à Tripoli,
puis consul général & Tunis, p. 358, 472,
637, 641, 642, 643, 644, 645, 646, 647, 648,
650, 651, 652, 653, 655, 657, 659,660, 661,
665, 666, 667, 668, 669, 670, 671, 672, 674,
676, 677, 680,681, 682, 683 à 687, 692, 694,
695, 697, 699, 704, 707 à 71 1 ; — (Ferdinand
db), p. 666, 668, 675, 676, 677, 700;— (Jules
DE), p. 664, 698, 710; — (Théodore db),
p. 657, 666; — (Famille de), p. 358.
L'Etang (Léon- François de), chancelier
du Consulat, p. 524.
Levant. Voir Turquie.
LiEUTiER, négociant à Marseille, p. 147 ;
— fils du précédent résident à Tunis,
p. 306, 312.
Ligonoès (chevalier de), capitaine de
vaisseau, p. 126; — (Gaspard, comte db),
capitaine de vaisseau, p. 126.
Liourie, p. 360, 361. Voir Gênes.
Lion (Le), frégate, p. 86.
Lions (Joseph), vice-consul de France
& Tunis, p. 6, 7, 11, 91, 93, 98; — sa
veuve, p. 147.
Lions envoyés en présents par le Bey
de Tunis, p. 15, 60.
L'IsLE (de), premier commis du Dépar-
tement des Finances, p. 39.
Lismes, annuités dues au Bey pour les
Concessions d'Afrique, p. 593.
LiSTBNois (prince Baupprbmont db), en-
voyé de France & Tunis, p. '14, 39, 69,
115.
Lits. Le Consul de France ne dispose
que de huit lits, p. 18.
LivouRNB, p. 258, 271,292, 295, 321, 328,
349, 372, 376, 405, 447, 457, 480, 656; —
Ismaîl-Bey se rend à Livourne, p. 89, 111 ;
— Une polacre livournaise prise par un
corsaire tunisien, p. 164; —Lazaret, p. 472.
LoDi (Le), brick, 431.
Lombard (Frédéric), médecin de la
nation française, p. 495, 504, 517, 524,
588.
Londres, p. 302.
Lorgnette offerte au garde des sceaux
du Bey, p. 325.
Losana (Mgr), vicaire apostolique en
Syrie, p. 666, 669.
Louis XIV, p. 553.
Louis XV, p. 2, 16, 20, 29, 30, 32, 33.
Louis XVI, p. 29, 30, 32, 33, 37, 39, 41 , 43,
126
TABLE ALPHABÉTIQUE
53, 123, 125, 140, 198, 212; ^ ses armes
enlevées du Fondouk, p. 219.
Louis XVIIl, p. 263, 516, 518, 528, 531.
533, 536, 542, 544, 551, 573, 579, 582, 595,
601, 602.
Louis-JosKPH, dauphin, p. 123.
Louis-Philippe, p. 710.
LuNBL, Juifs de Tunis, p. 535.
Lyle-Callian (Joseph-Ignace de), capi-
taine de vaisseau, p. 18, 19.
Lyon. Passage d'un ambassadeur tuni-
sien (1802), 442.
Mabrogea, vaisseau tunisien, p. 574.
Machot, capitaine de vaisseau hollan-
dais, p. 155.
Madrid, p. 402, 482. Voir Espagne.
Maoallon (Charles), consul général à
Alexandrie, 371, 379, 381, 385; — note
sur la famille, p. 371.
Maooi (veuve), résidant à Tunis, p. 420.
Magra. Voir Pbreims Magra.
M abambt- Hassan, grand écrivain, p. 615.
Mabambt-Khoima, ministre de la marine,
p. 400, 614, 615.
Mahmoud, neveu d*Ali, Bev de Tunis, p. 1.
Mahmol'd-Bey, cousin d^Hamouda-Bey,
p. 525, 529, 531, 533, 534, 535, 537, 542,
544, 549, 551, 562, 567, 569, 572, 573, 579,
582, 588, 599, 608, 617; — jugement de
Lesseps, p. 661.
Mahmoud, flls du ministre de la marine
du Bey, envoyé en France, p. 608, 613,
614. 615, 617, 618, 619.
Mahoébt-ben-Mustapha, reîs, p. 173.
Mahon, p. 28, 80, 105, 422, 403, 418, 485,
487, 564, 566, 656.
Maillard de Liscourt (Louis-Charles),
capitaine de vaisseau, p. 619.
MAISON de campagne gratuitement con-
cédée au Consul de France près le cap
Garthage, p. 30, 151, 152, 167.
Maistral, capitaine de vaisseau, p. 222.
Maitland (Lord), gouverneur de Malte,
545.
Maeensie, p. 617.
Mauvoire (Charles- Etienne), vice-con-
sul à Tunis, p. 546, 561, 514, 575, 576,
577, 578, 579, 580, 581, 582, 583, 584, 585,
586, 587, 588, 590, 594, 595, 598, 614, 624.
Mallet de la Brossiâre, médecin de la
marine envoyé à Tunis, p. 25, 26, 28, 38, 39.
Malte, p. 12, 13, 17, 21, 24, 25, 38, 42 à
45, 132, 141, 150r, 154, 164, 176, 223, 350
à 355, 358, 363, 364, 369, 372, 373, 375,
378 à 382, 388, 403, 404, 414, 417, 418,
474, 471, 482, 483, 489, 493 à 495, 499,
527, 545, 553, 598.
Mamet-Beutar, Kiaya de Porto-Farine,
p. 97.
Mamet-Bhadt, agent du Dey d'Alger h
Tunis, p. 366, 387, 388, 413.
Mamet-Khodja, gouverneur de Porto-
Fi^rine. Voir Mahambt-Khodja.
Mamet-Masseren, p. 97.
Mamet-Morau. Voir Hassan-Morali.
MAMBT-OoBiis, ministre du Pacha de
Tripoli, p. 422.
Mambt-Reïs, envoyé du Bey en Turquie,
p. 419, 420.
MAHirBSTES, p. 188.
Manouba, jardin du Bey, p. 441. Voir
Travaux publics.
Manugci, agent à Bizerte, p. 450, 453.
Mantoue, p. 314.
Maquaynant (Joseph), traiteur à Tunis,
p. 438.
Marbres d'Italie pour une mosquée,
p. 490, — pour le palais du premier mi-
nistre du Bey, p. 494.
Mabcescheau (Armand;, vice-coosul
de France h Tunis, p. 614, 621, 623, 639,
644, 657.
Marchand, lieu tenant de vaisseau , p. 323.
Mariages du fils aîné et du neveu
d*Ali, Bey de Tunis, p. 54.
Marie-Âmtoinbtte, p. 123.
Marie-Louise, Impératrice, p. 489.
Marie-Thérèse (La), frégate, p. 634,637,
639, 666, 669, 672, 684.
Marine (Ministres de la). Voir Bertrasd,
BoYNES, Castribs, Flecrieu, Lacoste,
La Luzerne, Monge, Montmorin, Praslgv,
Sartine, Terray, Thévbnard, Turgot.
Marine tripolitaine, p. 701 .
Marine tunisienne, p. 12, 37, 216, 493,
496, 505, 548, 576, 578, 679; — construc-
tion de frégates, p. 389, 398, 403, 583,
585; — détruite par une tempête, p. 580;
— le Bev demande un ingénieur, p. 620 ;
— machines et bateaux à curer, p. 646.
Voir GouLETTE (La).
Marlm, résident à Tunis, p. 306.
Maroc, p. 160, 165, 179, 348, 371, 402,
405, 670, 690; — neutralité pendant la
guerre ft'anco-algérienne, p. 692, 696; —
Démêlé avec TAutriche, p. 699, voir
Mehemet-Ali.
Marsa (la), p. 153, 664.
Marseille, p. 9, 21, 102, 104, 123, 167,
225, 234, 240, 261, 271, 278, 390, 400, 420,
452, 453, 474, 477, 479, 484, 494, 553, 578,
586, 623, 660. — (Agent tunisien à), voir
BOUDJARA, GlERRA.
Martellt-Chautard (de), capitaine de
vaisseau, p. 24, 25, 28.
Martin (Barthélémy), directeur de la
Compagnie d'Afrique, p. 11; — capitaine
de vaisseau, p. 319.
Martin (Joseph -Dominique), patron
d'une polacre de Saint-Tropez, p. 102.
Martinbnq (FrançoisJoseph-Jules de)
de Gineste, capitaine de vaisseau, p. 119,
123, 124.
Martino ou Martini (Renato de), consul
de Naples, p. 500, 502, 512, 513, 515, 545,
546, 556, 559, 575» 576, 582, 630, 631.
Massa-Carrara, p. 490.
Massacre projeté contre les chrétiens,
p. 651 à 664, 685.
Massera (général), p. 345.
Massignano (Le P. Alexandre db), p. 461,
505, 517, 562, 685.
ET ANALYTIQUE
727
Matébon (Jean), domestique, p. 141.
Mathieu (Jacques), boulanger du Fon-
douk, p. 86.
Matifoux (Cap), p. 682.
Mats et bois de construction demandés
par le Bey (1791), p. 197.
Mauby, industriel, p. 623.
Mayan, cuisinier à Tunis, p. 307.
Maybargues. Voir la Croix db May-
RAKGUBS.
Mazomi, armateur génois, p. 16 (.
Méchain (Jérôme-lsaac), commissaire
du gouvernement à Malte, p. 355; —
(Louis-Eugène), consul à Tripoli, p. 355.
Mbcqub (la), p. 115, 122, 123, 199, 357,
366, 600 ; -— pèlerinage protégé par Bona-
parte, p. 402.
MÉDAILLE D*0R à Tcffigie de Louis XV,
p. 22.
Médecins du Bey : français, p. 15 à 17,
21, 23. Voir G AT, Jodrdan, Lombard, Mal-
LET DE LA Brossièbb, Pastron ; — bcIges :
Yoir Frank; — génois, p. 256 et 257 : voir
Mbndrici; — italiens, p. 26, 28; — napoli-
tains, voir RoNCBi.
Mégy (Claire), femme de chambre, p.l47.
Mbhedia (la), p. 619.
Mehembdbl-Boardi, p. 141.
Mehbxbt-Ali. vice-roi d'isgypte. p. 654,
671, 687, 689, 693, 695, 699, 711.
MEHEMET-EL-HARiDcm, Bgcut du Msroc à
Tunis, p. 682, 686, 690, 696, 698.
Mehemet-Tîbluli, p. 487, 615.
Mblpoméne (La)p frégate, p. 222.
MâMAGERiB nationale ae Versailles,
p. 319, 328.
Mehdrigi, médecin du Bey, p. 257, 279,
304, 325, 530; — frère du précédent, chan-
celier du Consulat de Venise, p. 316, 330.
Méniâres, bijoutier du roi, p. 111, 254,
259.
Mexou (Jacques-François, baron de),
général, p. 415, 417.
Méridiens a canon, semblables à celui du
Palais-Royal, offerts au Bey, p. 211, 325.
Mbttbrnicu, p. 564.
Meubles de la maison consulaire ,
p. 296.
Mbtnier. Voir Ménièrbs.
Michel (Le Père), capucin, p. 180; —
(Clément), résident à Tunis, boulanger,
p. 395, 505.
Michel- Ange (gravure de), p. 508.
Micbblange de Portana (Le Père), capu-
cin, p. 562.
Mignonne (La), frégate, p. 11, 24.
Milford (Le), vaisseau anglais, p. 501.
Mimant (Alfred), consul à lassy, p. 545;
— (Jean-François), consul & Cagtiari,
p. 545, 547.
Minerve (La), frégate, p. 222.
MiNUTi (Jean-Louis), résident à Tunis,
p. 132, 135, 140, 147, 233, 290, 301, 305,
317; — son fils, p. 306.
MiOT, commissaire des relations exté-
rieures, p. 224, 319.
MissiEssY (Claude-Laurent de Burgues
de), capitaine de vaisseau, p. 112.
Missions. Voir Capucins.
Modeste (La), frégate, p. 24.
Mohamet-Ali-Tzaous ou Chaough, négo-
ciant tunisien, p. 440, 445.
Mohammed, frère d'Ali, Bey de Tunis,
p. 1, 61, 530.
Mohammed-ben-Abdul-Hamid, p. 686.
Mohahmed-Khodja, intendant de l'ar-
senal du Bey, envoyé en Angleterre et en
France, p. 221, 299, 309, 310, 311, 316,
372. 401.
Mohammbd-Marivi, négociant tunisien,
p. 348.
MoLÉ (Mathieu-Louis, comte), ministre
des Affaires étrangères, p. 708 & 711.
MoLKE (Comte db), capitaine de vais-
seau danois, p. 132.
MoLLA- Osman, négociant tunisien,
p. 333, 334.
Moltedo (Dominique-Marie), consul de
France à Alger, p. 355, 366, 372, 377, 523.
Monaco, sous la protection anglaise,
p. 549.
MuNASTiR, p. 91, 92, 107.
MoNOE (Gaspard), ministre de la Marine,
p. 216, 217, 218, 219, 220; — (Jean),
député de la nation française à Tunis,
p. 616, 625, 633, 659, 660, 681, 686.
Monnaie tunisienne, p. 609, 615, 616, 711.
Monnet (Louis), faux monnayeur, p. 500.
Monte- KOTONDO, p. 584.
Montorand (Jean-François-Joseph, che-
valier de), capitaine de vaisseau, p. 129,
130,
Montmorency (Mathieu duc de), mi-
nistre des Affaires étrangères, p. 582,
583, 584, 585, 586.
MoNTMORiN .(Armand-Marc, comte de),
secrétaire d'État de la marine par inté-
rim, p. 170, 171.
Montréal (Le), frégate, p. 109, 114.
MoREAU (général), p. 314, 511.
MoRÉE (expédition de), p. 670, 671.
MoRiÉs, négociant français à Tunis,
gendre du consul anglais, p. 90.
MoRo, amiral vénitien , p. 143; —
(Carlo), Tabarquin, p. 683, 685.
Mort de Louis XV, p. 29, 30, 31, 33; —
d'Ali, Bey de Tunis, p. 125.
Moscou, p. 504.
Mosquée construite à Tunis avec des
marbres de Carrare, p. 490.
MouRGUBS , capitaine de vaisseau ,
p. 583.
MouRiÉ (Pierre), résident à Tunis,
député de la nation française, p. 88, 91,
132, 135, 140, 149, 290, 301, 305, 390, 406;
— (Antoine), commis à Tunis, p. 147.
MuRAT (Joachim), roi de Naples, p. 500,
515, 520.
Muséum d'histoire naturelle. Envoi
d'animaux, p. 327, 328.
Musique du Bey, p. 240.
Mustapha, fils de Mahmoud, p. 529, 541,
543, 560, 615, 521, 622, 649, 650, 651,
670,691.
Mustapha, drugman du consulat, p. 83;
— Dey d'Alger, p. 350.
728
TABLE ALPHABÉTIQUE
MusTAPHA-AoHA, cnvoyé du Bey en
France, p. 324, 400, 440, 441, 442, 444,
445, 447, 448. 449, 450, 45i, 452, 433, 454.
Mustapha-Arnaout. Voir Mustapha-agha.
Mustapba-ben-Abdalla, reîs, p. 77.
Mustapha-ben-Ibrahim, agent consulaire
à Djerba, p. 624.
Mustapha-Khodja, gendre et ministre
d'Ali-Bey, p. 36, 45, 49, 53, 56, 58, 59, 66,
67, 69, 70, 76, 78 à 80, 83, 86, 87, 89, 92,
93, 96 À 98, 103, 105, 106, 110, 111, 113 à
115, 117, 123, 125 à 127, 130,131, 133, 134,
136, 138, 141, 145 à 148, 153, 154,156, 157,
459, 160, 162, 164, 166, 170, 180 à 185,
190, 193, 195 & 197, 199 à 204, 208 à 211,
214, 215, 217, 223, 227, 233, 237, 242, 246,
250, 253, 255, 256 à 259, 264, 273, 276,
279, 286, 291, 302, 303, 305, 310, 317, 318,
320, 334, 398, 409, 413, 418.
MtSTAPHA-RBIS, p. 543, 548.
N
Nadis, tribu d*Arabes, p. 583.
Nahman-chérif, attaché à la suite de
Suleyman-Agha, p. 56, 67.
Naîadb (La), tartane, p. 138.
Naissance du duc d'Angouléme, p. 38,
40; — du dauphin Louis-Joseph, p. 123.
Naples, p. 171, 178, 225, 312, 315, 363,
371 à 373, 380, 392, 398, 403, 454, 465,
480, 492, 494, 512, 515, 520, 526, 545 à 530,
553, 555, 559, 561, 573, 586, 587, 627 & 630.
Napoléon. Voir Bonaparte.
Narbonne-Pellbt (de), capitaine de
Taisseau, p. 41.
Nation française a Alger, p. 377.
Nation française à Tripoli, p. 322, 389,
398, 405.
Nation française à Tunis, p. 8, 10, 24, 26,
27, 33, 34, 40, 77, 84, 87, 88. 134, 136, 145,
458, 461, 479, 484, 488, 489, 495 à 497, 504,
509, 516, 517. 524, 616, 625, 631, 659, 660;
— exemptée de solidarilé en cas de
faillite de l'un de ses membres, p. 21, 234,
348, 470; , — supporte l'avance des dépen-
ses de l'Échelle, et non le Consul, p. 74;
— escorte le Consul au Bardo dans trois
charrettes couvertes, p. 75, 91, 439, et à
La Goulelle pour recevoir les capitaines
de vaisseau, p. 91; — désordres, p. 187,
192, 193, 201, 203, 210, 232, 233, 238 à
242, 260, 262 à 266, 277, 283, 289, 301 à
303, 308, 524; — enfermée dans le Fon-
douk, p. 368, 395, 401, 408 À 409, 412,
420; — réorganisation en 1801, p. 425 à
427, 432, 438.
Naddi (Xavier), vice-consul à Tripoli,
p. 322, 323, 359.
Naufrages d'un reïs tunisien en Pro-
Tence, p. 77 ; — d'un bateau français en
Tunisie, p. 167; — d'une frégate anglaise
à Tunis, p. 357; — d'un aviso à Porto-
Farine, p. 418; — d'un reïs à Livourne,
p. 447.
Navarin (Bataille de), p. 640, 650, 665,
672.
Navoni, commissaire du gouvemement
& Cagliari, p. 445.
Nkcker, p. 183.
NéoRB (Jean), boulanger du Fondouk*
p. 88.
Nègre (Cap), Comptoir français de la
Compagnie d'Afrique. Voir Cap-N&gre.
Nelson (amiral), p. 351, 363, 311, 389,
390, 392, 402, 403;— bloque Toulon, p. 454.
Némbsxs (La), frégate, p. 281.
Néréide (La), frégate, p. 535.
Nesselrodb, p. 564.
Neutralité du pavillon, p. 622.
Nice, p. 314.
Nicolas, fondé de pouvoir de DeToize
à Paris, p. 468, 472.
Nicolas d'Ancône (Le Père), capucin,
p. 461, 505, 517.
Nieuil (Arnould-Claude de Pont, M" de),
chef d'escadre, p. 174, 175, 177.
Nipert (François), résident k Tunis,
p. 420 ; — (Jean), boulanger, p. 420.
NoAH, consul des États-Unis, p. 531.
Noblb (Jérôme), résidente Tunis, p. 147.
233, 290, 291,301, 305.
Nordenskiold, amiral suédois, p. 666.
N0STRA-SlGNORA-DBL^P0RTO-SALVO,pinque
génoise, p. 371.
Notrb-Damb-db-Bon-Consbil, navire ra-
gusais, p. 349, 407.
Notrb-Damb-du-Mont, gondole génoise,
p. 168.
Noulbt fPierre), boulanger, p. 420.
Nyssen (Antoine), consul de Hollande
à Tunis, p. 133, 136, 349, 384, 391, 395,
411, 421, 423, 428, 484, 491, 502, 514. 513,
522, 523, 527, 555, 557, 586, 588, 672; —
(Charles), son frère, p. 527, 528, 625, 626;
— (César et Henri), fils de Charles,
p. 621, 632, 638.
O
O'Bribn (Richard), diplomate améri-
cain, p. 376.
Océan (L'), vaisseau anglais, p. 574,593.
Œuvres pies, pour le rachat des escla-
ves chrétiens, p. 37; — association de
charité de Cagliari, p. 451; — œuvre de
la Rédemption de Palerme, p. 501. Voir
Capocins, esclaves, Rachat, TRiNrr aires.
Oglanoer (Richard), consul d'Angle-
terre à Tunis, p. 487, 545, 547, 551, 555,
556, 573, 575, 576, 578, 603.
Oise (L'), vaisseau français, p. 672.
OLDEMBonRO(L*), vaisseau danois, p. 132.
Opizzo (Giuseppe), Génois, p. 397.
Oran, p. 656.
Orléans (Duchesse d*), p. 485.
Ornano (Cunéo d'), consul général en
Sardaigne, puis aux Canaries, p. 453; —
son fils apostasie, p. 510.
Osa (Le Père Benedetto), Trinitaire,
chargé d'affaires d^Ëspagne à Tunis, p. 633,
666.
OsiRis (L')> aviso, p. 418, 419.
Osman, Tunisien, p. 400.
ET ANALYTIQUE
729
Othman, barbier de Alustapha-Agha,
p. 440.
Othman (Sidi), frère d'Hamouda, p. 525,
526, 527, 528; — sa mort, p. 520, 530,
531.
Oued-bl-Haro, p. 624.
OuKEs, gouverneur de Malte, p. 489.
Otsonvillb (André Dupont d'Aubeyotb,
comte d'), capitaine de vaisseau, p. 639.
Pabon, maître maçon, p. 689.
Palbrmb. p. 389, 501, 504. Voir Sicilb.
Palma, rregate vénitienne, p. 143.
Palma (Chev.), consul sarde, p. 552, 556,
575, 576.
Paou, p. 344; — son pavillon, p. 252,
270, 341.
Pape. Voir Rome.
Parodi, armateur de corsaires à Alger,
p. 499.
Pasquier (Étienne-Denis, baron), minis-
tre des Affaires étrangères, p. 575, 576,
677, 578, 579, 580, 581.
Passeports, accordés trop facilement
aux Français, pour aller en Barbarie,
p. 263, 426, 427; — des bâtiments mar-
chands, p. 540. Voir Chambre db commerce
DE MARifiEILLB.
Pastron, officier de santé & Tabarque,
p. 496.
Patbktb de santé, p. 585, 586.
Paterno (Prince napolitain), p. 338,
344, 587.
Paulettb (La), corvette, p. 158, 192,
193.
Pavillons sur les maisons consulaires
à Tunis : — français, p. 74, 85, 188, 189,
193 à 196, 203,205, 207, 209, 212, 231, 232,
236, 238 à 240, 417, 432, 433, 535, 539, 541,
710; — danois, p. 14, 132, 141, 433;— hol-
landais, p. 159; — espagnol, p. 361; —
américain, p. 376, 396, 433; — anglais,
p. 510; — napolitain et sarde, p. 710.
Pavillons barbaresqubs, p. 361, 377,
453.
Payan, agent de la Convention, p. 233,
241.
Paz (Abraham), armateur, p. 407, 418,
425, 498, 593.
Pecr, résident à Tunis, p. 306, 420.
Pêcbb. Voir Corail.
Pégurie. Voir Pigurib.
Pellew, chef d'escadre anglais, p. 504.
Pellicot, résident à Tunis, p. 234, 305.
Pbltier. rédacteur de VAmbtgu^ p. 491,
506.
Pbrasso, résident à Tunis, p. 575.
Pbrbtier, consul général du Bey À Mar-
seille, p. 487 ; — non admis, p. 497.
Perkins-Magra, consul d'Angleterre à
Tunis, p. 371, 523.
Perret (Joseph), résidente Tunis, p. 505.
Pbrrier, entrepreneur des eaux À Paris,
p. 206.
Pesoly (Antoine), valet de chambre
du vice-consul Billon, p. 505.
Peste, & Alexandrie, p. 132; — à Tunis,
p. 140, 142, 144 à 149, 152, 209, 238, 242,
255, 259, 322, 489, 562; — le pavillon fran-
çais désinfecté, p. 238.
Pbynier (de), capitaine de vaisseau,
p. 28, 29, 34, 36, 37.
Peyron (Antoine), agent de la Compa-
fnie d'Afrique à La Calle, p. 156, 159,
60,247,361, 552, 561.
Peyssonnel, chargé d'une mission bo-
tanique en Algérie et en Tunisie, p. 131.
Pharmaqb, Frais de pharmacie au con-
sulat en 1187, p. 172.
Pbilippî. Voir Filippi.
Piastre tunisienne. Elle vaut 36 sous
en 1778, p. 78; — 30 sous, p. 91, 99; —
évaluée 3 livres 15 sols par le tarif de
la Chambre de commerce de Marseille,
alors qu'elle ne vaut pas plus de 33 sous
dans les années de bonne récolte, p. 139;
— 32 sous, p. 255; — 26 sous (1811), p. 494.
PiccALUOA (Claude), capitaine, p. 500.
PiCHEORu (général), p. 511.
Pie Vil, p. 517.
Piémont, réuni k la France, p. 432.
Pierre de san Piktro (Le Père), capu-
cin, p. 461.
PlGNATBL, négociant de Lyon, p. 680.
PiODRiB (Jean), résident à Tunis, p. 307,
420.
PiLORUS, frégate anglaise, p. 688, 693.
Pinbt (Germain-Maurice), lieutenant de
vaisseau, p. 516, 517.
PiNTo GuEDBs (Don Rodrigo), chef d'es-
cadre portugaise, p. 392.
Pioche (Jeanneton), boulanger, p. 420.
PiOMBiNO, p. 423, 466.
Pirateries des Barbarbbqdbs, p. 563 à
569, 570, 571.
PiRGHOULY (J.), secrétaire de Mustapha-
agha, p. 440.
Pistolets offerts au gendre d'Ali-Bey,
27.
Planche, père et fils, fondeurs au
service du Bey, p. 306.
Plébiscite. Voir Bonaparte.
Pléiade (La), frégate, p. 11, 12, 24, 102,
129.
Plévillb (Nicolas), p. 614.
Pléville-lb-Pelley (Georges- René) ,
chef d'escadre, p. 222, 225, 229, 233.
Poitevin, perruquier à Tunis, p. 306.
PoLioNAC (Armand-Jules, prince de),
ministre des Affaires étrangères, p. 682,
683 à 687, 692, 694, 695, 697, 699, 709.
Pontons demandés par le Bey, p. 193,
202, 206, 215. 349, 363, 364, 370, 373, 374,
376, 384, 385, 389, 393, 455, 457, 462; —
43 Français occupés & leur installation et
& leur fonctionnement, p. 393.
PoNTUS, armateur, p. 524, 574, 593, 607.
PoRCELLi (Comte), envoyé du roi de
Sardalgne à Tunis, p. 393.
PoRTALis(Joseph-Marie,comte),ministre
des Affaires étrangères, p. 680, 681, 682.
Porte (Sublime). Voir Turquib.
730
TABLE ALPHÀBÉTIQUB
Porti-Farimb, p. 11, 13, 16, 75, 145, 193,
197, 215, 254, 281, 305, 378, 394, 395, 406,
464, 484, 554, 576, 578; — plan, p. 16; —
arsenal, p. 216, 379; — le Bey renonce à y
faire un bon port, p. 261 ; — ensablé, p. 646.
Portier du Barao, p. 75 ; — du Consu-
lat, p. 103.
Porto-Farina. Voir Porte-Farinb.
Porto-Fbrrato, p. 466.
Porto- Viccnio, p. 104, 178, 179.
Portrait de Charles X piour le salon
du Fondouk, p. 621.
Portugal, p. 363, 389, 390, 392, 398,
413, 447, 494. 496, 512, 513, 554. 555.
PoBSBL, commissaire général de la
Marine à Toulon, p. 206.
Postillon (Le), orick, p. 281, 313.
PonoNY (Jacques- Adrien db), capitaine
de vaisseau, p. 667.
Pottibr, joaillier à Tunis, p. 505, 616,
633, 681.
Poudre fabriquée pour le Bey, p. 627, 686.
PoDiLLE, réunie à la France, p. 466.
PouvBRiif, chirurgien delà nation fran-
çaise à Tunis, p. 88.
Praslik (duc DE), p. 1,2, 6.
Présents au Bey et à ses ministres,
p. 8, 10, 14, 23, 49, 66, 76, 126, 135. 149,
153, 155 à 159, 166, 199, 211, 223 &227,
244, 254, 256, 257, 263, 278. 283, 304,
305, 312, 313, 321, 326, 451, 490; —
France, p. 519, 536, 588, 618. 644, 666.
676, 679;— Danemark, p. 131, 139, 141,
157, 215, 433, 587; — Hollande, p. 139,
155, 541 ; — Suède, p. 139, 255, 501, 531,
533, 586; — Venise, p. 89, 149, 273; —
Toscane, p. 551 ; — Sardaigne, p. 554; —
Naples, p. 573, 583; — États-Unis, p. 404,
433; — Les présents de la France ne
sont que des actes bénévoles et non des
tributs comme ceux des Puissances du
Nord, p. 435.
— DU Bey k la France, p. 125, 140, 440,
446, 612, 614; ^ au Dey d'Alger, p. 139,
167; — au Sultan, p. 493, 544.
Primat (Claude), domestique, p. 147.
pRisBs. Libre vente dans les ports tuni-
siens de prises faites par les Puissances
en paix avec le Bey, p. 454. — Vente des
prises françaises, p. 490, 491, 507, 509.
Voir Aimable-Clarisse.
Prison du Fondouk, p. 76, 85, 90.
Prisonniers DBGUERRB.Voir Malte, Sicile.
Proclahatio:<s envoyées à Tunis, p. 691,
696.
Provence , chargements de grains ,
p. 224.
Provence (La), vaisseau, p. 635, 672, 677,
684.
Prusse. (Relations avec la Turquie),
. 382; — entre dans une coalition contre
a France, p. 415; — cherche à faire la
paix avec Tunis, p. 548.
K
Devoize au lazaret de Marseille (1809;,
p. 485 ; — abolie k Tunis pour Les vais-
seaux anglais et français, p. 660, 610, 71 1.
QuEiROLO (Jean), agent du Consul de
France à Sfax. p. 624.
(}uERiNi (chevalier) , chef d'escadre
vénitienne, p. 133, 150, 152.
QOIBBRON, p. 265.
Quarantaines d'un reïs à Civita-Vec-
chia, p. 178; — de 28 jours imposée à
Rachat des esclaves chrétiens, p. 36,
37, 54, 55, 109, 240, 353, 459, 465, 466,
467, 468, 592.
Rafpo (Joseph], napolitain, maître de
la garde-robe d'Husseln-Bey, p. 614,615.
Rapraichissbhbnts envoyés par le Be}
à des vaisseaux français, p. 55, 223, 327.
441, 541.
Ragubnbau de la Ghaishatb (Alexandre-
Louis), élève vice-consul à Alger, p. 456.
Raguse. Un capitaine ragu sais trouvé
avec une mauresque chez un Juif est
décapité, p. 140, 376; — des navires
ragusais assistent à Tinstallation du
pavillon français, p. 433. Voir Notre- Dame
DE Bon Conseil, Velox.
Raimbbrt (Jean -Dauphin), agent du
Consul à Tabarque, puis à La Galle,
p. 457, 463, 472, 483, 492, 493, 495, 497,
498, 509, 512, 655, 669. 674, 678, 688, 689.
691, 692, 697, 698.
Ramadan (Fêtes du), p. 76, 381.
Ramadan-Arnaout, attaché à la snile
de Suleyman-Agha, p. 56, 67.
Ranieri, Sarde au service de Tunis,
p. 545.
Raodssbt-S sillons (chevalier de), lieu-
tenant de vaisseau, p. 158.
Raphaël (J.-B.), domestique de d'Es-
parron, p. 147.
Rapont, capitaine de vaisseau, p. 377.
Raulet, boulanger à Tunis, p. 306.
Ravbn, frégate anglaise, p. 28.
Raynaud, résident k Tunis, p. 633.
Ré (J.-P.), député de la nation fran-
çaise à Tunis, p. 575, 616, 633, 681.
Rbad (Thomas), consul d'Angleterre à
Tunis, p. 632, 656, 662,663, 678, 680,681,
682, 683, 685, 686, 693, 708, 709.
Reconnaissance d'Uamouda, fils d'Ali-
Bey, comme héritier du trône, notifiée h
Louis XVI, p. 61,64.
Rédemption (Les Pères de la), p. 54, 78,
94, 102; — œuvre de la Rédemption de
Palerme, p. 501.
Redjbb-ben-Ayet, grand douanier de
Tunis, p. 130, 379, 380, 413.
Reonaud dbSaintJban d'Angely (Michel),
commissaire k Malte, p. 352, 362.
Rbgnault (Antoine), p. 352; — (Joseph-
Angélique-Sébastien), p. 352.
Rbîs tunisiens. Voir Corsaires.
Relahons extérieures. Voir Affadies
étranoéres.
Renato di Martino. Voir Mabtino.
ET ANALYTIQUE
731
HÉPARATioirs d'insultes au pavillon fran-
çais, p. 25, 35.
Répubuque batavb. Voir Hollande; —
Cisalpine, p. 345, 432.
REPUBLIQUE FBANÇAisB (ProclamatiOD de
la), p. 218, 219, 223, 224. — La simplicité
du style républicain effarouche le Bey,
p. 231, 236, 231, 238. — Voir Fêtes, Fon-
DOUK, Pavillon.
République italienne. Voir Itaub.
Requin (Le), aviso français, p. 313, 378,
474, 475.
Requiran, résident à Tunis, p. 233.
411, 421.
Bjèquirant. Voir Requiran.
Rbverseaux (Guéau, comte de), lieute-
nant de vaisseau, p. 561.
REWBELL,présidentdu Directoire, p. 316.
Richelieu (Armand-Emmanuel du Pies-
sis, duc de), ministre des Affaires étran-
gères, p. 552, 553, 554, 555, 556, 557, 558,
559, 560, 561 , 562, 564.
Ricord, conventionnel, p. 241.
RiGNY (Henri Gaultier, cheV de),
contre-amiral, p. 626.
RiPBRT, boulanger à Tunis, p. 301,
306.
RivALTZ (Martin), négociant, de TAude,
p. 627, 686.
Rizzo (Don J.-H.), consul d'Espagne à
Tunis, p. 656, 677.
Robert (Louis), de Brignolles, p. 627.
Robespierre, p. 241.
RoBixsoN (Valentin), consul d'Angle-
terre k Tunis, p. 515.
RoDRiouEz, résident à Tunis, p. 174,
188, 301,306, 317, 325.
Roger, commodore américain, p. 462.
Rom AON AC frères, négociants de Mar-
seille, p. 358.
RoMBY (Louis), vice-consul à Ttle Saint-
Pierre, p. 362, 365, 377.
Rome (Roi de). Sa naissance, p. 494.
Rome, p. 37, 165, 178, 179, 182, 187,
449, 457, 458, 550, 609 à 635.
RoNCHi, médecin napolitain, p. 496, 497.
Rondeau, lieutenant de vaisseau, p. 220.
Rose (Gap), p. 624.
Rossignol (Le), corvette, p. 222.
Roth, chargé d'affaires de France h
Londres, p. 685.
RouBAUD (Simon), boulanger, p. 438,
505.
RoucHi. Voir Ronciii.
Rousseau (J.-B.), consul général de
France à Tripoli, p. 653, 682.
Roux, cuisinier k Tunis, p. 307; — négo-
ciant de Marseille, p. 627, 690, 692.
Roux (Le Cap), p. 581, 583 à 585, 647, 671.
RuFFiN(Thomas-François-Joseph),secré-
taire-interprète du roi, chargé d'affaires
à Constantinople, p. 59, 60, 61, 65, 66, 68,
359, 364.
Rusé (Le), chebeck, p. 13.
Rusé (Le), brick, 643.
Russie, p. 18, 19, 174, 175, 270, 365, 367,
382, 387, 421, 433, 483, 504, 506, 548,632,
651, 671, 693.
Saccoman (J.-B. et Joseph), résidents à
Tunis, p. 306, 438, 505, 624.
' Sacerdote (Cohen), Juif de Marseille,
p. 587.
Sacre. Carrosse du sacre de Louis XVI
envoyé au Bey et détourné par Hercu-
lais, p. 325; — sacre de Charles X, p. 615,
618.
Sagittaire (Le), frégate, p. 41.
Sabib-Tapa (Le), garde des sceaux du
Bey. Voir Yussuf.
Saint-Antioche, p. 545, 546, 547, 548, 552.
Saint-Bonaventure (Le), barque espa-
gnole, p. 225, 228.
Saint-Claude, domestique i Tunis, p. 307.
Saint-Didier (Jean-Charles-Nicolas-Aimé
Cardin de), premier commis de la marine,
p. 15, 38, 39, 53, 59, 66, 98, 101, 105, 110,
113,115, 117.
Saint-Domingue, p. 520, 637.
Saint-Louis (La). Voir Fêtes.
Saint-Pierre (Ile), près Cagliari,p. 351,
361, 365, 377, 392, 436, 446, 447, 449, 451,
453.
Saint-Pierre (Le), bombarde française,
p. 614.
Saint- Priest (de), ambassadeur de
France à Constantinople, p. 61.
Saint-Siège. Voir Rome.
Saint-Tropbz, p. 102, 173, 323.
Sainte-Barbe (La), brigantin, p. 92.
Sainte-Hélène, p. 603.
SAINTE-MARGUERrrE (Hc), p. 11.
Sainte-Maure (Ile), p. 337, 339.
Saizieu (Étienne-Lazare-Barthélemy de),
consul de France à Tunis, p. 2, 4, 7, 8,
9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 18. 19, 20, 21,
22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 3), 32,
33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 45, 46, 48, 49,
51, 52, 54. 55, 56,60, 61, 68, 69,70, 71, 72,
73, 74, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 85, 93, 94,
95, 98, 100, 101, 102, 105, 109, 122, 151,
152, 203, 489; — salué contre Tusage de
six coups de canon par le fort de la
Goulette, p. 9; — admis à la retraite,
p. 92; — avec une pension de 6,000 livres,
p. 94; — envoie un projet d'occupation
de Tunis (1797;, d. 335.
Saizieu (Louis-Pierre-François-Richard-
Barthélemy de), fils du précédent, capi-
taine de vaisseau, 522.
Salah (Sidi), fils d'Othman-Bey, p. 525,
529.
Salmon (de), ministre espagnol, p. 669.
Salpêtre. Mine près de Sousse, p. 228,
231, 237. Voir Poudre.
Salut aux vaisseaux entrante La Gou-
lette, p. 7, 9, 11, 14, 34. 55, 69, 86, 89,
91, 102, 177, 211, 214, 217, 220, 222, 439,
441.
Saluzzi, Suisse, p. 353.
Salva (Gabriel), chirurgien de la nation
française à Tunis, p. 147, 175, 176.
Salvat, capitaine, p. 619.
Samatan (Basile), négociant de Mar-
seille, p. 266, 336.
732
TABLE ALPHABÉTIQUE
San Carlos (Duc de), p. 650.
Santillana, chancelier du consulat
d'Angleterre à Tunîs, p. 637.
Sarto Marini, résident à Tunis, p. 306.
Sardaione, p. 464, 165, 173, 211, 218,
234, 245, 314, 351, 361, 392, 398, 403,
405, 436, 439, 473, 476, 482, 485, 545 à
548, 630.
Sardinb (La\ frégate, p. 222, 281, 313.
Sartinb (Antoine- Raymond-Jean-Gual-
bert-Gabriel, comte os), secrétaire d'État
<le la marine, p. 35, 36, 37, 38, 40, 43,
44, 45, 46, 49, 50, 51, 52, 54, 55, 56, 57,
58, 60, 61, 62, 64, 65, 68, 69, 70, 71, 72,
73, 74, 77, 78. 79, 80, 81, 82, 84, 86, 87,
88, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 98, 99, 100,
102, 103, 104, 105, 106, 108, 109, 110, 111,
112. 113, 114.
Savoie, p. 314.
Savonneries, p. 228.
ScARNicciA, envoyé de Portugal à Tunis,
p. 496.
Sceaux demandés par le consul de
France, p. 517.
Scellés mis sur les papiers, la biblio-
thèque du consul, sur les comptoirs des
négociants, p. 372, 380, 382, 383; —
Devoize en demande la levée, p. 390, 391,
394, 400; — levés, p. 401.
Scio, p. 684, 686.
SciPioN (Le), vaisseau de ligne, p. 439,
440, 441.
Sébastiani (Horace comteK ministre
des AfTaires étrangères, p. 711.
Sébastien de Cortore (Le Père), Préfet
apostolique À Tunis, p. 68, 73.
Second, chargé des approvisionnements
pour Malte, p. 388.
Sbdou Reba, Prince kabyle, p. 688.
Séoui (Francesco), consul d'Espagne à
Tunis, p 289.
Séouikr, résident à Tunis, p. 289.
Séguin, joaillier, p. 614.
Sbluérbs, commissionnaire de l'armée
française, p. 690, 692.
SÉMiLLANTE(La),corvette,p. 114, 129,130.
Sémon ville (Charles- Louis Huguet de),
envoyé de France en Turquie, p. 252.
Senne VILLE (de), envoyé de France h
Alger, p. 320.
Sensible (La), frégate, p. 222.
Sepi^Iles. Le Bey refuse d'y reconnaî-
tre la domination française, p. 473, 477,
480, 481, 482.
Séries, négociant français h Tunis,
p. 88, 91.
Sérieuse (La), frégate, p. 112, 273, 326,
327, 336.
Serment civique, p. 193, 217, 240, 301,
345; — serment de fidélité aux Bour-
bons, p. 517.
Sehrati (François), ministre des flnan-
ces du roi Ferdinand de Naples, p. 507,
509, 513, 514, 516.
Serusi (Abraham), chancelier du Con-
sulat de Tripoli, p. 323.
Servadio (Léon), Juif de Tunis, p. 485.
Settebon, Juif, p. 593.
Sbvbnson, consul de Danemark à Tanis,
p. 14.
Sévillb, p. 482.
Sfax, p. 37, 104, 132, 133, 667, 683; —
bombardé par les Vénitiens, p. 150, 154,
155, 157; — agent du Consul, p. 616,624.
Shaler ( W.), consul général des États-
Unis k Alger, p. 558.
Sicard (Jean), domestique, p. 147 ; —
(Jean-André et Jean-Antoine), t>ouian-
gers, p. 438, 505.
Sicile, p. 12, 80, 142, 380, 381, 405.
496, 503 à 504, 520.
SlDI-BEN-YoUNÉS. Voir TOUNÈB.
Sidi-Mustapha. Voir Mustapha-Khooja.
Sidnet-Smith (W.), contre-amiral an-
glais, p. 500, 545, 553, 585.
Sielvb (Joseph -Charl es- Astoin), chan-
celier À Alger, puis à Tunis, p. 31 3^ 456,
508, 514, 517, 524, 525, 526, 528, 529, 531,
532, 533, 536, 539, 549.
SiEYÈs (Emmanuel-Joseph), p. 371.
Signaux pour la sûreté de la naviga-
tion, p. 12&.
Simon (Jean-Antoine), boulanger de la
nation française à Tunis, p. 147.
Sibont-Broutibrbs (de), lieutenant de
vaisseau, p. 211.
SMrm. Voir SiDNEY-SHrre.
Smyrne, p. 408, 419, 550. 637.
SoLER (Arnoldo), consul d'Espagne à
Tunis, p. 167, 484, 513, 515, 558, 575, 594;
— (Pierre), son fils, p, 557, 558, 576, 599;
— (Carlos), p. 631, 633, 650, 651.
Soliman (Sidi), premier ministre et
beau-frère du Bey, p. 554, 557, 598, 615, 624.
SouMAN - Bblachb OU Belhar , grand
douanier de Tunis, p. 533, 615.
SoLFTAiRES en brillants offerts au Bey et
à ses officiers, p. 304, 305.
SopuA offert à Mustapha-Khodja, p. 49.
Souliard (Antoine), domestique du
consul, p. 438.
SoussE, p. 11, 22,228,231. 494; — bom-
bardée par les Vénitiens, p.443,144, 150.
151 ; — agent du Consul, p. 616, 624.
Spahis, p. 56.
Spinoler, capitaine de vaisseau hollan-
dais, p. 155, 158, 159.
Spitula, p. 617.
Stilb, consul des États-Unis à Tunis,
p. 575, 576.
Stinca (Mariano), secrétaire italien du
Bev, p. 413, 481, 484, 496, 497, 500, 509,
512*, 513, 521, 525, 528, 530.
Stora (Golfe de), p. 616.
Strabrock (Le), vaisseau américain,
p. 574, 593, 607.
Sdchuita (Pedro), diplomate espagnol,
p. 167.
Suède, p. 103, 104. 139, 155, 415, 417,
421, 448, 452, 457, 501, 531, 666.
SuFFREN (Pierre-André, bailli de), capi-
taine de vaÏHseau, p. 24, 28.
Suisses. Régiment suisse en France,
p. 412.
SuLAUZE (de), consul de France à Tunis,
p. 2.
ET ANALYTIQUE
733
SoLsiiiANfTalet de Mustapha- Agha,p.440.
SuLKYsiAN-AoHA, général des spahis
tunisiens, envoyé du Bey en France,
p. 56, 57, 58, 59, 60, 61, 64, 65, 66, 67,68,
69, 70, 71, 75, 76, 106, 116.
SuLBYMAK, reîs, p. 136, 137.
Sultane (La;, Trégate, p. 104.
Sybillb (La), frégate, p. 222.
Syracuse, p. 550.
Syrie, p. 180.
Tabac, p. 19.
Ta BARQUE (lie), p. 45, 80, 69, 113, 119,
156, 159, 160, 183,247, 412, 454. 456, 463,
467, 469, 471, 483, 492, 498, 509, 554, 556,
561, 563, 573, 584, 587, 611, 621, 624, 631,
674, 680, 691, 696, 702, 710.
Tabatière d'or ofTerte au Bey, p. 153.
Tactique (La), corvette, p. 439, 441.
Talle YRAND (ChaHes-M aurice), ministre
des relations extérieures, p. 324, 325,
327, 328, 329, 331, 332,334. 335, 336,339,
341, 344, 345, 346, 347, 348, 349, 350, 351,
352, 353, 354, 356, 357, 358,359. 360, 361,
362, 363, 368, 369, 370, 371, 373, 374, 375,
316, 377, 378, 379, 380, 381, 382, 383, 384,
386, 387, 388, 389, 392, 393, 396, 397, 399,
400,401, 402, 403, 405, 408, 409, 411, 414,
415,416, 417, 418, 419, 420, 423, 424, 425,
427, 430, 431, 434, 435, 436, 437, 438, 439,
440, 442, 443, 444, 445, 446, 447, 448, 449,
450, 451, 452, 453, 454, 455, 456, 457,458,
459, 460, 461, 462, 463, 464, 465, 467, 468,
469, 470, 471, 517, 518,519, 520, 521, 522,
526, 527, 539, 540, 542, 543, 544, 545, 546,
547, 548, 549, 550, 551.
Taux de lYntérèt à Tunis, 1,50 et 1 O/o
par mois, p. 261, 263, 264.
Te Oeum pour le mariage de Napoléon
avec Marie-Louise, p. 489 ; — pour la nais-
sance du roi de Rome, p. 494; — pour
l'entrée de Napoléon à Moscou, p. 504.
Terray (L'abbé), secrétaire d'État de
la Marine, p. 1, 2, 3, 4.
Teskerets, billets de sortie des denrées,
p.262,263,*^84,499,572, 575,645. Voir Grains.
Tétouan, p. 349.
Thatscher, fermier de la pèche an-
glaise du corail, p. 619, 622.
The ofTert à l'occasion de la Saint-
Louis (1815), p. 542.
Théâtre dressé dans le Fondouk (1799),
p. 401.
Thémistoglb (Le), frégate, p. 363.
TnévBNARD (Antoine-Jean-Marie), secré-
taire d'État de la Mariue, p. 195, 196,
197, 198.
Tbiellens, patron de barque, p. 167.
Thierry (Florent), élève vice-consul,
p. 594. 595, 614.
TiLsrrr (Paix de), p. 506.
ToMBOUKTOU, p. 682. 683, 686, 687.
Torche (La), goélette, p. 581, 584, 585.
ToRNGREN, consul dc Suède & Livourne,
p. 321.
ToRNQUiST, capitaine de vaisseau sué-
dois, p. 417.
Toscans, p. 13, 464, 550, 551, 586, 588,
632, 672, 673.
ToTT (François, baron de), inspecteur
général des établissements français en
evant et en Barbarie, p. 61, 62, 68, 80,
81, 82, 85, 87, 88, 89, 90, 93, 98, 109, 122.
Toulon, p. 53. 59, 65, 115, 124, 129, 155,
162, 202, 323, 224, 274, 367, 369, 370, 373,
387, 393, 398, 400, 406, 414, 417, 442, 448,
449, 456, 459, 504, 611, 618, 694.
TouTBL (J.-B.J, médecin, p. 557, 558.
TozBUR, p. 621.
Traite des blancs, p. 547.
Traités entre la France et Tunis, p. 32,
254, 428, 429, 431, 434, 443, 595 à 597,
600 k 607, 620, 631, 632, 704.
Travaux publics à Tunis, p. 79, 375,
377, 380, 381 , 383, 388, 394, 401, 405, 406, 480.
Travi (Sauveur), p. 513.
Trbssbuanes (Chevalier de), capitaine
de vaisseau, p. 11.
Tributs aux Barbaresques abolis, p. 702.
Triestb, p. 498, 574; — agent du Bey,
p. 619.
Trinitaires espagnols & Tunis, p. 485.
Triomphante (La), tartane, p. 15.
Tripou (de Barbarie), p. 9, 81, 89, 96,
116, 119, 183, 248, 251, 252, 266, 267, 297,
300, 301, 320 à 323, 327, 349, 351, 369, 398,
416, 417, 420 à 422, 452, 563 à 567, 620,
654, 670, 686, 687, 689, 690, 699 à 704.
Triton (Le), frégate, p. 126.
Trompette de l'arsenal de La Goulette,
p. 505.
Truouet, amiral, p. 213.
TuLiN (Charles), consul de Suède et
Norvège à Tunis, p. 501, 513, 548, 556,
515, 576, 632, 666.
TuLLEKBN, amiral hollandais, p. 541.
Tunis (Régence de). Mémoire sur le
gouvernement, les productions et le com-
merce, p. 40.
TuNisusNs. Leur situation en France,
p. 384, 391, 396, 399, 400, 406, 411, 417.
Turc (Dominique), négociant français
de la maison Bouillet à Tunis, régisseur,
p. 88, 132, 135, 140, 147, 443, 447.
Turgot (Anne-Robert-Jacques), secré-
taire d'État de la Marine, p. 33, 34, 35.
Turque (Langue). Le consul du Rocher
sait le turc, p. 98; — appointements
du khodja pour les écritures turques en
1778, p. 77 ; — le Bey demande la tra-
duction d'une dépêche en turc, p. 236;
— écrivain turc, p. 305.
Turquie, p. 3, 19, 62, 252, 259, 283, 329,
338, 344, 403, 420 ; — guerre avec la Russie
et TAutriche, p. 174, 175 ; — alliance avec
la France, p. 270, 273, 274; — guerre avec
la France, p. 360, 362, 264 à 367, 382, 387,
389, 395 à 398, 400, 402, 409, 419, 421, 459,
461 à 464, 491 ; — milice turque à Tunis,
p. 493 , 498; — • caftan d'investiture
envoyé au Bey, p. 550; — guerre avec la
France, la Russie et l'Angleterre, p. 640,
651, 653, 661 à 665, 679, 693.
734
TABLE ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE
U
Uhiforme des consuls et vice-consuls,
p. 99; — réclamé par Tagent Lallemeni
(1194), p. 233.
UsTURORA (Golfe d'), p. 581, 610, 615,
616, 621, 631.
VAissMUoiïerte par la nation française
au consul Sai9MU« p. 24, 26.
Vallière, chanoiliiix du consulat de
France à Tunis, p. 8; — consul & Alger,
p. 243, 278, 279, 299.
Van Braam, vice-amiral hnêindnin^
p. 563.
Vah der Capbllen, amiral boUandait,
p. 556.
Van Gavbr, négociant français, p. 627,
686, 690, 692.
Vattier de Bourvillb (Charles), vice-
consul, p. 675, 681, 710.
Vaubois (Henri Belorano, comte de),
général, p. 321, 388, 522.
VBLOx(Le),bàtiment ragusais, p.414,417.
Vencb (Jean-Gaspard), chef d'escadre,
p. 222, 223, 224, 225, 229, 235, 236, 241,
242, 244, 249, 257.
Vendée (Guerre de), p. 265.
Venise, p. 89, 133, 138, 139, 142, 143,
145, 146, 149 & 157, 166 à 172, 199, 200,
208, 210 à 212, 215, 230, 246, 273, 316, 322,
329 à 333, 337, 340.
Ventre (Joseph), négociant à Tunis,
p. 686.
Ventuib de Paradis (Jean-Michel), chan-
celier du Consulat, p. 61, 109, 119, 135,
140, 147, 148, 156, 228, 231.
Veroennes (M" de), p. 131.
Vernibh (Joseph), secrétaire du Consul,
p. 505, 517.
Verninac db Saint- Maur (Raymond),
ambassadeur français en Turquie, p. 259,
264. 271, 279, 283, ^95.
VÉRONÈSE, capitaine, de Livourne,
p. 499.
Versailles, p. 6i. Voir Ménaoerib.
Vbrtrieux (Louis-Armand de la Poypb
de), capitaine de vaisseau, p. U, 12.
Vestale (La), frégate, p. 213, 217, 637.
ViALis DE Fontbbllb (de). Capitaine de
vaisseau, p. 109.
ViANÈs, résident à Tunis, p. 305.
Vlasemski (Prince], général russe, p. 131.
Vice-consul de France k Tunis, p. 69,
82; — son rang dans les audiences du
Bey et les cérémonies publiques, p. 70, 73,
84; — ses appointements, p. 85, 98; —
son uniforme, p. 99; — sa maison, p. 586,
693. Voir Billon, Dbvoize,Esparron, Lions,
Mauvoire, Marcescheau, Thierry, Vattier
DE Bourvillb, Villeneuve.
Vicence (Armand-Augustin-Louis de
Caulaincourt, duc de), ministre des Af-
faires étrangères, p. 513, 514, 515, 535,
536, 537, 538, 539.
ViCHERAT, Père lazariste, 142.
Victoire (La), frégate, p. 86.
Victorieuse (La), p. 600.
Vienne, p. 176.
ViBRGE-Du-RosAiRE (La), polacre, p. 328.
VU.LENEUVB (Jean-Pierre- François-Ao-
toi ne-Guy de), vice-consul de France à
Tunis, p. 158, 191, 192, 197, 201, 275, 297,
300, 304; -- suspect, p. 247, 265; —
(Pierre-CharlesJ.-B.-Sylvestre), capiUine
de vaisseau, p. 337, 338, 339, 340, 341,
342, 343, 344, 354, 355.
ViLLBT, résident à Tunis, p. 147, 233,
301, 305, 321.
Vin vendu publiquement par les chré-
tiens k Tunis, malgré les ordres du Bev,
p. 110; — trafiquants en vin, p. 190.
Vinaigre. Les dépêches barbaresques
ém \a fin du xvui* siècle sont désinfec-
tées à cause de la peste qui sévissait en
Barbarie^ |^ 142.
Voiture db Consul de France, p. 97, 104,
105, 106, 109, lt%i87, 657 à 659, 667, 669;
— 500 livres pour l^tretien, p. 170; —
le consul d'Angleterre veut une voiture
à quatre roues, p. 624, 6S1.
Voltigeur (Le), brick, p. ni, 660, 681.
IV
Waldegravr, amiral anglais, p. 281,
286,291.
Wellington, p. 564.
Werther (B"" de), ministre pruesien en
France, p. 341.
WiDDIN, p. 360.
WiBSB, prisonnier à Malte, p. 495.
WiET (Joseph), drogman, 642.
WiLSON, secrétaire du gouverneur de
Malte, p. 616, 62i.
WiNTER (DE), amiral hollandais, p. 523.
YouNès-BBT, p. 113, 400, 484.
Tussuf-Karamanli, Pacha de Tripoli,
p. 322,416,687,700,701.
Yussup-Kbodja , envoyé du Bey en
Turquie, p. 252, 253, 257, 259, 279, 2S5,
286, 305 ; — premier ministre, p. 424,
430, 488, 490, 494, 530, 533.
Zani (Gravure de), p. 508.
Zantb, p. 337, 339, 340.
Zibral, cuisinier de Mustapha-Agha,
p. 440.
ZouABAs ou Zouaves, milice barbares-
que, p. 75, 510, 662, 689, 690.
ZucuET, secrétaire du consul de Hol-
lande k Tripoli, p. 393, 421.
ERRATA
Page 2, note 1, Usez : Sulauze, au lieu de : Salauze.
Page 160, lisez : Louis XVI à Hamouda, au lieu de : Louis XVI à Ali.
Page 302, lisez : Biilon, secrétaire de Devoize, au lieu de: secrétaire d'Herculais.
Page 615, note 2, lisez : RafTo, Bach-Kalak, ou maître de la garde-robe, au lieu de :
Bach-Kalakou, maître de la garde-robe.
Coolommiers. — Imp. Paul BRODARD. ^ 267-95
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RAMON DE DALMAU Y DE OUVART
MARQUÉS DE OLIVART
Rèceived Decehber 31, 1911
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